Overblog Tous les blogs Top blogs Films, TV & Vidéos Tous les blogs Films, TV & Vidéos
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Christoblog

Simón de la montaña

Le début de ce film argentin donne l'impression d'avoir été vu mille fois : un milieu difficile, un ado qui se cherche, un groupe de jeunes qui font des conneries, un beau-père sans autorité, une caméra à l'épaule et une approche naturaliste.

L'originalité tient ici aux décors inhabituels (la Cordillère des Andes constitue un majestueux arrière-plan) et surtout au contexte général : l'action se déroule en grande partie dans un établissement pour handicapés et la plupart des acteurs sont eux-mêmes porteurs d'un handicap.

Le sujet n'est pourtant pas celui-ci, le film montrant le handicap plutôt comme une opportunité que comme un problème. Ce dont veut nous parler le réalisateur, c'est à l'évidence de l'émancipation et de l'énergie juvéniles de ses personnages. Il y parvient souvent, donnant à voir des micro-aventures saisissantes (le bobsleigh artisanal) et débordantes d'énergie. 

Le film souffre de quelques longueurs et redites, mais il faut lui reconnaître un souffle certain, à l'image d'une scène initiale décapante, filmée en pleine tempête dans des décors naturels.

L'acteur principal, Lorenzo Ferro, est magnétique.

Federico Luis, dont c'est le premier film, est un cinéaste à suivre.

 

2e

Voir les commentaires

En route pour le Festival de Cannes 2025

Du 14 au 22 mai 2025, vous pourrez suivre pour la treizième fois consécutive le Festival de Cannes en direct sur Christoblog, avec un résumé tous les soirs de mes aventures sur la Croisette, à suivre en lisant Mon journal de Cannes 25 (vous pouvez vous rafraîchir la mémoire en parcourant Mon journal de Cannes 24).

Pour mes avis immédiats à la sortie de chaque projection, vous pouvez me suivre sur Facebook ou Twitter, comme plus de 800 fidèles. 

Vous pouvez aussi vous abonner à la newsletter de Christoblog, là, à droite de l'article, en inscrivant votre adresse mail dans la case "Saisissez votre email ici". 

Si vous allez à Cannes pour la première fois, ces articles pourraient vous intéresser :

 

Mon avis sur les différentes sélections 2025 : 

 

Compétition 

Cette année, la compétition comprend 21 films (peut-être 22 si la sélection du nouveau Bi Gan est confirmée dans les jours qui viennent).

Sur le papier c'est une sélection extrêmement attractive. On peut y distinguer les cinéastes qui ont déjà eu au moins une Palme d'Or, (Les frères Dardenne - Jeunes mères, Julia Ducourneau avec son très mystérieux Alpha), ceux qui sans avoir reçu la récompense suprême ont souvent participé à la compétition (Wes Anderson - The phoenician scheme, Sergei Loznitsa - Two prosecutors, Kleber Mendonça Filho - L'agent secret, Lynne Ramsay - Dye, my love, Jafar Panahi - Un simple accident, Joachim Trier - Valeur sentimentale), ceux qui ont déjà été en compétition au moins une fois (Richard Linklater avec son film sur le tournage d'A bout de souffle, New wave, Mario Martone - Fuori, Tarik Saleh - Les aigles de la République, Saed Roustaee - Woman and Child, Dominik Moll - Dossier 137, Kelly Reichardt - Grandmaster), et enfin ceux qui apparaissent en compétition pour la première fois.

Parmi ces derniers, une rumeur persistante annonce un très grand film de l'allemande Mascha Schilinski : Sound of falling aurait été préempté par Cannes il y a très longtemps, en début d'année 2025, au nez et la barbe du Festival de Berlin. C'est un cas de figure rarissime.

Pour le reste, la compétition propose donc une série très prometteuse de cinéastes qui feront leur premier pas en compétition : le Sud Africain Oliver Hermanus - The history of sound , la japonaise Chie Hayakawa - Renoir, les espagnols Oliver Laxe - Sirat et Carla Simon - Romeria, la Française Hafsia Herzi - La petite dernière, et enfin l'américain Ari Aster, jeune poulain talentueux de l'écurie A24 (Heredity, Midsummer), dont le Eddington s'annonce comme un des films les plus attendus du Festival.

