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Christoblog

Articles avec #j'aime

Que viva Eisenstein !

Le cinéma de Peter Greenaway a atteint un tel degré de sophistication qu'il devient inadéquat d'en parler comme d'un simple film.

Il faudrait plutôt évoquer une expérience visuelle, sensorielle et intellectuelle.

Un exemple : le film est construit comme un club sandwich. Le premier plan est une portière qui claque, le dernier aussi, le deuxième plan montre des mouches, l'avant-dernier aussi, etc. Pile au centre de ce palindrome propre à rendre le monteur du film complètement fou, figure une scène emblématique, dans laquelle l'amant de Eisentein enfonce dans l'anus de ce dernier un drapeau bolchévique.

Voilà à quoi ressemble ce qu'on ne peut plus appeler vraiment un film.

Si je n'ai plus suivi Greenaway dans ces dernières élucubrations, Que viva Eisenstein ! a réussi à capter mon attention par deux aspects.

D'abord le film offre un éclairage documentaire passionnant sur la personnalité et les voyages du réalisateur russe. Son passage aux Etats-Unis, ses rencontres diverses (avec Chaplin par exemple), forme un arrière-plan saisissant.

Le deuxième intérêt du film réside dans l'histoire d'amour d'Eisenstein avec son amant mexicain, et sa découverte d'une sexualité longtemps refoulée. Greenaway trouve ici une façon de capter la tendresse et la sensualité qui n'est pas si courante chez lui.

Pour apprécier ces points il faut cependant que le spectateur accepte les innombrables tics formels du réalisateur : montage épileptique, travellings circulaires qui donnent le tournis, split screen syncopé.

Un film excité du bocal.

Peter greenaway sur Christoblog : Goltzius et la compagnie du pélican (**)

 

2e 

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La vie très privée de Monsieur Sim

Michel Leclerc était pour moi jusqu'à présent un excellent auteur de comédie, peut-être le meilleur en activité en France aujourd'hui.

Avec ce dernier film, il change un peu de registre.

La vie très privée de Monsieur Sim commence comme une ode enjouée à la médiocrité, particulièrement réussie grâce à l'interprétation exceptionnelle de Jean Pierre Bacri. Idiot, attachant, crédule, et accessoirement très vieilli, Bacri joue une partition qui est assez originale pour lui, plus habitué qu'il est à jouer un autre type de solitaires : le bougon aigri.

Si le début du film est simplement plaisant à regarder, la deuxième partie devient captivante. Le road movie tragico-comique se transforme en quête des origines particulièrement déstabilisante. C'est la beauté d'un scénario élaboré (et tiré d'un roman du grand Johnatan Coe) que de nous entraîner vers l'obscurité, la tristesse et le sentiment de ne pas devoir être au monde.

La farce qu'aurait pu être le film se transmute en rêverie presque lynchienne : c'est l'incroyable réussite du film. 

Michel Leclerc sur Christoblog : Le nom des autres (**) / Télé Gaucho (***)

 

3e

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My skinny sister

Découvert il y a peu au Festival d'Arras, ce premier film suédois est agréable et surtout très prometteur.

Le scénario commence par décrire le quotidien d'une jeune fille un peu boulotte, et s'attarde sur les relations qu'elle entretient avec sa grande soeur, qu'elle admire beaucoup. On ne tarde pas à comprendre que cette dernière souffre d'anorexie.

Que va faire Stella, 12 ans ? Prévenir ses parents et trahir sa soeur ? Ou se taire au risque de la mettre en danger ?

Si la trame du film n'est pas follement originale, et même parfois un peu grossière, la réalisation et le point de vue sont remarquables. On suit en effet toute l'action à travers les yeux de Stella, comme dans le très beau Tomboy, les adultes restant en grande partie hors champ.

