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Christoblog

Articles avec #j'aime

Memoria

Memoria est sûrement le film le plus abordable de son auteur, Apichatpong Weerasethakul.

Il possède d'abord une intrigue à peu près digne de ce nom : une scientifique entend parfois un bruit mystérieux, une sorte de bang, qu'elle seule semble percevoir. Elle va chercher à percer ce mystère.

L'histoire se développe cahin-caha, à coup de tentative d'explications scientifiques (un peu) et de quête mystique (beaucoup). Le personnage principal rencontre une sorte de médium, qui l'aide à franchir les frontières entre notre monde réel et celui d'où provient le bruit (il est le disque dur, elle est l'antenne, dit une des réparties du film).Tilda Swinton sert parfaitement le cinéma du Thaïlandais, étirant sa longue carcasse dans des villes et des paysages sud-américains magnifiquement filmés, comme toujours.

Le film est donc une longue rêverie déambulatoire au charme persistant. Il offre des scènes saisissantes, dont celle qui fournit au final l'origine du bruit entendu, d'une beauté à pleurer. Le moindre coin de rue est magnifié par la caméra du cinéaste palmé : c'est probablement ce qui se fait de plus beau d'un point de vue formel dans le cinéma contemporain.

Attention, on est tout de même chez Weerasethakul, donc mieux vaut être préparé et bien réveillé, car les plans sont longs et souvent fixes, les dialogues épars et le propos globalement assez abscons.

La meilleure introduction pour qui souhaiterait découvrir le cinéma de "Joe".

Apichatpong Weerasethakul sur Christoblog : Tropical malady - 2004 (***) / Oncle Boonmee - 2010 (*) / Cemetery of splendor - 2015 (**)

 

3e

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L'humanité

Incroyable deuxième film de Bruno Dumont.

Rarement un film m'aura à la fois autant dérangé, surpris et impressionné. 

Dérangé, parce que le début du film est profondément perturbant : un enchaînement d'images qu'on ne comprend pas, un personnage principal lunaire et mutique qui n'attire pas la sympathie, des images crues de cadavres et de sexe, une façon de filmer qui se plaît à jouer avec nos nerfs, entre naturalisme brut et stylisation à outrance.

Surpris, parce que la situation d'inconfort que le début du film installe se mue progressivement en interrogations : Que nous raconte exactement le film ? Qui a commis le crime abominable qui ouvre le film ? L'enquête de notre enquêteur emprunté aboutira-t-elle ? Quel est finalement mon rôle de spectateur : comprendre, deviner, ressentir, critiquer, imaginer ? Est ce que film va oser pousser à bout sa logique ?

Impressionné, parce qu'au final Dumont parvient à hausser progressivement le ton de son film pour aboutir finalement à une sorte de thriller métaphysique au goût de cendre. Les personnages endossent au cours du film des habits de nature presque divine, jusqu'au geste aberrant et christique qui clos cette incroyable aventure nordiste.

A la surprise générale, le film a obtenu Grand Prix, Prix d'interprétation masculine et féminine au festival de Cannes 1999 et a lancé la carrière de Bruno Dumont. L'acteur principal n'a jamais tourné dans un autre film. Au vu de sa prestation hallucinée, on comprend pourquoi.

 

4e

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Aline

Je ne me suis jamais intéressé à Céline Dion, ce qui est peut-être un tort. Je suis donc arrivé complètement vierge, et à vrai dire assez dubitatif, devant le film de Valérie Lemercier. 

Une des qualités d'Aline, c'est de commencer par un savoureux tableau de famille québécoise. Cette première partie est jouissive et extrêmement drôle. Elle met le spectateur dans d'excellentes dispositions, même s'il est circonspect, comme je l'étais.

Lorsque le talent de la petite fille commence à vraiment se manifester, le film prend un tour plus classique, commun à tous les biopics musicaux récents : premiers exploits, détection par un mentor, bifurcations hasardeuses, puis explosion progressive et son cortège d'interrogations et de risques. 

La particularité d'Aline, c'est qu'il n'est pas question ici d'addictions ou de déviances diverses, mais d'un autre type de problème : le curieux isolement dans lequel Aline se cloître plus ou moins volontairement. La description des relations entre Aline / Céline et Guy-Claude / René est aussi très belle, et pour tout dire émouvante.