Cannes Premières

Avant 2020, les "refoulés" de la compétition se retrouvaient à Un certain regard, ou à la Quinzaine. En 2021, Thierry Frémaux leur a offert une nouvelle section qui est reconduite d'année en année, dans la salle Debussy, habituellement réservée à Un certain regard. On retrouvera ici un casting dont Venise ou Berlin se délecteraient : Fatih Akin, Lav Diaz, Serebrennikov, Alex Lutz, Koji Fukada, Hlynur Palmasson, Raoul Peck, entre autres.

Un certain regard

Cette sélection se recentre sur son objectif initial, comme ces quatre dernières années : faire découvrir des oeuvres originales et exigeantes. Peu de noms connus par conséquent. Pour ma part je guetterai avec attention les nouveaux films de Stéphane Demoustier et Hubert Charuel, sans oublier les premiers films en tant que réalisatrices de ... Scarlett Johansson et Kristen Stewart. Rien que ça !

Le Nigeria fera sa première entrée à Cannes avec My father's shadow, de Akinola Davies Jr. Et le film le plus long de tout le festival est dans cette section (I only rest in the storm du Portugais Pedro Pinho, 3h31).

Autres séances de l'officielle

Dans le cadre des séances spéciales, séances de minuit et autres projections inclassables, on trouve cette année du très lourd, que ce soit en matière de cinéma d'auteur (Rebecca Zlotowski) ou de fun (Cédric Klapisch - La venue de l'avenir, Spike Lee avec un remake de Kurosawa, et Mission impossible : the final reckoning) avec évidemment Tom Cruise. 

Un film Hong-kongais à très grand spectacle pourra être vu en séance de minuit (Sons of the neon night de Juno Mak), ainsi que le nouveau film de Ethan Coen, Honey don't. Le chanteur de U2, Bono, sera présent pour un documentaire qui lui est consacré.

 

Quinzaine des cinéastes

Julien Rejl continue de renouveller complètement le casting de la Quinzaine pour sa troisième année, en affichant clairement sa volonté d'éviter les "poids lourds recalés de l'officielle".

Cap sur l'aventure, donc, avec une ligne éditoriale radicale (et pour moi illisible) orientée à la fois vers un cinéma très expérimental et quelques films grands publics ( par exemple Classe moyenne d'Antony Cordier) : comprenne qui pourra. Pas beaucoup de grands noms, mais probablement quelques découvertes à faire.

Deux films sortent tout de même du lot : Enzo, le film écrit par Laurent Cantet et réalisé par Robin Campillo, et Oui, du réalisateur israélien Nadav Lapid, longtemps annoncé en compétition (tiens, tiens, un recalé quand même).

Comme en 2023 et 2024, c'est sur le papier la sélection qui m'attire le moins.

 

Semaine de la critique

On a toujours plaisir à fréquenter la Semaine, qui ces dernières années a fait de très belles découvertes (Aftersun, Le ravissement, Inchallach un fils, La pampa).

Cette année encore, le programme est alléchant avec le nouveau film très attendu de la cinéaste belge Laura Wendel (L'intérêt d'Adam), la comédie du trublion Martin Jauvat (Baise-en-ville), un improbable film thaïlandais de fantômes qui s'emparent d'appareils électroménagers (?), et enfin un film d'animation dont les héros sont ... trois fleurs de pissenlits, embarqués dans un voyage inter-planétaire (!?!).

Sous la direction d'Ava Cahen, la Semaine de la critique (qui ne projette que des premiers ou deuxièmes long-métrages) prend de plus en plus de consistance, entre émotions et découvertes étonnantes.

 

ACID

Dans la petite dernière des sélections cannoises, peu de noms connus, mais beaucoup tenteront d'accéder aux séances de projection du film de Sepideh Farsi, Put your soul on your hand and walk, qui dessine le portrait de la photographe palestienne Fatem Hassona, tuée avec plusieurs membres de sa famille dans un bombardement israélien après l'annonce de la sélection du film.

