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Christoblog

Articles avec #j'aime

Sully

La dernière fois que j'avais vraiment aimé un film de Clint Eastwood, c'était il y a huit ans, au moment de la sortie de Gran Torino

Autant dire que je suis allé voir Sully à reculons, d'autant plus que les dernières prises de position de Eastwood en faveur de Donald Trump ne rehausse pas l'estime que je peux avoir pour le bonhomme, qui devient en vieillissant le prototype du bon vieux facho républicain.

Ceci étant dit, je suis obligé de dire que Sully est un bon film. Eastwood y est certainement pour quelque chose. Sa mise en scène est extrêmement efficace dans les scènes d'action ("je ne prendrai jamais plus l'avion", disait une petite fille en sortant de la salle, et je la comprends) et délicate dans les scènes plus calmes.

Mais plus que la mise en scène, je trouve que c'est le scénario de Todd Komarnicki qui est brillant. Il parvient à faire d'une intrigue minimaliste (en gros, le pilote qui a posé l'avion sur l'Hudson en janvier 2009 a-t-il pris la bonne décision ?) un suspense psychologique haletant. En multipliant les flash-blacks et les allers-retours temporels avec une rare habileté, le scénario donne un relief incroyable au film.

L'autre point très fort du film est la prestation de Tom Hanks, impeccable en professionnel qui fait son boulot (We did our job est sans aucun doute la réplique pivot du film) et qui est aussi capable de se remettre en question. 

Sully donne bien sûr une vision idyllique du peuple américain (chacun y est absolument parfait) sur le mode de "on n'est pas des mauviettes", qui est précisément celui qui pousse Eastwood a donner sa voix à Trump, mais il le fait sans emphase et avec une justesse de ton appréciable.

 

3e

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Swagger

Drôle de film que ce Swagger, qui porte bien son nom : swag = qui a du style, qui est charismatique.

Olivier Babinet choisit de nous montrer frontalement le témoignage de plusieurs jeunes collégien(e)s du 93. 

L'originalité du film est de les magnifier à travers des éclairages très expressifs, et même parfois par des mises en scène qui les placent dans des situations d'acteurs / stars.  On est donc loin des habituels processus de stigmatisation de la banlieue : le film est plutôt dans le registre du "Regardez comment on rêve, matez comme on assure".

Swagger fonctionne assez bien sur ce registre casse-gueule, par la grâce de jeunes qui semblent tombés du ciel et composent une galerie de personnages tous plus attachants les uns que les autres : futur styliste assumant sa différence y compris par la bagarre, jeune fille toute menue et immensément raisonnable, jeune homme ombrageux au bandana rouge, jeune indien au costard impeccable qui se déchaîne sur une batterie.

Même si j'ai quelques réserves sur des parti-pris de mise en scène (les plans de coupe sur des jeunes quand d'autres s'expriment, comme s'ils étaient là, alors que ce n'est pas le cas), il faut dire que le film est diablement séduisant. C'est peu dire qu'il s'en dégage une incroyable énergie, pondérée par la crudité de certains constats : le racisme anti-roms que tout ce beau monde exprime par exemple. On est toujours le paria d'un autre.

Swagger est une production typique de la section ACID du Festival de Cannes : décalée et sympathique.

 

2e

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Baccalauréat

Mungiu, c'est du solide : le réalisateur roumain ne repart jamais bredouille du Festival de Cannes.

Comme chez Farhadi ou Zvyagintsev, on sait qu'il va être difficile d'être franchement déçu, tellement la somme des qualités qui entourent le film est grande : scénario millimétré, élégance suprême des mouvements de caméra, acteurs au top.

Baccalauréat commence en plus très nerveusement (pour un Mungiu), avec un jet de pierre dans la vitre, qui m'a brièvement rappelé une scène magnifique de la Palme d'or Winter sleep, puis une succession d'évènements plus ou moins violents et dérangeants.

Le film déploie après ce début plutôt surprenant toute une panoplie de thématiques profondes et intéressantes : la génération qui est revenue en Roumanie après la chute de Ceausescu, la corruption endémique, les conflits moraux de plusieurs ordres.

