Il y a dans les images tournées par la jeune journaliste syrienne Waad al-Kateab une injonction paradoxale : contempler la guerre dans ce qu'elle a de plus horrible, à travers les yeux les plus bienveillants et optimistes qui soient.
Le film manipule ces deux éléments alternativement pour mieux nous prendre en étau émotionnellement. Les blessés sont horribles à regarder, mais le dévouement des médecins est exemplaire. Le deuil des enfants est d'une tristesse infinie, mais les liens d'amitiés qu'on peut tisser dans ces moments sont les plus intenses. La mère accouche par césarienne dans des conditions effroyables, mais le bébé survit (une scène à proprement parler sidérante). La ville assiégée est réduite en ruine et constitue l'endroit le plus dangereux au monde, mais nos héros y retourne avec leur petite fille, en souriant.
A travers cette dialectique constante, servie par un montage exemplaire, le film fait passer son message avec force et efficacité : l'espoir peut soulever des montagnes. Si les images sont (forcément) de qualité très inégale, la construction dramatique du documentaire est véritablement exemplaire, et fait de Pour Sama un sommet de l'année cinéma 2019.
Les éblouis fait partie de ces films dont on aimerait dire du bien : un projet cher au coeur de la réalisatrice (car en grande partie autobiographique), une distribution sympathique (Camille Cottin, Jean Pierre Darroussin en chef de secte, l'excellent Eric Caravaca - le réalisateur du très bon Carré 35) et un angle intéressant (la dérive sectaire vue à travers les yeux d'une pré-ado).
Malheureusement, rien ne fonctionne dans le film. L'implication personnelle de la réalisatrice Sarah Succo dans l'écriture de l'histoire est sûrement contre-productive. Les émotions et les souvenirs liés à son histoire semblent l'avoir conduit à affadir l'histoire : le résultat est anecdotique et délayé.
Le film manque de rythme dans le montage, de précision dans la mise en scène et de détermination dans la direction d'acteur. On se désintéresse progressivement de la destinée de la petite Camille, dont les aventures flirtent parfois avec l'invraisemblance onirique (la robe de mariée) et finissent par nous tenir à distance, un comble pour une narration dont la progression dramatique devrait conduire à un climax.
Les derniers films de Clint Eastwood n'étaient pas très bons, et même, pour certains d'entre eux, franchement mauvais.
Cet opus constitue donc une bonne surprise : un scénario modeste mais efficace, des personnages attachants et bien joués (très bon Sam Rockwell) et une histoire édifiante. Des qualités qu'on retrouvaient d'ailleurs point par point dans le meilleur des dix derniers Eastwood, Sully.
Les points faibles du film sont malheureusement ceux qui rendent la production récente de l'américain indigeste : dans sa volonté de sonner la charge contre les pouvoirs malfaisants qui oppressent le pauvre individu (les médias, le FBI), le vieux réalisateur conservateur oublie au passage la subtilité et la nuance. Les personnages joués par Jon Hamm et Olivia Wilde sont ainsi trop caricaturaux pour être intéressants.
Si la première partie du film est vraiment bien rythmée, la seconde, très démonstrative, patine un peu. L'ensemble est toutefois acceptable.
En provenance de Colombie, ce deuxième film d'Alejandro Landes est une pépite à découvrir.
Le pitch est simple : huit enfants soldats, faisant partie d'un groupe révolutionnaire obscur, gardent une otage américaine sur les hauteurs andines du pays, puis dans la forêt vierge.
Le film est un trip sensoriel qui vaut surtout par la manière dont il montre la rudesse de la vie de ces jeunes paumés qui se droguent, tuent, cherchent l'amour et trouvent le désespoir. Comme si Larry Clark tournait en Amazonie. Le voyage n'est jamais vraiment éprouvant (même s'il est dur), tant les images sont belles, les personnages bien dessinés et le rythme haletant.
Il y a chez Landes un talent incontestable, que ce soit pour filmer de façon originale les scènes oniriques ou pour être froidement efficace quand l'action le commande. La sensation de réalité immersive qu'il parvient à nous communiquer (la pluie, la boue, les explosions, les baisers) est assez exceptionnelle.
Une vraie et belle découverte, présentée en 2019 dans la section Panorama de la Berlinale, servie par de jeunes colombiens non professionnels particulièrement convaincants et une Julianne Nicholson étonnante.