Ce sera certainement un moment fort du Festival. 

On pourra découvrir aussi dans les salles des Arcades le nouveau film de Sophie Letourneur, L'aventura, avec Philippe Katerine. Un moment qui s'annonce plaisant.

 

Voir les commentaires

Ce n'est qu'un au revoir

Nous sommes nombreux (enfin, toute proportion gardée, ce n'est pas non plus Marvel) à suivre la carrière de Guillaume Brac, auteur de films tous plus délicieux et délicats les uns que les autres (Un monde sans femme, Tonnerre, A l'abordage).

Il y a dans la façon de filmer de Brac une attention aux autres et une modestie qui rendent chaque image estimable et aimable : il fallait qu'un jour cela se traduise dans un documentaire, ce qui est ici le cas.

Le réalisateur a tourné pendant quatre semaines les derniers moments de lycée d'un groupe de jeunes d'aujourd'hui, dans le Sud de la France.

On commence par des plans très larges, puis petit à petit on se rapproche d'un petit groupe dont on va apprendre à connaître les membres par des interviews individuels ou en petit groupe (ce sont surtout des filles).

De ces instantanés surgissent de très beaux moments, des fêlures, des drames, des espoirs et finalement autant de destinées individuelles. L'alternance de scènes tournées à l'extérieur (dans la nature) et à l'intérieur (dans le tout petit dortoir) donne au film une respiration apaisante. Certaines scènes sont très émouvantes, donnant à sentir la matérialité du temps qui passe et d'une certaine façon, .... celle du temps qui passera dans l'avenir.

Un beau documentaire.

Guillaume Brac sur Christoblog : Un monde sans femmes - Le naufragé - 2012 (***) / Tonnerre - 2014 (***) / A l'abordage - 2020 (***)

 

2e

Voir les commentaires

Les musiciens

J'avais remarqué les qualités d'écriture hors du commun de Grégory Magne en découvrant son film précédent : Les parfums, avec Emmanuelle Devos. 

Il parvient dans ce nouvel opus à écrire avec encore plus de nuances et de subtilité. Sur un thème plutôt rébarbatif (quatre musiciens que tout oppose ont six jours pour préparer un concert ensemble), Les musiciens parvient à nous étonner, à nous charmer, et pour tout dire à nous émouvoir de la plus surprenante des façons.

Il utilise pour cela une panoplie d'outils plutôt rare dans le cinéma français : des micro-rebondissements, une attention constante aux sentiments des personnages, une capacité à faire sortir chacun de son stéréotype, un sens aigu du rythme, une faculté à faire ressentir la force du collectif et la puissance de la musique. Il rappelle par tous ces aspect un succès récent (et mérité) du cinéma français : En fanfare.

Si Valérie Donzelli se contente ici du minimum (et c'est tant mieux), Frédéric Pierrot fait une fois de plus éclater son talent inimitable, imposant à l'écran une présence physique digne d'un Jean Gabin ou d'un Lino Ventura. La musique de Grégoire Hetzel est par ailleurs magnifique.

Une oeuvre délicate et subtil, qui fait rire et pleurer : allez-y !

Grégory Magne sur Christoblog : Les parfums - 2019 (**)

 

3e

Voir les commentaires

Les linceuls

Le dernier David Cronenberg commence plutôt bien. Vincent Cassel est assez convaincant en veuf pas si éploré que ça, qui poursuit une relation amoureuse post mortem avec sa compagne chérie.

L'idée des linceuls connectés est porteuse de nombreux développements mystico-technologiques potentiels, et l'on se dit qu'on va s'amuser un peu, dans une atmosphère intéressante, à la Edgar Allan Poe, mâtinée d'effets digitaux en tout genre.

Las, l'intrigue devient rapidement un embrouillamini de sujets qui ne seront jamais résolus : qui a fait quoi, et pourquoi ? Entre Islande, Chine et Russie, on se perd malheureusement dans un scénario déliquescent.

