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Christoblog

Articles avec #j'aime

Les mille et une nuits - L'inquiet

A ceux qui se demanderaient comment être snob aujourd'hui, on conseillera de dire du bien de Miguel Gomes (en ayant vu, ou pas, ses films, peu importe)

Par exemple : "l'élan créatif de Miguel Gomes (pour plus d'effet, prononcer Miguel Gom'ch) s'éloigne du naturalisme social bien-pensant pour aboutir à un film-monde d'une infinie poésie" ou "l'hétérogénéité du matériau filmique renforce les correspondances baudelairiennes de l'oeuvre, qui en devient saisissante" ou "c'est par le truchement de ses changements de tonalité que ce film monstre atteint son but : parler de politique poétiquement" ou "le film de Gom'ch est à La loi du marché ce que la Divine comédie est au Code de la sécurité sociale". 

Au spectateur qui ne connait pas le projet initial de l'auteur (porter à l'écran sous forme d'histoires des faits divers portugais scrutés au jour le jour sur une longue période), l'oeuvre paraîtra pourtant bien absconse. On ne comprend en effet pas grand-chose à ce qu'on voit, et si le film peut être ébouriffant par moment, l'assemblage global est un foutu bric à brac, à la fois original et un peu factice.

A l'image sale et documentaire du début succède ainsi l'image hyper-léchée d'un épisode dont je n'ai absolument pas saisi le sens (l'Ile des vierges), puis le burlesque plaisant des "Hommes qui bandent". C'est parfois trop long (le coq), parfois très émouvant (les trois témoignages en plan fixe), parfois totalement insipide (le bain).

On appréciera le film à condition d'aimer un cinéma conceptuel (je veux dire : rempli de plans dont on ne comprendra jamais ce qu'ils font là), très peu sensitif, mais stimulant intellectuellement.

 

2e

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Valley of love

Impossible de regarder Depardieu sans voir l'histrion bouffonique pro-Poutine, anarchiste de droite et bonbonne vivante.

Toujours est-il, quoiqu'on pense du bonhomme, que le personnage qu'il joue dans le film de Guillaume Nicloux est diablement émouvant : patient, rationnel et bienveillant. Isabelle Huppert est elle planante, subtile et craquelée.

Leur rencontre, dans des décors qui sont prodigieusement suggestifs, est tout à fait surprenante. Quels paysages ! S'il y a un endroit où le doigt de Dieu peut se matérialiser, c'est bien la Vallée de la Mort. On ne s'attend à rien de ce qui nous est proposé, et c'est bien l'intérêt du film : ce que construit Guillaume Nicloux est une rêverie épurée qui fonctionne très bien.

Le montage est alerte, il y a une sorte de magie qui transpire du film, une volonté de croire de façon "rationnelle" à l'incroyable, sans scepticisme idiot. Les dialogues sont superbement écrits, les lettres sont merveilleuses, le ton du film est incroyablement juste. On a envie d'y croire.

Le fantastique est nulle part, mais les signes étranges sont partout : tête de chien, jeune fille sur le court de tennis, nains. 

Quand Depardieu s'exclame "Bien sûr qu'on est responsables...", l'histoire du personnage entre irrésistiblement en phase avec l'histoire de l'acteur (et de son fils, ... Guillaume), et le film apparaît alors pour ce qu'il est : un documentaire sur l'acteur.

Valley of love vaut finalement par ce qu'on pouvait en craindre : il est d'un parfait bon goût, alors qu'on attendait le pire.

 

 3e

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Mustang

Quel plaisir !

Un film de femme, avec des filles, et qui plaira à tous. Enfin un film drôle, triste et puissant, qui parle sans tabou de patriarcat à la noix, et de liberté émancipatrice.

J'ai adoré, en dépit de certains bémols (et zut, je n'ai même pas envie de les citer), ce film admirable qui marque aussi bien la rétine que le cervelet.

Le tourbillon de vie de ces jeunes filles écrabouille tous les obstacles (même si, en vrai, ce n'est pas le cas). On voudrait que rien ne puisse arrêter cette force de vivre, cette furie solaire et égotiste. Quelle rigolade que ce match de foot, ce pétage de plomb généralisé (au sens propre pour ce qui concerne les fusibles de la maison), quelle beauté ouverte sur l'outre-monde que ce décor de mer Noire !

