Overblog Tous les blogs Top blogs Films, TV & Vidéos Tous les blogs Films, TV & Vidéos
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Christoblog

Asphalte

Asphalte est au cinéma ce que les chatons sont à Internet : ça ne fait de mal à personne et beaucoup sont prêts à aimer (le "c'est trop mimi ! " se transformant ici en "un véritable coup de coeur ! ").

Le film est un brouet de bons sentiments qui s'auto-exaltent dans un décor de banlieue parsemé d'habitants hébétés, ce qui permettra à quelques critiques de s'exclamer "On n'a jamais filmé les cités comme ça ! "

D'abord, le mec désagréable et dans la lune, Gustave Kervern, reprend son rôle de Dans la cour. Comme la vie est bien faite, il sera puni de sa mauvaise action initiale, puis il rencontrera par hasard une infirmière désespérée (mais qui revêt les traits d'une grande bourgeoise de Valeria Bruni Tedeschi). La vie est belle : il s'inventera photographe et se lèvera de son fauteuil roulant (miracle de l'amour !) pour une marche zombiesque d'un ridicule extrême.

Ensuite, une actrice sur le retour (Isabelle Huppert, follement crédible) séduit platoniquement un jeune homme qui boit du lait et n'aime pas les films en noir et blanc, mais les aime quand même au final, parce que tu vois l'actrice est jolie quand elle est jeune, et le cinéma ça peut être bien quand l'histoire est bien. Même en noir et blanc. Vous voyez la légèreté du truc.

Et enfin, un cosmonaute américain atterrit chez une maman arabe qui lui fait sa meilleure recette de couscous. Comme elle lui donne le maillot de l'OM de son fils, alors l'américain est heureux et lui répare une fuite d'eau. Mais il n'y arrive pas. Alors un hélicoptère de la NASA vient le chercher dans la cité (sans se faire caillasser).

Voilà. Tout cela serait simplement mauvais si l'emballage n'allait piocher insidieusement chez plusieurs auteurs : la façon de filmer la ville chez Kaurismaki, le décalage chez le trio Gordon/Abel/Romy, le personnage joué par Kervern chez Salvadori, l'aspect grinçant des premières scènes justement chez le duo Délépine/Kervern, les plans fixes de personnages mutiques chez Roy Andersson, etc.

Du coup Asphalte n'est pas simplement un navet, il en devient une escroquerie intellectuelle. 

 

1e

Voir les commentaires

Lamb

Pratiquement inexistante des écrans français jusqu'à présent, l'Ethiopie nous offre cette année coup sur coup deux films : Difret, de Zeresenay Mehari, en juillet, et Lamb ce mois-ci.

Autant le dire tout de suite, le film de Yared Zeleke vaut plus par son caractère documentaire que par son scénario, un peu faible. 

Un jeune garçon, Ephraïm, dont la mère vient de mourrir, est envoyé loin de chez lui chez un oncle éloigné. Quand ce dernier lui ordonne de sacrifier sa brebis bien-aimée, Ephraïm cherche à revenir chez lui et à sauver son animal.

Cet intrigue attachante permet de contempler des paysages à couper le souffle, et de s'approcher un peu de la vie quotidienne des habitants de ce pays magnifique. Il donne l'occasion de méditer sur le manque de pluie (réchauffement climatique ?), d'admirer la dignité des familles très pauvres, de s'étonner devant ce christianisme très exotique, et en ce qui me concerne, de dormir un peu. L'ensemble des acteurs, et le jeune garçon en particulier, sont tous très justes.

Instructif, mais pas renversant.

 

2e

Voir les commentaires

Ni le ciel ni la terre

Ni le ciel ni la terre est un premier film particulièrement gonflé, à la croisée de plusieurs genres très distincts : le film de guerre, le fantastique, la chronique réaliste, le suspense métaphysique

Nous sommes en Afghanistan, et des soldats disparaissent mystérieusement d'un poste de contrôle. Clément Cogitore ne semble pas très intéressé par la fourniture d'explications, rationnelles ou non. Il préfère étudier en détail les réactions de chacun des soldats face à l'étrangeté de la situation.

