J'attendais beaucoup de ce film, précédé par la réputation avantageuse qu'entretenaient les admirateurs des deux premières oeuvres de Roy Andersson.
Vous connaissez peut-être le principe : 39 plans fixes, présentant des personnages tous lamentables, tristes et figés.
Au rayon des points positifs, il faut reconnaître que la capacité d'Andersson à dessiner de véritables tableaux vivants est remarquable. Les perspectives, les personnages qui se meuvent dans les seconds plans et les mini-histoires qui irriguent certaines scènes parviennent parfois à captiver.
Au rayon des points négatifs, le problème n'est pas tant que le film est très pessimiste sur la nature humaine (comme c'est aussi le cas chez Franco, Haneke ou Seidl), mais plutôt qu'il l'est sur un mode un peu niais. Oui, la guerre c'est moche, l'esclavage c'est pas bien, la solitude c'est triste, et la mort c'est pas cool. Mais on le savait déjà.
Le film est bourré de tics qui m'ont aussi dérangé par leur caractère répétitif : la phrase que plusieurs personnages disent au téléphone, la musique qui revient tout le temps, le sketch des deux représentants de commerce qui se répète plusieurs fois.
Une curiosité donc, qu'on peut voir comme l'illustration d'un univers très personnel, intéressant mais pas captivant.
La planète cinéma est curieusement riche en fratries de réalisateurs(trices). Pour ne citer que ceux qui me viennent immédiatement à l'esprit : Coen, Taviani, Larrieu, Dardenne, Coulin, Wachowski, Farrelly. Et il y en a beaucoup d'autres...
Sollicité par DVDtrafic pour tester ce DVD, je me suis dit que c'était l'occasion rêvée de découvrir le cinéma d'action de la fratrie hongkongaise Oxide et Danny Pang (Bangkok dangerous).
Bien mal m'en a pris. Le film se révèle être un hommage tristement sirupeux aux soldats du feu. Sensiblerie, coups de théâtre téléphonés, et larmes de crocodile sont en effet au programme de cette tour infernale à l'eau de rose.
Si je m'attendais un peu au manque de subtilité du scénario, je pensais au moins assister à du grand spectacle. Que nenni ! Les effets spéciaux sont d'une nullité effarante, reléguant le statut du film à un spectacle de télévision à peine correct. La fumée qui s'échappe du building semble avoir été photoshoppée en vitesse par un stagiaire alcoolisé.
Mises à part ces graves réserves, le film respecte tout de même certains attendus du genre avec des scènes assez bien menées, même si totalement irréalistes, comme celle de l'évacuation de rescapés par une grue de chantier. Les acteurs sont corrects, mais pas de quoi s'échauffer non plus, si je puis dire.
Pulp est un groupe de rock des années 90, mais vous n'avez pas besoin d'être fan pour apprécier cet excellent documentaire de Florian Habicht.
D'abord parce que la star du film est avant tout la ville de Sheffield, cité industrieuse du nord de l'Angleterre, d'où est originaire le groupe. Le film montre superbement la ville à l'occasion du dernier concert du groupe en 2011 : son aspect quelconque, ses kiosques à journaux, ses friches industrielles, ses terrains de foot.
Il montre aussi ses habitants, qui connaissent presque tous le groupe, quelque soit leur âge, leur sexe ou leur origine. Leur propos sont souvent délicieux, et on oubliera pas de sitôt le jeune aux cheveux teints, la chorale locale (irrésistible Help the aged) et les deux enfants assénant un message définitif à tous les parents de la planète.
Tous ces gens sont attachants et leur admiration raisonnée pour l'intelligence de Jarvis Cocker emporte l'adhésion.
Loué par des amis aussi sensibles, le chanteur de Pulp, à la fois dandy charismatique et grande asperge dégingandée, paraît irrésistible et foutrement intelligent. Drôle, inspiré, complètement possédé sur scène, il emporte le coeur du public dans un concert renversant.
Une magnifique découverte, qui n'a pratiquement pas été distribuée en France, comme malheureusement beaucoup d'excellents documentaires.
Du 13 au 24 mai 2015, vous pourrez suivre le Festival de Cannes en direct, tous les jours, sur Christoblog, mais aussi pour plus de réactivité encore sur Facebook et Twitter.