Malgré ses quelques maladresses (quelques effets téléphonés et des péripéties peu crédibles), le film brille par le talent de sa réalisatrice. Cadre légèrement flottant, effets de flou, lumière solaire : elle met parfaitement en valeur la prestation exceptionnelle de la jeune actrice, mélange d'enfance résiduelle et de résolution adulte.

My skinny sister montre également très bien le désarroi parental face à l'anorexie. Il sait aussi être surprenant et saisissant, par exemple quand Stella parle du prof de patin ("c'est pas un pédophile !") ou en la montrant comme aucunement complexée par son corps (contre le penchant naturel du spectateur).

Un joli film et une nouvelle réalisatrice à suivre impérativement !

 

3e

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La peau de Bax

Il y a quelque chose de terriblement sec dans les films d'Alex Van Warmerdam. Ses personnages semblent toujours dépouillés de sentiments d'empathie, pour n'agir que suivant des schémas qui servent strictement leurs intérêts les plus égoïstes.

La trame du scénario qui nous est proposé ici est assez classique : un tueur à gage doit tuer une cible, qui s'avère être elle-même un tueur à gage. L'originalité du film tient à plusieurs éléments.

Le décor tout d'abord est exceptionnel. Une maison toute blanche, à la fois rudimentaire et design, isolée au milieu d'immenses marais. L'ambiance y gagne une saveur de western. 

La deuxième originalité du film est le personnage de la fille, dépressive. Pour une fois chez le cinéaste néerlandais, elle semble dessiner au coeur du film une trajectoire positive, vers une épiphanie bien réelle, bien que complètement barjot, il faut l'avouer.

Pour le reste La peau de Bax est un film froidement féroce, qui met habilement en scène nos pires turpitudes avec une jouissance presque sadique. On peut apprécier ce regard noir sur l'âme humaine, qui n'a guère son équivalent dans le cinéma mondial actuel, et c'est mon cas.

Alex Van Warmerdam sur Christoblog : Borgman (***)

 

 2e

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Jack

Si vous avez raté ce film au moment de sa sortie en salle, comme moi, je vous encourage vivement à le découvrir en DVD

Jack a dix ans. Il s'occupe beaucoup de son petit frère, parce que sa maman n'en est pas capable : elle sort, s'amuse, se défonce, couche avec des gars.

Alors Jack est placé dans un centre, jusqu'au moment où... 

Difficile de parler des qualités du film sans en déflorer l'intrigue. Disons pour simplifier que le jeune acteur, Ivo Spietzcker, incarne un personnage incroyable, plein d'une énergie qu'on a rarement vu à l'écran, mais qui rappelle un peu celle de la plus jeune des soeurs de Mustang.

L'originalité du film est de ne finalement pas opter pour le drame social, alors que tout l'y incite. On émerge de la vision de Jack avec une pêche d'enfer, tellement la folle détermination du jeune garçon est puissante. Sa volonté d'enfant de mettre un peu d'ordre dans le chaos du monde fait du bien.

Par ailleurs, Edward Berger s'avère être un réalisateur extrêmement doué et efficace, qu'il faudra impérativement suivre. Il excelle dans la mise en place d'ambiance en quelques plans, et dans le montage nerveux.

Un coup de fouet original et agréable.

 

3e

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Béliers

En décernant son prix principal à Béliers, le jury de la section Un certain regard de Cannes 2015 a fait preuve d'un rare discernement.

Le deuxième film de Grimur Hakonarson est en effet une réussite totale.

D'abord, il y a ces paysages islandais infinis, aussi impressionnants dans l'immensité verdoyante de l'été que dans la pénombre hivernale. Il y a ensuite ces deux acteurs époustouflants, deux frères silencieux depuis des années, tout en habitant l'un à côté de l'autre, et qui ne communiquent plus que par chien interposé.

Mais l'intérêt du film réside surtout dans l'évidente intelligence du scénario et du montage. A partir d'un prétexte ultra simple (une maladie décime les moutons), Hakonarson parvient à construire une oeuvre qui est à la fois un western haletant, un thriller ovin à fort suspense, et une comédie au neuvième degré, qui peut être désopilante. 

