Overblog Tous les blogs Top blogs Films, TV & Vidéos Tous les blogs Films, TV & Vidéos
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Christoblog

Articles avec #j'aime

Bright star

Comment filmer l'Amour ?

Hum, pas si facile. On élimine vite fait l'idée même des Twilight (de toute façon, je ne les ai même pas vu), et on se repose la question. Oui, comment filmer l'Amour qui ne soit pas le sexe (car alors on pourrait évoquer Lady Chatterley de façon évidente, qui partage en plus bien des points communs avec Bright Star : le panthéisme, la sensualité, une femme à la réalisation) ?

Finalement, il n'existe pas beaucoup de films qui prennent le parti de traiter de ce sujet - et d'aucun autre.

Bright star arrive à se construire autour de l'idée de l'Amour d'abord grâce à une actrice en tout point exceptionnelle : Abbie Cornish, qui parvient à passer de la fofolle éprise de fanfreluches à l'amoureuse prête à mourir avec une grâce incomparable, dure comme un silex, impitoyable dans sa volonté farouche d'aimer, son désir physique - au sens corporel (mon corps a décidé d'arrêter de respirer) et non pas sexuel.

Le film se distingue par la grâce d'une mise en scène épurée, sensuelle, dans laquelle les textures, les sensations, les odeurs sont magnifiées (les robes, un brin de laine filmé en gros plan dans le chas d'une aiguille dès le premier plan, les papillons, les fleurs, le froid, la pluie, etc...).

Même si les seconds rôles sont un peu en retrait de l'actrice principale (Keats est moins charismatique) le tout reste très appréciable, agréablement ennuyeux dans ses langueurs. Retour gagnant pour Jane Campion. 

4e

Voir les commentaires

La merditude des choses

MK2 DiffusionIl arrive qu'une affiche soit particulièrement trompeuse.

Celle de La merditude des choses (un homme nu sur un vélo) en est un bon exemple. A sa vision on pense au pire à une version belge de Jackass, au mieux à l'image illustrant la chanson Fat Bottomed Girls de Queen.

En réalité La merditude des choses propose un tout autre programme. Il faut imaginer un de ces films réalistes anglais (Mike Leigh, Ken Loach, Shane Meadows) passé au mixeur de la comédie italienne des années 70 (façon Ettore Scola).

C'est drôle, c'est grave, c'est inventif, c'est attachant. Un jeune garçon de 13/14 ans grandit au milieu d'une tribu d'alcooliques fêtards (son père et ses oncles). Il doit gérer les incartades (crades, machos, rigolotes) de la bande. En parallèle le film montre la même personne adulte, devenue écrivain, à la fois victime traumatisée de son passé et passée à autre chose.

Cette partie est peut-être moins convainquante, jusqu'au moment - sublime - de la rencontre à l'hospice, et de l'obligation faite au héros de chanter des chansons paillardes dans un but universitaire.

Sinon les moments d'anthologie égrillardes de succèdent : un Tour de France alcoolisé dans lequel le mont Ventoux au whisky se révèle fatidique, la visite de l'assistante sociale "Fuckodey" dont la petite culotte sera explorée, la course cycliste à poil, le concours de beuverie, etc...

C'est un miracle que cette accumulation de vomi entraîne l'empathie, comme si Bienvenue chez les ch'tis croisait Affreux Sales et Méchants.

Et au final, les deux scènes de père et de fils, courant en baskets neuves dans les champs et apprenant à faire du vélo : ne sont-elles pas les pépites cachées au coeur de la merditude des choses ?

 

3e

Voir les commentaires

Tetro

Voir un grand cinéaste comme Coppola revenir aux affaires et offrir un film aussi dense que Tetro est un grand, grand plaisir.

Bennie, employé sur un bateau de croisière, arrive à Buenos Aires. Il rend visite à son frère, Angelo, qui se fait appeler Tetro désormais. Celui-ci a quitté la maison familiale il y a longtemps et a rompu avec sa famille. Il a écrit un manuscrit s'inspirant de sa vie.

Quel(s) secret(s) cache Tetro ? Bennie va t'il réussir à renouer le lien avec son frère, ostensiblement distant ?

