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Christoblog

Articles avec #j'aime

Snow therapy

Nul doute que le nouveau film de Ruben Ostlund va diviser la critique et les blogueurs. 

D'un côté, ses détracteurs reprocheront au film son sens du dispositif : les craquements d'une famille de bobo scandinaves en vacances aux sports d'hiver, examinés avec un microscope impitoyable et désincarné. Ceux-là dénigreront le film en le qualifiant de froid et de cynique. Il pointeront la machinerie visant à construire un film apte à être reconnu en festival (ce qui ne manqua pas d'arriver à Cannes où il emporta le Prix du jury Un certain regard).

Il y a peu, j'aurais peut-être pu me ranger dans cette catégorie. J'aurais pu alors parler d'une sorte de Haneke tentant de faire de l'humour.

Mais contre toute attente, j'ai beaucoup aimé le film, qui me semble infiniment plus complexe que son pitch. Bien sûr, Ostlund commence par démonter sciemment toutes nos petites hypocrisies contemporaines : une certaine lâcheté, la tentation du bonheur parfait (mais insipide), l'abandon de notre part d'animalité, les petites lâchetés, l'incapacité à se regarder en face, l'importance du paraître, les blessures de l'ego masculin, l'usure du couple, ce satané principe de précaution, etc.

Si ce n'est jamais franchement hilarant, c'est souvent insupportable de justesse et sidérant de cruauté (comme l'incroyable scène ou nos deux héros boivent une bière et se font aborder par une jeune femme), à tel point que le sourire (jaune, c'est vrai) est pratiquement toujours là.

La démarche serait un peu vaine  et factice, si Snow therapy n'était pas aussi un grand moment de cinéma. Ostlund y déploie une mise en scène souveraine et surprenante, qui mélangerait le sens du décors de Tati et la finesse des observations de Bergman. Son travail sur les sons est remarquable.

Il donne à voir une nature grandiose qui offre un contrepoint parfait à la mesquinerie de la petite famille. Il invente des scènes extrêmement surprenantes, telles celle qui met en scène un drone domestique flottant dans l'espace comme un OVNI. La diversion qu'apporte le couple de visiteur est aussi une idée brillante, qui apporte une échappatoire à l'enfermement mortifère du couple principal... avant de s'avérer un piège aussi redoutable.

Le film installe une atmosphère trouble et mystérieuse dans laquelle la réalité semble toujours à la limite du fantastique (cet étrange employé de l'hôtel toujours présent dans les moments de dispute, cette séquence de fin incroyablement ambigüe). En ce sens il dépasse et fait exploser le cadre dans lequel on pourrait être tenter de l'enfermer : une étude de caractère du bobo moderne.

Une oeuvre majeure, la première de 2015.

 

4e

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Queen and country

En 1987, John Boorman réalisait Hope and glory, film sur l'enfance en temps de guerre, en grande partie autobiographique. L'année dernière à Cannes, il présentait en quelque sorte sa suite : Queen and country, chronique du passage à l'âge adulte sur fond de guerre de Corée.

J'ai été parfois décontenancé par les ruptures de ton incroyables qui émaillent le fim : on passe sans transition de la bleuette un peu nunuche à la comédie loufoque, avant de basculer dans le drame. Queen and country est un objet très attachant, complètement atypique, chronique cruelle d'une Angleterre désuette et buddy movie amusant.

Tout le début du film amène à sourire de façon quasi-continue tant les situations cocasses et les punchlines s'accumulent, mais une ombre commence à recouvrir le personnage principal vers son milieu, et cette ombre (mélancolie, tristesse et nostalgie) ne cesse de grandir jusqu'à la fin. 

Le dernier plan s'arrête sur une caméra ... qui s'arrête de filmer. Espérons que ce dernier plan ne soit pas prémonitoire.

 

2e

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Les nouveaux sauvages

Cela faisait longtemps (Pulp fiction, Femmes au bord de la crise de nerf ?) que je n'avais pas éprouvé ce plaisir inouï d'une déflagration cinématographique mêlant à la fois maîtrise totale du rythme, mauvais goût et éclats de rire.

Et d'abord, évacuons l'antienne du film à sketches, qui serait systématiquement moins bon (ou bien meilleur) qu'un film normal.

