Dans Sunset, Laszlo Nemes reprend exactement les mêmes techniques que dans Le fils de Saul : caméra toujours très proche du visage du personnage principal, absence de profondeur de champ exacerbée, bande-son hyper-travaillée au point de paraître parfois artificielle, confusion volontaire dans la narration.
Alors que le sujet de son film précédent se prêtait admirablement bien à ses effets qui concourent tous à obscurcir et rendre flou (au propre comme au figuré) le hors champ, celui de Sunset aurait eu à l'inverse besoin d'éclaircissements.
On ne comprend en effet pas grand-chose à cette histoire de chapelière qui cherche son frère à Budapest, alors que l'Empire austro-hongrois entame son déclin. Il est question de drame familial passé, de persécution des Juifs, de terrorisme anarchiste (je crois) et sûrement d'autres choses qui m'ont échappées.
Si on accepte donc de ne pas tout comprendre d'un film, disons-même de ne pas en comprendre la plus grande partie, alors Sunset pourra impressionner par son formalisme brillant et ses qualités de mise en scène exceptionnelles. Peut-être certains pourront se laisser pénétrer par ce manque d'intrigue et cette narration atmosphérique, qui ne possède toutefois pas le pouvoir de fascination quasi-mystique que certains autres grands réalisateurs ont su porter à l'écran (Tarkowski, Angelopoulos).
Je me suis ennuyé.
Laszlo Nemes sur Christoblog : Le fils de Saul - 2015 (****)
C'est la deuxième année que Séries Mania pose ses valises à Lille après avoir longtemps été hébergé au Forum des Images, à Paris (de 2010 à 2017).
Je n'avais pas pu fréquenter le Festival l'année dernière mais je vais tenter de me rattraper cette année, même si (et il ne donne pas de lui-même une image très sympa sur ce coup) il est le seul de la région à ne pas avoir accepté de m'accréditer Presse.
Parmi les séances que j'aimerais voir :
- Chambers, une nouvelle série Netflix avec Uma Thurman (qui sera à Lille)
- Eden, une mini-série réalisée par Dominik Moll, qui sera projetée intégralement
- The virtues, série anglaise de Shane Meadows (le réalisateur de This is England)
- Mytho, la nouvelle production de Fabrice Gobert (Les revenants)
- Flack, avec Anna Paquin
J'assisterai peut-être aussi à une conférence sur Le bureau des légendes ou je me retrouverai en train de regarder une série israélienne, russe, indonésienne, coréenne, croate ou danoise, un samedi matin à 11h...
Les geeks viseront quant à eux les premiers épisodes de la deuxième saison de The OA, présentés pour la première fois à Lille, la nuit Games of Thrones, lors de laquelle le meilleur épisode de chaque saison sera projeté, ou encore plus fun : les deux premiers épisodes de la nouvelle version de The twilight zone !
Les bons documentaires, quand ils sont inspirés et objectifs comme celui-ci, ont le pouvoir de générer une qualité d'émotion qui est différente de celle que l'on éprouve en regardant une fiction.
Si vous ne connaissez rien à Alexander McQueen (ou plus généralement à la mode, comme moi), alors ce film est fait pour vous.
D'une façon très pédagogique, les réalisateurs Ian Bonhôte et Peter Ettedgui nous font découvrir la carrière, la vie et la mort d'Alexander McQueen, en illustrant chacun des six chapitres du film par une collection spécifique. Cette progression chronologique a un double mérite : elle permet de suivre l'évolution de l'adolescent maladroit au créateur reconnu tout en expliquant l'évolution de sa personnalité jusqu'au drame final, et d'autre part il fait toucher du doigt le génie créateur de McQueen à travers ses défilés.
J'ai été absolument bluffé par l'ampleur et la profondeur du talent développé par le jeune anglais : les présentations de ses collections étaient conçus comme des spectacles totaux au service d'un thème, et les images de défilés comme Voss ou Plato's Atlantis hanteront probablement longtemps la mémoire des spectateurs.
On est émus aux larmes à de nombreuses reprises dans le film, que ce soit par la beauté irréelle des créations ou par les évènements tragiques qui relèvent de la vie privée de McQueen. Nombre de témoignages sont absolument bouleversant.
