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Christoblog

Articles avec #j'aime

Head on

Cela commence comme une sorte de mariage blanc. Sibel veut s'échapper de sa  famille en se mariant à n'importe quel allemand d'origine turque. Cahit, veuf en deuil et auto-destructeur, s'en fout un peu. Tous deux viennent d'échapper à une tentative de suicide.

Le film continue comme une comédie romantique à la sauce germano-turque arrosée de cocaïne. Les préparatifs du mariage et la cérémonie elle-même sont montrés avec tous les artifices de la comédie ethnico décalée. Sibel profite ensuite de sa toute nouvelle liberté d'épouse pour baiser à tout va. Cahit fait de même avec sa vieille amie Maren. Mais comme dans toute bonne comédie romantique, ce qui est en train de se jouer dans ce couple bizarre et déjanté, c'est la germination d'un sentiment fragile... jusqu'au drame.

Le film glisse alors vers la tragédie antique en même temps qu'il file vers l'Est, direction Istanbul, en  même temps que les cheveux de Sibel raccourcissent. Cette deuxième partie est une merveille d'écriture et de mise en scène, dont je ne dévoilerai rien, afin de ne pas ternir votre joie de spectateur.

On retrouve dans Head on toutes les qualités des deux films suivants de Fatih Akin (De l'autre côté, Soul kitchen) : un sens aigu du rythme, une bande son parfaite, un montage au cordeau, une direction d'acteurs exceptionnelle (Sibel Kekili est légère comme une plume - et elle porte si bien son prénom, Birol Unel sombre comme un puits sans fond), un génie de la mise en scène qu'on dirait inné, et un de ces merveilleux scénario en mille-feuilles qui capte l'attention de la première à la dernière seconde.

Le film est ponctué par de courts intermèdes musicaux proposés par un groupe de musique traditionnelle turque interprétant une chanson d'amour, filmé en plan large sur fond de Bosphore. Ce groupe apparaît en fin de film comme un choeur antique accompagnant la progression dramatique de l'histoire. Il nous salue en un dernier plan magnifique, en même temps qu'il annonce la naissance d'un grand réalisateur.

 

4e

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Tout ce qui brille

Audrey Lamy, Géraldine Nakache et Leïla Bekhti. Pathé DistributionUne petite comédie française bien sympathique pour un samedi soir, voilà comment on peut qualifier le film de Géraldine Nakache et .... Hervé Mimran (c'est qui ?).

Le film est sans prétention. Et c'est bien, car il n'a pas les moyens d'en avoir. Il raconte simplement comment deux copines de la banlieue se laissent attirer par les lumières de la ville, et comment l'une d'elles s'y brûle les ailes. Le ton est celui de la comédie romantique et non celui de la satyre sociale. Pas de grands effets mais une petite musique basée sur des prestations d'actrices assez réussies, et des seconds rôles parfaits. Quand les larmes pourraient monter, le film rebondit, léger, vaporeux, un peu inconsistant.

On rit, surtout en réaction aux prestations énergiques de Carole, la copine blonde, jouée par Audrey Lamy. On sourit souvent, en particulier quand les deux mondes (celui de la banlieue et celui de l'upper class parisienne) se percutent. Au passage on assiste à une incroyable hard discount party dans un Shopi, assez irrésistible.

La bande son enfin est remarquable, jouant sur les contrastes, et mêlant un étonnant revival Véronique Sanson (incongru mais qui fonctionne très bien) au rap mélodique de The Streets.

Les aspects les plus profonds du scénario (le rapport au père, l'amitié, les différences de classes qui ne s'effacent jamais, la honte de son propre milieu, le rêve d'y arriver) ne sont qu'effleurés : c'est à la fois le charme du film, et sa limite.
   
2e

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Cellule 211

Alberto Amman. La Fabrique de FilmsCellule 211 vient de remporter le prix du jury du 20ème festival du cinéma espagnol de Nantes. Il a raflé d'autre part 8 récompenses aux derniers Goyas - l'équivalent espagnol de nos Césars, enfonçant l'Agora d'Amenabar au passage. C'est un des plus gros succès de tous les temps au box office espagnol.

Le pitch est le suivant : un jeune gardien de prison visite son nouveau lieu de travail la veille de sa prise de fonction. Une émeute éclate et il se trouve en situation de devoir faire semblant d'être un détenu....

