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Christoblog

Les damnés

Roberto Minervini, connu jusqu'alors pour ses remarquables documentaires, s'essaye ici pour la première fois à la fiction.

Il le fait en proposant une sorte de reportage sur le vif de ce que devaient être les conditions de la guerre civile américaine à l'hiver 1862, quelque part dans l'Ouest. C'est peu dire que son film est d'un naturalisme extrême : nous sommes littéralement aux côtés des soldats, dans une sorte de reportage qui nous fait partager leurs problèmes, leurs conditions de vie d'un dénuement extrême et leur interminable attente de l'ennemi, façon Désert des Tartares.

En utilisant une profondeur de champ quasi nulle (on ne voit bien que ce qui est au premier plan, tout le reste est flou), Minervini parvient à nous immerger totalement dans son monde, d'une façon qui parfois en devient oppressante, quasi claustrophobique, alors que nous sommes au sein de grands espaces.

Les damnés propose une curieuse vision de la guerre : une guerre sans véritable commandement, sans ennemi très visible, dont le sens semble évanescent et comme écrasé par la force de la nature. Un chaos tranquille dont la fin parait inéluctable, et dans lequel chacun doit faire au mieux, en fonction de ses compétences et de ce que lui dicte sa conscience.

C'est beau et aride.

Roberto Minervini sur Christoblog : The other side - 2015 (****)

 

2e

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Je suis toujours là

Voici un beau film en provenance du Brésil, qui mérite vraiment d'être vu.

Le propos de Je suis toujours là est assez simple : montrer dans la durée comment une famille survit à la disparition d'un proche, littéralement kidnappé par la dictature.

La façon de raconter cette histoire qu'a choisi le réalisateur Walter Salles est extrêmement classique : réalisation soignée, progression chronologique sans artifice, description extrêmement détaillée des évènements et reconstitution minutieuse des situations. Cette sorte de rectitude artistique sans afféteries sert le propos du film : il s'agira de montrer le plus précisément possible une période terrible, et l'émotion ne résidera que sur la qualité de l'écriture d'une part, et l'intensité de l'interprétation d'autre part.

Le résultat est formidablement réussi. L'actrice Fernanda Torres porte le film sur ses épaules d'une façon extrêmement convaincante. L'ampleur de la narration et les variations d'ambiance insuffle au film une dimension épique qui donne vraiment à éprouver le poids d'une destinée. L'ensemble est soutenu par une direction artistique de toute beauté.

Une réussite, qui a réuni plus de trois millions de spectateurs au Brésil.

Walter Salles sur Chritoblog : Sur la route - 2012 (*)

 

3e

  

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Un parfait inconnu

Pas grand-chose à dire en bien ou en mal à propos d'Un parfait inconnu, tant James Mangold se contente du service minimal : une reconstitution d'époque plutôt plaisante et une galerie de personnages attendrissante.

Timothée Chalamet campe un Dylan suffisamment antipathique pour être crédible, Edward Norton fait découvrir Pete Seeger au plus grand nombre, Elle Fanning est égale à elle-même. Mais c'est Monica Barbaro qui crève véritablement l'écran en jouant une Joan Baez solaire, émancipée et rayonnante.

On fait de belles rencontres dans ce film finalement assez inoffensif (Woody Guthrie, Johnny Cash), qui illustre avec précision des péripéties qui ne sont passionnantes que pour les fans de Dylan ou les spécialistes de la musique de l'époque (en gros, est-il convenable de jouer de la guitare électrique dans un festival folk ?).

J'ai pour ma part traversé le film, assez long tout de même, 2h20, assez confortablement, attendant chaque nouveau morceau avec intérêt.

James Mangold sur Christoblog : Le Mans 66 - 2019 (**) / Indiana Jones et le cadran de la destinée - 2023 (**) 

 

2e

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La pie voleuse

Rien ne va dans La pie voleuse. Tout sonne faux.

Je pourrais m'arrêter là, tant l'énumération des manques que présente ce film m'est douloureuse, mais que voulez-vous :  "Qui aime bien châtie bien".

