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Christoblog

Lenny

Ce qu'il y a de frappant quand on voit un chef-d'oeuvre un peu ancien, c'est de constater à quel point le talent des grands réalisateurs reste évident malgré le temps qui passe. 

Nos yeux ne sont plus forcément habitués à ce grain de noir et blanc, au son parfois un peu déficient, gavés que nous sommes par l'enchaînement des sorties à la trame médiocre mais à la technique irréprochable. Il ne faut pourtant que quelques minutes pour se laisser happer par l'incroyable maestria de Bob Fosse, ici au meilleur de sa forme et peut-être à ce moment-là le meilleur réalisateur du monde.  

Deux ans avant, Fosse a réalisé le sublime Cabaret, et quatre plus tard il signera un des plus beaux films de tous les temps, All that jazz, justement récompensé par la Palme d'or à Cannes en 1980. Bob Fosse n'aura réalisé durant sa carrière que cinq films. Il aura finalement plus exercé comme chorégraphe et metteur en scène de comédies musicales que comme cinéaste, considérant les films comme une autre façon de parler de lui-même, ce qui l'intéresse avant tout.

En évoquant la vie plutôt triste de Lenny Bruce, comique provocateur inventeur du stand-up dans les années 50/60, il cherche à décrire l'hypocrisie de l'Amérique mais aussi, et surtout, le souffle de liberté (sexe, drogue, idées, excès en tout genre) que lui-même expérimentera tout au long de sa vie agitée.

Dustin Hoffman et Valérie Perrine (qui reçoit le prix d'interpértation féminine à Cannes) réussissent tous les deux une incroyable prestation, mais ce que je retiens du film c'est la perfection du montage, l'admirable complexité de la construction (le film alterne les spectacles reconstitués, les témoignages a posteriori et les scènes de vies réelles), la qualité de la photographie et la virtuosité de la mise en scène.

Peu de films d'aujourd'hui (à l'image de La vie d'Adèle) peuvent revendiquer d'être à la fois émotionnellement extrêmement fort et plastiquement admirable, tout en offrant une riche palette de thématiques différentes. Lenny fait partie de ces films qui impressionnent votre rétine et votre cerveau simultanément, et avec la même force.

 

4e  

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En route pour le Festival de Cannes 2016 (2)

Après avoir examiné dans le détail la sélection du Festival de Cannes proprement dit, regardons maintenant ce que nous proposent les sections dites parallèles.

Quinzaine des réalisateurs

Côté Quinzaine, il n'y a pas eu d'effet "débauchage" comme l'année dernière. Edouard Waintrop avait été très fier d'annoncer en 2015 qu'il accueillait Gomes et Desplechin, dont les films avaient été refusé dans la sélection officielle. 

Cette année, Bertrand Bonello n'a pas plus intéressé Waintrop que Frémaux, et son film Nocturama est du coup annoncé à ... San Sebastian.

L'édition 2016 de la Quinzaine est placée sous le signe de deux glorieux anciens : Marco Bellochio fera l'ouverture avec Fais de beaux rêves, et Paul Schrader offrira une clôture de prestige (Dog eat dog, avec Nicolas Cage et Willem Dafoe).

Au rayon du très lourd qui ferait le bonheur de Berlin ou Venise, il faut noter les nouveaux films de Joachim Lafosse (L'économie du couple), de l'excellent Pablo Larrain (Neruda) ou encore celui de l'italien Paolo Virzi (La pazza Gioia).

On retrouvera également des cinéastes particulièrement suivi par la Quinzaine : Anurag Kashyap (dont j'avais aimé Gangs of Wasseypur), Alejandro Jodorowsky ou Rachid Djaïdani (révélé au même endroit par Rengaine) qui présentera Tour de France, avec ... rien moins que Gérard Depardieu !

Ajoutons à ce programme déjà copieux l'émotion de découvrir de façon postume le dernier film de la formidable Solveig Anspach (L'effet aquatique), la curiosité provoquée par les documentaires de Sébatien Lifshitz (Les vies de Thérèse, une sorte de spin off des Invisibles) et celui de Laura Poitras (Risk, sur Julian Assange)... la Quinzaine est comme chaque année the place to be

NB : Je n'oublie pas Ma vie de courgette, énigmatique long-métrage d'animation de Claude Barras, sur un scénario de Céline Sciamma, et le nouveau film du canadien Kim Nguyen, Two lovers and a bear, dont j'avais adoré le trop méconnu Rebelle.

 

Semaine de la critique

La Semaine ne sélectionnant que des premiers ou des deuxièmes films, il est évidemment plus difficile de se faire une idée de la sélection. 