Le film commence comme un film de prison tendance Prison break, un peu maladroit et caricatural. Il vire ensuite au thriller, puis au thriller politique lorsqu'entrent en scène des prisonniers de l'ETA. Par un enchainement très bien maîtrisé de l'intrigue il devient cornélien, puis cauchemardesque. Dans les dernières minutes, le cauchemar tourne à l'enfer.

Le film est tourné à l'américaine, avec une suprême efficacité et une violence parfois assez insoutenable. Les acteurs en prison sont très bons, ceux de l'extérieur très moyens. Le film ressemble à une sorte de bulldozer qui avance inexorablement et écrase tout sur son passage. Mieux vaut avoir les nerfs solides pour le suivre jusqu'au bout. Si vous aimez les sensations fortes et n'êtes pas trop regardant sur la subtilité....

 

2e

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Morse

Morse est sans aucun doute le chef d'oeuvre méconnu de 2009. Quelques rares cinéphiles avertis avaient repéré le film, mais j'avais pour ma part raté le passage en salle.

La sortie en DVD du film permet aujourd'hui une séance de rattrapage, avec choc esthétique et émotionnel garantis.

Choc esthétique parce que le film est d'une grande beauté formelle. La banlieue de Stockholm est filmée par Tomas Alfredson comme la Pologne par Kieslowski dans son Décalogue. La mise en scène est précise, calculée, sereine, jouant superbement des focales et des reflets. La photographie est magnifique, certaines couleurs semblant filmées comme jamais elles ne l'ont été (le filet vert dans le gymnase). Techniquement tout est parfaitement maîtrisé, tout fait sens, c'est absolument frappant en regardant le film une deuxième fois. Jusqu'à la bande-son qui alterne avec brio les plages silencieuses et des nappes de musique envoûtante.

Choc émotionnel ensuite. Le film hante durablement l'esprit du spectateur. Le début installe une sorte d'étrangeté distante, qui semble bien innocente au commencement, puis qui s'opacifie, se densifie progressivement. Les sentiments d'Eli et d'Oscar deviennent obsédants, ils sont à la fois humains, animaux et divins. Sans scènes gore (ou presque) le film réussit à faire un planer un malaise constant et délicieux dans sa deuxième partie, qui nous fait redouter (et espérer) le plan suivant avec de plus en plus d'intensité. Le jeu de l'ensemble des acteurs est pour beaucoup dans cette réussite.

Morse est un grand poème à la fois sombre et lumineux.

 

4e 

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Soul kitchen

Si vous voulez passer un bon moment, allez voir Soul kitchen.

Le réalisateur, Fatih Akin,  possède des facilités hors norme pour décider quoi filmer et comment le faire, comme l'avait déjà prouvé le très bon De l'autre côté.

Son virage vers la comédie (presque) pure est pour le moins étonnant, mais assez réussi. Cela est dû sans conteste à la performance des acteurs. Adam Bousdoukos est merveilleux en grand machin gaffeur, son frère Moritz Bleibtreu est parfait en cambrioleur à la petite semaine, et Birol Unel, déjà vu dans Head On (le film qui fit connaître Akin), joue avec délectation un cuisinier mégalo et violent. Les actrices sont parfaites également.

En s'appuyant sur un scénario millimétrique et une bande-son irrésistible, Akin se livre à une revue des différents types de comique : burlesque et visuel, de situation, de répétition, de dialogues. Après un démarrage en trombe, le film semble se diriger vers une sorte de success story à l'eau de rose, avant de bifurquer brutalement (et c'est sa force) vers une accumulation de catastrophes plus hilarantes les unes que les autres.

Bien sûr, tout n'est pas fin et plusieurs gags ont déjà été vus mille fois, mais globalement cela fonctionne. Et en plus de la comédie, Akin nous donne un joli portrait de Hambourg, entre friche industrielle et vieux immeubles.

 

3e

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Le guerrier silencieux, valhalla rising

Mads Mikkelsen. Le PacteNicolas Winding Refn est le réalisateur de films cultes réputés pour leur violence et leur caractère minimaliste (la trilogie Pusher, Bronson). Avec Le guerrier silencieux, il propose une expérience cinématographique radicale.

Le héros principal, One eye, outre le fait d'être borgne comme son nom l'indique, est en plus muet et ne prononce pas un mot du film.

Les autres personnages ne sont guère plus loquaces : l'ensemble des dialogues doit tenir sur une feuille A4 recto verso.