Je me demande comment j'ai pu passé aussi longtemps à côté du Bureau des légendes, incontestablement la meilleure série française que j'ai vue jusqu'à présent.
Après avoir avalé à la suite les cinquante épisodes des quatre saisons, ce qui m'impressionne le plus, c'est la constance dans la qualité. Pas beaucoup de baisses de régime en effet, sauf peut-être dans la deuxième partie de la quatrième saison, qui semble un peu expédiée.
A part ce petit coup de mou, d'ailleurs tout relatif, la série brille par ses qualités, dont la plus impressionnante à mes yeux est sa qualité d'écriture. Les trajectoires des personnages sont en effet complexes, les évènements difficilement prévisibles, l'intrication des arcs narratifs subtile et addictive.
La mise en scène d'Eric Rochant est à la hauteur de ce qu'on voit de mieux au cinéma. Les décors sont superbes, les scènes d'action prenantes. Il se dégage des mondes que l'on croise dans la série, et qui sont très divers (la violence des tortures, l'univers feutré de la DGSE, la vie quotidienne des banlieues), un sentiment de réalité. Que l'on parcourt les rue de Raqqa ou qu'on folâtre au bord de la piscine d'un riche iranien, on éprouve une impression d'immersion extraordinaire.
Je n'ai pas été par contre convaincu par les deux derniers épisodes de la saison 5, confiés à Jacques Audiard : j'ai trouvé que la finesse de Rochant s'effaçait trop devant l'efficacité pachydermique d'Audiard (à l'image de ce gros plan sur le feu rouge qui indique clairement la façon dont se terminera cette saison).
Si Le bureau des légendes mérite tous les louanges qui lui sont adressés, c'est aussi grâce à son casting impressionnant, digne là encore d'un très bon film de cinéma : outre un Mathieu Kassovitz réellement magnétique, on se régale à retrouver Florence Loiret-Caille (si bonne chez Solveig Anspach), Léa Drucker (récemment césarisée à juste titre), Sara Giraudeau, Mathieu Amalric, et Jean-Pierre Darroussin, absolument formidable. Même Louis Garrel et Mathieu Amalric, qui peuvent souvent m'énerver dans leur composition, trouvent ici un ton absolument juste. Le moindre second - ou troisième - rôle semble toujours judicieusement choisi.
Une autre grande qualité de la série est de coller parfaitement à l'actualité. Chaque saison aborde avec justesse et précision un aspect spécifique : découverte du monde de l'espionnage, Français s'enrôlant chez Daesh, développement des techniques de cyber-espionnage (même si on n'y comprend pas grand-chose), relations entre les services secrets des différents pays.
En ne sacrifiant jamais au pittoresque, tout en ménageant les effets qu'on attend d'une bonne série (destin tragique de certains personnages, cliffhangers), la série phare de Canal+ réalise le programme d'une excellente série : divertir, intriguer, enrichir.
J'espère de tout coeur que l'aventure va se poursuivre, et j'envie ceux qui n'ont pas encore eu le plaisir de se plonger dans le monde impitoyable du Bureau des légendes.
Le dernier film de Xavier Dolan semble constitué de guimauve. Il n'a ni sang, ni nerfs, ni colonne vertébrale.
Au milieu de l'océan de mièvrerie poisseuse que constitue Ma vie avec John F. Donovan j'ai longtemps guetté un éclair de génie, qui rappellerait Mommy ou Laurence anyways. Mais malheureusement le film m'a paru s'aggraver au fil des plans, devenant de plus en plus inconsistant.
L'histoire n'est d'abord ni très crédible, ni très intéressante. La mise en scène est grossière, multipliant certains tics dolaniens qui semblent ici toujours tomber sur la face "mauvais goût". La direction d'acteur est catastrophique : Kit Harington expose ses limites sans vergogne, Natalie Portman minaude, Thandie Newton est ridicule en dure journaliste soudain sous le charme du beau gosse enjôleur.
