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Christoblog

Sinners

J'ai découvert le réalisateur américain Ryan Coogler lors de la projection mémorable de son premier film à Cannes, en 2013, dans la section Un certain regard, Fruitvale station.

J'avais alors eu la sensation de voir l'éclosion d'un cinéaste qui allait compter dans le cinéma américain.

Je suis donc très heureux de constater treize ans plus tard que Coogler vient de signer un des plus grand succès au box office de l'année 2025 (plus d'un million de spectateurs en France, 148 millions de $ aux USA).

Cela fait plaisir de voir triompher un film de qualité, abordant de nombreux thèmes dont on ne penserait pas a priori qu'ils puissent constituer un tout harmonieux : ségrégation raciale dans le Sud des Etats-Unis, puissance de la musique (soul, blues, irlandaise), culture hoodoo, tableau de la communauté noire et ... film de vampire !

Tout cela marche étonnamment bien, grâce à un casting impressionnant (l'acteur fétiche de Coogler, Michael B. Jordan joue à lui tout seul deux jumeaux) et à une mise en scène nerveuse et efficace, un peu old school : les scènes dans la voiture, visiblement tournées en studio sur fond vert, rappellent les techniques des années 60 !

J'ai pris beaucoup de plaisir à suivre les péripéties proposées par Sinners, souvent étonnantes : la scène de transe musicale est particulièrement impressionnante.

Dernier point, la façon dont sont montrés les vampires est intéressante, avec une séquence d'après générique de fin à ne pas rater.

Une réussite.

Ryan Coogler sur Christoblog : Fruitvale station - 2014 (***)

 

3e

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Father mother sister brother

Drôle d'idée que de donner le Lion d'or de la Mostra de Venise à cette oeuvre de Jarmush, somme toute mineure.

Dans ce film à sketch, le premier est le meilleur, et le seul vraiment intéressant, selon moi. Une fille et un fils rendent visite à leur père, joué par un Tom Waits égal à lui-même, c'est à dire roublard et inquiétant.

Adam Driver (probablement le meilleur acteur en activité) et l'excellente Mayim Bialik rendent cette réunion génialement gênante. On perçoit la plupart des non-dits et l'évolution de la conversation est très bien menée.

La deuxième partie est nettement moins bonne. Elle vaut surtout pour son casting de luxe (Charlotte Rampling, Vicky Krieps, Cate Blanchett) et la façon dont Jarmusch parsème des éléments qui résonnent avec la première partie, à la manière d'un Hong Sang-Soo, à qui j'ai énormément pensé. En vrac : une même expression (Bob's your uncle), le fait de trinquer (et se demander si on peut trinquer avec n'importe quoi), des Rolex, des harmonies de couleur dans les vêtements, etc.

Contrairement à la première partie, on ne perçoit pas vraiment les états d'âme des trois protagonistes, on ne comprend pas réellement leur relation, et le film semble progressivement tourner alors au procédé.

Quant à la troisième partie, elle n'a à proprement parler aucun intérêt. Les deux acteurs sont insignifiants et la situation (un frère et soeur viennent de perdre leur parent dans un accident) est sans originalité. Jarmusch ne nous épargne aucun cliché, y compris l'examen ému de vieilles photos, dans un Paris de carte postale dans lequel il y a toujours une place pour se garer devant le bar où l'on veut aller boire un coup. 

Un ensemble inégal, donc, et au final décevant.

 

2e

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L'engloutie

Format 4:3, absence d'éclairage artificiel, musique introductive à base d'onomatopées : dès les premières images on sent que le voyage proposé sera de type "auteuriste, âpre et sans concession ".

Et ce sera effectivement le cas. 

Si le film commence comme une plongée naturaliste dans une micro-communauté d'altitude en 1899, il évolue progressivement vers un fantastique lo-fi, bizarrement sexuel (utiliser une stalactite comme godemiché, vraiment ?) et comme sabordé par une mise en scène peu imaginative (l'avalanche comme métaphore du plaisir sexuel féminin).