Dans cet exercice casse-gueule, le jeune réalisateur fait preuve d'une maîtrise tout à fait étonnante. Il rentre immédiatement dans le vif du sujet, avec un premier plan (sur le chien) dont l'importance apparaitra plus tard. Il enchaîne ensuite les scènes avec une maestria imposante, parvenant à traiter d'une façon hyper-réaliste une situation exceptionnelle. 

Les acteurs (la fine fleur de la jeunesse masculine : Swann Arlaud, Kévin Azaïs) sont absolument formidables. La mise en scène est impeccable, très immersive.

Ni le ciel ni la terre pourrait s'embourber dans des considérations mystico-religieuse à deux balles, le scénario parvient à en faire un thriller métaphysique palpitant de bout en bout.

Un coup de maître.

 

4e

Voir les commentaires

5 questions à Philippe Faucon

A l'occasion de la sortie de Fatima, le réalisateur Philippe Faucon a accepté de se prêter au jeu des questions réponses.

 

1 - Fatima est un film résolument optimiste. Est-ce qu'on peut considérer que c'est pour vous une façon de présenter le côté face d'une pièce dont La désintégration serait le côté pile ?

Absolument. Après LA DESINTEGRATION, je trouvais important de montrer une forme d’intégration réussie. Lorsque je parlais de LA DÉSINTÉGRATION, je disais souvent : ‘‘ Un arbre qui tombe fait plus de bruit qu’une forêt qui pousse ’’. J’ai pensé qu’il fallait aussi raconter la forêt qui pousse et FATIMA m’a permis de le faire.

 

2 - Il y a une scène réellement surprenante dans le film, qui change le cours de l'intrigue et donne au film une tonalité de suspense psychologique étonnante (la chute dans l'escalier) : comment vous est venue cette idée de rupture dans le scénario ?

J’ai écrit le scénario d’après l’histoire de Fatima Elayoubi, qui avait raconté à travers deux livres son parcours de femme de ménage parlant mal le français et élevant ses deux filles (les livres s’appellent ENFIN JE PEUX MARCHER SEULE et PRIERE A LA LUNE). L’épisode de la chute dans l’escalier, il vient directement d’elle et de son histoire personnelle.

 

3 - Soria Zeroual, qui n'est pas une actrice professionnelle, est remarquable de justesse et de densité : comment l'avez vous choisie, et comment l'avez vous convaincue de rejoindre le film pour ce rôle finalement très complexe ? 

Aucune actrice professionnelle française ne pouvait jouer ce rôle, car il n’existe aucune actrice professionnelle française qui parle mal le français, et le feindre n’eût pas fonctionné. Je devais donc faire appel à une non-professionnelle, mais elle allait avoir un rôle très dense, c’était donc très difficile de trouver ! Le directeur de casting a énormément cherché et m’a un jour présenté Soria Zeroual, femme de ménage à Givors. Je l’ai rencontrée et j’ai vite vu en elle de grandes qualités de comédienne. Après, je lui ai expliqué mes méthodes de travail et le rôle, et elle a accepté de le faire ‘pour toutes les Fatima’. L’histoire résonnait fort en elle.

 

4 - Je trouve que le film restitue avec beaucoup d'habileté la réalité de la vie quotidienne, ce naturalisme épuré était-il pour vous une préoccupation spécifique ?

Ma préoccupation, c’est d’avoir des scènes qui sonnent juste, interprétées par des comédiennes qui rencontrent leurs personnages.

 

5 - Le film est remarquable par la contradiction entre la douceur de Fatima (son écriture...) et la violence qui l'entoure (sa fille, ses voisines, la propriétaire, la bourgeoise) : comment peut-elle rester aussi calme et positive ? On aurait presque envie qu'elle se rebelle !

Fatima a compris que c’est la souffrance qui rend violent. « Là où un parent est blessé, il y a un parent en colère », écrit-elle dans son cahier…

 

Propos recueillis par échange de mails le 8 octobre 2015.

Voir les commentaires

Sicario

Sicario est probablement le meilleur polar de l'année.

Il commence par une scène pleine de tension, d'une incroyable efficacité, qui laisse pantois. La suite est élégante, dense, parsemée d'excellents moments de cinéma. Un procédé assez classique comme les vues aériennes semble dans les mains de Denis Villeneuve se transformer en quelque chose de résolument neuf et inventif.

