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Christoblog

Les feuilles mortes

Le dernier film d'Aki Kaurismaki ressemble aux précédents (personnages hiératiques manipulés comme des marionnettes, formalisme extrême de la mise en scène et de la photographie), mais parvient, ce qui n'est pas toujours le cas chez le Finlandais, à  générer de l'émotion.

Le fond (une belle histoire d'amour contrariée par le hasard) épouse parfaitement une forme encore plus brillante que d'habitude.

La durée du film, son montage à la fois alerte et mesuré, sa mise en scène délicate, sa direction artistique toujours très travaillée, mais aussi - et c'est une nouveauté - l'irruption de l'actualité dans l'histoire : tous ces éléments contribuent à sublimer la simplicité du film jusqu'à un final bouleversant. 

On sourit souvent, on rit parfois ("Tu n'es pas un homme ici en Finlande, peut-être au Danemark tu le serais"), et l'on est ému.

C'est très beau.

Aki Kaurismaki sur Christoblog : La fille aux allumettes - 1990 (***) / L'autre côté de l'espoir - 2017 (***) 

 

3e

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Acide

Je ne partageais pas complètement l'enthousiasme général qu'a généré le premier film de Just Philippot.

Je retrouve ici les défauts qui me gênait dans La nuée : des ficelles un peu grosses, une prime au sensationnel sur le psychologique.

Si le début du film est très efficace, jusqu'à la glaçante scène du pont, la seconde  partie me semble beaucoup plus faible : on croit de moins en moins à ce que l'on voit, le resserrement autour du personnage joué (assez bien) par Guillaume Canet est étouffant, et la scène finale dans le champ m'a semblé mal tournée et surtout mal montée. Le personnage de la jeune fille est tellement antipathique que l'empathie ne fonctionne que très partiellement (à vrai dire, il ne me m'aurait pas déplu qu'elle se prenne une petite douche de pluie acide).

La tentative de film catastrophe à la française est cependant assez rare pour être saluée. Il y a du talent chez Philippot, qui méritera d'être suivi dans la durée.

Just Philippot sur Christoblog : La nuée - 2021 (**)

 

2e

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Le livre des solutions

Le livre des solutions est en réalité un autoportrait de Michel Gondry, même si ce dernier s'en défend mollement.

Beaucoup des scènes se sont réellement passées (par exemple celle du concert), et Gondry utilise même des décors issus de sa vie (c'est la véritable maison de sa tante qu'on voit à l'écran).

On est donc partagé pendant tout le visionnage entre l'amusement et le malaise, car ce qui nous est montré n'est pas très reluisant : le réalisateur martyrise littéralement des collaborateurs/trices ("Tu crois que ça me fait plaisir de te réveiller en pleine nuit ?"). Il est lâche, inconstant, peu respectueux des autres.

Pour ma part, et peut-être parce que je pardonne beaucoup aux créateurs de génie, j'ai été franchement diverti par les mésaventures de ce cinéaste bipolaire et/ou hyperactif. Beaucoup de scènes m'ont arraché de francs rires, notamment celles qui font la part belle à la complémentarité parfaite entre un Pierre Niney survitaminé et une Blanche Gardin formidable de résilience constructive.

La puissance de l'imagination de Gondry est aussi bien illustrée, par exemple avec l'histoire du renard ouvrant un salon de coiffure. 

Très plaisant.

Michel Gondry sur Christoblog : Be kind, rewind - 2008 (**) / The green hornet - 2011 (**) / The we and the I - 2012 (****)

 

3e

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L'été dernier

Le sujet du nouveau film de Catherine Breillat est-il aussi scandaleux que ce qu'en disent la plupart des critiques ? 

Je ne trouve pas. Pour ce qui est de la relation amoureuse / sexuelle des deux protagonistes, il faut beaucoup d'imagination, me semble-t-il, pour la ressentir comme véritablement incestueuse : les deux sont à l'évidence consentants, expérimentés, et le lien d'autorité entre le jeune homme et sa toute nouvelle belle-mère (qui seul justifie l'infraction, car l'ado a largement la majorité sexuelle) n'est pas évidente.