Béliers est à ce titre un très bel exemple d'humour islandais : une distanciation pince-sans-rire, qui rappelle l'humour british, en plus cruel, avec des pointes de surréalisme rugueux. 

La mise en scène est sûrement la plus belle que j'aie pu voir cette année au cinéma : chaque plan paraît à la fois simple, beau et indispensable. La beauté plastique du film est entièrement mise au service d'une dramaturgie réglée de façon millimétrique.

Un superbe morceau de cinéma, à découvrir absolument.

 

4e

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Le pont des espions

Les derniers films de Spielberg m'avaient profondément déçu.

C'est donc sans beaucoup d'illusions, mais avec un peu d'espoir, que je suis allé voir Le pont des espions.

Pour commencer, le film assène une première vérité : Spielberg a besoin d'une grande histoire pour faire un bon film. Le scénario de Cheval de guerre était anémié, et le film affreux, celui du Pont des espions est complexe, et le film est beaucoup plus intéressant.

Le deuxième point fort du film, qui lui donne finalement sa structure solide, c'est l'incroyable interprétation de Tom Hanks, qui prête ses traits de marmotte viellissante (mais déterminée) à un personnage d'anthologie. L'avocat James Donovan restera en effet comme un archétype quasiment parfait du héros américain : attaché au principe de la démocratie envers et contre tout, héroïque, subtil, intelligent, opiniâtre, visionnaire.

On suit les soubresauts inattendus de cette belle histoire avec un intérêt constant. La mise en scène du maître s'avère virtuose, s'appuyant à la fois sur des mouvements de caméra complexes et sur des champ/contrechamp d'un classicisme intemporel.

C'est la direction atristique (décors, lumière) qui me chagrine un peu : elle est très belle, presque trop. Par exemple, la pauvreté de Berlin Est est trop richement reconstituée pour être crédible, et les millions de dollars se voient tellement à l'écran que cela en devient parfois gênant.

Un très bon divertissement tout de même, qui s'appuie sur un sujet passionnant (et d'actualité sous certains angles) et un casting de haut niveau.

 

3e

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Capitaine Thomas Sankara

Juste un petit mot aujourd'hui pour parler de ce documentaire que j'ai eu l'occasion de voir en avant-première et qui n'est sorti que dans .... deux salles parisiennes (L'Espace Saint-Michel et La Clef).

Le film est un collage de différentes images d'archive (comme Amy). 

Il est donc difficile de porter un jugement sur le travail du réalisateur, qui fait surtout son oeuvre d'ensemblier.

Si le film m'a intéressé, c'est parce qu'il m'a fait découvrir l'incroyable destinée de Thomas Sankara, leader du Burkina Faso de 1983 à 1987, et qui a mis en pratique nombre de mesures qui paraissent aujourd'hui incroyablement modernes et démocratiques, sur des thèmes comme l'éducation, l'égalité homme/femme, la culture, ou l'écologie. Le film montre d'ailleurs très bien ce décalage lors des interviews : le ton des journalistes parait absolument daté, alors que le phrasé de Sankara semble tout à fait contemporain.

Dans la galerie de personnages qui accompagnent Sankara, on se délecte de voir François Miterrand, à la fois étonné et agaçé par la fougue du jeune dirigeant. Les apparitions de Blaise Compaoré, ami de la première heure, et traître de la dernière, sont quant à elle glaçantes.

On pourra juste adresser au réalisateur suisse Christophe Cupelin le reproche de survoler les aspects négatifs du personnages : le portrait est résolument hagiographique.

 

2e 

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The other side

J'ai eu l'occasion de le dire de nombreuses fois sur ce blog : le genre documentaire produit régulièrement des chefs d'oeuvre, qui malheureusement sont très peu vus.