Il y a deux façons de recevoir le film :

1 - Vous êtes éblouis par la splendeur des paysages, la qualité de l'ambiance, l'aspect panthéiste du film et la façon dont il donne réellement à sentir la puissance - l'indifférence - de la nature. Il y a du Terrence Malick (version Le nouveau monde) et du Werner Herzog (Aguirre) chez Refn. Si c'est le cas, l'envoûtement peut être puissant et durable.

2 - Vous considérez que le film est une version nordique et violente du calamiteux et méridional Chant des oiseaux. Même ésotérisme à 2 centimes d'euros, même tics de mise en scène. L'éviscération à main nue et l'éclatement de crâne à coups de pierre ne vous semblent pas les moyens les plus adaptés pour décrire la psychologie des personnages.

Pour ma part j'ai oscillé pendant tout le film entre les deux postures, la première finissant par l'emporter (de peu) sur la seconde. Ceci dit, pour être tout à fait franc, il y a quelque chose d'incroyable dans le fait de ne pas s'ennuyer en regardant ce film. Et c'est pourtant le cas.

J'ai oublié de vous parler du scénario, mais après tout, cela n'a peut-être pas beaucoup d'importance. Sachez qu'il est question d'un guerrier viking en colère, d'un enfant blond, de premiers chrétiens, d'une traversée (oppressante) en bateau, de l'Amérique comme terre promise, d'un enfer, puis d'un sacrifice.

Pour les aventuriers des salles obscures uniquement.

 

2e

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Precious

Ce que j'aime dans Precious, c'est le mauvais goût. Un peu comme dans The wrestler l'année dernière. Je me réjouis des moues dégoutées des bien-pensants et des esthètes.

Precious ne fait pas dans la demi-mesure, mais plutôt dans la démesure. Dès les premiers plans le ton est donné : scènes oniriques délirantes, dimensions corporelles hors normes de l'héroïne, viol incestueux, mère abusive, pieds de cochons en train de cuire : ouah, cela fait longtemps qu'un film ne m'avait pas happé dans son grand huit aussi brutalement.

La suite va nous entraîner dans cette histoire horrible de jeune fille que la vie accable en mêlant des scènes de drames, de comédie, de spectacles, de violence extrême. La mise en scène, hum, allez, fait un peu bric à brac, mais ça fonctionne (pour moi en tout cas), parce que son explosivité colle au sujet.

Une scène magnifique pour conclure : la confession de la mère de Precious à l'assistante sociale (une Mariah Carey méconnaissable), un grand moment de cinéma.

La prestation de l'actrice principale, Gabourey Sidibe, est exceptionnelle. Elle est comme un roc, un bloc pur d'énergie positive, hallucinante. Le contraste qu'elle forme avec la sculpturale Paula Patton est saisissant.

En ces temps de productions un peu trop aseptisées à mon goût, je conseille Precious à ceux qui aiment les plats relevés et le gros(!)-qui- tâche.

 

3e

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Eastern plays

Epicentre FilmsEastern plays ne serait qu'un film bulgare "de festival", montrant l'errance morale d'une jeunesse déboussolée, s'il n'y figurait la figure infiniment émouvante de l'acteur Christo Christov.

Ce dernier joue un grand frère toxico, qui intervient dans une agression contre une famille turc menée par une bande de néo-nazis dont fait partie son jeune frère. Il tombe amoureux de la jeune fille turque.

Il joue en partie son propre rôle, puisque dans la vraie vie il était lui même artiste (ce sont ses oeuvres que l'on voit fugitivement au début du film), et drogué.

Il est mort juste avant la fin du tournage.

La charge émotionnelle du film est donc immense et c'est une sorte de miracle de le voir jouer sobrement un personnage désorienté, lunaire, presque angélique. A mille lieues du cliché du junkie, maigre et les yeux exorbités. Une prestation incroyable, portée par une réalisation impeccable, même si elle se situe un peu trop à mon goût dans la veine "poésie urbaine et image un peu floue" chère aux cinéastes d'Europe de l'Est.

La manière dont la musique live est filmée montre parfaitement la sensibilité de Kamen Kalev, le réalisateur, passé par la FEMIS, et qui donnera probablement d'autres bons films. Il lui faudrait pour cela des scénarios plus consistants que celui d'Eastern Plays, vraiment un peu sommaire.