Le film se concentre sur la personnalité et les relations de Céline Dion. Il ne s'intéresse que de très loin à son art et pas du tout au processus créatif qui aboutit aux fabuleux spectacles qui la rendront célèbre : autant le savoir avant d'entrer dans la salle si on est fan.

La performance de Valérie Lemercier est confondante. L'utilisation du deep fake pour plaquer son visage sur un corps d'enfant est bluffante. Tout le casting est formidable et la prestation de la doublure voix, Victoria Sio, est remarquable.

Je vous conseille ce bon film, à regarder au premier degré, qui vous intéressera, vous fera rire, et vous émouvra à coup sûr.


3e

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Tre piani

Dans Tre piani,  Nanni Moretti affiche une grande ambition : évoquer de lourds sujets (la culpabilité, la liberté, le désir, l'amour, la maternité, la rédemption) à travers trois histoires différentes, s'étirant sur une longue période.

Le résultat est intéressant par moment, mais globalement un peu froid et trop laborieusement écrit  pour séduire totalement. L'histoire la plus intéressante est celle du père qui imagine que sa petite fille a été abusée par le vieux voisin dérangé : on y voit parfaitement la construction d'une illusion. Dommage que les péripéties finales de cette partie semblent bien improbables.

Moretti joue quant à lui un personnage sans nuance, dans le moins intéressant des trois récits : c'est étonnant de l'acteur / réalisateur, qu'on a vu diablement plus inspiré.

Malgré quelques problèmes de rythme et d'écriture, Tre piani présente de temps à autres des moments de mise en scène assez convaincants (la scène d'ouverture par exemple), mais le résultat final est tout de même très mitigé. N'est pas Kieslowski qui veut.

   

2e

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Compartiment N°6

Quel incroyable plaisir j'ai éprouvé dans cette itinérance désabusée qui illustre très bien ce que l'âme russe a de plus détestable et de plus merveilleux à la fois.

Si le personnage de Laura est très finlandais (ouvert, en marge et en marche, bargeot), celui de Vadim et on ne peut plus russe (alcoolique, machiste, violent, romantique).

La photographie somptueuse, le merveilleux imaginaire que dessinent les trains russes, les mystères du Grand Nord et ses pétroglyphes : tout me plait dans ce film profondément original et poétique, qui ne ressemble à rien de connu, mélange improbable de Kaurismaki et de Zvyaguinsev. Le cinéma de Kuosmanen est modeste et génial à la fois.

Compartiment N°6 embrasse deux sujets très évocateurs : l'âme russe d'un côté, les infinies possibilités de la Rencontre de l'autre. Il y a un grand coeur battant dans le film, qui explose dans une des plus belles scènes vues au cinéma cette année : une échappée inquiétante dans une ville sans nom, qui mène à une maison obscure dans une rue glauque, dans laquelle notre couple se verra ... offrir deux bouteilles d'alcool. La Russie.

Juro Kuosmanen sur Christoblog : Olli Maki - 2016 (**)

 

4e

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La fracture

Chronique sociale à visée politique, comédie et thriller psychologique, le nouveau film de Catherine Corsini oscille entre plusieurs intentions.

Il est de ce fait imparfait bien qu'agréable, et son intérêt réside principalement dans son aspect quasi-documentaire.

De ce point de vue le film est impressionnant de réalisme : sensibilité des portraits de patients (la vieille femme, le déséquilibré), violence des émeutes, gestion de la pénurie, prégnance des dilemmes moraux, tableau naturaliste du métier de soignants.

La fracture est un film politique, qui ne s'affiche pas frontalement comme tel, mais la volonté de démonstration nuit tout de même à la puissance dramatique de l'histoire. Les péripéties narratives ne sont guère captivantes, et semblent parfois plus guidées par la nécessité de redynamiser l'intrigue que par l'évolution propre des personnages. La volonté de montrer (si ce n'est démontrer), dans une logique de "cases à cocher", est donc un peu contre-productive.

L'ensemble reste tout de même sympa à découvrir, à condition de supporter le cabotinage hystérique de Valeria Bruni-Tedeschi.

Catherine Corsini sur Christoblog : Trois mondes - 2012 (**) / La belle saison - 2015 (***) / Un amour impossible - 2018 (****)

 

2e

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First cow

Je ne suis pas un grand fan de Kelly Reichardt, pourtant portée aux nues par une partie importante de la critique, alors que par ailleurs, aucun grand festival ne l’a à ce jour récompensée.