En compétition
Cette année, grosse présence française en compétitiion officielle, respectant parfaitement la parité : 2 réalisateurs (Jacques Audiard avec Dheepan, et Stéphane Brizé, auteur du merveilleux Quelques heures de printemps, avec La loi du marché) et 2 réalisatrices (Maïwen avec Mon roi, et Valérie Donzelli avec Marguerite et Julien, tiré d'un scénario écrit pour Truffaut mais jamais tourné).
Thierry Frémaux a même ajouté un cinquième film en complément, tourné aux USA par Guillaume Nicloux : Valley of love, avec Gérard Depardieu et Isabelle Huppert.
L'autre pays très présent sera l'Italie avec trois poids lourds habitués des palmarès cannois : Nanni Moretti avec Mia Madre cherchera sa deuxième Palme d'Or, Paolo Sorrentino avec Youth poursuivra une série exceptionnelle de sélection (rappellons que tous ses films ont été présentés en compétition à Cannes) et Matteo Garrone risque d'affoler la Croisette avec Tale of tales, film fantastique sanglant et libertin.
En 2014 j'avais espéré la Palme pour Nuri Bilge Ceylan : je parierais cette année sur une Palme pour un de mes deux réalisateurs préférés : Jia Zhang-Ke avec Mountains may depart ou le délicieux Hirokazu Kore-Eda avec Notre petite soeur, dont les premières images fixes m'émeuvent déjà aux larmes. A noter le retour du grand taïwanais Hou Hsiao Hsien avec un film d'art martial déjà culte au vu de son incroyable durée de tournage (quatre ans) et de ses dépassements budgétaires : The assassin.
Modeste sélection américaine cette année : Gus Van Sant cherchera une seconde Palme d'Or avec The sea of trees, tourné au Japon, et Todd Haynes présentera une histoire d'amour lesbien dans les années 50 : Carol. Cate Blanchett et Rooney Mara seront-elles les Léa Seydoux et Adèle Exarchopoulos de 2015 ? Le canadien Denis Villeneuve a tourné aux USA Sicario, un thriller avec Benicio del Toro.
J'attendrai énormément de Louder than bombs du norvégien Joachim Trier, dont j'avais adoré Oslo, 31 août.
Enfin, trois outsiders peu connu : le grec Yorgos Lanthimos, fer de lance de la nouvelle vague de cinéastes grecs, présentera The lobster (un film "auquel on ne comprend pas tout" a dit Thierry Frémaux), l'australien Justin Kurzel, très remarqué pour son premier film ultra violent Les crimes de Snowtown, présentera un Macbeth avec Marion Cotillard. Enfin, un premier film se déroulant dans un camp de concentration, Le fils deSaul du jeune hongrois Laszlo Nemes, va à coup sûr relancer le débat sur la représentation de la Shoah au cinéma.
L'Amérique latine sera représentée par Chronic du mexicain Michel Franco.
A noter l'absence d'Arnaud Desplechin et de Miguel Gomes, relégués à la Quinzaine, et de Weerasethakul, Mendoza et Kawase, exilés à Un certain regard. On remarquera également l'absence de films espagnols, anglais, africains et allemands.
Un certain regard
Ces dernières années, la section Un certain regard semblait servir de séance de Ligue 2 pour de grands auteurs non retenus (Sofia Coppola, Claire Denis, Pascale Ferran...). Thierry Frémaux confirme cette année avec sa liste complémentaire : AN, de Naomi Kawase, Rak ti Khon Kaen d'Apichatpong Weerathekakul et Taklub du philippin Brillante Mendoza étaient tous les trois annoncés en compétition.
La sélection comporte cependant beaucoup de découvertes pures avec des films en provenance de Roumanie, de Corée, d'Inde (deux films pour chacun de ces trois pays, ce qui dessine une belle cartographie de la vitalité cinéphilique mondiale), d'Islande, de Croatie, d'Iran, d'Ethiopie (pour la première fois à Cannes) et du Mexique.
Même élan de fraîcheur pour les deux films français sélectionnés : le premier film de Laurent Larivière (Je suis un soldat) et le deuxième film d'Alice Winocour, très remarquée pour son premier, Augustine (Maryland). Ce dernier promet une montée des marches classieuse avec Diane Kruger et Matthias Schoenaerts.
