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Gazette de cinélatino 2021

Cinélatino m'ayant gentiment accrédité pour sa version en ligne, voici mon journal du festival 2021.

23 mars 

Le premier film que je vois est le seul de la compétition d'un réalisateur que je connais déjà. Le moins qu'on puisse dire, c'est que les autres films que j'ai vu de Michel Franco (Despues de Lucia, Chronic) m'avaient laissé perplexe. Nouvel ordre (3/5) me semble l'oeuvre la plus ambitieuse de son auteur : conte dystopique cruel, voire sadique, le film marque par son ampleur, son pouvoir d'évocation et la subtilité de sa première partie. Le Haneke mexicain signe ici une oeuvre qui ne laisse pas indifférent (Grand prix à Venise), même si son propos est comme d'habitude un peu difficile à saisir.

 

3 avril

Je vois aujourd'hui le grand gagnant de cette édition, La chica nueva (2/5) de la jeune réalisatrice argentine Micaela Gonzalo. Difficile de comprendre pourquoi le jury de cette année a récompensé ce film, certes sensible, mais dont le manque d'originalité est total. La chica nueva oscille entre chronique d'un paupérisme austral et glacial (il se déroule en Terre de feu), portait d'une jeune fille en construction et thriller social. On a l'impression d'avoir déjà vu cela mille fois, en particulier dans le cinéma d'Europe de l'Est, ici en mode bleuté et peu lumineux. Décevant.

 

4 avril

Cette année le jury a accordé une mention spéciale à l'immense acteur chilien Alfredo Castro (qu'on a l'habitude de voir chez Pablo Larrain) pour ses interprétations dans deux films en compétition.

Le premier d'entre eux, Tengo miedo torero (5/5), qui sortira peut-être en France sous le nom de My tender matador, est un véritable coup de coeur. J'ai adoré le scénario brillant, l'acuité et la simplicité de la mise en scène de Rodrigo Sepulveda, la beauté plastique du film, le jeu incroyable de Castro, la façon dont le contexte est parfaitement rendu, la photographie poétique et somptueuse. Le film est d'une facture très classique, mais il représente pour moi ce que le cinéma peut produire de meilleur : une histoire intéressante et émouvante, servie par des acteurs au top et une mise en scène intelligente.

Le second, Karnawal (3/5) de l'argentin Juan Pablo Felix, est une chronique sympathique autour du personnage de Cabra, jeune adolescent mutique qui pratique une danse traditionnelle à base de claquette, le malongo. Si le synopsis se perd un peu au fil du film, j'ai apprécié son aspect quasi documentaire qui permet de découvrir cette magnifique région du nord de l'Argentine, à la frontière bolivienne. Castro est très bon, dans un rôle viril à l'opposé du travesti de Tengo miedo torero.

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Eva en août

Voici un film espagnol très curieux dont on peut légitimement se demander à quel courant créatif on pourrait le rattacher.

Eva, jeune actrice trentenaire, sans logement, emprunte l'appartement d'une connaissance et sillonne un Madrid déserté du 1er au 15 août. 

Le film excelle à saisir la texture du temps qui s'écoule comme de la glu dans la chaleur estivale,  les ondoiements sensuels de la lumière et le léger spleen qui semble consubstantiel à tous les personnages de son âge qu'Eva rencontre.

La mise en scène de Jonas Trueba possède une touche légère et délicate. Elle sert admirablement le propos du film (co-écrit par l'actrice Itsaso Arana, dont on ne peut s'empêcher de penser qu'elle est le double de son personnage).

Les décors nocturne, l'ambiance de fête larvée, les vigoureuses ellipses, les fausses impasses du récit, la qualité éblouissante de la direction d'acteurs : beaucoup d'éléments dans ce film le rendent extrêmement attachant.

Une belle découverte.

 

3e

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Angel

Rarement le projet d'un réalisateur m'aura autant échappé. Je n'ai en effet rien compris à ce que voulait faire Ozon dans Angel.

