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Christoblog

Concours Justa : gagnez 4x2 places (Terminé)

l'occasion de sa sortie, je vous propose de gagner 4x2 places pour découvrir le film portugais Justa de Teresa Villaverde, qui sort sur les écrans ce mercredi.

Pour ce faire :

- répondez à la question suivante : quel film de Teresa Villaverde a-t-il été présenté au Festival de Cannes 1998 ? 
- joignez votre adresse postale
- envoyez moi le tout par ici avant le 27 février 20h
 

Un tirage au sort départagera les gagnants. Vous recevrez ensuite les places envoyé par mail par le distributeur. NB : un des trois lots sera attribué par tirage au sort à un participant ayant aimé ma page FB ou mon compte Twitter ou s'étant abonné à la Newsletter du blog (n'oubliez pas pour participer à ce tirage au sort spécial de me donner votre pseudo dans votre réponse, pour que je fasse le lien).

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Marty supreme

Les films des frères Safdie nous avaient habitué à ce tourbillon incessant d'images, de discours et de péripéties qui semble constitutif de leur cinéma.

Pour ce premier essai en solo (il s'est brouillé avec son frère, paraît-il), Josh Safdie garde le meilleur des films précédents (une incroyable faculté à propulser chaque scène vers la suivante, dans une escalade continue d'adrénaline et de brio), et y ajoute cette fois-ci une dose de tendresse supplémentaire, associée à une dramaturgie plus construite, moins foutraque, qui culmine ici dans un climax japonais de toute beauté.

Marty supreme est basé sur une histoire très solide, celle d'un petit juif new-yorkais qui se rêve champion mondial d'un sport qui vient à peine de naître, le tennis de table. Outre son ambition dévorante, Marty possède deux caractéristiques qui vont générer de nombreuses aventures : une confiance en lui qui dépasse le sens commun (et lui causera de nombreuses désillusions) et une capacité à argumenter avec conviction sur n'importe quel sujet.

De tout cela naît toute une série d'évènements à forte intensité émotionnelle, qui nous font rire et réfléchir. Dans ce récit don quichottesque, Timothée Chalamet joue une partition parfaite, incarnant avec une conviction qui force le respect un individu à la fois profondément horripilant et immensément attachant. Nul doute que l'oscar du meilleur acteur l'attend en récompense de sa prestation.

Ajoutons à cela une galerie de personnages secondaires haut en couleurs et très subtilement dessinés (le couple de puissants incarné par Gwyneth Paltrow et Kevin O'Leary est par exemple glaçant), et vous obtiendrez le meilleur film de ce début d'année, et à coup sûr un des meilleurs de 2026.

Remarquable et jouissif.

Benny et Josh Safdie sur Christoblog : Good time - 2017 (***) / Uncut gems - 2020 (***)

 

4e

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Aucun autre choix

On peut penser ce qu'on veut du cinéma de Park Chan-Wook, une chose au moins n'est pas discutable : c'est son incroyable inventivité en terme de mise en scène, et même plus généralement de cinéma.

Impossible de lister ici tous les effets imaginés par le cinéaste coréen dans ce nouveau film, mais en voici un petit aperçu : mouvements de caméra étranges, éclairages complètement flippés, surimpressions en tout genre (avec une prédilection pour les formes circulaires), visions oniriques (le fils dans le bonsaï), jeux de transparence avec toutes sortes d'écrans et de surfaces réfléchissantes, enchaînement de plans surprenants, cadrage aventureux, gros plans anatomiques...

Cette virtuosité féconde, habituelle chez le cinéaste, se double ici d'un travail sur le scénario de même nature. Les tours et détours de l'intrigue nous proposent en effet un florilège de résonances : dialogues qui se répètent, coups de théâtre qui se répondent, motifs qui reviennent (la petite fille ne parle pas, le personnage principal doit écrire les phrases qu'il veut dire).

C'est à un véritable ping-pong moral que se livrent les protagonistes, réussissant d'ailleurs à nous égarer nous-mêmes (serions nous prêts à tout pour sauver nos proches ? pourquoi éprouvons de la sympathie pour un triple assassin ? le mal est-il au final omniprésent, ne demandant qu'à apparaître quand le vernis de la civilisation s'effrite ?).

