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Christoblog

Room

Le sujet de Room est le sujet casse-gueule par excellence.

Pour résumer, et en spoilant le moins possible, le film raconte l'histoire de Joy, une jeune fille enlevée et séquestrée par un malade dans sa cabane de jardin. Après deux ans de captivité, Joy a un enfant, Jack, qui est donc élevé jusqu'à ces cinq ans dans une seule pièce, d'où le titre du film.

La liste est longue des façons dont le film aurait pu être raté. Il aurait d'abord pu être glauque et malsain, installant le spectateur dans la peau d'un voyeur honteux. Il aurait pu être insupportable en installant des processus de terreur pure. Il aurait enfin pu être inutilement larmoyant.

Au final Room n'est rien de cela : c'est un film délicat, sensible, intelligent, dont on sort le moral regonflé à bloc. C'est tout à fait étonnant qu'un film bâti sur un sujet aussi terrible puisse faire un tel effet sur le spectateur.

Le réalisateur irlandais de 49 ans, Lenny Abrahamson, complètement absent de mes radars jusqu'à aujourd'hui, fait preuve d'une maestria incroyable. Il utilise à la perfection tout l'arsenal de la mise en scène et du montage au service de son histoire, sans fanfaronner, et avec une modestie géniale.

Brie Larson, déjà remarquée pour son incroyable prestation dans States of grace, fait ici un sans faute de bout en bout. Le jeune acteur, Jacob Tremblay, est tout simplement exceptionnel. Souvent filmé en très gros plan, il parvient à exprimer une immense palette d'émotions. Lenny Abrahamson s'avère être un remarquable directeur d'acteur.

Room est un film dont on peut parier sans crainte qu'il laissera un impérissable souvenir dans la tête de tous ceux qui l'auront vu.

 

4e  

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Faire l'amour

On aura rarement, dans le monde du cinéma, vécu pire ratage que Faire l'amour.

Résumons-nous : le premier film de Djinn Carrénard, Donoma, promis à ne pas exister, trouve finalement le chemin du (relatif) succès, via un marketing zarbi et le coup de foudre d'un certain nombre de spectateurs, dont votre serviteur énamouré, voir ma critique.

Le deuxième film du jeune prodige black d'origine haïtienne (on pensait tenir le Spike Lee francophone) est attendu avec la dernière impatience. Les Cahiers du Cinéma l'annonce en tournage parmi les grands noms du cinéma mondial, etc.

Projeté en ouverture de la Semaine de la Critique à Cannes en 2014, le film s'avère être une catastrophe. Il se trouve que j'étais dans la salle ce funeste jour (le 12 mai).

La critique est donc assassine, et comme à chaque fois qu'un film est mal accueilli à Cannes, il se passe deux choses : on annonce un nouveau montage, et la sortie est sans cesse retardée, ce qu'on comprend, puisque tout le monde sait que le film va se faire descendre. 

Deux ans après sa projection sur la Croisette, Faire L'Amour sort en salle et le résultat est sans appel : cinq critiques presse seulement et 2,2 de moyenne, une catastrophe sans précédent.

Alors si vous voulez vraiment mon avis, le voici. Le début du film est génial, et puis tout à coup, on déteste les deux personnages principaux, et ça, c'est un gros, gros problème. Le film semble devenir un vaudeville bancal et peu original. Les disputes sont horripilantes. Malgré quelques fulgurances, ce qu'on retient c'est que les personnages sont antipathiques et que le film est agressif par ses répétitions incessantes et ses approximations coupables. 

La mise en scène, qui paraissait inspirée dans Donoma semble ici maniérée. Le film tente de convaincre avec un souffle épique mais retombe comme un soufflé incroyablement raté. C'est triste à mourrir, en espérant que le cinéaste puisse se relever d'un pareil échec.

Djinn Carrénard sur Christoblog : Donoma (****)

 

1e

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The assassin

Evidemment, aller voir un film de Hou Hsiao-Hsien un vendredi soir à 21 heures, après une semaine crevante, ce n'était pas une très bonne idée.

Donc j'ai dormi. Mais pas tout le temps. 

Au début, j'ai essayé de comprendre ce que je voyais, mais mon pauvre cerveau épuisé a vite abandonné. Pas facile d'établir des relations narratives logiques entre ces différents princes, gouverneurs, chevaliers, et autres dignitaires, dont les émotions et les volontés m'ont semblé indéchiffrables.

En réalité, le fait de comprendre quelque chose importe probablement peu, les adeptes du maître de la lenteur taïwanais diront peut-être qu'il s'agit de se laisser porter par l'atmosphère envoûtante des tableaux proposés.

Pour ma part, j'ai été peu sensible aux qualités esthétiques du film, pourtant louées unanimement comme exceptionnelles. Certes, certains plans sont plutôt réussis et poétiques, mais pas plus que dans beaucoup de films.

Ses qualités plastiques ne suffisent en tout cas pas à compenser l'ennui profond que génère la vision de The assassin : dialogues clairsemés, longues plages de silence et d'immobilité (certainement signifiant à un degré qui m'est inconnu), mouvements  des personnages au ralenti, etc.

Le début du film fut pour moi un calvaire : impatiences dans les jambes, envie d'assassiner mon voisin de devant et d'énucléer à la petite cuillère celui de derrière qui mangeait des bonbons, tentation d'hurler et de vociférer en me tapant la tête contre les murs.

La seconde partie fut plus supportable : je n'ai plus vu du film que des tranches de trente secondes toutes les trois minutes.

 

1e

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False Flag

Si vous êtes nostalgique du rythme haletant et des rebondissements à tiroir de 24 h chrono, cette nouvelle série israélienne est pour vous.

Le pitch de départ est captivant : cinq citoyens israéliens (a priori innocents et ne se connaissant pas entre eux) sont accusés d'avoir enlevé un dignitaire iranien à Moscou.