Le personnage de jeune flic volontaire et inexpérimentée, joué par Emily Blunt, est très attachant. On voit l'évolution de l'histoire à travers ses yeux : autrement dit, on n'y comprend pas grand-chose, et on est le jouet de forces bien plus terribles que ce qu'on imagine au départ.

Les acteurs sont très bien dirigés, avec une mention spéciale pour le grand Benicio del Toro, ici opaque à souhait.

Sur le fond, le film expose d'une façon intéressante les dilemmes moraux auxquels peuvent être confronté les policiers (faut-il faire les bouger les lignes entre ce qui est permis et ce qui ne l'est pas ?), tout en proposant une oeuvre solide, tendue, ramassée. Dans cette optique d'efficacité quasi monastique, le film évite la traditionnelle tuerie finale pour se concentrer sur une fin âpre et séduisante.

Il faut être attentif à la bande-son, qui contribue à donner au film cet aspect légèrement oppressant : bruits sourds et graves, pas forcément en lien avec ce qui se passe à l'écran.

L'impression générale que laisse Sicario est celle d'une fuite en avant sans retour, comme si les personnages glissaient irrésistiblement dans le grand entonnoir du destin.

Une réussite élégante et sans faute de goût.

 

3e

Voir les commentaires

Fatima

La loi du marché proposait au printemps une plongée en eaux profondes, au coeur de la réalité française, côté sombre. 

Fatima propose une apnée presque aussi puissante, côté optimiste cette fois-ci.

On ne montre pas souvent au cinéma la vie de ces mères d'origine maghrébine, qui parlent mal le français, si ce n'est parfois comme personnages secondaires se débattant avec une progéniture difficilement contrôlable. Philippe Faucon aborde donc un nouveau continent en choisissant de tracer ici le portrait sensible d'une de ces femmes.

L'actrice non professionnelle Soria Zeroual incarne à la perfection la dignité, le discernement, la force de caractère et la rectitude morale. On est étonné et séduit par son changement de physionomie dans l'intimité : le voile qui disparait, la beauté de l'écriture arabe. On est frappé par les difficultés que sa non-maîtrise du français pose pour l'éducation de sa fille (terrible scène dans laquelle la fille insulte la mère). On sursaute au moment où le scénario choisit de nous surprendre par un évènement parfaitement innatendu.

Fatima se distingue par sa subtilité (les préjugés racistes juste esquissés sont d'autant plus révoltants) et séduit par la finesse de ses approches.

Un tableau sensible, une franche réussite.

 

3e

Voir les commentaires

Les chansons que mes frères m'ont apprises

Il existe des films qui, en quelques images, me saisissent à la gorge et ne me lâchent plus jusqu'au dernier plan, me laissant pantois sur un petit nuage de plaisir extatique.

Le modeste premier film de Chloé Zao fait partie de ceux-ci.

Nous sommes dans une réserve d'indiens Lakotas. Un jeune garçon veut partir en Californie, mais bien des liens le rattachent à sa terre : sa petite soeur, des amoureuses, son peuple, sa mère. Partira-t-il ?

Plus que son scénario, écrit au jour le jour, c'est la façon de filmer de Chloé Zao qui illumine le film. C'est comme ci un(e) Terrence Malick naissait sous nos yeux. La nature y est sublime, les visages et les corps irradient le film.

Les chansons que mes frères m'ont apprises propose une équation renversante rarement vue au cinéma : des images superbes au service de la description précise d'une terrible réalité. Le film expose avec une rigueur toute documentaire les affres vécues par les indiens, en particulier les ravages de l'alcoolisme, montrés également récemment - chez les aborigènes d'Australie cette fois-ci - dans le très beau Charlie's country.

Chloe Zao n'hésite pas à piocher sa matière dans la vraie vie des acteurs (la maison qui a brûlé est ainsi la vraie maison de Jashaun), ce qui confère au film une aura extrêmement puissante.

Une rencontre exceptionnelle.

 

4e

Voir les commentaires

Vierge sous serment

Curieux premier film de la réalisatrice italienne Laura Bispuri, Vierge sous serment s'attaque à un sujet délicat et exotique : ce qu'il advient des garçons manqués en Albanie.