Commençons par les dialogues : ils sont ridicules, mal écrits et dès les premières scènes Ariane Ascaride semble à côté de son personnage, ânonnant des répliques qu'on dirait écrites par une IA low cost. Le jeu des acteurs semble de ce fait toujours approximatif (à l'exception de celui de Darroussin, qui parvient encore une fois à tirer son épingle du jeu).

La caractérisation des personnages est elle aussi caricaturale au possible : gentille Maria, tendre Bruno, Jennifer écervelée portée sur la gaudriole. C'est comme si le scénario répugnait à donner la moindre profondeur aux protagonistes.

Quant à la conduite narrative, elle est comme le reste bâclée et même parfois ridicule : la pseudo romance unissant les personnages joués par Louis Leprince-Ringuet et Marilou Aussiloux n'hésite pas à passer des insultes au torride "Je veux ta queue" en moins de trois scènes.

Tout cela est mal servi par une mise en scène inexistante et une sorte de moralisme faisandé et chichiteux qui manipule les bons sentiments sans discernement et surtout, sans profondeur.

C'est tristement raté.

Robert Guédiguian sur Christoblog : Les neiges du Kilimandjaro - 2011 (**) / Gloria mundi - 2019 (****) / Et la fête continue ! - 2023 (**)

 

1e

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La chambre d'à côté

On retrouve dans son dernier film ce qu'on aime chez le Almodovar vieillissant : un sens des décors imparable, une attention extrême aux visages des actrices, la musique d'Alberto Iglesias, une concision acérée et douce dans le déroulement du scénario.

Le contenu est toutefois ici un peu juste pour tenir la longueur d'un long-métrage : l'intrigue se délaye un peu dans des détours pas franchement indispensables (les flash-backs du début, le prof de la salle de sport, le personnage joué par John Turturro).

Il manque ici la densité narrative des grands films tardifs du cinéaste (Julieta, Douleur et gloire) pour nous emporter totalement. Le jeu impeccable de Tilda Swinton, que je n'ai jamais vu aussi finement expressive, tient le film sur ses épaules, même si son personnage est au final, de mon point de vue, franchement sadique : la pression psychologique qu'elle impose à son "amie" est au final insupportable, quand on y pense.

La fin du film est légèrement atone et un peu décevante. Une oeuvre mineure dans la filmographie du cinéaste espagnol, mais très au-dessus de ce qu'on peut voir en moyenne sur nos écrans, évidemment.

Pedro Almodovar sur Christoblog : Femmes au bord de la crise de nerf - 1989 (***) / En chair et en os - 1997 (***) / Etreintes brisées - 2009 (***) / La piel que habito - 2011 (***) / Les amants passagers - 2013 (**) / Julieta - 2016 (****) / Douleur et gloire - 2019 (****) / La voix humaine - 2020 (**) / Madres Parallelas - 2021  (**)

 

2e

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Maria

En se concentrant sur les derniers jours de la Callas, Pablo Larrain poursuit son exploration de la psyché de grands personnages féminins, après Jackie Kennedy et Lady Diana, en évitant toujours soigneusement les pièges grossiers du biopic.

Son style opératique, toujours d'un goût très sûr et magnant avec élégance l'emphase aussi bien que la litote, trouve ici l'occasion de s'exprimer avec justesse. Nous sommes littéralement dans la tête de Maria, avons avec elle d'étranges visions, revivons quelques moments clés de sa vie et ressentons cette dissociation progressive de l'esprit, du corps et de la voix.

Angelina Jolie est époustouflante d'élégance, Pierfrancesco Favino et Alba Rohrwacher sont formidables en domestiques souffre-douleurs énamourés de leur maîtresse, il faut dire captivante.

Le film possède certes un caractère un peu artificiel et compassé, mais ce style se marrie très bien au sujet, transformant l'agonie lente de la star en une sorte de marche funèbre d'une grande beauté : on appréciera l'exercice si on se laisse griser par les relents capiteux de la mort qui approche pour s'emparer d'une beauté déjà en partie disparue. 