Le manque d'impact, le casting hasardeux (on ne croit pas un instant à Samuel Kircher en montagnard du XIXème siècle), la fin approximative et la longueur excessive du film (1h37) rendent cette variation brouillonne sur le thème de la sorcière plutôt antipathique.

Récemment, le cinéma italien a proposé des portraits de jeunes femmes confrontées à la nature dans les siècles passés autrement plus enthousiasmants : je pense au splendide Piccolo Corpo de Laura Samani dans un genre fantastique, ou dans une veine plus réaliste au beau Vermiglio de Mauro Delpero.

C'est raté. 

 

1e

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Rebuilding

Apparaît parfois sur nos écrans une pépite américaine, souvent passée par le festival de Sundance, et donnant à voir de grands espaces et de belles personnes.

Il y a quelques années, en 2015, nous découvrions ainsi une grande cinéaste, Chloe Zhao, avec son très beau premier film, Les chansons que mes frères m'ont apprises.

Cette année, c'est un jeune réalisateur de 32 ans originaire du Colorado, Max Walker-Silverman, qui nous ravit avec son deuxième film (le premier, A love song, n'est pas sorti en France).

Dans Rebuilding, il ne se passe pas grand-chose. Dusty a perdu son ranch dans un gigantesque incendie et se retrouve hébergé dans une caravane de fortune, sur un terrain vague, en compagnie d'autres sinistrés. Que va-t-il faire ?

Le film se résume a peu près à filmer les états d'âme de Dusty, magnifiquement interprété par le formidable Josh O'Conor, et ses allers-retours entre la caravane, la maison de son ex-femme et de sa fille, la bibliothèque de la ville et le site brûlé de son ranch.

Pas grand-chose donc sur le papier, mais Walker-Silverman possède ce grand talent de remplir chaque plan d'une foule de nuances et d'une bonne rasade d'humanité. On est donc tour à tour dubitatif, surpris, inquiet, ému, enthousiasmé, par la paisible évolution intérieure de Dusty.

Comme tout le casting est parfait, les paysages du Colorado sublimes et la mise en scène d'une grande fluidité, on passe un excellent moment, reposé par cette histoire dans laquelle tout le monde fait de son mieux pour améliorer la vie des autres (c'est rare !). 

Je prends les paris qu'on entendra parler dans l'avenir de Max Walker-Silverman.

 

4e

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Presence

Cette première collaboration entre Soderbergh et le scénariste David Koepp est aussi convaincante que la seconde (The insider).

On retrouve ici la même intelligence dans le déroulement de l'histoire, associée à une concision appréciable (le film dure 1h25).

Le point de vue de ce film de fantôme pas comme les autres est très intéressant. La caméra se met tout simplement à la place du fantôme qui "accueille" la nouvelle famille emménageant dans la maison qu'il occupe, et qui se réfugie bien volontiers dans le placard de la jeune fille.

Petit à petit on devine l'histoire de ce fantôme, tout en observant avec plaisir la façon dont la famille réagit à sa présence (ses interventions sont discrètes, sauf dans un cas bien particulier que je ne peux déflorer ici).

Le tout file à vive allure vers une résolution spectaculaire qu'on ne voit pas vraiment venir, malgré les nombreux indices semés intelligemment tout au long du film. 

Techniquement, le film est intégralement tourné avec un objectif à très courte focale (grand angle), ce qui surprend un peu au début. On finit par s'habituer au procédé lorsqu'on a compris que cela reflète la vision d'un être surnaturel.

Une réussite qui plaira même à ceux qui n'aime pas les films de fantômes.

Steven Soderbergh sur Christoblog : Che (l'Argentin) - 2009 (*) /  Contagion - 2011 (*) / Effets secondaires - 2013 (****) / Ma vie avec Liberace - 2013 (***) / Logan Lucky - 2017 (**) / The insider - 2025 (**)

 

2e

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Les échos du passé

Le premier film de Mascha Shilinski a eu une destinée remarquable : prêt pour la Berlinale en février 2025, on dit qu'il a été "réservé" par le festival de Cannes pour la compétition officielle dès ce moment-là, ce qui est extrêmement rare.