Le beau personnage joué par Cassel devient ... un queutard obsédé par le sexe. Le film se délite donc progressivement, comme le cadavre de la pauvre épouse dans son linceul : le film est un nouvel exemple de la capacité de Cronenberg à gâcher de bonnes idées.

David Cronenberg sur Christoblog : Les promesses de l'ombre - 2007 (***) / A dangerous method - 2011 (***) / Cosmopolis - 2012 (*) /  Maps to the stars - 2014 (**) / Les crimes du futur - 2022 (*)

 

2e

Voir les commentaires

Deux soeurs

Ils ne sont pas si nombreux les films qui tentent de capter notre attention pour nous montrer des personnages résolument antipathique.

C'est ce que propose ici le talentueux Mike Leigh, en dressant le portrait de Pansy, profondément inadaptée au monde (jusqu'à un point thérapeutique), et qui passe son temps à s'engueuler avec absolument tous ceux qui l'entourent, mari, fils, soeur, nièces et quidams.

Il faut l'indéboulonnable bienveillance de sa soeur Chantal, aussi solaire que Pansy est ténébreuse , pour petit à petit amener la pauvre femme à fendre l'armure.

Si le début du film est assez intéressant (tout est fait pour qu'on déteste l'héroïne, et cela marche jusqu'à en devenir comique), sa deuxième partie m'a laissé plus perplexe. A partir du moment où Pansy devient mutique, le ressort principal du film (détester celle qui nous énerve) se casse, et l'aspect un peu programmatique des autres personnages devient alors trop visible. 

On se perd un peu dans un enchevêtrement de scènes dont on ne comprend plus trop le fil directeur. C'est dommage, car Deux soeurs proposait jusqu'alors une expérience hors du commun, poussant loin les curseurs dans le domaine de la malaisance.

Mike Leigh sur Christoblog : Be happy - 2008 (**) / Another year - 2010 (*) / Mr Turner - 2014 (***)

 

2e

Voir les commentaires

Kyuka - Avant la fin de l'été

Kyuka est un intéressant film grec de Kostis Charamountis, présenté dans la décapante section ACID du dernier festival de Cannes.

Il est construit d'une façon très curieuse. Au début, on a l'impression qu'il s'agit d'un simple film de vacances montrant un homme et ses deux enfants  vivre sur leur bateau, amarré dans une délicieuse île grecque.

Le scénario ne se dévoile que très lentement et va s'avérer d'une grande subtilité (je ne peux en révéler plus sans gâcher le plaisir de la découverte).

Le format 4/3, la qualité de la lumière, l'originalité du montage (une scène montée "à l'envers", des enchaînements parfois hyper-saccadés, des ellipses radicales, des séquences en boucle) rendent le film à la fois aimable et intrigant. Certaines scènes, comme une impayable séquence de pêche lors de laquelle deux hommes veulent absolument pêcher le plus gros poisson, sont extrêmement réussies, dans un style qui mêlent causticité, nostalgie et émotion.

Le tout pourra peut-être vous irriter par son caractère un peu trop artificiel, mais pour ma part j'ai été agréablement surpris par ce premier film prometteur.

 

2e

Voir les commentaires

Black box diaries

Voici un documentaire qui met en évidence quelques tares de la société japonaise : déni des violences faites aux femmes, collusions entre puissants, emprise des conventions.

Son originalité est d'être réalisé par la victime du viol elle-même : la journaliste Shiori Ito, qui documente elle-même son chemin de croix. 

Si le début du film est assez captivant, sur un mode de film policier (on voit notamment des images volées à la sécurité de l'hôtel dans lesquels la victime droguée est difficilement extirpée de la voiture), la suite est plus poussive. L'enquête de Shiori Ito n'en est pas vraiment une, et le film devient une chronique un peu languissante de la vie de la réalisatrice, qui écrit un livre, mais ne semble plus vraiment travailler à son enquête.

Le film ménage toutefois quelques moments vertigineux : la conversation téléphonique avec le portier de l'hôtel qui accepte de témoigner, celui avec le flic qui la drague lourdement.