Ajoutons à cela que la toile de fond du film évoque habilement de nombreux sujets plus ou moins importants dans la société coréenne (le capitalisme, la robotisation, la soif de réussir, l'alcoolisme, la guerre du Viet-Nam, l'ego masculin malmené), et on obtiendra une oeuvre dense, qu'on aura plaisir à voir si on aime le grotesque macabre et le second degré déjanté. Et si on ne cherche pas de sens particulier à ce tableau grinçant.  

Aucun autre choix, bien supérieur au premier film tiré du roman de Donald Westlake (Le couperet de Costa-Gavras, à qui le film est dédié ), nous rappelle que Park Chan-Wook est bien l'un des meilleurs réalisateurs du moment.

Park Chan-Wook sur Christoblog : Thirst - 2009 (***) / Stoker - 2012 (***) / Mademoiselle - 2016 (****) / Decision to leave - 2022 (**)

 

3e

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Amour apocalypse

La force principale de ce joli film d'Anne Emond, c'est l'énergie qui se dégage du couple principal.

Patrick Hivon est vraiment l'acteur québécois qui irradie le plus l'écran, mélange idéal de masculinité envahissante et de fragilité attendrissante (on l'a vu chez Mona Choukri et dans la série de Xavier Dolan, La nuit où Laurier Gaudreault s'est réveillé). L'association avec l'Américaine Piper Perabo (qu'on connaît surtout grâce à Yellowstone), est très réussie.

Le propos de cette comédie romantique est amusant : il mêle les enjeux climatiques actuels (le personnage masculin est - ô combien - eco-anxieux) à la rencontre lentement foudroyante de deux solitudes quarantenaires.

Aux différents chaos que le film met en scène (climatique, émotionnel, mais aussi sociétal à travers une galerie de seconds rôles admirablement dessinés) Anne Emond superpose une finesse de dialogue remarquable et une attention aux émotion qui fait mouche. Certains personnages (la stagiaire nymphomane, l'oncle complotiste, la petite fille karatéka) sont délicieux.

Le résultat est surprenant, finement écrit et très goûteux. 

 

2e

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Hamnet

J'ai tellement adoré les trois premiers films de Chloé Zhao qu'écrire ce texte va me faire un mal de chien, mais l'honnêteté intellectuelle m'oblige à le faire.

Hamnet est terriblement raté de bout en bout.

La première partie nous montre un jeune professeur fauché et sa femme se rencontrer, faire des enfants, puis en perdre un. Rien d'original là-dedans, on a vu cela mille fois, en beaucoup plus émouvant et surtout en moins larmoyant. Dans Hamnet tous les éléments sont en effet pointés dans le même sens : essayer de nous arracher des larmes à tout prix, ne reculant devant aucun procédé, aussi vulgaire soit-il.

Nous avons donc droit à un jeu très appuyé de Jessie Buckley, une musique horripilante de Max Richter, des effets d'un symbolisme douteux (ouh, le trou noir prémonitoire au pied de l'arbre dans la forêt) et une esthétique intasgrammable à base de feuilles bien vertes et de jolis faucons.

Quand commence la deuxième partie, on se demande bien quel est l'intérêt d'avoir accolé la petitesse de cette existence à l'immense talent du grand William. Le film tente une réponse bien maladroite, qui frôle le révisionnisme historique, puisque le rapport entre la pièce Hamlet et le fils décédé de Shakespeare est pour le moins factuellement vaporeux (Hamlet est vraisemblablement plutôt en rapport avec Amleth, un personnage médiéval de Saxo Grammaticus, dont l'histoire est très similaire à celle racontée par Shakespeare).

Bref, tout cela ne serait peut-être pas rédhibitoire si dans cette partie Hamnet ne parvenait pas à des sommets d'irréalisme et de tentatives indécentes d'extraction lacrymale forcée, à travers un dispositif d'une artificialité sidérante.

Le jeu de Jessie Buckley, qui tente d'imiter une sorte d'orgasme mystique dans lequel son deuil semble se dissoudre, franchit alors les limites du ridicule. 

Il n'y a qu'une lettre de différence entre les titres Hamlet et Hamnet, mais il y a un monde entre les deux oeuvres : celui qui sépare le génie intemporel de la médiocrité larmoyante. 

