Ci-dessous un courriel reçu à propos de
Faust
Cher Christoblog
J'a appris que vous décerniez annuellement le Prix du Grand Film Con du Grand Auteur Qui Se La Pète.
Permettez-moi d'attirer aujourd'hui votre attention sur le dernier film d'Alexandr Sokurov, qui me semble un candidat idéal pour 2012.
Le Grand Film Con se distingue d'abord par un maniérisme un peu pédant, et il se trouve que Faust cumule d'emblée plusieurs atouts : un écran presque carré (avec des coins arrondis,
façon Instagram du riche) et déformations de l'image. Des procédés d'ailleurs curieusement utilisés par un autre prétendant : Post Tenebras Lux de Reygadas, présenté à Cannes, mais je
m'égare.
Outre son aspect formel alambiqué et chichiteux, Faust écrasera probablement sa concurrence par une intensité de dialogues incompréhensibles et creux qu'aucune autre oeuvre récente, aussi bavarde
et absconse soit-elle, n'est capable d'égaler à mes yeux.
Le public de la salle dans laquelle j'ai subi ma séance de torture de 2h14 a largement contribué à ma décision de vous soumettre ce film. En effet, j'ai pu constater de mes yeux tous les
symptômes occasionés par un lauréat du GFCGAQSLP : asssoupissements plus ou moins volontaires, trépignements, ronflements, changement de fesse, oscillation d'avant en arrière, objets qui tombent
(les actes manqués !), nettoyage intempestif de lunettes, téléphones portables qui vibrent opportunément, etc... A noter que contrairement à votre brillante théorie du Saut à l'élastique exposée
dans votre article sur Le cheval de Turin, j'ai même assisté à un départ définitif.
Je sais que vous voyez beaucoup de films ennuyeux, cher Christoblog, et que votre connaissance dans le domaine des errements crypto-philosophiques est vaste et profonde, mais si mon plaidoyer ne
vous a pas encore convaincu, je peux ajouter :
- des personnages et des costumes ridicules (le chapeau de la photo ci-dessus ne suffit-il pas à lui seul à décridibiliser tout le projet ?)
- une utilisation des animaux comme symbole systématique et ridicule (chats, chiens, rats, lapin, cigogne, cheval...)
- un décors final à mi-chemin entre Valhalla rising et la fin new age de The tree of life
- une voix off envahissante
.... et mille autre petites tartufferies prétentieuses.
Voilà. J'espère sincèrement que la dizaine de tranches de 5 secondes magnifiques visuellement ne fausseront pas votre jugement et que vous saurez reconnaître in fine le caractère à la fois Con,
Grand et profondément Chiant de Faust. D'ailleurs, le film a obtenu le Lion d'Or à Venise et fait la couverture des Cahiers du Cinéma de ce mois : la caution intellectuelle pour
l'intronisation de l'étron est donc avérée.
En vous remerciant pour votre action en faveur de la reconnaissance des plus grosses merdes ennuyeuses de l'histoire du cinéma, cinématographiquement vôtre.