Black box diaries constitue un témoignage poignant et important, fer de lance du #metooJapan

 

2e

Voir les commentaires

Mikado

Drôle de rencontre dans le Sud : un prof veuf et sa fille accueillent une famille étrange composée d'un couple et de deux enfants qui semblent non scolarisés.

Sur cette base assez sommaire, la réalisatrice Baya Kasmi construit un film presque entièrement basé sur le jeu des acteurs et actrices. 

Il s'agit pour chacun d'exprimer avec le plus de subtilité possible les fractures profondes qui le traverse : deuil, incommunicabilité, enfance difficile, inadaptation à la société. C'est sans conteste Ramzy Bedia qui livre la meilleure prestation, touchant comme jamais. Si Vimala Pons est égale à elle-même (une expressivité hallucinante), Félix Moati est un poil excessif dans sa partition de jeune adulte passé par de nombreuses familles d'accueil, dont certaines étaient à l'évidence violentes.

Le film a certaines qualités : une capacité certaine a faire ressentir différents sentiments (joie, espoir, souffrance, déception), de belles idées originales (la capacité qu'a la jeune fille à "disparaître") et enfin une sensibilité évidente dans la description des ambiances méditerranéennes. Il a aussi certains défauts, notamment de petites faiblesses dans l'écriture et quelques chutes de rythme.

Le résultat est toutefois plaisant, et prometteur : on suivra attentivement la carrière de Baya Kasmi, jusqu'à présent surtout réputée en tant que scénariste, notamment chez Michel Leclerc.

 

2e

Voir les commentaires

Berlin, été 42

Berlin, été 42 raconte l'histoire d'une jeune femme allemande et de ses amis, résistants de l'intérieur contre les nazis, ce qui constitue un sujet assez rarement vu au cinéma.

Andreas Dresen adopte une réalisation très sage, sur une écriture qui est elle d'une certaine complexité : la destinée de Hilde (excellente Liv Lisa Aries) ne s'éclaire que très progressivement, par le biais de flash-backs non contextualisés, qu'il faut progressivement assembler comme un puzzle pour prendre la mesure de l'ensemble des évènements.

Le récit devient alors poignant, et on ne peut être que bouleversé par la violence faite à Hilde, qui se trouve entraîner dans cette histoire par amour, plus que par idéologie. C'est d'ailleurs une des grandes forces du film de jouer sur le contraste entre la violence de la répression et les activités des jeunes gens, qui semblent bien innocentes dans la chaleur estivale de l'Allemagne.

L'itinénaire de Hilde en prison est d'une intensité parfois insoutenable, et rappelle un film récent dans lequel on suivait également le parcours d'une femme mise en prison par un régime totalitaire : Je suis toujours là, de Walter Salles.

Un très bon film allemand, qui était en compétition à la dernière Berlinale.

 

3e

Voir les commentaires

La jeune femme à l'aiguille

Ce nouveau film du réalisateur suédois Magnus von Horn est d'une noirceur absolue, tout comme un de ses films précédents, que je n'avais pas aimé du tout (Le lendemain).

Je ne pense pas avoir déjà vu un film de cette facture. Le contraste est saisissant entre le pessimisme fondamental du propos (pauvreté, mutilation de guerre, oppression de la femme, trafic d'enfants) et la recherche d'une esthétique très léchée (format 4/3, noir et blanc expressif, décors proprets, mise en scène élégante).

La jeune femme à l'aiguille est un film d'un autre temps, qui lorgne du côté de Dickens pour la forme mais qui pourtant procure des sensations très "modernes" (l'embryon d'une attirance sexuelle entre les deux femmes, la pure violence de certaines scènes, presque horrifiques).

J'ai été surpris par ce combo improbable de film d'époque / thriller psychologique / chronique romanesque au long court, par moment charmé, et aussi un petit peu déçu par la dernière partie du film.

En tout cas, une découverte pour les aventuriers cinéphiles !

Magnus von Horn sur Christoblog : Le lendemain - 2016 (*)

 

2e

Voir les commentaires

Bergers

Ce film canadien raconte comment un jeune homme qui fuit son Québec natal devient berger en Provence (et accessoirement y rencontre l'amour). Il est tiré de l'histoire personnelle du co-scénariste Mathyas Lefebure, qui en a fait un livre (D'où viens tu, berger ?). 