Dit comme ça, évidemment, ça ne fait pas trop envie. D'autant plus que l'image est volontairement un peu baveuse, la lumière crépusculaire et le jeu des acteurs légèrement mutique.

Pourtant, le film vaut vraiment d'être vu. Le talent de la réalisatrice pour camper une ambiance en quelques plans est remarquable. Après une première demi-heure très intrigante et franchement intéressante par son caractère d'étrangeté et son refus de toute concession, Vierge sous serment trouve un rythme de croisière un peu plus plan-plan et peut-être un poil scolaire. Alba Rochwahrer y est excellente, comme souvent.

Les scènes tournées en Albanie, dans un décor d'une puissance extrême, et avec des acteurs et actrices du cru (comme les deux petites filles), confèrent un intérêt quasi documentaire au film.

Nulle doute qu'on reparlera dans l'avenir du cinéma de Laura Bispura, dont le style peut être comparé à celui de sa compatriote Alice Rohrwacher : Corpo celeste (**) / Les merveilles (*).

 

3e    

Voir les commentaires

Marguerite

Il faut aller voir Marguerite pour ses acteurs. 

D'abord, bien sûr, il y a Catherine Frot. C'est peu dire qu'elle est ici excellente : probablement le rôle d'une vie, en tout cas un rôle à César. Elle parvient à camper son personnage excentrique avec une sensibilité touchante qui laisse coi. Le ridicule et l'excès menacent en permanence ce type de rôle : Catherine Frot se maintient tout au long du film sur une ligne de crête profondément émouvante.

Si le mari (André Marcon) est assez insipide, l'autre personnage qui donne du relief au film est le professeur sur le retour, joué par Michel Fau. Certes, le personnage est un peu outrancier, et les roulements d'yeux font pour lui un peu trop souvent office d'expression, mais on ne peut pas ne pas se délecter de cette baderne ventripotente entourée d'une vraie cour des miracles.

Les seconds rôles sont tous assez bien campés, et la reconstitution historique des années 20 est très plaisante, surtout dans la première partie du film.

Le scénario est bien construit (avec quelques longueurs tout de même) et la mise en scène de Xavier Giannoli plutôt efficace, et même parfois trop. Comme souvent chez ce réalisateur on peut regretter des effets de manche trop visibles : montage lourdingue, tension psychologique montée en Chantilly de façon largement artificielle, fin outrageusement et inutilement dramatique.

Ces quelques bémols ne gâchent pourtant pas le plaisir qu'on éprouve à la vision de cet étonnante histoire (que Stephen Frears est en train d'adapter également, avec Meryl Streep dans le rôle principal).

Xavier Giannoli sur Christoblog : A l'origine (*)

 

3e    

Voir les commentaires

Les deux amis

Pour son premier long métrage, Louis Garrel nous offre un film délicieux.

Impossible de ne pas succomber au charme extraordinaire de Golshifteh Farahani, et à celui, un poil plus convenu, de la paire d'adulescent Garrel/Macaigne. 

Les deux acteurs jouent des rôles qui leur collent chacun à la peau : Garrel est beau, trop sûr de lui, donneur de leçon et fouteur de merde. Macaigne incarne à la perfection le Droopy amoureux, timide, indécis et dépendant. 

Plus que leur amitié superficielle, et typiquement parisienne (on pense à Dans Paris, de Christophe Honoré, ce dernier ayant co-écrit le scénario), c'est la beauté du jeu de Golshifteh Farahani qui donne de la valeur au film. Elle parvient à être à la fois sublime et terrienne, désirante, vulgaire et décidée. Son personnage fait du film une sorte de manifeste féministe qui renvoie les deux hommes au rôle de simples faire-valoir, juste bons à donner un titre au film, faibles, menteurs et ridicules.

Les deux amis est donc un badinage profond, cruel et amusant.

Louis Garrel avait auparavant réalisé un moyen-métrage de très bonne facture : Petit tailleur.

 

2e

Voir les commentaires

Everest

Baltasar Kormakur est décidément friand de récit dramatique tourné dans le froid : après avoir filmé le calvaire d'un marin islandais dans l'eau glaciale (Survivre), le voici qui raconte une expédition virant à la catastrophe en 1996 sur l'Everest.

