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Christoblog

Julie en douze chapitres

Pour ceux qui, comme moi, avaient été éblouis par Oslo 31 août, il avait été cruel de voir Joachim Trier se perdre au fil de ses films suivants, tous plus ou moins ratés.

Julie en 12 chapitres permet de retrouver le cinéaste norvégien dans ce qu'il a de meilleur : une grande sensibilité dans l'exploration des sentiments et des états d'âme, des idées de mises en scène renversantes (la merveilleuse scène dans laquelle le monde entier se fige) et une capacité à renouveler sans cesse l'intérêt du spectateur.

Il y a une forte probabilité pour que ce film devienne culte pour les spectateurs, et encore plus spectatrices, qui ont l'âge de Julie (en gros, les trentenaires). Il dessine en effet une sorte de Carte du Tendre de cette génération, entre hésitations, expérimentations et réalisation de soi-même. C'est souvent réussi (le chapitre "Infidélité") et aussi parfois un peu moins enlevé (les chapitres de la fin à propos d'Aksel).

On retrouve avec plaisir l'acteur d'Oslo, le magnétique Anders Danielsen Lie, et on découvre la pétillante Renate Reinsve, prix d'interprétation féminine à Cannes cette année. Cette dernière irradie le film comme rarement une actrice peut le faire.

Un film primesautier, bien qu'assez peu original, qui semble saisir l'essence même de la vie. A découvrir.


2e

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Nine perfect strangers

La dernière production de la petite plateforme US Hulu, à qui on doit entre autres The handmaid's tale, est une déception.

Cela commençait pourtant plutôt bien : neuf personnes se rencontrent dans un lieu paradisiaque pour régler des problèmes psy sous la direction d'une Nicole Kidman plus flippante que jamais.

Il y a dans les deux premiers épisodes un petit air de Lost qui intrigue et encourage à poursuivre. On a hâte de découvrir ce que chacun cache dans son passé, les interactions entre les neuf personnes promettent d'être palpitantes, la nature est splendide et il plane globalement une aura de fantastique au-dessus de tout cela.

Malheureusement, le scénario s'enfonce dans une série de facilités, de redondances et de cul-de-sac. On se fout un peu de l'explication finale, les relations entre les personnages ne se développent finalement pas et la série prend bien trop rapidement un biais qu'elle ne quittera plus : tout le monde est sous l'emprise de drogues, ce qui permet tout aux scénaristes mais ne donne finalement aucune profondeur à l'intrigue.

Nine perfect strangers se délite progressivement sans qu'aucun événement ne parviennent à nous intéresser, et pire que cela la série finit par agacer par sa vulgarité clinquante. C'est bien dommage, d'autant plus que le casting est exceptionnel : Melissa MacCarthy, Michael Shannon et Bobby Cannavale sont en particulier très bons.

 

1e

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Gaza mon amour

Pourtant présenté à Toronto et à Venise, et porté par de bonnes critiques, Gaza mon amour m'a déçu.

Le film des frères Nasser (encore une fratrie de cinéastes !) juxtapose deux histoires sans grand rapport : un pêcheur d'un certain âge trouve un bronze antique d'une part, et il cherche à se marier avec une femme de son âge qui travaille dans un magasin de vêtement d'autre part.

Le film, plan-plan, est assez roublard pour passer pour le film "qui montre Gaza sous un autre jour", mais il possède en réalité tous les attributs du film d'auteur pour festival : rythme ralenti, plans savamment composés et allusions politiques. Il ne présente pas d'intérêt spécial d'un point de vue sociologique et ne génère pas d'émotions. Il échoue également dans la veine burlesque qu'il semble esquisser par moment. Il est par contre plutôt réussi d'un point de vue esthétique, bien qu'un peu poseur.

A vous de juger.

 

2e

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Cigare au miel

Pas toujours évident de dire ce qui ne va pas dans un film. 