Les nouveaux sauvages est seulement un excellent film : les histoires s'enchaînent avec une science consommée de l'assemblage. On n'est pas du tout ici dans la morne succession de vignettes indépendantes les unes des autres (type Paris je t'aime), mais dans l'oeuvre d'un créateur qui nous présente un tableau raisonné du genre humain.

Le film de Damian Szifron respire la classe à l'état pur, que ce soit pour agencer des trames scénaristiques difficilement prévisibles, installer en quelques plans une ambiance, ou entretenir sur la durée un atroce suspense.

Les scènes d'anthologie se succèdent, pour finir dans un tourbillon de folie insensé et jouissif lors du sketche du mariage, un chef d'oeuvre. Le cinéaste argentin dégage alors une puissance énergisante incroyable, et son cinéma apparaît comme tout à coup neuf. Il a fait souffler un vent salutaire de jeunesse dans la sélection officielle de Cannes 2014, en replaçant le plaisir du spectateur au coeur de son projet.

La vision que Szifron offre de nos congénères est à la fois cruelle, drôle, et terriblement réaliste : on en redemande.

 

4e

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Hard day

Le chroniqueur paresseux aura vite fait de résumer ce nouveau thriller coréen déjanté à son pitch dévastateur : un quidam qui tue par accident un homme lors d'un accident de la route se débarrasse du cadavre en le glissant ... dans le cercueil de sa mère, qui vient de décéder.

Cela paraît dingue, mais le film fonctionne parfaitement bien sur ces bases carrément loufoques : le rythme est drôle, enlevé, prenant. On s'attache au personnage principal, un flic pourri (comme toujours dans le cinéma coréen), pourtant sensé être antipathique, et on observe fasciné la multiplication de scènes d'anthologie (le petit soldat qui avance dans le conduit d'air de la morgue par exemple).

Et puis, le vrai méchant survient, et le film perd alors un peu de sa morbidité rieuse, et devient plus traditionnellement un combat entre un gentil un peu faible et un bad guy indestructible (ô combien !). Si cette partie ne manque pas de panache et de trouvailles, elle est plus classique.

Le final renoue avec le rythme échevelé et millimétrique de la première partie du film, et on sort de la salle ravi d'avoir découvrir un nouveau venu : Kim Seong-Hun.

A voir absolument si on aime les films coréens et/ou les thrillers originaux.

 

3e

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A most violent year

Les deux premiers films de JC Chandor ne m'avaient pas enthousiasmé, loin de là (cf ci-dessous). Je suis d'autant agréablement surpris par A most violent year, sorte de faux polar fatigué et lent.

L'originalité du film tient dans le personnage joué par l'excellent Oscar Isaac : Morales est un jeune entrepreneur aux dents longues, qui veut développer son bizness honnêtement, dans un milieu qui ne l'est pas vraiment.

Jusque là, rien de bien frappant me direz-vous... Mais Morales est inflexible comme un caïd de la mafia qui aurait appris la politesse et les bonnes pratiques pédagogiques ou managériales comme le renforcement positif. Ce que réussit Oscar Isaac, c'est de jouer un gentil avec des airs de méchant. Le film prend alors une ampleur considérable, le spectateur ne sachant pas trop sur quel pied danser jusqu'à la toute fin du film : faut-il céder à la violence ou pas ? le film sera-t-il une tragédie ou pas ?

JC Chandor organise son suspense aux petits oignons et sa mise en scène est littéralement somptueuse, avec une photographie parfois très sombre, parfois lumineuse, qui rappelle le meilleur de James Gray. Jessica Chastain est une nouvelle fois parfaite.

Un excellent moment de cinéma pour commencer la nouvelle année.

JC Chandor sur Christoblog : Margin Call (*) / All is lost (**)

 

4e

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Imagine

En cette amorce de réveillon, c'est le moment de parler d'un film qu'aucun de mes lecteurs n'a vu (si je me trompe, laissez moi un commentaire).

Imagine est le troisième film d'un réalisateur polonais prometteur : Andrzej Jakimowski (son deuxième film, Un conte d'été polonais, a remporté plus de trente prix dans différents festivals).

L'action se passe dans un monastère lisboète qui accueille des enfants aveugles. Un nouveau professeur arrive, non-voyant lui aussi, et utilise des pratiques pour le moins iconoclastes : il encourage les enfants à prendre des risques, à utiliser tous leurs sens et lui-même marche sans canne, au risque de se blesser.