Dans ce film dérangeant et intelligent, Mungiu malmène notre sens du bien et du mal, avec un talent qui abandonne certaines fioritures de mise en scène pour tendre vers l'épure, au service de ses personnages.

 

3e

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Premier contact

De film en film, Denis Villeneuve gagne en assurance et en finesse.

Après un polar très réussi (Sicario) dans lequel il dépoussiérait le genre, le réalisateur canadien revisite ici avec brio le film d'anticipation.

Avec une économie de moyens qui devient sa marque de fabrique, Villeneuve parvient dès le début du film à nous captiver. Les extra-terrestres viennent d'atterrir, mais il n'est pas facile de communiquer avec eux : Louise (somptueuse Amy Adams), linguiste de haut vol, est appelée pour aider à rentrer en contact.

Comme dans Sicario, Denis Villeneuve excelle à filmer une héroïne sensible, peu portée sur le maquillage, et qui ne manque pas de personnalité pour s'imposer dans un univers a priori peu amical.

Par la qualité de sa photographie un peu froide, la fluidité de sa caméra, la précision diabolique de son scénario, l'ampleur virtuose de ses cadrages et l'excellence de sa bande-son, Premier contact nous projette littéralement dans une intrigue qui paraît dans un premier temps ressortir de la veine hard science avant de devenir quelque chose de ... très différent, dont je ne peux ici dévoiler la nature.

Le plaisir procuré par le film change plusieurs fois de nature  : sensitive, intellectuelle, ludique, émotionnelle et esthétique.

Un film qu'on peut à coup sûr conseiller à tous, sans crainte de se tromper, et que beaucoup iront voir une deuxième fois.

 

4e   

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Ma' Rosa

A ceux qui connaissent l'oeuvre du grand cinéaste qu'est Brillante Mendoza, Ma' Rosa n'apprendra rien.

Suivant les points de vue, on pourra donc reprocher au dernier film du Philippin d'être peu original, ou considérer qu'il représente la quintessence du style de son réalisateur.

A vrai dire, le film vaut surtout pour son aspect documentaire sur Manille : sa boue, ce monde qui grouille, sa drogue et ses petites combines, sa corruption, son effervescence tranquille.

Après une introduction impressionnante dans le style classique de Mendoza (caméra à l'épaule, montage cut, éclairage faiblard), on craint un instant que le film bascule dans une violence insoutenable (comme dans l'éprouvant Kinatay). Il n'en sera rien et Ma' Rosa, loin de sombrer dans une brutalité aveugle, devient une sorte de déclinaison asiatique du néo-réalisme italien : comment trouver les 50 000 pesos nécessaires à soudoyer la police ?

Cette deuxième partie, moins énervée (inervée ?) que la première, m'a semblé aussi moins intéressante et plus convenue. Il n'empêche que le film irradie comme à l'habitude une force brute qui prend aux tripes et dont il est difficile de sortir indemne.

Brillante Mendoza sur Christoblog : Kinatay - 2009 (**) / Lola - 2009 (**) / Thy womb - 2012 (***) / Captive - 2012 (***) / Taklub - 2015 (**)

 

2e

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Le voyage au Groenland

Le précédent film de Sébastien Betbeder (2 automnes 3 hivers) révélait un cinéaste prometteur, qui à l'évidence savait mélanger humour, délicatesse et fantaisie.

Toutes les promesses de ce film se concrétisent ici de la plus belles des manières.

Le sujet est pourtant sur le papier un peu mince : deux trentenaires parisiens rendent visite au père de l'un d'eux, exilé dans un petit village paumé du Groenland. On imagine à la simple lecture de ce pitch un scénario catastrophique où les locaux seraient moqués et où serait systématiquement exagéré le contraste entre les citadins et la nature hostile.

L'un des grands mérites du film est de déjouer complètement les pronostics. Le regard que pose le réalisateur sur les différents protagonistes est empreint d'une bienveillance sensible qui rend tous les effets comiques délicats et dotés d'une saveur très particulière, dont le second degré semble exclu.

