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Christoblog

Articles avec #j'aime

L'amour et rien d'autre

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/83/61/57/19788233.jpg

Il y a bien des choses qui m'énervent dans L'amour et rien d'autre. Des seconds rôles qui jouent mal, une mise en scène (trop) sage et appliquée, des scènes franchement peu crédibles, une façon de s'attarder plus que nécessaire sur certaines péripéties.

 

Mais il y a aussi une performance assez incroyable de l'actrice Sandra Hüller, qui, avec son petit air buté et ses lèvres trop fines, se révèle être presque une figure mythologique.

 

Il y a en effet de l'Antigone dans sa résolution de ne pas laisser le destin l'accabler, dans sa farouche volonté de préférer l'Amour à l'être aimé.

 

Il m'est difficile de déflorer l'intrigue, sous peine de gâcher votre plaisir si vous n'avez pas encore vu le film, mais - à mots couverts - il me semble qu'un des handicaps du film est de vouloir ajouter l'improbable à l'exceptionnel. Ceux qui ont vu le film me comprendront, je pense.

 

Bref, un nouveau témoignage de la vitalité du cinéma allemand, après Barbara. Le réalisateur, Jan Shomburg, dont c'est le premier film, nous livre ici quelques éclairs prometteurs, comme le premier plan, absolument magique : le personnage principal écoute les yeux baissés une déclaration d'amour en anglais sans qu'on comprenne excatement de quoi il s'agit. Le plan est serré, et c'est magnifique.  

 

L'amour et rien d'autre fait partie de ces films qui vous trottent dans la tête plusieurs jours après la première vision.

 

2e

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Chercher le garçon

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/89/52/86/20052374.jpgChercher le garçon est un film assez déconcertant.

 

Vu sous un angle purement objectif il faut bien reconnaître qu'il apparaît plutôt comme une petite chose bricolée à la va-vite, sans moyen et aussi sans grande ambition. D'un format plus proche du moyen-métrage que du long (le film dure 1h10), Chercher le garçon est un objet non identifié, guilty pleasure de samedi soir, dont la vision est à la fois agréable et sans conséquence.

 

Le personnage principal, jouée par Sophie Cattani (la mère de la petite fille dans Tomboy), a 35 ans, et cherche l'homme de sa vie sur Meet Me. S'en suit une dizaine de rencontres qui réserveront chacune surprises ... et déceptions.

 

Les comédiens n'avaient aucune ligne de texte pour ces rencontres. Ils disposaient seulement de leur "profil" et ensuite devaient improviser, un peu comme lors d'une vraie rencontre. A l'écran, cette improvision se ressent nettement, avec des phrases qui se superposent, des regards vraiment étonnés, des mimiques de protection. C'est surprenant.

 

Le film gagne de cette façon une fraîcheur assez étonnante, bien servie par une utilisation optimale des décors naturels de Marseille et de ses environs, et de son folklore (Aurélie Vaneck, actrice dans Plus belle la vie, joue son propre rôle). La morale de l'histoire est un peu (beaucoup) bateau : finalement les deux rencontres que fait Emilie (un ami et un amoureux) seront dues au hasard et pas à Meet Me, évidemment !

 

Le film est toutefois à conseiller, pour ses airs de Rohmer méridional. A noter qu'Emmanuel Mouret est crédité au générique de fin, en rapport avec le scénario. Le film ne ressemble pourtant pas à du Mouret, sauf parfois par le côté incisif de certaines répliques.

 

2e

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Les femmes du bus 678

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/89/84/19/20069453.jpgQuel bonheur de voir enfin un film qui raconte une histoire complexe, et qui le fait bien. Quel plaisir de voir de bons acteurs qui émeuvent, un scénario malin et cohérent qui évite d'être simpliste, et un réalisateur qui utilise sa caméra au service de l'histoire qu'il raconte et non pour flatter son égo.

Ca fait du bien. Que ce bonheur nous vienne d'un des plus grands pays de cinéma au monde, l'Egypte, me ravit.

Les femmes du bus 678 sont trois. Fayza, Seba et Nelly ont toutes les trois subi des violences sexuelles. Elles sont issues de milieux très différents, mais vont être confrontées à des réactions terribles de la part de leurs proches : rejet du mari suite à un viol, pression pour ne pas porter plainte des parents, réactions négatives de l'opinion publique dans un pays où celle qui se fait harceler semble plus coupable que son agresseur...