 Pablo Larrain sur Christoblog : No - 2012 (***) / El club - 2015 (****) / Neruda - 2016 (***) / Jackie - 2016 (**)

 

3e

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Julie se tait

Peut-être abusée par son prof de tennis, Julie se tait, alors que tout son entourage l'encourage à révéler ce qui s'est passé. Et elle se taira jusqu'à la fin.

Voilà le propos du film, que le réalisateur Leonardo van Dijl illustre d'une façon tout à fait respectable, mais un peu trop scolaire à mon goût.

Julie se tait m'a en effet fait l'impression d'un devoir scrupuleusement réalisé, mais trop froidement réalisé pour émouvoir, et d'une certaine façon, déjà vu en mieux.

La langue flamande, le point de vue sur l'histoire vu du personnage principal, l'attention portée aux visages de jeunes acteurs, sans plus d'explication : on pense évidemment à Lukas Dhont (Girl, Close). Quant aux thèmes abordés, l'emprise d'un entraîneur sur une jeune sportive a été montrée avec une grande force dans Slalom, de Charlène Favier, et les exigences excessives du sport de haut niveau dans l'excellent Olga, d'Elie Grappe.

Malgré l'interprétation solide de la jeune Tessa Van Den Broeck et les réelles qualités du film (une caméra sensible, un beau portrait d'adolescente, de jolis plans fixes bien structurés et éclairés), le résultat final m'a donc au final paru légèrement ennuyeux.

On guettera toutefois le prochain film de ce réalisateur flamand, qui à l'évidence est doué, mais devra montrer sa capacité à déployer son art sur la base d'un scénario plus complexe.

 

2e

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Babygirl

Babygirl, dès ses premières scènes, n'hésite pas à manipuler d'énormes clichés.

Par exemple : comment montrer que le jeune stagiaire joué par Harris Dickinson est à la fois nonchalant et arrogant ? En lui faisant mâcher du chewing-gum et en dénouant sa cravate, bien sûr. Comment montrer que l'âge commence à peser sur le personnage de Romy, joué par Nicole Kidman ? Et bien c'est simple : les soins de chirurgie esthétiques sont peu efficaces et leurs dégâts sont visibles (bien que discrets, on ne bouscule tout de même pas la star) !

Et ainsi de suite, pendant les longues 114 minutes que durent le film. Tout est surligné, surjoué et maladroit. Les aspects sado-masochistes du film, souvent mis en avant, sont ridicules et tout à fait anecdotiques (il s'agit principalement pour Romy de laper du lait en imitant un chien : wouaf wouaf wouaf, on en rit presque). 

De ce Cinquante nuances de Grey arty, à la mise en scène chic et choc qui lorgne du côté des 80's, il n'y a rien à sauver, si ce n'est peut-être l'incroyable capacité du film à se faire passer pour ce qu'il n'est pas, à savoir un brûlot féministe et sensuel, socialement signifiant, alors qu'il n'est qu'une pochetronade grossière autour d'un adultère bien commun.

A éviter.

 

1e

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Les chambres rouges

Les chambres rouges est certainement un des films les plus étonnants de 2024.

Le réalisateur québécois Pascal Plante assume un pari osé : nous présenter le personnage d'une jeune femme, Kelly-Anne, fascinée par un tueur en série ayant sadiquement exécuté trois jeunes femmes en filmant ses actes pour les diffuser sur le dark web (au sein des mystérieuses chambres rouges).

Inutile de dire que l'empathie vis à vis de Kelly-Anne n'est pas forcément naturelle, d'autant plus qu'elle ne s'exprime que très peu, vit dans un appartement dépouillé et ne semble pas savoir elle-même ce qui la fascine chez le tueur.

On se demande où le film va nous emmener, tout au long de péripéties intrigantes qui laisse planer le doute sur les motivations réelles de l'héroïne. La mise en scène est d'une froideur assumée, à l'image de l'appartement qui abrite Kelly-Anne. L'ensemble est glaçant et finit par distiller dans l'esprit du spectateur un peu de la folie obsessionnelle qui est montrée à l'écran, tout en interrogeant habilement certains des travers du monde contemporain (l'omniprésence du numérique, l'interchangeabilité des images, les flux incontrôlés d'informations).