Un mélodrame ? Le film ne passionne pas par son propos, tout à fait inintéressant : histoire pâlote, personnages inconsistants, rebondissements erratiques.

Une ode au kitsch ? Angel est certes une sucrerie dégoulinante de couleurs et de musiques à haute teneur en mauvais goût, mais l'accumulation provoque ici l'indigestion.

Un hommage aux standards d'Hollywood, et notamment à Gone with the wind ? Je l'ai lu dans la presse, mais comment comparer le puissant contexte historique des films de cette époque au portrait compassé d'une Barbara Cartland de pacotille ?

Bref, je me suis ennuyé ferme devant cet exercice de style désincarné, mal servi par un casting sans charisme.

 

1e

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Mon inconnue

Pas beaucoup d'esbroufe dans ce film modeste d'Hugo Gélin, mais de réelles qualités : un casting et une direction d'acteur parfaits, et une légèreté dynamique assez rare dans la comédie française.

Du point de vue casting, François Civil est vraiment très bon, parvenant à la fois à nous faire croire à la situation absurde qui fonde le film, et à réagir avec un certain pragmatisme aux évènements. Joséphine Japy est formidable de délicatesse et de charme. Benjamin Lavernhe enfin crève l'écran en copain complice.

L'autre grande qualité du film est une façon de marier comédie, fantastique et romance comme peu ont réussi à la faire. Mon inconnue a ainsi des petits airs de comédie classique américaine à la Capra : il déroule son synopsis avec légèreté, souplesse et élégance. Il parvient à nous faire considérer le prétexte abracadabrant du film (des mondes parallèles pour faire simple) comme un cadre au final crédible, dans lequel le trio d'acteurs déploie leur talent avec agilité et conviction.

La réalisation et la direction artistique (un Paris de carte postale) contribuent également au plaisir simple ressenti à la vision du film.

Un divertissement de très bonne tenue.

 

2e

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Changement d'adresse

Changement d'adresse marque dans l'oeuvre d'Emmanuel Mouret de nombreux changements : pour la première fois, il quitte la région marseillaise pour tourner à Paris, et il fait tourner des acteurs assez connus (Ariane Ascaride, Dany Brillant, Frédérique Bel).

Le résultat est en nette progression par rapport aux premiers long-métrages de Mouret. La composition du film se simplifie. Si la personnalité naïve et franche du "personnage" Mouret est toujours présente, les deux actrices qui lui donnent la répartie apportent un supplément d'âme au film, débarrassé des scories narratives qui encombraient parfois ses premiers films "marseillais".

Changement d'adresse prend ainsi des allures de comédie romantique à la française, et le personnage que campe à la perfection Frédérique Bel apporte dans la filmographie de Mouret une véritable part d'émotion, comparable à l'impact de la composition d'Emilie Dequenne dans Les choses qu'on dit, les choses qu'on fait. 

A partir de ce film, il devient évident que Mouret dépasse les références auxquelles son cinéma pouvait faire penser (Rohmer, Allen) pour trouver une voie plus profonde et plus personnelle.

 

3e

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Mon nom est clitoris

Sortie DVD

Rien de bien original dans ce premier film des jeunes cinéastes Daphné Leblond et Lisa Billuart Monet : une dizaine de jeunes filles, filmées dans l'intimité de leur chambre, parlent de leur sexualité. On se dit que l'idée est à ce point simple qu'il n'est pas possible que quelqu'un ne l'ait pas déjà eue. 

Si le procédé est pour le moins basique, le résultat est frappant. Les témoignages face caméra sont à la fois légers, profonds et émouvants. Bien qu'il n'y soit révélé aucun élément vraiment renversant, la fraîcheur et la spontanéité de chacun des entretiens rendent le film très attachant : on y mesure instantanément l'étendue des progrès qu'il reste à faire sur la connaissance qu'ont les filles de leur sexe, sur le consentement ou sur le rôle de l'école.

