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Christoblog

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Birdman

On savait Inarritu doué. Je n'aurais pas parié qu'il puisse être génial.

Pourtant, Birdman s'avère exceptionnel à tout point de vue. On aura rarement vu la virtuosité de la caméra épouser aussi parfaitement la tortueuse imagination d'un créateur. Birdman est à la fois la tragédie d'un petit homme, la dissection d'un système, une réflexion sur l'art de jouer et un concentré de contemporanéité.

Le principe du "plan unique" est ici utilisé avec une subtilité dérangeante : il ne s'agit pas pour le réalisateur de faire croire qu'il a tourné son film en un seul plan, mais plutôt de suggérer que le monde entier peut tenir dans un théâtre de Broadway et ses environs immédiat - comme il pourrait tenir dans beaucoup d'autres endroits au monde. La caméra furète dans les coins et les recoins avec malice et distinction, les transitions temporelles s'enchaînant avec une maestria ahurissante. Les détracteurs du film peuvent vomir leur bile, le tour de force script+réalisation+montage est proprement unique.

Toute cette science pourrait n'être que poudre de perlimpinpin attrappe-oscars, mais les acteurs et actrices se chargent de donner au film un supplément d'âme : ils décrochent tous quasiment leur meilleur rôle, à commencer par la sidérante prestation d'Emma Stone, qui nous offre une tirade d'anthologie.

L'ego, l'amour, la fidélité, le désir, le jeu, l'acte de jouer, la célébrité, les medias, les relations hommes/femmes et parents/enfants : Birdman englobe tous ces sujets, en les survolant certes, mais en les survolant avec une poésie douce et bienveillante, que ponctue des scènes de duettistes sur le fil, Keaton/Norton, Norton/Stone, Keaton/journaliste, Keaton/Watts...

Il serait illusoire de chercher une profondeur à Birdman, le film ne prétend pas au carottage émotionnel de La vie de l'Adèle ou au vertige métaphysique d'Oslo, 31 août, il lorgnerait plutôt du côté d'un manièrisme à la Gaspard Noé, ou à la Winding Refn, débarrassé de l'obsession de violence (et ... réussi). 

Le film d'Inarritu est comme un morceau de rap : soit vous être emporté par le flow, et le prochain mouvement de caméra est systématiquement un enchantement, parce que chaque minute qui passe renforce le tour de force, soit à l'inverse vous rester à quai, et il est probable dans ce cas que le film vous paraisse vain, fat et artificiel, chaque minute qui passe étant une torture insuppportable.

En ce qui me concerne, film tourbillon, oeuvre totale, pétaradante et sussurante, Birdman s'impose comme le deuxième grand film de l'année, après Snow Therapy.

 

4e

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Vincent n'a pas d'écaille

Difficile de parler longuement de ce film qui est tout en ellipse, en litote et en évitement.

Alors, tentons l'impossible : Vincent se voit doté de super-pouvoirs quand il est mouillé. Trempé dans l'eau, il devient un dauphin sous amphét, un hydroglisseur en mode perceuse à percussion. Voilà.

Le film est muet - ou presque - et nous fait découvrir ce monde inquiétant et novateur dans un cadre et avec un style qui rappelle l'ambiance de L'inconnu du lac. Vincent est un monstre, il est hors de la société. Une rencontre amoureuse, une amitié contrariée vont rompre l'équilibre précaire de sa survie parmi les hommes.

Le film de Thomas Salvador donne à voir le plus (effets spéciaux mécaniques et non numériques) et le moins (une goutte d'eau sur la main peut-elle renverser la situation ?). C'est à la fois attendrissant et bizarre.

A défaut d'être complètement renversant, Vincent n'a pas d'écaille est intrigant, beau et intéressant. Il aurait fait un magnifique moyen-métrage. Sur la durée (1h18), il peine un tout petit peu à tenir le rythme.

Un objet remarquable et remarqué.

 

2e

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Kingsman

En matière de divertissement pur, difficile d'imaginer plus jouissif et plus décontracté que ce premier Kingsman.

Le film ressemble à ces vieux James Bond dans lesquels ce dernier était vraiment anglais, et ne s'était pas encore nolanisé.

Prenez d'abord un scénario malin (et à tiroir) : comment devient-on agent secret ?