A l'occasion de la sortie en salle de Filles de joie le 18 mars, je vous propose de gagner 5 x 2 invitations valables partout en France.
Pour ce faire :
- répondez à la question suivante : dans quels pays se déroule l'action du film ?
- joignez votre adresse postale
- envoyez moi le toutpar iciavant le 16 mars 20 h.
Un tirage au sort départagera les gagnants.
NB : un des cinq lots sera attribué par tirage au sort à un participant ayant aimé ma page FB oumon compte Twitter ou s'étant abonné à la Newsletter du blog (n'oubliez pas pour participer à ce tirage au sort spécial de me donner votre pseudo dans votre réponse, pour que je fasse le lien)
A l'occasion de la sortie en salle deUn fils de Mehdi M.Barsaoui le 11 mars, je vous propose de gagner 3 x 2 invitations valables partout en France. Ce très beau film a été présenté à Venise où Sami Bouajila a remporté le prix du meilleur acteur dans la section Orizzonti. Voir la bande annonce.
Pour ce faire :
- répondez à la question suivante : de quelle nationalité est le réalisateur du film, Mehdi M.Barsaoui ?
- joignez votre adresse postale
- envoyez moi le toutpar iciavant le 14 mars 20 h.
Un tirage au sort départagera les gagnants. Pour plus d'infos suivez la page deJour2fête.
NB : un des trois lots sera attribué par tirage au sort à un participant ayant aimé ma page FB oumon compte Twitter ou s'étant abonné à la Newsletter du blog (n'oubliez pas pour participer à ce tirage au sort spécial de me donner votre pseudo dans votre réponse, pour que je fasse le lien)
Habitué de Cannes depuis 8 ans, j'avais très envie de découvrir la Berlinale, ce que j'ai enfin pu faire cette année. Le grand festival allemand n'a pas grand-chose à voir avec son homologue français : tout y est plus décontracté, l'accès aux (immenses) salles y est beaucoup plus facile, à condition de payer sa place de 13 à 16 €. Je décrirai son fonctionnement détaillé dans un article à venir : Aller à la Berlinale pour les nuls.
20 février
Le film d'ouverture, My Salinger year (3/5), du québécois Philippe Fallardeau, est un film léger, parfait pour débuter un marathon de 10 jours. L'actrice principale, Margaret Qualley, qu'on a vu dans Once upon a time in Hollywood, crève l'écran, à la fois ingénue et sensuelle. C'est bien écrit et bien réalisé, sur un double sujet plutôt original (la difficulté de devenir écrivain et l'ombre chinoise de Salinger).
21 février
Je découvre à midi le film d'Oleg Sentsov, Numbers (4/5). Ce film est tiré d'une pièce de théâtre écrite par Sentsov et vaut principalement par son texte, très astucieux. Il s'agit de théâtre filmé, mais le spectacle est amusant, stimulant intellectuellement. Cette dystopie cruelle et fantaisiste est très attachante.
Le soir, premier tapis rouge et premier film en compétition avec El profugo (The intruder) (2/5), premier film de l'argentine Natalia Meta. Ce thriller fantastico-psychanalytique est plein d'intentions, regarde vers Hitchcock et peut-être aussi De Palma, mais s'égare en chemin par la faute d'une écriture trop confuse et alambiquée.
22 février
De tôt matin, on poursuit la compétition avec Volevo nascondermi (4/5), de l'italien Giogio Diritti. De facture très classique le film raconte la vie du peintre Antonio Ligabue, figure majeure de l'art brut (il souffrait de graves troubles psychologiques). Le film n'est pas un grand morceau de cinéma, loin de là, mais son propos est passionnant et la composition extraordinaire de l'acteur Elio Germano lui a permis de décrocher l'Ours d'argent de meilleur acteur.
A 19h, tapis rouge pour la présentation du nouveau Kelly Reichardt, First cow (3/5). Suivant son humeur, on pourra dire que c'est toujours aussi soporifique, ou toujours aussi génialement modeste. En tout cas, le spleen grisâtre habituel se teinte ici d'humour, expose des embryons de sentiments et bénéficie d'une narration un peu plus tenue que dans les autres films de Reichardt.
23 février
Je continue avec la compétition et le nouveau film de Philippe Garrel, Le sel des larmes (4/5). C'est pour moi un bon cru, si on apprécie le style du réalisateur, qui semble figé dans un espace-temps indéterminé, mais très français. Il y a dans le film une cruauté distanciée que j'ai trouvée réjouissante.