Le voyage au Groenland est une oeuvre à l'équilibre précaire, sans cesse sous la menace de tomber dans l'anecdote facile ou l'inconsistance comique. Sébastien Betbeder parvient à maintenir sur la durée sa fantaisie raisonnée et sa subtile analyse des sentiments masculins. 

Si le résultat semble parfois "facile", il résulte d'un savant mélange de techniques (montage, scénario) et d'une prestation exemplaire des deux acteurs principaux (Thomas Blanchard et Thomas Scimeca), parfaits en duo de gentils citadins un peu dépassés par les évènements.

Une franche réussite, drôle et originale.

Sébastien Betbeder sur Christoblog : 2 automnes 3 hivers - 2013 (***)  

 

4e   

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Theeb - l'enfance d'un chef

Mon boulot de blogueur, c'est aussi de vous parler des films que (presque) personne ne va voir et qui mérite pourtant l'attention des cinéphiles.

Dans cet esprit, si vous êtes à la fois curieux des cinémas du Sud et amoureux des beaux films, il ne faut surtout pas manquer ce film jordanien.

Tourné dans les décors somptueux du Wadi Rum, Theeb se déroule lors de la première guerre mondiale : deux points commun avec Lawrence d'Arabie. Mais ici on ne suit pas la destinée d'un célèbre anglais, mais la trajectoire d'un jeune garçon du cru qui va être pris dans un engrenage de violence impitoyable. 

Outre le portrait captivant de la société bédouine, le film de Naji Abu Nowar réussit le tour de force d'une narration à la fois dépouillée et extrêmement prenante, quelque part entre Akira Kurosawa et le John Ford de La prisonnière du désert. C'est à la fois beau et passionnant : pas étonnant que le film soit couvert d'éloges (il a été récompensé à Venise et représente la Jordanie aux Oscars).

Je le conseille très vivement aux amateurs de dépaysement, de déserts, de western, de bons films et de regards d'enfants.

 

3e

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Une vie

D'emblée, Stéphane Brizé impose son point de vue, qui sera sévère, dépouillé et naturaliste. Il l'impose par son cadre presque carré, sa caméra à l'épaule et ses plans très rapprochés sur les personnages.

L'effet produit est dans un premier temps déstabilisant, et légèrement oppressant. J'ai été à la fois séduit par le rendu de certaines sensations (le temps qui passe, les saisons, les dilemmes) et perturbé par les ellipses systématiques et le montage temporel chaotique.

Le premier choc passé, Une vie parvient à convaincre par son ampleur romanesque et la cohérence de son esthétique. Si les performances de la jeune garde du cinéma français me laisse perplexe (Finnegan Oldfield est à baffer et Swann Arlaud plus transparent que d'habitude), les anciens (Darroussin et Moreau) sont parfaits.

La solitude, l'ennui, la rudesse de la vie au XIXe siècle dans un milieu rural est parfaitement rendu. Le film est aussi émaillé de scènes extraordinaires de violence, contenue ou pas : les conversations avec les prêtres, la scène du couvent. 

Au final, Jeanne semble bien être une cousine éloignée du Thierry de La loi du marché : écrasés tous deux par des forces immenses qui les dépassent, ils portent au plus profond de leur être une étincelle qui leur permet de continuer à espérer.

 

3e

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Sing street

Sing street utilise avec brio toutes les ficelles du feel good movie nostalgique.

Le film cumule ainsi la trame toujours efficace de la constitution d'un groupe de rock à celle plus classique de l'histoire d'amour a priori impossible, le tout baignant dans une bande-son des années 80 qui sent bon la naphtaline. 

Tout cela serait assez anecdotique si le film ne portait pas à haut degré d'efficacité toutes ses composantes : le rythme est échevelé, le casting impeccable, les reconstitutions de clips et de modes vestimentaires parfaitement délicieuses et les compositions originales diablement entraînantes. 