A voir si le film passe chez vous, ce qui est peu probable (21 salles seulement en France)


2e

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Excalibur

Collection AlloCiné / www.collectionchristophel.frCet article est le premier d'une série concernant la légende du Roi Arthur et des Chevaliers de la Table Ronde, qui comprendra des billets traitant de Sacré Graal des Monty Python, ainsi que de notre série nationale Kaamelott.

Le film, culte en 1981, a plutôt bien vieilli.

Evidemment, après l'avènement des effets numériques et les combats dantesques du Seigneur des Anneaux par exemple, les échauffourées d'Excalibur semblent timides, et même parfois assez factices. De même les effets un peu gore, oeil arraché, bras coupé, (impressionnants à l'époque) font plutôt sourire aujourd'hui.

Mais la puissance du film est ailleurs : elle est dans ce mélange shakespearien d'humour (Merlin), de poésie (Lancelot), et de destin individuels contés sur la durée (Arthur, Perceval).

En y pensant, quel film du XXIème siècle prend le pari d'un scénario aussi universel, d'une telle ampleur, brassant autant de sentiments élevés (l'amour, la trahison, l'amitié, la fidélité) et de concepts difficiles (Dieu, les raisons de vivre, le mal) ? Je n'en vois pas.

Le film tient également la route grâce à une interprétation magistrale, très britannique, Nicol Williamson (Merlin) et Nigel Terry (Arthur) en tête, tous deux habitués du théâtre classique. La musique (Wagner, et l'air célèbre des Carmina Burana) joue bien son rôle de madeleine de Proust pour ceux qui ont vu le film dans les années 80.

Le film est devenu kitsch par bien des aspects, comme les reflets vert vif répandu par Excalibur, mais reste étonamment pertinent par d'autres : cette dureté froide qui émanent de certaines scènes comme l'assassinat de Urien par Merdred par exemple.

En tout cas, on ne s'ennuie pas une seconde en revoyant ce film, qui donne envie de se replonger dans la filmographie de John Boorman.

 

3e

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The ghost writer

Ewan McGregor. Pathé DistributionDifficile de comprendre l'emballement médiatique autour de ce film, si ce n'est de l'analyser à la lumière de la situation personnelle de Roman Polanski.

 

L'intrigue de The ghost writer est en effet bien maigre, voir maigrichonne. Franchement, on se fout un peu de ce qui se passe et le twist final nous laisse indifférents d'autant qu'il est curieusement anti-spectaculaire (c'est un twist qui révèle une vérité moins scandaleuse que la version qui existe dans notre esprit au moment où il se produit).

 

Les arabesques du scénario, si elles ne sont pas palpitantes, sont en plus un peu tirées par les cheveux, à l'image de l'assemblage improbable aboutissant à la révélation finale.

 

Reste le reste, qui tient la route. Une mise en scène stylée (qui abuse peut-être des gros plans sur le visage d'Ewan McGregor, il est vrai assez séduisant avec sa houpette et sa naïveté tintinesque). Des décors et paysages expressifs et bien exploités. Des acteurs assez bons dans l'ensemble. Quelques scènes très réussies, par exemple celle(s) avec le ferry. L'arrivée dans l'île, et l'atmosphère étrange qui y règne, rendent la première partie du film assez plaisante.

 

Un film académique, dont j'ai du mal à dire beaucoup de mal. Ou de bien. Un peu comme les derniers Eastwood.

 

Voir les résultats du match The Ghost Writer / Shutter Island.

 

2e 



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Une éducation

BBC FilmsLes histoires de couples (hétéro ou pas) du siècle dernier sont à la mode.

L'année dernière Sam Mendes nous donnait de tristes Noces rebelles datées fifties, et en 2002 Todd Haynes offrait un aperçu gay (contrarié) de la même époque, dans Loin du paradis. Cette année, ce sont les sixties qui mènent la danse à travers toute une gamme de Men : la série Mad Men, dont je parlerai bientôt sur ce blog, A serious man des Coen (1967) et A single man de Tom Ford (1962).

Une éducation débute en 1961, de l'autre côté de l'Atlantique, en Angleterre. Une jeune fille de 16 ans, belle, intelligente, cultivée, tombe amoureuse d'un homme de plus de 30 ans, brillant, riche, qui lui fait découvrir la vie dont elle rêve (le jazz, Paris, etc).

Va t'elle abandonner ses études et une perspective de promotion sociale pour se marier avec lui : that is the question !