Deux films un peu à part. The other side, un documentaire de l'italien Roberto Minervini, qui montre les dessous du rêve américain et arrive avec un buzz incroyable et Vers l'autre rive, film de fantômes, du très élégant Kiyoshi Kurosawa.
Hors compétition
Les films en sélection, mais hors compétition, fleurent bon les USA et le box office : Pete Docter de Disney/Pixar pour Vice-Versa, George Miller pour Mad Max Fury Road, Mark Osborne (Kung fu Panda) pour un film d'animation tiré de Saint Exupéry, Le petit prince, et Woody Allen pour Irrational man.
Quelques autres films seront projetés à Cannes, qui feraient le bonheur de n'importe quel festival au monde : le premier film de Natalie Portman (Une histoire d'amour et de ténèbres) et les derniers films de Samuel Benchetrit (Asphalte), Souleymane Cissé (Oka), Barbet Schroeder (Amnesia) et Robert Guédiguian (Une histoire de fou).
Qu'il est agréable parfois de voir un bon film académique ! Dans Le labyrinthe du silence, vous chercherez en vain une quelconque originalité du point de vue cinématographique. L'histoire qu'il raconte est par contre passionnante, les acteurs excellents, et le scénario formidablement écrit.
Nous sommes en 1958 en Allemagne, et peu d'Allemands connaissent le nom d'Auschwitz. Un jeune procureur va être amené, par un concours de circonstances improbable, à s'intéresser au sujet. Cette quête menée au départ par ambition va se transformer peu à peu en réflexion sur son pays, sa famille et ses valeurs.
Le film brille par de nombreuses facettes : il refuse obstinément de sombrer dans le sentimentalisme de bas étage, évite soigneusement toute une série de défauts inhérents à ce type de reconstitution (les intrigues privées sur-représentées, les arrangements avec l'histoire, les raccourcis faciles) et propose une reconstitution du début des années 60 admirable.
Le labyrinthe du silence est beau, émouvant, et diablement intéressant. Allez-y de ma part.
Que Peter Bogdanovitch revienne à la réalisation après plus de 10 ans de silence pour réaliser un film à la Woody Allen a quelque chose d'irréel.
Petite musique jazzy, ambiance new-yorkaise, dès les premières images on se croit dans le nouvel opus allenien. Owen Wilson semble d'ailleurs frappé de mimétisme : il a le phrasé, les intonations et l'air faussement candide de maître Woody. Si sa composition est assez plaisante (on le méprise au début, pour finalement l'apprécier), elle n'apporte pas grand-chose de neuf.
Heureusement que les autres personnages apportent une touche un petit peu originale à cette screwball comedy. Je pense bien sûr en premier lieu à Jennifer Aniston, qui campe une psy ravagée et violente absolument craquante. Mais aussi à Imogen Poots, en gourde très convaincante, ou à l'excellent Will Forte, parfait en beau gosse faux-cul.
Broadway therapy est un film d'acteurs, bien servi par une mise en scène solide et un montage au rythme métronomique. Pas inoubliable, mais qui se laisse regarder.
Prenez le cadre. Non seulement le film est au format carré, mais Alonso ajoute un raffinement totalement inutile : les coins sont arrondis. Du coup, on a l'impression de regarder une vieille photo pendant 1h50.
Le scénario est squelettique et tourne assez vite au n'importe quoi fantastico-mystique. Le réalisateur déclare lui-même dans une interview dans Libération : "Aujourd'hui encore, je ne comprends pas tout de Jauja". Et nous encore moins, évidemment...
Les critiques s'extasient devant une photographie qui n'est pas si extraordinaire que ça, même si les paysages de Patagonie sont assez photogéniques. Le grain du film est un peu gros, ce qui donne à certaines images un aspect granuleux assez désagréable.
Beaucoup de spectateurs prendront le film pour une provocation, et le détesteront. Que représente par exemple cette jeune fille des derniers plans : une réincarnation ? Une vision ? On cherche en vain un sens à cet exercice poseur et sans intérêt.