La première partie de L'été dernier ne m'a donc pas vraiment convaincu, énième représentation de la naissance d'une relation estivale entre deux personnes que plusieurs éléments éloignent, sur fond de soleil écrasant, de baignade et de randonnée en deux roues. Une sorte de Call me by your name chez les bourgeois, mais dans lequel l'intensité des sentiments n'est pas réellement perceptible. La prestation de Samuel Kircher m'a parue très faible : le jeune acteur n'exprime en gros que deux émotions : la gouaille séductrice et la moue boudeuse.

La deuxième partie du film est plus intéressante et Léa Drucker y assez convaincante dans un rôle assez difficile. J'ai toutefois éprouvé l'impression curieuse de ne pas croire totalement à ce qui m'était proposé, comme si la volonté de démontrer l'emportait sur la vérité psychologique. Plusieurs passages m'ont semblé peu crédibles (le cambriolage par exemple). Les toutes dernières scènes m'ont semblé complètement artificielles, semblant ne vouloir que choquer au détriment d'une progression narrative raisonnée.

De la sensibilité et un vrai talent de mise en scène, gâchés par un manque d'incarnation rédhibitoire.

Catherine Breillat sur Christoblog : Romance - 1999 (*) 

 

2e

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Un métier sérieux

Un métier sérieux, peut-être, mais un film passablement ennuyeux.

Comme souvent, Lilti écrit une sorte de pensum qui coche toutes les cases de la bien-pensance à la mode Télérama, poursuivant son exploration des "métiers éprouvants pour lesquels on a pas assez de considération".

Les profs sont donc tous sympas, très unis et confrontés à toutes une série de personnes incapables (inspectrice distante, principal azimuthé, principal adjoint ridicule) et de circonstances contraires.

La dialectique qui préside à l'évolution de l'action est une dialectique de comptoir, comme il existe une psychologie de comptoir : les (rares) péripéties s'enchaînent sans surprise, dans le seul but apparent de valoriser de beau et noble métier d'enseignant.

On est donc nullement surpris, ni émus, sauf peut-être par la scène finale dans laquelle Adèle Exarchopoulos est seule dans sa salle de classe, comme un écho lointain de son personnage d'institutrice dans La vie d'Adèle.

Un métier sérieux est un film sensible, démonstratif et peu incarné, qui séduira probablement ceux et celles qui ont aimé Hippocrate et Première année.

Thomas Lilti sur Christoblog : Hippocrate - 2014 (**) / Première année - 2018 (**)

 

2e

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Le retour

Ce nouveau film de Catherine Corsini a dans un premier temps été marqué par une polémique qui a fait pschitt (une scène à connotation sexuelle - qui d'ailleurs ne figure pas dans le montage final - aurait été tournée avec une actrice mineure).

Le film est donc arrivé à Cannes 2023 avec une odeur de soufre, qui finalement s'avère totalement infondée, tant le film est relativement plat et inodore.

Le souci principal est que Corsini cherche ici à embrasser bien trop de sujets différents : chronique estivale, récit d'apprentissage, portrait de mère, réflexions sur le racisme et sur la Corse, drame familial, ascension sociale et transfuge de classe. Dans chacune de ces catégories, la réalisatrice ne parvient pas à réellement convaincre, même si au final le film n'est pas honteux, plus proche d'un film de télévision pour France 2 que d'un film de cinéma.

La satisfaction que procure Le retour réside principalement dans la prestation d'un casting convaincant, Aïssatou Diallo Sagna (qu'on avait découvert dans La fracture) en tête. La jeune Esther Gohorou, qui joue une adolescente électrique, indisciplinée, et lesbienne, est formidable.

Je n'ai pu m'empêcher de penser pendant le film à Un petit frère, beaucoup plus réussi, et qui possède beaucoup de points communs avec Le retour : une mère noire, élevant seule ses deux enfants, se débattant avec les difficultés du quotidien, et les problèmes sentimentaux.

Catherine Corsini sur Christoblog : Trois mondes - 2012 (**) / La belle saison - 2015 (***) / Un amour impossible - 2018 (****) / La fracture - 2021 (**)

 

2e

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Barbie

Barbie est un film savonnette. Jusqu'à la grande tirade centrale qui éclaircit le propos du film, on ne sait pas trop ce qu'on est en train de regarder tant les situations peuvent être lues de manière différente.

Les stéréotypes sexistes et féministes sont en effet exposés de multiples façons, qui ne permettent pas de déterminer nettement la part de moquerie, de burlesque et de militantisme que contient chaque scène.