Bien sûr, on voit tout de suite dans quelle veine poourrait se contenter de loger le film : Cercle des poètes disparus en mode mal-voyant, apologie de la liberté et exaltation des sens. D'autant que le jeune professeur, fort mignon, se lie avec une jeune fille très jolie.

Là où le film surprend et excite notre intérêt, c'est quand il vire vers une direction plutôt inattendue : le jeune professeur est-il un charlatan ? Et en quoi la liberté apprise d'un charlatan serait moins précieuse qu'une autre ? 

Le film devient alors tortueux et captivant. 

On pourra être un peu décontenancé par l'image très propre, les lumières un peu artificielles (le film baigne dans une sorte de réalisme magique) et les choix de mise en scène très formels. Ce fut mon cas, avant que je comprenne les parti-pris audacieux du réalisateur, en particulier cette façon d'exploiter toutes les ressources du cadrage et de la bande-son pour nous faire ressentir les sensations des protagonistes.

Une curiosité à découvrir.

 

2e

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Whiplash

Dans Whiplash, le héros est un salaud. C'est sûrement l'aspect le plus éblouissant de ce film par ailleurs fort aimable. 

Les poncifs ne manquent pas pour évoquer la fougue énergisante qui traverse le film de part en part : plaisir (mais ouch, quelle exigence ma bonne dame), récit initiatique de passage à l'âge adulte en mode Full Metal Baguette, thriller au rythme haletant. Mais Damien Chazelle parvient à nous faire rire des blagues sexistes et homophobes du sergent instructeur, c'est son véritable talent.

Le film se brise en son milieu, rebondissant comme ces balles hyper réactives dont on ne sait où elles vont finir.

Qui gagne ? Qui perd ? Dans ces rebondissements et retournements superbement rythmés, Damien Chazelle nous embrouille avec délice. On jouit de l'emberlificotage du scénario, et de la sobre efficacité de la mise en scène (cf la scène du camion par exemple).

Tonique, jouissif, énergique : un Grand prix à Sundance qui sort de l'ordinaire et une belle découverte (encore !) de la Quinzaine des réalisateurs à Cannes 2014.

 

4e

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Charlie's country

David Gulpilil, l'acteur principal de Charlie's country, est un vieil aborigène au charisme incroyable, qui tient le film sur ses frêles épaules.

Le première partie du film de Rolf de Heer se déroule dans le bush : elle est à la fois contemplative et amusante. Le film met alors très bien en évidence comment nos lois ne "collent" pas aux valeurs des aborigènes, et du coup, c'est l'ensemble de nos certitudes qui sont remises en question. 

Quand Charlie tombe malade, puis qu'il découvre la ville, le ton change du tout au tout. D'une atmosphère mystique et panthéiste, on passe sans ambage aux ravages de l'alcool : cette partie m'a semblé plus démonstrative et moins intéressante que la précédente.

Charlie's country fournit une vision immersive et détaillé de la condition aborigène, et il rappelle d'une façon brutale une réalité qu'on a tendance à oublier : en Amérique et en Océanie, les blancs ne sont finalement pas chez eux.

 

2e

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Marie Heurtin

On ne se souviendra pas éternellement du film de Jean Pierre Améris, mais il me faut bien avouer que Marie Heurtin est à la fois édifiant, instructif, bien joué et correctement réalisé.

On suit la destinée d'une jeune sourde aveugle, quasiment élevée dans un état sauvage, dans la France rurale du XIXème siècle. Et on s'intéresse à l'opiniâtreté presque maladive avec laquelle Soeur Marguerite va tenter d'apprendre à Marie cette évidence qui n'en est pas une : chaque chose possède un nom.

Isabelle Carré est une nouvelle fois stupéfiante dans ce rôle à sa mesure, alors que la jeune Ariana Rivoire est aussi très bonne dans le rôle de Marie Heurtin.

Le film est un tire-larme de première bourre, du genre : "Attention, nous prévenons qu'aucun spectateur ne sortira de la salle sans avoir les yeux rougis, et/ou en enlevant discrètement ses lunettes pour se gratter le haut de la joue, et/ou sans voir sa poitrine se lever compulsivement durant certaines scènes du film".