Un film de festival, qui creuse le fossé entre la critique ampoulée et les spectateurs, même bienveillants, même cinéphiles.
Difficile de trouver quelque chose de bon dans le dernier film de Wim Wenders.
La mise en scène est pachydermique, le montage semble fait à la tronçonneuse, la musique est une sorte de brouet néo-hitchcockien.
La photographie est souvent d'une laideur absolue (des lumières trop bleues, trop rouges, trop oranges).
Les acteurs semblent enfermés dans une gangue qui les cantonne stictement à leur rôle. James Franco inspire ainsi deux sentiments différents : l'envie de lui botter le cul, et celui de lui donner des baffes.
Le scénario ressasse sans originalité les thèmes du deuil et de la culpabilité, suite à un accident de la route.
Seules lueurs dans le film, la scène initiale de l'accident et celle de la fête foraine, dans lesquelles Wenders parvient à instiller un soupçon de malaise, et à ressembler (de loin) à du bon Polanski.
Dans le genre film-de-banlieue-au-héros-mutique-qui-se-finira-mal, Jamais de la vie est plutôt réussi.
Pierre Jolivet, qui est un réalisateur très estimable (je me souviens avoir adoré Simple mortel), réussit plutôt bien sa première partie de film. Olivier Gourmet compose un anti-héros particulièrement opaque - probablement son meilleur rôle - et le film tisse autour de lui une trame narrative intrigante.
Les seconds rôles sont réussis (étonnant Benabar en patron sympa) et la photographie glauque rend très présente la cité dans laquelle l'intrigue se déroule.
Malheureusement, la deuxième partie du film verse un peu plus dans la facilité et le déjà-vu, même si la réalisation reste sèche et intéressante.
A voir pour le numéro d'acteur de Gourmet, si on apprécie sa dégaine de gros ours à la fois bedonnant et musclé.
On connait bien la situation de Jafar Panahi. Censuré dans son propre pays, il tourne des films comme il peut, sans équipe technique, et les transmet en Occident comme des lettres volées.
Pour celui-ci, Panahi développe une idée limpide : mettre ses petites caméras DV dans un taxi et prendre les passagers qui se présentent
Il donne à son aventure un faux air de documentaire, mais il est évident que tout est parfaitement scénarisé : il s'agit bien d'une fiction, qui simule un documentaire.
Il semble que la contrainte galvanise Panahi. Toute la première partie du film est un chef d'oeuvre d'invention entre rire et larmes, dans lequel chaque réplique semble calculée pour susciter une émotion différente : émotion, étonnement, rire étouffé, stupéfaction, intérêt. A ce titre la scène du blessé est un morceau d'anthologie qui figurera dans les meilleurs moments de cinéma de l'année.
On pourrait croire que Panahi est limité par son installation. C'est tout le contraire qui se passe. Il donne une formidable leçon de scénario par son script millimétrique (beaucoup d'évènements semblent inutiles et ne prennent sens que dans la suite de l'histoire), par son montage admirable (à l'image des deux longs plans qui ouvrent et ferment le film) et ses choix de placements de caméra (et même de choix d'appareils : téléphone, appareil photo de la petite fille).
Même si la fin du film est un peu moins percutant que le début, Taxi Téhéran laisse derrière lui une trace indéfinissable et puissante, dans laquelle se mêle le plaisir d'avoir rencontré simultanément un être dont on voudrait être l'ami, et une cohorte de personnages ébouriffants qui nous ont plongé dans la réalité iranienne contemporaine.
S'il y a bien un film que je m'attendais à ne pas aimer, c'est bien celui-ci. Les références à Lynch et Refn étaient un peu lourdes à porter, et le réalisateur, Ryan Gosling, vraiment trop beau gosse pour être intelligent. Je m'attendais donc à sortir la sulfateuse à sarcasmes pour dégommer une oeuvre que je j'avais déjà prévu de qualifier de pompeuse et de maniérée, sans l'avoir vu, bien sûr.
Mais la mauvaise foi, parfois, n'est pas récompensée. Lost river est en effet réussi en tout point.
D'abord, le décor fantasmagorique d'une ville abandonnée d'après la crise est absolument fabuleux (il s'agit en grande partie de Detroit). Les décors constituent un des atouts indiscutables du film.
