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Christoblog

Articles avec #j'aime

Boyhood

Rappelons d'abord le principe fondateur du film : Richard Linklater l'a tourné pendant 12 ans, à raison de quelques jours de tournage par an.

Il résulte de ce mécanisme osé le sentiment incroyable de saisir la texture du temps qui passe. Le monde entier semble vieillir de 12 ans sous nos yeux, pendant les 2h45 du film.

Les acteurs évoluent bien sûr physiquement. Le jeune Ellar Coltrane a 6 ans au début du film, 12 à la fin, et il est vertigineux de le voir muer de façon continue, comme sa soeur dans le film, qui est dans la vraie vie la fille du réalisateur. Patricia Arquette s'empâte progressivement alors que Ethan Hawke semble éternellement mince et séducteur.

Mais ce que propose le film est encore plus fort : l'environnement lui-même évolue constamment : voitures, téléphones, programmes télé, jeux vidéos, musiques, centres d'intérêt (la séance Harry Potter !). L'impression saisissante que procure le film est renforcé par le fait que les transitions entre les douze séquences sont extrêmement fluides. Certaines m'ont d'ailleurs échappé. Cette incroyable unité du film tient sur deux piliers : la capacité des acteurs de garder le bon "ton" d'année en année, et la cohérence du style de Linklater.

Si Boyhood est un objet filmique passionnant et même envoutant, c'est donc principalement en tant que peinture hyper-réaliste de la fuite du temps. Si on le regarde comme un film "normal", il est probable que le scénario (forcément écrit en partie au fil de l'eau) apparaîtra comme un peu faible. Le film ménage certes quelques moments de grâce (par exemple les morceaux de musique, ou quelques instantanés silencieux ou ralentis), mais il pourra sembler parfois ennuyeux aux spectateurs peu sensibles à sa proposition.

 

4e

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Le conte de la princesse Kaguya

Quelle beauté et quel incroyable célébration de la vie ! Voilà les premières impressions qui se dégagent lors de la vision de la dernière oeuvre d'Isao Takahata (Le tombeau des lucioles, Pompoko), l'autre maître des Studios Ghibli.

Trouvée miraculeusement dans un bambou, la princesse Kaguya est élevée par un couple de campagnards modestes. J'ai rarement vu la petite enfance aussi délicieusement montrée que dans ce film : être attendrissant sans être niais, c'est le génie des cinéastes japonais.

Las ! Le père décide de faire de sa petite fille une vraie princesse. Il l'emmène à la ville et lui fait enseigner les bonnes manières. La pauvre Kaguya dépérit, jusqu'à...

Incroyable melting pot de sentiments mêlés (émotion, panthéisme, tristesse, dépression, espoir, incrédulité), Le conte de la princesse Kaguya est une friandise à la fois acidulée et amère. On est tour à tour ému, révolté, triste et joyeux. 

Servi par des dessins d'une stupéfiante beauté, parfois profondément originaux (le rêve de fuite) et d'autres fois, il faut le dire, d'une kitscherie embarassante (la fin), le film s'avère être au final un morceau de choix pour celui qui aime le Japon, ou l'animation, ou les jolis contes.

 

3e  

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Les hommes ! De quoi parlent-ils ?

http://lh5.ggpht.com/-exxwrweBtXw/UL8ewgiPH0I/AAAAAAABF_A/RBrfY1MajHE/5818246426963144657-656596945163.jpgVu au Festival du film espagnol de Nantes en 2013. 

 

Una pistola en cada mano (le titre francais est d'une idiotie rare), de Cesc Gay, est un véritable délice. En cinq tableaux ou scénettes qui ne sont presque constituées que de dialogues, le réalisateur nous peint un tableau pour le moins impitoyable de la condition masculine, de 30 à 50 ans.

Dans le premier épisode, deux ex-amis se retrouvent et se racontent leur vie, partiellement insatisfaisante pour l'un, complètement ratée pour l'autre. Dans le deuxième, un divorcé tente de reconquérir fort maladroitement son ex. Nous suivons ensuite un jeune homme qui tente d'obtenir des faveurs sexuelles dans son boulot, avant de se faire copieusement humilier. C'est tendre et cruel, mais pas autant que le quatrième tableau, réunissant Luis Tosar et Ricardo Darin (quel duo exceptionnel !), où l'on découvre un cocu qui suit sa femme et croise le chemin d'une connaissance. Le cinquième épisode quant à lui, est proprement génial : deux amis discutent séparément avec la copine de leur copain et chacun apprend sur l'autre les pires horreurs. 