La tension va grandissante jusqu'à une accélération finale à laquelle on ne s'attend pas et qui conclut le film en en retournant (en partie) la perspective.

Du bel ouvrage, dérangeant et intrigant, très bien filmé, quelque part entre Seidl et Chabrol.

 

3e

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Le quatrième mur

N'ayant pas lu le roman de Sorj Chalandon, j'ai vu ce film sans aucun a priori.

Le début est plutôt plaisant : on est intrigué par ce projet insensé (jouer Antigone au Liban avec un casting multi-confessionnel), et franchement dépaysé par la découverte de cette pléiade de communautés, chacune campée avec efficacité par des personnages qui ne semblent pas caricaturaux.

David Oelhoffen parvient à nous embarquer dans son film, sans vraiment nous donner d'indications pour la suite : aventure optimiste (on pense au documentaire Au bord de la guerre, qui montre l'importance du théâtre dans un pays en guerre - le Théâtre du Soleil en Ukraine) ou à l'inverse tragédie latente ? Cette hésitation constitue un véritable suspense, plutôt agréable.

Malheureusement, Le quatrième mur prend encore une autre direction, celle de la comédie romantique fade et sans saveur : une idylle sexuelle d'une banalité affligeante entre le metteur en scène et son actrice. A partir de ce tournant, le film ne cesse de se dégrader : il simplifie les enjeux, montre irrespectueusement l'horreur à la va-vite (les cadavres de Chatila sont bien rangés dans les escaliers de telle façon que Lafitte n'ait pas besoin de les enjamber). 

Le réalisme qui faisait le sel de la mise en place a complètement disparu, à l'image de l'assassinat du leader chrétien, complètement improbable. C'est la crédibilité des personnages qui s'est finalement délitée au fil des minutes : on ne croit plus du tout à ce qui nous est montré.

C'est dommage, car il y avait matière à un film puissant, qui aurait pu être un formidable thriller de guerre, comme l'était par exemple Sympathie pour le diable, le film de Guillaume de Fontenay sur le reporter de guerre Paul Marchand.

 

2e

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La voyageuse

Ces derniers temps, Hong Sang-Soo m'inquiétait. La dernière fois que nous l'avions vu en chair et en os, à Cannes en 2023, il semblait très diminué, presque aveugle et s'exprimant difficilement. Ces derniers films, minimalistes jusqu'à l'épure, touchaient à mon sens les limites du système HSS : trop peu de matière, un manque d'inventivité que je mettais sur le compte de la maladie.

Avec le retour d'Isabelle Huppert pour une troisième collaboration, Hong Sang-Soo retrouve me semble-t-il un peu de son énergie. On est d'abord rassurés par la présence rassérénante de quelques manies visuelles (les zooms et les dézooms), narratives (il est toujours plus agréable de parler en ayant bu de l'alcool - ici le makgeolli, un alcool de riz à l'apparence de lait fermenté) et conceptuelles (les mêmes dialogues sont dit au mot près dans des situations différentes, parfois par des personnages différents).

Nous sommes en terrain connu, et la petite musique du coréen est toujours agréable à entendre : mélange aérien de situations loufoques (la méthode d'Isabelle Huppert pour apprendre le Français aux coréens qui l'emploient est franchement bizarre), de moments de gêne captés sur le vif (la scène de jalousie de la mère, une pépite) et de poésie rôdante dans tous les plans.

La voyageuse est aussi zébré d'idées de mise en scène fulgurantes (le gilet vert d'Huppert sur une terrasse verte, un premier plan flou lors qu'elle est couchée sur le rocher) et de réflexions plutôt nouvelles sur la nature de la poésie, qui donnent lieu à des scènes intrigantes et profondes (les traductions sur Google). 

Sans atteindre la complexité et la richesse narrative des films de sa jeunesse, La voyageuse marque un retour en forme de Hong Sang-Soo, aidé ici par une Isabelle Huppert au sommet de son art, d'une précision chirurgicale dans son jeu blanc, à la fois incarné et mystérieux.