C'est encore le cas pour ce film du réalisateur italien Roberto Minervini, très remarqué pour son film précédent, Le coeur battant.

The other side est une plongée sidérante dans une Amérique des exclus et des marginaux. 

On suit d'abord longuement le couple attachant formé par Mark et Lisa, tous les deux drogués jusqu'au dernier degré. Minervini ne recule pratiquement devant aucun moment d'intimité : l'amour, le sexe, la drogue (terrifiantes piqûres dans les seins), le travail chez un ferrailleur.

On est littéralement happé, puis asphyxié, par la caméra terriblement indiscrète de Minervini. L'impression de proximité est confondante. On découvre toute la communauté qui vit autour du couple : le vieux junkie alcoolique, la soeur et sa fille (qui rêve de faire Harvard : permanence du rêve américain), la mère, la grand-mère.

A l'arrière-plan de ce tableau tendre et désespéré, c'est le portrait en creux d'une Amérique fantasmée que dessine le cinéaste. Malgré leur malheur, les protagonistes du film vouent un amour sincère à leur patrie, comme le démontre cette incroyable scène de cérémonie à tous les soldats américains morts pour la liberté, sous une banderolle "Freedom is not free".

Dans l'océan de désespoir dans lequel le couple menace de se noyer, surnage la lucidité de Mark, qui cherche à se faire arrêter par la police : il a compris que la prison pourrait l'aider à décrocher.

La mise en scène de Minervini, souple, fluide, est une sorte de miracle. La caméra explore et expose, avec une sorte de douceur résignée et un peu froide. C'est magnifique.

A un moment, le film semble se briser et bascule dans une deuxième partie beaucoup plus courte, et complètement différente : des groupes paramilitaires en plein Texas, racistes et d'une violence inimaginable.

Le contraste entre les deux parties est surprenant et ajoute de l'intérêt au film : des deux côtés la même fierté d'être américain, le même rejet d'Obama, et deux types différents d'aveuglement. 

Un film inoubliable.

 

4e

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Mia madre

Dans la sélection officielle de Cannes 2015, plusieurs films pouvait espérer décrocher la Palme d'Or, dont celui-ci.

Nanni Moretti nous propose un superbe portrait de femme, en mélangeant avec brio plusieurs thématiques et plusieurs registres.

S'entremêlent avec brio le récit de la perte d'un être cher, la description du travail de réalisateur et le tableau pessimiste des relations humaines. Les liens qu'entretient Margherita avec les autres personnages sont tous décrits avec une grande subtilité. Ils évoluent tout au long du film, et même parfois au sein d'une même conversation.

Les infimes variations psychologiques que Moretti imprime, par le biais d'un regard, d'un mot ou d'une attitude ne se rencontrent que chez très peu de cinéastes contemporains (Nuri Bilge Ceylan, Hirokazu Kore-Eda...).

D'un point de vue technique, Mia madre est sobre, mais parfaitement mis en scène : cadrages parfaits, belle photographie, montage exemplaire. Le talent de Moretti sert le propos de son film, et lui permet de passer avec une extraordinaire fluidité d'un registre à l'autre. On passe presque sans transition d'un puissant mélodrame à une scène burlesque à mourir de rire. John Turturro est fascinant et produit ici des scènes d'anthologie : la voiture, la cantine, la danse. 

L'état de fatigue nerveuse de la réalisatrice est finement rendu à l'écran par des phases temporelles difficilement discernables : rêve, réalité, flashbacks. Le film mériterait qu'on s'étende longuement sur ses multiples aspects, formels ou narratifs. Du latin comme moyen de transmission mémoriel à la façon de jouer de Moretti (tout le monde adorerait avoir un ami comme lui), Mia madre bruisse de qualités de bout en bout et porte haut l'art de faire un film.

 

4e  

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Je suis un soldat

Pour son premier film, Laurent Larivière réussit une entrée fracassante dans le cinéma français.