Parmi les sept films en compétition, j'ai tout de même noté Grave, de Julia Ducourneau, dont le pitch laisse rêveur : une jeune fille issue d'une famille de vétérinaires végétariens (!) se découvre un vrai goût pour une ... certaine viande. 

Nul doute que ça se bousculera aussi pour l'ouverture : le deuxième de film de Justin Triet, (Victoria, avec Virginie Efira) remarquée avec La bataille de Solférino, intrigue beaucoup. 

Hors compétition, on notera aussi Happy Times, de l'italien Alessandro Comodin, l'auteur du plébiscité Eté de Giacommo

En clôture, salve de trois courts-métrages qui permettra de réunir trois réalisatrices en herbe de haute volée : Sandrine Kiberlain, Chloe Savigny et Laetitia Casta : ça devrait là aussi se bousculer à l'entrée !

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Johnny got his gun

A l'occasion de la sortie du film Dalton Trumbo, le 17 avril, je reviens sur le film majeur de ce réalisateur :

Histoire d'une âme

Johnny got his gun s'ouvre sur un plan culotté. L'écran est complètement noir pendant une dizaine de secondes, on entend juste le bruit d'une respiration.

Puis on découvre trois chirurgiens en contre-plongée qui évoquent ce qu'il voient. Cette vue subjective (le spectateur est brutalement placé à la place du personnage principal), donne la tonalité et l'ambition du film : donner à ressentir la situation d'un homme qui a perdu ses jambes, ses bras, ses yeux, ses oreilles et sa bouche.

L'action du film se situe durant la première guerre mondiale. Johnny vient de subir l'horrible accident qui le réduit à l'état de "tas de viande" (a piece of meat), comme il le dit lui-même. Les médecins pensent qu'il n'est pas conscient, mais Johnny, s'il a perdu les sens, n'a pas perdu son âme.

Johnny se souvient. Johnny rêve. Puis Johnny, dans un vertige métaphysique, se demande comment savoir s'il rêve ou pas. Alors que les scènes au présent sont tournées dans un joli noir et blanc, les scènes de souvenirs ou de rêves le sont en couleur. Les deux premières sont de purs souvenirs, mais la troisième scène mentale donne à voir un drôle de colosse blond (incroyable Donald Sutherland), qui s'avère être Jésus parlant à un groupe de futurs soldats morts. 

La force de Johnny got his gun tient avant tout à cet incroyable postulat : nous allons être dans la tête d'un homme pendant 1h50, entendre ce qu'il pense, ressentir ce qu'il sent, voir ce qu'il imagine.

 

Oeuvre totale

Après une ouverture très classique, Johnny got his gun s'envole vers des sommets à la fois oniriques (avec licorne et visite des morts au programme) et triviaux (la sensation qu'un rat va dévorer le visage de Johnny). Ils sont rares les films qui parviennent à la fois à nous emmener dans des mondes imaginaires et à nous conter des histoire bassement, affreusement réelles : je ne vois qu'Elephant man de David Lynch et Mysterious skin de Gregg Araki, pour réussir cette fusion des contraires à très haute densité émotionnelle.

Si le film de Trumbo est assez classique dans sa forme (rien à voir avec la virtuosité des réalisateurs du Nouveau Hollywood qui émergent à cette époque), il réussit une prouesse rare et estimable : allier l'esthétique du film à une réflexion politique, émoitonnelle et métaphysique.

A me lire, certains qui ne connaissent pas le film craindront le pensum à la Tarkovski. Qu'ils se rassurent, c'est plutôt Hitchcock que le film évoque. Il est une tranche de vie magnifique, un plaidoyer anti-militariste bien sûr, mais aussi un thriller psychologique :  Johnny pourra-t-il sortir de sa prison intérieure et communiquer avec son entourage ? Si oui, comment et que deviendra-t-il ? Sa vie a-t-elle encore un sens ? Que l'extérieur peut-il pour lui ?

 

Coup d'essai, coup de maître

Seul film de l'écrivain et scénariste Dalton Trumbo (tiré se son propre roman paru en 1949, quelques jours après le début de la deuxième guerre mondiale), Johnny got his gun est sorti en 1971 et a emporté le Grand Prix du Jury à Cannes cette année-là, en pleine guerre du Viet Nam. Il est parfois considéré comme le plus grand film anti-militariste jamais tourné, entraînant avec lui un large spectre de fans absolus, de John Lennon à ... Metallica (la video du morceau One s'appuie sur les images du film)

En revoyant Johnny pour répondre à l'invitation du Bleu du miroir, dans une jolie édition DVD proposant des bonus intéressants, la force du film m'apparaît intacte. Sans être génial au sens cinématographique du terme, il est porté par une énergie souterraine d'une incroyable intensité, qui sidère et dérange à la fois. La force qui a permis à Trumbo de réaliser son film contre le système des studios iradie de la pellicule. Il faut dire que le pauvre, inscrit sur la fameuse liste noire, avait déjà eu à lutter contre le système. 