Cigare au miel possède par exemple tous les ingrédients pour plaire : un portait a priori sympathique d'une jeune bourgeoise issue d'une famille laïque d'origine berbère, des péripéties dramatiques, des acteurs impliqués.

Pourtant rien ne va dans le film, qui cherche à embrasser trop de sujets : le plaisir féminin et l'émancipation sexuelle, le machisme traditionnel qui aboutit à un viol, les relations à l'Algérie pour les enfants d'immigrés, le terrorisme, une sociologie des écoles de commerce. Rien n'est habité, tout est esquissé. 

Zoé Adjani (la nièce d'Isabelle) fait ce qu'elle peut, mais son personnage est trop faiblement écrit pour vraiment convaincre. Cigare au miel est peut-être tout simplement mal conçu (l'écriture part dans tous les sens et les situations semblent souvent artificielles) et mal réalisé (il manque de rythme et d'unité).

Une réalisation insipide au service d'enjeux insignifiants.

 

1e

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Flag day

On avait laissé Sean Penn à Cannes avec un film qui peut sans beaucoup d'hésitation être qualifié de pire film jamais vu en compétition, le calamiteux The last face, qui avait suscité en 2016 quolibets et critiques féroces sur la Croisette, comme aucun autre film auparavant.

Flag day est objectivement moins mauvais, mais reste marqué par les mêmes défauts que son lamentable prédécesseur : montage lourdingue, manque de profondeur des personnages et des situations, aspect clippesque de la mise en scène, caractère sirupeux des émotions, plans inutiles. 

Le sujet est parfaitement anecdotique (le père d'une journaliste est un escroc, and so what ?). Je me suis ennuyé fermement et j'ai été dubitatif de voir le père et la fille Penn jouer un père et une fille, transformant indirectement le spectateur en psy indiscret.

Vous m'avez compris : Flag day est vulgaire et mal fagoté, même si Penn s'y avère être un acteur assez convaincant. Vous pouvez éviter.

 

1e

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Cette musique ne joue pour personne

Je ne suis habituellement pas du tout friand de l'ambiance des films de Samuel Benchetrit, que je trouve trop froids et distanciés. J'ai en particulier détesté Asphalte.

C'est donc avec une certaine appréhension que j'ai découvert son dernier film au Festival de Cannes, en juillet dernier.

Peut-être est-ce l'ambiance de la Croisette, ou la présence dans la salle de l'équipe (impressionnant JoeyStarr !), mais j'ai cette fois-ci trouvé le film plutôt plaisant, notamment grâce à l'interprétation délicieuse du toujours parfait François Damiens.

Tout n'est pas bon, loin de là, et la machine tourne toujours un peu à vide, mais les lumières et les ambiances du Nord donnent ici une substance légèrement poétique au film, qui le rend plus chaleureux que les précédents. J'ai beaucoup aimé en particulier le couple JoeyStarr / Bouli Lanners en Réservoir dogs franchouillards, alors que Kervern m'a, comme d'habitude, laissé assez froid. L'insert aux airs de fable décalée, dans lequel Vincent Macaigne se fait adopter par une famille indienne, est hilarant. 

Un divertissement plutôt réussi, qui confronte habilement éléments contemporains (réseaux sociaux, télé-réalité) et bon vieux clichés de salut par l'art "à l'ancienne" (poésie, théâtre).

Samuel Benchetrit sur Christoblog : Asphalte - 2015 (*)

 

2e

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Les intranquilles

J'aime assez le cinéma de Joachim Lafosse, que je trouve habituellement solide et profond.

Le sujet dont il s'empare ici est intéressant : il s'agit de montrer de façon réaliste ce qu'est la bipolarité, et d'en explorer les conséquences sur la sphère familiale. Le film suit scrupuleusement ce programme, d'une façon sage et appliquée. On assiste donc à l'évolution oppressante des troubles comportementaux, impuissants comme tous les proches, qui font par ailleurs preuve d'une grande bienveillance.

