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Christoblog

Articles avec #j'aime

Diamant noir

Il faut un certain cran à Arthur Harari pour se lancer dans un scénario de film noir complexe à l'occasion de la réalisation de son premier film.

L'intrigue de Diamant noir est particulièrement alambiquée, sans être profondément originale : il est question d'un petit délinquant qui apprend la mort de son père, perdu de vue depuis longtemps. Ce père s'avère avoir été spolié par sa famille, des diamantaires d'Anvers. A l'occasion des funérailles, l'occasion va être donnée au fils de s'incruster dans la-dite famille et d'y faire à la fois son trou et le lit de sa vengeance.

Disons-le, l'intérêt du film n'est pas vraiment dans le scénario, ni dans l'interprétation artificielle du pourtant magnétique Niels Schneider, mais dans la mise en scène et ses parti-pris formels tout à fait étonnants : éclairages artificiels néo-expressionistes en couleurs, rêveries suréalistes, accumulations de gros plans inquiétants, scènes émergeant d'un inconscient torturé (le quasi-viol par exemple), mélange malsain des genres, récurrence des motifs narratifs.

Le tout donne au film une tonalité hitchcockienne post-moderne (on songe aussi au Coppola de Tetro ou encore à De Palma) pas désagréable. 

A suivre.

 

2e

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Mr Gaga, sur les pas d'Ohad Naharin

Je n'avais jamais entendu parler du chorégraphe Ohad Naharin avant d'aller voir ce film, et je suppose que je ne suis pas le seul.  

Ma surprise de découvrir une danse magnifique et inspirée fut donc totale. 

Le film est assez bien fait, bien que très classique dans sa forme (une alternance d'interviews, d'images d'archives, de scènes privées plus ou moins volées, d'astuces de montage). Son intérêt n'est donc pas à proprement cinématographique, mais surtout ... chorégraphique. 

Des premières pirouettes dans le jardin familial à la consécration en Israel, en passant par la riche expérience new-yorkaise (où l'on croise avec plaisir Alvin Ailey et Maurice Béjart), on vit de très près l'évolution d'un danseur/chorégraphe incroyablement charismatique. C'est, en dehors des extraits de chorégraphies, l'aspect le plus intéressant du film : comment la vision d'un homme peut fédérer un groupe, et entraîner chacun de ses membres à se dépasser lui-même.

Si on évacue donc les forces et faiblesses du film proprement dit, reste une série d'images absolument fascinantes : danseurs en demi-cercles sur des chaises, tombant à l'arrière plan, se propulsant comme des animaux mythologiques, avançant en ligne comme une armée d'anges ou se palpant comme des extra-terrestres.

Une danse incisive, incroyablement variée et spectaculaire. Il suffit de regarder les 25 premières de ce spectacle (Deca Dance) pour ce rendre compte de la déflagration sensuelle que procure l'art d'Ohad Naharin. Une découverte étourdissante.

 

2e

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Folles de joie

Il y a dans le cinéma de Paolo Virzi un allant et un élan, une générosité, qui pour ma part m'enthousiasment.

Certains (probablement les Cahiers du Cinéma par exemple) trouveront peut-être que les actrices en font trop, que le scénario n'hésite pas à utiliser de grosses ficelles, et que la mise en scène est pleine d'effets de petit malin. 

Toute cela est vrai en partie, et contribue au charme du film. Votre ressenti dans la salle de cinéma dépendra de la façon dont le jeu outré de Valeria Bruni Tedeschi va vous happer, vous emporter, ou non. Son débit de moulin à parole sous amphétamine et son décolleté abyssal ne génèrent pas une confiance immédiate, et peut même susciter, on le comprend, une forme de rejet.

L'art de Virzi est de maintenir le film dans un état d'équilibre précaire : on hésite pendant tout le film à qualifier les deux héroïnes de folles, certaines de leurs élucubrations s'avérant finalement vraies.

Folles de Joie oscille donc entre deux pôles : un mauvais goût hystérique et plaisant, et un sentimentalisme tire-larme à l'italienne. A ne conseiller qu'aux coeurs d'artichaut, orientation latine, dont je pense faire partie.

Paolo Virzi sur Christoblog : La prima bella cosa - 2010 (***) / Les opportunistes - 2013 (**)

 

3e  

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A war

Dans sa première partie, A war ressemble à un film de guerre naturaliste, filmé dans un style quasi documentaire, et centré sur un soldat danois en service en Afghanistan.