Il y a dans la réalisation de Sophie Deraspe une fraîcheur dont je ne sais pas si elle est typiquement canadienne, mais dont on n'a pas l'habitude sur les écrans français.

Il n'y a en effet dans cette histoire ni discours militant, ni angélisme, ni pathos, ni coups de théâtre dramatique, ni critique sociale : simplement la volonté de raconter une histoire assez simple d'une façon sensorielle. Bergers parvient de cette façon à être à la fois réaliste (parfois presque naturaliste) et par moment discrètement lyrique.

Pour maintenir cet équilibre délicat entre naïveté constructive et description évocatrice, il faut une interprétation sensible et parfois ambigüe. Félix Antoine-Duval et Solène Rigot apportent avec brio leur vivacité à ce drôle de couple qui se construit très progressivement, au contact d'une nature grandiose.

Une jolie surprise.

 

2e

Voir les commentaires

Parthenope

Je fais partie de ceux qui tente de défendre Paolo Sorrentino, quand il est attaqué de toute part pour des films que je juge intéressants, notamment quand le réalisateur italien n'hésite pas sur le dosage des effets baroques (comme dans La grande belleza).

Mais malheureusement, je ne peux pas grand-chose pour le soldat Sorrentino en ce qui concerne ce brouet sans saveur, juste illuminé de quelques passages sidérants.

Rien ne va dans cet opus. L'actrice principale d'abord : Celeste della Porta n'a malheureusement aucun charisme. Elle est censée représenter une divinité (la protectrice tutélaire de Naples), mais ne parvient qu'à évoquer une publicité pour produits de beauté.

Le scénario n'aide pas à ce qu'on s'intéresse au personnage titre : les dialogues qu'on lui met dans la bouche semblent être des phrases issues de comptes Instagram avec photo de chatons. C'est niais, et ridicule quand cela devient pseudo-philosophique : "L'avenir est plus grand que toi ou moi".

Le male gaze que certains reproche souvent à Sorrentino trouve aussi ici un summum gênant. Que Parthenope soit un peu stupide, soit, mais la caméra la chosifie trop volontiers, mettant en valeur ses perpétuels décolletés provocants, sans chercher à traquer l'expression d'une simple émotion.

Au final, j'a trouvé le film froid et désincarné, un comble quand il s'agit de rendre hommage à la bouillante Naples. Seules quelques scènes (le miracle, le bébé difforme, les supporters du Napoli) rappelle que le talent de Sorrentino ne s'exprime que dans la démesure.

 

2e

Voir les commentaires

Blue Sun Palace

J'ai vu ce film un peu ardu dans la furie cannoise de l'année dernière, et je dois dire qu'il ne m'avait pas marqué puisque j'ai du relire mes notes pour m'en souvenir.

Tout commence par une rencontre amoureuse assez joliment évoquée. La caméra semble flotter entre les deux personnages, s'attardant tour à tour sur le visage de celui qui écoute, puis sur celui qui parle. Il y a chez Constance Tsang un véritable don pour la mise en scène.

Mais après ce sympathique démarrage, et passé l'étonnement d'être à New-York alors qu'on se croirait en Chine, on s'ennuie vraiment. Le film prend son temps, sans qu'on comprenne bien où il veut nous emmener, laissant sans réponse beaucoup de questions que le spectateur est en droit de se poser.

J'ai fini par perdre pied, sortant du film et pestant contre cette succession de scènes allusives peu compréhensibles dans leur ensemble. Vers la fin du film, la torpeur formaliste atteint son acmé dans le très long plan de l'homme marchant le long d'une route.

Des idées et une vraie sensibilité, mais noyées dans le formol.

 

1e

Voir les commentaires

Magma

Les intentions de Cyprien Vial sont estimables.

Décrire une profession peu montrée au cinéma (vulcanologue), donner de la Guadeloupe une vision non touristique, tenter une illustration de ce qu'est la gestion du risque par les autorités publiques : autant d'idées ambitieuses qui auraient pu donner un film original.