Ajoutez des acteurs au top de leur caricature : un Colin Firth plus précieux que jamais, un Samuel L. Jackson zozotant et dégingandé, des seconds rôles parfaits. Tout cela dans un bain d'élégance british.

Secouez au shaker d'une idée ou allusion par minute (le JB de James Bond, Jason Bourne, Jack Bauer par exemple). Fignolez le tout en ajoutant une bande-son entraînante, des décors parfaits et des scènes cultes (l'église !!), des rebondissements incessants : vous obtenez un pur plaisir de spectateur. 

Enfin, le voici le film dans lequel : le héros peut mourir au débotté après avoir trucidé gratuitement plusieurs dizaines d'innocents, un autre héros peut recouvrer un surcroit d'énergie à la perspective de sodomiser une princesse scandinave, des méchants voient leur chef exploser en feu d'artifice, on boit un cognac napoléonnien en l'honneur d'un mort.

Un festival d'intelligence créatrice comme je n'en n'avais pas vu depuis longtemps !

 

3e

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Spartacus et Cassandra

Ce documentaire de Ioannis Nuguet fut sans conteste un des must de la sélection ACID à Cannes 2014. 

Difficile de résumer à froid le brûlot émotionnel qu'est ce court film (1h et 20 minutes) : premier témoignage de la vie des Roms au cinéma ? reportage brûlant et indécent sur l'absence de parents inconséquents ? conte moderne en forme de Hansel et Gretel lost in the 93 ?

Spartacus et Cassandra erre constamment entre plusieurs genres (drame familial, essai auteuriste, documentaire réaliste) et plusieurs styles (réalisme magique, naturalisme bobo, documentaire sec). 

Ses limites sont à la fois ses atouts. Le film est souvent à la limite de l'indécence, flirte avec le mauvais goût, mais parvient (presque) toujours à échapper aux chausse-trappes. Un beau moment, servi par la puissance magnifique de la jeune Cassandra Dumitru, force rutilante et solaire, merveille de résilience triomphante, la cicatrice au coin des lèvres.

 

3e

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Mon fils

Eran Riklis (Les citronniers, Le voyage du directeur des ressources humaines) est un réalisateur que j'aime beaucoup. Ses films sont parfois dénigrés par la presse un peu snob (dernier exemple fourni par les Inrocks à propos de Mon fils), mais je trouve pour ma part qu'il est l'exemple type du bon artisan : il fait des films qui sont pensés pour intriguer et intéresser les spectateurs.

Mon fils remplit une fois de plus son rôle en dressant le tableau touchant et complexe d'un israélien arabe surdoué, Iyad. Ce dernier est envoyé dans un lycée très coté dans lequel il n'y a quasiment que des juifs. Bien entendu, après une période d'adaptation, le personnage principal se fait principalement des amis juifs. Les circonstances de la vie vont progressivement l'amener à faire des choix cornéliens...

En choisissant de quitter les chemins rabattus du conflit entre communautés, Eran Riklis fait un choix audacieux et payant. Le tableau qu'il dresse de l'évolution de son personnage au fil des années (le film s'étire sur une décennie) est sensible et complexe. Les acteurs et actrices y sont tous formidables, et la mise en scène, quoique sage, n'en est pas moins très efficace.

Sous ses abords proprets et doucereux, Mon fils s'avère bien plus complexe qu'il ne parait au premier abord. Malgré quelques imperfections, il mérite vraiment d'être vu et confirme l'excellente forme du cinéma israélien.

 

3e

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Imitation game

Dans le genre biopic sage et appliqué, difficile de faire plus intéressant.

D'abord la personnalité d'Alan Turing, mathématicien hors pair vaguement autiste, homosexuel et marathonien, est captivante.

Son histoire (il sauve des millions de personnes en décryptant les codes secrets allemands) est fascinante. 

Enfin, le réalisateur norvégien Morten Tyldum réalise son film correctement, en s'appuyant sur une sobriété plutôt élégante, au service d'une narration intéressante mélangeant hardiment (pour ce type de film...) trois époques différentes.

La soirée passée en compagnie de Benedict Cumberbatch (excellent), Keira Knightley (parfaite) et des très bons seconds rôles s'avère donc agréable, honorable et instructive.