La chronique du conflit est entrelardée de vignettes présentant la vie de son épouse et de ses trois enfants  au Danemark.

Cette partie n'est pas inintéressante, bien qu'un peu longue. Le style de Lindholm est d'une efficacité extrême, mêlant toute sorte d'effets (gros plans sur les visages, caméra à l'épaule, plans larges). Le réalisateur ne sacrifie quasiment rien au rendu réaliste du film : les dialogues, bourrés d'abrévations, sont parfois incompréhensibles.

Le personnage principal est dans la deuxième partie questionné par un tribunal sur une de ses décisions. A war prend alors une autre dimension, donnant à voir une série de dilemnes moraux agissant sur différentes strates. Cette partie lorgne sans hésitation vers les effets du film de procés (coup de théâtre compris), tout en gardant l'aspect sec, sans affect, presque austère de la première partie. 

Tobias Lindholm excelle véritablement dans cette façon de filmer les évènements sans emphase, les épurant jusqu'à l'os, et semblant réduire l'intrigue à sa substanfique moelle. Le jeu des acteurs, dépouillé à l'extrême, parvient cependant à nous surprendre.

A noter à titre de curiosité, et comme souvent dans le cinéma danois, qu'on retrouve dans le casting trois des acteurs principaux de la géniale série Borgen, dont Tobias Lindholm fut le scénariste. 

Tobias Lindholm sur Christoblog : R - 2010 (**) / Hijacking - 2012 (**)

 

3e  

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Apprentice

Jusqu'alors, l'application physique de la peine de mort par pendaison ne trouvait son incarnation cinématographique que dans le sublime Tu ne tueras pas, de Kieslowski.

Il faudra - aussi - compter à partir d'aujourd'hui avec ce film en provenance de Singapour, qui nous présente l'intinéraire d'un "apprenti" bourreau. 

Le point de vue est assez original : que signifie être un bon bourreau ? Doit-on être en empathie avec l'exécuté ? Le meilleur résultat est-il d'obtenir une mort rapide ?

Le film de Boo Junfeng est une étude psychologique sur le deuil et la culpabilité. La mise en scène du jeune réalisateur est élégante et percutante : on aurait peut-être aimé que le scénario soit un poil plus étoffé et plus retors. Les motivations du héros sont à mon sens dévoilées un peu rapidement, et la ficelle de l'accident de voiture est franchement épaisse.

Si le film présente donc beaucoup de faiblesses scénaristiques (la soeur et son mari australien comme remplissage), il emporte quand même l'adhésion par son efficacité toute américaine : on est scotché par la minutie des préparatifs macabres et on ne peut s'empêcher d'éprouver une fascination morbide pour cet assassinat légal.

Si le film est un plaidoyer contre la peine de mort, il ne l'est qu'incidemment, et c'est là sa grande qualité.

 

2e

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Men & chicken

Voici un film tout à fait étonnant, construit sur un principe assez osé : essayer de générer de l'empathie pour une troupe de dégénérés peu aimable.

Résumons le pitch initial, sans spoiler bien sûr : deux frères découvrent à la mort de leur père que leur père biologique vit isolé sur une île. L'un est joué par un Mads Mikkelsen méconnaissable (cf photo). Il doit se masturber régulièrement. L'autre, qui paraît plus normal, semble à deux doigts de vomir en permanence. Les deux ont un beau bec de lièvre.

Arrivé sur l'île, les deux hommes font (violemment) connaissance avec trois demi-frères encore plus frappadingues... 

Même si le caractère un peu artificiel de l'intrigue ne permet jamais vraiment d'être transporté, on reste quand même sidéré de l'inventivité du réalisateur danois Anders Thomas Jensen, qui utilise à la perfection un extraordinaire décor de sanatorium laissé à abandon. Jouant avec les codes du film d'horreur comme avec ceux de la comédie, il parvient à susciter chez nous une réelle curiosité, qui trouve dans la révélation finale une portée presque philosophique. 

Le film distille tout au long de son déroulement de multiples indices qui rétrospectivement deviennent signifiants, et propose plusieurs scènes véritablement bluffante (comme celle de la cigogne, ou celle du badminton).

Le film prouve la vitalité du cinéma scandinave et danois en particulier : on reconnaît dans le casting des acteurs vus de nombreuses fois dans les séries The killing, Borgen, ou Bron, ainsi que dans les films de Tobias Lindholm ou Susanne Bier. Une curiosité.

