Parmi les bonnes surprises que peut réserver un Festival comme Cannes, il y a celle de se retrouver un petit matin dans une salle de la Quinzaine à regarder un premier film qui sort de nulle part (en fait de Zambie), et de dialoguer ensuite avec sa lumineuse réalisatrice.
Quel plaisir de suivre les méandres de ce conte qui s'inspire de la réalité (à moins que ce soit le contraire) et qui parvient à la fois à être drôle (les scènes avec le représentant du gouvernement) et beau (les rubans, et une myriade d'inventions).
Subtilement critique, à la limite de l'esthétisme gratuit, I'm not a witch étonne par la sûreté et la cohérence de ses choix de mise en scène. L'Afrique a définitivement besoin de ces films qui la raconte, loin des stéréotypes, dans un geste créatif parfait techniquement.
Difficile de comprendre comment il est possible de réussir et de rater à ce point un film.
La première scène par exemple est magnifique. On se retrouve projeté dans un mariage gitan extraordinairement filmé par un plan-séquence d'anthologie.
La chronologie est très audacieuse, puisque les séquences de différentes temporalités alternent sans aucune indication spécifique : c'est donc la subtilité du scénario qui fait tenir l'ensemble debout.
Et pourtant, malgré tous ses atouts et un casting exceptionnel pour un premier film (Nahuel Perez Biscayart avant qu'il explose dans 120 BPM, Karim Leklou très bon comme d'habitude, Gabriel Yared à la musique), Si tu voyais son coeur ne parvient jamais à vraiment emporter le spectateur. Gael Garcia Bernal est trop mou, trop lisse. Marine Vacth est trop belle pour être crédible dans son rôle de Madonne du pauvre et leur histoire ne nous intéresse pas. Le film hésite et se perd entre plusieurs sujets : documentaire sur la communauté gitane, film de rédemption, puzzle sensoriel, histoire d'amour. La recherche de la belle image est aussi par moment un peu pesante.
Le film de Joan Chemla est comme un kaleidoscope qui proposerait alternativement le meilleur et le pire du cinéma, tout en partant dans tous les sens. Au final, le projet du film, son intention me semble bien plus intéressant que le produit final, mal maîtrisé.
De mon point de vue, Marc Dugain est le premier écrivain à vraiment réussir un film.
L'échange des princesses est en effet appréciable de bout en bout et présente de nombreuses qualités.
Le film est tout d'abord une merveille à regarder : photographie admirable sans être ostentatoire, direction artistique (costumes, décors, musique) qui parvient à donner une sensation de réalisme comme j'en ai rarement vu dans un film en costumes.
Le scénario est ensuite admirable. A travers ce double mariage croisé entre les cours de France et d'Espagne, Marc Dugain donne à voir l'absolue dureté avec laquelle on traitait les enfants royaux ou nobles à l'époque. Comme le dit un des personnages du film, les petites filles sont de la "chair à marier". De ce point de vue, L'échange des princesses réussit un miracle : il parvient à être à la fois plaisant à regarder (on sourit, on est intrigué et ému), et extrêmement noir sur le fond.
Ajouter à toutes ces qualités un casting très convaincant (la petite Juliane Lepoureau - photo - est craquante) et une découverte quasi-documentaire des rites de l'époque, et vous obtiendrez le prétexte à une excellente sortie de début d'année.
J'éprouve toujours des scrupules à dire du mal d'un film de Naomi Kawase, tellement la personne m'est sympathique et ses intentions louables.
Le début de Vers la lumière est par exemple parfaitement brillant. L'idée de donner au personnage principal du film la profession d'audio-descriptice est un coup de maître.
Cela donne des premières séquences délicieuses dans lesquelles la bande-son prend une saveur très particulière, et qui suscitent chez le spectateur de stimulantes réflexions sur le sens de l'image, les choix des créateurs et bien d'autres sujets.
Les premières bonnes idées du film s'essoufflent cependant rapidement. L'histoire entre l'héroïne et le photographe devenant aveugle n'échappe pas à la mièvrerie. La subtilité du début disparaît au profit d'une succession de scènes irréaliste, de coïncidences incroyables (les rencontres fortuites des personnages, le paysage récurrent), d'élans très peu sensuels et de larmes creuses.
La médiocrité du film dans le film (la statue de sable) aggrave la sensation de déception et d'ennui qui grandit au fil de la projection. Comme parfois chez Kawase, on est triste de voir tant de sensibilité gâchée.