A partir de cette idée improbable les showrunners Amit Cohen et Maria Feldman déroulent un thriller impeccable et tendu comme un arc, chaque épisode débutant exactement au moment où le précédent se terminait : l'adrénaline générée par cet écoulement du temps en accéléré est excatement de la même nature que celle que proposait la saga de Jack Bauer (24h).

L'addiction est forte, les éléments apparaissant au fil de l'histoire nous aspirant vers la suite. Les acteurs sont convaincants et la mise en scène très solide. Il y a un savoir-faire israélien dans la confection de thriller politique ambigu qui est maintenant une évidence : rappelons que Homeland est un remake de la série israélienne Hatufim.

Seuls petits bémols à mon enthousiasme : certains personnages sont esquissés de façon vraiment grossière (celui d'Eytan Kopel par exemple), certains dialogues sont un peu simplistes et la résolution de l'intrigue n'est que très partiellement satisfaisante, ce qui est un peu embêtant pour une série "à pitch". Autrement dit, on ne comprend pas vraiment tout de ce qu'on vient de voir.

La dernière image du dernier épisode laisse présager une suite : on peut donc espérer que la saison 2 apporte des éclaircissements sur les évènements de la saison 1.

En attendant, le doute profite à False Flag, dont la première partie de la saison 1 est réellement captivante.

 

3e  

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Avé César

Je n'aime pas trop les films des frères Coen. Dans le monde de la cinéphilie, c'est un aveu qu'il vaut mieux faire discrètement, tant le prestige des frérots est grand. 

Lorsque mon avis, souvent tiède, est à l'unisson de la vox populi, comme cette fois-ci, je suis donc un tout petit peu plus à l'aise.

Avé César n'est pas seulement un film mineur des Coen, c'est tout simplement un mauvais film, qui ne parvient jamais à capter notre attention totale.

A la fois parodie excessive sans point de vue et hommage compassé au cinéma, Avé César rassemble tout ce qu'il y a de plus mauvais chez les Coen : un formalisme outrancier (comme la scène du sous-marin, d'un ridicule consommé), une culture élitiste de la private joke et un manque de souffle sur la durée.

Dans le marasme généralisé du film ne surnagent que quelques scènes. Suivant votre sensibilité, vous aimerez soit le passage avec les quatre religieux, soit le moment de comédie musicale, soit l'influence des communistes sur le personnage surjoué de façon pitoyable par Georges Clooney.

Le tout est sans rythme et sans inspiration.

Les frères Coen sur Christoblog : Inside Llewyn Davies (**) /  True grit (*) / No country for old men (**) / Burn after reading (**) / A serious man (*)

 

1e

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Tempête

Le cinéma de Samuel Collardey, toujours à la limite du documentaire et de la fiction, est fortement tributaire de la qualité de ses acteurs. 

Dans son avant-dernier film, Comme un lion, je trouvais que tout sonnait faux. Dans Tempête, c'est exactement le contraire qui se produit : l'acteur Dominique Leborne est exceptionnel et son prix d'interprétation à Venise est amplement mérité.

Mais avant d'aller plus loin, il faut décrire le dispositif du film : Dominique Leborne joue son propre rôle, ainsi que ses deux enfants. Tous les trois rejouent leur vie, en quelque sorte scénarisée. Et pour tout dire, il y a du lourd : conditions de vie précaire, divorce qui se passe mal, grossesse non voulue et interrompue pour raison thérapeutique, difficultés de communication en tout genre. On pourrait facilement verser soit dans une thérapie collective sans grand intérêt pour le spectateur, soit dans un auto-apitoiement exhibitioniste qui serait gênant à regarder, soit dans les deux. 

Par miracle, le film évite ces deux écueils : il est parfaitement "regardable" si on ne connaît pas son principe. Sa réussite doit bien sûr au charisme exceptionnel du personnage principal, mais aussi à la mise en scène limpide et assurée de Collardey, et peut-être plus encore à son montage rigoureux, proche de la perfection. Il se dégage de certaines scènes une émotion intense (je pense au dialogue entre le père et la fille vers la fin par exemple) qui m'a rappellé la puissance émotionnelle brute de ... Cassavetes. 

Au-delà de toutes ses qualités, Tempête est également intéressant par ce qu'il montre de la dure condition de pêcheur : peut-être le plus dur des métiers qu'on puisse aujourd'hui exercer.

Une franche réussite.

Samuel Collardey sur Christoblog : Comme un lion (*)

 

3e 

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Concours Chala une enfance cubaine (Terminé)

A l'occasion de la sortie le 23 mars de l'excellent Chala, une enfance cubaine, je vous propose de gagner 5 x 2 invitations valables partout en France.

Pour ce faire :

- répondez à la question suivante : "Dans quelle ville se déroule l'action du film ?"

- joignez votre adresse postale

- envoyez moi le tout par ici

avant le 21 mars  20 h.

Un tirage au sort départagera les gagnants.

Vous recevrez ensuite les invitations, envoyées directement par le distributeur.

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Aller au festival de Cannes (pour les nuls) N°2

Après l'introduction (Aller au festival de Cannes pour les nuls N°1), je vais aujourd'hui traiter du sujet qui préoccupe tout néophyte cannois : vais-je pouvoir entrer dans la salle où sont projetés les films en compétition ?

La réponse est oui. Et curieusement, voir un film en compétition s'avère ne pas être si difficile que ça, à condition d'y mettre du sien. Voici comment faire.

 

Le Grand Théâtre Lumière

D'abord présentons les lieux. Les films en compétition sont présentés au Grand Théâtre Lumière, une immense salle de 2309 places, composée d'un orchestre et d'un ensemble corbeille / balcon, vertical comme une falaise. Les fauteuils sont très confortables, avec accoudoirs, et les conditions de projection, même en étant situé sur les côtés ou tout en haut, sont optimales tant pour l'image que pour le son. L'écran mesure 19 mètres de large sur 8 mètres de haut.