 

2e

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Elle

Cela faisait bien longtemps qu'un film ne m'avait pas autant captivé, de sa première image, un plan inoubliable sur le regard d'un chat, à la dernière. 

La grande réussite de Elle, c'est ce pouvoir, complètement perdu dans la plupart des films d'auteur aujourd'hui, de surprendre son spectateur de plusieurs façons différentes.

L'intrigue d'abord, particulièrement tordue, et dont je ne dévoilerai rien, qui multiplie les surprises et les coups de théâtre. Je ne parle pas ici de la principale ligne narrative, somme toute prévisible, mais de toutes les autres : la relation au père, les intrigues dans l'entreprise de jeux vidéo, l'évolution des relations entre les personnages, la relation au fils. 

Les réactions de Michèle, le personnage principal, constituent le deuxième facteur d'étonnement du film. J'ai été complètement bluffé par Isabelle Huppert, qui ici sublime son rôle dans un style qui lui colle à la peau : on ne sait jamais ce que cette diablesse va inventer. 

On aura rarement vu un personnage féminin plus décapant, plus intransigeant et plus désirant que celui-ci. Ce qu'elle dit est souvent en même temps plein de bon sens et profondément dérangeant. 

Verhoeven, par ses choix de montage et de mise en scène, accentue au maximum tous ces effets et dynamite littéralement une certaine qualité française dans son film : il coupe court des scènes qu'on s'attend à voir durer, il en invente d'autres qu'on se dit n'avoir jamais vu (le sang dans la mousse de la baignoire), il construit des rapprochements improbables. 

Elle est donc un film qui ne respecte rien, si ce n'est l'irréfragable liberté de son personnage principal. C'est jouissif.

 

4e

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Julieta

Avec Almodovar, on viellit ensemble. Quand il était en âge de tourner Femmes au bord de la crise de nerf, j'étais en âge de le regarder (avec un petit effet retard, car il a quand même 16 ans de plus que moi).

Aujourd'hui, je dois donc être particulièrement bien disposé à recevoir Julieta et ses thématiques (le temps qui passe, le rapport aux enfants qui grandissent, le retour sur le passé).

Il me semble qu'Almodovar, avec ce film, accentue ses rapprochements avec Hitchcock, déjà perceptibles dans certains de ses films précédents.

L'atmosphère créée au début du film est par exemple volontairement mystérieuse. Le flash-back du train est à ce titre exemplaire, et comporte tout ce que le film a d'excellent. Il commence par "J'ai rencontré ton père dans le train". On voit un homme s'asseoir en face de l'héroïne, on pense que c'est lui ! Mais non. Pourtant le rôle de cet homme va être décisif pour la suite. Il règne dans toute cette scène une ambiance qui n'augure rien de bon (le cerf est bizarre, le choc du train est montré à l'aide de ralentis anxyogènes) alors qu'elle est aussi la rencontre sensuelle de Julieta et de Xoan.

Autre similitude avec les films d'Hitchcock : l'attention extrême qu'accorde Almodovar à la forme. Le film est en tous points magnifique formellement : les décors sont sublimes (les couleurs de l'appartement de Julieta !), la musique est envoutante, la mise en scène d'une fluidité magistrale, à l'image de cette séquence incroyable où les deux actrices jouant le même personnage se succèdent dans le même plan. C'est très lentement et avec beaucoup de subtilité que l'intrigue se dévoile petit à petit.

Un très beau film porté par un groupe d'actrices magnifiques, incluant une fois de plus l'impayable Rossy de Palma en domestique acariâtre.

 

4e  

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Ma Loute

On trouve dans Ma Loute tout le cinéma de Bruno Dumont : le couple de policiers empruntés mais déterminés de P'tit Quinquin, Juliette Binoche comme dans Camille Claudel, les paysages du Nord superbement filmés dans Hors Satan, etc

Tout le cinéma, et un peu plus : il est assez rare de voir un réalisateur sublimer toute son oeuvre pour produire quelque chose de nouveau. Et beau.

Parce que oui, pour commencer, Ma Loute est d'abord une splendeur visuelle. Perfection de la photographie, direction artistique (décors, costumes, accessoires) hors du commun, cadrages démentiels, génie du paysage : le film est d'abord une réussite totale d'un point de vue esthétique.

Au-delà de cet aspect visuel, Dumont parvient à entremêler brillamment plusieurs strates de discours : du burlesque pur (Tati, Max Linder), de la critique social au vitriol (les bourgeois à bout de course consanguins, l'apologie tronquée du capitalisme) et - ce que personne ne semble relever - une merveilleuse histoire d'éveil amoureux.