En guise d'épilogue, tous ces personnages se retrouvent dans une fête.

Le tout, bien que sans prétention, est superbement joué, bien filmé, et Cesc Gay déploie des trésors d'imagination pour développer ses historiettes. C'est ciselé comme du Woody Allen : un film d'une grande finesse, injustement (et inexplicablement) assimilé par la majorité de la presse française à un navet comme Le coeur des hommes, sous le seul prétexte qu'on s'intéresse dans les deux films aux déboires sentimentaux d'hommes mûrs.

 

3e 

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Le procès de Viviane Amsalem

Le propos du dernier film de Ronit et Shlomi Elkabetz est assez limpide : une femme israélienne souhaite divorcer de son mari, car elle ne l'aime plus (et probablement ne l'a jamais aimé). Comme les divorces sont sous l'autorité d'un tribunal rabbinique, il est nécessaire d'obtenir l'accord du mari. Ce dernier ne souhaite pas lui donner, bien qu'il n'ait rien à lui reprocher (ils sont séparés depuis 3 ans).

A partir de cette trame psychologiquement puissante, le film étire un long huis-clos passionnant. Les audiences, tantôt courtes, tantôt plus longues, se suivent sans qu'on ait jamais le sentiment de redite. Il faut dire que le scénario étonne par son inventivité : production de témoins inattendus, renversements de situation, mise en cause de l'impartialité des parties prenantes, crise de nerfs.

L'intrigue se mue progressivement en thriller (le divorce sera-t-il prononcé, oui ou non ?), tout en interrrogeant avec une belle acuité la société israélienne, et la place qui y est faite aux femmes. Les dialogues sont d'une finesse extrême, on pense on cinéma de Farhadi, et surtout au début d'Une séparation. Miracle du film : même l'époux ne parvient pas à être complètement antipathique, alors qu'il est en train de détruire la vie de son épouse.

Une franche réussite, un excellent moment.

 

3e 

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Under the skin

Under the skin est un film protéiforme, qui m'a inspiré des sentiments assez divers.

Son introduction lente et mystérieuse m'a d'abord intrigué. Il y a un peu des mouvements de vaisseaux spatiaux du 2001 de Kubrick dans les visions cosmiques que propose Jonathan Glazer.

L'atterrissage de l'alien dans le corps de Scarlett Johansson fait l'objet d'une scène d'une beauté stupéfiante. A ce moment là on pense alors peut-être tenir un chef d'oeuvre. Les pérégrinations qui suivent sont malheureusement un peu lassantes dans leur répétitivité : l'alien traque des hommes solitaires, les attire, puis vole leur peau lors d'une cérémonie étrange. Parfois dérangeantes (l'épisode Elephant man), parfois insipides (la rencontre amoureuse téléphonée), les péripéties de notre ami étranger ennuient, charment ou agacent.

Vers la fin, le film prend encore un autre tournant, évoluant vers une sorte de survival en forêt, façon Delivrance enneigé. Le film se finit alors dans une sorte de déflagration narrative avec la révélation de qui se cachait dans la peau de Scarlett : il est encore à ce moment-là stupéfiant, et en même temps trop démonstratif.

Au final, Under the skin est un exercice de style à la fois envoutant et ennuyeux, naïf et profondément original. Il mérite d'être vu.

 

2e

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Xenia

Bonne nouvelle en provenance de Grèce. On savait que ce pays pouvait proposer des oeuvres pointues (Athina Tsangari, Yorgos Lanthimos), on découvre aujourd'hui qu'il peut produire un cinéma touchant, exigeant et original.

Xenia commence comme un clip hyper kitsch, et franchement queer, avec des visions délirantes qui donnent au film une tonalité quasi fantastique. On voit passer au large un paquebot sur lequel chante celle qui  sera le fil rouge du film : la chanteuse italienne des années 70 Patty Pravo.

Habilement manipulé par le réalisateur qui multiplie les pistes, on s'attache très vite au personnage de Dany, jeune gay de 16 ans, joué par le formidable Kostas Nikouli.

Sa rencontre avec son frère Odysseas, puis leur recherche d'un père hypothétique, est pleine de charme et de surprise. Le scénario du film, même s'il n'est pas férocement original dans sa deuxième partie, s'avère bourré d'émotion, alors que la mise en scène de Panos Koutras varie ses effets avec un talent certain.

Un réalisateur à suivre.