Le scénario ménage peu de surprises, et certaines scènes commandent un peu trop ouvertement les émotions, mais bon, ne boudons pas trop notre plaisir de simple spectateur : Marie Heurtin nous fait sortir de la salle de cinéma moins idiot qu'on y est entré. Et en plus, le film est projeté à toutes les séances en version sous-titrée pour les mal entendants, une initiative salutaire et pédagogique.

 

2e 

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Astérix - Le domaine des Dieux

Rien de négatif à dire à propos de l'adaptation d'Uderzo / Goscinny par Alexandre Astier.

Ce dernier reste bien sage et respectueux de l'original, en y ajoutant sa petite patte personnelle, comme par exemple lorsque les romains attaquent le village. A ce moment-là, le centurion Oursenplus prend les accents irrésistiblement drôles d'Arthur dans Kaamelott ("Mais c'est pas vrai !").

Sinon, difficile d'identifier d'autres signes distinctifs, sauf pour les fins connaisseurs qui reconnaîtront quelques répliques culte de la saga arthurienne de sire Astier (le "C'est pas faux" de Franck Pitiot par exemple).

En règle générale, les acteurs qui prêtent leur voix aux personnages sont plutôt convaincants (Roger Carel, Alain Chabat, Elie Semoun, Florence Floresti, Lionel Astier, etc), à l'exception notable de Guillaume Briat qui ne m'a pas plu du tout dans le rôle d'Obélix.

La mis en scène de Louis Clichy est propre et plaisante (j'ai vu le film en 2D) avec d'agréables jeux de lumière. 

Finalement, un des aspects les plus agréable du film est de remettre en lumière la pertinence du scénario de ce volume, particulièrement malin en ce sens qu'il brasse beaucoup de problématiques importantes  : l'acculturation par la colonisation, le confort contre la tradition, l'expansion du tourisme de masse.

Le plaisir qu'on éprouve à la vision du film tient donc à la fois à la densité de son propos et à la vivacité des dialogues. Une bonne soirée.

 

2e 

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White dog

Sensation de la section Un certain regard au dernier festival de Cannes, le film de Kornel Mundruczo est une oeuvre originale.

Les premiers plans du film sont intrigants et impressionnants. L'évolution de l'histoire est dans un premier temps palpitante : une jeune fille punchy, un père dépassé, un chien filmé comme un être humain. On se demande bien vers où le film va aller (film d'horreur, chronique socialisante, drame familial) et cette incertitude est délicieuse.

Quand le film tourne franchement au (attention, la suite de ma critique contient de graves spoilers) revenge movie à la sauce canino-fantastique, le regard du spectateur se trouble. Que suis-je en train de regarder exactement ? Un film à thèse sur les rapports d'exploitation homme/animaux ? Un film apocalyptique ? Une chronique imagée du passage de l'enfance à l'âge adulte ?

On se perd un peu dans les intentions du réalisateur, et White dog semble tout à coup too much : débordant d'intentions et de gestes cinématographiques, à l'image de ce dernier plan gratuitement spectaculaire. Il ne sert à rien, ne se raccorde à rien de bien logique, mais est profondément marquant.

Un cinéaste à suivre.

 

2e

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Mr Turner

On ne peut pas dire que je sois un grand fan du Mike Leigh british, à la mode Another year.

Aussi ai-je été plutôt agréablement surpris par ce biopic, qui est plus qu'un biopic.

Pourtant le film commence assez faiblement : l'acte de peindre est survolé, les personnages sont ennuyeux, la photo carrément kitsch. Timothy Spall (prix d'interprétation masculine à Cannes) surjoue dans un mode porcin, avec force grommellements et ahanements.

Tout cela ne présage rien de bon, jusqu'à ce que la folie dévorante pour la peinture n'envahisse progressivement l'écran, écrasant famille, amour, santé. Turner, homme du passé par son éducation et sa constitution, devient un homme d'avenir par son art. Il invente (presque) l'abstraction, observe avec gourmandise un nouveau monde naître avec ses daguerréotypes, ses trains et ses machines à vapeur.

La grandeur du film se situe exactement dans cette contradiction : alors que tous meurent autour de lui (père, fille, soeur, M. Booth, enfant de Haydon, Noirs sur le bateau, noyée...) la modernité naît partout, et seul Turner semble la distinguer.

Le peintre est un visionnaire qui perçoit seul ce que les autres ne sont pas encore capable de voir : telle est la leçon de ce film, un des plus beaux jamais réalisé sur le sujet de la peinture.