Impression mitigée à la vue du dernier Alexander Payne, qui est un réalisateur (Nebraska, Sideways, The descendants) que j'aime beaucoup.
Commençons par les côtés positifs d'abord.
On retrouve dans Downsizing cet art de l'understatement narratif, cette façon de ne pas y toucher, qui fait souvent mouche et qui peut, sous ses aspects très policés, être particulièrement cruelle.
Le film fourmille de petits détails qui émoustillent intellectuellement et qui font sourire à l'occasion (un exemple : l'explosion qui condamne de tunnel, sorte de manifeste anti-spectacle caractéristique du cinéma de Payne).
A porter également au crédit du film : une dénonciation non voilée du mode de vie américain, un sens du merveilleux qui touche parfois (la découverte des différents milieux est jouissive), et une interprétation hors pair (Christoph Waltz est une nouvelle fois impayable).
En ce qui concerne les points négatifs, on voit assez bien ce qui sera reproché au film : une nonchalance qui peut parfois ennuyer, une incapacité à installer une vraie tension dramatique, une séquence finale qui pourra paraître un peu gnangnan et enfin une morale qui manque de subtilité. Et de cruauté.
Au final, cette histoire d'hommes qui rapetissent pour le bien de la planète (ou pas) m'a plutôt séduit. L'art de Payne (une litote permanente au service d'histoires de ratés chroniques) me touche toujours beaucoup.
J'ai éprouvé plusieurs sentiments successifs vis à vis de ce film.
Avant de le voir : la crainte de me confronter à une "chatonnerie". Il faut dire que ceux et celles qui postent en minaudant des adorables photos de chatons dans une poubelle sur leur compte Facebook me révulsent. Il faudra que je me fasse analyser pour cela.
Dans un deuxième temps, celui de la vision, Kedi m'a plutôt intéressé. Le tableau qu'il dessine d'Istanbul et de ses habitants est plaisant dans sa variété. Le caractère d'un chat peut capter l'attention quelques minutes, alors que discours humaniste d'un vieux monsieur pourra charmer.
Après l'avoir vu, le sentiment qui prédomine est finalement l'indifférence. Le film est bâti sur une idée mignonne, mais sa réalisation est insipide (les plans de coupe aériens sont très médiocres) et son effet à long terme proche du néant. Sans être honteuse, la tentative est donc un peu vaine.
Vous connaissez peut-être ma liste de bons blogs cinéma. Amusant de voir ce que mes excellents collègues blogueurs pensent de A ghost story... et de constater que je suis un peu seul contre tous !
Contre
Pour Baz'art, qui ne daigne même pas consacrer tout un article au film, le réalisateur David Lowery "pompe allègrement le cinéma de Malick et son ambition métaphysique de raconter l'histoire de la vie et du monde à travers un film, sauf qu'il accouche d'un film terriblement contemplatif et vide qui en ennuiera plus d'un à force de plans fixes interminables et vains".
Il est à peu près le seul à partager mon opinion, puisque j'écrivais que le film était "une sorte de variante minimaliste du new-age malickien".
Décidément, Malick est la référence des détracteurs du film. Exemple sur La Critiquerie : "En résulte un film malheureusement chiant comme la mort qui passe totalement à côté de l’effet escompté : plonger le spectateur dans une course contre le temps poétique et hypnotique. A côté, les oeuvres de Terrence Malick sont comparables à des Fast and Furious sous LSD".
Même référence à Malick dans l'article du souvent impertinent Il a osé, qui revient également sur l'inénarrable scène de 6 ou 7 minutes qui voit Rooney Mara manger une tarte en plan fixe : "Vers la 25ème minute, David Lowery place ce qu'il a appelé lui-même une scène-test, censée mettre à rude épreuve l'endurance et la patience de son audience. Du haut de son arrogance, le réalisateur s'attend à ce qu'une partie des spectateurs abandonne alors le film et que d'autres accrochent définitivement, pour mieux kiffer la suite. Je suis fier de vous annoncer que je fais partie des plus courageux, mais cela ne m'a hélas pas permis d'apprécier davantage le reste".
Pour
Pour Cinéphiles44, le film est "une ode à l'amour et un petit chef d'oeuvre". Pour le site franco-belge Cinéphilia, il s'agit d'"un des meilleurs films de l'année". Rien de moins.
Même son de cloche sur Le blog du cinéma : "Le filmfinira, tôt ou tard, par se glisser sous le sommier de votre lit et venir vous pourchasser dans votre paisible sommeil".