 

3e

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Mémoires d'un escargot

Le voici, le premier grand choc de 2025.

Nous n'avions plus de nouvelles de l'Australien Adam Elliot depuis 2009 et son formidable Mary and Max. Le voici qui revient avec un incroyable film d'animation pour adulte qui génère chez le spectateur toutes sortes d'émotions variées, de l'amusement à la tristesse en passant par l'étonnement le plus sincère.

Attention, il s'agit bien d'un film pour adulte ! Les thématiques abordées sont variées et ne conviennent pas à l'évidence aux petits bouts : dépression sévère, maltraitance des enfants, expériences sexuelles en tout genre dont l'échangisme, violence, obsessions et deuil. Il y a d'ailleurs un plaisir tout particulier à regarder un film en pâte à modeler capable de générer autant d'émotions diverses à partir d'idées aussi noires.

Adam Elliot réussit le prodige de nous intéresser tout du long par la grâce d'un scénario très malin et tortueux, et aussi parce que le montage de Mémoire d'un escargot est d'une précision millimétrique, générant un rythme emballant. Les trouvailles visuelles sont formidables.

Le film comprend également tout une série de référence littéraire, de mises en abîme et d'allusions à la France qui contribuent à nouer une connivence naturelle avec les spectateurs français.

Très, très beau.

Adam Elliot sur Christoblog : Mary and Max - 2009 (**)

 

4e

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Planète B

Sur le papier, il y a beaucoup de choses intéressantes dans Planète B. L'idée de base du scénario (une prison virtuelle dans laquelle les avatars des prisonniers sont enfermés - et torturés) est intéressante. Le casting est aussi séduisant. Adèle Exarchopoulos est une fois de plus parfaite, comme Souheila Yacoub. 

Le début du film est plutôt séduisant, installant avec peu de moyens un monde dystopique assez crédible dans lequel des écoterroristes grenoblois sont pourchassés par des drones, dans une première scène prenante.

Hélas, il faut vite déchanter. Le scénario est à la fois brouillon et trop ambitieux, les idées développées sont maladroites et l'écriture du film sacrifie trop d'enjeux pour maintenir l'intérêt pendant deux heures. Certains personnages sont grossièrement dessinés (le chef de la police par exemple) et les péripéties finales sentent le manque d'imagination, à l'image du dernier plan, catastrophiquement vide. La direction d'acteur est aussi très mauvaise en ce qui concerne les personnages secondaires : je n'ai jamais vu India Hair jouer aussi mal.

Une déception à la hauteur des espoirs suscités.

 

1e

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City of darkness

Après son polar hyper stylisé Limbo, qui a rencontré un succès critique inattendu, on attendait au tournant le Hongkongais Soi Cheang.

Le voici qui revient avec une oeuvre encore plus ambitieuse, mais tout aussi formellement recherchée.

Le décor du film est un personnage en lui-même. La Citadelle de Kowloon, détruite en 1983, est reconstituée à l'écran d'une façon spectaculaire grâce à un décor incroyable. La ruelle des poubelles de Limbo, déjà très impressionnante, est ici ridiculisée par un entrelac d'étages, de patios, de balcons grillagés, de fouillis de câbles électriques, de passages improbables, qui est en soi une raison de voir le film.

La narration peut se découper en trois parties : la première dresse le portait de Kowloon à travers la découverte qu'en fait un jeune immigré, Chan Lok-kwun, la deuxième raconte l'histoire des gangs de la Citadelle et la façon dont cette histoire se raccorde à celle de Chan, enfin la troisième est un pur film de baston mâtiné de fantastique.

Si les deux premières possèdent une force romanesque indiscutable, la troisième est probablement un peu plus difficile d'accès pour les néophytes, malgré son côté très spectaculaire. Il faudra apprécier les chorégraphies stylisées et pas du tout réalistes pour profiter totalement de ces scènes de combat absolument too much.

City of darkness est un immense succès au box-office hongkongais. Il faut dire qu'il rassemble des stars du cinéma hongkongais (Lois Koo et Richie Jen), de jeunes révélations très prometteuses et des artisans hors pair, comme le spécialiste du cinéma d'action asiatique, le japonais Kenji Tanugaki.