Minyan (2/5) de l'américain Eric Steel était présenté dans la section parallèle Panorama. Le film ne démérite pas vraiment, mais son propos pourtant intéressant sur le papier (un jeune juif découvre son homosexualité dans le New-York des années 80) ne parvient jamais à captiver, probablement par la faute d'une écriture bâclée qui ne fait que juxtaposer différentes thématiques. Un film probablement trop autobiographique pour être pleinement réussi.
24 février
Pour ce dernier jour, je me régale avec Mignonnes (4/5), de Maïmounia Dourouré. Le film est bien plus qu'un énième film de banlieue. C'est surtout le portrait enlevé et fidèle d'une petite fille qui devient une pré-adolescente. On rit, on s'inquiète, on frémit, on détourne parfois les yeux. Le succès devrait être au rendez-vous pour cette oeuvre qui avait longtemps annoncé à Cannes 2019 et qui a remporté le prix de la meilleure réalisation à Sundance.
Pour terminer Kød § Blod (Wildland) (3/5) de la danoise Jeanette Nordahl décrit l'arrivée d'une jeune orpheline dans la famille de sa tante, famille qui s'avère être criminelle. Il y a beaucoup de finesse dans ce joli film qui prend le parti de la litote et se place à hauteur de la jeune fille, avec un petit côté Animal kingdom à la sauce nordique (en moins violent).
Voilà, c'est terminé, mais on se reverra sûrement un jour, Berlinale !
A l'occasion de sa sortie, je vous propose en partenariat avec Epicentre de gagner 2 exemplaires du DVD du film Nous, le peuple.
Pour ce faire :
- répondez à la question suivante : combien de film ont réalisé ensemble Claudines Bories et Patrice Chagnard ?
- joignez votre adresse postale
- envoyez moi le tout par iciavant le 16 mars 20 h.
Un tirage au sort départagera les gagnants. Vous recevrez ensuite le coffret DVD envoyé par le distributeur. NB : un des deux DVD sera attribué par tirage au sort à un participant ayant aimé ma page FB oumon compte Twitter ou s'étant abonné à la Newsletter du blog (n'oubliez pas pour participer à ce tirage au sort spécial de me donner votre pseudo dans votre réponse, pour que je fasse le lien)
Après La dernière vie de Simon, voici de nouveau un très bon film français sur les écrans, avec les mêmes qualités : subtil, équilibré, inventif.
La fille au bracelet est un film de procès. Dans ce genre qu'on voit régulièrement sur nos écrans (L'hermine, Une intime conviction) il se distingue par sa ligne claire qui sert une ambiguïté profonde.
Il ne s'agit pas ici de mettre en scène des coups de théâtre (même si la progression dramatique est très bien dosée), mais plutôt de montrer comment la longue durée de l'instruction influe sur le comportement des uns et des autres.
Indirectement le réalisateur Stéphane Demoustier parvient à aborder de nombreux thèmes, tous passionnants : le rapport entre générations, les raisons qui nous amènent à croire quelqu'un coupable ou non, la manière dont les jeunes gèrent leur sexualité, la manière différente qu'ont les parents de réagir à un tel drame.
L'interprétation est très haut de gamme avec les tout juste césarisés Roschdy Zem et Anaïs Demoustier, mais aussi une Chiara Mastroianni méconnaissable, la jeune actrice Melissa Guers qui parvient parfaitement à nous troubler par son comportement, et Pascal-Pierre Gasbarini, qui joue à la perfection un juge précis et attentionné.
Croyez-moi ou pas, j'ai regardé la cérémonie des Césars pour la première fois hier soir.
Ca ressemble à quoi une cérémonie des Césars ?
A pas grand-chose, si on compare à quelques extraits des Oscars (l'extraordinaire numéro d'ouverture de Janelle Monae, Billie Eilish qui chante Yesterday).
Si Florence Foresti a fait ce qu'elle a pu, en vérité rien de bien transcendant, sauf lorsqu'elle fut aidée par l'incroyable Alban Ivanov, les intermèdes ont été de qualité très médiocres. De l'auto-promotion cheap d'Esteban au numéro pitoyable de Benjamin Lavernhe, les interventions se suivent avec un niveau de professionnalisme extrêmement variable et globalement faible. On oscille entre le balbutiement d'amateur et la longue déclaration politico-sociale, et globalement je n'ai vu qu'une prestation vraiment aboutie en terme de spectacle pur : le discours ahurissant de méchanceté drôle d'Emmanuelle Devos.