Tetro ménage une avancée dramatique de l'intrigue tout à fait maîtrisée, utilisant une alternance de scène dans le présent tourné dans un noir et blanc sublime (qui rappelle le Kazan de America, America) et de flash-backs en couleurs, un peu dans le style "film de famille en super 8". Tant qu'on ne connaît pas le dénouement final, l'intensité du jeu de Vincent Gallo peut dérouter, voire déranger. A la fin, on reconsidère évidemment tout le début du film, et certaines répliques s'éclairent d'un tout autre sens.

Les acteurs sont magnifiques : Vincent Gallo est magnétique, son frère Alden Ehrenreich a le visage classique d'un acteur du noir et blanc, les personnages secondaires sont tous très bons, il faut dire que Coppola n'a pas lésiné sur la qualité (Carmen Maura et Klaus Maria Brandauer entre autres !). La thématique de la famille d'artiste renvoie évidemment à Coppola lui-même : son père était musicien, sa fille et son fils sont cinéastes. Le film évoque aussi en écho l'oeuvre passée du cinéaste : on pense évidemment au Parrain (la scène des obsèques), et au noir et blanc de Rusty James.

Le point faible à mes yeux est la partie représentation théâtrale, totalement improbable, et son extension, le festival Patagonia chez la critique Alone, elle-même peu crédible. A part ces points et quelques longueurs, l'ensemble est excellent, la mise en scène racée et Tetro est un des tout meilleurs films de l'année.

 

3e

Voir les commentaires

Suzanne

Le deuxième film de Katell Quillévéré (Un poison violent) possède cette qualité rare : insuffler du romanesque au long cours dans une destinée ordinaire. Avec des moyens bien différents, c'est le seul film des années 2010 qui puisse partager cette qualité avec La vie d'Adèle.

Il fallait donc attendre une jeune réalisatrice française pour redonner ses lettres de noblesse au mélodrame familial et au lyrisme d'une histoire mettant en scène les gens ordinaires, trop souvent absents du cinéma français. Si le miracle du romanesque se produit sous nos yeux, c'est grâce à des acteurs et actrices sublimes : Sara Forestier hyper-sensible, Adèle Haenel magnifiquement solaire, François Damiens émouvant à l'extrême, et la grande Corinne Masiero, avocate impériale.

Le film donne à voir des tranches de vie, des moments clés, entrecoupés de brefs écrans noirs qui convoquent autant d'ellipses. Ce mode de narration quasi feuilletonnesque génère des moments d'intenses émotions et de grande beauté. La mise en scène est fluide, le montage extraordinaire, la progression de l'histoire imparable.

Parfaitement qualifié par la réalisatrice elle-même de biopic d'une inconnue, Suzanne est  une réussite parfaite qui redonne la pêche à un cinéma populaire, tourné parmi les classes populaires, et qui devrait trouver un succès ... populaire.

 

4e

Voir les commentaires

Avatar

Twentieth Century Fox FranceJ'aime, oui. Mais de peu.

Au départ, mon a priori est assez favorable vis à vis de James Cameron. Aliens, Abyss, Terminator, et même Titanic partageaient de grandes qualités : une confrontation réalisme / sentiments pleine de richesse, et une capacité à surprendre avec le plan d'après, de telle façon qu'on ne savait jamais où le film allait (et cela même avec Titanic ... dont la fin était pourtant prévisible).

Pour Avatar, le film réunit dans les premiers instants approximativement les mêmes qualités : art du montage, mise en scène hyper-efficace à la Spielberg, et confrontation poésie / réalisme magnifique, teintée d'une problématique intéressante sur l'altérité, le corps, la frontière entre rêve et réalité. Autant de sujets qui auraient pu être creusé avec brio par un cinéaste comme Cronenberg.

Malheureusement le film dérive dans sa deuxième partie vers des standards typiquement hollywoodiens, sombrant dans un manichéisme que Cameron avait jusqu'à présent su éviter. Plusieurs parallèles ont été amplement évoqués, il n'est pas nécessaire de revenir dessus : l'extermination des indiens, Pocahontas, la guerre en Iraq, la fable écologique, les analogies avec Miyazaki. Je trouve pour ma part que le parallèle avec Mia et le Migou est saisissant : catastrophe écologique, arbre géant, Sam Worthington. Twentieth Century Fox Francevengeance de la déesse Terre.