Bref, on passe finalement un très bon moment, même si Sing street ne brille ni par son originalité, ni par sa profondeur. Ceux qui avaient 15 ans dans les années 80 apprécieront tout particulièrement.

 

2e

 

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Le petit locataire

Elles ne sont pas si nombreuses les comédies françaises un peu décalées, qui savent manier l'humour et pas la démagogie, en trouvant le rythme qui sied au genre.

Le petit locataire fait partie de ces raretés. 

Le casting ébouriffant y est pour beaucoup : qui mieux que Karin Viard et Philippe  Rebbot pourraient camper des personnages de loosers sympathiques sans les rendre pitoyables ? Ils sont tous les deux magnifiques.

Il plane sur ce portrait d'une famille déjantée l'ombre d'Affreux, sales et méchants, la causticité en moins, et le rythme en plus. Les personnages s'habillent mal et parlent mal, la grand-mère est indigne, les mâles évitent le travail autant que possible, les jeunes mères fuient leur responsabilités : c'est à la fois réjouissant et bienveillant.

Une comédie solide, enlevée et dynamique. Je la conseille pour une soirée déprimante, quand il est nécessaire de se remonter le moral.

 

2e

 

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Maman a tort

Je le dis tout net pour qu'il n'y ait aucun doute sur mon manque d'objectivité : j'adore Emilie Dequenne. Je trouve qu'elle peut illuminer un film (le touchant Pas son genre par exemple) et même parfois le transcender (comme elle le fait dans A perdre la raison).

Elle incarne ici, comme souvent, la parfaite girl next door, la maman attentionnée pas trop maquillée. 

Le prétexte qui fournit l'entame du film est intéressant : Cyrielle, suite à un fâcheux concours de circonstances, doit accueillir sa fille dans sa propre entreprise, pour le fameux stage d'observation de troisième. J'ai beau essayé de me souvenir, je ne vois pas de films qui ait évoqué cet évènement, pourtant commun à beaucoup de salariés.

Le regard décalé et mûr de la petite Anouk (formidablement interprétée par la jeune Jeanne Jestin) sur le monde du travail est amusant, bien que parfois un peu caricatural. La tournure que prend ensuite le film est très différente : l'intrigue devient plus sérieuse, plus profonde. Marc Fitoussi fait évoluer son film d'une gentillette comédie à un récit d'initiation (devenir adulte par la déception), teintée d'une noire chronique sociale sur un mode qui fait penser à celui de La loi du marché, en montrant l'abaissement que les invisibles dirigeants peuvent imposer à leurs employés.

Les films français à la fois intelligent et agréable ne sont pas si courants, vous auriez tort de rater celui-ci.

 

3e

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Le client

Le client ressemble par bien des aspects à Une séparation : un évènement central dont on ne sait pas tout, une observation des rapports de classe, un scénario virtuose, une mise en scène subtile.

L'intérêt majeur de l'intrigue, c'est de distiller le doute du début à la fin. On se pose toute une série de questions qui s'avèrent progressivement ne pas être le coeur du film : L'immeuble va-t-il s'effondrer ? Que contiennent vraiment les affaires que la femme a laissé ? Etc.

Les ressorts du film sont donc approximativement les mêmes que ceux d'Une séparation, avec ici une construction moins rigoureuse, plus flottante, que dans le plus grand succès de Farhadi. 

On admire dans Le client le talent du réalisateur iranien pour diriger ses acteurs, et sa subtilité dans l'approche des dilemmes moraux, ici autour du thème de la vengeance : peut-elle s'exercer contre l'avis de la victime ? On pourra aussi s'amuser à rechercher dans le scénario les circonvolutions illogiques dues au fait que les femmes doivent toujours être voilées à l'écran.

Comme toujours dans le cinéma de Farhadi, la stimulation intellectuelle et la beauté de la mise en scène se complètent parfaitement, avec peut-être un tout petit manque d'intensité. Je n'ai pas non plus parfaitement compris l'intérêt de montrer de si nombreux passages de la pièce d'Arthur Miller (si j'exclus le fait que Farhadi a réalisé sa thèse de fin d'étude sur l'auteur britannique).