 

3e

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L'incomprise

Quel film étonnant que celui-ci, torrent d'émotions et description d'une enfance comme une autre, placée comme par erreur dans un milieu hystérique.

L'héroïne est magnifique, petite fille comme un foetus d'enfance dans un monde de brutes : père acteur (pouahh), mère violente (il faut voir Charlotte Gainsbourg balancer des oranges sur les voisins), grande soeur typée grosse pute à frou-frou rose.

Vous ne comprenez probablement pas grand-chose à ce que je raconte, mais peu importe, car le film est comme cela : foisonnant et oscillant entre amitié précoce, premier émoi pour un beau gosse, plaisanteries idiotes, inquiétude face au corps qui change, intérieurs plus colorés que chez Almodovar, atmosphère de violence permanente.

L'incomprise semble être au final le portrait d'une innocence sublimée et violentée : cruauté, humiliations à tous les étages. Au final quelle résistance ! Il en faut pour acculer Aria au désespoir !

A l'image de sa réalisatrice, un film à la fois trash et classique, poignant et déroutant. A voir.

 

3e

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The search

A Cannes, le nouveau film de Michel Hazanavicius a reçu un accueil mitigé, accentué par des sifflets en séance de projection presse, dont on ne sait s'ils émanaient d'affidés pro-russes ou de journalistes mécontents. 

Pour ma part, j'ai trouvé le film extrêmement efficace et habile. Je n'avais encore jamais vu de film de guerre français aussi prenant, pouvant rivaliser sans rougir avec les productions américaines. Costumes, décors, paysages, la reconstitution est parfaite.

Certes le traitement de l'incorporation du jeune soldat russe est assez classique (comment un jeune homme normal devient un guerrier dénué de sentiments), mais le cadre est ici très original, et rarement montré. Le tournage en Géorgie permet une immersion hyper-réaliste dans cette guerre de Tchétchénie quasiment jamais abordée au cinéma. La construction temporelle du film est originale, et assez frappante.

Le point faible de The search réside dans la prestation un peu lourdingue de l'épouse du réalisateur, Bérénice Béjo, qui joue le rôle difficile d'une humanitaire sensible. Le reste de la distribution est par contre absolument parfaite : Annette Bening est royale et le petit garçon, Maxim Emelianov, irrésistible, a longtemps été en pole-position pour le prix d'interprétation sur la Croisette. Un phénomène !

Remake d'un western de Fred Zinnemann (1948), The search reproduit les qualités et les défauts des films de cette époque : une histoire romanesque, des circonstances dramatiques, des sentiments exacerbés, une mise en scène fonctionnelle au service d'une histoire bien conçue.

C'est sûrement une vision du cinéma que certains puristes renieront (pas assez créatif, trop naïf, pas du tout politique) : pour ma part, le film m'a embarqué et m'a ému à de nombreuses reprises.

 

3e

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Les opportunistes

Le grand succès italien de l'année (7 Donatello, l'équivalent de nos Césars, le film a battu La grande belleza) arrive une fois n'est pas coutume sur les écrans français. 

Le film est basé sur l'effet que j'appelle habituellement "Rashomon" (car le film de Kurosawa en est la plus belle expression) : une même histoire racontée suivant trois points de vue différents. Ce procédé est toujours excitant : les mêmes scène revues sous un angle différent provoquent la curiosité, on est captivé par les jeux de résonance d'une séquence à l'autre, découvrant tout à coup le pourquoi du comportement bizarre d'un personnage ou faisant le lien entre plusieurs éléments disparates.

L'utilisation de l'effet "Rashomon", très efficace intrinsèquement, n'est parfois qu'un cache-misère. C'est presque le cas ici. La trame de fond est ici en effet archi-rebattue : il s'agit du thème très à la mode ces dernières années du conducteur d'un véhicule qui s'enfuit après avoir renversé un cycliste. 

Les opportunistes veut embrasser autour de ce sujet une collection de thèmes survolés mais de bon aloi : la dénonciation d'un capitalisme inhumain qui parie sur la crise, le racisme ordinaire d'italiens moyens, le mépris de la bourgeoisie vis à vis de la culture...

Tout cela est bel et bon, mais un peu creux, et il faut une palette d'interprétation hors norme pour sauver le film d'une médiocrité annoncée. Valéria Bruni Tedeschi est en particulier parfaite, dans un rôle d'ingénue sous domination au décolleté ravageur.