Le professionnalisme laisse donc à désirer à tous les niveaux : micro trop bas qui incite Antoine De Caunes à parler à moitié assis, clip de Bong Joon-Ho (par ailleurs génialement frais) qui ne démarre pas, présentation trop longue qui ampute le temps de parole des récompensés, etc.
Le Palmarès
A part le prix de la réalisation (j'y reviendrai), je dois reconnaître que ce Palmarès a de la gueule. Je peux même dire qu'il me convient pratiquement dans son intégralité. Je suis satisfait des prix reçus par Les misérables, Papicha (en espérant que cela provoque une ressortie en salle de ce très beau film), J'ai perdu mon corps, La belle époque (l'éclosion d'une nouvelle comédie française de qualité), Parasite (il faudra que j'écrive un article sur l'incroyable moisson de prix de ce film), Anaïs Demoustier, Swann Arlaud, Fanny Ardant, Claire Mathon (pour la photographie de Portrait de la jeune fille en feu, le point fort du film).
Je suis particulièrement reconnaissant à l'Académie d'avoir honoré Roschdy Zem, immense acteur d'un film magnifique, et sans conteste auteur du plus beau discours de la soirée.
Bon, et Polanski alors ?
Polanski aux Césars aurait probablement du être ignoré. La focalisation des intervenants sur son cas (Floresti et son Atchoum, Darroussin qui ne prononce pas son nom, Haenel qui se barre) a nuit à la célébration des autres gagnants. C'est sûrement bien trop d'honneur de lui avoir permis d'écraser ainsi de sa présence la cérémonie.
L'attribution du prix de la réalisation à Polanski, indépendamment de tout jugement moral, pose un double problème : le manque de discernement (d'intelligence ?) des votants, car quelque soit leur avis sur le film, il était préférable aux yeux de tous ne pas lui donner ce prix là, et également l'injustice que cela représente en terme de mérite (Ozon, qui signe avec Grâce à Dieu son meilleur film, l'aurait amplement mérité)
Finalement, avec une activité annexe et en suivant les tweets en direct, l'expérience n'est pas désagréable, bien qu'un peu longue. Je recommencerai peut-être l'année prochaine.
A l'occasion de sa sortie le 11 mars, je vous propose en partenariat avec Wild Bunch de gagner 2 exemplaires du DVD du chef-d'oeuvre de Stanley Donen,Voyage à deux.
Pour ce faire :
- répondez à la question suivante : quelle est l'acteur principal de Voyage à deux ?
- joignez votre adresse postale
- envoyez moi le tout par iciavant le 15 mars 20 h.
Un tirage au sort départagera les gagnants. Vous recevrez ensuite le coffret DVD envoyé par le distributeur. NB : un des deux DVD sera attribué par tirage au sort à un participant ayant aimé ma page FB oumon compte Twitter ou s'étant abonné à la Newsletter du blog (n'oubliez pas pour participer à ce tirage au sort spécial de me donner votre pseudo dans votre réponse, pour que je fasse le lien)
Dieu sait si j'aime le cinéma du Sud et que je porte habituellement sur lui un regard bienveillant et attentionné. Mais ici, malgré toute ma bonne volonté, je ne peux que faire le constat qu'une bonne idée de départ est irrémédiablement gâchée.
Il était en effet plaisant d'imaginer les conséquences de l'implantation d'une psychanalyste dans un quartier populaire de Tunis. J'imaginais une sorte de In treatment doux amer qui aurait traité en profondeur de l'évolution de la société tunisienne.
Le résultat est malheureusement tout autre, assemblage non abouti de plusieurs genres qui ne se mêlent pas entre eux : burlesque, comédie sentimentale, chronique sociale, tableau sans concession de la Tunisie contemporaine, film sur l'exil et le chez-soi, comédie de situation, clins d'oeil LGBT. Rien ne prend, tout semble factice, et la vision qu'offre Manele Labidi de la Tunisie est une caricature presque insultante. La psychanalyse n'est qu'un prétexte qui n'est pas du tout exploité.
Golshifteh Farahani, si elle semble toujours imprimer la pellicule de façon spécifique, ne m'a pas convaincu dans son rôle, comme d'ailleurs l'ensemble du casting, à côté de la plaque.