Je cherche un peu en vain les raisons qui m'empêchent de mettre une note plus élevée au film : une petite déception que les aspects mathématiques soient si superficiellement survolés ? une impression que le contexte historique est un peu sacrifié au profit du spectaculaire (le cassage d'Enigma ne semble pas s'être déroulé d'une façon aussi limpide que le montre le film, le test de Turing est mal expliqué, il est peu probable que Turing ait décidé de qui allait vivre ou qui allait mourir) ? un léger manque de noirceur et/ou de profondeur ?

Pas un grand moment de cinéma, mais un bon moment de détente intelligente.

 

2e

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Hope

Des films sur les migrants, on en a vu des tas. En provenance de France, d'Amérique du Sud, de Grèce, d'Europe de l'Est.

Mais jamais l'impression d'approcher la réalité de la vie des migrants durant leur voyage n'a été aussi grande que dans ce premier film de Boris Lojkine. 

Une précision pour commencer : il s'agit bien ici d'une fiction, mais les deux personnages principaux sont incarnés par de vrais candidats à l'exil vers l'Europe, purs amateurs découverts par le réalisateur dans les ghettos de Rabat. Il n'y a d'ailleurs aucun acteur professionnel dans le film. Parmi les interprètes on trouve ainsi de vrais bandits et faussaires.

Hope est à la fois beau (quelle lumière, de nuit comme de jour !), impressionnant par son aspect documentaire (les différents ghettos communautaires) et émouvant (grâce à Justin Wang et Endurance - la bien nommée - Newton, magnifiques tous les deux).

On comprend parfaitement en regardant le film que le business des migrants obéit à des lois économiques classiques, c'est à la fois affreusement banal et terriblement inquiétant. Ce que les hommes sont capables de faire aux hommes (et aux femmes) est effrayant.

Le film restitue à la perfection l'horreur de la situation. L'innocence, l'espoir et l'amour sont brisés par la cupidité et le désir de pouvoir de quelques caïds, ainsi que par l'indifférence des populations spectatrices du drame (Algériens et Marocains), il faut dire en proie à d'autres types de difficultés.

Un très beau moment de cinéma, émaillé de scènes exceptionelles, comme le mariage ou la cérémonie vaudou.

A voir absolument.

 

3e

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Wild

Filmer les pensées d'une femme qui marche : c'est le nouveau défi que se propose de relever Jean Marc Vallée.

Est-il réussi ? Pour moi, plutôt.

Bien sûr, d'aucun reprocheront au cinéaste québécois certain effets un peu faciles, une sentimentalité exacerbée jamais très éloignée de l'auto-apitoiement et une tendance à la répétition légèrement vulgaire. C'est un peu la marque de son cinéma, qui n'est pas très propre, ni très arty.

J'aime assez ce filon un peu rentre-dedans qui irigue les films de Jean Marc Vallée, ces imperfections manifestes et ses fulgurances géniales (ici, un reflet dans l'oeil d'un cheval qui ne s'expliquera que bien plus tard). Les souvenirs de Cheryl se répètent, s'entrelacent, certains sont brefs et d'autres s'étendent : exactement ce qui se passe dans le crâne d'un marcheur. Un état d'esprit entre méditation et ressassement.

On est bien sûr très loin du trip extrême de Christopher dans le presque homonyme Into the wild, puisqu'il s'agit ici d'une reconstruction, alors que Sean Penn racontait plutôt une destruction. Le film de Vallée est plus policé, moins intense, et moins maîtrisé. C'est un Into the wild en mode mineur, qui se permet même le luxe d'être drôle (comme dans cette jolie scène de journaliste photographiant les hobos à travers le pays).

Reese Witherspoon réussit à être presque laide dans ce film. Je me suis rendu compte à sa vision que je n'avais jamais vraiment remarqué cette actrice (pourtant vue plusieurs fois, comme par exemple dans Mud), alors qu'ici elle éclabousse l'écran de sa personnalité. 

A voir donc, en particulier si les deux lettres GR vous mettent des étoiles dans les yeux.

Jean Marc Vallée sur Christoblog : Café de Flore (**) / Dallas Buyers Club (***)

 

3e

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Snow therapy

Nul doute que le nouveau film de Ruben Ostlund va diviser la critique et les blogueurs. 