Je suis un soldat est d'abord un bijou en terme de réalisation. La photographie est magnifique : elle capte les ambiances du Nord avec une minutie et un grain limpide, et rend presque beaux les paysages plutôt tristounets de la région de Roubaix. 

Les mouvements de caméra élégants (notamment des travelings avant et arrière de toute beauté), les très beaux effets de focales et de profondeur de champ, le montage alerte : tout concourt à imposer Laurent Larivière comme un réalisateur à suivre.

Le deuxième point fort du film, c'est la présence magnétique à l'écran de Louise Bourgoin, absolument extraordinaire dans ce rôle de jeune trentenaire fauchée obligée de revenir vivre chez sa mère et sa soeur, elle-mêmes dans une grande précarité. Après La loi du marché, Je suis un soldat donne à voir le même type de pression sociale : le personnage de Sandrine doit travailler dans des conditions plus que précaires auprès de son oncle violent, alors que celui joué par Vincent Lindon devait se compromettre dans un job dégradant.

Il faut ajouter à toutes les qualités du film le tableau fascinant du milieu méconnu qu'est le commerce illégal de chiens, ainsi qu'un casting impeccable (Jean-Hugues Anglade inquiétant, Anne Benoit impeccable, Laurent Capelluto attendrissant).

A voir absolument.

 

4e  

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21 nuits avec Pattie

L'intérêt du nouveau film des frères Larrieu est double : la prestation des acteurs est somptueuse et le scénario est ébouriffant.

Commençons par les acteurs. Karin Viard est tout simplement bluffante, en nymphomane décomplexée narrant avec bonhomie ses aventures sexuelles en tout genre. Elle souffle sur tout le début du film comme les vents d'Espagne qui ne sont pas capable d'assécher l'humidité de ses parties intimes.

Isabelle Carré est son exact contraire en tout : réservée, timorée sexuellement (impuissante dit-elle joliment), poitrine menue contre attributs mammaires impressionnants. André Dussollier vieillit à merveille, jouant avec un brio délicieux le vieux beau. 

Les seconds rôles sont à un niveau rarement atteint dans le cinéma français : Denis Lavant qui donne l'impression de brûler la pellicule à chaque apparition, Laurent Poitrenaux excellent en gendarme perspicace et Sergi Lopez très convaincant en mari soucieux.

Deuxième point fort du film, le scénario nous entraîne dans un labyrinthe qui mélange habilement la logique la plus cartésienne et le surnaturel. Il parvient à le faire, il est vrai parfois de justesse, par le biais des fantasmes et des désirs. Comme toujours chez les Larrieu, le désir sexuel tient donc une place importante : il apparaît ici clairement comme le vecteur de réalisation personnelle, quelque soit son objet, et à condition qu'il soit bien détaché de ce vieux concept rétrograde qu'est l'amour.

Un festival d'acteur et un jeu intellectuel stimulant, pour un bon moment de cinéma.

 

3e

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L'hermine

Le dernier film de Christian Vincent entrelace subtilement plusieurs thèmes.

Le premier est passionnant. Il s'agit de suivre un procès d'assises très commun (un bébé de sept mois tué parce qu'il pleurait trop) de l'intérieur. Il n'est pas si courant de voir comment les jurés d'assises vivent leur expérience

Habituellement, les films de procès, dont le parangon est bien sûr Douze hommes en colère, s'attachent à bâtir un suspense sur la culpabilité de l'accusé. Ici, rien de ce type : le film s'attache à montrer les doutes, le travail de réflexion des jurés, les liens qui se tissent fugitivement entre eux. Le verdict est d'ailleurs d'une certaine façon expédié, escamoté.