Cinematraque qualifie les spectateurs ayant aimé film d'une façon intéressante : "Les chefs-d’œuvre ont ça de fascinant qu’ils sont rares et toujours profondément liés à notre perception du monde. Si vous ne croyez pas en un amour qui transcende le temps et l’espace, il y a peut-être peu de chances pour que le film de David Lowery s’inscrive en vous". Hum, je me reconnais bien là.
Même enthousiasme sur Cinérama : "Un véritable petit bijou". Fais pas genre est un peu plus mesuré : "A Ghost Story fait partie de ces films qui impriment dans notre esprit leur rythme et leurs visions".
Pour Le Bleu du miroir, qui l'a mis dans son Top 2017 "Il suffit de se laisser prendre par l’atmosphère cotonneuse, la tonalité élégiaque et les compositions mélancoliques de Daniel Hart pour goûter pleinement à cette proposition de cinéma fantastique humble – sans effet tape-à-l’œil – et paradoxalement audacieuse".
Chez Fred, l'appréciation est positive : "On en ressort aussi perturbé que bouleversé. Un beau film, que l’on peut prendre avec autant de simplicité que de prise de tête". Comme sur le site Perstistance Rétinienne, où le film intègre aussi le Top 10 2017 : "Travaillant ici l'épure dans une forme tendant à l'abstraction, il réalise un film à l'envoutante mélancolie : par son évidence et sa simplicité, A Ghost Story touche à l'essentiel et renvoie l'humain à sa fragile condition de mortel. "
C'est finalement Seuil critique(s) qui résume ce qu'on aime et/ou déteste dans le film : "Mais A ghost story a sa propre singularité, ses pulsations à lui, ses splendeurs faites de plans qui s’éternisent et d’ellipses fabuleuses, de retours et de perditions. De frémissements, d’un écho de l’au-delà".
Ni pour ni contre
Je range dans cette catégorie J'me fais mon cinéma, qui résume son avis de cette jolie manière : " A ghost story joue sur une apesanteur fragile et parfois contradictoire dans sa manière très appuyée de signifier. Pourtant ses lignes abstraites et son parti-pris contemplatif déjouent toutes les règles scénaristiques attendues. Un bizarre et mélancolique moment suspendu… A destination des spectateurs patients !"
Comme souvent, le dernier petit film israélien à débouler sur nos écrans s'avère très bon.
Le pitch est imparable. Michal, 32 ans, est heureuse. Après avoir cherché pendant des années l'âme soeur, elle va enfin se marier dans une vingtaine de jours.... quand, patatras, son futur mari la laisse tomber.
Michal n'en peut plus d'attendre, elle prend donc une décision qui surprend tout le monde : elle maintient sa cérémonie de mariage, en espérant que Dieu lui enverra un mari d'ici là.
Le film est très plaisant pour plusieurs raisons. Il donne déjà à voir des rites et habitudes exotiques (l'action se passe dans un milieu qui est orthodoxe, sans être ultra). Le personnage de Michal est ensuite très émouvant. Elle est pleine de force et de fragilités en même temps, parfois séduisante et parfois énervante.
Le suspense presque métaphysique qu'il entretient tout du long donne le tournis. Michal y arrivera-t-elle ? Dieu l'aidera-t-il ? Comment moi-même je peux y croire ? Evidemment, je ne révèlerai absolument rien de la fin de l'histoire, savamment préparée par un scénario qui brille par son intelligence et sa subtilité.
Une sorte de comédie romantique à la fois triste, charmante et dépaysante.
Très remarqué pour son film précédent, Tangerine, le premier bénéficiant d'une vraie distribution en France, Sean Baker était attendu pour son nouveau film.
Le résultat est très satisfaisant : The Florida project, tableau à la fois coloré, décapant et parfois émouvant, met en scène une jeune femme white trash vivant dans un motel avec sa petite fille.
Le film parvient, un peu à la façon des comédies italiennes des années 70, à manier de front plusieurs registres.
Le premier est le film d'enfants. La petite Moonee est renversante, et Sean Baker saisit parfaitement ce qui fait le sel des jeux d'enfants et des amitiés naissantes. L'aspect quasi documentaire du film (la petite fille jouant Jancey a été recrutée sur place suite à un casting sauvage) est très intéressant.