Rien que pour ces raisons, Ma Loute mériterait déjà tous nos éloges (et peut-être une Palme d'Or), mais on peut encore ajouter que Bruno Dumont trouve en plus le moyen de nous émerveiller (ces superbes scènes de lévitation), de nous choquer (la soupe un peu gore) et de nous emporter (un sens du rythme inattendu, les belles scènes de mer).

Beaucoup de détails dans le film pourraient faire l'objet de longues exégèses (l'extraordinaire travail sur le son par exemple), mais pour aller directement au fait, je résumerai de la façon suivante :

Courez-y.

 

4e

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Show me a hero

Aux manettes de cette mini-série HBO, un des showrunners les plus vénérés, David Simon, dont la série The wire (Sur écoute) est très souvent citée comme la meilleure série de tous les temps.

A l'écran, un des acteurs hollywoodiens les plus prometteurs, Oscar Isaac (Inside Llewyn Davies, A most violent year, Star Wars), entouré d'une pléiade d'excellents professionnels, dont la merveilleuse Winona Ryder.

Derrière la caméra, un réalisateur chevronné capable du meilleur (Dans la vallée d'Ellah, Collision), Paul Haggis.

A l'arrière plan, une reconstitution exceptionnelle des USA dans les années 80. Tout y est : les voitures, les costumes, la décoration, les moeurs.

Avec tant d'atouts, on se dit que la série ne peut qu'être exceptionnelle. Elle l'est, dans le style propre à Simon, constitué d'une somme d'anti-effets qui ne facilite pas, dans un premier temps, l'addiction.

Dans Show me a hero, ne vous attendez pas à des cliffhangers de malade en fin d'épisode. Attendez vous plutôt à des terminaisons en demi-teintes, une complainte springsteenienne accompagnant trsitement le générique de fin. Le Boss est d'ailleurs très présent dans la série, aussi bien en musique diégétique qu'extradiégétique, époque oblige.

Sur le fond, l'histoire racontée est édifiante : comment un juge opiniâtre oblige les politiques à construire des logements sociaux, essentiellement destinés aux Noirs. Le tableau édifiant du racisme ordinaire est terrible, à l'image de ces réunions publiques indignes, qui rappellent avec une cruelle acuité les récentes violences verbales des habitants du XVIème arrondissement de Paris.

Comme dans The wire, Simon tisse sa toile dans de multiples directions, qui ne semblent jamais devoir se rejoindre, jusqu'au dénouement ultime que je ne dévoilerai pas, mais qui m'a laissé complètement pantois, éclairant rétrospectivement toute la série d'un éclat nouveau et lugubre.

 

3e  

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La saison des femmes

Pour apprécier La saison des femmes, mieux vaut ne pas être réfractaire au style bollywoodien.

Même si le film de la réalisatrice Leena Yadav n'est pas une comédie musicale à grand spectacle, il partage avec les productions bollywoodiennes un certain nombre de codes qui pourront choquer le spectateur français lambda : une photographie tape à l'oeil, des rôles surjoués par certaines actrices, un scénario qui cumule les situations improbables.

Si on n'est donc pas trop à cheval sur le réalisme, le film apporte un éclairage intéressant sur la terrible condition de la femme en Inde : mariage forcé, violences conjugales, manque d'éducation et partant, d'émancipation. Leena Yadav mélange, avec une énergie débordante, les styles les plus divers. On passe ainsi en un clin d'oeil d'une bleuette sentimentale à une scène d'une rare violence, puis à une séquence d'un érotisme torride : c'est un peu Harlequin chez Zola.

La saison des femmes est à découvrir si vous aimez être dépaysés, et si une relative dose de mauvais goût ne vous dérange pas.

Films indiens récents sur Christoblog : The Lunchbox (***) / Ugly (**) / Titli (****)

 

 2e

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Dough

Je me demande comment un obscur vétéran de la télévision anglaise âgé de 72 ans, John Goldschmidt, peut se retrouver au commande de ce film improbable, qui parvient à se frayer un chemin vers les écrans français.

Dans ces temps de défiance généralisée entre religions, on peut se dire que l'amitié entre un jeune black musulman et un vieux blanc juif cumule tous les poncifs aptes à séduire un public peu regardant en matière d'exigence cinématographique, pourvu que les bons sentiments soient au rendez-vous.