Le deuxième thème du film est le personnage du juge lui-même : un homme sec, désagréable, mais qui réalise son travail avec précision et efficacité. On dit parfois que certains grands films sont des documentaires à propos de leur acteur principal, et c'est l'impression que l'on a en regradant L'hermine. Fabrice Luchini, qui est loin d'être mon acteur préféré, trouve ici un de ses tout meilleurs rôles : il ne surjoue jamais (un exploit pour lui !) et son personnage évolue tout en finesse. 

Le troisième thème du film est une histoire d'amour légère, aérienne, incroyablement ténue et fragile, entre le juge et un médecin urgentiste joué par la superbe Sidse Babett Knudsen (la présidente de Borgen). Il fallait sa classe naturelle et la formidable mobilité de son visage pour que l'on puisse croire à cette romance platonique, semblant provenir d'un autre espace-temps.

Le film permet à ces trois thématiques de ce répondre l'une l'autre. Sous ses dehors anecdotiques, il s'avère d'une belle et riche profondeur.

 

3e

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El club

Pablo Larraín s'affirme de film en film comme un immense réalisateur.

Avec ce petit bijou, tourné en vitesse entre deux projets plus importants, il nous scotche littéralement à notre siège.

Le début du film est sidérant : quatre prêtres catholiques sont retirés dans une maison en bord de mer, gardés par une soeur.

Qu'ont-ils fait ? Sont-ils prisonniers, malades ou en retraite ? On est littéralement happé par les tronches des acteurs et la mise en place de l'histoire. La mise en scène est magistrale, la photographie somptueuse, avec ses nuances de surexposition blanchâtre et son aspect éteint. On sent en quelques plans à quel point Pablo Larrain est doué pour installer une ambiance et raconter une histoire, en réussissant une parfaite osmose entre le jeu de ses acteurs (remarquables), les images pleines de force, la musique suggestive (classique dépouillé ou jazz aérien) et la profondeur des sentiments en jeu.

Après un début captivant mené sur un rythme d'enfer, l'arrivée d'un nouveau père dans la petite communauté va changer la tonalité du film, qui devient alors plus instrospectif, puis plus baroque. La fin est totalement inattendue. 

Cette oeuvre dépouillée va chercher haut dans les cintres de la foi des turpitudes qui pourront choquer les spectateurs : il ne faut probablement en conseiller la vision qu'aux aventuriers cinéphiles amateurs de sensations fortes. Pour ceux-ci, la jouissance esthétique sera extrême.

 

4e

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Dope

Premier film du jeune américain Rick Famuyiwa, Dope est un feel-good movie parfaitement surdosé en vitamine.

Malcom, fan de hip-hop des années 90, habitant le quartier chaud d'Inglewood (banlieue de LA), se retrouve en possession d'une grande quantité de drogue suite à un concours de circonstance délirant.

Suivent de multiples péripéties parmi lesquelles il faut noter : une bombasse qui vomit sur notre jeune héros, des coups de feu dans un fast-food, du traffic de drogue sous couvert de concours de chimie, un sens inné du business sur internet, le piratage de comptes en banque et bien entendu, une histoire d'amour contrariée.

Tout cela est mené tambour battant avec toute la fantaisie d'un premier film, les idées jaillissant de tous les plans, ou presque. L'overdose de références (l'ombre tutélaire de Spike Lee plane sur le film) guette le spectateur, mais pour peu qu'on accepte la surenchère de rebondissements improbables, on se laissera volontiers séduire par la gentille manipulation du réalisateur qui nous emmène dans son délire rafraichissant.

Formidable Shameik Moore, un jeune acteur promit à un grand avenir.

 

2e  

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Nous trois ou rien

Difficile de savoir quoi penser de ce film, qui commence comme une chronique familiale orientale, se poursuit par un drame politique, tourne à la farce (Alexandre Astier qui joue le Chah d'Iran sur le mode Kaamelott) et se termine en hommage touchant à l'intégration.

Le film a des difficultés à trouver le ton juste sur la durée, mais il est vraiment très difficile de ne pas se laisser toucher à un moment ou à un autre par l'humanité des personnages, la justesse d'une scène ou le caractère édifiant d'une situation. 