Le second registre du film est le drame qui montre la descente aux enfers progressive de la jeune femme jouée par l'explosive Bria Vinaite. Ces parties sont un peu moins convaincantes, par la faute probablement d'un scénario un peu faiblard et par le sentiment d'avoir déjà vu ce type d'enchaînement dramatique des dizaines de fois (par exemple dans Moi, Daniel Blake, dans un tout autre genre, évidemment).
Le troisième dominante du film, la plus plaisante pour moi, c'est le tableau vivant de la petite communauté vivant dans ces motels hyper-colorés jouxtant Disney World. Outre le décor extrêmement photogénique, on appréciera particulièrement la prestation tout en subtilité de Willem Dafoe. Sean Baker parvient à signer des scènes à la fois poétiques (le safari des vaches, les échassiers devant le motel), tendre (la locataire qui doit cacher ses seins) ou inquiétante (le pédophile qui rôde).
Un petit miracle chamarré, imparfait et attachant.
Pour ce premier film de 2018, je joue la sécurité. Pas beaucoup de surprise en effet avec le premier film d'Aaron Sorkin, mythique scénariste des quatre première saisons de A la maison blanche (et accessoirement de quelques films, comme Steve Jobs ou The social network).
On sait pour quoi on vient. Un scénario un tout petit peu alambiqué, des dialogues copieux parsemés de punchlines, et un vrai récit.
Jessica Chastain est absolument renversante, les autres acteurs sont très bien (Idriss Elba en tête), et il est vraiment difficile de ne pas se laisser emporter par cette histoire abracadabrante - et néanmoins vraie, comme souvent.
Sans être parfait (la mise en scène est ... hétéroclite), Le grand jeu est bon film de début d'année, qui n'a pas d'autre objet que de nous distraire en nous racontant une histoire étonnante.
Je le conseille pour ce premier mercredi de sorties.
L'intrusa, présenté à La Quinzaine des réalisateurs 2017 (où je l'ai vu), n'a bénéficié que d'une sortie confidentielle en France.
C'est dommage, parce que ce film quasi - documentaire est intéressant à plusieurs titres.
Giovanna gère un centre qui accueille des enfants défavorisés dans la banlieue de Naples. Quand une des familles logée dans l'enceinte du centre héberge un assassin de la Camorra, une question se pose : faut-il l'expulser, comme le demande les familles des parents et les professeurs (qui considèrent avec raison le centre comme une alternative à la mafia) ou pas ?
C'est ce cas de conscience qui donne tout son sel au film. Chacun aura sa propre opinion sur le sujet, et en changera très probablement au cours du film.
La manière de filmer de Leonardo di Constanzo, très naturaliste, est convaincante. Les acteurs sont tous formidables. Le film péche peut-être un peu par les propres limites qu'il s'impose, mais le résultat est tout de même assez cohérent pour que le film puisse être conseillé.
Comme Ida, de Pawel Pawlikowski, ou The young lady, de William Oldroy, A ghost story est un film de petit malin.
Il en a toutes les caractéristiques, la première d'entre elles étant une tendance à adopter un formalisme tape à l'oeil qui fait "cinéaste". Ici, c'est le format 4:3 aux coins arrondis (un peu ringard), la musique envahissante, les plans à rallonge, la photographie grisâtre, les ellipses osées, les lents travellings, le hiératisme sculptural des scènes avec le fantôme.
Le deuxième point commun des films de petit malin est de préférer à la narration un dispositif spectaculaire visant à coincer le spectateur dans des recoins, et à le manipuler, par un effet de surprise totalement gratuit par exemple. Le résultat est que pour la plupart des spectateurs, il sera impossible de ressentir une émotion. Pour certains autres (les films de petit malin ont toujours une phalange d'admirateurs transis), il faut supposer que la cohérence stylistique du film puisse causer un effet positif.
Enfin le film de petit malin a toujours un aspect "regarde donc comme je suis intelligent" un peu poseur, qui se traduit par un twist ou une évolution inattendue de l'intrigue. En toute logique, cette vaine tentative de faire brillant dégonfle le film comme un ballon de baudruche. Dans A ghost story, si la façon dont le temps s'écoule est assez bien vue, la boucle temporelle (déjà traitée dans de nombreux films, qui d'ailleurs ont toujours beaucoup de mal à s'en sortir proprement) fait pschittt, un peu comme le fantôme lui-même.
Un produit typique de Sundance, sorte de variante minimaliste du new-age malickien made in Austin, dont vous pouvez parfaitement vous dispenser.
On avait repéré Marcela Said avec son précédent film L'été des poissons volants. La voici de retour avec une oeuvre élégante et froide.