Le film vaut dans sa première partie par le jeu particulièrement réussi de lui (un Peter Sarsgaard aux airs de Jack Bauer assagi) et de elle (superbe et rayonnante Carey Mulligan). Le scénario du grand Nick Hornby tient la route et nous maintient dans un état de malaise latent particulièrement réussi. Malheureusement la fin est un peu moins bonne, et la toute fin, que je ne révélerai pas, me laisse un goût d'inachevé et de "je ne sais pas comment finir".

Mais bon, il y a de la qualité anglaise là-dedans, BBC films oblige, et donc c'est pas mal du tout.

 

3e

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La reine des pommes

Difficile de ne pas se laisser attendrir par le premier film de l'actrice Valérie Donzelli. Même s'il est en grande partie raté, il fait souffler un vent frais sur la comédie française.

Le grand-père paternel de La reine des pommes pourrait être Tati, pour l'aspect dégingandé et parfois lunaire de l'actrice. Le grand-père maternel serait Trénet qui illustre le générique de début, et dont la fantaisie débridée peut servir de référence tutélaire à l'oeuvre dans son ensemble.

Dans ce schéma familial, le papa serait sans conteste Eric Rohmer, pour les dialogues à la fois précis et artificiels, et le phrasé parfois pompeux. Des oncles et tantes recommandables pourraient être recherchés du côté de Truffaut (la voix off !), ou Agnès Varda.

Pour le grand frère, Christophe Honoré s'impose : cette façon de pousser la chansonnette au beau mileu du film est un hommage direct aux Chansons d'amour, ainsi que cette façon de vouloir à tout prix ressembler à Chiaria Mastroianni en plaquant ses cheveux sur le front. Un petit frère naturel est bien entendu Emmanuel Mouret (Fais moi plaisir, Un baiser s'il vous plait) pour l'alliage mystérieux du salace, du précieux et du burlesque. Enfin la soeur est Agnès Obadia (Romaine par moins 30), soeur en gaffes, en miss catastrophe et en gourde larguée par les mecs.

Petits moyens, caméra DV à l'arrache, scènes qui tombent à plat, approximations, tout est bancal mais rien est inintéressant, témoin ce pari impossible de faire tenir au même acteur les 4 rôles masculins principaux (et ça marche).

Etonnant, et vivement le deuxième. 

 

2e

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Le mariage de Tuya

Pretty PicturesLe mariage de Tuya est le film (son troisième) qui fit connaitre le réalisateur chinois Wang Quan An à l'étranger. Il décrocha l'Ours d'or à Berlin en 2007.

L'histoire est simple et cruelle : une femme a deux enfants et un mari qui est devenu handicapé, suite à des travaux de forage de puits. Dans les conditions de survie difficiles de la Mongolie Intérieure, elle doit de remarier (se vendre, en réalité) avec un homme valide capable de l'aider dans ses tâches quotidienne. C'est la dure loi de la steppe, probablement pas très éloignée de ce qu'on connut nos aïeuls dans les campagnes françaises, il y a quelque(s) siècle(s).

Là où les choses se compliquent, c'est que notre héroïne, en accord avec son mari, souhaite tout simplement que ce dernier reste à la maison, après avoir divorcé de lui.

A partir de cette trame triste et belle, Wang Quan An déroule une petite musique douce amère, toute en finesse. Quelquefois un peu lente, mais sans excès. Les prétendants se succèdent, avec plus ou ou moins de bonheur. Des drames se nouent. Des situations burlesques nous font sourire. Au détour d'une scène, les sentiments affleurent : la survie est une chose, et l'amour en est une autre.

Yu Nan est une actrice très convaincante qui est en train de devenir l'égérie du réalisateur, puisqu'elle est à l'affiche de La Tisseuse, actuellement sur les écrans. Elle réussit à être à la fois opaque et attachante.

A voir pour le dépaysement, un décors naturel de toute beauté, et un beau portrait de femme.

 

2e

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Fantastic Mr. Fox

Twentieth Century Fox FranceWes Anderson revient en force après un début de carrière tonitruant pour signer un film d'animation old school, où tous les personnages sont des figurines réelles évoluant dans des décors miniatures.

L'histoire, tirée d'un ouvrage du génial Roald Dahl, nous conte l'histoire d'un renard qui veut s'élever socialement (et s'élever tout court car il s'agit pour cela de transférer sa tanière en surface, comme les humains), mais qui ne sait résister à ses tentations de voleur de poules invétéré (atavisme, quand tu nous tiens !). Ce qui va provoquer une guerre ouverte contre trois affreux fermier.