On navigue donc des presque larmes (l'assassinat des amis) au presque rire (Chokri et sa manie du vol de vêtement) jusqu'à l'épilogue émouvant qui met en relation les images du film et les photos des personnes ayant inspiré chaque personnage. Ce qu'on pensait avoir été dessiné à trop gros traits (la fresque sur l'immeuble par exemple), s'avère alors tout à fait réel, et donne a posteriori au film un caractère fort respectable.

Touchant et amusant, à défaut d'être bouleversant.

 

2e  

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Le fils de Saul

Le fils de Saul, Grand Prix du dernier Festival de Cannes, est de cette étoffe dont on fait les Palmes d'Or.

Nul doute en effet que l'unanimité se serait aussitôt faite autour du film de Laszlo Nemes, s'il avait remporté la récompense suprême. 

Rappelons brièvement le sujet du film. Saul, Sonderkommando (c'est à dire déporté chargé de conduire les nouveaux arrivants vers les chambres à gaz), croit reconnaître son fils dans un cadavre d'enfant, et cherche à l'enterrer. On le suit pendant une journée et demi dans un camp d'extermination.

Sur cette trame franchement casse-gueule, le jeune hongrois réussit un chef-d'oeuvre, en évitant soigneusement tous les écueils possibles. Le film n'est ni voyeuriste, ni affecté, ni provocateur. Il réussit le prodige de réunir à peu près toutes les bénédictions des connaisseurs de la Shoah et des cinéphiles, à part bien sûr les Cahiers du cinéma, qui confirment leur statut de hater de la presse écrite, en comparant le film à l'émission de télé-réalité Vis ma vie.

Nemes utilise un procédé qui peut paraître artificiel lorsqu'on le décrit (la caméra reste perpétuellement attaché au personnage de Saul, et les horreurs entrevues en arrière-plan sont souvent floues), mais qui à la vision du film provoque un effet de sidération naturel et haletant, tout à fait hors du commun. Contrairement à ce qui est dit ici où là, cette façon d'être concentré sur le personnage principal n'évoque pas le jeu vidéo, dans lequel la profondeur de champ est forcément plus grande, mais plutôt une sorte d'asphyxie mentale, à laquelle seuls les derniers plans  permettront d'échapper.

L'impression qu'on a en découvrant le film est que Nemes a trouvé la seule façon acceptable de filmer son histoire.

D'un point de vue artistique, la performance est sidérante. La prestation de Géza Rohrig est inouïe, la complexité de construction des plans invraisemblable. Tout m'a semblé incroyablement parfait et novateur dans la conception du film, de l'utilisation du format carré à la bande-son d'une brutalité prodigieuse.

Les superlatifs se bousculent sur le clavier pour évoquer cet objet qui est autant une expérience de vie que du cinéma. Comme beaucoup d'autres j'imagine, je suis sorti de la salle hébété, abasourdi par le sentiment de précarité de la vie humaine que procure le film : on meurt évidemment pour (un) rien dans le film, et Saul ne s'en tire à chaque fois que par l'adéquation miraculeux de son comportement à des règles du jeu inhumaines. 

Le fils de Saul, c'est un voyage dans un train de l'horreur lancé à vive allure, une sorte de parcours initiatique dans les Cercles de l'enfer, dans lesquels brille, fragile et indestructible, une petite flamme d'humanité. C'est aussi et surtout un moment incroyable de cinéma, indépendamment, osons-le dire, du sujet qu'il traite.

 

 4e 

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The lobster

On éprouve une jouissance intellectuelle immense à la vision de The lobster, dont l'argument de départ peut être résumé ainsi : "Tout célibataire est sommé de trouver une âme soeur en 45 jours, sous peine de se trouver transformé en animal de son choix".