Aujourd'hui, certains détails m'apparaissent, que je n'avais pas remarqué lors de ma première vision, comme cette scène osée où il me semble que l'infirmière est en train de masturber Johnny, et comme de nombreuse allusions psychanalytique et/ou surréalistes (le père mort est avec la fiancée de Johnny, etc). 

Ces éléments rappellent que Luis Bunuel et Salvador Dali furent sollicités par Trumbo pour travailler sur le film. Ils refusèrent tous deux, Bunuel se contentant d'écrire le texte du Christ dans le film. Bunuel avait lui-même failli adapter le roman de Trumbo en 1965.

Puissant, troublant, bouleversant : Johnny got his gun fait partie de ces films dont le fond prime sur la forme. Ce sont ceux que je préfère.

 

3e  

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L'avenir

Il y a une sorte de masochisme dans mon activité de blogueur : me forcer à aller voir des films de réalisateurs/trices, dont j'ai abondamment détesté tous les films (voir ci-dessous). Appelons ça conscience professionnelle, ou conviction optimiste qu'on n'est jamais à l'abri d'une bonne surprise.

Avec son nouveau film, Ours d'argent à Berlin, Mia Hansen Love, réussit presque à me conforter dans ma position : je n'ai pas détesté (pour une fois) L'avenir, même si je n'irais pas jusqu'à dire que je l'ai aimé.

Isabelle Huppert joue ici comme joue habituellement Isabelle Huppert : en imitant Isabelle Huppert. Port de tête magnifique, dos bien droit, hésitation bien amenée dans les dialogues, menton en galoche parfois pointé vers le haut, habile jeu avec la commissure des lèvres, air surpris un peu idiot et compassé ("Et moi qui pensais que tu m'aimerais toujours"). Bref, comme d'hab.

La pauvre Isabelle (en fait son personnage s'appelle Nathalie, mais ce prénom ne va pas du tout à Isabelle) passe par bien des malheurs dans le film : son mari la quitte, sa mère meurt, un jeune étudiant qu'elle admire la déçoit, son éditeur la vire. Mais comme elle est proche de philo, elle trouve du réconfort chez Lévinas ou Jankélévitch. Et puis elle est grand-mère et le bébé a un très beau sourire.

Voilà.

Je ne sais pas trop vous dire d'autre, parce que le film ne se distingue pas par un trait particulier. Il est plutôt agréable à regarder, le sentiment du temps qui passe est assez bien rendu (c'est la principale qualité de Mia Hansen-Love). J'ai juste eu souvent l'impression que les personnage ne parlait pas au bon moment, de telle façon que la musique des dialogues chez Mia Hansen-Love semble toujours sonner faux à mes oreilles.

A la fin du film, je me demandais quel était le propos et l'intérêt du film. Ce n'est pas bon signe.

Mia hansen-Love sur Christoblog : Un amour de jeunesse (*) / Eden (*)

 

2e

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Les Ardennes

Au début, on a l'impression d'avoir vu ce type d'histoire mille fois : deux frères, un braquage qui tourne mal, l'un qui s'en sort et l'autre pas.

Que le frère qui échappe à la taule pique la copine de l'autre renforce le sentiment qu'on va assister à un énième ersatz de cinéma social, façon Dardenne (justement), mais en flamand, c'est à dire violent.

C'est d'ailleurs en partie vrai. Dans sa première partie, le film oscille entre de très bons moments lors desquels la sensibilité du casting fait merveille, et d'autres, qui semblent un peu convenus. La mise en scène de Robin Pront s'affirme dès les premiers plans comme tape à l'oeil, et plutôt agréable à regarder, même si elle semble essayer successivement toutes les possibilités de cadrage et de focale que le cinéma permet !

Vers le milieu du film, alors qu'on commence à s'intéresser vraiment à l'issue du conflit larvé entre les deux frères aux personnalités si différentes, Les Ardennes glisse tout à coup vers un tout autre genre : règlement de compte très noir et franchement gore, dans un décor de nature sauvage et inquiétante. Oui, je parle ici des Ardennes, montrées comme si c'était l'enfer sur terre. 

On aura rarement vu récemment au cinéma un décor aussi bien filmé. On peut d'ailleurs presque ranger dans ce décor le formidablement inquiétant acteur Jan Bijvoet, vu dans le décapant Borgman.

Le cinéma de Pront devient alors glaçant et jouissif, pourvu qu'on apprécie les rebondissements sanglants, l'équarissage de corps humain et les twists improbables. Le film rappelle alors un peu ceux du jeune Jeremy Saulnier (Blue ruin).