Sur ce schéma se greffe des intrigues parallèles développant des thématiques chères à Wes Anderson et qu'on retrouve dans ses autres films. La famille tout d'abord (comme dans La famille Tannenbaum), et en particulier la relation père fils (comme dans La vie aquatique), les relations jalousie / amour entre frères ou cousins (comme dans A bord du Darjeeling).

Plus profondément c'est la nature profonde de chaque individu que questionne inlassablement le cinéma d'Anderson : pouvons-nous et devons-nous  résister à nos pulsions ? comment chacun va t'il trouver sa place dans la société ? comment montrer notre amour ? qu'est ce que le courage ? comment vivre sa vie sans regrets ni remords ? et même, comment vaincre ses phobies ?

Rarement animaux auront paru si ... humains.

Au-delà du fond, passionnant, on retrouve dans ce film le savoir faire extrêmement efficace d'Anderson pour l'auto-dérision, la réplique cinglante ("s'il se passe ce que je crois qu'il est en train de se passer, cela va mal se passer" dit tendrement et fermement la renarde à son délinquant de mari, Meryl Streep à Georges Clooney en VO, Isabelle Huppert à Mathieu Almaric en VF), et la poésie subtilement décalée (la merveilleuse rencontre avec le loup). Ce jeu visuel avec des cases vus de "profil" dans lesquelles évoluent les personnages, déjà vu dans les autres films d'Anderson, s'applique particulièrement bien aux aventures souterraines de nos héros.

Tous les personnages sont peaufinés et possèdent une personnalité propre, les décors sont superbes et même parfois sublimes dans leur poésie, je pense à l'arbre en particulier ou à la conversation entre Mr Fox et sa femme sur fond de chute d'eau, et la réalisation est parfaite, toute en invention et en rythme.

On éprouve un plaisir fou à la vision de Fantastic Mr. Fox, et je vous assure que vous n'avez pas besoin d'être un enfant pour cela.

 

4e

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Anvil !

Zootrope FilmsExcellent.

Que vous soyez fan de heavy metal ou pas (ce qui est mon cas), je vous recommande chaudement ce documentaire. Anvil est un groupe qui eut un bref moment de gloire dans les années 80, puis connut une longue, longue période de galère et d'oubli.

Le film nous emmène à la découverte des deux piliers du groupe : Lips, sorte de grand enfant dont les capacités d'émerveillement et d'espoir paraissent inépuisables, et Robb, plus secret, plus taciturne. Les deux sont soudés depuis leur plus tendre enfance (si on peut dire, pour une enfance dont Black Sabbath était la bande son).

Nos deux tendres durs sont filmés dans leur vie quotidienne, leur famille et on suit aussi évidemment la vie du groupe. Les aventures d'Anvil sont aussi drôles que pitoyables : une tournée catastrophique en Europe (concert exceptionnellement raté au fin fond de la Roumanie : Transylvania Monsters !), un enregistrement homérique à Douvre, une tournée des maisons de disque désespérante...

On est fascinés, tant par l'énergie du tandem, que par leur superbe lucidité. Certains moments sont ubuesques, je pense au concert à Prague, au mariage, ou à la désopilante expérience de Lips dans un centre d'appel vendant des lunettes de soleil.

C'est frais, c'est enthousiasmant, c'est court. C'est à voir si ça passe près de chez vous.

 

3e

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I love you Phillip Morris

EuropaCorp DistributionI love you Phillip Morris (rien à voir avec les cigarettes) raconte une histoire vraie.

 

Celle de Steven Russel, arnaqueur gay de haute volée, qui tombe follement amoureux de son co-détenu.


Le film hésite perpétuellement entre deux styles : le film d'arnaques / usurpations d'identité (à la Catch me if you can) et la comédie romantique gay.

Après un démarrage bien rythmé, cette hésitation nuit au déroulement de l'histoire qui s'embourbe en milieu de film, avant de rebondir à la fin par une sublime ultime arnaque qui permet de finir sur une bonne impression.

 

Un des points forts du film est la prestation étonnante des deux acteurs. Carrey est égal à lui-même, un peu moins démonstratif que d'habitude, tout à fait crédible dans son rôle. Ewan McGregor est surprenant, jouant brillamment un gay fragile et bonne poire.