Un tableau glaçant de la condition de la femme en Egypte, mais qui évite le manichéisme et présente une richesse narrative qui empêche le film d'être sèchement didactique.

Mohamed Diab parvient à nous passionner à travers les portraits qu'il dessine habilement, dont celui du commissaire de police, bonne pâte pagnolesque absolument délicieux. C'est fort, brillant, généreux, habile. Je pourrais trouver au film quelques menus défauts, mais pour une fois, je n'en ai pas envie.

Le cinéma égyptien sur Christoblog, c'est aussi l'excellent Femmes du Caire, dans lequel vous retrouverez la belle actrice qui joue Nelly dans Les femmes du bus 678, Nahed El Seba.

 

3e

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De rouille et d'os

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/89/84/98/20086124.jpgDeuxième film vu de la sélection officielle (après le délectable Moonrise kingdom) et deuxième coup de coeur : on peut dire que Cannes 2012 commence fort.

Dès les premiers plans, il apparaît clairement qu'Audiard fait désormais partie des plus grands réalisateurs actuels. Il compose des images de générique absolument éblouissantes, mixant plusieurs thèmes du film comme dans un rêve. C'est de toute beauté.

Le récit embraye ensuite avec une belle efficacité, et nous happe rapidement, donnant une impression de réalité extrêmement intense. Audiard excelle dans la reconstitution d'un milieu, d'un évènement, d'une ambiance (le parc marin, l'appartement d'Anna et de son mari, la salle de sport...). On est tellement ébloui par la beauté des images qu'on tarde un peu à se rendre compte de la qualité de jeu des interprètes : Marion Cotillard, qui signe son plus grand rôle (j'ai envie de dire son premier vrai rôle), Matthias Schoenaerts, Marlon Brando belge et Corinne Louise Wimmer Masiero

Le film enfin n'est pas qu'un mélo de haute volée, il est aussi un puissant révélateur de l'état de la société, et il donne à voir un renversant tableau de la façon dont le système amène aujourd'hui les pauvres à surveiller les pauvres (étonnant écho dans l'actualité du jour avec l'affaire Ikea).

La bande-son est osée et bourrée de références : les plus anciens apprécieront de voir Stéphanie se déchaîner en fauteuil sur le toujours énergisant Love Shack des B-52. Pour ma part, j'ai particulièrement aimé le remix ébourriffant du State trooper de Springsteen par Trentemoller (écoutez), dont les paroles entrent parfaitement en résonance avec le film. Un grand moment de cinéma.

Seul petit bémol : la toute dernière partie dans la neige m'a semblé ne pas éviter complètement le piège de la sensiblerie. Mais c'est un détail au regard de la puissance de cette oeuvre, qui en fait - évidemment - une Palme d'or en puissance.

Audiard sur Christoblog : Un prophète

 

4e 

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Moonrise kingdom

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/88/63/68/20081694.JPGCela commence comme beaucoup d'autres films de Wes Anderson : une démonstration de virtuosité en forme de revue de toutes les sortes de travellings et de panoramiques (horizontal, vertical, avant, circulaire...).

Mais il apparaît en quelques instants que cette virtuosité ne sera pas gratuite : elle est mise au service de l'histoire et des personnages. On est immédiatement happé par la narration très alerte et inventive.

Le film suit deux enfants qui tombent amoureux l'un de l'autre et fuguent ensemble, sur une île d'opérette, au cours de l'année 1965. Lui est orphelin, binoclard et scout. Elle est un peu folle, incomprise et violente. Leur amour est pur, calme, adulte.

Wes Anderson filme magnifiquement ces deux enfants, dont la composition est saisissante. Par un art consommé de l'effet comique et du contrepoint, les adultes semblent enfantins, perdus dans leur déprime et leur mesquinerie. Il est donc question d'abandon, de famille dysfonctionnelle, mais aussi d'espoir, de courage et de rédemption. 

Cette très belle aventure est traversée d'une douce nostalgie (de la nature, de l'enfance, du passé, de cinéma) qui fait baigner l'ensemble dans une teinte ocre et une athmosphère brumeuse, parfaitement adaptées au propos du film. Il faut noter tous les détails qui contribuent sa parfaite réussite, comme la bande-son ou les multiples artifices et effets (ralentis, split screens) toujours utilisés exactement au bon moment. Anderson offre en passant des scènes d'anthologie comme la danse sur la plage au son de Françoise Hardy : je m'en souviendrai longtemps.