Le film est en 3D (je ne crois pas qu'on puisse le voir en 2D) et une fois de plus, il faut bien avouer que le procédé n'apporte rien au film. Au contraire, la 3D accentue l'aspect artificiel de certains décors. 

L'aspect documentaire est pourtant le point le plus intéressant du film : l'approche du camp de base est joliment filmé, l'envahissement de l'Everest par des agences de voyage peu scrupuleuses est intéressante, et les péripéties ont un aspect un peu sec qui évite (presque) tout sentimentalisme. 

Dans Everest, pas de péripéties classiques et téléphonées (adieux émouvants entre alpinistes, corps suspendus au bout d'une corde), on se concentre sur l'essentiel : on meurt en tombant à l'arrière-plan.

Le film parvient ainsi à donner une sensation assez réaliste de ce qu'est une course en Himalaya, en ménageant sa part de grand spectacle. Pas facile de dire au début du film qui s'en tirera, et qui y restera, ce qui constitue en soi une qualité.

A noter que le film est tiré d'un livre de John Krakauer, présent dans l'expédition, et qui écrivit aussi le livre adapté par Sean Penn dans Into the wild.

Du beau spectacle au casting XXL, plutôt honnête à défaut d'être super-spectaculaire.

 

2e

Voir les commentaires

5 questions à Loubna Abidar

A l'occasion de la sortie de Much loved, l'actrice principale du film de Nabil Ayouch a accepté de se prêter au jeu des questions réponses.

1 - Comment vivez-vous la situation que crée l'accueil du film au Maroc ? 

Je suis bien sûr très triste et très blessée. La moitié du pays me traine dans la boue, me traite d’actrice porno, veut me faire des procès. Je ne peux plus sortir dans la rue sans mettre une burka pour me cacher, et j’ai peur de ne plus jamais pouvoir travailler au Maroc. Mais je reste très fière d’avoir fait ce film essentiel, et je suis soutenue par tous ceux qui l’ont vu qui savent qu’il n’a rien de porno, que c’est avant tout un grand film sur un sujet fort.

 

2 - Vous êtes une actrice reconnue au Maroc, mais vous êtes moins connue en France. Pouvez-vous nous donner des détails sur votre carrière ? 

J’ai en effet déjà joué dans plusieurs films ‘commerciaux’ marocains. Mais aucun ne compte pour moi par rapport à MUCH LOVED, que j’appelle mon vrai premier film de cinéma. J’espère qu’il me permettra d’être connue en France et d’envisager une carrière ici.

 

3 -  Much loved était au départ conçu par Nabil Ayouch comme un documentaire. Pourquoi le projet a-t-il été transformé en fiction, tourné avec des actrices non professionnelles ? Comment dans ce contexte avez vous convaincu le réalisateur de vous recruter pour le film ? 

Seul Nabil peut vous expliquer pourquoi il a finalement décidé de faire une fiction. Mais c’est sûr qu’il voulait rester près de la réalité, en se documentant énormément avant, et en embauchant des actrices non professionnelles. Je lui ai menti lors de notre premier entretien, je ne lui ai pas dit que j’avais déjà joué au cinéma. Je lui ai dit la vérité plus tard. Mais de toute façon j’ai vraiment connu une enfance pauvre dans les quartiers déshérités, avec des filles comme celles du film.

 

4 - Dans Much Loved, la relation entre les quatre femmes est à la fois faite d'engueulades, de tendresse, de générosité. Elles sont pourtant fort différentes de par leur caractère. Est-ce que finalement ce qui les unit est seulement le rejet des hommes ?  

Elles sont surtout unies par leur solidarité, leur désir de résister ensemble, leur rage de vie commune. Si elles tiennent, c’est parce qu’elles sont ensemble, amies.

 

5 - Le film est attaqué au Maroc comme porno. Il ne comprend pourtant qu'une scène dans laquelle vous jouez nue, et celle-ci est très pudique. Comment avez-vous abordé cette scène ? 