Il ne me reste plus qu'à attendre le prochain Chloé Zhao avec impatience (et inquiétude).

Chloé Zhao sur Christoblog : Les chansons que mes frères m'ont apprises - 2015 (****) / The rider - 2017 (****) / Nomadland - 2021 (****)

 

1e

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F1 Le film

Si F1 Le film ne brille pas par l'originalité de son scénario (un vieux briscard cabossé vient en aide d'un jeune talent arrogant), il apporte un éclairage particulièrement intéressant sur le monde de la F1, très instructif pour le néophyte.

Il est en effet très rare que le sport de haut niveau soit montré de façon satisfaisante au cinéma. Pour tout dire, je ne vois aucun exemple de ce type, dans lequel le sentiment d'immersion soit parfait. 

C'est donc ici le cas, probablement parce que le film est supervisé (et produit) par Lewis Hamilton. La mise en scène de Joseph Kosinski rend à merveille l'ivresse de la piste, grâce à des caméras embarquées très impressionnantes, mais aussi toutes les complexités qui entourent le cirque de la F1 : omniprésence de la technologie de pointe, aspects tactiques à adapter en permanence en fonction des aléas de courses, techniques collectives et importance des normes.

Le résultat est visuellement très abouti et j'ai regardé avec une sorte de plaisir enfantin ce blockbuster qu'on pourrait qualifier de divertissement chimiquement pur : des sensations fortes, des joies simples, des émotions plaisantes, des rebondissements qui relancent l'intrigue et une absence totale d'éléments perturbants.

Le duo Javier Bardem / Brad Pitt fait des étincelles, et pour ajouter au plaisir certains décors sont incroyables, notamment lors des étapes à Las Vegas et Abu Dhabi.

Une réussite.

Joseph Kosinski sur Christoblog : Tron : l'héritage - 2011 (*)-  Oblivion - 2013 (**) / Top gun : maverick - 2022 (**)

 

2e

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The mastermind

Le cinéma de Kelly Reichardt est toujours aussi insaisissable : il semble vouloir raconter quelque chose (un braquage de Pieds Nickelés dans les années 1970), mais se transforme progressivement en portrait d'un "homme sans qualité", errant à travers les États Unis sans but et sans passion.

Reichardt en profite pour donner, comme à son habitude, une sorte de leçon de cinéma minimaliste : comment dessiner par petites touches un tableau réaliste d'une certaine époque, comment y imposer des choix esthétiques forts qui contribuent à désincarner l'intrigue, à la rendre presque métaphysique.

Les oeuvres de Reichardt me laissent parfois indifférents, vous le savez certainement si vous me lisez depuis plusieurs années, mais j'ai ici plutôt apprécié sa façon de nous raconter une période, avec pas mal d'humour et une direction artistique très cohérente (un formidable camaïeu d'ocre, d'orange et de marron, une pétillante musique jazzy).

La prestation de Josh O'Connor, en personnage opaque et sans affect, n'est pas pour rien dans ma mansuétude. Il est pour moi l'un des meilleurs acteurs en activité.

A voir si vous aimez la lenteur, et l'understatement érigé en esthétique. 

Kelly Reichardt sur Christoblog : La dernière piste - 2011 (**) / Certaines femmes - 2016 (**) / First cow - 2020 (**) / Showing up - 2023 (**)

 

2e

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Concours Diamanti : gagnez 2x2 places

l'occasion de sa sortie, je vous propose de gagner 2x2 places pour découvrir le film italien Diamanti de Ferzan Ozpetek.

Pour ce faire :

- répondez à la question suivante : combien de millions de spectateurs italiens ont été voir ce film en salle  ? 
- joignez votre adresse mail
- envoyez moi le tout par ici avant le 6 février 20 h
 

Un tirage au sort départagera les gagnants. Vous recevrez ensuite par mail les places envoyé par le distributeur. NB : un des deux lots sera attribué par tirage au sort à un participant ayant aimé ma page FB ou mon compte Twitter ou s'étant abonné à la Newsletter du blog (n'oubliez pas pour participer à ce tirage au sort spécial de me donner votre pseudo dans votre réponse, pour que je fasse le lien).

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Dreams

Le cinéma de Michel Franco est souvent cruel, et certains diraient même sadique. Dans ce film il se contente d'être brillamment méchant. 