Son cinéma atone, volontairement débarrassé de tout ce qui pourrait le rendre «agréable», ne me touche généralement pas. Je ne suis sensible ni aux longs plans dans lesquels rien ne se passe, ni au silence lancinant, ni à l'absence totale de musique extra-diégétique, ni à l’image perpétuellement grisâtre, ni aux scénarios erratiques et lymphatiques.

Ceci étant dit, First cow est probablement ce que j’ai préféré de cette cinéaste. On y trouve un synopsis assez intéressant, des scènes (presque) spectaculaires, et enfin, une véritable émotion. First cow parvient à nous donner le sentiment d’une immersion totale dans un passé réel et non fantasmé.

Les acteurs sont très bons également, avec une mention spéciale pour le génial Toby Jones (échappé de la série Detectorists), dans un rôle de grand propriétaire infect. A voir si vous êtes fan, ou simplement curieux de découvrir le travail de cette cinéaste.

 

2e

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Illusions perdues

Deux points rendent le film de Xavier Giannoli particulièrement intéressant : une écriture au millimètre et un casting d'enfer.

Sur le plan du script, le film est formidable. La complexité balzacienne est respectée dans l'esprit, même si le contenu du roman est assez profondément modifié. 

Giannoli parvient habilement à insérer des résonances contemporaines dans la trame narrative profondément romanesque du livre.

Côté interprétation, c'est du haut niveau. Tout d'abord, c'est une excellente idée d'avoir confié le rôle principal à un acteur peu connu, Benjamin Voisin (qu'on a quand même vu dans Eté 85 et surtout le très bon La dernière vie de Simon). De cette façon, on peut parfaitement s'identifier à l'odyssée du jeune provincial découvrant Paris. Vincent Lacoste est parfait dans son rôle de beau gosse cynique, et Xavier Dolan est formidable d'ambiguïté. Cécile de France, Salomé Dewaels, Gérard Depardieu, Jeanne Balibar, André Marcon ne sont pas en reste.

Comme la direction artistique est très propre (un peu trop ?) et la mise en scène sage et solide, le film est un divertissement tout à fait agréable, même si le rendu final l'apparente plus à une excellente production télé qu'à une véritable oeuvre de cinéma. On passe un très bon moment et le rythme enlevé du film rend sa durée (2h30) tout à fait supportable.

Xavier Giannoli sur Christoblog : A l'origine - 2008 (*) / Marguerite - 2015 (***) / L'apparition - 2017 (**)

 

3e

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Tralala

A l'évidence, il faut être sensible au cinéma à la fois transgressif et amical des Larrieu et/ou aimer les oeuvres barrées pour apprécier Tralala.

En ce qui me concerne je coche les deux cases. Pas d'hésitation, vous êtes bien dans le même univers que 21 nuits avec Pattie : des situations improbables, de la cocasserie, un petit air champêtre, le plaisir sexuel féminin mis à l'honneur. La patte de la fratrie est bien là, dans sa veine comédie, exaltant le plaisir de vivre et l'amitié, et ne reculant pas devant une mise en avant benoîte du mauvais goût (ici, le décor incroyable de Lourdes, par ailleurs ville natale des cinéastes).

Au-delà du script barré (un clochard se fait passé pour un fils disparu, façon Martin Guerre), le traitement vaut aussi le détour. Le film est en effet une comédie musicale écrite par, excusez du peu, Dominique A, Philippe Katerine, Etienne Daho, Jeanne Cherhal, Bertrand Belin ! Ce dernier impose d'ailleurs en tant qu'acteur sa présence magnétique. Quelques passages sont délicieux, dont celui chanté par Mélanie Thierry (cf ci-dessus), véritablement explosive.

Bref, j'ai pris mon pied en étant tour à tour ému, surpris et séduit, mais je ne vous garantis pas que ce sera la même chose pour vous.

 

3e

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Le dernier duel

Beaucoup de choses ne m'ont pas convaincu dans Le dernier duel.

L'utilisation de l'effet Rashomon par exemple me semble plus handicapant que séduisant. Les trois versions se complètent, se répètent, présentent quelques subtiles variations, mais ne se contredisent pas vraiment. On ne voit donc pas trop l'intérêt d'étirer le film de cette façon.

J'ai également été un peu sonné par cette photographie sans cesse bleutée et comme sous-exposée, et parfois déstabilisé par la façon un peu vulgaire dont le film se veut résolument "post Metoo" (exemple : the truth qui reste incrusté à l'écran à l'introduction du troisième chapitre), d'autant plus que le personnage de Marguerite est finalement le moins développé des trois.