Avec un coup d'essai aussi frappant, et malgré les imperfections d'un premier film dans lequel il a voulu trop en mettre, Robin Pront semble promis à un grand avenir.

 

3e  

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Taklub

Présenté à Cannes en 2015 dans la section Un certain regard, et sorti d'une façon hyper-confidentielle en salle en 2016, Taklub est un film aux frontières de la fiction et du documentaire.

Le film décrit le quotidien de plusieurs Philippins un an après le passage du terrible typhon Haiyan, qui détruisit quasi intégralement la ville de Tacloban, y faisant plus de 10 000 morts.

On y suit le destin d'un homme qui perd sa femme et ses cinq enfants dans l'incendie d'une tente de fortune (scène terrible d'une densité incroyable), celui d'une femme divorcée qui tient un petit restaurant et qui a perdu ses deux enfants, celui d'un homme qui doit à l'inverse élever les deux siens alors que sa femme est décédée. On suit aussi un jeune garçon qui élève sa soeur alors que leurs deux parents sont morts.

OK, ce n'est pas gai, gai.

Taklub est un film dérangeant, austère, âpre, qui parvient parfaitement à réstituer le sentiment d'extrême précarité qui règne dans ce type de situation. Si on y retrouve le talent habituel du cinéaste philippin pour faire entrer un souffle de réalité extrêmement puissant dans l'image, il faut quand même considérer qu'il s'agit d'une oeuvre mineure dans sa carrière.

Mendoza réussit à captiver à quelques moments (les tests ADN, le glissement de terrain...), mais il manque au film quelque chose pour séduire complètement. Peut-être un scénario ?

Brillante Mendoza sur Christoblog : Kinatay (**) / Lola (**) / Captive (***) / Thy womb (***)

 

2e

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Quand on a 17 ans

On ne peut pas dire que le dernier Téchiné fasse durer longtemps le suspense : il ne nous faut que quelques instants pour sentir qu'il y a une attirance amoureuse entre les deux jeunes personnages, Tom et Damien.

La question qu'explore la film, c'est la suite. A partir de la naissance évidente de ce sentiment, que les deux garçons acceptent d'ailleurs plus ou moins, que va-t-il se passer ? 

Il faudra plusieurs trimestres et un certain nombre d'évènements tragiques ou heureux, pour que nous ayons la réponse, que je ne dévoilerai pas ici (mais, bon, hein, on s'en doute un peu).

La qualité du film ne tient ni à la mise en scène de Téchiné (tantôt académique, tantôt expressionniste), ni au scénario de Céline Sciamma (un peu cousu de fil blanc), mais à l'incroyable prestation des comédiens.  

Si les deux jeunes, Kacey Mottet Klein et Corentin Fila, sont très bien dans l'expression de multiples nuances, c'est surtout la sidérante prestation de Sandrine Kiberlain qui emporte le film. Il lui suffit d'une réplique ("Je t'écoute") pour élever le film vers une montagne d'émotion. Cette actrice, qui m'a parfois décontenancé, assume son âge avec une élégance qui laisse pantois et admiratif.

Quand on a 17 ans est donc un beau film français à la trame narrative ample et ambitieuse. Il excelle dans la peinture de certains milieux, malgré quelques maladresses de dialogues et certaines longueurs. 

Au final, le film de Téchiné marque peut-être le définitif avènement de la relation amoureuse homosexuelle dans le cinéma mainstream (après La vie d'Adèle et La belle saison) : c'est à la fois son mérite et sa limite.

 

2e

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Soleil de plomb

Dans le tourbillon cannois de 2015, un film me laissa à la fois séduit et perplexe : Zvizdan, depuis renommé en Soleil de plomb.

Il faut dire que je ne suis plus habitué à recevoir une proposition narrative aussi généreuse et originale que celle de Dalibor Matanic.

Pour résumer, le film propose trois histoires. 1991 : un jeune couple veut s'aimer, mais le futur conflit va tuer cet amour naissant. 2001 : une fille et une mère reviennent dans leur maison, alors qu'un ouvrier travaille à la restauration de cette dernière (je veux dire, de la maison, même s'il s'occupera fort habilement de la fille). 2011 : un homme revient dans son village, mais il ne vit pas avec sa femme et sa fille. On comprend à chaque histoire que le noeud de l'intrigue réside dans le fait qu'un des membres de la troupe est serbe, ou croate, et réciproquement.

Les rapports entre les histoires sont ambigus : elle n'ont rien à voir entre elles, et en même temps, elles semblent se dérouler dans les mêmes endroits et sont jouées (au moins en partie) par les mêmes acteurs/trices. L'installation est troublante, il faut un temps pour comprendre ce à quoi on assiste.