C'est pétri de bonnes intentions, mais c'est aussi tristement raté.
Le dispositif que proposent les réalisateurs Mathias Théry et Etienne Chaillou dans ce documentaire est tout à fait passionnant. Il n'est pas très simple à expliquer mais je vais essayer. Le principe est de filmer leur personnage principal en train de lire le récit de son histoire (le scénario du film en fait), pendant que les images l'illustrent (avec ou sans le son original), et alors que Mathias Théry lit lui-même parfois son texte à voix haute.
Dans la pratique, le dispositif fonctionne parfaitement, alternant plaisir brut du documentaire (les scènes filmées sont souvent intrinsèquement intéressantes) et vertige procuré par la mise en abyme de Bastien commentant la vie de Bastien, jusqu'à une dernière réplique, juste avant l'épilogue, qui est extraordinaire.
Outre sa forme très travaillée, le film est séduisant également par ce qu'il montre : l'ascension rapide d'un jeune homme dans un parti politique, le travail ingrat des militants de base, la mesquinerie des hauts placés du parti. Que ce parti soit le Front National importe finalement peu. Le film ne fait pas de politique, et il serait tout aussi intéressant s'il avait filmé un jeune de LREM ou de La France insoumise.
La personnalité propre de Bastien, ses tics, ses talents, et la faille béante dans son existence qui sépare le film en deux parties distinctes, tout cela finit par rendre La cravate profondément attachant en plus d'être passionnant.
Deux lesbiennes âgées qui n’ont pas fait leur coming out (alors qu’elles se connaissent depuis leur jeunesse) sont victimes d’un terrible accident de la vie : l’une des deux est victime d’un AVC.
Barbara Sukowa, qui joue avec beaucoup de conviction « celle qui reste », est impressionnante de classe et de détermination. La mise en scène, d’abord intrigante lors de premières scènes plutôt réussies, tourne rapidement à vide, et finit par paraître un peu prétentieuse.
Les seconds rôles ne sont pas vraiment convaincants : la femme de ménage, le fils, et la fille (jouée abruptement par Léa Drucker) sont réduits à de pauvres stéréotypes.
Je me suis progressivement désintéressé de l’intrigue qui avance vers un dénouement assez prévisible, après avoir suivi un chemin à la fois très balisé et parfois approximatif. L’impression finale, sans être catastrophique, est mitigée.
Depuis quelques mois, les films en provenance du Maghreb réalisés par des femmes et mettant en scène des femmes semblent se multiplier : Sofia, Papicha, Noura rêve, Un divan à Tunis.
Ils sont tous de qualité, dans des registres assez différents, et ont tous le mérite de mettre en exergue une facette de la sociologie de leur pays d'origine.
Le propos est ici un peu moins politique que dans les autres films cités, même si Adam traite (entre autre) du non-avenir dans la société marocaine d'une jeune fille tombée accidentellement enceinte. La réalisatrice Maryam Touzani s'intéresse avant tout à la rencontre entre la jeune Samia et une femme mûre qui vient de perdre son mari, jouée avec beaucoup (trop ?) de sobriété par l'actrice Lubna Azabal, qu'on a vu récemment dans Tel Aviv on fire. Elle le fait avec une tendresse et une attention qui donne au film une tonalité intime et sensuelle. Le film est produit par le réalisateur Nabil Ayouch, mari de la cinéaste, qui a démontré lui aussi sa capacité à filmer les femmes dans le formidable Much loved.
Au-delà du scénario, presque minimaliste, il faut pour apprécier le film être sensible à la naissance d'un sourire, à un regard qui tout à coup s'illumine, au jeu d'une mère avec les pieds de son bébé. C'est à la fois beaucoup et, si l'on est mal luné, trop peu : le film peut alors ennuyer, car il peine à générer une véritable émotion.
Une cinéaste à suivre, qui fait preuve d'une grande maîtrise formelle dans ce huis-clos féminin.
Il est assez rare de voir dans les salles françaises un film d'Afrique de l'Est : voici une bonne raison de découvrir ce beau premier long-métrage du soudanais Amjad Abu Alala.
Le film décrit le destin du jeune Muzamil, à qui un chef religieux prédit à la naissance qu'il mourra à 20 ans. Sa mère, très croyante, l'élève pratiquement dans le deuil, persuadée que la prophétie va se réaliser. Muzamil, quant à lui, vit sa vie comme un autre enfant...