Les intranquilles porte la marque habituelle de Lafosse : les situations sont bien analysées, le rapport entre les personnes sont décrits avec beaucoup de finesse, et la direction d'acteurs est convaincante. Damien Bonnard est exceptionnel, donnant à voir la maladie uniquement par son degré de fébrilité plus ou moins élevé, sans recourir à d'expressives mimiques.  

Un film honorable donc, sans être exceptionnel, qui souffre peut-être de quelques longueurs et d'un scénario hésitant sur la façon de finir le film, mais qui mérite d'être vu.

Joachim Lafosse sur Christoblog : A perdre la raison - 2012 (***) / Les chevaliers blancs - 2015 (**) / L'économie du couple - 2016 (**)

 

2e

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After love

Le charme d'After love est un charme diffus, tout entier contenu dans l'art de la litote.

Le sujet du film est à la fois simple et vertigineux : une anglaise qui s'est mariée à un musulman (et s'est convertie à l'islam) découvre après la mort de son mari que ce dernier menait une double vie avec une Française, de l'autre côté du Channel. 

Le sujet est vaudevillesque, le traitement d'une délicatesse délectable. J'ai été complètement séduit par le jeu de l'actrice Joanna Scanlan, qui nous fait nous demander en permanence quel sera le contenu de la prochaine scène. Tour à tour intriguée, triste, égarée, surprise, heureuse, elle campe un formidable personnage en quête d'identité.

La mise en scène d'Aleem Khan est solide, poétique, attentive aux détails. Les différents lieux sont saisis avec beaucoup de justesse et il y a tout au long du film une grande attention portée à tous les éléments qui le compose (y compris la musique, très belle) : c'est souvent le cas des premiers films.

Je prédis une belle carrière au jeune réalisateur anglais qui signe ici un film à la fois doux et puissant.

 

3e

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Guermantes

Le nouveau film de Christophe Honoré, plus ou moins improvisé, filme la troupe de la Comédie Française au moment où le spectacle qui devait être monté par Honoré lui-même va être annulé pour cause de Covid.

Guermantes est ainsi un des premiers vrais films post-confinement. C'est aussi un incroyable hommage au métier d'acteur et à l'esprit de troupe.

Honoré confirme ici ses immenses qualités de réalisateur. Le film n'est pas simplement beau et intéressant, il est inspiré, et même habité. La direction d'acteur sublime les performances d'un casting de rêve : Dominique Blanc, Loïc Corbery, Elsa Lepoivre, Laurent Lafitte et tous les autres sont formidables.

On se laisse complètement happer par l'évolution erratique d'un intrigue qui n'en est pas vraiment une, mélange de tranches de vie réelle (Lafitte veut montrer la bande annonce de L'origine du monde à tous ses copains), exploration poétique d'un lieu de théâtre incroyablement photogénique (le théâtre Marigny) et finalement, sincère hommage à Marcel Proust.

Guermantes est un poème visuel et sensuel, une oeuvre de cinéma comme on en voit peu.

Christophe Honoré sur Christoblog : Les chansons d'amour - 2007 (****) / La belle personne - 2008 (***) / Non ma fille, tu n'iras pas danser - 2009 (**) / Les bien-aimés - 2011 (****) / Métamorphoses - 2014 (***) / Plaire, aimer et courir vite - 2017 (***) / Chambre 212 - 2019 (****)

 

4e

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Le sommet des dieux

Le film de Patrick Imbert est très respectueux de l'oeuvre de Jiro Taniguchi. C'est à la fois sa force et peut-être sa faiblesse, car il ne se démarque finalement que très peu du manga originel. 

On retrouve ici toutes les qualités de l'oeuvre du maître japonais : le souffle épique, la précision des dessins, l'imbrication des trames temporelles, la manière presque cosmique dont la nature est montrée.

Le rendu à l'écran des passages d'alpinisme est exceptionnel. On est complètement immergé dans les différentes ascensions et on éprouve viscéralement certaines impressions de vertige. Sous cet angle, peu de films ont aussi bien rendu la démesure de ce qu'accomplissent les alpinistes forcenés dans l'Himalaya.