Pour compliquer le tout, il existe des rapports subtils entre les histoires (des personnages tapent dans leur assiette dans les épisodes 1 et 2, les scènes de bains dans le lac se répètent, il y a des photos évoquant des épisodes précédents sur les tombes) : bref, le film joue beaucoup sur une sorte d'ambiguïté dans le genre Jamais tout à fait la même, ni tout à fait une autre...

Soleil de plomb est compliqué et - à la fois - agréable à regarder. C'est suffisammant rare pour être remarqué.

 

3e  

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Les ogres

Peu de films laissent une telle impression de trop-plein épanouissant.

A bien chercher dans ma mémoire, je ne vois guère, dans des genres très différents, que La vie d'Adèle et Les chansons que mes frères m'ont apprises pour rivaliser avec Les ogres en puissance émotionnelle, ET simultanément en maîtrise technique. Ou, si on remonte un peu plus loin dans le temps, le cinéma de Cassavetes.

Léa Fehner parvient en effet ici à concilier le brio d'une mise en scène à la fois réfléchie et possédée à l'intensité des sentiments. Qui pourrait rester insensible à cet incroyable personnage de M. Déloyal, joué par l'excellent Marc Barbé, à la fois troublant, séduisant et horripilant ? La scène d'explication de la sodomie aux enfants du centre aéré restera comme un des moments les plus zarbis qu'on ait pu voir au cinéma en 2016.

A côté de ce personnage hors norme, il faut voir l'incroyable habileté de la jeune réalisatrice à laisser une place à chacun des personnages. Adèle Haenel est exceptionnelle dans un rôle qui commence à lui coller (un peu trop) à la peau, celui de la fille cash qui ne s'embarrasse pas d'états d'âmes. Mais François Fehner campe un chef de troupe charismatique, Lola Dueñas une femme fatale irrésitiblement hispanique... etc. Un des inombrables mérites du film est de laisser chacun exprimer sa personnalité. Il n'est pas un membre de la troupe qui puisse s'estimer délaissé par la caméra virevoltante de Léa Fehner.

On est tour à tour bousculé, surpris, séduit par le capharnaüm poétique de cette troupe de comédiens itinérants dans laquelle on aimerait s'incruster, et qui fait peur à la fois. La vie, le sexe, l'amour, le théâtre, les stations balnéaires, la mort, la maladie, les vaches et Tchékhov : rien ne résiste à la furia pleine de sérénité de Léa Fehner.

Le meilleur moment de cinéma de 2016. Pour l'instant.

 

4e  

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Belgica

C'est avec une tendresse particulière que je suis la filmographie de Felix van Groeningen.

Il y a chez ce réalisateur flamand un goût du mélodrame de mauvais goût qui rappelle parfois celui de Jean Marc Vallée, et un penchant énergique pour les histoires tordues et les marginaux qui me fait penser fugitivement à Xavier Dolan.

Dans Belgica, les points forts du cinéma de van Groeningen apparaissent très nettement : un brio incomparable pour créer des ambiances, un don inné pour observer les visages en plans très rapprochés, une façon de filmer la musique qui génère une sorte d'euphorie immédiate.

Malheureusement, le film expose aussi les carences actuelles de son cinéma : des faiblesses criardes dans le scénario, une tendance à s'étaler un peu trop et une certaine miévrerie, qui peut flirter avec le mauvais goût.

Au final cette histoire de fratrie laisse tout de même une impression plutôt favorable, qui résulte surtout de l'incroyable intensité qui se dégage des deux acteurs principaux, dont on aimerait que l'énergie soit tout de même mieux canalisée.

Felix van Groeningen sur Christoblog : La merditude des choses (***) / Alabama Monroe (***)

 

2e

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Jeux concours Les ardennes (Terminé)

A l'occasion de la sortie le 13 avril du film belge Les Ardennes, je vous propose de gagner 5 x 2 invitations valables partout en France.

Pour ce faire :

- répondez à la question suivante : "Qui a écrit la pièce dont est tiré le film ?"

- joignez votre adresse postale

- envoyez moi le tout par ici

avant le 12 avril  20 h.

Un tirage au sort départagera les gagnants.

Vous recevrez ensuite les invitations, envoyées directement par le distributeur.

 

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Chala, une enfance cubaine

Il est des films qui ne l'emportent sur les autres que par la force de leur élan vital. 

Ils ne sont ni spécialement novateurs dans leur forme, ni essentiels dans leur contenu, mais ils possèdent quelque chose devenu très rare dans le cinéma d'aujourd'hui : une force brute qui balaye toutes les réticences.

Dans ce film cubain, cette force découle principalement de la qualité du scénario, du jeu puissant des acteurs et de leur sincérité.