Le propos est simple : Jennifer, riche américaine,  et Fernando, pauvre danseur mexicain, vivent une idylle passionnée à Mexico, où Jennifer dirige une fondation pour une partie de son temps. Lorsque Fernando vient la rejoindre à San Francisco (en passant la frontière illégalement), les choses se gâtent.

Si l'attraction mutuelle est toujours aussi forte, la différence de classe sociale, teintée évidemment d'un racisme sous-jacent, pose à l'évidence un problème, que Jennifer a toutes les peines à résoudre.

Les développements de l'intrigue sont assez maigres, mais le film vaut surtout pour trois éléments : la sensualité ébouriffante qui se dégage de ce couple et de leurs ébats, la classe impériale de Jessica Chastain et l'élégance racée de la mise en scène.

L'ensemble de ces éléments rendent Dreams éminemment agréable à regarder, si l'on est pas réfractaire au caractère froid du cinéma de Michel Franco.

Michel Franco sur Christoblog : Después de Lucia - 2012 (**) / Chronic - 2015 (*) / Memory - 2024 (****)

 

3e

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Promis le ciel

Le deuxième film de la Tunisienne Erige Sehiri est un joli portrait de groupe.

Il vaut surtout pour la sensibilité avec laquelle sont peints les différents caractères de cette communauté de femmes noires, résidant en Tunisie et se serrant les coudes.

Aïssa Maïga est magnétique, et joue avec une belle ambiguïté son personnage de pasteur évangéliste accueillant des migrantes. Mais c'est surtout l'actrice non-professionnelle Deborah Christelle Lobe Naney qui crève l'écran, irriguant le film de son énergie communicative.

La photographie est très belle, la mise en scène tout à fait plaisante (avec de très beaux gros plans de visages) et j'ai pris plaisir à suivre le sort de ces immigrées sub-sahariennes, avec ou sans papier, unies par de fragiles liens de sororité menacés par le durcissement du climat social autour d'elle.

Un autre point positif est le point de vue de Sehiri sur la situation : elle parvient à éviter l'écueil d'un angélisme béat, comme celui d'une noirceur excessive qui tenterait de nous extorquer au forceps des sentiments de pitié.

Malgré le manque d'enjeux narratifs, un bon moment de cinéma.

Erige Sehiri sur Christoblog : Sous les figues - 2022 (**)

 

2e

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Baise-en-ville

J'ai beaucoup ri en regardant Baise-en-ville, d'un rire sain et apaisé, non pas déclenché par un tableau cruel ou vulgaire comme c'est parfois le cas, mais simplement engendré par des situations cocasses et délicieusement décalées.

Dans le nouveau film de Martin Jauvat,  tout est en effet un peu "à côté de la plaque" : le personnage de Sprite bien sûr, mais aussi la palette de couleurs (du rose à foison !), la nature du job qu'il décroche, sa manière de trouver des logements pour une nuit en banlieue, et last but not least, la formidable prof d'auto-école jouée par une impayable Emmanuelle Bercot.

Le film fourmille de mille trouvailles amusantes, de la confiscation de la bonde comme outil de contrôle parental (!) à un check personnalisé d'anthologie.

Après son beau premier film attendrissant mais imparfait, Grand Paris, Jauvat confirme ici son statut de petit prodige de la comédie française, quelque part entre un Buster Keaton Gen Z et un Pierre Richard de banlieue, installant dans le paysage son personnage de vingtenaire naïf et idéaliste, qui cherche à s'insérer dans un monde trop dur pour lui.

Un film qui fait du bien. 

Martin Jauvat sur Christoblog : Grand Paris - 2023 (**)

 

3e

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La grazia

Dans ce beau film, Paolo Sorrentino place ses tics habituels (les décors dépouillés, les petits personnages réduits à des silhouettes esseulées, les scènes baroques) au service d'un portrait tout en subtilité. 

L'acteur Toni Servillo joue parfaitement l'intériorité de ce personnage hors norme, un président de la république italienne, juriste de formation, qui n'aime que le droit et déteste les manoeuvres politiciennes. 

Outre le fait d'être la plupart du temps silencieux, il a de plus du mal à prendre des décisions. Aussi, lorsque deux demandes de grâce arrivent sur son bureau, en plus d'un projet de loi sur l'euthanasie, est-il bien gêné.