Mariana, la quarantaine bourgeoise, cherche à s'émanciper de son père et de son mari. Elle se rapproche de son professeur d'équitation au passé trouble. A partir de ce synopsis minimal (mais qui résume assez bien la totalité du film), la réalisatrice tisse un écheveau de situations assez convenues, mais qu'elle tente de rendre décalées et mystérieuses : il faut par exemple un certain temps pour comprendre quel est le sujet du film.
Le résultat est assez réussi, et si le film n'est pas vraiment palpitant, il intéresse par sa maîtrise technique assez remarquable et par un goût extrêmement sûr. Les thématiques abordées (frustration sexuelle, condition de la femme au Chili, digestion des années de dictature) ne sont qu'effleurées, et c'est un peu dommage.
Le véritable intérêt du film tient finalement dans son personnage principal, joué avec brio par Antonia Zegers, tour à tour gaie, belle, énervante, triste, délurée, réfléchie, vulgaire et dépressive.
On a hâte de voir ce que peut faire Marcela Said à partir d'un scénario plus riche.
Il y a dans le cinéma de Toledano / Nakache une volonté de bien-faire, un respect pour le travail des acteurs et une sorte d'aversion pour la vulgarité crasse qui place le duo dans la lignée d'une comédie française à la Gérard Oury.
Difficile en effet de ne pas comparer la prestation de Bacri à celles qu'offraient Louis de Funès ou Bourvil au réalisateur du Corniaud.
Les ressorts comiques étaient chez Oury à la fois prévisibles et délicatement efficaces, exactement de la même façon qu'ici Vincent Macaigne enchaîne les différentes variantes d'un même running gag.
Ce n'est jamais franchement hilarant, mais presque toujours plaisant, et même touchant (la scène du concert improvisé est un parangon d'efficacité). La diversité des thématiques évoquées (l'amour du métier, le sens de la débrouillardise), l'efficacité de la mise en scène et la performance des acteurs rendent le film diablement aimable.
On ne peut vraiment lui reprocher que deux éléments : les histoires d'amour un peu gnan-gnan et des procédés qui tournent trop facilement à la répétition. C'est peu de chose, en comparaison du plaisir simple qu'il procure.
On peut parier sans grand risque que le nom d'Emmanuel Gras deviendra bientôt familier aux oreilles des cinéphiles du monde entier. Makala est en effet un second film d'une puissance exceptionnelle.
Résumons brièvement ce que cet admirable documentaire nous raconte : Kabwita est un jeune villageois qui espère donner à sa famille une vie meilleure. Il fabrique du charbon de bois (tiens, comme dans Les gardiennes), et va le vendre à la ville, après un épuisant voyage de plus de cinquante kilomètres, durant lequel il pousse son vélo chargé de charbon.
Dès les premières scènes, dans lesquelles Kabwita abat un arbre, on est comme pétrifié par le beauté des images, la qualité de la bande-son (le vent !) et la présence à l'écran de Kabwita. Quand ce dernier se retrouve sur la route, le film prend une dimension mythique et se transforme en une sorte de suspense du minimal. Le vélo tiendra-t-il jusqu'au bout du voyage ? Kabwinta parviendra-t-il à pousser son chargement au sommet de la colline ? Vendra-t-il ses sacs à bon prix ? Evitera-t-il les bandits et les policiers corrompus ?
En nous faisant ressentir physiquement les aventures de son personnage principal (le soleil qui tape, l'inquiétude que génère la nuit, la désorientation que procure l'arrivée en ville), Emmanuel Gras se révèle être un cinéaste d'exception. Ses plans sont magnifiques, ses images somptueuses. Le film respire le cinéma, jusqu'à une scène finale absolument bluffante. Du grand art.
Les références que convoque le dernier film de Mohammad Rasoulof sont plutôt flatteuses : l'argument ressemble en partie à celui du chef d'oeuvre de Zvyagintsev Leviathan (la lutte du pot de terre contre le pot de fer, en pays corrompu) , alors que le style, à base d'ellipses délibérées, évoque irrésistiblement celui de Farhadi, en particulier dans Une séparation.
Un homme intègre est un poil moins convaincant que les films précédemment évoqués, principalement parce que l'interprétation de l'acteur principal est trop monocorde. Il constitue toutefois une pièce de choix, qui révèle son intérêt principalement dans la dernière partie.