C'est en partie vrai (le film n'évite pas complètement l'angélisme naïf qui suinte de son pitch), mais d'un autre point de vue, il faut bien reconnaître qu'on ne s'ennuie pas devant Dough, qu'on y rit franchement et que le scénario y est fort bien troussé.

Le film ne mériterait cependant pas d'être encouragé sans l'incroyable prestation de l'insubmersible Jonathan Pryce. Le jeune acteur Malachi Kirby apporte quant à lui une fraîcheur bienvenue à ce moment de cinéma, qui sans être génial, est bien agréable.

L'occasion de se faire plaisir, tout en étant parfaitement politiquement correct. Une occasion rare.

 

 2e

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Les habitants

Le dernier film du génial Raymond Depardon repose sur un dispositif à la fois modeste et génial.

Depardon se promène en France avec une vieille caravane, et invite les quidams rencontrés dans la rue à poursuivre leur conversation dans la caravane.

Le résultat est émouvant et glaçant. 

On est d'abord extrêmement surpris de la profondeur des conversations. Bien sûr, Depardon a probablement éliminé toutes les conversations insignifiantes au montage, mais ce qui reste dresse un tableau à la fois complet et impitoyable de la condition humaine : appréhension de s'engager dans la vie d'adulte, incommunicabilité entre les êtres, espoirs et déceptions...

Si les relations d'amitiés ou parents/enfants sont assez touchantes dans le film, on ne peut être qu'attérés par ce que les différentes conversations donnent à voir des relations hommes/femmes dans la France d'aujourd'hui : divorce, violences conjugales, femmes abaissées au rang d'objet sexuel (la terrible conversation des deux potes de banlieue), incompréhension mutuelle (le couple dans lequel la femme ne supporte pas de dormir avec un homme), légèreté coupable du garçon qui ne veut plus de sa copine si elle veut garder son bébé ("elle n'a même pas le permis").

Edifiant, le film de Depardon ne nous encourage pas à être optimiste quant à l'humanité. Au final, si on excepte le premier couple et dans une moindre mesure le dernier, le tableau présenté est surtout empreint de solitude, d'espoirs incertains et de craintes réelles.

Raymond Depardon sur Christoblog : La vie moderne (****) / Journal de France (**)

 

3e  

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Green room

Après le très réussi Blue ruin, j'attendais un peu Jeremy Saulnier au tournant. Son second film allait-il décevoir, comme c'est si souvent le cas ?

Eh bien la réponse est oui et non. 

Oui, si on s'attendait à un changement radical de style, non, si on aime le film de genre remarquablement écrit, sec et étouffant.

Encore plus que Blue ruin, Green room est oppressant de bout en bout. Le script est minimal : une bande de jeune rockers est témoin d'un meurtre dans un club punk-rock néo-nazi isolé (oups, c'est ballot !), et s'enferme dans une pièce, alors que le patron du lieu cherche à les exterminer un par un.

C'est simple, efficace, et parfois un peu gore. En réalité, l'action est moins sanglante qu'on peut le craindre pendant tout le film, et c'est sûrement là sa force. Saulnier filme merveilleusement bien les scènes d'action comme celles de répit, et instille dans Green room cet humour un peu distant et ironique qui irriguait déjà son précédent film.

Le scénario s'ingénie à nous jouer quelques tours, sans jamais tomber dans la surenchère, et donne l'impression de filer droit comme une flèche à travers ce groupe de personnages complètement paumés, qui possèdent chacun une silhouette, une personnalité bien dessinée. Saulnier possède aussi un talent remarquable pour installer en quelques plans l'ambiance d'un lieu.

De la belle ouvrage, à déconseiller cependant aux âmes sensibles et aux enfants de moins de 12 ans.

Jeremy Saulnier sur Christoblog : Blue ruin (***)

 

3e  

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Lenny

Ce qu'il y a de frappant quand on voit un chef-d'oeuvre un peu ancien, c'est de constater à quel point le talent des grands réalisateurs reste évident malgré le temps qui passe. 

Nos yeux ne sont plus forcément habitués à ce grain de noir et blanc, au son parfois un peu déficient, gavés que nous sommes par l'enchaînement des sorties à la trame médiocre mais à la technique irréprochable. Il ne faut pourtant que quelques minutes pour se laisser happer par l'incroyable maestria de Bob Fosse, ici au meilleur de sa forme et peut-être à ce moment-là le meilleur réalisateur du monde.  