Le film huhule une sorte de chant funèbre dans sa deuxième partie, célébrant les noces de l'inconciliable et de la désespérance, mais je préfère retenir du maelstrom d'émotions que constitue Mustang cet incroyable force de vie qui bouscule l'hypocrisie salace des connards en tout genre.

Vives les filles, vive les femmes.

 

4e  

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Trois souvenirs de ma jeunesse

Il y a de plus en plus un air de Truffaut dans le cinéma de Desplechin. 

Je ne parle pas seulement de ce qui a été si souvent signalé : l'identification entre Desplechin / son personnage récurrent Paul Dedalus / son alter ego Mathieu Amalric, qui ressemble par bien des aspects au trio Truffaut / Antoine Doinel / Jean Pierre Léaud.

Je veux plutôt évoquer cette façon de faire du cinéma qui m'apparaissait souvent chez Truffaut comme anti-moderne. Alors que bien des cinéastes expérimentaient des formes plastiques radicalement modernes, Truffaut filmait tranquillement des histoires à l'ancienne, alternant simplement les sujets et les styles. 

Desplechin fait la même chose : après un épisode américain sur un sujet très spécifique (Jimmy P.), le voici de retour dans un genre qui lui colle à la peau, le drame romantique au long cours. Il y a dans Trois souvenirs de la jeunesse des afféteries passéistes qui se moquent de la modernité en souhaitant probablement nous replonger dans l'époque (ce split screen 70's, ces fermetures et ouvertures à l'iris entre les plans).

Et puis, Desplechin comme Truffaut, s'avèrent être avant tout des cinéastes de l'Amour. Si le premier et le deuxième souvenirs de ce film sont agréables à regarder (mais somme toute anecdotiques), c'est bien dans le troisième et long volet que Desplechin trouve à exprimer son souffle dramatique et romantique. 

Il faut le dire : le personnage joué par Lou Roy Lecollinet est un magnifique personnage de cinéma. D'abord sirène hyper sexuée dominant une tribu de petits cons qui paraissent avoir 10 ans de moins qu'elle, elle devient progressiment une amoureuse transie, puis une provinciale délaissée par un jeune homme qui fait son chemin intellectuellement. Ce n'est d'ailleurs pas le moindre mérite du film de donner à voir le temps qui passe, les trahisons, déceptions et tromperies qui y sont associées.

Le film de Desplechin est comme une sorte de point médian dans le cinéma français actuel : l'égocentrisme d'Assayas, un substrat générationnel qui rappelle Klapisch, et l'ombre tutélaire de Truffaut qui plane.

C'est très réussi, à défaut d'être absolument génial.

Arnaud Desplechin sur Christoblog :  Un conte de Noël (****) / Jimmy P. (**) 

 

3e

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La loi du marché

On n'a jamais montré la vie (dans sa réalité administrative) comme cela.

Si le débat se focalise sur les scènes dans le supermarché ou à Pôle Emploi, je préfère insister dans cet article sur tout ce que le film montre d'autre : une vraie vie qui n'est JAMAIS évoquée au cinéma.

De ce point de vue, le film de Stéphane Brizé est d'une radicalité absolue. Je ne connais pas de films de fiction qui s'attache à montrer avec une telle acuité des scènes de la vie quotidienne en dehors de toute contextualisation dramatique. Parmi ces nombreux à-cotés, un des plus remarquable est le rendez-vous avec la personne de la banque qui propose une assurance vie. Il y a dans cette scène sur le fil une tension délicate qui est absolument remarquable. Cette tension repose sur un postulat que le film manipule souvent : l'employée de banque fait correctement son boulot (d'un point de vue rationnel sa proposition est tout à fait fondée, car la situation de la famille de Thierry serait à l'évidence catastrophique si un accident arrivait à ce dernier), mais le personnage principal le reçoit comme un coup de poing. 