Il y a dans cette partie du film des passages assez navrants : le corps de Sigourney Weaver recouvert d'une pudibonde et ridicule liane de lierre, la messe incantatoire façon Disney...

Au final, le divertissement n'est pas déplaisant même s'il apparaît clairement que Cameron y a laissé une partie de son talent : l'argent dépensé dans les effets numériques, certes remarquables, l'a été au détriment de la qualité du scénario !

J'ai vu le film en 2D (mais en VO) et les effets de la 3 D sont prévisibles : monstres qui attaquent, vols en piqués des dinosaures volants.

La création du monde de Pandora n'est donc réussie qu'à moitié. Et pourtant, l'impression générale que laisse le film est plutôt positive, comme si l'art d'un vrai créateur ne se dissolvait jamais complètement dans le travail de commande.

2e


Voir les commentaires

Vincere

Quel plaisir lorsque la forme épouse si parfaitement le fond !

Question mise en scène, Vincere impose un point de vue magistral, fondamentalement européen dans le sens qu'il s'éloigne résolument des standards américains du cinéma hollywoodien, alors qu'il raconte une histoire - oh - si romanesque.

Surimpressions, images d'archives, lettrages inspirés, focales qui rendent le second plan flou : toute la première partie, pleine de bruit et de fureur (quelle bande son !) est apocalyptique. A quoi renvoient ces flashs mystérieux ? Réponse : à la seconde partie, plus classique, mais probablement aussi plus efficace.

A quoi tient la magie de ce film ? Sûrement en dernière analyse à la performance hors norme des acteurs. Filippo Timi est extraordinaire dans sa détermination monomaniaque : ce regard quand il fait l'amour ! Et Giovanna Mezzogiorno tient probablement le rôle de sa vie dans le rôle d'Ida Dalser, sans concession, possédant la puissance intrinsèque de celle qui ira jusqu'au bout.

Le film tutoie la perfection du début à la fin, enchaînant des images qui à elles seules sauveraient un film si elles y étaient simplement enchâssées : le duel, l'arbre et ses filets, la neige qui tombe sur l'asile, etc.... Le plus incroyable finalement est qu'à travers cette histoire romanesque une cruelle violence arrive à émerger librement (violence du sexe et du désir, de la politique, des manifestations, de la folie).

Cette violence est si belle que le film brille comme un diamant brut, et que dans ce diamant brille cette scène du premier baiser : Ida a la main ensanglantée, mais lorsque Mussolini quitte ses lèvres, elle tombe en avant comme privé du support qu'elle cherchera à tout jamais, y perdant la raison.

Somptueux.  

 

4e

Voir les commentaires

Accident

Louis Koo et Richie Ren. ARP Sélection

Oui, oui, oui.

Vous aimez l'ambiance de Hong Kong : ses venelles mal famées, ses quartiers résidentiels sous la pluie, son cinéma inventif et puissant : John Woo, Johnnie To, Tsui Hark. Oui ?

Vous aimez les intrigues retorses à la manière de Infernal Affairs, ou de Sixième Sens, ou de tous ces films où en un montage sec et rapide vous revoyez tout le film sous un angle différent. Oui ?

Vous aimez les scénarios originaux et intellectuellement jouissifs. Oui ?

Alors vous adorerez Accident.

Voilà le pitch et après jugez par vous-mêmes si vous voulez connaître la suite :

Un groupe de malfrats est payé pour commettre des meurtres qui ressemblent à des accidents (avec une mise en scène genre mission impossible). Un jour, un des membres du gang semble victime d'un ... accident. Un vrai ? un faux ? Si oui, perpétré par qui : un autre membre du gang, ou par un gang adverse, ou par une ex-victime, ou ... ?

Le scénario est tellement bon que je parie ma chemise qu'il fera l'objet d'un remake par Hollywwod dans les deux ans, exactement comme Scorsese a refait Infernal Affairs avec Les infiltrés.