Dans ce contexte désolé et post-apocalyptique, campons les personnages. Une femme seule (incroyable Christina Hendricks, la secrétaire rousse à l'abondante poitrine de Mad men) élève seule deux garçons. Le plus grand des deux est amoureux de la fille d'en face, dont la mère a arrêté de parler quand son mari est mort. Il y a aussi dans ce monde bizarre et en même temps très familier, un méchant qui découpe les lèvres de ses ennemis aux ciseaux (pas joli, joli, le résultat), un cabaret macabre dans lequel le (faux ?) sang coule à flot, et une ville engloutie.
Présenté comme cela, on pourrait imaginer que le film est un pensum lourdingue : il est au contraire une chronique intimiste dans laquelle chaque personnage trouve exactement le bon ton, la bonne posture.
La mise en scène est imaginative (presque trop, on sent parfois que Gosling s'enflamme - au propre comme au figuré), les seconds rôles impeccables (Reda Kateb, Paul Mendehlson et son incroyable danse).
Le film est une fête pour l'imagination, les péripéties s'enchaînant avec souplesse dans une ambiance délicate, très bien servie par un montage au cordeau et une photographie superbe de Benoit Debie, le directeur photo le plus en vue du moment (Refn, Noé, Korine...).
Un très beau premier film, qui consacre sans conteste un futur grand talent.
Les lecteurs assidus de Christoblog savent que je suis un fan du cinéma en provenance du pays du matin calme.
Le premier film de Sung Bo-Shim présente tout ce que j'aime dans le cinéma coréen : cela commence par une chronique sociale très bien filmée qui décrit avec beaucoup de justesse et de talent le quotidien d'un équipage de pêcheurs dont le bateau est sur le déclin.
Une façon de renflouer les caisses est de transporter des clandestins chinois qui cherchent à migrer vers la Corée. Commence alors un autre film, qui change complètement de point de vue, et vire au thriller horrifique - et passablement gore.
Le film réussit ces prodiges qu'un cinéma encore vraiment jeune peut se permettre : une rupture de ton brutale, des effets spectaculaires qui ne craignent jamais de flirter avec le mauvais goût, une énergie de tous les instants.
C'est plaisant à regarder, étonnant, rythmé comme un morceau de rock, et d'une qualité technique (photographie, direction artistique, réalisation) trois crans au-dessus de la production US lambda.
Je le conseille vivement aux amateurs de sensations fortes et de mets épicés.
On pouvait espérer de Benoit Jacquot qu'il réitère sa performance des Adieux à la reine.
Malheureusement, son dernier film ne fait qu'emprunter au précédent ses astuces formelles, sans en retrouver la grâce.
Autant le style Jacquot (des mouvements de caméra recherchés, un apprêt dans la forme et dans le jeu des acteurs) s'adaptait à la fresque fin de règne des Adieux, autant son formalisme outrancier tombe ici à plat, dans l'atmosphère très intime que l'intrigue confère au film.
Léa Seydoux confirme ici son statut d'actrice au répertoire limité, alors que Vincent Lindon joue le bourru mystérieux avec son manque de finesse habituel.
On ne rentre pas dans cette histoire dans laquelle la servante ne parait jamais vraiment de basse extraction, et dont l'histoire ne semble à aucun moment crédible. Le casting est réellement catastrophique, à l'image de Vincent Lacoste, toujours aussi mauvais.
Dans ce contexte décevant, la mise en scène de Jacquot parait artificielle et compassée, et on ne croit pas l'ombre d'un instant à cette histoire qui manque cruellement de sensualité.
J'ai deux problèmes avec ce film : le fond et la forme.
D'abord sur le fond, Dear white people ressuscite une sorte de racisme black envers les Blancs. Quel sens a aujourd'hui ce tableau d'une confrérie black power luttant pour la reconnaissance de sa culture, et ostracisant les Blancs de sa "zone" ? Dans l'Amérique d'Obama tout cela sent le réchauffé : le Malcolm X à la petite semaine, le Spike Lee antidaté.
Comprenons-nous bien : je ne dis pas que les problèmes de racisme n'existent plus aux Etats Unis (cf Ferguson), mais que leur représentation ne transite plus aujourd'hui par la promotion de la négritude et autres balivernes.