Ces quelques (petites) réserves ne doivent pas vous empêcher d'aller voir Le client.

 

3e

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Mademoiselle

Quelle splendeur !

Visuellement, le nouveau film de Park Chan-Wook est une merveille. Perfection des mouvements de caméra, montage au cordeau, photographie admirable, virtuosité et précision dans tous les domaines, c'est du grand art.

Au niveau du scénario, le film est d'une complexité rare. Il est basé sur un effet Rashomon à étage : alors qu'habituellement, les films basés sur ce principe nous font voir des choses différentes à chaque version de la même histoire, on a ici l'impression que chacune des trois versions est la même que la précédente, mais complétée.

Le maître coréen nous promène donc de faux-semblants en tromperie, pour déboucher finalement sur une version qui fait étonnamment figure de brûlot féministe. Après avoir été martyrisées, humiliées et sous-estimées par toutes sortes de personnages masculins, les deux femmes du film sortent grandies de leur aventure.

Mademoiselle est ponctué de morceaux de bravoure ahurissants (comme les lectures érotiques par exemple). On pourra estimer qu'il est un peu froid pour être vraiment génial, à l'image des scènes de sexe qui ne sont pas d'une folle sensualité, mais le plaisir intellectuel et sensoriel que procure le film en fait un des grands moments cinématographiques de l'année.

 

4e   

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Moi, Daniel Blake

Disons le tout de suite : le fait que Moi, Daniel Blake ait obtenu la Palme d'Or va fausser la plupart des appréciations le concernant.

La question traditionnelle de l'apprenti critique ("Que vaut le film ?") se transformera bien souvent en "Mérite-t-il la Palme d'Or ?", avec au passage un très probable coup de rabot sur ses qualités intrinsèques.

Ceci étant dit, je vais essayer de ne pas tomber dans ce travers.

D'abord, première évidence difficilement contestable, les deux acteurs principaux sont exceptionnels. Dave Johns compose un personnage qu'on n'oubliera pas de sitôt, une sorte d'incarnation de la dignité terrienne et bienveillante. Hayley Quires est une belle découverte, dans un rôle qui la voit s'exposer dans une composition difficile, mélange de fragilité et de ténacité. La scène du magasin alimentaire est à ce titre un des plus beaux moments de cinéma de l'année.

Deuxième point, le film aborde frontalement un sujet que je n'avais pas encore jamais vu traité au cinéma : la difficulté, devenue radicale, de vivre aujourd'hui dans notre société sans avoir la pratique de l'informatique en général et d'internet en particulier. Ken Loach ne se contente pas ici de creuser confortablement le sillon qui est le sien depuis le début de sa carrière (la misère sociale), il peint un monde dans lequel tout le monde (ou presque) est sympa, et qui pourtant se révèle être un enfer. Par là-même, Moi, Daniel Blake réussit un tour de force étonnant : nous montrer la méchanceté de notre société sans nous désigner les méchants. Il peut de ce fait avoir par moment des aspects de film d'anticipation, de dystopie.

La mise en scène de Ken Loach est d'une rigueur exemplaire. Le scénario de son complice de toujours, Paul Laverty est très très bon au début du film (quelle idée géniale que la conversation téléphonique initiale, qui finalement s'avère être le coeur palpitant du film), avant de fournir dans la deuxième partie quelques traits trop appuyés à mon goût. Ce n'est pas très grave au regard du poids émotionnel que charrie le film.

Moi, Daniel Blake est finalement un beau portrait, qui s'affranchit de son terreau social par la grâce de ses interprètes. A voir.

 

3e

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Captain Fantastic

Vu du spectateur, Captain Fantastic commence bien et finit mal. Pour les personnages, c'est en gros l'inverse.

Dans sa première partie, j'ai été tour à tour séduit (la mise en scène est sacrément efficace, comme la première scène le prouve), intrigué (mais vers où le film va-t-il nous entraîner ?) et perturbé (faut-il penser que cet homme est fou, ou qu'il est génial ?).