L'intérêt de Mon nom est clitoris ne résulte donc pas des quelques séquences qui ponctuent les séquences de témoignages, assez convenues même si certaines sont utilement pédagogiques, mais bien dans le discours sans fard et la personnalité des jeunes interviewées. Certaines sont incroyables de perspicacité et de maturité.

Une des forces du film est aussi de mettre en évidence les points communs entre les différentes expériences, au-delà des spécificités de parcours. Le montage, qui montre les différentes réponses à la même question, est de ce point de vue très habile.

Un travail indispensable qui gagnerait à être largement montré dans les écoles. A noter dans les bonus du DVD une belle séquence sur les retrouvailles de six des interprètes, quatre ans après le tournage.

 

3e

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Laissons Lucie faire !

Au-delà de son titre gag (qui bizarrement n'a pas grand-chose à voir avec son contenu) ce premier long-métrage d'Emmanuel Mouret est plutôt une réflexion sur le couple qui penche vers le burlesque qu'une franche comédie.

Les péripéties que vit son héros sont plus extravagantes que celles qu'ont voit habituellement chez Mouret. Emprunter un costume de gendarme, devenir agent secret, vendre des sous-vêtements sur la plage, embaucher une femme de ménage sexy, passer pour un dilettante complet, initier aux plaisirs sensuels une jeune femme inexpérimentée : le programme que propose Laissons Lucie faire est à la fois plus variés et psychologiquement moins intenses que les meilleurs films de Mouret.

A conseiller aux inconditionnels du Marseillais qui met ici en place le petit théâtre qui fera son succès ultérieur : musique aigrelette, dialogues à la fois simples et décalés, réflexions sur les relations sentimentales et la vérité.

Marie Gillain éclabousse le film de son naturel, et constitue finalement le principal intérêt du film.

 

2e

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Un été violent

Ce film de Zurlini présente deux intérêts principaux : une jolie photographie admirablement mise en valeur par la restauration du film et un contexte inusité mais très bien rendu (la chute du fascisme et la fin de la guerre en Italie).

Pour le reste, pas grand-chose de palpitant à signaler. Le film traite du thème archi-rebattu de l'histoire d'amour entre un jeune homme et une femme (à peine) plus mûre, sans originalité particulière.

L'interprétation est moyenne : Trintignant est monolithique et Eleonora Rossi Drago un peu opaque. J'ai eu personnellement du mal à adhérer à leur histoire d'amour.

Restent quelques scène sublimes (la soirée de la rencontre, hors du temps), et une mise en scène peu visible mais élégante. L'ensemble parvient difficilement à maintenir un haut degré d'intérêt.

 

2e

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Concours Mon nom est clitoris : Gagnez 3 DVD

A l'occasion de sa sortie, je vous propose de gagner 3 exemplaires du DVD du film de Lisa Billuart Monet et Daphné Leblond, Mon nom est clitoris.

Pour ce faire :

- répondez à la question suivante : Dans quel pays Mon nom est clitoris a t il reçu le prix du meilleur documentaire ? 
- joignez votre adresse postale
- envoyez moi le tout par ici avant le 3 mars 20 h.
 

Un tirage au sort départagera les gagnants. Vous recevrez ensuite le DVD envoyé par le distributeur. NB : un des trois DVD sera attribué par tirage au sort à un participant ayant aimé ma page FB ou mon compte Twitter ou s'étant abonné à la Newsletter du blog (n'oubliez pas pour participer à ce tirage au sort spécial de me donner votre pseudo dans votre réponse, pour que je fasse le lien)

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Promène toi donc tout nu !

Premier film d'Emmanuel Mouret, ce moyen-métrage de 50 minutes contient déjà tout le programme de ce qui constituera la première partie de carrière du réalisateur marseillais : des dialogues à la fois très terre à terre et légèrement barrés, une intrigue à tiroir entre marivaudage et roman d'initiation, des hommes faibles et candides, des femmes volontaires.