D'ailleurs, le film ne sait pas trop sur quel pied danser exactement. Ses tentatives de catégorisations à la hussarde (les trois types de Blacks, sur le mode des trois types de .... gays ? d'asiats ? de rebeux ?) n'entrent pas vraiment en résonance avec le monde contemporain.
Sur la forme, le film de Justin Simien (récompensé à Sundance), verse dans un formalisme outrancier qui s'épuise sur la distance : faux campus reconstitué, tableaux vivants, cartons de film muet, ralentis expressifs. C'est lourd, désuet et truffé de références inconnues du grand public européen.
Dear white people manque toutes ses cibles. En romcomisant son intrigue il affadit son propos (quels développements stupides sur la fin : couples mixtes hétéro et gays, et même le papa blanc de l'héroïne black, bouh, sortez les mouchoirs). En stigmatisant ses protagonistes, il empêche l'identification.
Rien de renversant sans ce premier film de la réalisatrice autrichienne d'origine iranienne, Subadeh Mortezai.
On suit l'évolution d'un petit réfugié tchétchène, Ramasan, et la façon dont celui-ci gère le deuil d'un père mort à la guerre.
Ramasan, petit garçon modèle au début du film, est tenté pour s'intégrer de suivre de mauvaises fréquentations, et il entretient un rapport de fascination / répulsion pour un homme qui a connu son père et tente doucement de séduire sa mère. C'est autour de ces deux pôles que sa personnalité naissante tente de se construire.
Le petit homme, au-delà de son scénario assez commun, vaut surtout pour les interprétations très délicates de ses acteurs, pour la plupart non professionnels, et en particulier celle de ce "petit bout d'homme" qu'est Ramasan. Il est également très intéressant par son aspect documentaire, qui décrit avec tendresse et justesse le camp de réfugiés de Macondo, créé en 1950 en périphérie de Vienne, et aujourd'hui peuplé de 2000 réfugiés de 20 nationalités différentes.
La mise en scène de Subadeh Mortezai est agréable, précise et concise.
Après Fatih Akin (De l'autre côté, Head on, Soul Kitchen), Feo Aladag (L'étrangère), Yasemin Samdereli (Almanya) et Umut Dag (Une seconde femme), Subadeh Mortezai confirme donc l'élan de vitalité que génère les cinéastes d'origine étrangère dans le cinéma de langue allemande.
L'exercice était effroyablement raté dans son dernier film, Le temps de l'aventure, de par la faute d'une erreur de casting XXL (un Gabriel Byrne momifié).
Ici, à l'inverse, si le film est charmant dans sa première partie, c'est grâce à son trio d'acteurs/trices. Anaïs Demoustier joue la solaire Mélodie avec un charisme incroyable. Elle aime et couche avec la sombre Charlotte (Sophie Verbeeck), avant de tomber amoureuse du copain de cette dernière, Micha (Félix Moati).
Sur cette énième version du triangle amoureux et/ou du ménage à trois, Bonnell tisse une toile légère et séduisante, enchaînant des situations cocasses qui tentent avec succès de rafraîchir les situations de boulevard traditionnelles.
Cette première partie (qui prend Lille comme décor) est pleine d'alacrité et plutôt séduisante, bien qu'absolument anecdoctique. On perçoit vers la moitié du film que tout cela ne va pas forcément se densifier en terme d'enjeu narratif, et en effet, A trois on y va file benoitement vers une fin franchement convenue, se contentant de bien filmer la sensualité des corps.
On a l'impression que Bonnell a refusé de creuser les aspects les plus sombres de ses personnages, pour seulement filmer leurs élans. Il le fait avec une bonne volonté un peu niaise, qui anesthésie progressivement l'enthousiasme du spectateur.
J'ai toujours envie de dire du bien d'un film sud-américain ou kirghize.
Donc, je dirai du premier film du colombien Franco Lolli qu'il est subtil et bien filmé.