D'un côté, ses détracteurs reprocheront au film son sens du dispositif : les craquements d'une famille de bobo scandinaves en vacances aux sports d'hiver, examinés avec un microscope impitoyable et désincarné. Ceux-là dénigreront le film en le qualifiant de froid et de cynique. Il pointeront la machinerie visant à construire un film apte à être reconnu en festival (ce qui ne manqua pas d'arriver à Cannes où il emporta le Prix du jury Un certain regard).

Il y a peu, j'aurais peut-être pu me ranger dans cette catégorie. J'aurais pu alors parler d'une sorte de Haneke tentant de faire de l'humour.

Mais contre toute attente, j'ai beaucoup aimé le film, qui me semble infiniment plus complexe que son pitch. Bien sûr, Ostlund commence par démonter sciemment toutes nos petites hypocrisies contemporaines : une certaine lâcheté, la tentation du bonheur parfait (mais insipide), l'abandon de notre part d'animalité, les petites lâchetés, l'incapacité à se regarder en face, l'importance du paraître, les blessures de l'ego masculin, l'usure du couple, ce satané principe de précaution, etc.

Si ce n'est jamais franchement hilarant, c'est souvent insupportable de justesse et sidérant de cruauté (comme l'incroyable scène ou nos deux héros boivent une bière et se font aborder par une jeune femme), à tel point que le sourire (jaune, c'est vrai) est pratiquement toujours là.

La démarche serait un peu vaine  et factice, si Snow therapy n'était pas aussi un grand moment de cinéma. Ostlund y déploie une mise en scène souveraine et surprenante, qui mélangerait le sens du décors de Tati et la finesse des observations de Bergman. Son travail sur les sons est remarquable.

Il donne à voir une nature grandiose qui offre un contrepoint parfait à la mesquinerie de la petite famille. Il invente des scènes extrêmement surprenantes, telles celle qui met en scène un drone domestique flottant dans l'espace comme un OVNI. La diversion qu'apporte le couple de visiteur est aussi une idée brillante, qui apporte une échappatoire à l'enfermement mortifère du couple principal... avant de s'avérer un piège aussi redoutable.

Le film installe une atmosphère trouble et mystérieuse dans laquelle la réalité semble toujours à la limite du fantastique (cet étrange employé de l'hôtel toujours présent dans les moments de dispute, cette séquence de fin incroyablement ambigüe). En ce sens il dépasse et fait exploser le cadre dans lequel on pourrait être tenter de l'enfermer : une étude de caractère du bobo moderne.

Une oeuvre majeure, la première de 2015.

 

4e

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Queen and country

En 1987, John Boorman réalisait Hope and glory, film sur l'enfance en temps de guerre, en grande partie autobiographique. L'année dernière à Cannes, il présentait en quelque sorte sa suite : Queen and country, chronique du passage à l'âge adulte sur fond de guerre de Corée.

J'ai été parfois décontenancé par les ruptures de ton incroyables qui émaillent le fim : on passe sans transition de la bleuette un peu nunuche à la comédie loufoque, avant de basculer dans le drame. Queen and country est un objet très attachant, complètement atypique, chronique cruelle d'une Angleterre désuette et buddy movie amusant.

Tout le début du film amène à sourire de façon quasi-continue tant les situations cocasses et les punchlines s'accumulent, mais une ombre commence à recouvrir le personnage principal vers son milieu, et cette ombre (mélancolie, tristesse et nostalgie) ne cesse de grandir jusqu'à la fin. 

Le dernier plan s'arrête sur une caméra ... qui s'arrête de filmer. Espérons que ce dernier plan ne soit pas prémonitoire.

 

2e

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Les nouveaux sauvages

Cela faisait longtemps (Pulp fiction, Femmes au bord de la crise de nerf ?) que je n'avais pas éprouvé ce plaisir inouï d'une déflagration cinématographique mêlant à la fois maîtrise totale du rythme, mauvais goût et éclats de rire.

Et d'abord, évacuons l'antienne du film à sketches, qui serait systématiquement moins bon (ou bien meilleur) qu'un film normal.

Les nouveaux sauvages est seulement un excellent film : les histoires s'enchaînent avec une science consommée de l'assemblage. On n'est pas du tout ici dans la morne succession de vignettes indépendantes les unes des autres (type Paris je t'aime), mais dans l'oeuvre d'un créateur qui nous présente un tableau raisonné du genre humain.