 

3e  

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Black coal

Black coal, Ours d'or au dernier Festival de Berlin, est un polar tortueux, sensuel, et racé. J'ai souvent pensé au cinéma élégant de Fincher dans Zodiac, zébré d'éclair de violence et d'éclats esthétiques confondants, qui évoque irrésistiblement le cinéma de Jia Zhang Ke.

Pour bien apprécier le film, il faut accepter de ne pas tout comprendre au début, sachant que les évènements vont progressivement s'éclaircir. Le film de Diao Yinan progresse en effet sur un rythme syncopé, louvoyant entre différents temps, maniant quasi systématiquement l'ellipse en fin de scène, comme autant de coups de hache narratif.

Le film brille également par son tableau à la fois attachant et sidérant de la Chine profonde, et par le jeu de son acteur principal, qui a d'ailleurs obtenu le prix d'interprétation à Berlin.

Beau, intriguant, stimulant, Black coal est une pépite noire à découvrir.

 

3e 

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Les trois singes

Ce dont parle le film est d'une noirceur insigne : un homme politique paye son chauffeur pour prendre sa place alors qu'il a tué un homme lors d'un accident de la route, puis couche avec sa femme, moyennant une aide financière pour son fils. Quand le mari sort de prison, les choses s'enveniment.

Dans la filmographie de Nuri Bilge Ceylan, Les trois singes occupe une place à part. C'est dans cet opus que le cinéaste turc a mené le plus loin ses expérimentations esthétiques. Tout le film est conçu comme une sorte d'objet expressionniste dans lequel les cadres sont très travaillés (alternativement très larges ou très rapprochés) et les éclairages semblent iréels. La bande-son, exceptionnelle, est entièrement retravaillée en post-synchro et constituerait un sujet d'étude en soi. 

Le résultat est un film impressionnant de maîtrise (il remporta d'ailleurs le prix de la mise en scène à Cannes), absolument délectable si on s'attache à toutes ses trouvailles (le fait que seuls les visages des 4 protagonistes principaux soient filmés, la conversation dans la voiture, les effets de reflets, etc), peut-être un peu artificiel si on n'entre pas dans le projet de l'auteur.

 

3e  

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Les drôles de poissons-chats

Alors évidemment, on pourra dire que ce film est un effroyable tire-larmes reposant sur une intrigue minimaliste : une jeune fille solitaire rencontre à l'hôpital une femme malade du SIDA et s'incruste dans sa famille.

Cela serait sans compter avec la grande délicatesse qu'emploie la réalisatrice, Claudia Sainte-Luce, pour décrire chacun des membres de cette famille un peu dysfonctionnelle. Martha a en effet 4 enfants de 3 pères différents : Alejandra, la plus grande, doit assumer beaucoup de responsabilités, Wendy est en surpoid et les deux petits derniers, Mariana et Armando, doivent gérer leurs sentiments complexes... Parce que la mort est bien présente dès le début du film, et planera jusqu'au bout sur cette singulière équipe. 

Le plus intéressant dans le film est la façon dont la jeune fille, Claudia, s'insère progressivement dans le dispositif familial, dans lequel chacun souffre en silence, et comment elle prend sa part de douleur.

Le final, qui enchaîne une virée désespérée à la mer, des plans en voiture très émouvants, puis des plans fixes sur chacun des 5 personnages, est calibré pour vous arracher des larmes, et au vu des multiples reniflements, sortie précipitées en enlevant ses lunettes, pinçage discret de nez, il atteint parfaitement son but.

La mise en scène très fluide de la réalisatrice fait de ce premier film mexicain un très joli moment.

 

3e    

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Bird people

Si la magie existe au cinéma, elle est dans Bird People.

Le dernier film de Pascale Ferran pourra sembler n'être rien, un cadre américain en transit à Roissy, une jeune fille qui finance ses études en faisant le ménage dans un hôtel. Deux destinées qui ne se croiseront que par le biais du plus improbable hasard : un évènement dont je tairai volontairement la nature, tellement l'effet de saisissement est impressionnant (je vous conjure d'aller voir le film en en sachant le moins possible à son sujet).

Il semble n'être rien, et il est tout.

Il est la cassure dans une vie, le moment où une destinée bascule, il est le maelstrom des vies humaines, la dignité, la nature, l'espace et le temps. Bird people propose un chemin subtilement orginal, il nous entraîne avec lui dans des contrées qu'on n'imaginait pas accessibles via le cinéma, par la grâce d'un casting idéal et d'une mise en scène affolante de simplicité et de complexité mêlée.