Bref, beaucoup de réserves, et pourtant une impression persistante d'un beau morceau de cinéma. L'aspect appliqué et immersif du film doit y être pour quelque chose. Les interprètes sont tous et toutes très bons, et la mise en scène souveraine. Quant au combat final, il est beaucoup plus impressionnant que n'importe quelle scène du dernier Bond (et là au moins, les gens saignent quand ils sont blessés).

A voir si vous n'êtes pas rebuté par sa durée : 2h33.  

 

3e

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Julie en douze chapitres

Pour ceux qui, comme moi, avaient été éblouis par Oslo 31 août, il avait été cruel de voir Joachim Trier se perdre au fil de ses films suivants, tous plus ou moins ratés.

Julie en 12 chapitres permet de retrouver le cinéaste norvégien dans ce qu'il a de meilleur : une grande sensibilité dans l'exploration des sentiments et des états d'âme, des idées de mises en scène renversantes (la merveilleuse scène dans laquelle le monde entier se fige) et une capacité à renouveler sans cesse l'intérêt du spectateur.

Il y a une forte probabilité pour que ce film devienne culte pour les spectateurs, et encore plus spectatrices, qui ont l'âge de Julie (en gros, les trentenaires). Il dessine en effet une sorte de Carte du Tendre de cette génération, entre hésitations, expérimentations et réalisation de soi-même. C'est souvent réussi (le chapitre "Infidélité") et aussi parfois un peu moins enlevé (les chapitres de la fin à propos d'Aksel).

On retrouve avec plaisir l'acteur d'Oslo, le magnétique Anders Danielsen Lie, et on découvre la pétillante Renate Reinsve, prix d'interprétation féminine à Cannes cette année. Cette dernière irradie le film comme rarement une actrice peut le faire.

Un film primesautier, bien qu'assez peu original, qui semble saisir l'essence même de la vie. A découvrir.


2e

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Cette musique ne joue pour personne

Je ne suis habituellement pas du tout friand de l'ambiance des films de Samuel Benchetrit, que je trouve trop froids et distanciés. J'ai en particulier détesté Asphalte.

C'est donc avec une certaine appréhension que j'ai découvert son dernier film au Festival de Cannes, en juillet dernier.

Peut-être est-ce l'ambiance de la Croisette, ou la présence dans la salle de l'équipe (impressionnant JoeyStarr !), mais j'ai cette fois-ci trouvé le film plutôt plaisant, notamment grâce à l'interprétation délicieuse du toujours parfait François Damiens.

Tout n'est pas bon, loin de là, et la machine tourne toujours un peu à vide, mais les lumières et les ambiances du Nord donnent ici une substance légèrement poétique au film, qui le rend plus chaleureux que les précédents. J'ai beaucoup aimé en particulier le couple JoeyStarr / Bouli Lanners en Réservoir dogs franchouillards, alors que Kervern m'a, comme d'habitude, laissé assez froid. L'insert aux airs de fable décalée, dans lequel Vincent Macaigne se fait adopter par une famille indienne, est hilarant. 

Un divertissement plutôt réussi, qui confronte habilement éléments contemporains (réseaux sociaux, télé-réalité) et bon vieux clichés de salut par l'art "à l'ancienne" (poésie, théâtre).

Samuel Benchetrit sur Christoblog : Asphalte - 2015 (*)

 

2e

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Les intranquilles

J'aime assez le cinéma de Joachim Lafosse, que je trouve habituellement solide et profond.

Le sujet dont il s'empare ici est intéressant : il s'agit de montrer de façon réaliste ce qu'est la bipolarité, et d'en explorer les conséquences sur la sphère familiale. Le film suit scrupuleusement ce programme, d'une façon sage et appliquée. On assiste donc à l'évolution oppressante des troubles comportementaux, impuissants comme tous les proches, qui font par ailleurs preuve d'une grande bienveillance.

Les intranquilles porte la marque habituelle de Lafosse : les situations sont bien analysées, le rapport entre les personnes sont décrits avec beaucoup de finesse, et la direction d'acteurs est convaincante. Damien Bonnard est exceptionnel, donnant à voir la maladie uniquement par son degré de fébrilité plus ou moins élevé, sans recourir à d'expressives mimiques.  