Yorgos Lanthimos nous captive par un tour de passe-passe d'une habileté extrême. Il parvient, à partir d'une situation absurde, à tirer tous les développements logiques - et émotionnels - du postulat de départ.

Et non seulement il étire sa pelote de laine initiale, mais en plus il se permet de sortir brutalement du cadre au milieu du film pour nous projeter dans une autre logique, tout aussi absurde que la première, mais qui nous semble sur le moment absolument raisonnable.

La mise en scène est sobre, intelligente. La direction artistique (décors, musique, photo, accessoires) est parfaite. Les détails parsemés tout au long du film, par exemple les animaux en liberté, donne un vernis de réalisme poétique charmant à l'intrigue. La fable qui pourrait paraître grinçante et cruelle au début prend petit à petit par ce biais une véritable épaisseur psychologique qui culmine dans une dernière scène de toute beauté.

Un film admirable, dont le vrai sujet est le caractère inconséquent de l'amour : vous devez le trouver à tout prix, il vous échappe, vous devez l'éviter absolument, il vous envahit.

 

4e

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Notre petite soeur

Quel autre cinéaste qu'Hirokazu Kore-Eda est aujourd'hui capable de filmer la beauté du monde ?

Depuis que Malick est parti en vrille dans sa trilogie émoliente, la réponse est claire : personne.

Alors évidemment, les aficionados de testostérone, les excités du bocal qui se pâment devant l'histoire d'une gentille fille amoureuse d'un salopard, ne verront pas l'immense beauté qui irrigue le dernier film de Kore-Eda.

Ils ne seront pas à sensible à la beauté zen de la mise en scène, au soin apporté à ces cadrages d'une extrême sensibilité. Maisons, trains, visages, mer : dans Notre petite soeur, chaque élément devient le personnage d'une grande symphonie panthéiste.

C'est un ravissement extrême qui nous saisit à la vision de ce tunnel d'arbres en fleur, de cette montée au cimetierre. Il y a un Japon éternel dans ces images, une délicatesse typiquement nippone dans la peinture des sentiments.

Le film tente avec succès de saisir le temps qui passe : saisons, funérailles, cérémonies du souvenir, petit autel pour les ancêtres. Sous une surface un peu sage circulent des forces telluriques : absence ou présence des parents, sentiment de culpabilité, justification d'être au monde, rapports hommes / femmes (tous décevants ou incomplets), maladie, alcool, fragilité humaine, solitude, mort, solidarité.

A chaque fois que Kore-Eda filme un visage, c'est un paysage qui se meut sous nos yeux. L'univers entier entre dans sa caméra, par le biais d'un simple verre d'alcool de prune - ou d'un pétale de fleur de cerisier. C'est magnifique.

 

4e

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Red rose

Réalisé en Grèce par une réalisatrice qui vit désormais à Paris, Red rose est un bijou comme seuls les cinéastes iraniens semblent pouvoir en proposer.

Le film raconte la rencontre fortuite à Téhéran d'un homme de cinquante ans et d'une jeune femme contestataire, qui manifeste durant les évènements de 2009.

Lui ne sort pratiquement plus de son appartement, elle se bat pour la liberté en twittant et en postant des vidéos des manifestations.

Red rose est conçu comme un huis clos (on pense bien sûr au film de Jafar Panahi Ceci n'est pas un film) et fonctionne parfaitement comme cela : le monde extérieur pénètre dans l'appartement d'Ali par le biais de multiples personnages, et ce dernier ne sortira pas indemne de cette aventure.

Sepideh Farsi construit son film habilement, en dirigeant avec finesse d'excellents acteurs iraniens et en proposant une progression psychologique très intéressante du personnage d'Ali. Elle enlace de façon remarquable les scènes tournées en studio et les petits films de téléphones portables (véritables !), récupérés sur Internet. 

Le tout donne à l'ambiance du film une tonalité à la fois crépusculaire et sensuelle. Une réussite.

 

3e

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