Poétique, intrigant, flattant à la fois l'intelligence et le coeur, un des plus beaux films de l'année, sans contestation possible.

 

4e  

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Ugly

Déjà plus d'un an que j'ai vu ce film à Cannes, à la Quinzaine des réalisateurs : mystères insondables de la distribution !

Attention la suite contient des spoilers révélant la fin du film.

Le réalisateur indien Anurag Kashyap revenait en 2013 sur la Croisette après avoir présenté son Parrain en 2012 : le colossal Gangs of Wasseypur. Cette fois-ci la durée du film est plus raisonnable (2 heures au lieu de 6), mais la tonalité est un peu la même : c'est noir, très noir.

Le point de départ est limpide : une petite fille se fait enlever. Tous les membres de la famille vont alors se faire passer pour le kidnappeur pour toucher la rançon : l'ami du père, le frère de la mère, la nouvelle copine du père, etc... 

Pendant ce temps, le cadavre de la petite pourrit quelque part. 

C'est franchement amusant par moment (la conversation initiale avec le commissaire de quartier, comme un ping-pong verbal), et le film peut être rapproché sous cet angle du cinéma coréen : capacité d'auto-dérision portée à son maximum et tableau peu flatteur de la police locale.

Le film a un côté BD, avec sa bande originale très punchy et ses scènes d'action menées tambour battant, qui est plutôt agréable si vous aimez un type de cinéma qui décape sans complexe. 

 

2e

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Pas son genre

Le cinéma de Lucas Belvaux (Pour rire !, Rapt, Un couple épatant, Cavale, Après la vie, La raison du plus faible, 38 témoins) présente un peu les mêmes caractéristiques que celui d'Hirokazu Kore-Eda: leurs films, qu'ils soient bons ou moyens, sont toujours d'une grande sensibilité, sous l'apparence d'un sage classicisme. 

Pas son genre est en ce sens un modèle. On pourrait craindre que le pitch (un philosophe parisien tombe amoureux d'une coiffeuse à Arras) ne soit que le prétexte à bâtir une comédie romantique de plus, enfilant les clichés comme des perles.

Le résultat est tout différent. Pas son genre s'avère être d'une délicatesse extrême, doté d'un scénario très intelligent, d'une grande subtilité. La mise en scène est comme toujours chez Belvaux à la fois discrète et raffinée.

Le film est étonnant, touchant, et même brillant, par la grâce du jeu absolument magnifique d'Emilie Dequenne, qui confirme ici être une des plus belles actrices du moment. Sa prestation est magistrale, enchaînant joie de vivre, colère, résolution, amour, tristesse dans un tourbillon de sentiments qui laissent pantois. La plus belle prestation vue en 2014, sans discussion possible.

Le seul point faible du film est peut-être parfois dans les dialogues, mais pour tout le reste foncez-y, surtout si vous aimez dans un même film rire et pleurer, être séduit, inquiet et finalement bouleversé.

  

4e

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Qu'est-ce qu'on a fait au Bon Dieu ?

Je vais tout de suite dire ce que ce film n'est pas. Il n'est ni original, ni très fin, ni profond. Ce n'est pas une étude sociologique, ni une réflexion sur les différences ou l'intégration. Ceux qui y chercheront matière à penser n'y trouveront pas leur compte.

Qu'est-ce qu'on a fait au Bon Dieu ? est une comédie qui se revendique comme telle.  Parfaitement huilée, elle enchaîne les punchlines comme des perles, avec une efficacité tout anglo-saxonne. Il y a énormément de gags dans le film, qui ne sont pas toujours en rapport avec les personnages, mais qui souvent font rire ou sourire : je pense par exemple à ce plan très bref où un des personnages, nerveux, jette rageusement sa clop électronique par terre comme si c'était un vulgaire mégot. 

Le mérite du film est probablement dans cet acharnement à transformer chaque scène un peu cliché grâce à une idée (fut-elle peu originale) : mettre un iPad dans les mains du curé lors de la confession en est un excellent exemple.

L'autre aspect réussi du film est l'excellente prestation de tous les acteurs : Clavier plutôt dans la retenue, Chantal Lauby exceptionnelle de drôlerie un peu triste, des filles parfaites avec chacune leur personalité (sublime Elodie Fontan), des gendres énergiques. Le père africain est irrésistible.

Le film s'empare des clichés racistes et les malaxe sans vergogne, les amplifiant, les dénaturant, les contredisant. De ce point de vue, il est plutôt réjouissant. 