Le GTL est situé au sommet des fameuses marches, à gauche quand on regarde le Palais depuis la ville. Il y a d'autres marches rouges, plus modestes, à droite, qui mènent à la salle Debussy pour la sélection Un Certain Regard. Entre ces deux volées de marches, c'est l'entrée du Palais proprement dit, que vous ne pourrez pas franchir sans badge.

Chaque film est projeté lors d'une seule journée. Une fois, ou plus souvent deux ou trois fois dans la journée. 

Le GTL accueille aussi d'autres films de la sélection officielle (hors compétition) qui ne sont généralement projeté qu'une seule fois au GTL.

 

Ouais OK, alors comment on entre ?

Peuvent entrer au GTL les détenteurs d'une place obtenue sur l'appli de billetterie, ou qui possède une invitation bleue (cf photo ci-dessous). 

Comme je l'ai dit dans l'article précédent, l'obtention d'une place par le biais de l'appli billetterie est faible pour un Cinéphiles. Une solution consiste à vous rendre devant le Palais est à mendier une place qu'un Festivalier aurait obtenu par le biais de la billetterie. 

Pourquoi, allez vous me demander, un festivalier me donnerait-il sa place ? Et bien pour la raison suivante : s'il en obtenu une et ne l'utilise pas, il va être sérieusement pénalisé lors de ces demandes suivantes (il faut savoir que vous devez annuler une place obtenue plus d'une heure avant la séance). Au bout de deux "no show", l'accréditation peut même être suspendue.

Donc, si vous avez bien suivi, vous avez compris qu'un festivalier qui aurait une invitation dans son portable, et qui ne pourrait pas assister à la séance, se trouve presque dans l'obligation de trouver quelqu'un à qui la donner. C'est à ce moment précis qu'il faut être là, pour obtenir le précieux sésame, sous forme numérique (le donateur vous transférera un mail avec la place en pièce jointe, ou vous permettra de prendre la place en photo, ou vous la transmettra par tout autre moyen - airdrop entre iPhones, WhatsApp).

Une précision : il faut en théorie être badgé pour entrer avec une invitation, mais une information nichée au fond du site internet du Festival mentionnait jusqu'en 2024 que si deux personnes présentaient une invitation, il était acceptable qu'une seule présente un badge. Ce point permettait donc à un non badgé d'entrer en salle s'il est "accompagné" d'un badge. Certains contrôleurs semblaient en 2023 ne pas connaître cette règle, ce qui a pu causer quelques discussions houleuses dans les files d'attente. Cette mention a disparu en 2025, le point doit donc être vérifié sur place.

Can3.jpgSachez qu'il existe aussi des invitations bleues, très rares. Celles-ci représentent le Graal puisqu'elles vous permettent d'entrer, même sans badge. Le rêve ! Il est rare d'en voir, mais parfois elles surgissent par paquet  de 5 ou 10 dans les mains de leur détenteur, puisqu'elle sont émises à l'intention de partenaires, d'institutionnels, qui peuvent être soumis à des désistements importants. Lorsqu'on trouve des invitations de ce genre on peut même se retrouver en Orchestre, juste à côté de l'équipe du film et de la box du jury.

 

Mais comment on se les procure exactement, ces billets ?

En les demandant.

Hé oui. L'exercice préféré du cinéphile égaré dans la jungle cannoise est la mendicité. Il faut donc ravaler temporairement tout orgueil mal placé et faire de jolis sourires. Plusieurs techniques existent : vous croiserez des personnes plutôt directes qui errent aux alentours de l'entrée en susurrant "Cherche invitation", "Une invitation siouplait", ou "Tickets please". Je n'aime pas cette méthode, un peu vulgaire, et qui m'a semblé peu efficace. La plupart des chercheurs utilise plutôt une pancarte, un carton, un cahier, ou une ardoise magique sur lequel ils inscrivent simplement le nom du film qu'ils veulent voir. Cela peut paraître incroyable, mais cela marche quasiment toujours.

Quelques conseils : ne cherchez pas de façon générique ("Invitation pour aujourd'hui"), cela ne fonctionne pas. Commencez à chercher 1 heure environ avant l'heure de la séance (les personnes qui ont des billets ne viennent pas plus d'une heure avant devant le Palais). Cherchez un endroit qui vous convienne, ou vous serez le premier que les nouveaux arrivants croiseront, souriez, ne vous découragez pas, et surveillez bien tout le monde (parfois quelqu'un hésite et un regard engageant peut faire la différence).

 

Je veux faire une montée des marches : c'est possible ?

Can4-copie-2.jpgLes "gros films" sont projetés plusieurs fois dans leur journée. Par exemple pour Cosmopolis le 25 mai 2012 : 8:30, 13:00 et 19:30. Si vous en avez le courage, la séance de 8:30 est assez peu fréquentée et il m'a semblé un peu plus facile d'obtenir des invitations. A partir de 18:00, les séances ne sont plus ouvertes qu'aux personnes en tenue de soirée, ce qui signifie robe de soirée pour ces dames et costume noir ou bleu nuit, chemise (de préférence blanche, une autre couleur très claire peut éventuellement passer mais vous vous ferez remarquer et prendrez des risques) et noeud papillon obligatoire (aucune exception n'est autorisée) pour les messieurs. La tenue étant strictement définie, la population des quémandeurs d'invitation change donc de profil sociologique le soir, mais il ne m'a jamais paru beaucoup plus difficile d'entrer, sauf pour les très, très gros films (pour le Tarantino Once upon a time..., par exemple, je n'y suis pas parvenu)

Si c'est la séance en présence de l'équipe du film, généralement 19h ou 19h30, et 22h vous vivrez un moment très spécial. Vous serez au coeur du mythe. Tout le monde s'arrête, se prend en photo, les yeux brillent, les sourires fusent sous les projecteurs, il règne une atmosphère d'excitation joyeuse. Si vous voulez une montée des marches sans costume, tentez celles de 15h réservées aux films en compétition peu glamour (Ceylan, Mungiu, Wang Bing...), il y a beaucoup moins de journalistes et de stars, mais c'est sympa quand même.