A voir éventuellement.

 

2e

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Respire

Respire, le deuxième long-métrage de Mélanie Laurent, a enthousiasmé la Semaine de la Critique à Cannes 2014.

Le découvrant aujourd'hui, je ne peux m'empêcher d'être un peu décu. Si la description du monde des adolescentes y est très réussie, la progression du film m'a semblé un peu mécanique.

C'est au final l'interprétation de la jeune Joséphine Japy qui sauve le film. La fascination, les élans sincères, puis l'enfermement sont joués à la perfection par la jeune comédienne. Lou de Laâge, dans le rôle de la vamp allumeuse m'a semblé au contraire jouer faux plusieurs fois. Dans ce film de femmes, Isabelle Carré est une nouvelle fois prodigieuse.

Sans révéler trop de choses du film, cette histoire de pervers narcissique paraît avoir été racontée mille fois (dans des milieux, et avec des âges et des sexes différents). Il faut un vrai talent de réalisatrice à Mélanie Laurent pour susciter ici l'intérêt, à travers un montage nerveux, une certaine concision dans les enchaînements et une mise en scène très expressive, parfois à la limite de la démonstration de force, à l'image de ce travelling immense lorsqu'on découvre la vérité sur Sarah.

Un film intéressant et plaisant à suivre.

 

2e

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A girl at my door

Si vous voulez éviter tout spoiler, ne lisez pas cette critique.

Vous risqueriez d'y apprendre qu'il n'est pas prudent pour une policière lesbienne de recueillir chez elle une jeune fille battue (et un peu tordue). Surtout quand l'action se déroule dans le fin fond provincial d'une Corée encore très traditionnelle.

Ceci dit, le film dépasse largement son pitch rapidement énoncé. Notamment grâce au jeu tout en finesse de la mégastar / mannequin Doona Bae, qu'on a déjà vu dans Air doll, Cloud Atlas, et The host. La mise en scène de la jeune July Jung, classique mais robuste, rend le film très plaisant à regarder : à la fois ambigu, finement descriptif de la société coréenne et discrètement mélodramatique.

On appréciera particulièrement la description une nouvelle fois sans concession (c'est le moins qu'on puisse dire) de la masculinité coréenne. Comme souvent dans le cinéma de ce grand pays de cinéma, le film marie très bien le grotesque, le tragique et le sentimental, zigzagant entre clichés éculés, sentimentalisme de pacotille et cruauté des comportements.

Un beau film au final, présenté dans la décidément très riche section Un certain regard du Festival de Cannes 2014. Le film est produit par Lee Changdong, réalisateur des beaux Secret Sunchine et Poetry.

 

3e

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Tuer un homme

Un homme menacé par de petits délinquants, honnête et tranquille, en vient à tuer calmement son principal harceleur, tant sa crédibilité familiale se délite peu à peu.

Sur cette trame très convenue pour un film d'auteur typé festival, le chilien Alejandro Fernandez Almendras, dont c'est le troisième film, parvient à produire une oeuvre assez sensible et plutôt réussie.

Le passage traditionnel "il n'est pas si facile de faire passer un être humain de vie à trépas" est par exemple assez frappant, tout en retenue et finalement assez flippant. La description d'un quotidien morne et triste, l'utilisation habile des différents lieux, souvent filmés de nuit (la fôrêt, le bus, la côte, la banlieue, la ville), ancrent solidement le film dans la réalité chilienne, et augmentent son intérêt. 

Si Tuer un homme n'évite pas tout à fait les poncifs de son genre (un mutisme forcené, une utilisation un peu trop fréquente des plans fixes, un rythme parfois lymphatique), il capte tout de même l'intérêt par l'attention qu'il porte aux détails et à la psychologie de son personnage principal. 

A noter que le film, qui est tiré d'un fait divers réel, a remporté des prix dans de nombreux festivals, à Sundance, à Rotterdam, et au festival du film policier de Beaune.

Le Chili sur Christoblog : No / Les vieux chats / Magic magic (le film est américain mais tourné au Chili par un chilien) / Violeta / Gloria / La danza de la realidad

 

2e

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Une nouvelle amie

Le 20 octobre 2014 à l'UGC de Lille, projection du nouveau film de François Ozon en présence de la rayonnante Anaïs Demoustier et de Raphael Personnaz.