En ce sens, Barbie m'a rappelé le cinéma des Monty Python : des scènes plus ou moins réalistes découlant de situations initiales complètement absurdes, un travail de déconstruction du langage sensible dans chaque dialogue, de la drôlerie parfois teintée d'un surréalisme extrême, le tout entraînant au final un sentiment de sidération inquiète chez le spectateur.

Le film est donc passionnant à regarder et suscite de nombreuses réflexions. La direction artistique est exceptionnelle et l'interprétation de Ryan Gosling mémorable. Margot Robbie assure le job avec un aplomb étonnant.

L'univers que propose le film, dans ses allers-retours entre le monde de plastique rose de Barbie et la réalité, est tellement riche qu'on peut s'attendre au développement d'une franchise juteuse pour Mattel, qui accepte d'ailleurs d'être copieusement ridiculisé dans sa propre production : l'un des nombreux et réjouissant paradoxe de Barbie.

Greta Gerwig sur Christoblog : Lady Bird - 2017 (***) / Les filles du Docteur March - 2019 (***)

 

3e

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Les repentis

Icíar Bollaín traite ici d'un sujet assez proche de celui du film Je verrai toujours vos visages, sur un mode encore plus casse-gueule puisqu'il s'agit d'une veuve qui rencontre le véritable assassin de son mari.

Il est curieux de constater que les deux films présentent des qualités semblables : une certaine sécheresse dans la construction et le montage, et une capacité à éviter les écueils d'un sentimentalisme trop lacrymal. 

Les repentis est dans cette optique encore plus dépouillé et plus âpre que le film français : on est ici dans l'exposé froid et absolument pas psychologisant d'un rapprochement entre deux êtres que tout devrait opposer. C'est vertigineux et souvent extrêmement beau. Les sentiments que le film génère sont très nombreux : incompréhension, curiosité, étonnement, émotion, peur, révolte.

Un film d'une grande beauté, sec et musculeux, servi par un couple Tosar / Portillo de très haut niveau.

 

3e

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Banel et Adama

Quelle déception ! Lors du dernier festival de Cannes, le premier film de Ramata-Toulaye Sy promettait du lourd : un premier film africain d'une jeune réalisatrice franco-sénégalaise, s'éloignant des clichés naturalistes sur l'Afrique sub-saharienne. On allait voir ce qu'on allait voir.

Malheureusement, si le film s'éloigne effectivement de tout naturalisme, c'est pour mieux re-créer toute une série de clichés sur l'Afrique, sur un mode poético-mystique qui ne convainc pas.

De cette histoire d'amour efflanquée et bancale, mâtinée de fantastique, il ne me reste pratiquement aucun souvenir, si ce n'est quelques belles images baignées d'une lumière très "National Geographic" et le souvenir confus de personnages antipathiques ou vaporeux, évoluant dans un réseau de thématiques très politiquement correctes (émancipation féminine, réchauffement climatique...).

Banel et Adama est un essai épuré qui relève de la fable, et qui aurait probablement pu faire l'objet d'un moyen-métrage stylisé. Il peine à remplir toute la durée d'un long-métrage, par manque de densité narrative et de profondeur psychologique. 

Deux points positifs sauvent le film : la beauté parfois sidérante de certaines images, et l'originalité du regard. 

 

2e

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Ama Gloria

Ama Gloria est un film d'une fragilité extrême qui ne repose pratiquement que sur la performance de la jeune actrice (Louise Mauroy-Panzani) et de sa nounou (Ilya Moreno Zego) .

La caméra de la réalisatrice est toujours très proche des visages, à tel point que cela peut devenir parfois un peu oppressant. L'intérêt de ce qui est raconté réside en réalité dans la spontanéité et la fraîcheur des sentiments que les personnages expriment : le visage de la petite fille est comme un paysage dont le film serait l'écrin. Cette façon de se mettre à "hauteur d'enfant" fait irrésistiblement penser au Tomboy de Céline Sciamma.

Peu d'enjeux narratifs donc, et des qualités de délicatesse et de captation des sentiments qui ne sont pas ostentatoires, et rapproche le film du monde documentaire.

Un des intérêts du film est de nous entraîner dans les îles du Cap Vert, contrée peu visitée par le cinéma.

Marie Amachoukeli sur Christoblog : Party girl - 2013 (***)

 

2e

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Sick of myself

Kristoffer Borgli signe ici un film dérangeant et très original.