Un film honorable donc, sans être exceptionnel, qui souffre peut-être de quelques longueurs et d'un scénario hésitant sur la façon de finir le film, mais qui mérite d'être vu.

Joachim Lafosse sur Christoblog : A perdre la raison - 2012 (***) / Les chevaliers blancs - 2015 (**) / L'économie du couple - 2016 (**)

 

2e

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After love

Le charme d'After love est un charme diffus, tout entier contenu dans l'art de la litote.

Le sujet du film est à la fois simple et vertigineux : une anglaise qui s'est mariée à un musulman (et s'est convertie à l'islam) découvre après la mort de son mari que ce dernier menait une double vie avec une Française, de l'autre côté du Channel. 

Le sujet est vaudevillesque, le traitement d'une délicatesse délectable. J'ai été complètement séduit par le jeu de l'actrice Joanna Scanlan, qui nous fait nous demander en permanence quel sera le contenu de la prochaine scène. Tour à tour intriguée, triste, égarée, surprise, heureuse, elle campe un formidable personnage en quête d'identité.

La mise en scène d'Aleem Khan est solide, poétique, attentive aux détails. Les différents lieux sont saisis avec beaucoup de justesse et il y a tout au long du film une grande attention portée à tous les éléments qui le compose (y compris la musique, très belle) : c'est souvent le cas des premiers films.

Je prédis une belle carrière au jeune réalisateur anglais qui signe ici un film à la fois doux et puissant.

 

3e

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Guermantes

Le nouveau film de Christophe Honoré, plus ou moins improvisé, filme la troupe de la Comédie Française au moment où le spectacle qui devait être monté par Honoré lui-même va être annulé pour cause de Covid.

Guermantes est ainsi un des premiers vrais films post-confinement. C'est aussi un incroyable hommage au métier d'acteur et à l'esprit de troupe.

Honoré confirme ici ses immenses qualités de réalisateur. Le film n'est pas simplement beau et intéressant, il est inspiré, et même habité. La direction d'acteur sublime les performances d'un casting de rêve : Dominique Blanc, Loïc Corbery, Elsa Lepoivre, Laurent Lafitte et tous les autres sont formidables.

On se laisse complètement happer par l'évolution erratique d'un intrigue qui n'en est pas vraiment une, mélange de tranches de vie réelle (Lafitte veut montrer la bande annonce de L'origine du monde à tous ses copains), exploration poétique d'un lieu de théâtre incroyablement photogénique (le théâtre Marigny) et finalement, sincère hommage à Marcel Proust.

Guermantes est un poème visuel et sensuel, une oeuvre de cinéma comme on en voit peu.

Christophe Honoré sur Christoblog : Les chansons d'amour - 2007 (****) / La belle personne - 2008 (***) / Non ma fille, tu n'iras pas danser - 2009 (**) / Les bien-aimés - 2011 (****) / Métamorphoses - 2014 (***) / Plaire, aimer et courir vite - 2017 (***) / Chambre 212 - 2019 (****)

 

4e

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Le sommet des dieux

Le film de Patrick Imbert est très respectueux de l'oeuvre de Jiro Taniguchi. C'est à la fois sa force et peut-être sa faiblesse, car il ne se démarque finalement que très peu du manga originel. 

On retrouve ici toutes les qualités de l'oeuvre du maître japonais : le souffle épique, la précision des dessins, l'imbrication des trames temporelles, la manière presque cosmique dont la nature est montrée.

Le rendu à l'écran des passages d'alpinisme est exceptionnel. On est complètement immergé dans les différentes ascensions et on éprouve viscéralement certaines impressions de vertige. Sous cet angle, peu de films ont aussi bien rendu la démesure de ce qu'accomplissent les alpinistes forcenés dans l'Himalaya.

L'histoire  que raconte Le sommet des dieux est spectrale, anti-spectaculaire au possible et au final glaçante. C'est ce qui fait son prix.

Un beau moment de cinéma, que vous apprécierez particulièrement si vous n'avez pas lu le manga dont le film est tiré.

 

3e

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La voix d'Aida

J'avais fait connaissance avec Jasmila Zbanic en visionnant un de ses très bons précédents films, Le choix de Luna.

On retrouve dans La voix d'Aida les qualités détectées à cette époque chez la réalisatrice  bosniaque : un sens très aiguisé du récit, une impression de réalisme extraordinaire et des personnages hors du commun.