Donc je résume : j'ai beaucoup ri. Le film, qui ne vise qu'à ça, atteint donc son but.

 

2e       

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Après la nuit

J'ai vu ce film au Festival de la Roche sur Yon en 2013 et je garde le souvenir d'une photographie magnifique et d'une mise en scène impeccable. 

Le film était projeté dans un cinéma situé dans une zone commerciale et c'était un peu suréaliste de voir le réalisateur Basil da Cunha, suisse d'origine portugaise, venir présenter son film devant trois pékins égarés à côté du Quick.

Le scénario est à la fois légèrement vaporeux et pas très original, mais le film vaut peut-être le déplacement si vous aimez la poésie des balades nocturnes dans les quartiers mal famés et les personnages à tronches. Il annonce potentiellement l'émergence d'un cinéaste doué, capable de capter une atmosphère (ici celle du quartier des immigrés cap verdiens de Lisbonne) et de diriger habilement des acteurs.

Un plaisir sensoriel, pour ce qui peut être vu comme un quasi-documentaire.

 

2e   

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States of Grace

Il y a à l'évidence quelque chose dans States of Grace qui attire potentiellement le cynisme. Une interprétation hyper-sensible de l'actrice Brie Larson, un sentimentalisme parfois un peu trop tape-à-l'oeil (exemple : la demande en mariage), des personnages un peu bisounours, un air général de "performance pour Sundance", des effets pas toujours discrets.

Et pourtant, on s'immerge avec beaucoup de douceur dans ce tableau d'une jeune femme fissurée qui gère elle-même un centre d'accueil pour enfants en difficulté. Le mérite en revient bien sûr à l'extraordinaire performance de Brie Larson, mais aussi à la mise en scène habitée de Destin Cretton. Chaque jeune filmé est en quelque sorte une voix qui constitue un choeur de souffrance, et le chant qu'entonne le film est une ode à la bienveillance, à la résilience et à l'espoir.

Le film a donc les défauts de ses qualités : il pourra paraître réaliste ou misérabiliste, naïf ou sincère. Pour ma part, il me semble être un beau morceau de cinéma écorché.

 

 3e    

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Dans la cour

On pouvait craindre beaucoup de choses à la lecture du script et du casting du nouveau film de Pierre Salvadori : des numéros d'acteurs un peu vains, une sorte de surenchère dans le misérabilisme psychologique, une petite chose parisienne étriquée à la mesure d'une cour d'immeuble, un succédanné d'esprit grolandais avec le snobisme chic que cela comprend.

Et puis non. Dans la cour évite tous les pièges évidents qui le guettaient : il est superbement réalisé, bien rythmé, et les acteurs sont tous formidables. Kervern est parfait en dépressif conciliant et de bonne volonté, Deneuve montre des choses qu'elle n'avait jamais montré (et avec quel brio !), les second rôles sont tous parfaits (Pio Marmai continuellement défoncé, Feodor Atkine en mari rationnel). Le scénario est suffisamment malin pour nous entraîner vers une fin guère prévisible.

Pierre Salvadori tient sur la durée un équilibre délicat entre comédie douce-amère et drame psychologique, sur un mode à la fois réaliste et poétique. Tout y précis, concis, délicat, mesuré. Du bel ouvrage.

 

3e    

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Suneung

Les cinéastes coréens sont souvent comme ça : imaginatifs, et pas très fins.

Shin Su-Wan remplit une fois de plus ce cahier des charges basique, mais fort agréable. 

Suneung est d'emblée punchy, dès sa première scène : alternance saccadée d'un corps d'ado découvert mort, de planètes dans l'espace et de chasse sanglante au lapin. On ne comprend rien, ça va à 100 à l'heure, mais c'est très rigolo à regarder. Tout le film remonte ensuite la pelote temporelle du drame à coup de multiples flashbacks désordonnés, et l'ensemble est assez captivant.

Outre l'intrigue, plus sombre et complexe que ce que laissent penser les premières minutes, le film séduit aussi par le tableau sans concession (et il faut le dire, sans finesse) qu'il dresse de la compétition scolaire en Corée.

En résumé, à voir absolument pour les fans de cinéma coréen, envisageable pour ceux qui aiment les intrigues retorses menées à coups de serpe, dispensable pour les autres.

 

2e  

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My sweet pepper land

Quelle excellente surprise que ce thriller aux allures de western tourné au Kurdistan, par Hiner Saleem, kurde irakien réfugié en France. 