Parmi les autre scènes emblématiques de ce film exceptionnel figure celle de la vente du bungalow : Qui a tort ? Qui a raison ? Quel est le bon prix de vente ? Pourquoi Thierry considère-t-il que son interlocuteur est malhonnête alors que la négociation s'effectue sur une base d'égalité ?  

Tout au long du film, on cherchera en vain un coupable, un "méchant". Chacun a ses arguments, qui ne sont pas idéologiques mais souvent de bon sens. Chacun essaye de faire au mieux, dans le contexte qui lui est donné. Le patron de supermarché ou le RRH ne sont pas inhumains, ils ne sont pas machiavéliques, tout comme le recruteur sur Skype (franchement honnête), le directeur d'école, les collègues syndicalistes.

La conjonction de cet a priori non-négatif et des partis-pris osés de Brizé (l'endroit où regarde la caméra est un miracle tout au long du film) donne au film sa tonalité si particulière qui mélange dignité humaine, pugnacité morale et épiphanie du quotidien.

 

4e

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Mad Max : Fury road

Mad Max Fury road, c'est un aller à toute berzingue dans des paysages grandioses, un scénario qui tient sur un ticket de métro, et un retour qui ressemble beaucoup à l'aller, mais dans l'autre sens.

Les qualités du film de Georges Miller sont évidentes et ont été signalées par tous les spectateurs : un sens du rythme époustouflant, une inventivité visuelle de tous les instants et une direction artistique de toute beauté (décors, costumes, accessoires).

Mad Max possède toutefois un certain nombre de points faibles qui m'empêche d'être aussi dithyrambique que le reste de la critique. Tout d'abord, l'émotion peine à affleurer dans le film, probablement par la faute du jeu stéréotypé et peu engageant de Tom Hardy, qui éructe péniblement sa dizaine de lignes de dialogues. 

D'autre part, si le film est visuellement bluffant, il n'évite pas une certaine répétitivité dans sa deuxième partie et une artificialité un peu kitsch dans quelques unes de ses séquences (celles de nuit notamment).

La force du film, qui n'hésite pas à tuer certains de ces personnages sans autre forme de procès, réside avant tout dans sa puissance sauvage et débridée, qu'on appréciera plus ou moins, suivant sa capacité à encaisser montage épileptique et bande-son hypertrophiée.

 

2e

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La tête haute

Il y a une grande qualité dans le film d'Emmanuelle Bercot, rare dans le cinéma français : La tête haute parvient à donner l'exacte mesure du temps passe.

Bien sûr le film possède bien d'autres atouts, à commencer par une mise en scène énergique et une interprétation hors pair du jeune acteur (sensationnel Rod Paradot) et des autres personnages, mais sa force subtile c'est bien de montrer l'évolution lente et erratique des différents protagonistes.

Catherine Deneuve campe une juge patiente, mais qui sait faire évoluer ses options. Benoit Magimel, solide comme un roc dans les premières scènes, peut péter les plombs. Sara Forestier oscille entre démission dépressive, amour larmoyant et niaiserie blessante. Rod Paradot lui-même progresse par oscillations successives : tour à tour trublion explosif, blessé épidermique, amant violent, boule de nerf qui se raisonne.

On assiste à son évolution comme à un combat de boxe. Sonné par les coups échangés, abasourdi par la violence des émotions, rivé à l'entretien d'une faible lueur d'espoir qui ne semble être vue que par les proches de Malony.

Le film est une ode énergisante à la ferme bienveillance et à la résilience, un film d'amour gonflé à l'adrénaline, comme on en voit peu.

 

4e  

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Titli, une chronique indienne

Belle réussite que ce film présenté à Cannes l'année dernière, qui marque (avec quelques autres) l'entrée en force de l'Inde dans le paysage de la cinéphilie mondiale.

Titli est d'abord une chronique sociale très impressionnante. La vie quotidienne indienne y est montrée avec une acuité cruelle : pauvreté, détresse morale, corruption généralisée, police gangrenée, mariage arrangé, folie immobilière. 

Dans ce décor très sombre, Kanu Behl nous montre le parcours de trois frères, dominé par le plus agé des trois, véritable brute à sang-froid. Le cadet, timide et rêveur, aimerait se sortir de ce milieu immoral et criminel. Y parviendra-t-il ? Je ne vous le dirai évidemment pas.