Il y a dans le film, à l'instar de certaines parties de l'interview ou de cette scène horrible sous la pluie entre la mère et le fils, des moments où le spectateur a honte de faire partie d'une telle mascarade, où l'envie de hurler STOP s'empare brutalement de tout son cerveau : stop à l'enfilade de poncifs mielleux, stop à l'esthétique de roman-photo à l'eau de rose, stop au débordement dégoulinant d'égo sur la toile.
Objet étrange que ce film singapourien, Léopard d'Or du dernier festival de Locarno.
Les étendues imaginaires oscille sans cesse entre un drame social explorant les conditions de travail dans l'île-état (le développement incontrôlé, la main d'oeuvre surexploitée des immigrés bangladais) et la balade onirique et éthérée.
En cela il ressemble beaucoup au très beau film de Davy Chou, Diamond island, en un peu moins convaincant.
On suit d'abord l'enquête d'un flic vaguement dépressif, puis on bascule sur l'histoire de celui qu'il recherche, un jeune travailleur qui se blesse à un bras. Les deux lignes narratives ont un point commun, qui est un salon de jeux vidéo géré par un personnage féminin et mystérieux, jouée par la magnifique Yue Guo, déjà repérée dans Kaïli blues.
Tout cela est très bien photographié et vaporeux à souhait. Il ne faut pas y chercher la résolution d'enjeux dramatiques, mais plutôt les plaisirs générés par une rêverie poétique solidement ancrée dans le réel.
Je le conseille aux aventuriers aux goût orientaux.
Lors de la première, on suit l'avancée poussive d'une intrigue simpliste qui détaille la façon dont une cinquantenaire drague un jeune homme sur internet en se faisant passer pour une jeune fille de 23 ans. Juliette Binoche multiplie les minauderies excessives pour faire exister son personnage et le film se résume principalement à une accumulation de poncifs éculés (oui, "payer au lance-pierre" est une expression de vieux) et de péripéties prévisibles.
Dans sa seconde partie, le film de Safy Nebbou change du tout au tout. Le scénario, dont je ne mesure pas la fidélité au roman de Camille Laurens dont il est tiré, procède alors à une sorte d'escalade de rebondissements qui redonne un peu d'intérêt au film, même si l'accumulation de situations improbables finit aussi par lasser.
Celle que vous croyez est donc un petit film bancal qui alterne le pire (la séance de masturbation dans la voiture) et le moyen (au moins un des twists est bien vu), sans jamais convaincre totalement. Juliette Binoche surjoue l'énamourement d'une telle façon que cela en devient parfois gênant (sa façon de sourire béatement lors de longs travellings arrière), et seule la vague explication que son rôle est au fond celui d'une psychopathe peut excuser ses maladresses.
En s'attaquant au terrible sujet de la dictature des Khmers Rouges, ce film d'animation de Denis Do ne fait pas dans la facilité : pas évident en effet d'évoquer l'horreur avec les lignes claires d'une sage animation.
Le début de Funan est d'ailleurs un peu trompeur. Le spectateur est invité à partager une gentille chronique de la vie quotidienne d'une famille cambodgienne. Les couleurs sont plutôt pastel, le trait des dessins presque évanescent.
Puis, petit à petit, le film devient un road trip un peu plus tendu, avant de descendre progressivement dans les différents cercles de l'horreur : camps, traitements inhumains à grande échelle, rapports complexes entre bourreaux et victimes, scènes de terreur pure.
Quand la lumière se rallume, on a du mal à croire que la quiétude des premiers plans du film ont pu nous mener à la catastrophe finale (entre 1 et 2 millions de cambodgiens sont morts entre 1975 et 1979), exactement comme si un film commençait sous les pommiers en fleurs d'un tranquille shetl de la campagne polonaise pour se finir à Auschwitz.
Denis Do dit s'être inspiré des récits de sa grand-mère pour réaliser son film. C'est peut-être ce qui donne à Funan ce beau mélange de force et d'extrême sensibilité.
Il y a un paradoxe terrible dans le film d'Adam McKay : il est à l'évidence à charge, mais il nous amène quasiment, de par son ton gentiment ironique, à apprécier le personnage de Dick Cheney, sûrement un des hommes politiques américains les moins aimables de ces trente dernières années.