Et pour dire la vérité, c'est un film exceptionnel, qui ne ressemble pas à grand-chose de connu (la référence qui en serait le plus proche est probablement Terrence Malik) et qui est d'une beauté assourdissante.

Le contenu est complexe à saisir : il s'agit de l'histoire de quatre femmes dans la même ferme, à quatre époques différentes. La difficulté est que la réalisatrice allemande ne donne aucun repère temporel sur ce qu'on est en train de voir : on passe donc la première heure du film à tenter de comprendre quelles sont ces quatre époques, et surtout à se demander si les personnages que l'on voit aux différentes époques sont les mêmes, à des âges différents.

Les échos du passé est un film qui réussit l'exploit d'être à la fois très intellectuel et très sensoriel. Chaque séquence est en effet un exercice de style, plus ou moins réussi, mais dévoilant la plupart du temps un talent évident.

Sur le fond, le propos est en grande partie désespérant. Il s'agit pour résumer d'un catalogue de tout ce que les hommes peuvent faire de mal aux femmes : mariage forcé, exploitation sexuelle, stérilisation forcée, viol. De toute cette souffrance découle d'autres thématiques tout aussi noires : le suicide, la mort, la mutilation. Tout cela rend la vision du film éprouvante.

Les échos du passé se caractérise enfin par des qualités techniques parfois époustouflantes (le travail sur le son est incroyable) et des détails qui se répondent mystérieusement entre époques (un doigt dans le nombril, la phrase "c'est chaud", les fantômes, les mouches...).

Vous l'avez compris, ce film, qui parfois se perd un peu dans sa propre complexité, révèle une réalisatrice de grand talent, dont on guettera la suite de la carrière avec attention. Quant à savoir s'il s'agit d'un très bon film, je vous laisse juge.

 

3e

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Laurent dans le vent

Laurent est un jeune qui cherche sa place. Sans domicile, sans métier, psychologiquement instable, il échoue dans la station de ski des Orres.

Ce deuxième film du trio de réalisateurs Anton Balekdjian, Léo Couture et Mattéo Eustachon dresse donc le portrait de Laurent et de ses rencontres : une vieile femme grabataire, un géant qui veut fonder des colonies viking en Sibérie, une chèvre magique, Béatrice Dalle qui ramasse des plantes.

Baptiste Pérusat fournit une belle performance d'acteur, avec une candeur inquiétante qui peut rappeler par moment le Terence Stamp de Théorème.

Il y a dans ce (trop) long essai d'une heure quarante beaucoup du cinéma de Guiraudie. En vrac, la fluidité sexuelle, la mort, les bizarreries, le choc de solitudes dans une nature plus grande que l'homme, des personnages opaques et souvent légèrement antipathiques, une atmosphère qui flirte avec le fantastique.

Mais le résultat n'a pas la fantaisie grinçante du réalisateur du merveilleux Miséricorde. Il lui manque un surcroît de méchanceté, un grain de folie ou une bonne dose d'humour pour vraiment captiver. 

J'avoue m'être ennuyé, même si le film met en évidence la capacité du trio de réalisateurs à capter avec sensibilité les sentiments d'une jeunesse déboussolée et comme hors du monde.

 

2e

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L'amour qu'il nous reste

Le réalisateur islandais Hlynur Pálmason continue de nous surprendre.

Après l'atmosphérique et mélancolique Un jour si blanc et l'épique Godland, il nous propose ici une chronique en demi-teinte qui ne ressemble à rien de connu : il s'agit de suivre pendant un an le quotidien d'une famille dont les parents se séparent (ou pas, on ne sait pas trop).