Le film possède beaucoup de points forts : un scénario très puissant, une direction d'acteurs virtuose, une facilité à installer les ambiances psychologiques de chaque scène en quelques plans. Les scènes de violences sont rares, mais elles éclatent comme des orages après d'énormes moments de tension, exactement comme dans le cinéma de Scorsese. 

D'une façon générale, Kanu Behl n'hésite pas à filmer au plus près de ses personnages. Peur, colère, frustration, espoir, gêne : l'intensité des sentiments est souvent exacerbée.

Un film dur, mais remarquable. A découvrir absolument.

 

4e 

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Pulp, a film about life, death and supermarkets

Pulp est un groupe de rock des années 90, mais vous n'avez pas besoin d'être fan pour apprécier cet excellent documentaire de Florian Habicht.

D'abord parce que la star du film est avant tout la ville de Sheffield, cité industrieuse du nord de l'Angleterre, d'où est originaire le groupe. Le film montre superbement la ville à l'occasion du dernier concert du groupe en 2011 : son aspect quelconque, ses kiosques à journaux, ses friches industrielles, ses terrains de foot. 

Il montre aussi ses habitants, qui connaissent presque tous le groupe, quelque soit leur âge, leur sexe ou leur origine. Leur propos sont souvent délicieux, et on oubliera pas de sitôt le jeune aux cheveux teints, la chorale locale (irrésistible Help the aged) et les deux enfants assénant un message définitif à tous les parents de la planète.

Tous ces gens sont attachants et leur admiration raisonnée pour l'intelligence de Jarvis Cocker emporte l'adhésion.

Loué par des amis aussi sensibles, le chanteur de Pulp, à la fois dandy charismatique et grande asperge dégingandée, paraît irrésistible et foutrement intelligent. Drôle, inspiré, complètement possédé sur scène, il emporte le coeur du public dans un concert renversant.

Une magnifique découverte, qui n'a pratiquement pas été distribuée en France, comme malheureusement beaucoup d'excellents documentaires.

 

3e

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Le labyrinthe du silence

Qu'il est agréable parfois de voir un bon film académique ! Dans Le labyrinthe du silence, vous chercherez en vain une quelconque originalité du point de vue cinématographique. L'histoire qu'il raconte est par contre passionnante, les acteurs excellents, et le scénario formidablement écrit.

Nous sommes en 1958 en Allemagne, et peu d'Allemands connaissent le nom d'Auschwitz. Un jeune procureur va être amené, par un concours de circonstances improbable, à s'intéresser au sujet. Cette quête menée au départ par ambition va se transformer peu à peu en réflexion sur son pays, sa famille et ses valeurs.

Le film brille par de nombreuses facettes : il refuse obstinément de sombrer dans le sentimentalisme de bas étage, évite soigneusement toute une série de défauts inhérents à ce type de reconstitution (les intrigues privées sur-représentées, les arrangements avec l'histoire, les raccourcis faciles) et propose une reconstitution du début des années 60 admirable.

Le labyrinthe du silence est beau, émouvant, et diablement intéressant. Allez-y de ma part.

 

 3e

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Broadway therapy

Que Peter Bogdanovitch revienne à la réalisation après plus de 10 ans de silence pour réaliser un film à la Woody Allen a quelque chose d'irréel.

Petite musique jazzy, ambiance new-yorkaise, dès les premières images on se croit dans le nouvel opus allenien. Owen Wilson semble d'ailleurs frappé de mimétisme : il a le phrasé, les intonations et l'air faussement candide de maître Woody. Si sa composition est assez plaisante (on le méprise au début, pour finalement l'apprécier), elle n'apporte pas grand-chose de neuf. 

Heureusement que les autres personnages apportent une touche un petit peu originale à cette screwball comedy. Je pense bien sûr en premier lieu à Jennifer Aniston, qui campe une psy ravagée et violente absolument craquante. Mais aussi à Imogen Poots, en gourde très convaincante, ou à l'excellent Will Forte, parfait en beau gosse faux-cul.