Le film de Damian Szifron respire la classe à l'état pur, que ce soit pour agencer des trames scénaristiques difficilement prévisibles, installer en quelques plans une ambiance, ou entretenir sur la durée un atroce suspense.

Les scènes d'anthologie se succèdent, pour finir dans un tourbillon de folie insensé et jouissif lors du sketche du mariage, un chef d'oeuvre. Le cinéaste argentin dégage alors une puissance énergisante incroyable, et son cinéma apparaît comme tout à coup neuf. Il a fait souffler un vent salutaire de jeunesse dans la sélection officielle de Cannes 2014, en replaçant le plaisir du spectateur au coeur de son projet.

La vision que Szifron offre de nos congénères est à la fois cruelle, drôle, et terriblement réaliste : on en redemande.

 

4e

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Hard day

Le chroniqueur paresseux aura vite fait de résumer ce nouveau thriller coréen déjanté à son pitch dévastateur : un quidam qui tue par accident un homme lors d'un accident de la route se débarrasse du cadavre en le glissant ... dans le cercueil de sa mère, qui vient de décéder.

Cela paraît dingue, mais le film fonctionne parfaitement bien sur ces bases carrément loufoques : le rythme est drôle, enlevé, prenant. On s'attache au personnage principal, un flic pourri (comme toujours dans le cinéma coréen), pourtant sensé être antipathique, et on observe fasciné la multiplication de scènes d'anthologie (le petit soldat qui avance dans le conduit d'air de la morgue par exemple).

Et puis, le vrai méchant survient, et le film perd alors un peu de sa morbidité rieuse, et devient plus traditionnellement un combat entre un gentil un peu faible et un bad guy indestructible (ô combien !). Si cette partie ne manque pas de panache et de trouvailles, elle est plus classique.

Le final renoue avec le rythme échevelé et millimétrique de la première partie du film, et on sort de la salle ravi d'avoir découvrir un nouveau venu : Kim Seong-Hun.

A voir absolument si on aime les films coréens et/ou les thrillers originaux.

 

3e

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A most violent year

Les deux premiers films de JC Chandor ne m'avaient pas enthousiasmé, loin de là (cf ci-dessous). Je suis d'autant agréablement surpris par A most violent year, sorte de faux polar fatigué et lent.

L'originalité du film tient dans le personnage joué par l'excellent Oscar Isaac : Morales est un jeune entrepreneur aux dents longues, qui veut développer son bizness honnêtement, dans un milieu qui ne l'est pas vraiment.

Jusque là, rien de bien frappant me direz-vous... Mais Morales est inflexible comme un caïd de la mafia qui aurait appris la politesse et les bonnes pratiques pédagogiques ou managériales comme le renforcement positif. Ce que réussit Oscar Isaac, c'est de jouer un gentil avec des airs de méchant. Le film prend alors une ampleur considérable, le spectateur ne sachant pas trop sur quel pied danser jusqu'à la toute fin du film : faut-il céder à la violence ou pas ? le film sera-t-il une tragédie ou pas ?

JC Chandor organise son suspense aux petits oignons et sa mise en scène est littéralement somptueuse, avec une photographie parfois très sombre, parfois lumineuse, qui rappelle le meilleur de James Gray. Jessica Chastain est une nouvelle fois parfaite.

Un excellent moment de cinéma pour commencer la nouvelle année.

JC Chandor sur Christoblog : Margin Call (*) / All is lost (**)

 

4e

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Imagine

En cette amorce de réveillon, c'est le moment de parler d'un film qu'aucun de mes lecteurs n'a vu (si je me trompe, laissez moi un commentaire).

Imagine est le troisième film d'un réalisateur polonais prometteur : Andrzej Jakimowski (son deuxième film, Un conte d'été polonais, a remporté plus de trente prix dans différents festivals).

L'action se passe dans un monastère lisboète qui accueille des enfants aveugles. Un nouveau professeur arrive, non-voyant lui aussi, et utilise des pratiques pour le moins iconoclastes : il encourage les enfants à prendre des risques, à utiliser tous leurs sens et lui-même marche sans canne, au risque de se blesser.