Malheureusement toutes ces bonnes intentions se heurtent à un manque de moyen criant qui finit par nuire au film. Difficile en effet de faire monter un suspense de film catastrophe sans avoir les moyens de montrer autre chose qu'un petit panache de fumée à l'horizon.

Si Marina Foïs est très bien, elle ne trouve pas de quoi vraiment s'exprimer dans un scénario un peu scolaire qui tente trop de choses. Aux thématiques déjà évoquées, il faudrait en effet encore ajouter le racisme latent dans l'île, la transmission du savoir, les couples mixtes, le sacrifice de la vie privée au profit de la carrière, l'identité culturelle guadeloupéenne. C'est trop pour qu'un seul de ces thèmes puisse être correctement illustré. 

La mise en scène ne présente aucune aspérité, elle est aussi transparente que le scénario est évanescent. 

Le principal intérêt du film est donc finalement presque documentaire : on approche de près la réalité du travail de vulcanologue, dans sa vérité scientifique un peu austère.

 

2e

Voir les commentaires

Black dog

Le personnage principal de Black dog, ne parle quasiment pas. Juste sorti de prison, il se contente, pendant une bonne partie du film, de contempler les ruines de sa ville d'enfance qui se meurt, menacé par la famille du jeune garçon qu'il a tué.

On pense donc d'abord que ce film se situe dans une série d'oeuvres chinoises très noires, souvent déprimantes, comme People mountain, People sea, ou le polar Black coal

Et puis Lang fait une série de rencontres qui change son existence : une jeune femme artiste dans un cirque ambulant et un chien retourné à l'état sauvage, à la silhouette extraordinaire (pour simplifier, une mante religieuse à pattes). Un chien tellement séduisant que l'acteur Eddie Peng l'a adopté à la fin du tournage.

Black dog devient alors une chronique attachante, d'une grande richesse. De grands évènements (les JO de Pékin, une éclipse de soleil, l'industrialisation du pays à marche forcée) viennent alors heurter avec douceur la vie quotidienne de Lang. Les évènements prennent des tours inattendus (j'ai eu plusieurs fois l'impression d'assister à la scène finale du film... qui rebondit alors).

Doté d'une image splendide, de décors qui constituent un personnage à part entière, et d'une interprétation de très haut niveau (à noter la présence du grand cinéaste Jia Zhang Ke dans un petit rôle), Black dog est captivant de bout en bout. Il offre en bonus plusieurs scènes d'anthologie, notamment la première, dans laquelle on voit une meute de chiens sauvages se précipiter sur une route, dans un décor de far-west.

Prix Un certain regard à Cannes 2024, et un des plus beaux films de cette année, assurément.

 

4e

Voir les commentaires

Vermiglio ou La mariée de la montagne

Ce film italien d'un réalisme intense m'a rappelé certaines oeuvres des années 70 et 80 : celles d'Ernano Olmi ou les premiers films des frères Taviani.

Nous sommes à la montagne, dans des conditions très rudes, et le propos du film est avant tout de faire ressentir l'importance des saisons, l'âpreté de la vie quotidienne et l'absence de perspectives enthousiasmantes, notamment pour les femmes.

Il réussit pleinement à remplir son cahier des charges : il est fort peu rieur, et pour tout dire souvent triste. Heureusement, l'intrigant visage de l'actrice principale Carlotta Gamba irradie la pellicule et nous sert de guide dans cette histoire sans grand éclat, mais d'une grande profondeur, servie par une troupe d'acteurs et d'actrices profondément attachants.

Vermiglio confirme le renouveau du cinéma italien, porté par une pléiade de réalisatrices de toutes générations, et qui présentent la caractéristique de nous donner à voir des destins de femmes à travers un large spectre temporel et spatial (Piccolo corpo, L'immensita, Il reste encore demain, Miele, etc). Après son très remarqué Maternal, Maura Delpero ajoute donc sa pierre à l'édifice. 

Un film que je conseille aux amoureux du cinéma italien, des grands espaces ruraux et des immersions hyper réalistes.