Le film ne fait qu'effleurer les troubles de la personnalité de Steven Russel (qui est-il vraiment ?) et c'est un peu dommage, car sous le vernis de la comédie facile, on perçoit fugitivement un océan de ténèbres. 


3e

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Hellboy (I et II)

Doug Jones. Gaumont Columbia Tristar FilmsGuillermo Del Toro est un cinéaste visionnaire.


Les deux Hellboy le démontrent, ainsi que le magnifique Labyrinthe de Pan.

En effet, ce ne sont pas les scénarios qui font l'intérêt de ces deux opus réalisés à 5 ans d'intervalle, même si la patte de l'auteur américain de comics Mike Mignola rend l'intrigue ... mythologiquement consistante.

L'intérêt des deux films est ailleurs.

D'abord les inventions visuelles, notamment en ce qui concerne les décors et surtout les monstres, sont magnifiques, à la fois originales et poétiques, inquiétantes et séduisantes. Dans ce domaine Hellboy II : The golden army, sorti en 2008 est éblouissant.


Les mini-monstres qui ouvrent ce deuxième épisode, le marché des trolls sous le pont de Brooklyn, l'immense monstre vert en forme de fleur, la "Pythie aux cent yeux" dans sa grotte sont autant de morceaux de bravoure étourdissants.

 

Ensuite, le deuxième degré ironique et léger qui court dans les deux films est délicieux. La figure de Hellboy, grand enfant et terreur à la Bud Spencer, amoureux jaloux et fugueur invétéré, est particulièrement réussi. Son désir de reconnaissance est très touchant. Les autres comparses sont formidables, en particulier l'inénarrable homme-poisson Abe.

 

Au final, en regardant les deux films en deux soirées, on retrouve un plaisir pop corn et grand spectacle intelligent qui devient rare.

 

Noir, beau, drôle, poétique.

 

3e



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Le décalogue (6 à 10)

6 : Tu ne seras point luxurieux

Evidemment on pense à Fenêtre sur cour. Et la référence à Hitchcock n'est pas si bête, car comme le grand Alfred, Kieslowski est expert en dissection de sentiments. Ici un jeune garçon observe la vie sexuelle débridée d'une jeune adulte et tombe amoureux d'elle. Il se rencontrent. Que va t'il se passer ? D6 explore la frontière entre l'amour et le sexe, le désir de vivre et la pulsion de mort. La virtuosité de Kieslowski rend une fois de plus les personnages de cette histoire inoubliables. L'opus est sorti au cinéma sous le titre (trompeur) de Brève Histoire d'Amour.

7 : Tu ne voleras pas

C'est l'opus qui m'a le moins convaincu. Une mère qui a eu un enfant très jeune a grandi auprès de sa propre fille, à qui on a menti durant toute son enfance en lui disant que sa mère était sa grand-mère. La grand-mère a donc "volé" la fille de sa fille, mais celle dernière va reprendre son bien. L'intrigue est plus simpliste que d'habitude et la virée à la campagne que propose cet épisode est un peu décalée. Mais la grand-mère qui n'éprouve aucun scrupule à déposséder sa fille restera comme un des personnage les plus noirs de tout le cycle.

8 : Tu ne mentiras pas

Très beau. Une conférencière rencontre sa traductrice américaine, qui s'avère être une petite fille juive qu'elle a croisé au moment de la guerre. Elle aurait pu la sauver, mais elle ne l'a pas fait : pourquoi ? D8 rappelle un peu D1 par sa complexité et sa variété : l'épisode où la vieille femme erre dans la cour d'immeuble puis les appartements squattés est kafkaïen, il y a plein de détails bizarres, comme ce tableau qui ne tient jamais droit. Et un moment vertigineux où un élève soumet à sa classe, comme "exercice philosophique", le dilemme constituant la trame de D2.

9 : Tu ne convoiteras pas la femme de ton voisin

D9 commence par un coup de tonnerre, par la grâce d'un montage saccadé : un homme apprend qu'il restera pour toujours impuissant. Il a une femme jeune et séduisante. Il lui conseille de prendre un amant. A-t-on le droit d'être jaloux, quand on est impuissant ? Les premières minutes sont un concentré de mise en scène kieslowskienne : jeux de reflets, de transparence, jeux de focales, de lumières, travellings latéraux... D9 se présente ensuite comme un épisode particulièrement dense psychologiquement, un peu sur le mode de D2. On y vit un des moments les plus troublants de tout le cycle avec un regard caméra particulièrement saisissant, qui démasque à la fois le mari et le spectateur voyeur.