L'histoire  que raconte Le sommet des dieux est spectrale, anti-spectaculaire au possible et au final glaçante. C'est ce qui fait son prix.

Un beau moment de cinéma, que vous apprécierez particulièrement si vous n'avez pas lu le manga dont le film est tiré.

 

3e

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Les amours d'Anaïs

Le film commence comme un hommage énamouré à Anaïs Demoustier. L'actrice, dont le personnage s'appelle d'ailleurs Anaïs, virevolte, parle comme une mitraillette, s'agite dans tous les sens, s'exprime comme elle pense, se déshabille en tortillant des fesses, bref, imprime l'écran comme Belmondo jeune savait le faire. Superficielle, ne vivant que dans l'instant, ne construisant rien, elle séduit et énerve à la fois.

L'enjeu du film se dessine rapidement : contre quoi la vivacité exacerbée d'Anaïs va-t-elle s'écraser ?

Et la réponse est : contre Valeria Bruni-Tedeschi, ou plutôt contre l'amour qu'Anaïs va concevoir pour cette dernière. Cette seconde partie a gâché pour moi la première. Autant j'ai pu être intrigué par l'ouragan Demoustier, autant la drague lourde chargée d'un gros transfert psychanalytique qu'entreprend Anaïs m'a ennuyé.  

La psychologie de comptoir (l'amante a le même âge que la mère qui se meurt), la scène sensuelle de la plage (filmée comme un porno soft), la pauvreté de l'écriture et la fin qui ne sait pas finir auront eu au final raison de ma patience.

A ne voir que si vous êtes fan d'Anaïs Demoustier.

 

2e

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La troisième guerre

La troisième guerre est une sorte de Désert des Tartares de notre temps. Le principe en est simple : il s’agit de pointer du doigt le sentiment d’inutilité des soldats qui participent à l‘opération Sentinelle, de confronter ce sentiment aux valeurs habituelles de l’armée (respect des ordres et de la hiérarchie, volonté de servir les autres, besoin de dépassement de soi et de combattre, virile camaraderie), et enfin de tirer de tout cela des implications d’ordre psychologique.

Si les déambulations parisiennes des soldats laissent entrevoir une belle sensibilité, le reste du programme énoncé ci-dessus est suivi avec trop d’application et pas assez d’imagination pour être pleinement convaincant.

L’exposé des différentes situations auxquelles sont exposés les soldats est très didactique, et suit des chemins à la fois prévisibles et inintéressants. Les seconds rôles, par exemple, manquent cruellement de profondeur (le complotiste ne fait que comploter, le gueulard ne fait que gueuler, etc).

Heureusement qu’Anthony Bajon est ici une nouvelle fois exceptionnel, à l’inverse d’une Leïla Bekhti complètement transparente. C’est lui qui donne un peu d’intérêt à ce film bourré d’intentions, mais vide d’émotions.

 

2e

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Tout s'est bien passé

Pas un grand Ozon.

Tout s'est bien passé est assez mal écrit : le film donne l'impression d'avoir été fini sur un coin de table. Des dialogues tombent à plat, le montage est erratique, les scènes de remplissage ne font même pas semblant se servir un peu à quelque chose, les personnages semblent réduits à des stéréotypes.

Il faut l'interprétation étonnante d'André Dussolier et le rayonnement solaire d'une Sophie Marceau au sommet de son art pour empêcher l'attention du spectateur de sombrer.

Dans sa seconde partie, le film s'améliore un peu. On finit par se demander comment l'affaire va se terminer, et le personnage que joue Dussolier est tout de même un sacré numéro de mauvais esprit, au final typique de l'univers d'Ozon.

Tout s'est bien passé est toutefois trop quelconque et imparfait pour décrocher la mention "J'aime".

 

2e

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La voix d'Aida

J'avais fait connaissance avec Jasmila Zbanic en visionnant un de ses très bons précédents films, Le choix de Luna.