Broadway therapy est un film d'acteurs, bien servi par une mise en scène solide et un montage au rythme métronomique. Pas inoubliable, mais qui se laisse regarder.

 

2e 

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Jamais de la vie

Dans le genre film-de-banlieue-au-héros-mutique-qui-se-finira-mal, Jamais de la vie est plutôt réussi.

Pierre Jolivet, qui est un réalisateur très estimable (je me souviens avoir adoré Simple mortel), réussit plutôt bien sa première partie de film. Olivier Gourmet compose un anti-héros particulièrement opaque - probablement son meilleur rôle - et le film tisse autour de lui une trame narrative intrigante. 

Les seconds rôles sont réussis (étonnant Benabar en patron sympa) et la photographie glauque rend très présente la cité dans laquelle l'intrigue se déroule.

Malheureusement, la deuxième partie du film verse un peu plus dans la facilité et le déjà-vu, même si la réalisation reste sèche et intéressante.

A voir pour le numéro d'acteur de Gourmet, si on apprécie sa dégaine de gros ours à la fois bedonnant et musclé.

 

2e 

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Taxi Téhéran

On connait bien la situation de Jafar Panahi. Censuré dans son propre pays, il tourne des films comme il peut, sans équipe technique, et les transmet en Occident comme des lettres volées.

Pour celui-ci, Panahi développe une idée limpide : mettre ses petites caméras DV dans un taxi et prendre les passagers qui se présentent

Il donne à son aventure un faux air de documentaire, mais il est évident que tout est parfaitement scénarisé : il s'agit bien d'une fiction, qui simule un documentaire. 

Il semble que la contrainte galvanise Panahi. Toute la première partie du film est un chef d'oeuvre d'invention entre rire et larmes, dans lequel chaque réplique semble calculée pour susciter une émotion différente : émotion, étonnement, rire étouffé, stupéfaction, intérêt. A ce titre la scène du blessé est un morceau d'anthologie qui figurera dans les meilleurs moments de cinéma de l'année. 

On pourrait croire que Panahi est limité par son installation. C'est tout le contraire qui se passe. Il donne une formidable leçon de scénario par son script millimétrique (beaucoup d'évènements semblent inutiles et ne prennent sens que dans la suite de l'histoire), par son montage admirable (à l'image des deux longs plans qui ouvrent et ferment le film) et ses choix de placements de caméra (et même de choix d'appareils : téléphone, appareil photo de la petite fille).

Même si la fin du film est un peu moins percutant que le début, Taxi Téhéran laisse derrière lui une trace indéfinissable et puissante, dans laquelle se mêle le plaisir d'avoir rencontré simultanément un être dont on voudrait être l'ami, et une cohorte de personnages ébouriffants qui nous ont plongé dans la réalité iranienne contemporaine. 

 

4e

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Lost river

S'il y a bien un film que je m'attendais à ne pas aimer, c'est bien celui-ci. Les références à Lynch et Refn étaient un peu lourdes à porter, et le réalisateur, Ryan Gosling, vraiment trop beau gosse pour être intelligent. Je m'attendais donc à sortir la sulfateuse à sarcasmes pour dégommer une oeuvre que je j'avais déjà prévu de qualifier de pompeuse et de maniérée, sans l'avoir vu, bien sûr.

Mais la mauvaise foi, parfois, n'est pas récompensée. Lost river est en effet réussi en tout point.

D'abord, le décor fantasmagorique d'une ville abandonnée d'après la crise est absolument fabuleux (il s'agit en grande partie de Detroit). Les décors constituent un des atouts indiscutables du film.

Dans ce contexte désolé et post-apocalyptique, campons les personnages. Une femme seule (incroyable Christina Hendricks, la secrétaire rousse à l'abondante poitrine de Mad men) élève seule deux garçons. Le plus grand des deux est amoureux de la fille d'en face, dont la mère a arrêté de parler quand son mari est mort. Il y a aussi dans ce monde bizarre et en même temps très familier, un méchant qui découpe les lèvres de ses ennemis aux ciseaux (pas joli, joli, le résultat), un cabaret macabre dans lequel le (faux ?) sang coule à flot, et une ville engloutie.