Georges W. Bush et Donald Rumsfeld sont dépeints comme tellement idiots que Cheney en paraît intelligent...
La mise en scène tape à l'oeil, les anecdotes croustillantes et le montage foutraque nuisent finalement au propos, qu'on aimerait plus dense et profond. Alors que Vice doit être probablement très documenté, il apparaît comme une plaisante satire, pas désagréable à regarder mais qui ne nous apprend presque rien de nouveau.
Malgré ces réserves, le film mérite d'être vu pour au moins une raison : la performance irréelle de Christian Bale, qui habite magnifiquement son personnage avec une taiseuse intensité.
Pas grand-chose à critiquer, ni à louer, dans le dernier film de Denys Arcand qui vient clôturer une trilogie très informelle débutée avec Le déclin de l'Empire Américain (1986), et poursuivie avec Les invasions barbares (2003).
Le film est une pochade sensible, baignée d'un mauvais esprit assez réjouissant. L'anti-héros de service (très bon Alexandre Landry) va à son corps défendant devenir propriétaire d'une énorme somme d'argent, qu'il va utiliser pour le bien commun en utilisant les possibilités de magouilles offertes par la finance internationale. Il sera épaulé dans son entreprise par un vieux briscard roué (Rémy Girard) et une call-girl aussi futée que sa plastique est attractive (l'étonnante animatrice télé Maripier Morin).
On passe un bon moment à regarder ce conte totalement irréaliste, qui trouve son intérêt dans la véracité des réactions psychologiques des différents personnages. Certaines scènes (la discussion introductive dans le bar, le défilé des prétendants au blanchiment) sont franchement jouissives.
Un divertissement sans prétention, à voir comme tel.
Le nouveau Jia Zhang-Ke ressemble tellement au précédent (Au-delà des montagnes) que cela en devient gênant : récit elliptique sur le temps long, découpage en trois parties, rémanence des sentiments, occasions manquées, fuite irrémédiable du temps, rôle cathartique d'une chanson pop.
Le problème est qu'ici tout le charme du cinéma de Jia Zhang-Ke paraît plaqué. Quelque chose s'est brisé.
L'élégance devient parfois maniérisme, l'allusion approximation, et l'originalité prétention. L'ensemble donne l'impression de redite.
Au rayon des points positifs (il faut quand même dire que le réalisateur chinois est un styliste hors pair) : la mise en scène fluide et le jeu de l'actrice Zhao Tao (par ailleurs compagne de Jia Zhang-Ke). C'est assez peu pour compenser le sentiment de gâchis et de bégaiement que procure la vision des Eternels.
L'intention du réalisateur Antoine Raimbault est louable : donner à sentir l'ambiance d'un procès, situer les enjeux de la Justice, explorer les limites entre les preuves et l'intime conviction et accessoirement assurer le show en confiant à Olivier Gourmet le rôle du volcanique Eric Dupond-Moretti.
Le souci du film est de trouver son équilibre. D'un côté il expose des bribes de l'affaire Viguier (mais on est parfois un peu frustrés de ne pas avoir toutes les cartes en main), de l'autre il plaque sur un aspect documentaire le personnage inventé de Nora, réduit à la simple expression de son obsession : Nora a été jurée du premier procès et possède l'intime conviction que Viguier est innocent. Les deux parties ne se marient qu'imparfaitement.
Le personnage de Nora, interprété par Marina Foïs, m'a paru sur-écrit. Le scénario semble surligné à chacune de ses interventions : Nora est tellement à fond qu'elle (cochez les cases) expédie sa sexualité, ne peut pas tomber amoureuse, va perdre son boulot, fout le feu à sa maison, néglige son fils, ne voit plus les voitures dans la rue, etc. C'est lourdingue et surtout dépourvu de finesse psychologique.
Par contraste le personnage de Dupond-Moretti est plus intéressant, et on se demande pourquoi Raimbault n'a pas concentré son film sur ce qu'il représente. Il y aurait eu probablement de belles choses à creuser dans sa façon de penser la meilleure manière de rendre la justice.