Un plaisir acidulé et craquant, pour tous les âges - parfaite ouverture, optimiste sans être frivole, du Festival de Cannes 2012.

Wes Anderson sur Christoblog : La vie aquatique / A bord du Darjeeling limited / Fantastic Mr. Fox

 

4e 

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The day he arrives

Ce qu'il y a de bien avec Hong Sang-Soo, c'est qu'on se retrouve à chaque film entre copains, autour d'un verre d'une oeuvre qui semble être une nouvelle facette du même objet.

Le héros marche dans la rue, il est l'éternel alter ego de Hong Sang-Soo lui-même, cinéaste raté. Ou presque. Tout le monde boit (et accessoirement mange et fume) dans des proportions déraisonnables. Les femmes y sont moins lâches et moins idiotes que les hommes. On se dit des demi-mensonges et des fausses vérités, les sentiments restent emmurés derrière la façade des conventions coréennes, toujours aussi lourdes.

Le destin, comme cela arrive souvent avec ce cinéaste, joue des petits tours aux personnages : les rencontres se répètent, les prémonitions se réalisent (4 rencontres de personnes touchant le cinéma), les mêmes dialogues réapparaissent presqu'à l'identique dans plusieurs scènes.

Le film est donc très bavard, que dis-je, il n'est QUE bavardage, mais on aime toujours ça.

La particularité de ce court épisode (1h19 seulement) est de se dérouler dans une atmosphère ouatée et neigeuse, magnifiée par un beau noir et blanc. Cet ensemble confère au film un surcroît de mélancolie et permet à Hong Sang-Soo de nous offrir une magnifique scène de baiser.

Une oeuvre mineure du cinéaste coréen, mais une oeuvre délicate et sensible.

 

3e

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Avé

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/83/99/86/19721479.jpgIl arrive qu'on aille voir des films un peu à reculons (par conscience professionnelle de blogueur, si je puis dire) et qu'on en sorte conquis.

 

La première partie d'Avé est classique. La bande-annonce la résume très bien, ce qui devient d'ailleurs un peu énervant, tant les BA révèlent désormais la structure des longs-métrages. Un jeune homme se rend en stop à l'enterrement d'un ami à Roussé. Il rencontre sur la route une jeune fille un peu bizarre, Avé, qui semble mentir (presque) tout le temps.

 

On est immédiatement séduit par les physiques curieux des deux jeunes, leur jeu sobre et intense, et la mise en scène très élégante de Konstantin Bojanov. L'errance des deux héros de routes paumées en petites gares, dans des paysages monotones et tristes, se suit avec plaisir. Quelques scènes, comme celles du routier allemand, révèlent déjà un cinéaste de talent.

 

A l'arrivée à Roussé, le film prend une toute autre ampleur et devient véritablement génial. Cette partie est dans la veine d'Angelopoulos ou de Nuri Bilge Ceylan. Certaines scènes (le repas de deuil) peuvent déjà figurer dans le best of 2012, par leur beauté, leur sensibilité à fleur de peau et leur maîtrise parfaite. Ces moments concentrent toutes les émotions (psychologiques, narratives, plastiques, émotionnelles) que peut apporter le cinéma.

 

Après cet apex, les personnages et nous-même ne pouvons que redescendre sur terre. On reprend alors la route, on en apprend un peu plus sur Avé (très belle scène au téléphone), on s'égare un peu, on se perd de vue, mais ce n'est pas grave. Le plus beau a eu lieu.

 

Une découverte indispensable. Et un autre film bulgare sur Christoblog : Eastern plays

 

3e

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Miss Bala

J'ai vu ce film lors du Festival des 3 continents 2011, et j'en garde un souvenir ému.

Le film commence comme un nième opus sud-américain montrant comment une fille pas très riche cherche à briller en s'inscrivant à un concours de beauté (et je jure qu'elle a des atouts - cf photo ci-contre !).

Mais très vite, elle se trouve emportée dans une affaire criminelle, malgré elle, dont elle ne va pas parvenir à sortir. Le film fonctionne donc sur un principe type "After Hours", enchaînement haletant et inévitable de situations de plus en plus problématiques pour l'héroïne, jusqu'à un climax ... dont je ne parlerai pas.

Miss Bala est un thriller de haute qualité, que nombre de productions US pourraient prendre en exemple.