A l'heure de la visite d'Obama à Cuba (quel timing extraordinaire !?), nul doute que vous serez nombreux, amis lecteurs, à suivre ma recommandation pour passer un moment merveilleux à La Havane.

Il est rare que les bons sentiments fassent les bons films, et c'est pourtant le cas ici. Peut-être parce que le tableau de la société cubaine actuelle y est à la fois percutant et cruellement réaliste. Son immense succès local intrigue, et en même temps séduit : le film est clairement critique envers le régime, qui pourtant ne l'a pas censuré.

Mais l'intérêt de Chala n'est pas principalement politique. J'ai adoré l'incroyable galerie de personnages : les deux jeunes enfants sont EXTRAORDINAIRES, les parents de Chala, l'institutrice, le patron du foyer... tout ce beau monde est littéralement habité par le film. Les acteurs sont déliceux à regarder.

On pleure et on rigole pendant Chala, avec une puissance qui rappelle le cinéma italien de la grande époque, sa faconde, sa rapidité, son énergie.

Si le début du film peut laisser croire à un penchant un peu trop démonstratif, on est vite rassuré : la réalité s'impose dans un maelstrom séduisant, dans lequel les sentiments s'entrechoquent. L'Europe paraît atrocement vieille, comparée à l'explosion d'énergie euphorisante que propose Ernesto Daranas.

A voir absolument.

 

4e  

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A perfect day

Il y a quelque chose de vraiment étonnant dans le fait que les espagnols savent parfaitement faire des films qui semblent américains.

L'efficacité de la mise en scène, le réalisme impressionnant des décors, le rythme bien balancé du montage, les prestations des acteurs juste en deça du cabotinage : tout concourt à faire de A perfect day un film aux allures US.

Certains ont parlé d'une sorte de MASH de l'humanitaire, mais le film d'Altman était grinçant, alors que Benicio del Toro et Tim Robbins donnent plutôt ici une tonalité désabusée aux (més)aventures des personnages. On n'est pas dans la dénonciation ou la parodie, mais plutôt dans le constat absurde et résigné.

Le côté picaresque de la recherche de la corde est parfaitement exploité par un scénario très malin, dont la chute finale constitue le point d'orgue ironique.

Roublard, distrayant et instructif.

Leon de Aranoa sur Christoblog, c'est aussi le beau et très différent Amador (****)

 

3e  

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Midnight special

On aura rarement vu un film aussi raté que Midnight special.

Tout y est risible : les clichés innombrables, les carences scénaristiques abyssales, les répliques cul-cul, le jeu affligeant des acteurs.

Le jeune Jaeden Liebherer joue comme une enclume sous Xanax. Michael Shannon fait penser à une marmotte au sortir de son dernier rendez-vous avec le taxidermiste. Joel Edgerton affiche une palette d'expression aussi large que ses cheveux (en brosse) sont longs. Kirsten Dunst offre ici, dans un rôle de potiche à natte, la pire prestation de sa carrière. Le moindre second rôle du film semble fermement décidé à jouer le moins possible : cela en devient presque drôle (voir la direction d'acteur catastrophique du groupe qui observe le jeune Alton derrière la vitre).

On pourrait se moquer à l'infini de la façon dont Jeff Nichols raconte son histoire. Pensons par exemple à cette scène atterrante ou le jeune génie de la NSA éructe des phrases sans queue ni tête devant des coordonnées géographiques, puis finit par entourer deux chiffres au hasard en feignant le Euréka libérateur. 

Le pire du pire est probablement atteint dans les dernières images du film qui nous montre cette affreuse cité idéale toute de béton, qu'on dirait issue d'une série Z imitant Disney dans les années 80.

Jeff Nichols révèle progressivement au fil de ses films une médiocrité inquiétante.

 

1e

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Room

Le sujet de Room est le sujet casse-gueule par excellence.

Pour résumer, et en spoilant le moins possible, le film raconte l'histoire de Joy, une jeune fille enlevée et séquestrée par un malade dans sa cabane de jardin. Après deux ans de captivité, Joy a un enfant, Jack, qui est donc élevé jusqu'à ces cinq ans dans une seule pièce, d'où le titre du film.

La liste est longue des façons dont le film aurait pu être raté. Il aurait d'abord pu être glauque et malsain, installant le spectateur dans la peau d'un voyeur honteux. Il aurait pu être insupportable en installant des processus de terreur pure. Il aurait enfin pu être inutilement larmoyant.

Au final Room n'est rien de cela : c'est un film délicat, sensible, intelligent, dont on sort le moral regonflé à bloc. C'est tout à fait étonnant qu'un film bâti sur un sujet aussi terrible puisse faire un tel effet sur le spectateur.