Deux ans avant, Fosse a réalisé le sublime Cabaret, et quatre plus tard il signera un des plus beaux films de tous les temps, All that jazz, justement récompensé par la Palme d'or à Cannes en 1980. Bob Fosse n'aura réalisé durant sa carrière que cinq films. Il aura finalement plus exercé comme chorégraphe et metteur en scène de comédies musicales que comme cinéaste, considérant les films comme une autre façon de parler de lui-même, ce qui l'intéresse avant tout.

En évoquant la vie plutôt triste de Lenny Bruce, comique provocateur inventeur du stand-up dans les années 50/60, il cherche à décrire l'hypocrisie de l'Amérique mais aussi, et surtout, le souffle de liberté (sexe, drogue, idées, excès en tout genre) que lui-même expérimentera tout au long de sa vie agitée.

Dustin Hoffman et Valérie Perrine (qui reçoit le prix d'interpértation féminine à Cannes) réussissent tous les deux une incroyable prestation, mais ce que je retiens du film c'est la perfection du montage, l'admirable complexité de la construction (le film alterne les spectacles reconstitués, les témoignages a posteriori et les scènes de vies réelles), la qualité de la photographie et la virtuosité de la mise en scène.

Peu de films d'aujourd'hui (à l'image de La vie d'Adèle) peuvent revendiquer d'être à la fois émotionnellement extrêmement fort et plastiquement admirable, tout en offrant une riche palette de thématiques différentes. Lenny fait partie de ces films qui impressionnent votre rétine et votre cerveau simultanément, et avec la même force.

 

4e  

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Johnny got his gun

A l'occasion de la sortie du film Dalton Trumbo, le 17 avril, je reviens sur le film majeur de ce réalisateur :

Histoire d'une âme

Johnny got his gun s'ouvre sur un plan culotté. L'écran est complètement noir pendant une dizaine de secondes, on entend juste le bruit d'une respiration.

Puis on découvre trois chirurgiens en contre-plongée qui évoquent ce qu'il voient. Cette vue subjective (le spectateur est brutalement placé à la place du personnage principal), donne la tonalité et l'ambition du film : donner à ressentir la situation d'un homme qui a perdu ses jambes, ses bras, ses yeux, ses oreilles et sa bouche.

L'action du film se situe durant la première guerre mondiale. Johnny vient de subir l'horrible accident qui le réduit à l'état de "tas de viande" (a piece of meat), comme il le dit lui-même. Les médecins pensent qu'il n'est pas conscient, mais Johnny, s'il a perdu les sens, n'a pas perdu son âme.

Johnny se souvient. Johnny rêve. Puis Johnny, dans un vertige métaphysique, se demande comment savoir s'il rêve ou pas. Alors que les scènes au présent sont tournées dans un joli noir et blanc, les scènes de souvenirs ou de rêves le sont en couleur. Les deux premières sont de purs souvenirs, mais la troisième scène mentale donne à voir un drôle de colosse blond (incroyable Donald Sutherland), qui s'avère être Jésus parlant à un groupe de futurs soldats morts. 

La force de Johnny got his gun tient avant tout à cet incroyable postulat : nous allons être dans la tête d'un homme pendant 1h50, entendre ce qu'il pense, ressentir ce qu'il sent, voir ce qu'il imagine.

 

Oeuvre totale

Après une ouverture très classique, Johnny got his gun s'envole vers des sommets à la fois oniriques (avec licorne et visite des morts au programme) et triviaux (la sensation qu'un rat va dévorer le visage de Johnny). Ils sont rares les films qui parviennent à la fois à nous emmener dans des mondes imaginaires et à nous conter des histoire bassement, affreusement réelles : je ne vois qu'Elephant man de David Lynch et Mysterious skin de Gregg Araki, pour réussir cette fusion des contraires à très haute densité émotionnelle.

Si le film de Trumbo est assez classique dans sa forme (rien à voir avec la virtuosité des réalisateurs du Nouveau Hollywood qui émergent à cette époque), il réussit une prouesse rare et estimable : allier l'esthétique du film à une réflexion politique, émoitonnelle et métaphysique.

A me lire, certains qui ne connaissent pas le film craindront le pensum à la Tarkovski. Qu'ils se rassurent, c'est plutôt Hitchcock que le film évoque. Il est une tranche de vie magnifique, un plaidoyer anti-militariste bien sûr, mais aussi un thriller psychologique :  Johnny pourra-t-il sortir de sa prison intérieure et communiquer avec son entourage ? Si oui, comment et que deviendra-t-il ? Sa vie a-t-elle encore un sens ? Que l'extérieur peut-il pour lui ?