La partie centrale du film (le road trip) confirme la première impression favorable. Le tableau dressé de l'Amérique est cruel mais cinglant, les situations parviennent à être retorses, à l'image de la scène de drague qui emmène l'aîné de la famille dans un quiproquo très bien amené.

Malheureusement, la troisième et dernière partie de Captain Fantastic verse dans une sensiblerie et des facilités qu'il avait habilement évité jusque là. On ne peut que regretter que Matt Ross, qui parvient à faire du réalisme et de la vérité exposée aux enfants un ressort efficace de son film nous expose une péripétie mortuaire absolument irréaliste. 

Même si la fin gâche un peu le plaisir que procure le film, Captain Fantastic s'avère tout de même être un moment plaisant et stimulant intellectuellement.

PS : Comme souvent, Viggo Mortensen est très bon.

 

2e

 

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Ma vie de courgette

Il y a un phénomène de l'ordre de la magie pure dans Ma vie de courgette, qui transforme des marionnettes aux grosses têtes et aux bras filiformes en petit garçons et petites filles très réalistes.

Tout ce qui peut éveiller une émotion (les yeux des personnages, les voix, la précision des textes, le scénario millimétré de Céline Sciamma) est ici réalisé à la perfection.

Le résultat est percutant, vivifiant, émouvant. Claude Barras distille juste ce qu'il faut de drame et d'humour pour que son film soit parlant à tous les âges. 

A tous ces compliments, il faut ajouter le plus important : une qualité esthétique hors du commun. Les plans de Ma vie de courgette sont des vrais plans de cinéma dans lesquels chaque élément (éclairage, cadrage, profondeur de champ) compte. Le travail sur les couleurs est fascinant, et dans chaque décor on trouvera des détails remarquables.

Puisque j'en suis à lister les innombrables qualités du film, je finirai par un montage parfait. Le rythme sur la longueur est parfaitement tenu, tout en étant très libre dans chaque séquence. Le séjour au ski, par la perfection de ses enchaînements, est en lui-même un petit chef d'oeuvre.

Si sa morale est somme toute classique, Ma vie de courgette brille par sa perfection stylistique et sa faculté à susciter de fortes émotions par des procédés proches de l'épure. Un des meilleurs films de l'année.

 

4e 

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Miss Peregrine et les enfants particuliers

Les derniers Tim Burton m'ayant plutôt déçu, c'est un peu à reculons que je suis allé voir Miss Peregrine.

Aussi, ai-je été plutôt agréablement surpris par l'entame du film, délicieuse mise en place d'une histoire merveilleuse, dans un environnement américain tout ce qu'il y a de plus prosaïque.

L'aimable caractère et le pragmatisme serein du jeune héros concourent à faire de toute la première partie du film un moment plaisant. L'apparition de la délicieuse Eva Green et des enfants particuliers est très réussie. 

Le film subit ensuite un petit coup de mou en son milieu, avant de rebondir grâce à un scénario très malin qui exploite parfaitement les anomalies de tous les enfants, et aussi parce que le méchant est excellemment joué par un formidable Samuel L. Jackson. 

Miss Peregrine se termine en fanfare par une explosion d'inventivité où l'on retrouve (enfin !) le burlesque attendrissant, morbide et enjoué de Tim Burton. La scène de combat finale est ainsi un festival de trouvailles où l'on retrouve l'esprit de la période de Edward aux mains d'argent.

Le retour en forme d'un cinéaste qui s'était un peu perdu. 

Tim burton sur Christoblog : Sweeney Todd, le diabolique barbier de Fleet Street - 2007 (**) / Alice au pays des merveilles - 2010 (*) / Dark shadows - 2012 (*)

 

2e

 

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Fuocoammare, par-delà Lampedusa

Ours d'or à Berlin cette année, Fuocoammare fait partie de ces documentaires magnifiques (comme ceux de Depardon ou de Wiseman) qui suscitent autant d'émotions que les plus grandes oeuvres de fiction.