On retrouve dans La voix d'Aida les qualités détectées à cette époque chez la réalisatrice  bosniaque : un sens très aiguisé du récit, une impression de réalisme extraordinaire et des personnages hors du commun.

Le film évoque le massacre de Srebrenica à travers la destinée d'une interprète qui parle la langue des victimes, et doit donc dialoguer avec les bourreaux. L'idée du film est formidable : elle permet tout à la fois de passer facilement d'un côté à l'autre, de maintenir un suspense continu et de susciter un grand nombre de dilemmes dramatiques.

Le film raconte l'horreur avec une distance et une absence totale de pathos, qui lui donne des airs de tragédie grecque. La mise en scène est d'une élégance rare, à la fois virtuose et ample. La direction artistique, l'utilisation de la masse des figurants, la justesse des comédiens et le rythme parfait du film font de La voix d'Aida un must de l'année et un des meilleurs films jamais réalisé sur un acte génocidaire.

A ne rater sous aucun prétexte.

Jasmila Zbanic sur Christoblog : Le choix de Luna - 2011 (***)

 

4e

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Problemos

Dans le milieu de la comédie française, il faut reconnaître à Eric Judor une place à part, qui le situerait dans un monde à la fois absurde et furieusement réaliste, dans lequel sa faculté à jouer « à plat » générerait une sorte de trente-sixième degré accessible à lui seul, s’épanouissant dans le malaise et le hiatus.

Dans Problemos, Judor pousse à l’extrême la logique des discours écologique et féministe, en décrivant une communauté isolée qui se veut égalitaire, confrontée à une épidémie mortelle.

En poussant à l’extrême certaines rengaines, en particulier dans la bouche d’une Blanche Gardin par ailleurs scénariste du film, puis en les confrontant à ce qu'il imagine être le fond de la nature humaine (jalousie, désir sexuel, violence, égoïsme), il engendre de multiples situations cocasses dont il n’est pas aisé de tirer des conclusions.

La construction de la belle maison par le personnage très amusant joué par Youssef Hajdi est par exemple une formidable allégorie de la naissance du capitalisme, à moins qu'elle ne soit une ode à la liberté d’inventer, ou tout simplement un rappel que la normalité s’impose à tous. Judor renvoie donc toutes les parties dos à dos, soulignant avec une méchanceté jubilatoire les travers des uns et des autres.

C’est drôle, parfois très noir, et surprenant. Un vent neuf dans la comédie française.

 

3e

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Blue bayou

Blue bayou est un mélodrame très bien écrit, et qui s’assume pleinement en tant que tel. Sa force réside dans la générosité sans apprêt qui irradie toutes ses composantes.

L’écriture est riche, puissamment évocatrice et très sentimentale. Ses personnages sont bien dessinés, attachants et convaincants, y compris pour les seconds rôles, et servis par d’excellents acteurs et actrices. Alicia Vikander est en particulier formidable.

La mise en scène enfin est certes un peu démonstrative, mais elle finit par convaincre par la façon dont la caméra semble coller aux sentiments des personnages. Justin Chon réussit ici un très joli film, qui illustre avec brio une situation peu connue : ces enfants d’origine asiatique adoptés avant l’an 2000 aux USA, n’ayant pas demandé la nationalité américaine, et pouvant de fait être expulsés à n’importe quel moment.

Blue bayou peut aussi être perçu avec raison comme une puissante réflexion sur la famille : celle dont on hérite et celle que l’on se choisit. Je vous le conseille vraiment. Si vous aimez verser une petite larme au cinéma, ce film vous ravira.

 

3e

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Le genou d'Ahed

Le cinéma de Nadav Lapid, est un cinéma exigeant, intellectuel, distancié, et il faut le dire, peu aimable au premier abord.

Le genou d'Ahed ne se laisse donc pas approcher très facilement. On ne comprend d'abord pas trop de quoi il retourne. La mise en scène est à la fois tapageuse et prétentieuse, et l'acteur principal (l'excellent Avshalom Pollack, alter ego de Lapid) joue un cinéaste qu'on a envie de baffer.