Pour résumer le propos sans déflorer l'intrigue plus que nécessaire, on dira que l'homme juste doit réfléchir à deux fois à ce qu'il fait (d'une part) et que l'apparence est parfois bien éloignée de la réalité (d'autre part). Vous pouvez penser qu'il s'agit là de bien communes banalités, mais le mérite de Rasoulof est d'en fournir une illustration complexe, en multipliant les fausses pistes.
Le film a de nombreuses qualités : il dresse un tableau saisissant de l'Iran contemporain (corruption à tous les étages), joue avec la notion de bien et de mal sur un mode dostoïevkien, et bénéficie d'une qualité de photographie et de mise en scène évidente.
A ne pas rater pour les amoureux de cinéma iranien.
Les personnages découverts dans l'épisode précédent donnaient un certain intérêt à ce qui aurait pu passer pour un renouvellement. Les personnages de Rey, Poe, Finn et Kylo laissaient augurer un rajeunissement des thématiques.
Malheureusement, l'espérance a été de courte durée. Cet opus reproduit des schémas qu'on a déjà vu plusieurs fois dans la saga : combats pétaradants, difficile rapport au père, chastes amourettes, soldat-playmobils, petit animal tout mignon et trouble frontière entre le Bien et le Mal. Il semble d'ailleurs un instant dans le film qu'on puisse être macronien dans le cosmos, c'est à dire en même temps du côté de la lumière, et en même temps du côté obscur. C'est le plus intéressant.
Les pauvres traits d'humour sont assez pitoyables, les décors bien en-deça de ce qu'a proposé récemment 2049 et le scénario brille par un manque complet d'originalité. Malgré les énormes moyens dont dispose la franchise, le réalisateur Rian Johnson, qu'on a vu plus inspiré, ne parvient jamais à enthousiasmer, sauf peut-être dans la jolie scène des répétitions à l'infini dans la caverne. Il assure le boulot de façon tout juste convenable.
C'est bien peu pour ne pas s'ennuyer pendant ces 2h32 de baston galactique et de combats au sabre laser, filmés comme on filmait les duels dans les vieux films de cape et d'épée.
On trouve dans Coco tout ce qui fait un bon dessin animé.
D'abord un scénario très malin, qui sait parfaitement jouer avec les différents tons, et qui déploie des arabesques pleines de subtilité dans une atmosphère nostalgique. Une audace visuelle ensuite, traduite par la vision féérique de la ville des morts, et plus particulièrement par ces animaux imaginaires aux couleurs chatoyantes. Et enfin les éclairs de fantaisie qui font sourire, ici parfaitement illustrés par les cabrioles de Dante, chien nu mexicain.
Le film représente donc la fusion presque parfaite du monde Disney (les enfants aux grands yeux, le haut potentiel lacrymal de l'histoire, les morceaux de bravoure admirablement chorégraphiés) et de la marque Pixar (transformer un film en expérience quasi-métaphysique, oser les thématiques trangressives).
Le résultat est jouissif, parfaitement rythmé et débarrassé des scories qui encombrent parfois les Disney (les affreuses chansons de La reine des neiges par exemple). On sort ravi de la salle, même si au final le vertige narratif est un peu moins grand que dans Vice-Versa, et la poésie nettement moins osée que dans Wall-E.
Un spectacle idéal pour Noël, à voir toutes générations confondues.
Ca commence un peu bizarrement, comme un clip épileptique qui ne trouverait pas le bon ton.
Jean Marc Vallée, le réalisateur canadien qu'on peut selon son humeur qualifier de tâcheron sous amphétamine ou de génie du mauvais goût, propose une mise en scène qui cherche à tout prix l'esbrouffe.
On se dit que ce n'est vraiment pas la peine de mettre autant de plans dans si peu de minutes quand on dispose d'un casting aussi brillant (Nicole Kidman, Reese Whiterspoon, Alexander Skarsgard, Laura Dern), mais bon, cahin caha, on enfile les épisodes avec un intérêt au mieux croissant, a minima fluctuant.
Pas mal de bonnes choses dans ce Desperate Housewives bobo et californien, notamment la faculté de nous mettre mal à l'aise à peu près tout le temps (on pense au Carnage de Polanski), mais aussi un monceau de scories en tout genre : plan inutile, montage à la mords-moi-le-noeud et singeries de sensibilité new age. De tout cela, je ne sais pas trop quoi penser. La vision des sept épisodes a été plutôt décevante au début et à la fin, et parfois réjouissante au milieu.
Mention spéciale au couple Nicole Kidman / Alexander Skarsgard, générant une dose d'inconfort rarement atteint dans une série.