De ces dilemmes moraux très personnels (il est démocrate chrétien) vont découler de nombreuses scènes cocasses, qui réservent plusieurs morceaux de bravoure dont un repas extraordinaire avec les chasseurs alpins.

Tout cela est mené avec délicatesse et finesse, mettant en scène de belles relations : par exemple entre le président et son garde du corps.

La grazia permet de s'amuser tout en réfléchissant à des sujets profonds (le deuil, le mandat politique, la justice, le sens de la vie).

Un film sympathique, intelligent et humble, une fois n'est pas coutume, pour ce cabotin invétéré de Sorrentino. 

Paolo Sorrentino sur Christoblog : This must be the place - 2011 (***) / La grande belleza - 2013 (***) / Youth - 2015 (**) / La main de Dieu - 2021 (***) / Parthenope - 2025 (**)

 

3e

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Magellan

J'aurais beaucoup aimé apprécier ce film. Le sujet, la renommée du réalisateur philippin Lav Diaz, le point de vue du réalisateur sur l'invasion "vue des autochtones", les partis pris esthétiques : tout me semblait séduisant et excitant.

Mais j'ai été très déçu tout du long de ce (très) long film, 2h43.

Le manque de moyens explique en partie ce sentiment. Pour les parties maritimes par exemple, le sentiment d'immersion est nul. On n'éprouve jamais le sentiment d'oppression que devrait générer une épopée qui traverse la moitié du globe sur les océans. On a l'impression que la pire des tempêtes est signifiée par des seaux d'eau renversés sur la tête des acteurs.

Les partis pris de scénario et de mise en scène n'aident pas beaucoup non plus à générer du plaisir ou de l'admiration chez le spectateur : on ne comprend pas vraiment ce qu'on voit, le contexte n'est jamais précisé (par exemple dans la première partie à Malacca), la caméra est souvent fixe et les plans parfois inutilement rallongés. Le tout respire un hiératisme esthétisant et poseur.

On s'ennuie donc ferme à suivre le personnage sur le fond très antipathique de Magellan, qui ne semble vraiment humain que dans son rapport avec sa femme, puis son fantôme (des effets fantastiques qui ne fonctionnent pas et qui tranchent avec le réalisme de la reconstitution).

Mieux vaut relire la biographie impeccable de Stephan Zweig.

 

1e

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Le retour du projectionniste

Si vous ne deviez voir qu'un seul documentaire cette année, je vous conseillerais bien celui-ci.

Vous y découvrirez d'abord la vie en Azerbaïdjan, ses paysages sauvages et ses habitants qui semblent placides en toute circonstance.

Vous verrez ensuite naître sous vos yeux la belle amitié entre un jeune homme cinéphile et un vieux monsieur qui fut projectionniste et qui a perdu son fils. Les deux compères vont essayé de réparer un vieux projecteur et d'organiser une séance dans leur village : y parviendront-ils ? C'est bien sûr le suspense qu'entretient ce thriller sinueux et délicieux, aux images splendides.

Tout est doux dans ce court et beau film (1h20), qui flirte entre documentaire et fiction : la mise en scène est tellement travaillée qu'on imagine mal que certaines scène n'aient pas été "construites".

Il est parfois très touchant (le voyage à la ville sur les traces du fils), parfois burlesque (la recherche de réseau dans la neige), toujours instructif (le poids des traditions).

C'est enfin un formidable chant d'amour envers le cinéma, et sa magie. A ne pas rater !

 

3e

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Diamanti

Etonnant film que ce Diamanti qui n'hésite pas jouer la carte du mélodrame à l'ancienne, avec grand renfort d'effets en tout genre, aussi bien de nature visuelle que scénaristique. 

On est au début un peu déboussolé devant ce qui apparaît être une avalanche de kitscheries diverses, et puis finalement le parti pris de l'émotion pure finit par nous atteindre et je dois avouer que la scène de la robe finale m'a arraché - pratiquement à mes dépends -  une petite larme.

Si le film finit par fonctionner au forceps, c'est principalement grâce à ses actrices très inspirées et aussi parce qu'il s'intéresse à un métier d'art en en montrant toutes les coutures, si je puis dire : celui de costumière (voilà que je me laisse gagner par le mauvais goût du film).