3e
 

Voir les commentaires

In the loop

Régulièrement nous parviennent James Gandolfini. CTV Internationald'Angleterre des comédies déjantées et délicieuses. Cette fois-ci c'est dans la politique que nos amis anglais mettent le foutoir intégral. Nous sommes dans les jours qui précèdent le vote d'une résolution à l'ONU concernant une intervention militaire dans un pays du Moyen Orient, qui n'est pas cité...

Au programme côté britannique : un ministre gaffeur et lunaire, un assistant débutant et passablement médiocre (en plus d'être adultère), un responsable politique (chef du cabinet du premier ministre ?) qui sort plus 10 insultes menaçantes par seconde, un ministre des affaires étrangères couard qui écoute du Debussy à fond, un écossais porte-parole hyper-violent, etc...

Côté US : James Gandolfini (ex Tony Soprano) excellent en militaire blasé, une secrétaire d'état qui saigne des dents, un faucon manipulateur et détestable, une assistante un peu niaise, un jeune carriériste dont les dents raclent le plancher. Un peu moins ridicule que le côté anglais, mais tout aussi dangereux, vulgaire, cupide, et irresponsable.

Le tout est mené à fond de train, on sourit souvent, on éclate de rire de temps en temps. C'est un mélange de The Office avec A la maison blanche, le tout sous amphétamine.

Un super bon moment, le film à voir en ce moment.

 

3e

Voir les commentaires

Red road

Les mots manquent pour parler d'un film tel que Red Road, tant la décharge émotionnelle qu'il procure est forte.

Ceux qui ont été ébloui par le deuxième film d'Andrea Arnold (Fish Tank) le seront aussi par le premier, même si Red Road est plus sombre, plus désespéré, et moins facilement accessible que Fish Tank.

Pendant la première heure du film, on suit Jackie, un peu paumée, employée dans une société de vidéo surveillance. Jackie regarde la vie des rues de Glasgow à travers ses caméras urbaines .

Elle semble particulièrement s'intéresser à un homme, qu'elle n'a pas l'air de connaître. Elle va même passer "de l'autre côté du miroir" en rencontrant cet homme. Pourquoi ?

Dans la dernière demi-heure du film, le scénario va s'épanouir comme une fleur carnivore malfaisante et la réalité - mortifère, belle, insupportable - va exploser comme une bombe à retardement.

La mise en scène est déjà exceptionnelle : méticuleuse et parfaitement travaillée, et en même temps traversée par une sensibilité et une sensualité remarquables. Des situations triviales, sublimées par la grâce de la caméra.

Deux films, deux réussites majeures. Qui dit mieux ?

 

4e

Voir les commentaires

Marinela de la P7

Vertige d'être le premier (et le seul) à laisser une note sur Allocine à ce film !

Comme expliqué dans mon article sur California Dreamin', ce moyen métrage (45 mn) est offert dans l'édition DVD du film. Encore plus que California Dreamin' ce court format fait regretter la disparition de Cristian Nemescu. Marinela est un bijou : à la fois tableau de moeurs, drame shakespearien, fable sur l'adolescence, reportage sur Bucarest. La mise en scène est inventive, pleine de personnalité.

Le film rappelle, par son format et sa densité, le Décalogue de Kieslowski. Par curiosité, on peut noter les tics ou les thèmes qu'on retrouvera dans California : le saignement de nez, les perturbations du réseau électrique, le faux Elvis.

Nemescu s'annonçait vraiment comme un très grand réalisateur.


3e
 

Voir les commentaires

California dreamin'

Razvan Vasilescu. Temple FilmChristian Nemescu était un des réalisateurs les plus prometteurs du nouveau cinéma roumain, aux côtés de Christian Mungiu (4 mois, 3 semaines, 2 jours), Corneliu Porumbiu (20h08 à l'est de Bucarest) et Cristi Puiu (La mort de Dante Lazarescu). Il s'est malheureusement tué dans un accident de voiture en compagnie de son ingénieur du son, le 24 août 2006. Il était en train de finaliser le montage de California Dreamin'.