Le réalisateur irlandais de 49 ans, Lenny Abrahamson, complètement absent de mes radars jusqu'à aujourd'hui, fait preuve d'une maestria incroyable. Il utilise à la perfection tout l'arsenal de la mise en scène et du montage au service de son histoire, sans fanfaronner, et avec une modestie géniale.

Brie Larson, déjà remarquée pour son incroyable prestation dans States of grace, fait ici un sans faute de bout en bout. Le jeune acteur, Jacob Tremblay, est tout simplement exceptionnel. Souvent filmé en très gros plan, il parvient à exprimer une immense palette d'émotions. Lenny Abrahamson s'avère être un remarquable directeur d'acteur.

Room est un film dont on peut parier sans crainte qu'il laissera un impérissable souvenir dans la tête de tous ceux qui l'auront vu.

 

4e  

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Faire l'amour

On aura rarement, dans le monde du cinéma, vécu pire ratage que Faire l'amour.

Résumons-nous : le premier film de Djinn Carrénard, Donoma, promis à ne pas exister, trouve finalement le chemin du (relatif) succès, via un marketing zarbi et le coup de foudre d'un certain nombre de spectateurs, dont votre serviteur énamouré, voir ma critique.

Le deuxième film du jeune prodige black d'origine haïtienne (on pensait tenir le Spike Lee francophone) est attendu avec la dernière impatience. Les Cahiers du Cinéma l'annonce en tournage parmi les grands noms du cinéma mondial, etc.

Projeté en ouverture de la Semaine de la Critique à Cannes en 2014, le film s'avère être une catastrophe. Il se trouve que j'étais dans la salle ce funeste jour (le 12 mai).

La critique est donc assassine, et comme à chaque fois qu'un film est mal accueilli à Cannes, il se passe deux choses : on annonce un nouveau montage, et la sortie est sans cesse retardée, ce qu'on comprend, puisque tout le monde sait que le film va se faire descendre. 

Deux ans après sa projection sur la Croisette, Faire L'Amour sort en salle et le résultat est sans appel : cinq critiques presse seulement et 2,2 de moyenne, une catastrophe sans précédent.

Alors si vous voulez vraiment mon avis, le voici. Le début du film est génial, et puis tout à coup, on déteste les deux personnages principaux, et ça, c'est un gros, gros problème. Le film semble devenir un vaudeville bancal et peu original. Les disputes sont horripilantes. Malgré quelques fulgurances, ce qu'on retient c'est que les personnages sont antipathiques et que le film est agressif par ses répétitions incessantes et ses approximations coupables. 

La mise en scène, qui paraissait inspirée dans Donoma semble ici maniérée. Le film tente de convaincre avec un souffle épique mais retombe comme un soufflé incroyablement raté. C'est triste à mourrir, en espérant que le cinéaste puisse se relever d'un pareil échec.

Djinn Carrénard sur Christoblog : Donoma (****)

 

1e

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The assassin

Evidemment, aller voir un film de Hou Hsiao-Hsien un vendredi soir à 21 heures, après une semaine crevante, ce n'était pas une très bonne idée.

Donc j'ai dormi. Mais pas tout le temps. 

Au début, j'ai essayé de comprendre ce que je voyais, mais mon pauvre cerveau épuisé a vite abandonné. Pas facile d'établir des relations narratives logiques entre ces différents princes, gouverneurs, chevaliers, et autres dignitaires, dont les émotions et les volontés m'ont semblé indéchiffrables.

En réalité, le fait de comprendre quelque chose importe probablement peu, les adeptes du maître de la lenteur taïwanais diront peut-être qu'il s'agit de se laisser porter par l'atmosphère envoûtante des tableaux proposés.

Pour ma part, j'ai été peu sensible aux qualités esthétiques du film, pourtant louées unanimement comme exceptionnelles. Certes, certains plans sont plutôt réussis et poétiques, mais pas plus que dans beaucoup de films.

Ses qualités plastiques ne suffisent en tout cas pas à compenser l'ennui profond que génère la vision de The assassin : dialogues clairsemés, longues plages de silence et d'immobilité (certainement signifiant à un degré qui m'est inconnu), mouvements  des personnages au ralenti, etc.

Le début du film fut pour moi un calvaire : impatiences dans les jambes, envie d'assassiner mon voisin de devant et d'énucléer à la petite cuillère celui de derrière qui mangeait des bonbons, tentation d'hurler et de vociférer en me tapant la tête contre les murs.

La seconde partie fut plus supportable : je n'ai plus vu du film que des tranches de trente secondes toutes les trois minutes.

 

1e

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False Flag

Si vous êtes nostalgique du rythme haletant et des rebondissements à tiroir de 24 h chrono, cette nouvelle série israélienne est pour vous.