Si vous êtes sensible à la fois au film de gangs et aux arts martiaux, City of darkness possède la force d'évocation d'un Scorsese ou d'un Coppola. 

Soi Cheang sur Christoblog : Limbo - 2023 (**)

 

3e

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Noël à Miller's point

Curieux film que ce troisième long-métrage du jeune prodige du cinéma indépendant US, Tyler Taormina.

Cela commence à peu près normalement : une famille est filmée avant d'arriver à la soirée de réveillon, où l'attend le reste de la famille, une tribu italo-américaine middle class.

Mais rapidement, on comprend que le film ne ressemblera pas à une oeuvre classique. On ne s'attache à aucun personnage, les enjeux des conversations (qu'on peine à suivre) sont évanescents, on a du mal à reconnaître les uns et les autres, les plans sont parfois entrecoupés de saillies surréalistes (une avalanche de smarties au ralenti). 

D'une certaine façon on n'est donc pas surpris quand la jeune fille de la famille s'échappe pour explorer la petite ville enneigée avec une bande de potes. La caméra de Taormina trouve alors une tonalité élégiaque, ménageant des plans d'une beauté qui prend aux tripes (le patin à glace, les jeunes dans les voitures). Le réalisme a alors totalement disparu et nous sommes dans une sorte de rêve qui tient à la fois de Wes Anderson et de Roy Andersson, mélange de visions bizarres, de nostalgie sourde et de béances presque métaphysiques.

Un film étonnant, qui révèle un réalisateur doué et prometteur. Pour la petite histoire, les rejetons Scorsese (Francesca) et Spielberg (Sawyer) y font les acteurs.

 

2e

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Les feux sauvages

Voici une oeuvre que je me garderais bien de conseiller à quelqu'un qui n'a jamais vu de films de Jia Zhang-Ke.

Les feux sauvages est en effet constitué de plans filmés par le réalisateur lors de différents voyages à travers la Chine, ainsi que de plans issus du tournage de ses précédents films (Still Life, Les Eternels).

Jia Zhang-Ke s'est contenté pour ce film, si je puis dire, de tourner une sorte de court épilogue. On n'y comprend pas grand-chose, et l'intérêt de ce montage godardien conceptuel, à la frontière entre fiction et documentaire, est probablement de donner à voir l'évolution de la société chinoise sur plus de deux décennies.

Pour ce qui est de l'embryon d'histoire que le film semble raconter (une femme silencieuse recherche à travers le pays et le temps son amoureux), il est bien trop ténu pour générer un intérêt à lui seul. Là encore, il faut connaître la relation spécifique de Jia Zhang-Ke et de son actrice-muse-épouse, Zhao Tao, pour apprécier.

De cet assemblage souvent profondément inintelligible et parfois sublime (la partie 2006)  sourd une nostalgie puissante, qui pourra peut-être sembler enivrante pour les connaisseurs. Les autres doivent passer leur chemin : on est très loin de l'éblouissement esthétique intrinsèque que procuraient A touch of sin ou Au-delà des montagnes.

Jia Zhang-Ke sur Christoblog : I wish I knew, histoires de Shanghai - 2011 (*) / A touch of sin - 2013 (***) / Au-delà des montagnes - 2015 (****) / Les éternels - 2019 (**)

 

2e

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Concours Paradise is burning : gagnez 3 DVD

l'occasion de sa sortie chez Epicentre le 7 janvier, je vous propose de gagner 3 exemplaires du DVD du film de la réalisatrice Mika Gustafson, Paradise is burning.

Pour ce faire :

- répondez aux questions suivantes : 
1) Dans quel pays se déroule le film Paradise is burning ?
2) Quel est le nom des trois sœurs ? 
3) Quel est le prochain film en salle d’Épicentre Films ?
- joignez votre adresse postale
- envoyez moi le tout par ici avant le 15 janvier, 20 h.
 