Un des autres points forts de Diamanti est de ne pas rechigner à nous faire rire, en nous présentant des archétypes poussés à l'extrême, ou en exploitant pleinement des situations visuellement comiques.

Le tout est baigné dans une sorte de féminisme diffus et bon enfant, parfaitement dans l'air du temps, puisque le casting du film ne comprend quasiment que des actrices, qui sont d'ailleurs réunies par le réalisateur dans une sorte de mise en abyme étonnante lors de laquelle Özpetek leur présente son film : une incongruité égotique qui laisse perplexe (comme la dernière scène, d'ailleurs).

Succès colossal au box office italien 2025 (plus de 2 millions de spectateurs), Diamanti mérite d'être vu car il ne ressemble à rien de ce qu'on peut voir en France : seul Ozon pourrait faire ici un film aussi candidement kitsch.

 

2e

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L'affaire Bojarski

Rien de tel pour bien lancer le box-office 2026 que ce film français, qui devrait plaire à un large public.

Rien de vraiment génial ici, mais une qualité d'artisan consciencieux qui rend L'affaire Bojarski très plaisant à regarder.

Le principal mérite du film est probablement la qualité de son écriture. Le scénario a en effet le double mérite de prendre le temps d'installer les personnages pour qu'on s'y attache, et de maintenir un rythme soutenu dans sa deuxième partie pour que notre attention soit au plus haut jusqu'à la fin.

L'interprétation de Reda Kateb est d'un très haut niveau, on croit totalement à son personnage. Et comme la direction artistique est parfaite, le reste du casting très solide et la mise en scène efficace, j'ai été véritablement captivé par cette histoire de faussaire à proprement parler extraordinaire, que je ne connaissais pas.

Un exemple rare d'une "nouvelle qualité française" dont le propre serait de raconter sans fioriture une très belle histoire avec de gros moyens et un savoir-faire évident dans tous les métiers qui concourent à la réussite d'une oeuvre cinématographique.

Une belle surprise de la part d'un réalisateur, Jean-Paul Salomé, qui ne m'avait jamais vraiment convaincu jusqu'à présent.

Jean-Paul Salomé sur Christoblog : Je fais le mort - 2013 (**) / La syndicaliste - 2022 (**)

 

3e

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Here - Les plus belles années de notre vie

A partir d'une idée originale et intrigante (poser sa caméra à un endroit et ne plus la bouger de tout le film), Robert Zemeckis construit une oeuvre qui alterne le moyen et le moins bon.

Au rayon des relatives satisfactions, il faut signaler la qualité du jeu du duo Tom Hanks / Robin Wright qu'on a plaisir à retrouver trente ans après Forrest Gump, l'ivresse ponctuelle de sentir la matérialité du temps qui passe dans cette maison plus que centenaire, quelques trouvailles de mise en scène qui jouent avec la contrainte de fixité de la caméra (un écran LED qui permet une variation infinie de ce qu'on voit par la fenêtre, quelques jeux de miroirs qui permettent de voir derrière la caméra, un système d'incrustation original dans l'enchaînement des scènes).

En ce qui concerne les points faibles du film, il y en a malheureusement beaucoup. Pour commencer, toutes les séquences qui ne concernent pas la famille principale sont très ennuyeuses et piteusement réalisées : les dinosaures de la préhistoire, les amérindiens amoureux, les premiers habitants de la maison dont on ne connaîtra pas l'évolution. On est aussi troublé par le processus de de-aging qui rajeunit le couple principal : cela introduit un je ne sais quoi d'artificiel dans l'image.

Les mésaventures de toute cette petite famille manquent aussi de relief. Les peines et les bonheurs s'enchaînent (mort, maladie, mariage, naissance, problèmes financiers) sans grande excitation et sans générer beaucoup d'émotions, comme si le dispositif adopté gelait notre empathie.

Bien tenté, donc, mais pas totalement réussi.

 

2e

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Sinners

J'ai découvert le réalisateur américain Ryan Coogler lors de la projection mémorable de son premier film à Cannes, en 2013, dans la section Un certain regard, Fruitvale station.

J'avais alors eu la sensation de voir l'éclosion d'un cinéaste qui allait compter dans le cinéma américain.