Une fois assis dans le GTL, vous verrez sur l'écran de la salle la montée des marches de l'équipe du film, l'accueil par Thierry Frémaux, les séances photo, puis, au moment où les stars disparaissent de l'écran pour franchir une porte, vous réalisez qu'elle le font pour pénétrer dans la salle où vous vous trouvez vous-même. Les 2300 spectateurs endimanchés se lèvent comme une armée de pingouins pour applaudir à tout rompre.

A ce moment là, vous avez oublié l'humiliation de la séance de mendicité forcée de 17h, je vous assure.

Voir aussi : 

Aller au Festival de Cannes pour les nuls #1

Aller au Festival de Cannes pour les nuls #3

Pour les 18/28 ans, un zoom sur le Pass 3 jours à Cannes : Aller au Festival de Cannes pour les nuls #4

 

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L'histoire du géant timide

Il arrive qu'on fasse parfois en Festival une découverte bouleversante. Ce fut le cas pour moi au Festival d'Arras 2015, avec Virgin Mountain. Apprendre quelques semaines plus tard que ce film islandais au sujet un peu aride allait être diffusé en France m'a procuré une joie sans mélange : nous sommes bel et bien le pays de la cinéphilie.

Fusi est obèse, et sa libido est faiblarde, pour ne pas dire inexistante. Et le manque de libido, dans notre société, est mal considéré. Donc Fusi a des problèmes : quand il refuse une pute gentiment offerte par ses collègues de boulot, ou quand il sympathise avec une petite fille et qu'on le soupçonne immédiatement de pédophilie.

Fusi n'est pas stupide. Fusi n'est même pas gentil. Fusi regarde les autres êtres humains avec bienveillance. Il n'aime pas aller vite, il prend son temps. C'est un taiseux, un contemplatif, un manuel, un patient. Il a l'intelligence pratique. Il est un personnage magnifique, un des plus beaux que le cinéma nous ait donné récemment.

Le réalisateur islandais du film, Dagur Kari, possède un talent solide, et il dirige très bien ses acteurs. L'immersion dans la réalité islandaise est très efficace (c'est gris !).

L'histoire du géant timide est un film qu'il faut absolument découvrir, sorte de leçon de choses sur la nature humaine, et formidable introduction à l'état d'esprit islandais, dont le parler-vrai flirte toujours avec la brutalité : "Merci de ne m'avoir pas tuée", dit la jeune femme à Fusi qui l'a ramenée chez elle !

Une pépite.

L'islande sur Christoblog : Béliers (****)

 

3e 

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Aller au festival de Cannes (pour les nuls) N°3

Pour ce dernier épisode nous allons nous intéresser aux sections parallèles, après un bref retour sur le Grand Théâtre Lumière.

 

Ultimes recommandations pour entrer en sélection officielle au GTL

Dans le N° précédent je vous indiquais comment entrer dans le GTL. 

Une fois à l'intérieur ne tardez pas trop à entrer dans la salle proprement dite, il m'est arrivé que les portes se ferment devant moi parce que le GTL était plein. Dans ce cas on peut vous emmener dans une salle annexe (Bazin par exemple) où le film sera projeté également, mais l'ambiance n'est pas la même, évidemment. Ce cas est rarissime.

Dernier conseil : vous pouvez entrer avec un petit sac à dos, mais sans eau dedans, ni appareil photo. Sinon on vous demandera de laisser votre sac au vestiaire. J'ai déjà vu des contrôleur un peu pointilleux refuser l'accès pour un sac à dos un peu trop gros, pour la montée de 19h. Il y a une fouille des sacs et des détecteurs de métaux à l'entrée. Pas de parapluies volumineux autorisés non plus. Evitez de laisser des choses à la consigne, vous risquez de perdre du temps à la sortie, et le temps est parfois précieux pour ne pas rater une séance.

 

La Quinzaine des Réalisateurs

Can7.jpgLa Quinzaine sera probablement votre deuxième cible privilégiée. D'abord parce qu'il existe un coupe-file particulièrement efficace : l'achat de billet ! C'est la seule billeterie que vous verrez à Cannes. Vous pouvez pour 7€ (ou un peu moins si vous en achetez 5 ou 10) prendre la file d'attente qui vous permet de rentrer après les badges prioritaires, mais en même temps que les badges Festival, si vous n'avez pas obtenu de place par l'application billetterie. Le site de la Quinzaine annonce que l'achat peu se faire par l'appli de la billeterie "Grand public" mais je ne suis jamais parvenu à le faire. Rendez vous plutôt au théâtre Croisette. 

L'ambiance est particulièrement sympathique à la Quinzaine. L'équipe du film est souvent présente et la salle du Théâtre Croisette est très confortable. Enfin, si vous ratez une séance, possibilité de rattrapage au cinéma Les Arcades, au Studio 13, à la Licorne ou au Raimu. Consultez le programme spécifique de la Quinzaine pour avoir le programme dans ces salles annexes (ou la billeterie informatique)

 

La Semaine de la Critique

can6.jpgA l'inverse de la Quinzaine, la Semaine ne possède pas de billetterie grand public. Il y a aussi moins de séances et des rediffusions moins importantes que la Quinzaine. 

Si vous vous y prenez à l'avance, quelques places sont données gratuitement pour les séances des jours à venir dans le petit kiosque en face de l'entrée, mais vous passez aussi après les Festivaliers dans ce cas là.

Un bon plan pour la Semaine est d'aller voir les films primés le jeudi après-midi de la deuxième semaine. L'accès est facile par l'application de billetterie ce jour-là, car la plupart des Festivaliers sont partis.