Emotion esthétique d'abord. Les images de Gianfranco Rosi sont d'une beauté souvent renversante : ciel plombé, cadrages parfaits, palette de couleur délicate et nuancée, alternance de gros plans et de plans larges, scènes de nuit ahurissantes, poésie sous-marine. C'est stupéfiant de maîtrise et de variété.

Emotion ensuite devant ce qui est montré. Le film met en parallèle la vie d'une poignée d'habitants de Lampedusa, dont un petit garçon de douze ans, et celles des immigrants qui arrivent, morts ou vivants. Cette juxtaposition peut surprendre et intriguer : elle est pourtant au final pleine de sens et ménage bien des niveaux de lecture potentiels.

On pourra par exemple considérer que le réalisateur veut montrer à quel point les européens sont finalement étrangers au drame qui se déroule parfois à quelques mètres d'eux : les problèmes de vision de Samuele comme une métaphore de notre aveuglement.

Pour ma part, j'ai ressenti bien d'autres sentiments face à cet accolage parfois intrigant. Il m'a semblé par exemple que le film mettait en exergue dans les deux cas l'instinct humain qui conduit toujours à vouloir progresser et découvrir. Les migrants veulent une meilleure vie, comme Samuele dans son champ et à son échelle, avec un enthousiasme obstiné : il veut mieux voir, tenter des expériences, découvrir de nouvelles sensations.

Fuocoammare est à bien des moments tout à fait sidérant. On est pétrifié par l'incroyable humanité qui se dégagent des images de Rosi : le regard extraordinairement digne d'un migrant, un hélicoptère qui s'élève dans la nuit, une musique bouleversante qui passe à la radio, une femme qui fait méticuleusement un lit conjugal qui ne sert visiblement plus qu'à elle seule.

Au-delà du sujet des migrants, Fuocoammare donne à voir un émouvant et passionnant portrait de l'humanité, ce qui en fait l'un des tout meilleurs films de cette année.

 

4e 

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Mercenaire

Bonne surprise de la dernière Quinzaine des réalisateurs, Mercenaire est un premier film tout à fait prometteur.

Sacha Wolff nous fait d'abord découvrir les îles Wallis, et ne serait-ce que pour cette raison, le film mérite d'être vu.

Les paysages sont superbes (le film a été tourné en Nouvelle-Calédonie) et le film donne un bon aperçu de la complexité culturelle wallisienne.

Pour ce qui est de la partie tournée en France, le film réussit ce que j'ai rarement vu au cinéma : montrer le monde du sport sans indulgence, et avec un grand degré de réalisme. Là où échouait le pourtant talentueux Samuel Collardey avec Comme un lion, sur le milieu du football, Sacha Wolff le réussit ici avec le rugby. 

Agents verreux, triche anti-dopage, joueurs sous-payés : le tableau est glaçant, mais jamais pénible à regarder. La force morale du personnage principal tient toute l'architecture du film sur ses (solides) épaules, et le réalisateur réussit parfaitement son coup en maniant habilement les ellipses. Il évite intelligemment clichés et faute de goût.

Sensible, malin, délicat.

 

2e

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Dogs

La bande-annonce de Dogs semble promettre un exercice de style dépouillé, un peu à la manière d'un Winding Refn des Balkans, et le début du film confirme cette promesse.

Le premier plan, un long mouvement de caméra au ras du sol puis de l'eau, qui se finit sur une vision malsaine et ambigüe, est de toute beauté.

L'irruption du vieux flic dans la narration du film permet au réalisateur Bogdan Mirica d'enchaîner plusieurs scènes époustouflantes, dont celle de la chaussure dans l'assiette (ceux qui ont vu le film comprendront).

Malheureusement, Dogs se normalise progressivement, perdant un peu en cours de route son mordant initial. Le personnage principal manque de personnalité pour emporter le film vers les sommets. Il faut des artifices un peu brutaux, dont une ellipse géante, pour redonner au film son lustre d'objet à la fois violent et contemplatif, quelque part entre les frères Coen et Nuri Bilge Ceylan.

A conseiller tout de même aux amateurs de premiers films noirs et bancals.

 

2e

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