Je suis donc très heureux de constater treize ans plus tard que Coogler vient de signer un des plus grand succès au box office de l'année 2025 (plus d'un million de spectateurs en France, 148 millions de $ aux USA).

Cela fait plaisir de voir triompher un film de qualité, abordant de nombreux thèmes dont on ne penserait pas a priori qu'ils puissent constituer un tout harmonieux : ségrégation raciale dans le Sud des Etats-Unis, puissance de la musique (soul, blues, irlandaise), culture hoodoo, tableau de la communauté noire et ... film de vampire !

Tout cela marche étonnamment bien, grâce à un casting impressionnant (l'acteur fétiche de Coogler, Michael B. Jordan joue à lui tout seul deux jumeaux) et à une mise en scène nerveuse et efficace, un peu old school : les scènes dans la voiture, visiblement tournées en studio sur fond vert, rappellent les techniques des années 60 !

J'ai pris beaucoup de plaisir à suivre les péripéties proposées par Sinners, souvent étonnantes : la scène de transe musicale est particulièrement impressionnante.

Dernier point, la façon dont sont montrés les vampires est intéressante, avec une séquence d'après générique de fin à ne pas rater.

Une réussite.

Ryan Coogler sur Christoblog : Fruitvale station - 2014 (***)

 

3e

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Father mother sister brother

Drôle d'idée que de donner le Lion d'or de la Mostra de Venise à cette oeuvre de Jarmush, somme toute mineure.

Dans ce film à sketch, le premier est le meilleur, et le seul vraiment intéressant, selon moi. Une fille et un fils rendent visite à leur père, joué par un Tom Waits égal à lui-même, c'est à dire roublard et inquiétant.

Adam Driver (probablement le meilleur acteur en activité) et l'excellente Mayim Bialik rendent cette réunion génialement gênante. On perçoit la plupart des non-dits et l'évolution de la conversation est très bien menée.

La deuxième partie est nettement moins bonne. Elle vaut surtout pour son casting de luxe (Charlotte Rampling, Vicky Krieps, Cate Blanchett) et la façon dont Jarmusch parsème des éléments qui résonnent avec la première partie, à la manière d'un Hong Sang-Soo, à qui j'ai énormément pensé. En vrac : une même expression (Bob's your uncle), le fait de trinquer (et se demander si on peut trinquer avec n'importe quoi), des Rolex, des harmonies de couleur dans les vêtements, etc.

Contrairement à la première partie, on ne perçoit pas vraiment les états d'âme des trois protagonistes, on ne comprend pas réellement leur relation, et le film semble progressivement tourner alors au procédé.

Quant à la troisième partie, elle n'a à proprement parler aucun intérêt. Les deux acteurs sont insignifiants et la situation (un frère et soeur viennent de perdre leur parent dans un accident) est sans originalité. Jarmusch ne nous épargne aucun cliché, y compris l'examen ému de vieilles photos, dans un Paris de carte postale dans lequel il y a toujours une place pour se garer devant le bar où l'on veut aller boire un coup. 

Un ensemble inégal, donc, et au final décevant.

 

2e

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L'engloutie

Format 4:3, absence d'éclairage artificiel, musique introductive à base d'onomatopées : dès les premières images on sent que le voyage proposé sera de type "auteuriste, âpre et sans concession ".

Et ce sera effectivement le cas. 

Si le film commence comme une plongée naturaliste dans une micro-communauté d'altitude en 1899, il évolue progressivement vers un fantastique lo-fi, bizarrement sexuel (utiliser une stalactite comme godemiché, vraiment ?) et comme sabordé par une mise en scène peu imaginative (l'avalanche comme métaphore du plaisir sexuel féminin).

Le manque d'impact, le casting hasardeux (on ne croit pas un instant à Samuel Kircher en montagnard du XIXème siècle), la fin approximative et la longueur excessive du film (1h37) rendent cette variation brouillonne sur le thème de la sorcière plutôt antipathique.

Récemment, le cinéma italien a proposé des portraits de jeunes femmes confrontées à la nature dans les siècles passés autrement plus enthousiasmants : je pense au splendide Piccolo Corpo de Laura Samani dans un genre fantastique, ou dans une veine plus réaliste au beau Vermiglio de Mauro Delpero.

C'est raté. 

 

1e

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