Le film dessine en creux un tableau tendre de l'amour : la trace de celui qui unissait deux adultes, et qui rechigne à s'effacer complètement, confronté à celui bien réel qui unit les parents aux enfants. 

Cette chronique délicate est joliment enchâssée dans les décors toujours extrêmement photogéniques de la campagne islandaise. Elle se teinte de multiples teintes irisées, n'hésitant à proposer de nombreuses digressions délicieuses et pince-sans rire, souvent à la limite d'un grotesque poétique (comme la visite du galeriste, ou l'épisode de la flèche).

La mise en scène tente beaucoup de choses (scènes fantasmées, enchaînement rapide de petites vignettes, gros plans), qui toutes semblent très justes pour conter les sentiments.

Une réussite qui ravira ceux qui n'attendent pas d'un film qu'il raconte forcément une histoire.

Hlynur Palmason sur Christoblog : Un jour si blanc - 2020 (**) / Godland - 2022 (**)

 

3e

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Une enfance allemande

Le dernier film de Fatih Akin est une nouvelle preuve de la versalité féconde du réalisateur allemand.

La violence qui exsudait de ses derniers films (In the fade, ou le très malsain Golden glove) laisse ici place à la tendresse d'une chronique d'enfance à la facture ultra-classique.

L'originalité du film est de raconter trois heures de la vie du petit Nanning, 12 ans, membre des jeunesses hitlériennes, confronté aux affres de l'enfance (avoir des amis, plaire à sa mère qui ne se nourrit plus depuis la mort d'Hitler, affronter la nature hostile, tomber amoureux) en pleine année 1945.

Le contexte n'apparaît qu'au second plan, ce qui est tout à fait original : on est d'abord captivé par les mésaventures cocasses du petit garçon, on est ensuite frappé par la façon dont son monde va s'écrouler prochainement.

L'île d'Arum, île frisonne en mer du Nord, constitue un décor saisissant, avec ses marées violentes, ses landes sauvages, sa langue spécifique, ses particularités culturelles et ses ciels infinis. Elle constitue à elle seule une raison d'aller voir le film, tant la photographie lumineuse de Karl Walter Lindenlaub lui rend merveilleusement hommage.

J'ai pris beaucoup de plaisir à suivre cette histoire qui trouve le ton juste pour raconter l'enfance (quelque part entre Pagnol et Stand by me) dans un cadre fascinant à plus d'un titre. 

Fatih Akin sur Christoblog : Head on - 2004 (****) / De l'autre côté - 2007 (***) / Soul kitchen - 2009 (***) /  In the fade - 2017 (**)

 

3e

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Kogis, ensemble pour sauver la terre

Ce film nous présente de malheureux indiens colombiens, les Kogis, trimballés de façon artificielle tout au long du Rhône, sous le prétexte que leurs croyances ancestrales entrent en résonance avec les préoccupations écologistes du réalisateur Alexandre Bouchet.

Il y a quelque chose de gênant dans ce projet, qui rappelle d'une certaine façon la présentation de "sauvages" dans les expositions coloniales : nos pauvres Kogis sont filmés promenant leur désarroi silencieux (seul leur médiatique chef s'exprime, il a bien compris le cahier des charge occidental) dans des paysages qui à l'évidence ne leur évoquent rien, rencontrant des militants qui boivent leur parole comme s'ils rencontraient des mages omniscients.

Le film, faisant fi de toute approche ethnologique, prête aux Kogis toutes sortes de pouvoirs magiques. Ils seraient par exemple disposés à interpréter les pierres mégalithiques : on affuble donc les Kogis, ces bons sauvages, de capacités magiques, reproduisant ainsi des schémas de pensées aux relents post-coloniaux.

Le film nie enfin frontalement la nature même de la recherche scientifique, et donc de la recherche de la vérité. On entend des phrases comme  "La science peut elle s'ouvrir à d'autre regard ?" ou "La science s'est positionnée comme supérieure". Or il n'y a pas deux sciences, il y a qu'une science qui applique les méthodes de la raison, et elle n'a pas à s'ouvrir à des religions ou des croyances, qui ne relèvent pas du même registre.