10 : Tu ne convoiteras pas les biens d'autrui

Le Décalogue se termine en beauté avec un épisode très fort, porté par deux acteurs excellents, dont le futur acteur de Trois couleurs : blanc, Jerzy Stuhr. Deux frères héritent de leur père (entraperçu dans D8) une collection de timbres qui vaut une fortune. Dans la collection figure une série de deux timbres autrichiens très célèbres, dans laquelle manque le rose. Il n'existe qu'un exemplaire de ce timbre mythique dans toute la Pologne et son propriétaire l'échange contre .... un rein. Péripéties, changements de ton inhabituels, D10 est un des moments forts du Décalogue.

L'ange

Dans chaque épisode, sauf D10, apparaît un homme blond, souvent dans les moments les plus importants, quand les personnages sont confrontés à des moments décisifs. Il est assez facile à détecter, sauf dans D7 ou il apparaît au loin, sur le quai de gare, au moment où l'héroïne prend le train. Par rapport à ce qui figure dans les bonus, je crois l'avoir vu à un autre endroit : en peintre, dans la prison de D5.
Ouaip, c'est un jeu.
Il y en a un autre : repérer dans chaque épisode les personnages des autres épisodes. Dans les derniers, il est facile de reconnaître les personnages des premiers, dans l'autre sens, c'est plus dur.... à moins de re-regarder le Décalogue à l'envers.

Décalogue 1 à 5

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Mother

Bong Joon-Ho s'impose de film en film comme un des cinéastes les plus prometteurs du cinéma mondial.

Mother en impose par sa maîtrise dans tous les domaines : une scène d'ouverture mémorable, un scénario millimétré, une mise en scène discrète mais puissante et une direction d'acteurs époustouflante.

Le sujet est le suivant : un simple d'esprit est accusé d'avoir assassiné une écolière. Une balle de golf découvert près du cadavre l'accuse. C'est donc une sorte de version en mode mineur du premier film de Bong, Memories of Murder, qui présentait l'enquête menée contre un tueur en série de jeunes filles, dans un coin de campagne coréenne.

Sa mère va le défendre, se battre comme une chienne, en menant une enquête parallèle, et l'intrigue va connaître pas mal de rebondissements. Jusqu'où une mère qui aime peut-elle aller pour sauver son fils ? Le film au-delà de sa parfaite maîtrise formelle, réussit comme d'habitude dans le cinéma coréen à juxtaposer les genres (comédie, film à énigme, film gore, polar, drame) avec brio.

Une certaine ambiguité malsaine est présente tout au long du film, liée aux relations psychologiques compliquées entre la mère et son fils.

Je ne sais pourquoi, mais j'ai souvent pensé à Almodovar, durant le film, peut-être à cause de la manipulation du spectateur, de l'excellence de la bande son, ou des traits psychologiques déviants.

A voir, même si on a un peu de mal à entrer dans le film au début, pour une deuxième partie absolument brillante.

 

3e

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Lebanon

CTV International L'originalité de Lebanon tient avant tout à son point de vue inédit : l'intégralité du film (sauf les 10 dernières secondes) est tournée à l'intérieur d'un tank.

Ce parti pris donne une tonalité évidemment particulière aux évènements qui arrivent à l'extérieur : ceux-ci paraissent lointains, et même s'ils sont affreux, ils semblent en grande partie irréels, vus à travers un viseur qui fait penser à un moniteur vidéo.


Claustrophobes s'abstenir, donc, car l'intérieur d'un tank n'est pas très aéré, surtout pour y faire tenir 4 personnes, voire plus…

Sinon, les péripéties s'enchaînent classiquement dans un film qui traite de la guerre : des innocents meurent, des officiers sont incompétents, des sadiques y trouvent leur compte, le commandement est parfois totalement aveugle, les soldats pensent à leur mère, certains ont peur, d'autres vont mourir, etc.

Parfois un élément traverse la membrane qui sépare le tank du monde extérieur et agite le microcosme interne de nos 4 protagonistes : une roquette, un officier, un prisonnier, un cadavre.
Au final, la guerre est montrée pour ce qu'elle est : confuse, injuste, sanglante.

Lebanon n'est pas révolutionnaire, mais il marque probablement une date dans le cinéma israélien, et se laisse regarder sans ennui.

 

2e

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