Le pitch de départ est captivant : cinq citoyens israéliens (a priori innocents et ne se connaissant pas entre eux) sont accusés d'avoir enlevé un dignitaire iranien à Moscou.

A partir de cette idée improbable les showrunners Amit Cohen et Maria Feldman déroulent un thriller impeccable et tendu comme un arc, chaque épisode débutant exactement au moment où le précédent se terminait : l'adrénaline générée par cet écoulement du temps en accéléré est excatement de la même nature que celle que proposait la saga de Jack Bauer (24h).

L'addiction est forte, les éléments apparaissant au fil de l'histoire nous aspirant vers la suite. Les acteurs sont convaincants et la mise en scène très solide. Il y a un savoir-faire israélien dans la confection de thriller politique ambigu qui est maintenant une évidence : rappelons que Homeland est un remake de la série israélienne Hatufim.

Seuls petits bémols à mon enthousiasme : certains personnages sont esquissés de façon vraiment grossière (celui d'Eytan Kopel par exemple), certains dialogues sont un peu simplistes et la résolution de l'intrigue n'est que très partiellement satisfaisante, ce qui est un peu embêtant pour une série "à pitch". Autrement dit, on ne comprend pas vraiment tout de ce qu'on vient de voir.

La dernière image du dernier épisode laisse présager une suite : on peut donc espérer que la saison 2 apporte des éclaircissements sur les évènements de la saison 1.

En attendant, le doute profite à False Flag, dont la première partie de la saison 1 est réellement captivante.

 

3e  

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Avé César

Je n'aime pas trop les films des frères Coen. Dans le monde de la cinéphilie, c'est un aveu qu'il vaut mieux faire discrètement, tant le prestige des frérots est grand. 

Lorsque mon avis, souvent tiède, est à l'unisson de la vox populi, comme cette fois-ci, je suis donc un tout petit peu plus à l'aise.

Avé César n'est pas seulement un film mineur des Coen, c'est tout simplement un mauvais film, qui ne parvient jamais à capter notre attention totale.

A la fois parodie excessive sans point de vue et hommage compassé au cinéma, Avé César rassemble tout ce qu'il y a de plus mauvais chez les Coen : un formalisme outrancier (comme la scène du sous-marin, d'un ridicule consommé), une culture élitiste de la private joke et un manque de souffle sur la durée.

Dans le marasme généralisé du film ne surnagent que quelques scènes. Suivant votre sensibilité, vous aimerez soit le passage avec les quatre religieux, soit le moment de comédie musicale, soit l'influence des communistes sur le personnage surjoué de façon pitoyable par Georges Clooney.

Le tout est sans rythme et sans inspiration.

Les frères Coen sur Christoblog : Inside Llewyn Davies (**) /  True grit (*) / No country for old men (**) / Burn after reading (**) / A serious man (*)

 

1e

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Tempête

Le cinéma de Samuel Collardey, toujours à la limite du documentaire et de la fiction, est fortement tributaire de la qualité de ses acteurs. 

Dans son avant-dernier film, Comme un lion, je trouvais que tout sonnait faux. Dans Tempête, c'est exactement le contraire qui se produit : l'acteur Dominique Leborne est exceptionnel et son prix d'interprétation à Venise est amplement mérité.

Mais avant d'aller plus loin, il faut décrire le dispositif du film : Dominique Leborne joue son propre rôle, ainsi que ses deux enfants. Tous les trois rejouent leur vie, en quelque sorte scénarisée. Et pour tout dire, il y a du lourd : conditions de vie précaire, divorce qui se passe mal, grossesse non voulue et interrompue pour raison thérapeutique, difficultés de communication en tout genre. On pourrait facilement verser soit dans une thérapie collective sans grand intérêt pour le spectateur, soit dans un auto-apitoiement exhibitioniste qui serait gênant à regarder, soit dans les deux. 

Par miracle, le film évite ces deux écueils : il est parfaitement "regardable" si on ne connaît pas son principe. Sa réussite doit bien sûr au charisme exceptionnel du personnage principal, mais aussi à la mise en scène limpide et assurée de Collardey, et peut-être plus encore à son montage rigoureux, proche de la perfection. Il se dégage de certaines scènes une émotion intense (je pense au dialogue entre le père et la fille vers la fin par exemple) qui m'a rappellé la puissance émotionnelle brute de ... Cassavetes. 

Au-delà de toutes ses qualités, Tempête est également intéressant par ce qu'il montre de la dure condition de pêcheur : peut-être le plus dur des métiers qu'on puisse aujourd'hui exercer.

Une franche réussite.

Samuel Collardey sur Christoblog : Comme un lion (*)

 

3e 

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