Un film moralement et déontologiquement discutable.

 

1e

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Wake up dead man

Depuis que Daniel Craig a quitté le costume de James Bond, il s'amuse, entre autre, à camper le détective Benoit Blanc, personnage décalé aux tenues à la fois surannées et très élégantes.

Ce troisième cluedo cinématographique de la série A couteaux tirés est particulièrement réussi. Rian Johnson met en scène une intrigue à l'ambiance gothique assumée, intrigue particulièrement retorse puisque du type "à chambre close", comme Le mystère de la chambre jaune.

Tout cela ne serait que gentiment anecdotique si le casting haut de gamme n'apportait un surcroît d'âme à Wake up dead man  en exposant une grande palette d'émotions : Josh O'Connor confirme être un des acteurs les plus intéressants du moment et Glenn Close est égale à elle-même, alors que les entourent rien moins que Jeremy Renner, Mila Kunis et Josh Broslin. Excusez du peu.

On suit les rebondissements de cette histoire complexe et parfois hilarante avec un plaisir enfantin, comme on descend une boîte de chocolat ou un paquet de Miami pik, goutant avec plaisir les décors celtiques et les ambiances noires. 

Rian Johnson sur Christoblog : Looper - 2012 (**) / Star wars - Les derniers Jedis (VIII) - 2017 (**) / A couteaux tirés - 2019 (***) / Glass Onion - 2022 (**)

 

3e

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Mektoub my love : canto due

C'est un petit miracle de retrouver, huit ans après, la bande de jeunes sétois qui irradiait Mektoub my love : canto uno de leur sensualité insolente. 

Ils n'ont pas vieilli, puisque le tournage a eu lieu dans la continuité du premier opus, et ce n'est qu'à cause de tous les aléas survenus depuis qu'on ne voit qu'aujourd'hui ce film. En vrac : la présentation de Mektoub my love : intermezzo à Cannes et la polémique du cunnilingus non simulé et figurant dans le film sans l'aval d'Ophélie Bau (le film n'est jamais sorti en salle), la faillite de sa compagnie de la production de Kechiche, son AVC qui le diminue beaucoup, et globalement l'accusation de male gaze qui plombe la réputation du cinéaste.

Le résultat est saisissant. On retrouve Amin, Toni, Ophélie, Céline et tout le groupe comme si on les avait quitté la veille. Kechiche excelle toujours à capter l'incroyable sensualité qui se dégage des corps, en y mêlant avec beaucoup de subtilité des considérations générales sur la vie.

La nouveauté géniale du film, c'est la présence d'un producteur américain et de sa femme, jouée par la jeune Jessica Pennington, ancienne actrice porno et incroyable de présence physique à l'écran, nouvelle découverte renversante du cinéaste pygmalion.

Le film s'étale, se distend, s'étire tout au long de ses deux heures et quatorze minutes, sans vraiment proposer d'intrigue, se contentant de capter comme aucun autre les bruissements de l'âme derrière un visage, un regard ou le mouvement d'une main.

Tout cela ne ressemble à rien d'autre, et semble toujours incarner la captation de la vie pure, teintée ici d'un côté farcesque dans sa dernière partie, à la fois drolatique et tragique, comme si Plus belle la vie s'invitait chez Cassavetes.

Le projet de Kechiche était de suivre ses personnages sur une dizaine de films, à l'image de Balzac dans la Comédie Humaine. Pas sûr que son état de santé et sa situation le permettent, et c'est bien dommage.

Abdellatif Kechiche sur Christoblog : La graine et le mulet - 2007 (***) / Vénus noire - 2010 (**) / La vie d'Adèle - 2013 (****) / Mektoub my love - canto uno - 2018 (****)

 

4e

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L'agent secret

L'agent secret est un très beau film, qui confirme que Kleber Mendonça Filho est un des plus grands cinéastes contemporains.