En tournant le film, je ne pensais jamais à ce qui pouvait arriver après. Je savais que cette scène était importante pour Nabil et pour le film, alors je l’ai jouée, c’est tout. Bien sûr ce n’était pas facile d’être nue face à l’équipe technique, mais elle a été réduite au maximum pour cette scène, et m’a parfaitement soutenue.

 

Propos recueillis par échange de mails le 21 septembre 2015.

Voir les commentaires

Amnesia

Le nouveau film de Barbet Schroeder s'attaque simultanément à deux sujets délicats : une histoire d'amour naissante entre une personne âgée (formidable Marthe Keller) et un jeune homme (Max Riemelt) d'une part, et l'attitude de certains Allemands qui ne pardonnent pas à leur pays l'expérience du nazisme d'autre part.

Il y a sûrement un sujet de trop parmi les deux, l'un empêchant le développement de l'autre, et réciproquement.

L'histoire d'amour est assez joliment montrée. Elle progresse habilement par de petits riens qui accroissent progressivement l'attraction mutuelle. Pour l'aspect volontairement amnésique de l'Allemande par rapport à son pays, le film semble plus artificiel, et repose sur une scène pivot un peu surjouée à mon sens par Bruno Ganz.

Pour le reste Barbet Schroeder exploite bien la magnifique nature d'Ibiza mais se plante complètement sur l'installation de certaines ambiances, par exemple lors de la catastrophique séquence de la boîte de nuit.

Un film attendrissant, mais maladroit et déséquilibré. 

 

2e

Voir les commentaires

Much loved

En calant sa caméra au plus près de quatre prostituées marocaines, Nabil Ayouch n'a pas choisi la facilité : il savait probablement qu'il allait s'attirer les foudres de certains intégristes, sûrement pas que son film allait être interdit au Maroc et qu'il allait être attaqué en justice par des associations...

La société traditionnelle marocaine refuse de regarder en face le phénomène de la prostitution, qui crève pourtant les yeux, et préfère donc l'hypocrisie : il faut dire que le miroir tendu par Ayouch est d'une netteté fulgurante.

Du projet initial de documentaire, le film garde une sorte de naturalisme puissant qui emporte l'adhésion, porté par des actrices non-professionnelles (à l'exception de l'excellente Loubna Abidar). Il ne se passe pas grand-chose dans le film en terme de dramaturgie. On s'attend constamment au pire, mais l'hypothèse du naufrage ou de la catastrophe est balayée par la force magistrale que génèrent ces quatre magnifiques femmes : tout l'intérêt de Much loved est dans ce portrait.

Nabil Ayouch dessine un tableau à la fois tendre et sans concession d'un milieu où le terrifiant (les hommes en général, les policiers et les saoudiens en particulier) cotoie le généreux (les travestis, Saïd). Il faut toute l'attention du réalisateur aux menus détails du quotidien pour tranfigurer une existence misérable en promesse d'avenir : trajets en voiture filmés comme dans un rêve (beau travail sur le son), gros plans empathiques sur les visages ou les corps, scènes de colère ou d'exaltation.

Jamais voyeur, parfois brutal, Much loved donne à voir l'énergie féminine comme peu de films savent le faire. 

 

4e

Voir les commentaires

Natür therapy

Représenter à l'écran les pensées d'un homme qui marche : c'est le défi que se propose de relever le réalisateur norvégien Ole Giaever.

Bien sûr, Natür therapy évoque Wild, le beau film de Jean-Marc Vallée, qui s'attaquait au même type de sujet, même si la marche de Reese Whiterspoon était beaucoup plus longue et spectaculaire. Dans les deux cas, les personnages sont à un tournant de leur vie, et doivent prendre (ou pas) des décisions radicales.

Le film de Giaever se situe à une sorte de croisement scandinave entre la sensibilité psychologique extrême de Oslo, 31 août et la distanciation cynique de Snow therapy. On est parfois compatissant envers le personnage et sa crise de la quarantaine mal gérée, mais le plus souvent c'est plutôt avec un oeil goguenard qu'on regarde Ole Giaever se débattre dans ses contradictions : il est à la fois acteur et réalisateur, et on ne peut s'empêcher de penser que le film est autobiographique.

La façon de montrer la nature norvégienne et de l'intégrer au récit est habile, les rebondissements humoristiques viennent ponctuer le récit avec bonheur. La vision du film est donc agréable, sans être renversante. Il lui manque un peu de profondeur et d'originalité pour susciter un enthousiasme plus entier.