Tu mourras à 20 ans vaut principalement pour ses qualités plastiques hors du commun : les paysages du Nil Bleu sont d'une beauté à couper le souffle, comme d'ailleurs les intérieurs des modestes maisons et les visages des acteurs, magnifiés par une splendide photographie.
Le film, dont le scénario est ténu, vaut également par la sérénité contemplative et en même temps critique qui l'enveloppe, et qui rappelle le cinéma d'Abderrahmane Sissako : les scènes sont souvent symboliques, le montage allusif, mais l'impression générale est celle du recueillement et au final du triomphe de la vie sur la religion.
A découvrir.
L'Afrique de l'Est sur Christoblog : Lamb - 2015 - Ethiopie (**) / Rafiki - 2018 - Kenya (**)
Il est assez rare que le cinéma français tente une incursion dans le cinéma de genre, a fortiori pour un premier film. C'est d'autant plus jouissif de voir la totale réussite que constitue le film fantastique de Léo Karmann, La dernière vie de Simon.
Difficile de parler du scénario, très malin, sans déflorer trop d'éléments, ce qui gâcherait véritablement le plaisir immédiat que procure ce beau film : disons simplement qu'il s'agit de suivre la destinée d'un jeune homme doté d'un pouvoir très particulier, à deux périodes de son histoire.
Tout est réussi dans ce film : la mise en scène est ambitieuse et diablement efficace, les interprètes sont tous formidables et le scénario passionnant. On est dès le début happé par cette histoire, et aspiré vers son dénouement par un aspirateur émotionnel et intellectuel comme on en voit très peu dans le cinéma français. Léo Karmann manifeste un talent particulier pour tisser une ambiance spécifique à chaque scène : innocence des jeux d'enfants, ambiance légèrement surnaturelle, immersion dans la nature, naissance d'un sentiment, traque policière.
Cela me fait mal de dire que ce film est vraiment mauvais, eu égard au fait que le réalisateur raconte ici l'histoire tragique de son propre père.
Peut-être est-ce d'ailleurs ce manque de distance qui le conduit à produire une oeuvre sans aucune imagination, si proche de l'illustration que cela en devient gênant. Il ne faut pas chercher dans Au nom de la terre la moindre sensation de réalisme, tant le film déroule un programme convenu d'images d'Epinal sur le thème douloureux des suicides d'agriculteurs.
Les péripéties nous indiffèrent, les clichés sont légion, les personnages sont spectraux, leur évolution psychologique semble issue d'un algorithme programmant la survenue du pire après le pire, sans que les véritables raisons de la déchéance ne soient jamais réellement abordées.
A l'occasion de la sortie en salle deTu mourras à 20 ansle 12 février, je vous propose de gagner 3 x 2 invitations valables partout en France.
Pour ce faire :
- répondez à la question suivante : de quelle nationalité est le réalisateur du film, Amjad Abu Alala ?
- joignez votre adresse postale
- envoyez moi le toutpar iciavant le 11 février 20 h.
Un tirage au sort départagera les gagnants. Vous recevrez ensuite les invitations, envoyées directement par le distributeur.
NB : un des trois lots sera attribué par tirage au sort à un participant ayant aimé ma page FB oumon compte Twitter ou s'étant abonné à la Newsletter du blog (n'oubliez pas pour participer à ce tirage au sort spécial de me donner votre pseudo dans votre réponse, pour que je fasse le lien)
Scandale ne marquera certainement pas l'histoire du cinéma, ni même celle du mouvement #metoo, mais il reste une oeuvre utile, et relativement bien maîtrisée.
La mise en place est plutôt intéressante. L'exposition des différentes protagonistes est réussie : Nicole Kidman en attaquante sûre d'elle, Charlize Theron en présentatrice hésitante au faîte de sa gloire, Margot Robbie en bombe sexuelle multi-fonction.
La mise en scène adopte un point de vue de journal télévisé haut de gamme, speed et efficace.
Dans sa deuxième partie, le film de Jay Roach patine un peu : la résolution des conflits est expédiée, certains personnages sont sacrifiés et la narration s'étiole. Il reste le plaisir de découvrir le fonctionnement de Fox news vu de l'intérieur.
On est tout de même loin de la finesse et de la profondeur d'autres films dénonciateurs basés sur des faits réels, comme Spotlight ou Grâce à Dieu par exemple. Peut tout de même être vu.