C'est donc un film inachevé que l'on peut voir aujourd'hui. Il faut supposer qu'au final le film aurait été un petit peu plus ramassé, les 2h35 actuelles donnant par moment un sentiment de dilution.

Le prétexte du film est assez curieux, bien que tiré d'une histoire vraie : un convoi américain transportant du matériel de communication vers le Kosovo en 1999 est stoppé par un chef de gare mauvais coucheur et borné. Les américains sont bloqués pendant 5 jours dans ce petit village roumain.

Un peu comme dans La visite de la Fanfare on assiste à l'intégration progressive d'un corps étranger dans un milieu qui n'est pas préparé à cette intrusion. Des relations interpersonnelles (amour, haine, curiosité, envie) vont se nouer entre les membres des deux groupes, et ces relations vont révéler les fractures profondes qui courent dans la micro-société du village (jalousie, haine, lutte de pouvoir, volonté de s'échapper).

Parfois presque burlesque, le film est habile, par moment brillant et servi par des acteurs remarquables : le chef de gare (Razvan Vasilescu, sorte de Marielle roumain, voir photo), et un vrai acteur hollywoodien dans le rôle du capitaine américain (Armand Assante).

Le film fut très bien accueilli, à titre posthume, à Cannes 2007. L'édition DVD permet de voir également le moyen métrage réalisé précédemment par Cristian Nemescu : Marinela de la P7, qui avait révélé Nemescu dans de nombreux festivals. L'histoire est celle d'un jeune garçon de 13 ans qui décide de voler un trolleybus pour impressionner une prostituée dont il est tombé amoureux.

 

2e

Voir les commentaires

Fish tank

Le premier plan de Fish tank est déjà un bijou. Katie Jarvies est essouflée, elle vient de danser le hip hop dans un squat. C'est un plan fixe, en plongée, superbe
 
Suit une première partie qui expose le cadre de l'intrigue : paysages urbains de banlieue, insultes et violences, misère affective et sexuelle. Mia a 15 ans, elle n'aime personne et personne ne l'aime, même pas sa mère, ni sa petite soeur.
Elle ne va plus en classe et doit être prochainement placée dans un centre spécialisé. Elles est le poisson rouge qui tourne dans son bocal. Seule la danse semble donner un sens à sa vie.

Puis sa mère ramène à la maison un amant charismatique, Connor (Michael Fassbender, encore excellent), qui va bouleverser le train train quotidien de la mère et des deux filles.

Le scénario de Fish tank commence comme du Mike Leigh pour évoluer vers une intrigue à la fois fine et perverse. Les pistes narratives ouvertes en début de film (le gitan et son cheval, l'audition, le placement en centre) se bouclent progressivement avec élégance. Le sujet principal du film, l'éducation sentimentale et sensuelle de Mia, se développe dans une direction tout à fait inattendue et évite les lieux communs (comme le basculement dans le mélo) avec brio.

Katie Jarvis est une boule de volonté et de sensibilité, elle est bouleversante, exceptionnelle. Elle ne danse pas si bien que ça, mais quand elle le fait c'est avec une telle détermination qu'on ne peut s'empêcher d'être touché. Fassbender dégage une aura similaire à celle d'un Viggo Mortensen dans les films de Cronenberg, ou d'un Joaquin Phoenix.

La mise en scène est extraordinaire. D'une sensualité, d'une élégance qui fait de Andrea Arnold le pendant féminin d'un James Gray. Elle réussit à rendre sensible la beauté de la nature (un vol d'oiseau, un ciel d'orage, une libellule) comme celle de la ville (une barre d'immeuble, des camions nacelles, des poteaux électriques) avec la même virtuosité. Le jeu des focales, des profondeurs de champ, les légers ralentis, les angles de prises de vue inattendus restituent les sentiments de Mia à la perfection.

L'art du montage y est aussi totalement maîtrisé, témoin cette scène superbe dans la maison de Connor, au moment où Mia réalise quelle est la vraie vie de Connor : on croirait du Hitchcock.

Un deuxième film seulement, et déjà un chef d'oeuvre : Andrea Arnold prend rendez-vous.