Présenté comme cela, on pourrait imaginer que le film est un pensum lourdingue : il est au contraire une chronique intimiste dans laquelle chaque personnage trouve exactement le bon ton, la bonne posture.

La mise en scène est imaginative (presque trop, on sent parfois que Gosling s'enflamme - au propre comme au figuré), les seconds rôles impeccables (Reda Kateb, Paul Mendehlson et son incroyable danse).

Le film est une fête pour l'imagination, les péripéties s'enchaînant avec souplesse dans une ambiance délicate, très bien servie par un montage au cordeau et une photographie superbe de Benoit Debie, le directeur photo le plus en vue du moment (Refn, Noé, Korine...).

Un très beau premier film, qui consacre sans conteste un futur grand talent. 

 

3e

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Sea fog - les clandestins

Les lecteurs assidus de Christoblog savent que je suis un fan du cinéma en provenance du pays du matin calme.

Le premier film de Sung Bo-Shim présente tout ce que j'aime dans le cinéma coréen : cela commence par une chronique sociale très bien filmée qui décrit avec beaucoup de justesse et de talent le quotidien d'un équipage de pêcheurs dont le bateau est sur le déclin.

Une façon de renflouer les caisses est de transporter des clandestins chinois qui cherchent à migrer vers la Corée. Commence alors un autre film, qui change complètement de point de vue, et vire au thriller horrifique - et passablement gore. 

Le film réussit ces prodiges qu'un cinéma encore vraiment jeune peut se permettre : une rupture de ton brutale, des effets spectaculaires qui ne craignent jamais de flirter avec le mauvais goût, une énergie de tous les instants. 

C'est plaisant à regarder, étonnant, rythmé comme un morceau de rock, et d'une qualité technique (photographie, direction artistique, réalisation) trois crans au-dessus de la production US lambda.

Je le conseille vivement aux amateurs de sensations fortes et de mets épicés.

 

3e

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Le petit homme

Rien de renversant sans ce premier film de la réalisatrice autrichienne d'origine iranienne, Subadeh Mortezai.

On suit l'évolution d'un petit réfugié tchétchène, Ramasan, et la façon dont celui-ci gère le deuil d'un père mort à la guerre.

Ramasan, petit garçon modèle au début du film, est tenté pour s'intégrer de suivre de mauvaises fréquentations, et il entretient un rapport de fascination / répulsion pour un homme qui a connu son père et tente doucement de séduire sa mère. C'est autour de ces deux pôles que sa personnalité naissante tente de se construire.

Le petit homme, au-delà de son scénario assez commun, vaut surtout pour les interprétations très délicates de ses acteurs, pour la plupart non professionnels, et en particulier celle de ce "petit bout d'homme" qu'est Ramasan. Il est également très intéressant par son aspect documentaire, qui décrit avec tendresse et justesse le camp de réfugiés de Macondo, créé en 1950 en périphérie de Vienne, et aujourd'hui peuplé de 2000 réfugiés de 20 nationalités différentes.

La mise en scène de Subadeh Mortezai est agréable, précise et concise.

Après Fatih Akin (De l'autre côté, Head on, Soul Kitchen), Feo Aladag (L'étrangère), Yasemin Samdereli (Almanya) et Umut Dag (Une seconde femme), Subadeh Mortezai confirme donc l'élan de vitalité que génère les cinéastes d'origine étrangère dans le cinéma de langue allemande.

 

2e 

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A trois on y va

Jérôme Bonnell aime à décrire les sentiments.

L'exercice était effroyablement raté dans son dernier film, Le temps de l'aventure, de par la faute d'une erreur de casting XXL (un Gabriel Byrne momifié).

Ici, à l'inverse, si le film est charmant dans sa première partie, c'est grâce à son trio d'acteurs/trices. Anaïs Demoustier joue la solaire Mélodie avec un charisme incroyable. Elle aime et couche avec la sombre Charlotte (Sophie Verbeeck), avant de tomber amoureuse du copain de cette dernière, Micha (Félix Moati).