Sick of myself commence comme une comédie à la mode scandinave : une jeune femme, unie à un artiste ayant le vent en poupe, souffre d'un manque de reconnaissance.

Les blessures d'égo et les humiliations répétées donnent lieu à de petites scènes délicieusement méchantes. Lorsque l'héroïne Signe décide d'attirer sur elle l'attention par le biais d'une grave maladie dont les symptômes sont obtenus à l'aide d'un médicament russe, les choses se compliquent. 

Le film dérive alors vers quelque chose de plus poignant, une sorte de body horror existentiel qui fonctionne comme une spirale infernale.

Ce sont donc les changements de ton qui font tout le sel de ce premier film norvégien : tour à tour grinçant, amusant, cruel, il dissèque merveilleusement plusieurs aspects de notre société contemporaine. On ne peut s'empêcher de penser au cinéma d'Ostlund, en moins exubérant.

Un réalisateur à suivre.

 

3e

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Rendez-vous à Tokyo

Rendez-vous à Tokyo utilise le procédé du film "à rebours", c'est à dire que plus le film avance, plus on recule dans le passé par le biais de flash-backs successifs.

Le procédé n'est pas utilisé ici dans un but de construction intellectuelle visant à faire comprendre progressivement ce qu'on a vu auparavant (comme dans l'excellent Peppermint Candy), mais plutôt comme une façon de donner à sentir la construction et la dilution du sentiment amoureux.

En cela, le film le Daigo Matsui est assez réussi. Si on peine dans un premier temps à entrer dans le concept du film, il faut avouer qu'on finit progressivement par se laisser gagner par une sorte de sourde nostalgie, balloté par un air du temps qui possède un charme indiscutable. On suit les évolutions de la relation entre Yo et Teruo avec un intérêt croissant.

Tout n'est pas parfait (le personnage sur le banc n'apporte pas grand-chose par exemple), mais la délicatesse du film, associée au tableau sensible de la métropole tokyoïte, finissent par emporter l'adhésion. Un nouveau réalisateur japonais à suivre.

 

2e

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Les filles d'Olfa

Formidable film que cet essai multiforme dans lequel deux actrices prennent la place de deux soeurs parties rejoindre le djihad.

La mère et les deux autres soeurs jouent leur propre rôle, se livrent face caméra, rejouent des scènes passées, sont filmées dans leur vie quotidienne ou dans des lieux emblématiques de leur passé. Le tout est très maîtrisé et ce qui aurait pu apparaître comme un collage informe finit par donner vie au drame qu'a vécu cette famille, sous une forme résolument inédite.

On est saisi par les vérités brutes que le film parvient à exprimer : l'embrigadement est en grande partie la faute des parents (les problèmes du père, la violence de la mère), mais les circonstances (la pauvreté) et le hasard (le prédicateur et le vagin qui prend feu) jouent aussi un rôle. 

Le procédé est tellement puissant que l'inconfort n'est souvent pas loin. On est parfois gêné des minauderies de comédiennes en herbe des soeurs non actrices alors que le drame est toujours là, ou dubitatif devant certaines scènes lors desquelles le linge sale de la famille semble se laver devant nous.

Les filles d'Olfa est à la fois une psychanalyse de groupe, un "méta-film" d'un genre nouveau, un digest sur la société tunisienne, une réflexion sur la transmission et le destin, et un documentaire en prise directe avec la réalité. Un film inclassable et brillant.

 

4e

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Les tournesols sauvages

Jaime Rosales est sûrement le réalisateur espagnol le plus sous-estimé en France.

Son cinéma est en effet d'une sensibilité rare et d'une grande qualité formelle.

Dans ce film, le Catalan s'attache à faire le simple portrait d'une jeune mère célibataire de notre temps, pleine d'énergie mais pauvre en moyens, et lestée par deux enfants.

On suit avec intérêt les tentatives de la jeune femme pour se rapprocher de trois hommes différents : un culturiste potentiellement violent, le père de ses deux enfants, puis un homme sensible déjà père lui aussi. 

S'il ne se passe pas grand-chose d'un point de vue narratif, la qualité du portrait est telle que le film laisse finalement une trace sensible dans l'esprit du spectateur, séduit par l'énergie interne du personnage de Julia, joué par l'excellente Anna Castillo, qui irradie la pellicule, et par le sentiment de spontanéité naturelle qui ruisselle de chaque plan.