 

4e

Voir les commentaires

Good morning England

Nick Frost. StudioCanalPas d'analyse psychologique ou sociologique poussée dans Good morning England.

Simplement une comédie où chaque personnage est ultra-typé, ou les situations sont poussées à leur extrême sur un mode cartoonesque. Les méchants, ridicules et engoncés dans leurs conventions grisâtres d'un côté. Les gentils, ne vivant que pour le sexe, le fun et le rock de l'autre, risquant quelquefois jusqu'à leur vie sans qu'on croie un seul instant qu'il puisse leur arriver quelque chose de grave.

La libération que représentait le rock à l'époque est illustrée par une série de vignettes qui rythment le film et montrent le lien assez magique qui unit le DJ et ses auditeurs - sujet commun avec ... Good morning Vietnam.

Pour effectuer autant de pirouettes sans tomber dans le ridicule, il fallait une brochette d'acteurs déjantés et crédibles à la fois, dont Philip Seymour Hoffman émerge, sidérant par sa capacité à changer radicalement de peau de film en film.

Pas un mauvais moment, avec une bande-son évidemment excellente.

2e

Voir les commentaires

Le petit Nicolas

Valérie Lemercier et Kad Merad. Wild Bunch DistributionLe petit Nicolas pouvait échouer de bien des façons. En étant trop respectueux de son modèle, en tentant une reconstitution poussiéreuse de l'époque, ou en en essayant d'inventer un style fait de bric et de broc (comme le calamiteux Lucky Luke, à ne pas voir).

Le film échappe à tous ces pièges de brillante façon. Le scénario, qui entremêle les histoires, tient debout.
Le casting est réellement épatant. Kad Merad et Valérie Lemercier sont très bien tous les deux, les enfants aussi. Sandrine Kiberlain trouve (enfin ?) un rôle qui lui va comme un gant. Les seconds rôles sont parfaits.

Mais ce qui fait la réussite du film c'est sûrement la patte d'Alain Chabat dans le scénario et les dialogues : il n'y a vraiment que lui pour retranscrire à l'écran la concision, la verve et le second degré de Goscinny. L'idée de faire figurer l'espace d'un plan Gérard Jugnot en chef de chorale doit être de lui, par exemple.

Le film pourra être jugé un peu trop sage par certains, mais je trouve pour ma part qu'il trouve son équilibre entre émotion, inventions visuelles, comédie et tableau de moeurs. Avec en plus un générique magnifique et un pré-générique particulièrement réussis.

Un excellent divertissement pour ceux qui ont des enfants en âge de lire les histoires de Sempé et Goscinny, qui change agréablement des dessins animés habituels. 

 

3e

Voir les commentaires

La vida loca

Christian Poveda, le réalisateur de La vida loca, a été tué de plusieurs balles dans la tête début septembre au Salvador. Il avait 54 ans, était fin connaisseur de l'Amérique Latine.

Cela faisait des années qu'il travaillait à son documentaire sur les gangs du Salvador (les "maras"), dont les membres sont outrageusement tatoués.

C'est donc en quelque sorte en sa mémoire que j'ai été voir le film, et évidemment, il m'est difficile d'en parler sans prendre en compte sa tragique disparition.

Des cadavres, il y en a dans le film. Des vrais, hommes, femmes, ados. Filmés dans la rue comme on les trouvent après la fusillade, en train d'être empaquetés dans de vulgaires sacs poubelles, à la morgue, dans des cercueils. Le film est d'abord un coup de poing qu'il faut accepter. Un projectile extrait de l'oeil crevé d'une femme, les larmes d'une autre femme qui apprend en direct la mort de son mec, la douleur d'une mère lors d'un enterrement, des blessures montrées en gros plan. Toute cette mort, cette chair, cette souffrance est filmée de front, sans perspective, sans commentaire. C'est assez déstabilisant.