Le film évoque le massacre de Srebrenica à travers la destinée d'une interprète qui parle la langue des victimes, et doit donc dialoguer avec les bourreaux. L'idée du film est formidable : elle permet tout à la fois de passer facilement d'un côté à l'autre, de maintenir un suspense continu et de susciter un grand nombre de dilemmes dramatiques.

Le film raconte l'horreur avec une distance et une absence totale de pathos, qui lui donne des airs de tragédie grecque. La mise en scène est d'une élégance rare, à la fois virtuose et ample. La direction artistique, l'utilisation de la masse des figurants, la justesse des comédiens et le rythme parfait du film font de La voix d'Aida un must de l'année et un des meilleurs films jamais réalisé sur un acte génocidaire.

A ne rater sous aucun prétexte.

Jasmila Zbanic sur Christoblog : Le choix de Luna - 2011 (***)

 

4e

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Problemos

Dans le milieu de la comédie française, il faut reconnaître à Eric Judor une place à part, qui le situerait dans un monde à la fois absurde et furieusement réaliste, dans lequel sa faculté à jouer « à plat » générerait une sorte de trente-sixième degré accessible à lui seul, s’épanouissant dans le malaise et le hiatus.

Dans Problemos, Judor pousse à l’extrême la logique des discours écologique et féministe, en décrivant une communauté isolée qui se veut égalitaire, confrontée à une épidémie mortelle.

En poussant à l’extrême certaines rengaines, en particulier dans la bouche d’une Blanche Gardin par ailleurs scénariste du film, puis en les confrontant à ce qu'il imagine être le fond de la nature humaine (jalousie, désir sexuel, violence, égoïsme), il engendre de multiples situations cocasses dont il n’est pas aisé de tirer des conclusions.

La construction de la belle maison par le personnage très amusant joué par Youssef Hajdi est par exemple une formidable allégorie de la naissance du capitalisme, à moins qu'elle ne soit une ode à la liberté d’inventer, ou tout simplement un rappel que la normalité s’impose à tous. Judor renvoie donc toutes les parties dos à dos, soulignant avec une méchanceté jubilatoire les travers des uns et des autres.

C’est drôle, parfois très noir, et surprenant. Un vent neuf dans la comédie française.

 

3e

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Blue bayou

Blue bayou est un mélodrame très bien écrit, et qui s’assume pleinement en tant que tel. Sa force réside dans la générosité sans apprêt qui irradie toutes ses composantes.

L’écriture est riche, puissamment évocatrice et très sentimentale. Ses personnages sont bien dessinés, attachants et convaincants, y compris pour les seconds rôles, et servis par d’excellents acteurs et actrices. Alicia Vikander est en particulier formidable.

La mise en scène enfin est certes un peu démonstrative, mais elle finit par convaincre par la façon dont la caméra semble coller aux sentiments des personnages. Justin Chon réussit ici un très joli film, qui illustre avec brio une situation peu connue : ces enfants d’origine asiatique adoptés avant l’an 2000 aux USA, n’ayant pas demandé la nationalité américaine, et pouvant de fait être expulsés à n’importe quel moment.

Blue bayou peut aussi être perçu avec raison comme une puissante réflexion sur la famille : celle dont on hérite et celle que l’on se choisit. Je vous le conseille vraiment. Si vous aimez verser une petite larme au cinéma, ce film vous ravira.

 

3e

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Le genou d'Ahed

Le cinéma de Nadav Lapid, est un cinéma exigeant, intellectuel, distancié, et il faut le dire, peu aimable au premier abord.

Le genou d'Ahed ne se laisse donc pas approcher très facilement. On ne comprend d'abord pas trop de quoi il retourne. La mise en scène est à la fois tapageuse et prétentieuse, et l'acteur principal (l'excellent Avshalom Pollack, alter ego de Lapid) joue un cinéaste qu'on a envie de baffer.

Le début du film est donc très pénible à regarder. A partir du moment où le personnage principal est bloqué dans cette petite ville du désert pour parler de ses films, l'action se resserre cependant, et la gratuité du début cède progressivement la place à une vraie profondeur psychologique et politique, jusqu'à des scènes qui brillent par leur dureté étincelante. L'actrice Nur Fibak est excellente et les paysages sont d'une beauté ravageuse.

Il y a donc bien un film intéressant à voir dans le Le genou d'Ahed, mais il vous faudra beaucoup de patience et de bonne volonté pour y accéder.

 

2e

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