Bien sûr, on voit tout de suite dans quelle veine poourrait se contenter de loger le film : Cercle des poètes disparus en mode mal-voyant, apologie de la liberté et exaltation des sens. D'autant que le jeune professeur, fort mignon, se lie avec une jeune fille très jolie.

Là où le film surprend et excite notre intérêt, c'est quand il vire vers une direction plutôt inattendue : le jeune professeur est-il un charlatan ? Et en quoi la liberté apprise d'un charlatan serait moins précieuse qu'une autre ? 

Le film devient alors tortueux et captivant. 

On pourra être un peu décontenancé par l'image très propre, les lumières un peu artificielles (le film baigne dans une sorte de réalisme magique) et les choix de mise en scène très formels. Ce fut mon cas, avant que je comprenne les parti-pris audacieux du réalisateur, en particulier cette façon d'exploiter toutes les ressources du cadrage et de la bande-son pour nous faire ressentir les sensations des protagonistes.

Une curiosité à découvrir.

 

2e

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Whiplash

Dans Whiplash, le héros est un salaud. C'est sûrement l'aspect le plus éblouissant de ce film par ailleurs fort aimable. 

Les poncifs ne manquent pas pour évoquer la fougue énergisante qui traverse le film de part en part : plaisir (mais ouch, quelle exigence ma bonne dame), récit initiatique de passage à l'âge adulte en mode Full Metal Baguette, thriller au rythme haletant. Mais Damien Chazelle parvient à nous faire rire des blagues sexistes et homophobes du sergent instructeur, c'est son véritable talent.

Le film se brise en son milieu, rebondissant comme ces balles hyper réactives dont on ne sait où elles vont finir.

Qui gagne ? Qui perd ? Dans ces rebondissements et retournements superbement rythmés, Damien Chazelle nous embrouille avec délice. On jouit de l'emberlificotage du scénario, et de la sobre efficacité de la mise en scène (cf la scène du camion par exemple).

Tonique, jouissif, énergique : un Grand prix à Sundance qui sort de l'ordinaire et une belle découverte (encore !) de la Quinzaine des réalisateurs à Cannes 2014.

 

4e

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Charlie's country

David Gulpilil, l'acteur principal de Charlie's country, est un vieil aborigène au charisme incroyable, qui tient le film sur ses frêles épaules.

Le première partie du film de Rolf de Heer se déroule dans le bush : elle est à la fois contemplative et amusante. Le film met alors très bien en évidence comment nos lois ne "collent" pas aux valeurs des aborigènes, et du coup, c'est l'ensemble de nos certitudes qui sont remises en question. 

Quand Charlie tombe malade, puis qu'il découvre la ville, le ton change du tout au tout. D'une atmosphère mystique et panthéiste, on passe sans ambage aux ravages de l'alcool : cette partie m'a semblé plus démonstrative et moins intéressante que la précédente.

Charlie's country fournit une vision immersive et détaillé de la condition aborigène, et il rappelle d'une façon brutale une réalité qu'on a tendance à oublier : en Amérique et en Océanie, les blancs ne sont finalement pas chez eux.

 

2e

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Marie Heurtin

On ne se souviendra pas éternellement du film de Jean Pierre Améris, mais il me faut bien avouer que Marie Heurtin est à la fois édifiant, instructif, bien joué et correctement réalisé.

On suit la destinée d'une jeune sourde aveugle, quasiment élevée dans un état sauvage, dans la France rurale du XIXème siècle. Et on s'intéresse à l'opiniâtreté presque maladive avec laquelle Soeur Marguerite va tenter d'apprendre à Marie cette évidence qui n'en est pas une : chaque chose possède un nom.

Isabelle Carré est une nouvelle fois stupéfiante dans ce rôle à sa mesure, alors que la jeune Ariana Rivoire est aussi très bonne dans le rôle de Marie Heurtin.

Le film est un tire-larme de première bourre, du genre : "Attention, nous prévenons qu'aucun spectateur ne sortira de la salle sans avoir les yeux rougis, et/ou en enlevant discrètement ses lunettes pour se gratter le haut de la joue, et/ou sans voir sa poitrine se lever compulsivement durant certaines scènes du film".

Le scénario ménage peu de surprises, et certaines scènes commandent un peu trop ouvertement les émotions, mais bon, ne boudons pas trop notre plaisir de simple spectateur : Marie Heurtin nous fait sortir de la salle de cinéma moins idiot qu'on y est entré. Et en plus, le film est projeté à toutes les séances en version sous-titrée pour les mal entendants, une initiative salutaire et pédagogique.