Puis petit à petit des histoires se dessinent : une jeune Ciné Classicfemme accouche et explore le mystère de sa propre naissance, un jeune homme est interné et se convertit au christianisme sous la pression d'évangélisateurs américains, une organisation humanitaire tente de réinsérer les membres du gang.
Des thématiques émergent aussi. Le gang comme début et comme fin de tout, comme religion, comme ultime lieu de solidarité et de réalisation de soi.
La brièveté de la vie y est aussi palpable, avec son aspect dérisoire, fatal, absurde (à aucun moment nous ne voyons les ennemis des bandes rivales). Le destin de l'un des personnages principaux va nous le faire sentir brutalement.

Finalement le film révèle de l'intérieur une société autonome, dont les valeurs et la morale sont auto-porteuses, et sur laquelle la société "extérieure" n'a que peu de prise. Par un tour de force qui montre l'intensité du film, les juges et policiers finissent par paraître anormaux, étranges. Nous sommes finalement devenus au fil des images des membres de la 18 : la dernière scène montre une intronisation pour le moins brutale.

Qui est peut-être la nôtre.

 

3e

Voir les commentaires

Mary and Max

Mary and Max est un objet cinématographique assez inhabituel. Sorte de Wallace et Gromit sous Lexomyl.

Voici l'intrigue : une jeune Australienne, dont le père est taxidermiste de chats estropiés (pour ses loisirs, mieux vaut taire son travail) et la mère alcoolique et kleptomane (entre autres), est laide, solitaire, mal aimée. Elle écrit à un certain Max Horowitz, juif athée de New York, un peu par hasard.

Va s'en suivre une vie de correspondance, avec son lot de drames, de bonheur, de rebondissements. Max est obèse et atteint du syndrome d'Asperger. Il sera donc question de psy, d'électrochocs, de thérapies, de numéros de lotos gagnants et de poissons rouges.
Les passages en Australie sont marrons, ceux à New York gris. Tous cela est éminemment macabre (il y a beaucoup de morts), passablement anxyogène, et malgré tout curieusement léger.

On imagine le réalisateur, Adam Elliot, dont c'est le premier long métrage, ayant mûrement et longuement réfléchi son projet. Au final les trouvailles sont multiples, quelquefois très bien vues, mais leur énumération peut donner l'impression de tourner au catalogue.

Il manque un je ne sais quoi pour que le film emporte définitivement l'adhésion : un surcroît de noirceur, une spontanéité plus libérée.

 

2e

Voir les commentaires

Harvey Milk

James Franco et Sean Penn. SND L'ayant raté à sa sortie en salle, je récupère le coup en DVD.

Autant le dire tout le suite le film tient debout grâce à l'interprétation absolument exceptionnelle de Sean Penn.

 

Dégageant une énergie phénoménale, une conscience de soi et de son avenir d'une profondeur vertigineuse, Penn réussit à nous faire aimer et admirer son personnage. Il parcourt les différents registres (politicien avisé, fofolle amoureuse, leader charismatique et courageux) avec une facilité incroyable. Les autres acteurs sont au diapason, tous touchant et convainquant, avec une mention spéciale pour les deux mecs de Harvey.

L'aspect documentaire du film est très intéressant aussi, il permet de voir fonctionner ce qu'est finalement le coeur de la démocratie américaine. La mise en scène de Van Sant est très neutre, sans aucun des effets appuyés de ses films précédents, sauf quelques ralentis. L'utilisation de vraies fausses images d'archives est assez bien vues. A certains moments un très beau plan nous rappelle que le réalisateur n'est pas n'importe qui, je pense par exemple aux reflets dans le sifflet tombé à terre. Plus qu'au niveau de la mise en scène c'est dans la thématique du destin en marche et de la mort annoncée qu'on retrouve le style Van Sant.

Enfin, l'histoire d'amour qui court tout le long du film (cf photo ci-dessus) est assez belle et touchante, il n'est pas si courant de voir des relations amoureuses gay - pas seulement sexuelles - aussi bien montrées.
Un film intéressant, même s'il manque peut-être un peu de rythme.  

 

3e

Voir les commentaires

Humpday

Alycia Delmore. Pyramide DistributionUn homme marié reçoit en pleine nuit la visite d'un vieux copain perdu de vue, aussi routard et bohême que lui est "rangé".