L'actrice principale, outre sa plastique exceptionnelle, donne un visage résolu et rationnel à cette aventure un peu abracadabrante. On guette avec elle la moindre échappatoire, et le film est absolument réaliste de ce point de vue. Il est servi par des acteurs très crédibles (le malfrat à sang-froid est glaçant) et une production haut de gamme (rien de moins que Diego Luna et Gabriel Garcia Bernal aux manettes). Miss Bala a représenté le Mexique aux Oscars, et il donne du pays un tableau en creux qui, s'il n'est pas flatteur, est passionnant.

Des sensations, de l'émotion, du suspense, de l'exotisme, je conseille vivement Miss Bala.

 

3e

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Tyrannosaur

J'ai rarement vu installer une atmosphère de violence sourde et de catastrophe imminente aussi efficacement que le fait Paddy Considine dans Tyrannosaur.

On est littéralement happé par le personnage joué par l'excellent Peter Mullan. On le craint, on le comprend, on le réprouve et il parvient presque à nous communiquer son désir de violence.

Lorsque sa solitude triste et forte rencontre celle d'Hanna, jouée par l'admirable Olivia Colman, on se demande bien vers où le film va bien pouvoir aller. La violence la plus immonde régnant au domicile de la malheureuse Hannah, on craint le pire : entre celui qui ne contrôle pas ses pulsions et celle qui subit la violence abjecte de son mari, que va-t-il se passer ?

Le film réserve un chemin tortueux à cette rencontre, en servant deux acteurs magnifiques par une mise en scène toute en douceur, d'une redoutable efficacité, par une photographie admirable, grise et claire à la fois, et par une belle musique.

Le film réserve quelques scènes magnifiques, il est tendu comme une corde d'arc, maigre comme un clou et sec comme un coup de trique. Du bel ouvrage.

 

4e

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Walk away Renée

http://images.allocine.fr/rx_160_214/b_1_cfd7e1/medias/nmedia/18/35/47/41/20080714.jpgPetit rappel

 

En 2004, certains d'entre vous n'étaient pas nés (je veux dire sur la blogosphère) et Jonathan Caouette lançait à la face du monde un OVNI documentaire, constitué de rush tournés depuis l'âge de 11 ans : Tarnation. Triomphe à Sundance, à Cannes et à travers le monde. La forme du film, brute et recherchée à la fois, et la famille de Caouette (père barré avant sa naissance, mère schizophrène, grands-parents aimants mais un peu barges, découverte de son homosexualité et rébellion, troubles de la personnalité) contribuèrent à donner au film un parfum de scandale. Ajouter à cela le traditionnel "entièrement réalisé sur son Mac avec iMovie", et la production du film assurée par Gus Van Sant, et vous avez tous les ingrédients du film-culte.

 

Walk away Renée

 

A Cannes 2011, à la Semaine de la critique, Caouette revient avec Walk away Renée, qui mixe plusieurs histoires parallèles : un road movie documentaire du Texas à New York montrant Caouette ramenant sa mère folle à la maison (alors que cet idiot perd tous les médicaments), des images d'archives retraçant les péripéties de la vie de cette famillle hors du commun (et qui constituent une sorte de Tarnation résumé) et quelques scènes oniriques. Le film qu'on voit aujourd'hui (sortie le 2 mai) est d'ailleurs un peu différent de la version présentée à Cannes, plus resserré.

Franchement, il est très difficile devant une oeuvre aussi intime et trash que Walk away Renée de déterminer si on aime ou si on n'aime pas. Le film est à la fois troublant (que voit on exactement : un documentaire fictionnel, un album de famille dans lequel chaque personnage joue son propre rôle, un cri d'amour, un témoignage sur les maladies mentales, une charge contre le système de santé américain ?), dérangeant (on n'est jamais loin du voyeurisme) et émouvant (lorsque le grand-père déclare se sentir jeune, alors qu'il n'est plus que très très vieux, ou dans les scènes extraordinaires qui montrent Renée retrouvant des dents).

 

Discussion avec Caouette

 

Comme d'habitude au Katorza, le réalisateur s'est longuement (une heure) prêté au jeu des questions / réponses.

D'abord, pas mal de détails concernant le court-métrage précédent le film : All flowers in time, sorte de rêve complètement barré évoquant un Lynch sous acide et dans lequel le visage de Chloé Sevigny se transforme en vagin. On apprendra donc qu'il s'agissait au  départ d'un projet se situant dans une collection de 42 films de 42 secondes, pour une publicité de vodka néo-zélandaise (sic), qui s'est terminé en assemblage de test d'une nouvelle caméra associé à des images du grand-père, et.... mais je m'égare. Tout semble toujours simple dans la bouche de Caouette, et zarbi quand on le reformule.