 

Les autres sélections du festival de Cannes proprement dit

Can8Il est assez facile de se procurer des billets pour les films en sélection hors compétition (sauf les têtes d'affiche évidemment), ainsi que pour les séances de minuit. La deuxième sélection du Festival, Un certain Regard, est aussi possible.

Des places pour Cannes Classic sont distribuées le matin à l'Espace Cinéphiles, et l'accès au cinéma de la Plage est ouvert à tous.

Les Séances du lendemain qui reprennent les films en compétition et parfois d'Un certain regard sont désormais accessibles au badge Cannes Cinéphiles. Elles se déroulent dans des salles à l'intérieur du Palais (Varda principalement).

 

Conseils génériques...

Vous avez compris qu'il vous faudra, pour réussir votre Festival de Cannes, beaucoup de patience, notamment pour l'utilisation de la billetterie et la recherche de place. Faire la queue est une des occupations principales. Il est plaisant d'arriver 30 minutes avant le début de la séance pour choisir sa place (car très peu de places sont numérotées). Les queues sont des endroits où l'on discute volontiers avec son voisin. Tous les spectateurs présents à Cannes sont, soit des professionnels (dont beaucoup d'anglophones), soit des mordus. On est donc entre connaisseurs, et comme chacun voit beaucoup de films, les discussions peuvent être très longues. Prévoyez ce qu'il faut : lecture, smartphones bien chargés (avec batterie portable éventuellement), parapluie et/ou couvre-chef, nourriture et eau. 

Il vous faut préparer votre voyage très à l'avance : les logements (hôtel, apparts, meublés) et les billets d'avions doivent être réservés dès janvier pour obtenir des prix abordables. Eviter de loger trop loin du centre car une fois parti vous verrez qu'il est difficile de repasser à son logement : les séances s'enchaînent beaucoup trop vite.  On est vite tenter de sauter des repas, ce qui n'est pas bon du tout pour tenir la distance. Si on prévoit de tenter la montée des marches, il faut prévoir la tenue dès le matin si on ne peut rentrer se changer.

Avant votre départ, vous pouvez imprimer à partir d'Internet tous les programmes de toutes les manifestations mentionnées ci-dessus et commencer à vous fixer des objectifs. Pour ma part j'utilise la grille Wask, mise à disposition quelques jours avant le début du Festival par @snooptom sur Twitter.

Merci à ceux qui m'auront lu jusqu'au bout.

 

Voir aussi :

Aller au Festival de Cannes pour les nuls #1

Aller au Festival de Cannes pour les nuls #2

Pour les 18/28 ans, un zoom sur le Pass 3 jours à Cannes : Aller au Festival de Cannes pour les nuls #4

 

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Les premiers les derniers

Un Mad Max façon bisounours, voilà à quoi fait penser le dernier film du bon géant Bouli Lanners.

Le réalisateur belge aime toujours autant filmer les personnages dans les marges, en transformant les simples paysages du Bénélux en décor d'aventure.

Ici, c'est assez réussi d'un point de vue esthétique : les images sont surprenantes et le contexte intrigant.

Les premiers les derniers est définitivement un film de "tronches" : Bouli Lanners himself en nounours fragile, Dupontel toujours aussi magnétique, Michael Lonsdale en vieux monsieur précieux qui sait ce qu'il fait, Suzanne Clément en jolie-femme-mûre-au-gros-pull-de-laine-qui-connait-la-vie. 

D'histoire il n'est pas vraiment question. Le film suit paresseusement un téléphone portable et ses personnages dans des no man's land de western belge, ne s'attachant finalement qu'à dresser à petites touches pointillistes une chronique de gentils très gentils et de méchants pas très méchants.

C'est parfaitement inconsistant.

Bouli Lanners sur Christoblog : Les géants (*)

 

2e

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The revenant

Iñárritu est doué, quand il s'agit d'emballer une scène sur un tempo d'enfer en immergeant le spectateur dans ce qui ressemble vraiment beaucoup à la réalité.

A ce titre, l'attaque initiale du camp, la rencontre avec l'ours et quelques autres scènes sont de véritables morceaux de bravoure.

Si le film s'était cantonné à un manuel de survie en milieu hostile, sec et précis, il aurait probablement plus captivé. L'ajout inutile du personnage du fils (qui n'existe pas dans le livre) et le salmigondis pseudo mystique que constituent les visions du héros tendent à dévaloriser le film, qui ne sait plus trop où se situer : à mi-chemin entre un documentaire aux belles images type National Geographic et une errance spirituelle à la Malick des mauvais jours.

Du coup, l'épreuve est beaucoup trop longue (2h40 qui durent, qui durent), d'autant plus que The revenant se résume à son contenu programmatique, qu'on connaît en entrant dans la salle : un homme survit et se venge.

DiCaprio ne m'a pas fait forte impression : porter un maquillage de scarifié et rouler des yeux en mangeant du foie cru ne fait pas un grand acteur. J'ai trouvé par contre les autres personnages de trappeurs excellents, notamment le méchant, parfaitement joué par Tom Hardy.

Le cinéma d'Iñárritu ne se réalise au final peut-être que dans la performance ébouriffante, comme c'était le cas dans Birdman. La demi-mesure semble lui être interdite.

Iñárritu sur Christoblog : Birdman (****)

 

2e

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Un jour avec un jour sans

Certains trouvent que les films de Hong Sang-Soo se ressemblent tous, au prétexte qu'ils mettent toujours en scène le même type de relations homme / femme, et qu'ils sont parsemés des mêmes gimmicks (café, alcool, réalisateur).

Ils n'ont pas tout à fait tort. Le cinéaste coréen cherche visiblement depuis plusieurs films à travailler sur la forme de ses scénarios, plutôt que sur leur contenu.

Ici le prétexte est séduisant et casse-gueule à la fois : raconter la même histoire deux fois de suite.