Au cours d'une soirée arrosée chez des bobos/artistes notre jeune mari fume et boit un peu trop. Il fait le pari (stupide) de tourner un porno avec son vieux copain dans le cadre de la Hump Fest, un festival à la con où chacun peut mater des films amateurs pornos avant qu'ils soient détruits le soir même.

Le lendemain, une fois desaoûlés (c'est dur à écrire ça) que vont faire nos deux compères (par ailleurs totalement hétéros) ?

Laisser tomber ? Ou persister dans leur projet ? Et si oui, pourquoi ?


1-pour le plaisir de jouer et de se mettre en danger
2-pour solder toute pulsion homo potentielle
3-par vanité macho de ne pas céder
4-pour se trouver vraiment, en tant que personne
5-pour enfin mener un projet au bout
6-pour enterrer d'une certaine façon sa "vie de garçon"

Ah Ah, vous voudriez bien savoir comment cela se finit, et le cas échéant, qui se tape qui ? Eh bien, je ne vous le dirai pas, ça gâcherait le plaisir. Un plaisir simple, porté par des acteurs inconnus ou presque, très convaincants, la femme du mari en particulier (voir photo). On s'affranchira des montages approximatifs, des cadres mal cadrés, pour apprécier la véracité cassavetienne des dialogues et des situations. Une vraie tendresse et un charme discret émane de ce film, pas un chef-d'oeuvre OK, mais une sorte d'ovni dans le paysage du film indépendant américain. Qui ne laisse que de bons souvenirs, et une impression douce amère, pas désagréable du tout.

 

2e

Voir les commentaires

Indigènes

Il y a deux façons de considérer un film comme Indigènes.

La première est cynique. Elle consiste à brocarder les bons sentiments, à ricaner des effets marqués du scénario, à gloser sur le jeu trop sage des acteurs, à caricaturer les quelques maladresses de mise en scène.

La seconde est empathique. Elle entrera en résonance avec le jeu habité de Debbouze et des autres acteurs (pas loin d'être collectivement parfaits), et vantera les mérites du final alsacien, très beau dans sa lenteur "Désert des Tartares", dans son progressif et inéluctable refroidissement.

C'est un peu court comme analyse, allez vous me dire. Oui, mais c'est comme ça. Et moi j'ai plutôt penché vers la deuxième solution, d'autant plus que le film gagne en sobriété en avançant, jusqu'à un final étrangement elliptique et rudement émouvant.

Rachid Bouchareb aurait en projet de tourner une suite à Indigènes : parviendra-t'il à garder cette sorte d'état de grâce ?

A suivre. 

 

2e

Voir les commentaires

Là-haut

Walt Disney Studios Motion Pictures FrancePixar : le meilleur c'est ce qui est avant.

En l'occurrence un court métrage à propos des cigognes qui apportent les bébés. Une des cigognes est attachée aux basses oeuvres : à elle les petits dont personne ne veut ! D'ailleurs c'est un nuage noir qui fabrique ces petits monstres qui la détruisent peu à peu : bébés requins, bouquetins, hérissons. Dans ce prologue, tout l'art de Pixar est présent. La vivacité, l'humour, l'émotion, le sens de la nouveauté, le rythme.

Le début du film lui-même est dans la même veine. Il passe en revue toute une vie, ses joies, ses tristesses, ses deuils, en quelques minutes absolument magnifiques. Cette ouverture justifie tous les commentaires dythirambiques que vous avez pu lire. Les scènes excellentes se succèdent : le vieux qui descend l'escalier sur son appareil, la maison entourée par les chantiers, les ballons élevant la maison dans les rues de la ville. Chaplin, Miyazaki, et quelques autres peuvent être convoqués au chevet de ce bizarre objet filmique.

Las ! Dans sa deuxième partie le film prend une tournure autrement plus classique. Le vieux grincheux trouve des ressources physiques de jeune adolescent et l'intrigue tourne ... au Disney (même s'il se sert de son dentier comme d'une arme fatale).

Le divertissement reste tout de même très haut de gamme et bourré de trouvailles jouissives, dont un collier pour chien très bien vu. 

 

3e

Voir les commentaires

<< < 10 20 30 40 50 60 70 71 72 73 74 > >>