Sur le film Walk away Renée plein d'infos et de ressentis : le film comprenait au départ une partie fictionnelle importante autour d'une secte accédant à la quatrième dimension (les Cloudbusters) - et d'ailleurs une scène finale montrant la mère aspirée par un tunnel d'énergie a été tournée, les heures de rush utilisés pour Tarnation et ce film sont au nombre de 160, Renée se porte bien actuellement, l'équipe de tournage était de 2 personnes pour le road trip, plus 2 autres pour les scènes New-Yorkaises, etc. Ce qu'il y a de frappant, c'est que Caouette s'exprime avant tout comme cinéaste et non comme documentariste. Ses films sont donc bien des oeuvres à part entière, et non des films de famille remixés.

Ses projets enfin : deux fictions. Une écrite par un scénariste qui travaille habituellement pour Cronenberg, et une autre écrite par Caouette et décrite par lui-même comme un voyage de temps à la première personne, une sorte de Retour vers le futur trash.

Ca promet.

 

3e

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L'enfant d'en haut

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/89/45/01/20081390.jpgLe moins qu'on puisse dire, c'est que le début du film ne m'a convaincu. La mise en place des personnages et du décors (primordial) est un peu longuette, ou du moins, m'a paru telle. A posteriori, cette longue introduction à l'univers du film s'avère absolument nécessaire, tant il est inhabituel (la station de ski en haut, la misère sociale en bas, le télécabine au milieu).

 

Petit à petit, on s'attache donc aux personnages, qui au premier abord sont un peu insupportables : un petit voleur (exceptionnel Kacey Mottet Klein) et sa soeur (la toujours brillante Léa Seydoux).

 

Le film m'a complètement convaincu à partir de sa scène centrale, déflagration esthétique, émotionnelle et narrative.

 

Toute la deuxième partie se suit donc comme sur un petit nuage, l'intrigue s'égarant dans des chemins à la fois puissants et prévisibles, jusqu'à cette superbe séquence de fin d'hiver et de fermeture de station (ou de passage à l'âge adulte ?).

 

La mise en scène d'Ursula Meier est spectaculairement discrète, réussissant par ces cadrages souvent très serré à nous faire ressentir les sentiments - compliqués - des deux protagonistes principaux. Il y a un peu d'Andrea Arnold dans la façon de filmer d'Ursula Meier dans cette deuxième partie, comme il y avait du Dardenne dans la première.

 

Au final, malgré quelques scories et une entrée en matière un peu pesante, un film particulièrement marquant et accompli, que je conseille avec enthousiasme.

 

3e

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La terre outragée

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/85/91/31/20045083.jpgPripiat, avril 1986. Anya et Piotr se marient, quand au même moment, l'accident de la centrale de Tchernobyl se produit.

 

Le film de Michale Boganim suit alors le destin de plusieurs personnages ne se connaissant pas, dont celui d'Anya, jouée par la filiforme Olga Kurylenko. Nous vivons avec eux les quelques ahurissantes journées qui ont suivi la catastrophe. Le film se projette ensuite dix ans plus tard, et nous retrouvons tous les protagonistes de la première partie (sauf un).

 

Le film m'a vraiment séduit dans sa première partie, évoquant un début de printemps radieux en Ukraine, donnant à voir un mariage dans la plus pure tradition russe (vodka, chansons mélancoliques, décors sordides) tout en montrant parfaitement l'inconséquence des autorités russes.

 

La deuxième partie, se situant donc en 1996, alors que des touristes visitent le site (mais comment peut-on avoir une idée pareille ?), et en plein hiver, m'a moins convaincu. J'ai trouvé que le film s'étirait inutilement, et certaines situations m'ont semblées maladroites.

 

Si la mise en scène est très solide, les acteurs plutôt convaincants, le film péche un peu par manque de rythme. Il est desservi par un scénario un peu trop didactique à mon goût.

 

Reste toutefois le sentiment d'avoir vu un film instructif et intéressant, à défaut d'être réellement émouvant.

 

2e

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I wish

J'ai pleuré en regardant I wish. Et pas qu'une fois.