 

2e

Voir les commentaires

Le président

J'aurais vraiment aimé dire du bien de ce film : j'apprécie énormément le cinéma iranien, et la figure de Makhmalbaf, patriarche cinéaste (sa femme et se deux filles font également des films), est éminemment sympathique.

Malheureusement, Le président est une fable un peu lourdingue qui ne trouve jamais son point d'équilibre. 

Le film commence par un tableau engoncé de dictateur mégalomane, se transforme ensuite en manuel de survie en milieu hostile, en rendant le vieillard tyrannique presque sympathique, pour finir en western néo-réaliste façon Sergio Leone meets Rossellini.

On ressort de tout cela franchement déboussolé, fugitivement intéressé par certaines péripéties (la visite à la prostituée) et quelques idées de cinéma (la façon dont est filmé le retour du mari qui découvre que sa femme ne l'a pas attendu). 

Le film se déroule dans un pays imaginaire, et a été touné en Géorgie : Makhmalbaf est un éternel exilé. Si les acteurs géorgiens sont plutôt bons, la qualité technique du film est globalement en-dessous des standards de qualité habituels en terme de photographie et de montage. Le propos général est décousu et pétri de bonne intentions.

Le film était présenté à Venise en 2014, dans la section paralllèle Orizzonti.

 

1e

Voir les commentaires

Miss Hokuzai

J'avais trouvé très intéressant et original le précédent film de Keiichi Hara, Colorful.

Je m'attendais donc à être enthousiasmé par Miss Hokuzai, porté par une critique très favorable.

Malheureusement, le film m'a paru un peu creux, malgré des qualités esthétiques et une sensibilité indéniables. 

Je regrette de ne pas en apprendre plus sur la vie et la personnalité du peintre Hokusai, sur le marché de l'art de l'époque, sur l'environnement sociologique et politique du Japon du XIXème siècle. 

L'ambiance du film est fort jolie, mais les péripéties contées dépassent pour moi - certes de justesse - les limites du bon goût en matière de sensiblerie (la petite soeur) et se maintiennent en-deça de ce que j'aurais souhaité sur d'autres sujets (l'industrie de la confection des dessins érotiques par exemple). 

Si Miss Hokusai ménage de beaux moments de féerie (le tableau des enfers, la courtisane dont l'esprit s'évade), son contenu reste un peu fade et convenu.

Pour les fans d'anime le film est bien sûr immanquable, pour les autres cela dépendra de leur humeur du jour et de leur sensibilité aux parti-pris de Keiichi Hara, résolument orientés vers l'expression de sensations pures plutôt que vers un contenu informatif.

  

2e

Voir les commentaires

Youth

Il faut aujourd'hui un certain aplomb pour défendre Sorrentino.

Il faut en tout cas résister à l'influence du triumvirat de la bien-pensance cinéphilique tendance soporifique thaïlandaise : Libération, Les Inrocks, Les Cahiers.

Pour ces gens-là, Sorrentino est définitivement classé avec une véhémence haineuse comme un réalisateur pompier (lire ma Lettre ouverte aux Cahiers), alors que Gomes et Weerasethakul, pour ne citer qu'eux, sont géniaux avant même d'avoir levé leur caméra.

Pour le spectateur vierge de tout a priori que je suis, la vision d'un film de Sorrentino génère deux émotions opposées : le plaisir que procurent les trouvailles baroques d'un réalisateur surdoué, et l'ennui qui découle de voir ces trouvailles juxtaposées sans constituer un ensemble cohérent et profond.

Dans La grande belleza, le plaisir était largement supérieur à l'ennui, parce que le sujet se prêtait admirablement à la démesure triste de la mise en scène.

Ici, et même si le film abordent les mêmes sujets que le précédent (la vieillesse, la sublimation par l'art, la déchéance physique), ce n'est pas tout à fait le cas.