Une intime conviction est un film bancal, qui ne convainc pas totalement et confirme la difficulté du cinéma français à produire de bons "films de prétoire", à la hauteur de 12 hommes en colère. On est parfaitement en droit de préférer le récent film de Chritain Vincent, L'hermine, à celui de Raimbault.
En choisissant de s'attacher au cheminement personnel de trois des victimes du père Preynat, plutôt qu'à l'enquête en elle-même, François Ozon réussit un coup de maître.
Son film évite en effet du coup le piège du film-dossier et celui du film à charge : Grâce à Dieu est avant tout le portrait sensible de trois personnalités fort dissemblables qui vont devoir lutter contre le même démon, avec des armes bien différentes, mais une pugnacité équivalente.
Le spectateur est plus d'une fois submergé par l'émotion durant ce film. Le scénario à la fois fin et détaillé, la mise en scène sobre et prenante : tout concourt à nous prendre à la gorge, au coeur, et aux tripes.
Mais le plus remarquable dans ce très beau film, c'est la prestation des trois acteurs principaux. Melvil Poupaud, en fervent catholique tenace et un peu naïf, est comme d'habitude parfait. Denis Ménochet trouve dans ce film un rôle qui lui convient à merveille : athée gouailleur et gentiment éruptif, il a un petit quelque chose de Depardieu. Quant à Swann Arlaud, il livre une prestation exceptionnelle, donnant ici le meilleur de lui-même : sensible, écorché et fragile.
Le film est un miracle : il parvient à émouvoir constamment sans accabler les bourreaux, qui paraissent au final faibles et ridicules.
Le meilleur film d'Ozon, et probablement un des meilleurs films français de 2019.
Vous recevrez ensuite les invitations, envoyées directement par le distributeur.
NB : deux des cinq lots seront attribués par tirage au sort à des participants ayant aiméma page FBou mon compteTwitter ou s'étant abonné à la Newsletter du blog (n'oubliez pas pour participer à ce tirage au sort spécial de me donner votre pseudo dans votre réponse, pour que je fasse le lien).
Quel beau film que ce documentaire tourné dans un centre pour handicapés de la région de Lille, La pépinière.
L'approche des deux réalisatrices Caroline Capelle et Ombline Ley est originale : elles invitent les résidents du centre à jouer des scènes de leur vie quotidienne, ce qui donne un film qui se situe dans un entre-deux très excitant.
Le film alterne les plans lointains, à chaque fois très signifiants, et des scènes au contraire proches des résidents du centre, qui sont tous à la fois émouvants et très intéressants. On se souviendra souvent du Batman silencieux, du garçon en fauteuil roulant, d'Ophélie qui chante et de la jeune aveugle très "maîtresse de classe", très sûre d'elle. Chacun et chacune se dévoile progressivement, par accumulation de petites touches délicates et de mise en scène élaborée.
Dommage que ce très beau film ne sorte que dans 19 salles en France : c'est triste et immérité.
Felix Van Groeningen a souvent montré son goût pour la mièvrerie, mais celui-ci était pour l'instant dissimulé par un burlesque grinçant typiquement belge (Belgica, La merditude des choses) ou une mélancolie mélodramatique sur-développée (Alabama Monroe).
Ici, le rouleau compresseur de la normalité américaine renvoie malheureusement le réalisateur à ses limites : My beautiful boy est affreusement convenu et ses tentatives d'émouvoir échouent lamentablement.
La faute en revient principalement aux acteurs. Rarement l'expression "balai dans le cul" aura connu meilleure illustration que celle fournie par la prestation terne et guindée de Steve Carell. Quant à Timothée Chamalet, trop propre et mignon pour être crédible en junkie jusqu'au-boutiste, il fatigue par ses minauderies tiédasses.
Félix Van Groeningen tente de masquer l'incurie de son scénario derrière des afféteries inutiles (le montage mélangeant différentes périodes), et on reste interdit devant l'exploit que constitue ce film : laisser complètement froid le spectateur, avec une histoire qui intrinsèquement devrait être bouleversante.
Vous recevrez ensuite le DVD envoyé directement par le distributeur.