 

3e

Voir les commentaires

Mickey 17

On retrouve dans cette nouvelle proposition américaine de Bong Joon Ho beaucoup des thèmes qu'on a déjà vu dans ses films d'anticipation US : la neige et les classes sociales de Snowpiercer, les gentilles bébêtes et le propos écologiste d'Okja

Disons-le tout net, ce n'est pas veine du génial coréen que je préfère : il me semble que dès qu'il quitte le substrat de la société (et de la famille) coréenne, son cynisme acéré et sa pertinence le désertent. Mieux vaut donc revoir Memories of murder, The host et Parasite.

Bien sûr, le talent du réalisateur est toujours manifeste quand il s'agit de manier la caméra : la mise en scène est aérienne, les effets spéciaux efficaces et les moments comiques bien amenés. S'il n'était pas beaucoup trop long (2h17), Mickey 17 serait une fantaisie récréative agréable à regarder.

Hormis son manque de rythme et son scénario inégal, le film pêche aussi un peu par une direction d'acteurs un peu trop outrancière (Mark Ruffalo en fait vraiment trop). Il perd en force satyrique ce qu'il pense gagner en fun cartoonesque. 

Trop gentil pour être vraiment décapant, mais trop méchant pour être une comédie pure, Mickey 17 ne séduit que par moment : je pense notamment à toutes les apparitions de l'actrice Naomi Ackie qui campe une soldate dotée d'un très solide et réjouissant appétit sexuel.

Un Bong mineur. Vivement la prochaine livraison Made in Korea.

Bong Joon-Ho sur Christoblog : Memories of murder - 2003 (****) / The host - 2006 (***) / Mother - 2009 (***) / Snowpiercer - 2013 (*) / Okja - 2017 (**) / Parasite - 2019 (****)

 

2e

Voir les commentaires

Concours Shambhala, le royaume des cieux : Gagnez 3 DVD (Terminé)

 

A l'occasion de la sortie en DVD chez Epicentre Films de Shambhala, le royaume des cieux, du réalisateur Min Bahadur Pham, le lundi 1er avril 2025, je vous propose de gagner le DVD du film.

Pour ce faire :

 - Répondez aux questions suivantes:
1) Dans quel pays se déroule le film ?
2) Quelle est le nom du personnage principal ?
3) Quel est le dernier film d’Épicentre Films à être sorti en salle ?
 
- joignez votre adresse postale
- envoyez moi le tout par ici avant le 07 avril, 20 h.
 

Un tirage au sort départagera les gagnants. Vous recevrez ensuite le DVD envoyé par le distributeur. NB : un des trois DVD sera attribué par tirage au sort à un participant ayant aimé ma page FB ou mon compte Twitter ou s'étant abonné à la Newsletter du blog (n'oubliez pas pour participer à ce tirage au sort spécial de me donner votre pseudo dans votre réponse, pour que je fasse le lien).

 

Voir les commentaires

A real pain

Jesse Eisenberg nous propose avec A real pain un drôle de film, mineur par son propos (le road trip de deux cousins dissemblables), mais ô combien majeur dans son contexte (ils sont Juifs et le road trip a lieu en Pologne).

Le résultat est délicieux, par la grâce des deux acteurs principaux. Jesse Eisenberg est bluffant en geek père de famille, inhibé et fasciné par le trublion joué par Kieran Culkin, qui lui, renverse tout sur son passage. 

C'est peu dire que l'acteur de Succession trouve ici un terrain d'expression à la mesure de son talent, dont on finit par penser qu'il est intimement lié à sa personnalité même : Culkin joue ici exactement la même composition que dans la fameuse série, celui d'un homme-enfant fantasque, vulgaire et attendrissant, qui entraîne la sympathie de tous.

Ce joli film présente beaucoup de qualités : il est rythmé, amusant et parfois surprenant. Il adopte une tonalité qui est étonnamment celle d'un cinéma d'auteur plus européen qu'américain, subtil et léger.

Pas une oeuvre exceptionnelle, mais un film touchant qui laisse voir avec douceur les failles des deux personnages principaux.

 

2e

Voir les commentaires

<< < 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 20 30 40 50 60 70 80 90 100 > >>