Oh, bien sûr, j'entends déjà les ricaneurs et les cyniques qui ne vont pas me rater sur ce coup là, ergotant sur la longueur du film, l'état de mes glandes lacrymales, la paresseuse mise en scène de Kore-Eda, mon coeur d'artichaut dissimulé sous une carapace d'ironie feinte, l'aspect new-age / low-fi de l'oeuvre et mon tropisme pour les films ambitieux, polyphoniques et lacrymaux.

Mais n'empêche, I wish m'a transpercé de part en part, m'éblouissant par moment, m'ennuyant à d'autres, mais ne me laissant pas du tout indifférent.

L'histoire est bête comme chou : deux jeunes frères éloignés l'un de l'autre (l'un vit avec sa mère, l'autre avec son père) imaginent que s'ils font un voeu au moment où deux Shinkansen se croisent pour la première fois sur l'île de Kyushu, ce voeu de réalisera. Ben voyons.

Chacun des frères (vrais frères dans la vraie vie), possède sa bande de copain/copines qui eux-mêmes vont pouvoir émettre leur voeu.

Les enfants pourront-ils assister au croisement ? Si oui, leurs voeux se réaliseront-ils ? Le film ménage plus qu'il n'y apparaît un vrai suspense, dont le dénouement n'est pas aussi simpliste qu'on le pense. Il est même cosmologique, mais je m'égare.

Le plus important est l'étau de délicatesse et de justesse dans la mise en scène qui étreint le récit, et qui en fait un grand film mineur, en confirmant son réalisateur comme le plus intense du Japon actuel.

 

3e

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Sur la piste du Marsupilami

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/86/13/20/19955964.jpgLa bande-annonce du film m'avait paru très mauvaise, aussi est-ce un peu à reculons que je me suis décidé à aller le voir. Et, puis, une fois n'est pas coutume, le film est bien meilleur que sa BA : on y retrouve le meilleur de l'humour de Chabat, dont la plus parfaite matérialisation reste Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre.

 

Cet humour chabatesque est constitué des éléments suivants :

- un personnage ahuri et niais (lui-même), qui lorgne parfois du côté de M Hulot (la voiture qui évite par miracle plusieurs catastrophes alors que son conducteur étudie une carte)

- un casting haut de gamme, où chacun joue parfaitement sa partition (Debbouze, Testot, les seconds rôles)

- un morceau de bravoure qui casse la baraque :  les 3 minutes 30 de Lambert Wilson en Céline Dion, une scène déjà culte

- des mini-idées réparties un peu partout (le dessin animé de la prophétie, la parodie de jeu télévisé, le faux karaoké, le coati qui négocie...)

- des répliques idiotes, mais imparables (...qui n'existe pas, mais en réalité qui n'existe...)

 

Ajoutez à cela un soin particulier apporté aux décors et à la reconstitution d'ambiances (très beau plateau télévisé), une musique entraînante, un scénario solide, un respect des caractéristiques de la bestiole éponyme inventée par Franquin, et vous tenez un divertissement de bonne qualité que je recommande, surtout avec des enfants.

 

2e

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Colorful

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/84/69/30/19805668.jpgUn anime pour adulte, et qui n'est pas un Miyazaki : cela devrait déjà éveiller la curiosité d'une bonne partie des lecteurs de Christoblog.

A l'occasion de sa sortie en DVD, je reviens donc sur ce deuxième film du talentueux Keiichi Hara.

Un esprit errant (quelle belles scènes d'ouverture !) se voit donner une deuxième chance par un ange / diablotin (à moins qu'il s'agisse de Dieu lui-même ?) : revivre dans le corps d'un jeune garçon qui vient de tenter de se suicider.

Ce dernier semble dans un premier temps avoir mené une vie parfaitement heureuse. Puis les premières fissures apparaissent, faisant du long-métrage tout autre chose qu'un film pour ado : la mère trompait son mari, la petite copine se prostitue avec des hommes d'âge mûrs, le jeune garçon était persécuté par d'autres jeunes, la pression des concours l'oppressait, etc.

Le film brasse donc des problématiques essentielles du Japon d'aujourd'hui avec une esthétique proche du manga traditionnel, ce qui constitue un contraste parfaitement réussi.

Parfois, l'animation peut paraître imparfaite, et j'aurais souhaité un peu plus de rythme à la première partie. Il n'empêche que le film est une franche réussite, esthétique, narrative et émotionnelle. La chute est touchante, surprenante, et parfaitement réussie.