 

2e 

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Astérix - Le domaine des Dieux

Rien de négatif à dire à propos de l'adaptation d'Uderzo / Goscinny par Alexandre Astier.

Ce dernier reste bien sage et respectueux de l'original, en y ajoutant sa petite patte personnelle, comme par exemple lorsque les romains attaquent le village. A ce moment-là, le centurion Oursenplus prend les accents irrésistiblement drôles d'Arthur dans Kaamelott ("Mais c'est pas vrai !").

Sinon, difficile d'identifier d'autres signes distinctifs, sauf pour les fins connaisseurs qui reconnaîtront quelques répliques culte de la saga arthurienne de sire Astier (le "C'est pas faux" de Franck Pitiot par exemple).

En règle générale, les acteurs qui prêtent leur voix aux personnages sont plutôt convaincants (Roger Carel, Alain Chabat, Elie Semoun, Florence Floresti, Lionel Astier, etc), à l'exception notable de Guillaume Briat qui ne m'a pas plu du tout dans le rôle d'Obélix.

La mis en scène de Louis Clichy est propre et plaisante (j'ai vu le film en 2D) avec d'agréables jeux de lumière. 

Finalement, un des aspects les plus agréable du film est de remettre en lumière la pertinence du scénario de ce volume, particulièrement malin en ce sens qu'il brasse beaucoup de problématiques importantes  : l'acculturation par la colonisation, le confort contre la tradition, l'expansion du tourisme de masse.

Le plaisir qu'on éprouve à la vision du film tient donc à la fois à la densité de son propos et à la vivacité des dialogues. Une bonne soirée.

 

2e 

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White dog

Sensation de la section Un certain regard au dernier festival de Cannes, le film de Kornel Mundruczo est une oeuvre originale.

Les premiers plans du film sont intrigants et impressionnants. L'évolution de l'histoire est dans un premier temps palpitante : une jeune fille punchy, un père dépassé, un chien filmé comme un être humain. On se demande bien vers où le film va aller (film d'horreur, chronique socialisante, drame familial) et cette incertitude est délicieuse.

Quand le film tourne franchement au (attention, la suite de ma critique contient de graves spoilers) revenge movie à la sauce canino-fantastique, le regard du spectateur se trouble. Que suis-je en train de regarder exactement ? Un film à thèse sur les rapports d'exploitation homme/animaux ? Un film apocalyptique ? Une chronique imagée du passage de l'enfance à l'âge adulte ?

On se perd un peu dans les intentions du réalisateur, et White dog semble tout à coup too much : débordant d'intentions et de gestes cinématographiques, à l'image de ce dernier plan gratuitement spectaculaire. Il ne sert à rien, ne se raccorde à rien de bien logique, mais est profondément marquant.

Un cinéaste à suivre.

 

2e

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Mr Turner

On ne peut pas dire que je sois un grand fan du Mike Leigh british, à la mode Another year.

Aussi ai-je été plutôt agréablement surpris par ce biopic, qui est plus qu'un biopic.

Pourtant le film commence assez faiblement : l'acte de peindre est survolé, les personnages sont ennuyeux, la photo carrément kitsch. Timothy Spall (prix d'interprétation masculine à Cannes) surjoue dans un mode porcin, avec force grommellements et ahanements.

Tout cela ne présage rien de bon, jusqu'à ce que la folie dévorante pour la peinture n'envahisse progressivement l'écran, écrasant famille, amour, santé. Turner, homme du passé par son éducation et sa constitution, devient un homme d'avenir par son art. Il invente (presque) l'abstraction, observe avec gourmandise un nouveau monde naître avec ses daguerréotypes, ses trains et ses machines à vapeur.

La grandeur du film se situe exactement dans cette contradiction : alors que tous meurent autour de lui (père, fille, soeur, M. Booth, enfant de Haydon, Noirs sur le bateau, noyée...) la modernité naît partout, et seul Turner semble la distinguer.

Le peintre est un visionnaire qui perçoit seul ce que les autres ne sont pas encore capable de voir : telle est la leçon de ce film, un des plus beaux jamais réalisé sur le sujet de la peinture.

 

3e

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