Wagner Moura y campe avec brio (prix d'interprétation à Cannes) un homme poursuivi pour de troubles raisons politiques par des tueurs à gage.

Il arrive dans Recife en plein carnaval et va nous entraîner dans un dédale d'évènements et de situations dont on ne comprendra pas tous les aboutissants, mais qui sont filmés avec une maestria incontestable. On y croise une logeuse énigmatique, un requin qui a avalé une jambe, un cadavre en décomposition et bien d'autres choses.

La mise en scène a un petit quelque chose de parfait et d'ample qui rappelle le cinéma du Nouvel  Hollywood. Il y a aussi dans le film de nombreuses références cinématographiques qui sont autant de clin d'oeil au public cinéphile (Belmondo, Les dents de la mer...).

Mendonça Filho n'hésite pas à aborder plusieurs genres dans ce qui constitue son film-somme, thriller, horreur, mélo social, tableau historique des années 70 : c'est à la fois une de ses forces si on en croit certaines critiques, mais peut-être aussi un léger frein pour crier au chef-d'oeuvre absolu, le résultat final pouvant paraître légèrement décousu.

Un beau et grand film à voir, qui nous fait respirer le Brésil à plein poumons.

Kleber Mendonça Filho sur Christoblog : Les bruits de Recife - 2012 (**) / Aquarius - 2016 (***) / Bacurau - 2019 (**)

 

3e

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La condition

Il y a beaucoup de choses intéressantes dans La condition

La reconstitution d'époque (le début du XXième siècle) est tout d'abord admirable. Les décors, les vêtements, la vie quotidienne, les rapports entre classes font l'objet d'une reconstitution minutieuse, baignée par une photographie admirable. On se retrouve vraiment immergé dans l'époque : ébloui par la flamme d'une bougie, fasciné par l'arrivée d'une automobile.

Le casting ensuite est très bon. Swann Arlaud sait comme personne d'autre jouer le machisme ordinaire, subtil mélange de tendresse, de violence instinctive, de frustration sexuelle, de mépris de classe et de personnalité névrosée. Les deux femmes sont également parfaites : Louise Chevillotte excellente en bourgeoise emmurée dans son temps et Galatea Bellugi qui confirme son talent brut découvert dans l'excellent Chien de la casse

Mais malgré toutes ces qualités, l'ennui n'a pas tardé pas à gagner le spectateur que je suis : peut-être par la faute d'un scénario extrêmement balisé, qui semble suivre scrupuleusement son programme initial jusqu'à un dénouement que l'on voit arriver de loin. Les quelques pas-de-côté de l'intrigue dans la dernière partie du film ne suffisent pas à ressusciter un intérêt qui s'est déjà bien délité durant la première heure.

Jérôme Bonnell sur Christoblog : Le temps de l'aventure - 2013 (*) / A trois on y va - 2014 (**)

 

2e

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La voix de Hind Rajab

Pari osé que tente ici Kaouther Ben Ania : habiller d'images de fiction les véritables enregistrements téléphoniques qui documentent le supplice enduré par une petite fille enfermée dans une voiture prise dans les tirs de l'armée israélienne à Gaza.

Si au départ la frontière entre fiction et réalité est assez claire, elle se brouille progressivement pour aboutir à une mise en abyme qui m'a laissé perplexe : les acteurs sont filmés en train de jouer des scènes réelles qu'on voit simultanément sur l'écran d'un téléphone portable.

Tous ces artifices de mise en scène aboutissent finalement à nous perdre et à désamorcer l'émotion que nous devrions éprouver, égarés que nous sommes entre les injonctions à compatir à la situation tragique de la petite fille réelle (photos bien émouvantes à l'appui), l'effort intellectuel de comprendre ce que nous voyons et le léger agacement que nous éprouvons face aux crises de nerf à répétition des acteurs jouant ceux qui ont traité les appels de la petite fille (mais dont la souffrance est à mille lieues de celle qui se joue sur le terrain).