Les tournesols sauvages réussit un mélange parfait de réalisme cru et de sensibilité intelligente, captant les variations d'humeur des différents personnages en seulement quelques plans, parfois zébrés d'audacieuses ellipses.

Un très beau film.

Jaime Rosales dur Christoblog : Petra - 2019 (***)

 

3e

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Anatomie d'une chute

De ce long film dense et puissant, on se demande ce qui mérite d'être mis en avant tant tout y semble parfait.

L'écriture d'abord est merveilleuse. On ne s'y ennuie pas une minute, tout y est savamment pesé. Anatomie d'une chute est d'une finesse ahurissante en terme de progression dramatique et de tension psychologique.

Les acteurs y sont splendides, Sandra Huller en tête, qui joue d'une façon vertigineuse une femme dont on ne sait trop quoi penser : autrice géniale unie à un mari médiocre ou monstre pervers et froid ? Le casting est tout simplement parfait.

La mise en scène au sens large (direction artistique, image, direction d'acteur) accompagne tout cela de main de maître : de la promenade inaugurale du chien dans la neige au huis clos étouffant du procès, en passant par la scène magnifique de la dispute revécue, tout est d'une limpide efficacité.

Comme dans tout bon film de procès, on passe d'une conviction à l'autre, au gré des prestations d'experts qui assènent avec la même conviction des évidences contradictoires.

Thriller psychologique hors norme et réflexion sociologique sur les rapports homme/femme au sein du couple, Anatomie du chute est une Palme d'Or enthousiasmante, tectonique des égos filmée de main de maître(sse).

Justine Triet sur Christoblog : La bataille de Solférino - 2013 (***) / Victoria - 2016 (**) / Sibyl - 2019 (**)

 

4e

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Yannick

Comme souvent (toujours ?) chez Dupieux, il y a cette excellente idée de départ : un spectateur qui trouve la pièce de théâtre qu'il regarde très mauvaise, décide de l'interrompre.

Sur cette idée originale porteuse de nombreux développements possibles, Dupieux brode une fable plutôt agréable, au texte souvent savoureux, magnifiquement servi par un Raphaël Quenard qui prend de film en film une épaisseur considérable. On n'oubliera pas de sitôt son interprétation à la fois calme et fiévreuse, émouvante et horripilante, amusante et inquiétante.

Yannick doit donc probablement son relatif succès à la prestation de son acteur principal (Pio Marmaï est aussi très bien), tant le film tourne assez vite un peu court, jouant un peu trop d'un même jeu de ficelles, certes efficaces, mais un poil lassantes. La fin ne m'a pas convaincu non plus, rompant le pacte burlesque grinçant qui fait le charme du film.

Un Dupieux plaisant, de plus agréablement court.

 

2e

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Mission : Impossible - Dead reckoning part 1

Rappelons-nous ce qui nous plaisait dans les James Bond de l'ancien temps : un héros charismatique, des personnages secondaires bien dessinés, des scènes d'action spectaculaires et réalistes, des décors somptueux, une écriture complexe mais lisible.

Aujourd'hui, ce que la franchise 007 n'offre plus, Ethan Hunt le dispense à foison. Mission Impossible 7 est en effet un film d'action comme on n'en fait plus beaucoup. Passé une première séquence un peu poussive dans le désert qui fait craindre le pire, on est entraîné dans une aventure aux multiples personnages reliés par des histoires complexes, trouvant souvent leur origine dans les épisodes précédents.

Le scénario évite ainsi les principaux écueils de ce type de production : le manichéisme et la superficialité. Les scènes d'action sont vraiment impressionnantes, revisitant les grands classiques (course poursuite en voiture, combat sur le toit d'un train) avec brio et une pointe d' humour bienvenue.

Les principaux décors (l'aéroport d'Abu Dhabi, Rome, Venise, le train) sont exploités à fond. Pas seulement comme carte postale (ce qui est maintenant le cas dans les James Bond), mais comme terrain de jeu à part entière dont il est plaisant d'explorer les coins et les recoins.

L'ensemble est teinté d'une réflexion plutôt réussie sur l'IA et la façon dont le numérique envahit nos vies, et d'un vague sentiment de nostalgie triste et désabusée, qui font des héros de véritables êtres humains.

Les 2h47 du film passent très vite, et franchement, vous auriez tort de vous priver de ce shoot de plaisir pur, à l'ancienne. Une réussite.