Un tirage au sort départagera les gagnants. Vous recevrez ensuite le DVD envoyé par le distributeur. NB : un des trois DVD sera attribué par tirage au sort à un participant ayant aimé ma page FB ou mon compte Twitter ou s'étant abonné à la Newsletter du blog (n'oubliez pas pour participer à ce tirage au sort spécial de me donner votre pseudo dans votre réponse, pour que je fasse le lien).

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My sunshine

Paysages enneigés, format 4/3, image au gros grain : côté esthétique, on n'est pas chez Kore-Eda, mais pour ce qui est de l'attention portée aux enfants, on y est tout à fait.

Le jeune Takuya est timide, bègue, et joue mal au hockey et au baseball. Quand il voit la jolie Sakura patiner, il est émerveillé. Leur professeur, qui vit avec un autre homme (l'homosexualité est rarement montrée dans le cinéma japonais), se met en tête d'entraîner ce couple dissemblable pour les amener tous deux en championnat national.

L'intérêt de My sunshine est de bien rendre compte des instants de bonheur que vont vivre les trois personnages ensemble. Le réalisateur Hiroshi Okuyama possède une belle sensibilité pour filmer avec douceur des situations souvent lumineuses, avec une tendresse qui confine parfois à la mièvrerie. 

La résolution de l'intrigue est assez prévisible et sa tristesse diffuse est à l'image du film : charmante et inconsistante. On imagine que sur une trame similaire, Kore-Eda aurait injecté un plus de cruauté.

On suivra avec attention Okuyama dans l'avenir, il n'a que 28 ans.

 

2e

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Conclave

Le nouveau film d'Edward Berger ressemble un peu à un film Netflix : il brille, il fait des clins d'oeil aux spectateurs (effets faciles et mise en scène qui claque), manque d'originalité et de subtilité.

J'avais entendu à propos du film qu'il présentait des luttes de pouvoir et des conspirations dignes de Succession, mais que nenni : on est ici plutôt dans une gamme de combines qui évoque l'élection de délégués de classe au lycée (si tu votes pour moi, je te paye une bière).

Quant aux rebondissements, ils sont relativement peu nombreux et pour certains carrément improbables (l'attentat). Enfin la "surprise" finale n'en est pas vraiment une : on la voit arriver de très loin.

Restent cependant des décors impressionnants, une mise en place qui donne à voir ce que peut être l'ambiance d'un conclave, de bons acteurs (Ralph Fiennes en tête) et une micro-réflexion sur la foi et le rôle de la papauté. La mise en scène efficace fait le reste, pour donner un honnête divertissement qu'on peut aller voir sans rougir (il y a assez de pourpre à l'écran).

Edward Berger sur Christoblog : Jack - 2014 (***)

 

2e

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Everybody loves Touda

Le dernier film de Nabil Ayouch est un film simple.

Il commence par une scène mémorable, typique de l'efficacité sèche du réalisateur marocain, qui fit merveille dans Much loved.

Il s'agit d'une fête dans laquelle se produit une chanteuse qui rêve de devenir Cheika (chanteuse traditionnelle). La scène commence de façon solaire et se termine dans un chaos terrible.

Le film bascule ensuite dans une chronique sociale classique : il s'agit de dresser le portrait sensible d'une femme illettrée qui doit élever seul son fils sourd. Cet aspect est assez convenu, même s'il est très réaliste. Le véritable atout du film, presque documentaire, réside dans la découverte de ce chant très spécifique des Cheikhas, l'Aïta, une sorte de poésie très libre qui semble précurseur du raï. 

L'actrice Nisrin Erradi joue avec une force incroyable cette femme forte et volontaire, qui se heurte malheureusement à la misogynie extrême des hommes marocains, encore une fois ici exposée avec une grande âpreté par Nabil Ayouch. 

Everybody loves Touda est un film dur, parfois désespérant, qui se termine par une scène déchirante en écho de la première, jusqu'à ce que Touda explose dans un dernier cri de rage.

Nabil Ayouch sur Christoblog : Les chevaux de Dieu - 2012 (***) / Much loved - 2015 (****) / Haut et fort - 2021 (**)

 

2e

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