Le film erre dans une sorte de no man's land décharné, situé entre le "thriller huis-clos téléphonique" à la façon du film danois The guilty et reconstitution sans véritable enjeu narratif, tant au final l'intrigue est atrocement simple.

On est loin de la richesse et des nuances du film précédent de Ben Ania, Les filles d'Olfa.

Kaouther Ben Ania sur Christoblog : Les filles d'Olfa - 2023 (****)

 

2e

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Fuori

Ce nouveau film de Mario Martone raconte une partie de la vie de l'autrice du roman culte L'art de la joie, Goliarda Sapienza, à une époque où son roman était refusé partout.

Mais de cette histoire littéraire, le film ne dit presque rien. Il préfère raconter l'histoire d'un groupe de femme enfermées en prison, et développant un grand élan de sororité.

Valeria Golino y joue une Goliarda très en retrait, presque invisible, dont on ne perçoit le talent et la violence intérieure que de loin en loin, comme si l'objet du film était de dessiner en creux le portrait d'un génie empêché et anesthésié. Sa relation d'amitié / amour avec Roberta (Matilda de Angelis) est très subtilement décrite.

La mise en scène de Martone est sobre et la photographie très agréable. Fuori donne également à voir un tableau intéressant de l'Italie des années 80, avec une attention aux détails et au second plan remarquable.

Le résultat est en dehors de tout canon narratif, le scénario zigzaguant de façon apparemment aléatoire, ce qui semble avoir empêché Fuori d'atteindre la reconnaissance critique lors de sa présentation au festival de Cannes 2025, et c'est bien dommage.   

Mario Martone sur Christoblog : Nostalgia - 2023 (***)

 

3e

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Ce que cette nature te dit

C'est le vingt-deuxième film de Hong Sang-Soo que je critique sur ce blog, et il me faut constater que l'excitation du début se mue petit à petit en lassitude.

J'espérais, au vu des retours presse et de la longueur inhabituelle du film (1h48), que le réalisateur coréen retrouve l'ampleur narrative de ses débuts, ou au moins la vigueur des expérimentations formelle de son milieu de carrière.

Malheureusement, l'objet du film est très ténu (un jeune poète est présenté à sa belle famille) et si on retrouve par moment le sel du cinéma de HSS (des fissures dans les conversations qui semblent dévoiler d'insondables abysses), l'ensemble est plutôt ennuyeux et manque de relief.

Il reste la petite musique habituelle, toujours agréable à retrouver : les bouteilles d'alcool, la force de caractère des femmes, les glissements subtils de ton, les questions métaphysiques qui surgissent aux détours d'une phrase ou d'un souvenir.

La façon de filmer la nature est atone et on se demande ce que le titre peut bien vouloir dire. Quant aux essais formels, ils se traduisent ici à proposer progressivement une image de plus en plus floue aux spectateurs, procédé déjà utilisé par le cinéaste, mais qui ne me convainc pas.

Pour conclure, le film est plus dense que les derniers, ce qui laisse penser que l'état de santé de Hong Sang-Soo s'est amélioré - et c'est tant mieux, mais le résultat n'est pas totalement convaincant.

Hong Sang-Soo sur Christoblog : Le jour où le cochon est tombé dans le puits - 1996 (**) / Le pouvoir de la Province de Kangwon - 1998 (**) / La vierge mise à nu par ses prétendants - 2000 (***) / Turning gate - 2003 (***) / La femme est l'avenir de l'homme - 2003 (***) / Conte de cinéma - 2005 (**) / Les femmes de mes amis - 2009 (**) / HA HA HA - 2010 (***) / The day he arrives (Matins calmes à Séoul)  - 2011 (***) /  In another country - 2012 (***) / Sunhi - 2013 (***) / Haewon et les hommes - 2013 (**) / Hill of freedom - 2014 (***) / Un jour avec un jour sans - 2015 (**) / Yourself and yours - 2017 (**) / Le jour d'après - 2017 (**) / La caméra de Claire - 2017 (***) / Hotel by the river - 2020 (***) / Juste sous vos yeux - 2021 (***) / La romancière, le film et le heureux hasard - 2022 (**) / De nos jours - 2023 (**) / La voyageuse - 2024 (***)

 

2e

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Vie privée

Pas très facile de formuler un avis sur le dernier film de Rebecca Zlotowski.