 

3e

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Les herbes sèches

Au fur et à mesure que la filmographie de Nuri Bilge Ceylan se remplit, son statut de plus grand réalisateur vivant se confirme.

Les herbes sèches permettent de retrouver la richesse exceptionnelle de Winter Sleep et de Il était une fois en Anatolie : tout dans le film respire l'intelligence et le talent. Les thématiques abordées sont diverses et profondes, triangle amoureux, accusation de harcèlement, corruption, terrorisme, propriété, rapport au corps, majesté de la nature,... on ne peut que s'épuiser à lister tout ce que film charrie comme interrogation, débat et interpellation.

Le propos pourrait sembler abscons s'il n'était servi par un sens incroyable de la mise en scène. Les paysages hivernaux sont sublimés par l'oeil de Ceylan, et les mouvements de caméra sont souvent d'une beauté à couper le souffle. La scène du repas entre le personnage principal et  Nuray (prix d'interprétation féminine à Cannes pour Merve Dizdar) est de toute beauté. Un immense moment de cinéma, bousculé par une scène qui rompt le quatrième mur dans un élan sidérant. Il y a dans cette séquence un plan filmé au-dessus de la tête du personnage féminin, qui marque un moment de bascule, et qui m'a littéralement sidéré par sa beauté.

Ajoutons à tout cela des photographies sublimes (c'est le premier métier de Ceylan), un souffle constant qui font passer les 197 minutes du films en un éclair, des idées à tous les plans, une immersion infiniment exotique dans l'Est de la Turquie, un sens de la nuance qui n'a aucun équivalent dans le cinéma mondial actuel, et vous obtiendrez un des tout meilleur film de l'année.

Nuri Bilge Ceylan sur Christoblog : Uzak - 2002 (****) / Les trois singes - 2008 (***) / Il était une fois en Anatolie - 2011 (****) / Winter sleep - 2013 (****) / Le poirier sauvage - 2018 (***)

 

4e

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Concours Cette sacrée vérité : Gagnez 2 médiabooks

l'occasion de sa sortie, je vous propose avec Wild Side de gagner 2 exemplaires du très beau mediabook (DVD + livre + Blu-ray) du chef d'oeuvre de Léo McCarey, Cette sacrée vérité, avec Cary Grant et Irene Dunne.

Pour ce faire :

- répondez à la question suivante : quel est le nom du chien qui figure dans le film ?
- joignez votre adresse postale
- envoyez moi le tout par ici avant le 19 juillet 20 h.
 

Un tirage au sort départagera les gagnants. Vous recevrez ensuite le DVD envoyé par le distributeur. NB : un des deux DVD sera attribué par tirage au sort à un participant ayant aimé ma page FB ou mon compte Twitter ou s'étant abonné à la Newsletter du blog (n'oubliez pas pour participer à ce tirage au sort spécial de me donner votre pseudo dans votre réponse, pour que je fasse le lien).

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Une nuit

Une nuit commence comme Before sunrise : un homme et une femme se rencontre dans les transports en commun (le train là, le métro ici), puis passent une nuit à errer dans une grande ville (Vienne là, Paris ici), à tomber amoureux l'un de l'autre et à se raconter leur vie jusqu'au petit matin. Dans les deux films, on voit les lieux qu'ils fréquentent vides, on découvre des pans de leur passé par éclair, et on ne sait pas jusqu'à la fin s'ils se reverront ou pas.

Il y a pourtant une différence de taille entre les deux films, que je ne dévoilerai pas ici pour ne pas gâcher le plaisir du spectateur (et même si le film lui-même donne un peu trop vite à mon goût des éléments à ce sujet).

J'ai vraiment accroché à cette histoire toute simple, racontée avec de très modestes moyens, et presque exclusivement basée sur la complicité amicale d'Alex Lutz et Karin Viard, tous deux excellents, que les deux protagonistes parviennent miraculeusement à transformer en chaleur amoureuse. J'ai trouvé notamment que le film parvenait très bien à donner à ressentir temps qui passe, et la façon dont évoluent les sentiments.

Une nuit confirme pour moi le talent d'Alex Lutz, qui donne ici, après Guy, une nouvelle preuve de son talent de directeur d'acteur et de scénariste.   

Un très bon moment.

Alex Lutz sur Christoblog : Guy - 2018 (***)

 

3e

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