 

2e

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My week with Marilyn

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/79/89/42/19537094.jpg Quel plaisir un peu tarte, un peu gnan-gnan, peut générer ce type de film ? Réponse : le genre de plaisir dont on se sent coupable, manipulé par l'art conventionnel mais si british de bien raconter une histoire. Comme dans Le discours d'un roi par exemple, ou dans We want sex equality. Si vous avez aimé ces deux films, vous adorerez My week with Marilyn.

 

Le pitch est assez simple : un jeune anglais raconte le tournage d'un film peu connu (Le prince et la danseuse) réunissant Marilyn Monroe et Laurence Olivier en Angleterre, et qu'il a pu suivre de très près.

 

Cela paraît un peu bancal, ou anecdotique, mais finalement se révèle être profondément dramatique (mais chuuuut, je ne peux pas en dire plus).

 

Si le film concède quelques longueurs, il reste diablement efficace, et Michelle Williams réussit une performance exceptionnelle, parvenant à ETRE Marilyn tout en ne lui ressemblant pas tant que ça physiquement. Le reste du casting est proche de la perfection, avec un Kenneth Branagh campant un Sir Laurence Olivier absolument imbuvable.

 

Plaisirs simples, vertige de replonger dans cet abyssal étang de noirceur qu'était Marilyn, interrogations éternelles sur le métier d'acteur : ommpfff, cela fait du bien, parfois, que quelqu'un vous raconte une belle histoire, dans le bon ordre et avec les bonnes images.

 

3e

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Bellflower

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/86/58/71/19866724.jpgVoilà bien le genre de film que j'ai aimé mais que je me garderais de conseiller à mes amis. Trop risqué.

 

En résumé, deux pauv'gars dans le fin fond de l'Amérique, fans de Mad Max, rencontrant deux filles plutôt mignonnes, buvant, fabriquant des lance-flammes, des voitures hors-norme et globalement, glandant.

 

Un premier film. Une image un peu cradingue et en même temps un STYLE. Une sorte de Blue Valentine trash.

 

J'avais lu pas mal d'articles avant d'aller voir ce film, mais aucun ne m'avait préparé à ce qu'il est vraiment : une très belle histoire d'amour naissant (sous de mauvais auspices, mais avec une délicatesse quasi-printannière), dégénérant, se ramifiant, et explosant. Une sensibilité à fleur de peau, une urgence qui fait sonner le film comme un A bout de souffle wild west, des tics clippesques que certains trouveront horripilants, mais qui forment un véritable puzzle émotionnel, une interprétation du tonnerre, et tout l'enthousiasme d'un premier film - une sorte d'éjaculation cinématographique précoce.

 

Le réalisateur joue le premier rôle, le film a couté 3 $ (ou à peine plus) et le tournage a duré 18 mois, Bellflower présente donc tous les attraits et tous les défauts du premier film si mérité. Le réalisateur veut y mettre toutes ses bonnes idées, et pondre le chef d'oeuvre ultime. Du coup, la fin du film qui aurait méritée d'être concise et cut, se perd en un salmigondis crypto-prophétique : c'est dommage.

 

En tout cas , j'ai trouvé l'expérience étonnante et très intéressante. Je ne suis pas le seul, mais nous ne serons pas nombreux.

 

3e

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Les adieux à la reine

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/89/16/45/20027723.jpgOn ne dira jamais assez le bien qu'il faut penser de ces films qui tiennent debout par la grâce de leur mise en scène, la perfection des détails qui les composent (costumes, musique, lumières, décors, seconds rôles) et l'excellence de leur interprétation. Un exemple récent de ce type de film est L'Apollonide, avec lequel Les adieux à la reine partage plusieurs points communs, dont la présence au casting des deux réalisateurs/acteurs Xavier Beauvois et Noémie Lvovsky.

Comme dans le film de Bonnello on est ici captivé de la première à la dernière seconde par la mise en scène brillante de Benoit Jacquot, et tout particulièrement par ses admirables mouvements de caméra. Il faudrait voir et revoir ce dialogue amoureux entre Marie-Antoinette et Gabrielle de Polignac, lors duquel la caméra, très proche des visages, oscille plusieurs fois de droite à gauche.

Jacquot excelle à rendre les ambiances par petites touches : la pauvreté des appartements des domestiques, le gigantisme du château-monde que constitue Versailles, son isolement du reste du monde.