NB : un des quatre DVD sera attribué par tirage au sort à un participant ayant aiméma page FBou mon compteTwitter ou s'étant abonné à la Newsletter du blog (n'oubliez pas pour participer à ce tirage au sort spécial de me donner votre pseudo dans votre réponse, pour que je fasse le lien).
Comme souvent chez Lanthimos, je suis partagé entre l'admiration et l'agacement.
Côté admiration, il faut reconnaître l'inventivité de la mise en scène, l'élan général du projet artistique, la manière amusante de revisiter le film en costume et l'interprétation magistrale des actrices.
Olivia Coleman, que j'ai adoré dans la série Broadchurch et dans le film Tyrannosaur, trouve ici probablement le meilleur rôle de sa carrière. Elle est tour à tour intrigante, touchante, énervante. Le personnage qu'elle campe est l'épine dorsale du film, sa substantifique moelle et son véritable coeur. La tristesse générée par la perte de ses dix-sept enfants permet au personnage d'Anne d'acquérir une épaisseur émotionnelle que Lanthimos n'avait pour l'instant jamais atteint.
Côté agacement, la virtuosité un peu vaine, le capharnaüm des focales et des cadrages qui à mon sens ne parvient pas à donner au film une esthétique cohérente, un récit trop prévisible dans sa dernière partie et quelques longueurs.
Le résultat final est toutefois assez plaisant à regarder même si la stimulation intellectuelle intense que généraient les scénarios des précédents films de Lanthimos est ici en grande partie absente.
American animals est tiré de l’histoire vraie de quatre étudiants américains ayant projeté un casse majeur (et culturel, il s"agit de dérober de très vieux livres) sur le campus de leur université.
Il présente une particularité étonnante : celle d’intercaler dans son récit de fiction joué par des acteurs des interviews en plan fixe des véritables protagonistes de l’affaire.
Le procédé pourrait rapidement sembler pesant et ce faisant empêcher de croire en l’histoire interprétée sous nos yeux. Ce n’est pourtant pas le cas, grâce en particulier aux talents des acteurs, qui font de cette aventure humaine hors du commun un vrai moment de vie. Barry Keoghan, qui jouait l'ambigu jeune homme dans Mise à mort du cerf sacré, est de nouveau très bon.
Du mélange fiction / vie réelle naît au final une impression légère de sourde nostalgie, assez émouvante. On perçoit très bien les différentes phases de l’affaire : le besoin irrépressible de vivre quelque chose de fort (amitié, adrénaline, projet commun), le fiasco prévisible façon Pieds Nickelés, puis l’irrésistible victoire de la triste et insidieuse réalité.
Il est très étonnant que ce joli film réussi, présenté en compétition au dernier Festival de Deauville, n’ait pas trouvé le chemin des salles françaises : il l’aurait mérité.
Le début de Sorry to bother you est prometteur. Le personnage joué par Lakeith Stanfield est assez amusant : jeune Noir fauché qui se découvre un talent surprenant pour la télévente grâce notamment à son accent « de blanc », qui l’aide à placer des ventes.
L’anecdote rappelle la voix de blanc qui permettait à Ron Stallworth d’infiltrer le Ku Klux Klan dans Blackkklansman : Sorrry to bother you évoque d'ailleurs dans sa première partie un peu le film de Spike Lee, par son allant et son énergie.
Alors que le spectateur se demande quel film il est exactement en train de regarder (comédie sentimentale légère ? critique sociale de la société de consommation ? film militant pour la cause noire ?), le réalisateur Boots Riley choisit d’emprunter une voie assez surprenante : celle de l’uchronie déjantée.
Sorry to bother you devient alors une farce dans laquelle un fantastique coloré et grinçant fleurit. On pourra ne pas suivre ce pari osé. J’ai été pour ma part autant dérouté que séduit, et il me faut admettre que le montage alerte du film et son scénario bien huilé ne laissent finalement que peu de place à l’ennui.
Il est peut-être dommage que Boots Riley reste assez sage dans son délire : il manque au film cet élément foutraque (que manie si bien Wes Anderson) qui le rendrait vraiment aimable. Une curiosité à voir, si vous aimez le cinéma US indépendant décalé.