 

Coup d'essai, coup de maître

Seul film de l'écrivain et scénariste Dalton Trumbo (tiré se son propre roman paru en 1949, quelques jours après le début de la deuxième guerre mondiale), Johnny got his gun est sorti en 1971 et a emporté le Grand Prix du Jury à Cannes cette année-là, en pleine guerre du Viet Nam. Il est parfois considéré comme le plus grand film anti-militariste jamais tourné, entraînant avec lui un large spectre de fans absolus, de John Lennon à ... Metallica (la video du morceau One s'appuie sur les images du film)

En revoyant Johnny pour répondre à l'invitation du Bleu du miroir, dans une jolie édition DVD proposant des bonus intéressants, la force du film m'apparaît intacte. Sans être génial au sens cinématographique du terme, il est porté par une énergie souterraine d'une incroyable intensité, qui sidère et dérange à la fois. La force qui a permis à Trumbo de réaliser son film contre le système des studios iradie de la pellicule. Il faut dire que le pauvre, inscrit sur la fameuse liste noire, avait déjà eu à lutter contre le système. 

Aujourd'hui, certains détails m'apparaissent, que je n'avais pas remarqué lors de ma première vision, comme cette scène osée où il me semble que l'infirmière est en train de masturber Johnny, et comme de nombreuse allusions psychanalytique et/ou surréalistes (le père mort est avec la fiancée de Johnny, etc). 

Ces éléments rappellent que Luis Bunuel et Salvador Dali furent sollicités par Trumbo pour travailler sur le film. Ils refusèrent tous deux, Bunuel se contentant d'écrire le texte du Christ dans le film. Bunuel avait lui-même failli adapter le roman de Trumbo en 1965.

Puissant, troublant, bouleversant : Johnny got his gun fait partie de ces films dont le fond prime sur la forme. Ce sont ceux que je préfère.

 

3e  

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Les Ardennes

Au début, on a l'impression d'avoir vu ce type d'histoire mille fois : deux frères, un braquage qui tourne mal, l'un qui s'en sort et l'autre pas.

Que le frère qui échappe à la taule pique la copine de l'autre renforce le sentiment qu'on va assister à un énième ersatz de cinéma social, façon Dardenne (justement), mais en flamand, c'est à dire violent.

C'est d'ailleurs en partie vrai. Dans sa première partie, le film oscille entre de très bons moments lors desquels la sensibilité du casting fait merveille, et d'autres, qui semblent un peu convenus. La mise en scène de Robin Pront s'affirme dès les premiers plans comme tape à l'oeil, et plutôt agréable à regarder, même si elle semble essayer successivement toutes les possibilités de cadrage et de focale que le cinéma permet !

Vers le milieu du film, alors qu'on commence à s'intéresser vraiment à l'issue du conflit larvé entre les deux frères aux personnalités si différentes, Les Ardennes glisse tout à coup vers un tout autre genre : règlement de compte très noir et franchement gore, dans un décor de nature sauvage et inquiétante. Oui, je parle ici des Ardennes, montrées comme si c'était l'enfer sur terre. 

On aura rarement vu récemment au cinéma un décor aussi bien filmé. On peut d'ailleurs presque ranger dans ce décor le formidablement inquiétant acteur Jan Bijvoet, vu dans le décapant Borgman.

Le cinéma de Pront devient alors glaçant et jouissif, pourvu qu'on apprécie les rebondissements sanglants, l'équarissage de corps humain et les twists improbables. Le film rappelle alors un peu ceux du jeune Jeremy Saulnier (Blue ruin).

Avec un coup d'essai aussi frappant, et malgré les imperfections d'un premier film dans lequel il a voulu trop en mettre, Robin Pront semble promis à un grand avenir.

 

3e  

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Taklub

Présenté à Cannes en 2015 dans la section Un certain regard, et sorti d'une façon hyper-confidentielle en salle en 2016, Taklub est un film aux frontières de la fiction et du documentaire.

Le film décrit le quotidien de plusieurs Philippins un an après le passage du terrible typhon Haiyan, qui détruisit quasi intégralement la ville de Tacloban, y faisant plus de 10 000 morts.