Le début du film est donc très pénible à regarder. A partir du moment où le personnage principal est bloqué dans cette petite ville du désert pour parler de ses films, l'action se resserre cependant, et la gratuité du début cède progressivement la place à une vraie profondeur psychologique et politique, jusqu'à des scènes qui brillent par leur dureté étincelante. L'actrice Nur Fibak est excellente et les paysages sont d'une beauté ravageuse.

Il y a donc bien un film intéressant à voir dans le Le genou d'Ahed, mais il vous faudra beaucoup de patience et de bonne volonté pour y accéder.

 

2e

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L'affaire collective

Passionnant documentaire roumain, L'affaire collective vaut beaucoup de thrillers politiques et journalistiques américains.

On est en effet captivé par l'enquête menée par un groupe de journalistes déterminés sur ce scandale médico-politique qui entraîna la mort d'une soixantaine de personnes dans l'incendie d'une discothèque de Bucarest, le Colectiv Club.

Alexandre Nanau parvient à assembler des styles très différents (les témoignages poignants des victimes, les vidéos de l'évènement, le thriller à rebondissements, le pas-de-côté artistique, le portrait politique, l'enquête minutieuse à la Spotlight) pour en faire une oeuvre totale, grand moment de cinéma.

La façon dont la réalisation rend sensible les risques courus par les journalistes est particulièrement impressionnante. Leur courage, leur ténacité et leur engagement emportent l'admiration. Le portrait du jeune politique intègre est également saisissant.

Un documentaire exemplaire, qui donne l'impression étonnante de voir le bien et le mal littéralement incarnés dans des personnes réelles.

 

3e

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Dune

Le roman de Franck Herbert est un roman d'initiation lent et poétique, doublé d'une fable politique. Or, le début du film de Villeneuve commence comme une parodie de Star Wars : ralentis, gros vaisseaux spatiaux, festival de pyrotechnie et costumes de carnaval. On craint donc le pire dans les premières minutes.

Heureusement, Dune prend rapidement un tournant plus introspectif et presque mystique, relativement fidèle au roman et servi par une direction artistique épurée et assez réussie. Les couleurs sombres, la sobriété des décors, la mise en scène élégante et le montage racé rendent le film agréable, même si la longueur - 2h47 - se fait tout de même sentir.

Tout n'est pas parfait. Le regard de caniche constipé qu'arbore Thimothée Chalamet ne correspond pas vraiment à l'image mentale que je me faisais de Paul Atréides (mais, allez-vous me dire, est-ce la bonne ?) et les visions ressemblent un peu trop à des pubs pour Shalimar. Mais globalement le résultat est tout à fait convenable, et respectueux du chef-d'oeuvre de Franck Herbert.

Un bon film de SF, même si j'ai nettement préféré du Canadien le magnifique Premier contact.

 

2e

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BAC Nord

Le problème de Bac Nord ne réside pas dans la polémique qui a accompagné sa sortie. Après tout, le tableau qu'il dresse des quartiers Nord de Marseille n'est qu'une toile de fond, dont on se doute bien qu'elle est à la fois représentative d'une certaine réalité et probablement caricaturale.

Non, le problème de Bac Nord réside dans l'incurie de son scénario, le manque de caractérisation de ses personnages, la maladresse de sa construction et le mauvais goût intrinsèque qui semble présider à tout ce que l'on voit à l'écran : comment peut on oser choisir comme musique Le pénitencier (même dans sa version originale) pour une scène de sortie de prison ? 

Gilles Lellouche n'est pas pour rien dans la faillite du film. Il joue comme une enclume le rôle d'un policier tellement bête qu'on n'arrive jamais à avoir de l'empathie pour lui et ses collègues. Les scènes d'action ne sont que correctes et ne parviennent pas à faire surnager le film : en matière de western urbain le film danois Shorta, sorti l'année dernière, est bien meilleur.

C'est donc raté de bout en bout.

 

1e

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