Parlons d'abord du film. Plutôt un bon cru à mon goût. Depuis le début de sa carrière, Ozon semble s'adoucir petit à petit, un peu comme l'a fait Almodovar : son cinéma, très violent au départ (Sitcom, Les amants criminels) devient petit à petit plus feutré, plus classique, même si le feu couve toujours sous le glaçage apparent. Il évolue progressivement vers un aspect hitchckokien qui est assez agréable, sauf quand il tourne à la caricature (Dans la maison). 

Une nouvelle amie, tourné au Canada, commence comme une parade de lieux communs à la sauce été indien. On assiste à une succession de plan brillante, qui dessine brièvement la trajectoire d'une vie pour aboutir dans un cercueil. Tous les paradoxes de Ozon sont déjà dans ce début : images glacées, effets un peu faciles mais redoutablement efficaces.

Le film m'a fait osciller constamment entre deux pôles : me laisser entraîner dans une histoire plutôt originale et bien jouée, ou m'arrêter sur quelques faiblesses de scénario. Le bilan de ces oscillations est une sorte de vertige plutôt agréable qui aboutit, dans un dernier plan compliqué, à une certaine perplexité. 

En fin de séance, la politesse bienveillante d'Ozon, le caractère taquin de Personnaz et le rayonnement enjoué d'Anaïs Demoustier ont littéralement scotché sur leur siège la totalité des spectateurs de la salle 6 de l'UGC. Des échanges ressort : que Personnaz a été casté pour le rôle finalement tenu par Romain Duris (mais y a été de son propre aveu très mauvais), qu'un des extraits du film qu'on entend dans Une nouvelle amie est Angel d'Ozon (car on ne paye pas dans ce cas de droit d'auteur, nous dit-il !), et que Ozon était terrifié à l'idée de jouer dans son propre film (le pervers dans le cinéma) et qu'il a même réalisé une autre prise de cette scène avec un "vrai" acteur, au cas où il se trouve vraiment trop mauvais. 

La salle lilloise a posé des questions plutôt pertinentes et les réponses d'Ozon ont mis en valeur le film. Une excellente soirée.

 

2e

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Pt'it quinquin

Si on confie à Bruno Dumont la réalisation d'une série, comme vient de le faire Arte, nul doute qu'il fasse bien du Bruno Dumont.

Pas de surprise donc à ce qu'on retrouve dans Pt'it quinquin les qualités et les défauts du réalisateur :  un sens prodigieux des éclairages et des paysages, des fulgurences de mise en scène saisissantes, mais aussi un penchant pour la destructuration du récit et un intérêt douteux pour la cohérence de l'intrigue.

A Cannes, ou le film fut présenté à la Quinzaine, l'accueil fut à la fois enthousiaste (l'effet de surprise jouant à fond, Dumont se permettant ici quelques traits d'humour, ce qui n'est pas son habitude) et violemment négatif pour une petite minorité du public, qui considérait que Dumont exploitait les handicapés qui constituent ici une partie de son casting.

Ce sont en fait les deux types de réactions que la série a alternativement généré chez moi : au début un grand plaisir de découverte et de curiosité (les paysages du Boulonnais prennent ici un air particulièrement exotiques), mélangé à quelques sourires, puis un ennui grandissant dû à une intrigue qui s'effiloche et à des scènes qui mettent mal à l'aise. 

Si Bernard Pruvost, qui joue le commisssaire, semble en effet bien être un handicapé qui joue l'acteur, on n'a pas forcément la même impression avec d'autres participants à l'aventure, je pense au frère et aux grands-parents du personnage principal par exemple.

On comprendra que les gens du Pas de Calais n'acceptent pas facilement cette vision d'auteur qui donne d'eux une image peu engageante : arriérés et raciste (car Pt'it quinquin l'est sans contestation). La banderolle déployée au Parc des Princes par les supporters du PSG il y a six ans («Pédophiles, chômeurs, consanguins : bienvenue chez les Ch'tis») a laissé des traces qui trouvent ici un écho. 

Au final, reste pour moi quand même une impression plutôt positive, le talent exceptionel de Bruno Dumont (les majorettes !) effleurant souvent la surface de cette OVNI télévisuel, qui au passage ne respecte aucun canon des séries habituelles. Les audiences sur Arte ayant été très bonnes, une suite est maintenant envisagée.

 

2e

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