Dans les deux cas, nous assistons à une rencontre entre un jeune cinéaste venu présenter son film dans une petite ville et une jeune femme artiste. Les deux parties du film comprennent en gros les mêmes épisodes, les mêmes décors et parfois même les mêmes dialogues. Les mouvements de caméras ne sont pas les mêmes, les scènes présentent des variations parfois notables et surtout le caractère des personnages (ou leur humeur ?) semblent différents dans les deux versions de la même histoire.  

Les conséquences de ces variations sont plus ou moins importantes et rendent la conclusion de l'histoire différente dans les deux cas. 

Un jour avec un jour sans est donc un jeu subtil et délicat qui pourra en rebuter plus d'un. Et si de plus on est allergique à l'obséquiosité des Coréens, le film pourra être franchement rebutant.

Pour les curieux qui aiment disséquer les différences d'ambiance et de tempo, qui cherchent à voir des signes là où il n'y en pas, et qui aiment en général couper les cheveux en quatre (voire en huit, ou seize), le film paraîtra un nectar délicieux explorant le champ des possibles.

Pour ma part, j'ai oscillé pendant tout le film entre les deux points de vue.

 

2e

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La terre et l'ombre

Les tout premiers plans de La terre et l'ombre donnent le ton : le film va être une splendeur visuelle. 

Et effectivement, il l'est. Des noirs envoutants, des cadrages parfaits, des contrastes éblouissants, des travellings ensorcelants, des plans d'anthologie, une bande son captivante : le film est d'abord un enchantement des sens. On se souviendra longtemps de ces pluies de cendres ou de ce rideau flottant dans le vent.

Au-delà de sa perfection plastique, le film de César Acevedo est une formidable histoire mélodramatique. Un homme revient dans sa ferme natale, parce que son fils souffre d'une terrible maladie du poumon. Pourquoi est-il parti ? Pourquoi sa femme ne l'a-t-elle pas suivi ? Le film répond à ces questions en dressant au passage un tableau documentaire de la culture de la canne à sucre très intéressant.

Les conditions de travail très dures des ouvriers sont admirablement dénoncées, sans que cela ne soit jamais lourdement accusateur. Ce que montre le film suffit à susciter l'effroi.

Légitime Caméro d'or du dernier Festival de Cannes, La terre et l'ombre prouve à la planète cinéphile que le cinéma colombien est l'un des plus florissants d'Amérique Latine.

A voir absolument.

 

4e   

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Le trésor

Comme le savent les plus fidèles de mes lecteurs, je rate rarement lors de leur sortie en salle les films de mes pays chouchous : Roumanie et Corée.

Impossible donc de ne pas évoquer sur Christoblog le dernier film de Corneliu Porumboiu. 

Ce dernier n'est pas mon réalisateur roumain préféré, mais Le trésor est certainement son film le plus accessible et le plus plaisant.

Le thème du film est celui d'un film italien des années 70, entre misère sociale et causticité bon enfant : un homme pense qu'un trésor est enterré dans le jardin de ses grands-parents. Il entraîne son voisin, un bon père de famille sans histoire, dans l'aventure.

Evidemment, la recherche de ce trésor familial va s'avérer plus compliqué et inattendu que prévu, mettant en scène plusieurs des tares de la société roumaine contemporaine (jalousie de voisinage, corruption, lourdeurs admistratives). Le film est réussi en cela qu'il emprunte des pistes qui sont systématiquement surprenantes. Sans rien révèler de l'intrigue on peut dire que ce qui arrive est à chaque fois l'option la moins prévisible.

Le trésor, sous ses apparences de comédie dégingandée et burlesque, est une apologie de la rationalité opiniâtre. Dis comme ça, pas évident que cela vous donne envie d'y aller. A vous de voir.

 

2e

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The danish girl

Ceux qui, comme moi, avaient aimé Le discours d'un roi trouveront dans ce nouveau film de Tom Hooper une partie des qualités qui les avaient séduit dans l'histoire de Georges VI.

A savoir : une réalisation très soignée, un scénario habile sur un sujet intéressant, des thématiques modernes dans un cadre ancien, un montage plutôt alerte, et de belles scènes d'émotion.

Le cinéma de Hooper est tellement léché, tellement joli, que le réalisateur doit en permanence faire attention à ne pas franchir les limites qui feraient de ses films des illustrations glacées. Dans Le discours d'un roi, la prestation de Colin Firth, toute en subtilité, permettait de trouver un équilibre fragile, à la frontière du maniérisme.

Dans The danish girl, malheureusement, il m'a semblé que la limite du mauvais goût était plus d'une fois dépassée : Eddie Redmayne surjoue parfois à force de minauderies, alors que Matthias Schoenaerts, en potiche accomodante, ne joue pas, les décors sont trop propres pour être vrais, les scènes sont trop explicites ou trop tire-larmes (à l'exemple de l'écharpe de la fin). 

Le film, par sa direction artistique archi-propre, n'évite donc pas sur la durée le style académique corseté. La musique d'Alexandre Desplat, un peu guindée, renforce l'aspect artificiel du film.

Si l'histoire racontée est sur le papier très instructive, j'ai trouvé que le scénario de Lucinda Coxon était un peu trop sage. Il évite soigneusement les aspects les plus crus (la sexualité, les détails médicaux, les dilemnes psychologiques) pour ne se concentrer que sur les aspects les plus mélodramatiques de l'histoire. Il sacrifie aussi en partie le personnage de Gerda, dont la force de caractère est pourtant formidable.

Une déception.

Tom Hooper sur Chrsitoblog : Le discours d'un roi (****)

 

2e

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Les chevaliers blancs

Le cinéma de Joachim Lafosse a quelque chose de froid et d'intrigant.

On ne sait jamais trop quoi penser de ce qu'il nous montre : faut-il prendre les choses au premier ou au deuxième, voire troisième degré ?