Dès la première scène (une peine de mort qui a quelque difficulté à aboutir), on est sidéré par le mélange de maîtrise dans la mise en scène, de cocasserie décalée et de sens de l'obeservation.

Par la suite le film développe la rencontre de deux êtres vivant d'idéaux.

Elle, la magnifique Golshifteh Farahani (mais que cette actrice est belle !), est une institutrice qui accepte d'aller enseigner aux confins du Kurdistan. Elle est en proie à l'attitude machiste de la totalité de la population, et affublée d'une bande de frères genre Pieds nickelés tragiques, plus préoccupés par l'honneur (présumé) de leur soeur que par leur propre sort - et Dieu sait s'ils auraient intérêt à veiller à paraître moins ridicules.

Lui, le charismatique Korkmaz Arslan (j'ai rarement vu un combo sourcils / yeux d'une telle efficacité), a décidé de faire respecter la loi dans ce village paumé, se heurtant frontalement à un parrain local. 

Rencontre riche en étincelles, parfum ennivrant d'Asie Mineure revisitée par un Sergio Leone pince-sans-rire, My sweet pepper land est un loukoum digeste et hautement recommandable. 

 

3e    

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Pelo malo

Il y a des films qui m'enthousiasment dès la première image, et dont j'ai la certitude au bout de cinq minutes qu'ils marqueront durablement ma mémoire cinéphilique. 

Pelo Malo, de la réalisatrice vénézuélienne Mariana Rondon, fait partie de cette catégorie. Le film est beau, dans ses choix esthétiques, sa photographie magnifique, ses décors urbains incroyables. Il est efficace, avec son montage rythmé, ses acteurs et actrices parfaits. Il est intéressant parce qu'il donne à voir de la société vénézuélienne actuelle, et de l'incroyable impact de l'agonie (quasi christique) de son mentor Chavez. Il est mystérieux par les détours pas si simples de son scénario à triple détente, et plein de mystères. Il est lumineux par le visage de Samuel Lange, jeune acteur qui joue le rôle de Junior.

Junior est un garçon qui vit dans une bulle féminine (sa mère, sa grand-mère), se rêve en photo de chanteur aux cheveux lisses (il les a crépus), et  va progressivement donner des indices (ou pas) de trouble de l'identité sexuelle. Dans quelle mesure les adultes qui l'entourent sont-ils les vecteurs de cette ambiguité ?

Evidemment, le film rappelle furieusement Tomboy, le film de Céline Sciamma : période estivale, enfance et identité sexuelle, malentendus, vision tordue des adultes, thriller psychologique en apesanteur. Il est aussi beau, fin et intelligent que son homologue français. 

Je vous le conseille, c'est un film magnifique.

 

4e

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Les trois soeurs du Yunnan

Wang Bing est un magicien.

Qu'il filme la fin d'un complexe sidérurgique pour en faire un film de plus de 9 heures (A l'ouest des rails) ou ici la vie de trois petites filles dans un village isolé de tout, il parvient à chaque fois à nous captiver, à donner l'impression que la réalité est PLUS que la réalité.

De la même façon que la photographie peut dans certains cas nous donner l'illusion de voir au-delà de la surface des choses, le cinéma de Wang Bing nous projette dans une quatrième dimension vertigineuse et émouvante.

Trois petites filles (10, 7 et 4 ans) dans une maison presque sans électricité, sans eau courante, sans chauffage, sans toilettes, dans un village du Yunnan, à 3200 mètres d'altitude. La mère s'est enfuie. Le père travaille. Les trois soeurs se débrouillent comme elles peuvent durant la journée. Il faut s'ocuper des bêtes, s'épouiller, faire un peu de lessive, manger des pommes de terre. 

Durant les 2h30 que durent Les trois soeurs du Yunnan, il ne se passe pas grand-chose, et en même temps c'est le monde entier qui semble s'engouffrer dans la cour boueuse, dans ces paysages extraordinaires d'alpages, dans ces petits matins brumeux, ou dans l'attitude toujours très dignes de la grande soeur. En posant sa caméra au bon endroit, au bon moment et en cadrant à la perfection, Wang Bing nous jette à la figure un morceau d'humanité brute : c'est beau, puissant et incroyablement bouleversant.

C'est un miracle que le film soit distribué en salle, courez-le voir. Il a collectionné les récompenses : après le prix Orizzonti à Venise, il a remporté la plus haute récompense au festival des trois continents de Nantes, la Montgolfière d'or.

 

4e

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