D'un côté, l'intrigue est plutôt plaisante et le récit mené correctement (une psychanalyste dont une patiente s'est suicidée se demande si cette dernière n'a pas été assassinée).

Les acteurs sont plutôt solides, Judie Forster assez impressionnante en soixantenaire dont la libido se réveille, Daniel Auteuil parfait en ex sympa, Virginie Efira magnétique en objet du désir. Mathieu Amalric est un peu moins convaincant, semblant à plusieurs moments surjouer. Certaines astuces du scénario sont très plaisantes (l'hypnotiseuse), d'autres complètement barrées (les vies antérieures). 

D'un autre côté, le film ne parvient pas totalement à décoller dans le registre de thriller hitchcokien dans lequel il semble vouloir creuser son sillon, par manque de précision dans l'écriture et de manque d'ambition dans la mise en scène. Les ruptures de ton perpétuelles n'aident pas non plus à entrer dans le film. 

Au final, j'opte pour un avis légèrement positif, l'intérêt de la tentative l'emportant sur les imperfections de sa réalisation.

 

2e

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France, une histoire d'amour

Rien ne va dans ce film de Yann Arthus-Bertrand.

Ce n'est pas que les initiatives montrées partout à travers la France soient inintéressantes, mais on voit mal le rapport qu'elles entretiennent entre elles, des abattoirs mobiles aux employés de MacDo qui occupent leur restaurant, des maisons en bois aux bienfaits du contact des chevaux : l'accumulation sonnent comme un catalogue décousu de pratiques politiquement correctes (au sens des Carnets de campagne de France Inter).

Mais le plus gênant dans ce road-trip de la bienveillance, c'est la naïveté de ravi de la crèche qu'Arthus-Bertrand transporte d'un bout à l'autre de la France, s'extasiant devant tant de bonté et de grandeur d'âme, tout en manifestant une proximité exagérée avec ses interlocuteurs (accolade de rigueur), et en pratiquant une sorte de harcèlement paternaliste vis-à-vis de ses collaborateurs.

De cette auto-célébration pataude on ne retient donc pas grand-chose, si ce n'est peut-être que le "maître" devrait un peu plus réfléchir, et un peu moins considérer sa moustache comme digne d'être filmée.

 

1e

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Pompei, sotto le nuvole

Je pensais retrouver dans ce nouvel opus de Gianfranco Rosi, auréolé d'un Grand Prix à Venise, la poésie magique qui produisit autrefois Fuocoamarre, Ours d'or à Berlin.

Malheureusement, si les images sont toujours aussi somptueuses (ici un noir et blanc caverneux et menaçant) et les visions toujours aussi saisissantes (les processions religieuses, les chevaux sur la plage), il manque ici le petit plus qui fait que la mayonnaise prend et nous emporte vers les cimes de l'émotion.

Chaque partie du film se regarde avec un plus ou moins d'intérêt. Le travail des archéologues japonais a un côté décalé et vertigineux. Les errements dans les archives archéologiques se suivent sans grand frisson. Les cours sauvages dans l'arrière boutique du libraire sont mignons sans être renversants. 

Tout cela se suit sans déplaisir, mais le film semble globalement toujours sur le point de démarrer, les images du train napolitain circulant de ville en ville ne parvenant à faire de l'ensemble un tout véritablement convaincant qui fasse sens.

Gianfranco Rosi sur Christoblog : Fuocoammare - 2016 (****) / In viaggio - 2022 (**)

 

2e

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