De ce tableau très réaliste de ce que fut l'épopée picaresque et ridicule de l'Arche de Zoé, on ne sait pas exactement quoi retenir. Peut-être simplement cette évidence : la détermination n'a pas besoin d'être malhonnête pour être dangereuse, il lui suffit d'être stupide.

Le point faible du film est de ne pas ménager assez de suspense sur la motivation des uns et des autres, les cartes sont trop rapidement abattues dans un contexte qui nécessiterait (encore) plus de subtilité machiavélique dans l'écriture du scénario.

Le point du fort du film est de placer Vincent Lindon, icone de l'intransigeance morale depuis La loi du marché, dans la position amigüe de celui qui se trompe de combat.

Au final, malgré ses indéniables qualités de mise en scène, il n'est pas naturel de conseiller sans états d'âme la vision des Chevalier blancs : à vous de voir. 

Joachim Lafosse sur Christoblog : A perdre la raison (***)

 

2e

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Les délices de Tokyo

Certains pourront penser que la sélection du dernier Naomi Kawase dans la section Un certain regard du festival de Cannes s'apparente à une relégation en Ligue 2, pour elle qui fut plusieurs fois dans la sélection officielle (et reçut le Grand Prix en 2007 pour La forêt de Mogari).

Ce serait une faute de goût et une erreur d'appréciation : Les délices de Tokyo est certes un film moins ambitieux dans son propos que Still the water, par exemple, mais il en n'est pas moins délectable. 

Le panthéisme voilé de Kawase se teinte ici de colorations tendres qui font se rapprocher son style de celui de Hirokazu Kore-Eda.

Les éléments naturels (fleurs de cerisier, haricots rouges, lune) restent toujours les intercesseurs entre notre monde et l'autre, mais ce sont ici plus que jamais peut-être dans son cinéma les rapports entre êtres humains qui fascinent. Le plissement d'une lèvre, l'étonnement dans un oeil, un muscle de la joue qui se contracte, une larme qui fraie son chemin : les visages deviennent des reflets vivants de l'univers, et c'est magnifique. 

Tout cela paraitrait bien niais si la mise en scène somptueuse de Kawase ne venait pas transcender ce réseau de solitudes croisées pour en faire une sorte d'hymne à ... à quoi exactement ? Peut-être simplement au plaisir d'être au monde.

 

4e 

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Spotlight

Tom McCarthy n'est pas un réalisateur très porté sur l'esbrouffe. Ses films précédents (Le visiteur, Les winners) sont tellement sages qu'ils sont passés quasiment inaperçus.

Spotlight se situe dans cette veine de film presque atones, dans lesquels la mise en scène est transparente et la lumière neutre.

Il ne faut pas y chercher un montage épileptique, des moments de lyrisme échevelés ou des cliffhangers vertigineux : le film est plutôt construit comme le cinéma US des années 70 (on pense à Pakula par exemple), solidement, efficacement, et sans chichi.

L'intérêt de Spotlight réside principalement dans les deux aspects suivants : le casting est impeccable et les faits racontés passionants.

En ce qui concerne les acteurs, chacun joue une partition parfaite. Michael Keaton est immense, Rachel McAdams étonnante de détermination, Mark Ruffalo parfait en jeune chien fou qui ronge son os. Tous les seconds rôles sont excellents : Liev Schreiber en patron mutique et déterminé, John Slaterry dans un registre semblable à celui de son personnage dans Mad men, Stanley Tucci en avocat surbooké et désabusé.

Le scénario, s'il est linéaire et sans aspérité, maintient (pratiquement) toujours l'intérêt du spectateur en éveil. Il montre parfaitement bien la difficulté et la lenteur d'une enquête journalistique au long cours et constitue un formidable témoignage de l'opiniâtreté nécessaire pour parvenir à de grands résultats dans ce domaine.

Quant au fond de l'affaire, que je ne souhaite pas trop détailler dans cet article pour ne pas vous gâcher le plaisir de la découverte, il est ... sidérant.

A découvrir.

 

3e 

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Interview de Laurent Larivière

Je vous propose aujourd'hui une rencontre avec le réalisateur du très beau Je suis un soldat (lire ma critique).

 

Louise Bourgoin semble tellement coller au personnage de Sandrine qu'on a l'impression que le film a été écrit pour elle...

C'est le cas. J'ai rencontré Louise lors d'un atelier de théâtre dirigé par Camilla Saraceni. A cette occasion, j'ai rencontré à la fois la Louise que je pouvais connaître à travers les comédies qu'elle a tourné, une jeune femme très vive, intelligente et drôle, et j'ai aussi vu une femme férue d'art contemporain, qui avait envie de faire des films d'auteurs. On a beaucoup parlé d'où on venait, sociologiquement, avec pas mal de ressemblance dans nos deux parcours.

Tout à coup je me suis dit qu'il y avait une profondeur chez cette jeune femme que je n'avais encore jamais vu à l'écran. J'ai eu envie d'écrire pour elle. Il y avait comme un défi de montrer une Louise Bourgoin qu'on n'avait pas encore vu au cinéma. Tout cela arrivait au moment où elle-même amorçait un virage dans ses choix, puisqu'elle venait de faire le film d'Axelle Ropert (Tirez la langue, Mademoiselle). Elle avait aussi tourné dans le film de Nicole Garcia (Un beau dimanche) et s'apprêtait à jouer dans un téléfilm de Lucas Belvaux (La fin de la nuit).

Mon désir est donc entré en résonance avec ses choix.

 

Elle a un aspect terrien dans le film qui est assez étonnant. Elle parvient à en devenir presque quelconque physiquement, alors qu'elle est évidemment très belle ! 

Oui, on a travaillé cet aspect. C'est Louise qui m'a par exemple proposé de se couper les cheveux, en disant que Sandrine ne pouvait pas trop prendre soin de son physique. Mon but était de faire oublier que c'était Louise Bourgoin au spectateur.