Si la photo est toujours admirable, les images incroyablement bien composées, le plaisir est un peu gâché par une impression d'épate à tout prix (la scène d'ouverture, le clip de la pop star, le concert de la fin). La retenue de Michael Caine (excellent) et de Harvey Keitel fait pourtant mouche au début du film. Associée à le netteté suisse, cette sourdine inhabituelle donne une tonalité nouvelle au cinéma de Sorrentino : on navigue dans une sorte d'humour british, et les répliques spirituelles fusent.

Malheureusement, l'équilibre précaire du film se délite dans son dernier tiers (le pitoyable concert de fin, atrocement filmé, la lévitation du bonze, ridicule).

Je rêve d'un jour où Sorrentino débarassera son cinéma de toutes ses scories (Hitler ! Maradona ! Miss Monde qui pense ?!) pour exprimer pleinement ses incroyables qualités de plasticien et d'amuseur.

 

2e

Voir les commentaires

True detective (Saison 1)

Au panthéon des séries, la première saison de True Detective occupe sans aucune discussion une place de choix.

Il faut dire que les moyens mis à disposition sont d'un haut niveau de qualité : un réalisateur de cinéma extrêmement solide pour l'intégralité des huit épisodes (Cary Fukunaga), une star au sommet de son talent (Matthew McConaughey) secondé par un casting impeccable et un scénario porté à un haut niveau d'incandescence par Nic Pizzolatto.

Une des principales réussites de la série est de gérer brillamment un rapport au temps complexe. L'histoire racontée est la difficile traque sur plusieurs décennies d'un meurtrier en série (comme dans Zodiac de David Fincher, ou dans le génial Memories of murder de Bong Joon-ho). Les trois premiers épisodes alternent des aller-retours entre le présent (dans lequel les deux flics sont interrogés) et le passé. Le quatrième épisode, par son action débridée, tranche totalement avec le début de la série, avant que la deuxième partie de la saison nous amène par une brusque accélération du temps à revenir pour les deux épisode finaux à une narration au présent.

Le film alterne les tonalités avec une confondante facilité : spleen philosophique sur fond de vaudou, brusques accès de violence, tensions psychologiques entre les protagonistes, remords et repentirs, traque à la fois méticuleuse et mystique.

Tout est parfaitement réussi de bout en bout : la photographie est splendide, le générique est peut-être le plus beau jamais conçu, et la musique est admirable.

Si Mathew McConaughey trouve probablement ici son meilleur rôle (il semble cumuler en un seul personnage plusieurs de ces meilleures interprétations), son partenaire Woody Harrelson est aussi très bon, sorte de bloc à forte machoire, constitué à la fois de certitude auto-célébratrice et de penchants pour toutes sortes de débauches.

La saison entière peut d'ailleurs être vue plutôt comme la rencontre de deux êtres bourrés de tares que comme une enquête policière. 

Le scénario emprunte plusieurs éléments au Roi en jaune, un recueil de nouvelles de Raymond Chambers, publié en 1885, et qui inspira lui-même HP Lovecraft. Sans être fondamentale dans l'imbroglio du scénario, cette caractéristique contribue à l'étrangeté et à l'originalité de True Detective, à la fois récit haletant et rêverie morbide.

Une très grande réussite formelle.

 

4e 

Voir les commentaires

Les secrets des autres

Le deuxième film de Patrick Wang est un film lo-fi : image super 16 un peu sale, deux semaines de tournage, cinq de montage.

Il ne faut donc évidemment pas chercher dans ce film ni spectaculaire, ni démonstration de force. Tout le charme de The grief of others (encore un titre français à côté de la plaque) est d'atteindre un très haut degré d'intensité dans les portraits psychologiques avec une incroyable économie de moyen.

Il faut que je vous dise aussi : le film n'est pas très gai. La femme du couple central a accouché d'un enfant atteint d'anencéphalie (né sans cerveau). La fille du père, issue d'un précédent mariage, débarque dans la maison enceinte, et fait la connaissance d'un jeune homme en deuil. Les deux enfants du couple, une petite fille au caractère bien trempé et un garçon obèse persécuté, font face comme il peuvent à cette ambiance morbide.

Le film est doux et subtil, et révèle que Patrick Wang est un cinéaste à gros potentiel, même si certains effets visuels du film (des surimpressions plutôt laides) auraient certainement gagnées à bénéficier d'un peu plus de moyens.

A surveiller.

 

2e

Voir les commentaires