De l'histoire proprement dit, on ne peut pas dire grand-chose sans en dévoiler ce qui en fait la valeur, mais là encore le film réserve une excellente surprise. On aurait pu croire que vu ses qualités plastiques le film pouvait se dispenser d'un scénario digne de ce nom, mais ce n'est pas le cas. La psychologie de la jeune servante est magnifiquement cernée par une Léa Seydoux en grande forme (son meilleur rôle avec Belle épine). Mais que dire de la prestation époustouflante d'une Diane Kruger habitée littéralement par son rôle ? C'est magnifique ! Quant à Virginie Ledoyen, on a comme d'habitude un peu envie de la baffer, mais son physique rend tout à fait crédible l'attirance de la reine pour elle.

Le cinéma français au mieux de sa forme : on pensait 2011 exceptionnelle, mais Benoit Jacquot prend le relais pour 2012, en attendant Cannes.

 

4e

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Amador

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/83/09/73/19665272.jpgCommençons par le plus simple : l'actrice péruvienne Magaly Solier, déjà repérée dans l'étonnant Fausta, est littéralement sublime. Elle possède un physique a priori peu gracieux, des formes légèrement masculines, une tâche bizarre dans le blanc de l'oeil droit et un mutisme un peu niais. Mais tout à coup, à la faveur de cheveux dénoués ou d'un sourire, elle peut devenir un parangon de féminité.

Elle porte en tout cas le film sur ses (solides) épaules.

Le prétexte est simple et on peut en parler sans déflorer l'intérêt du film. Un couple pauvre (elle donc, et son mari minable voleur de fleurs avec qui elle ne se voit aucun avenir) vivent misérablement. Un boulot est proposé à Marcela de façon presque miraculeuse : garder un vieux chez lui, pendant que sa fille est en province. Elle doit gagner 500 € pour un mois, mais au bout de quelques jours, le vieux meurt... que faire ?

A partir de cette trame sur le fond assez morbide, le réalisateur Leon de Aranoa parvient à dresser un tableau étonnant de la société espagnole d'aujourd'hui, en s'appuyant sur un scénario d'une grande subtilité. Des thématiques apparaissent et rebondissent tout le long du film (le puzzle, par exemple, décliné à travers le personnage d'Amador, puis par le biais d'une photo et enfin celui d'une lettre).

Le vieil Amador croit qu'une handicapée en fauteuil roulant, qu'il a vu dans la rue, est une sirène. Une fois mort, elle apparaîtra la plupart du temps dans des plans en rapport avec des poissons (au supermarché, derrière un aquarium) comme pour valider l'idée saugrenue du vieux. Les idées brillantes de ce genre parsèment le film du début (très belle scène d'ouverture) à la fin : le rebondissement final est superbe, grinçant, cynique et beau. Comme la conversation que Marcela a dans l'église avec le prêtre, conversation entièrement basée sur un malentendu, et véritable morceau de bravoure.

Un film d'une intelligence rare, qui compose un magnifique portrait de femme prenant son destin en main.

 

4e

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Apart together

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/88/62/13/20045536.jpgWang Quan'an est un réalisateur que je suis depuis longtemps, et si ses films ne m'enthousiasment jamais complètement (Le mariage de Tuya, La tisseuse), je les trouve toujours intéressants. On sent qu'il y a un gros potentiel chez ce réalisateur, qui probablement un jour produira des oeuvres majeures.

 

Apart together marque de façon claire une progression par rapport aux deux films cités plus haut.

 

En 1949, Liu, soldat dans l'armée nationaliste, s'enfuit de Shanghai pour Taiwan, laissant derrière lui sa femme et un petit garçon. En 2005, il revient, et propose à son ex de repartir avec lui à Taïwan. Cette dernière est tentée, mais elle a un mari chinois, des enfants et des petits enfants : peut-on revivre un amour d'adolescence au crépuscule de sa vie ?

 

A partir de cette trame délicate et intrigante Wang Quan'an dresse une galerie de portraits tout en finesse. Les réactions des membres de la famille sont parfois inattendues, celles du voisinage malheureusement prévisibles et moqueuses. Le film bénéficie d'une direction d'acteur irréprochable, d'une mise en scène sobre et élégante. Il constitue un très beau portrait de Shanghai, en même temps qu'une réflexion sur les profondes mutations que la Chine traverse. Il place le sentiment amoureux au centre d'un complexe réseau de tensions et de relations.

 

De la belle ouvrage, Ours d'argent du meilleur scénario à Berlin. Mais Wang Quan'an fera encore mieux, j'en suis sûr.

 

3e

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