Louise n'a jamais eu d'animaux domestiques. Elle a donc fait un travail de préparation important en allant pendant deux mois dans un chenil, deux fois par semaine. Elle rentrait dans les cages, donnait à manger aux chiens, les faisait jouer, pour avoir la plus grande aisance possible. C'est ce travail qui contribue aussi à lui donner cet aspect terrien.

Et puis Louise a un instinct de jeu que j'ai rarement rencontré. Elle a une intuition redoutable qui lui permet d'aborder son personnage de manière très intime. Son jeu n'est en rien extérieur.

 
J'ai été très sensible à l’esthétique du film. Il a un aspect presque documentaire, et en même temps les plans sont très composés. Le contraste apporte beaucoup de force au film, je trouve.
Au cœur d’une narration classique, l'idée était d'emmener le spectateur vers des zones plus poétiques ou plus abstraites, par le biais de l'image, du son ou de la mise en scène. Par exemple le plan rouge avec le lac, la manière dont Sandrine se lave de manière frénétique, le plan dans le café où ce dernier se vide sans qu'on s'en aperçoive...
Ces plans un peu abstraits ramènent à une solitude, une sensation. Nous avons beaucoup travaillé la photographie dans ce sens avec mon chef opérateur, David Chizallet, qui, par ailleurs, a eu une belle année, puisqu'il a aussi signé la photographie de Mustang et Les anarchistes.
 
La photographie est particulière, dans des tonalités plutôt froides pour les décors. Quelles étaient les idées directrices dans ce domaine ?
Le contraste a été travaillé au coeur même de l'image. Les fonds sont sur une colorimétrie très froide dans les bleus, et on a ramené de la chaleur et de la carnation sur les visages par des projecteurs qui amènent du rouge et de l'orange de façon très ciblée, sur les peaux.
 
Les décors sont parfaitement adaptés à l'histoire. Où avez-vous tourné ?
Nous avons tourné en Belgique et dans la région de Roubaix. Nous avons eu la chance de trouver des décors remarquables comme celui de la scène de nuit qui met en scène la police et les trafiquants : avec ces énormes piliers, on ne pouvait pas rêver mieux au niveau de l'ambiance, un peu mafieuse, qui rappelle le cinéma américain des années 70.
 
Un autre décor formidable, c'est le hangar des trafiquants.
 
Ce décor a été créé de toute pièce par la chef décoratrice Véronique Mélery, qui a entièrement construit ce décor. On a trouvé un hangar désaffecté, qui était complètement mangé par la végétation. On le voit lors du travelling latéral lorsque Sandrine vient chercher les caniches qu'elle va revendre. C'était complètement vide, et Véronique a créé les cages, et la mezzanine au premier étage avec le personnage de Fabien (Thomas Scimeca) qui y dort. Elle a ajouté les lumières rouges qui servent à chauffer les chiots et contribuent à donner une ambiance de tripot clandestin.
 
 
Le trafic de chien est un sujet original. D’où vient votre idée de scénario ?
 
L'origine du projet n'est pas le trafic d'animaux. Avec mon co-scénariste François Decodts, nous sommes partis de la question de la honte sociale : qu'est ce que cela signifie d'avoir trente ans et le sentiment de ne pas avoir réussi, à un âge où tous les autres ont construit les fondements de leur vie ?
Une fois qu'on avait ramené le personnage chez sa mère, on a eu envie de la plonger dans un travail que personne n'avait envie de faire, dans un milieu sale, bruyant. Très vite nous est venue l'idée du trafic de chien, et en même temps la volonté de faire basculer le film dans un thriller social. Les éléments du trafic deviennent tout à coup des éléments allégoriques, et notre volonté était que ce trafic puisse parler de la violence et de la cruauté contemporaine.
 
 
Sandrine n'est pas seule victime de cette honte sociale, son beau-frère l'est également.

 

Oui, c'est un personnage qui est comme une variation de celui de Sandrine. Il est presque dans la catégorie des travailleurs pauvres. Malgré deux salaires, son couple n'arrive pas à accéder à un plaisir simple : un petit pavillon dans la banlieue de Roubaix. Son personnage nous intéressait aussi vis à vis de celui de Sandrine, parce qu’au moment où lui dit "Mais comment font les autres ?", Sandrine y arrive en faisant le choix de rentrer dans l'illégalité, les poches pleines d'argent sale. La question que cela pose, c’est : "jusqu'où est-on prêt à aller pour s’en sortir ?"

 

Jean Hugues Anglade dégage une grande dureté, mais il y a aussi une sorte d’ambiguïté sensuelle entre son personnage et Sandrine…

L'idée qu'il y ait quelque chose de potentiellement incestueux entre les deux personnages a été évoquée lors de l'écriture du scénario. Nous avons décidé de ne pas retenir cette idée, mais les acteurs l'ont néanmoins perçu entre les lignes. Et il en reste quelque chose qui imprègne le film sans qu'on sache très bien par où ça passe...

Cela fait partie de ce qu'a apporté Jean-Hugues, des nuances sur lesquelles on ne peut pas mettre de mots. C'est un très, très grand acteur.

Comment avez vous vécu la sélection de votre film à Cannes ?

Comme une très grande surprise et comme une chance inouïe. Avec un premier long-métrage, se retrouver dans une sélection aussi prestigieuse qu’Un certain regard, c'était très précieux. Cela m'a permis de faire beaucoup de rencontres, notamment avec des programmateurs de festivals.

Quelles sont vos projets ?

Je retravaille avec le même co-scénariste. Nous voulons surtout éviter de faire Je suis un soldat 2. On est parti sur un projet très différent tant sur la forme que sur le fond. J'espère faire quelque chose d'aussi profond, mais de plus léger sur la forme, avec plus d'humour.

 

Merci à Laurent Larivière pour sa disponibilité et sa gentillesse.

 

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