On y suit le destin d'un homme qui perd sa femme et ses cinq enfants dans l'incendie d'une tente de fortune (scène terrible d'une densité incroyable), celui d'une femme divorcée qui tient un petit restaurant et qui a perdu ses deux enfants, celui d'un homme qui doit à l'inverse élever les deux siens alors que sa femme est décédée. On suit aussi un jeune garçon qui élève sa soeur alors que leurs deux parents sont morts.

OK, ce n'est pas gai, gai.

Taklub est un film dérangeant, austère, âpre, qui parvient parfaitement à réstituer le sentiment d'extrême précarité qui règne dans ce type de situation. Si on y retrouve le talent habituel du cinéaste philippin pour faire entrer un souffle de réalité extrêmement puissant dans l'image, il faut quand même considérer qu'il s'agit d'une oeuvre mineure dans sa carrière.

Mendoza réussit à captiver à quelques moments (les tests ADN, le glissement de terrain...), mais il manque au film quelque chose pour séduire complètement. Peut-être un scénario ?

Brillante Mendoza sur Christoblog : Kinatay (**) / Lola (**) / Captive (***) / Thy womb (***)

 

2e

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Quand on a 17 ans

On ne peut pas dire que le dernier Téchiné fasse durer longtemps le suspense : il ne nous faut que quelques instants pour sentir qu'il y a une attirance amoureuse entre les deux jeunes personnages, Tom et Damien.

La question qu'explore la film, c'est la suite. A partir de la naissance évidente de ce sentiment, que les deux garçons acceptent d'ailleurs plus ou moins, que va-t-il se passer ? 

Il faudra plusieurs trimestres et un certain nombre d'évènements tragiques ou heureux, pour que nous ayons la réponse, que je ne dévoilerai pas ici (mais, bon, hein, on s'en doute un peu).

La qualité du film ne tient ni à la mise en scène de Téchiné (tantôt académique, tantôt expressionniste), ni au scénario de Céline Sciamma (un peu cousu de fil blanc), mais à l'incroyable prestation des comédiens.  

Si les deux jeunes, Kacey Mottet Klein et Corentin Fila, sont très bien dans l'expression de multiples nuances, c'est surtout la sidérante prestation de Sandrine Kiberlain qui emporte le film. Il lui suffit d'une réplique ("Je t'écoute") pour élever le film vers une montagne d'émotion. Cette actrice, qui m'a parfois décontenancé, assume son âge avec une élégance qui laisse pantois et admiratif.

Quand on a 17 ans est donc un beau film français à la trame narrative ample et ambitieuse. Il excelle dans la peinture de certains milieux, malgré quelques maladresses de dialogues et certaines longueurs. 

Au final, le film de Téchiné marque peut-être le définitif avènement de la relation amoureuse homosexuelle dans le cinéma mainstream (après La vie d'Adèle et La belle saison) : c'est à la fois son mérite et sa limite.

 

2e

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Soleil de plomb

Dans le tourbillon cannois de 2015, un film me laissa à la fois séduit et perplexe : Zvizdan, depuis renommé en Soleil de plomb.

Il faut dire que je ne suis plus habitué à recevoir une proposition narrative aussi généreuse et originale que celle de Dalibor Matanic.

Pour résumer, le film propose trois histoires. 1991 : un jeune couple veut s'aimer, mais le futur conflit va tuer cet amour naissant. 2001 : une fille et une mère reviennent dans leur maison, alors qu'un ouvrier travaille à la restauration de cette dernière (je veux dire, de la maison, même s'il s'occupera fort habilement de la fille). 2011 : un homme revient dans son village, mais il ne vit pas avec sa femme et sa fille. On comprend à chaque histoire que le noeud de l'intrigue réside dans le fait qu'un des membres de la troupe est serbe, ou croate, et réciproquement.

Les rapports entre les histoires sont ambigus : elle n'ont rien à voir entre elles, et en même temps, elles semblent se dérouler dans les mêmes endroits et sont jouées (au moins en partie) par les mêmes acteurs/trices. L'installation est troublante, il faut un temps pour comprendre ce à quoi on assiste.

Pour compliquer le tout, il existe des rapports subtils entre les histoires (des personnages tapent dans leur assiette dans les épisodes 1 et 2, les scènes de bains dans le lac se répètent, il y a des photos évoquant des épisodes précédents sur les tombes) : bref, le film joue beaucoup sur une sorte d'ambiguïté dans le genre Jamais tout à fait la même, ni tout à fait une autre...

Soleil de plomb est compliqué et - à la fois - agréable à regarder. C'est suffisammant rare pour être remarqué.

 

3e  

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