Sur cette énième version du triangle amoureux et/ou du ménage à trois, Bonnell tisse une toile légère et séduisante, enchaînant des situations cocasses qui tentent avec succès de rafraîchir les situations de boulevard traditionnelles.

Cette première partie (qui prend Lille comme décor) est pleine d'alacrité et plutôt séduisante, bien qu'absolument anecdoctique. On perçoit vers la moitié du film que tout cela ne va pas forcément se densifier en terme d'enjeu narratif, et en effet, A trois on y va file benoitement vers une fin franchement convenue, se contentant de bien filmer la sensualité des corps. 

On a l'impression que Bonnell a refusé de creuser les aspects les plus sombres de ses personnages, pour seulement filmer leurs élans. Il le fait avec une bonne volonté un peu niaise, qui anesthésie progressivement l'enthousiasme du spectateur.

 

2e

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Gente de bien

J'ai toujours envie de dire du bien d'un film sud-américain ou kirghize.

Donc, je dirai du premier film du colombien Franco Lolli qu'il est subtil et bien filmé.

Un petit garçon mal élevé est transféré de la maman au papa dans des circonstances obscures. Le papa travaille dans une famille riche. La maman de cette famille décide de faire le bonheur du pauvre petit garçon en l'accueillant dans ses demeures (principales et secondaires) luxueuses. Mais le pauvre bougre, grisé par les symptômes extérieurs de richesse, se rend progressivement compte que ce monde n'est pas pour lui. Il n'en fait pas partie.

Et la situation dégénère. Gente de bien = gens de bien, ou gens de biens ?

Alors, peu importe que cette fable cruelle soit un peu longuette et parfois didactique, je défend le film par principe et vous conseille d'y aller. Ca vous changera des blockbusters US et des chichiteries hexagonales.

 

2e 

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Hacker

Michael Mann est un grand styliste.

Difficile en regardant Hacker de ne pas en convenir. Le film est rempli de paysages urbains superbement filmés, de cadres savamment composés, de décors géométriques et de ralentis discrets.

L'intrigue du film est assez classique (des bons avec des problèmes, des méchants très méchants), et n'est guère renouvelée par l'effet 2.0 : cela fait plusieurs dizaines d'années que Bond et les autres luttent contre des méchants numériques, plus ou moins réalistes. On pourra sourire aussi de la bleuette au coeur du film, pas renversante, mais plutôt bien servie par Chris Hemsworth, tout en pectoraux et en abdo, et par la sylphide Tang Wei.

L'intérêt du film réside vraiment dans ses décors à la fois très réels et qui paraissent rêvés : une petite rue de Hong Kong paraît tout à coup échappée de Blade runner, un groupe qui marche sur un tarmac filmé au ralenti semble attendre l'arrivée des extra-terrestres. L'aspect onirique du film et sa lévitation cotonneuse rentrent brutalement en conflit avec des scènes de violence filmées brièvement et cruellement : Hacker se révèle alors être un vrai thriller d'auteur, peut-être un peu trop long, mais plutôt agréable à découvrir.

 

2e

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Le dernier coup de marteau

Le deuxième film d'Alix Delaporte n'est pas aussi délectable que le premier, le remarquable Angèle et Tony, tourné avec le même duo d'acteurs

Il présente toutefois le même type de qualités : une direction d'acteur remarquable, une belle habileté à construire les ambiances, une science du montage qui peut paraître lymphatique, mais qui est savante.

Dans les films d'Alix Delaporte, ce qui est montré compte plus que ce qui est dit. Aussi, on peut être fugitivement décontenancé par les ellipses ou les approximations scénaristiques : cela n'empêche pas le film d'être fin, intelligent et sensible.

Le dernier coup de marteau semble parfois à l'état d'ébauche, se résumant à une série de bonnes idées approximativement filmées. Il peut aussi être vu comme une étude sur l'influence de la musique classique sur les relations affectives. Cet aspect du film est fort réussi : la façon dont les répétitions sont filmées épouse parfaitement l'évolution des rapports père/fils.

En conclusion, je conseille ce film : on sent que la filmographie d'Alix Delaporte ne peut aller qu'en s'amplifiant et s'embellissant dans le paysage du cinéma français.

 

 

2e

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