Un petit garçon mal élevé est transféré de la maman au papa dans des circonstances obscures. Le papa travaille dans une famille riche. La maman de cette famille décide de faire le bonheur du pauvre petit garçon en l'accueillant dans ses demeures (principales et secondaires) luxueuses. Mais le pauvre bougre, grisé par les symptômes extérieurs de richesse, se rend progressivement compte que ce monde n'est pas pour lui. Il n'en fait pas partie.
Et la situation dégénère. Gente de bien = gens de bien, ou gens de biens ?
Alors, peu importe que cette fable cruelle soit un peu longuette et parfois didactique, je défend le film par principe et vous conseille d'y aller. Ca vous changera des blockbusters US et des chichiteries hexagonales.
Le dessin animé de Jamel Debbouze prouve une nouvelle fois que si nous pouvons rivaliser avec les américains en terme de technique, nous sommes loin de leur niveau en terme de scénario.
Visuellement, le film est très convenable. Les références sont nombreuses (la savane du Roi Lion, les personnages rigolos de L'âge de glace, les anachronismes de Madagascar), le film ne brille pas par son originalité en terme de décors et de mise en scène, mais il est bien réalisé.
La motion capture a visiblement fasciné Jamel, qui se regarde jouer avec délectation, et qui resuscite Louis de Funés d'une façon un peu vaine. Je me demande bien ce que peuvent penser les jeunes spectateurs (qui ne connaissent pas le modèle original) de cette façon de jouer parfois incompréhensible et bien souvent irritante.
Si la technique est correcte, l'histoire est assez convenue, bien pensante et manquant cruellement d'originalité. Jamel y expose grossièrement des pistes pour que l'humanité se sente mieux : accepter la différence, accueillir l'étranger et être gentil. C'est bel et bon, mais cela ne suffit pas à remplir 1h35.
On ne rit pas beaucoup et on se demande où est passée l'insolence braque du trublion qu'on voit habituellement sur scène. Les blagues de Jamel sont ici fort convenues et relativement peu amusantes, comme si les sept longues années nécessaires à la réalisation du film avait usé son énergie comique.
Difficile en regardant Hacker de ne pas en convenir. Le film est rempli de paysages urbains superbement filmés, de cadres savamment composés, de décors géométriques et de ralentis discrets.
L'intrigue du film est assez classique (des bons avec des problèmes, des méchants très méchants), et n'est guère renouvelée par l'effet 2.0 : cela fait plusieurs dizaines d'années que Bond et les autres luttent contre des méchants numériques, plus ou moins réalistes. On pourra sourire aussi de la bleuette au coeur du film, pas renversante, mais plutôt bien servie par Chris Hemsworth, tout en pectoraux et en abdo, et par la sylphide Tang Wei.
L'intérêt du film réside vraiment dans ses décors à la fois très réels et qui paraissent rêvés : une petite rue de Hong Kong paraît tout à coup échappée de Blade runner, un groupe qui marche sur un tarmac filmé au ralenti semble attendre l'arrivée des extra-terrestres. L'aspect onirique du film et sa lévitation cotonneuse rentrent brutalement en conflit avec des scènes de violence filmées brièvement et cruellement : Hacker se révèle alors être un vrai thriller d'auteur, peut-être un peu trop long, mais plutôt agréable à découvrir.
Le deuxième film d'Alix Delaporte n'est pas aussi délectable que le premier, le remarquable Angèle et Tony, tourné avec le même duo d'acteurs
Il présente toutefois le même type de qualités : une direction d'acteur remarquable, une belle habileté à construire les ambiances, une science du montage qui peut paraître lymphatique, mais qui est savante.
Dans les films d'Alix Delaporte, ce qui est montré compte plus que ce qui est dit. Aussi, on peut être fugitivement décontenancé par les ellipses ou les approximations scénaristiques : cela n'empêche pas le film d'être fin, intelligent et sensible.
Le dernier coup de marteau semble parfois à l'état d'ébauche, se résumant à une série de bonnes idées approximativement filmées. Il peut aussi être vu comme une étude sur l'influence de la musique classique sur les relations affectives. Cet aspect du film est fort réussi : la façon dont les répétitions sont filmées épouse parfaitement l'évolution des rapports père/fils.
En conclusion, je conseille ce film : on sent que la filmographie d'Alix Delaporte ne peut aller qu'en s'amplifiant et s'embellissant dans le paysage du cinéma français.