Mouret joue ici le rôle principal, comme ce sera souvent le cas par la suite, dans le registre qu'on lui connaît : Droopy à l'oeil mouillé, infatigable Candide qui dit toujours la vérité, hésite souvent et se décide tout à coup maladroitement. 

Le Mouret réalisateur s'avère dans ce film aussi ferme que son personnage est mou : parti-pris narratifs ludiques dès la première scène, décalages amusants et n'hésitant pas à être vulgaires (la blague de la fille gentille), mise en scène élégante.

Les limites techniques de l'oeuvre, qui sent "le film de fin d'étude à la Femis" empêche de vraiment considérer Promène toi donc tout nu ! comme le vrai démarrage de la carrière de Mouret : mieux vaudra attendre le premier long : Laissons Lucie faire !

A noter que le film est proposé sur Univerciné accompagné d'un court-métrage de Mouret, Caresse, qui lui aussi comprend en germe les thématiques de son univers : garçon inexpérimenté, fille entreprenante qui ne s'attache pas, dialogues à la fois libertins et naïfs, incompréhension entre les sexes, écoulement du temps et court de tennis.

Les deux oeuvres sont agréables et se laissent regarder, comme des hors d'oeuvre apéritifs dans la filmographie d'Emmanuel Mouret.

 

2e

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Hotel by the river

Dans la très dense filmographie de Hong Sang-Soo, Hotel by the river se distingue de plusieurs manières.

Ici, pour une fois, il n'est pas vraiment question de rapports amoureux (tous les personnages sont seuls, séparés, divorcés, célibataires ou veufs). Plusieurs des motifs habituels du cinéma de HSS sont par ailleurs absents : pas de découpages en plusieurs parties distinctes, pas de légèreté incisive dans les dialogues, peu de lâcheté et de ridicule.  

Hotel by the river est marqué par une sorte de gravité qui est peu courante dans le cinéma du cinéaste coréen, une gravité qui n'est ni plombante ni superficielle : juste poétique et parfois presque métaphysique.

Le film se situe en effet sur une ligne de crête qui sépare la réalité brute de l'onirisme feutré. On peut le voir comme la représentation naturaliste de destins qui se croisent dans un hôtel quelconque, ou comme une métaphore d'un état ou d'un lieu qui pourrait être totalement rêvé ou imaginaire, sorte de limbes ou de purgatoire.

Le film regorge de détails qui tendent à prouver que ce qu'on voit ne correspond pas à la réalité : plusieurs personnes qui se trouvent dans la même pièce sans se voir, une baisse brutale de température, un personnage invisible mais déterminant (le patron de l'établissement), une chute de neige incroyablement rapide, des comportements étranges, des pressentiments qui se réalisent.

L'art subtil de HSS se déploie ici avec un degré de maîtrise et de profondeur inégalé à mon sens, vertige quasi lynchien ou fable poétique, suivant le degré de concentration du spectateur.

 

3e

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César et Rosalie

Dans la série assez extraordinaire de quatre films majeurs que Claude Sautet réalisa entre 1970 et 1974, César et Rosalie occupe une place de choix : sorte de Jules et Jim en mode provincial, ce film assez truffaldien séduit par sa vivacité.

La gouaille irrésistible d'Yves Montand, dont le jeu se situe ici entre un Belmondo italien et un Fernandel isérois, emporte littéralement le film. Dès les premières scènes, l'acteur pousse la narration vers l'avant, à la fois déterminé, menteur et désarmant de franchise. 

Comparé à son extraordinaire abattage, les autres protagonistes semblent un peu fade. Sami Frey n'est pas formidablement convaincant dans son rôle de beau gosse mi-ironique mi-conciliant. Romy Schneider quant à elle brille surtout par sa fragilité émouvante et sa volonté d'airain, en grande partie insondable. Si son jeu n'est pas très expressif, sa présence irradie la pellicule.

Sautet filme cette trouble histoire de trouple avec une modernité assez remarquable, multipliant les mouvements de caméra élégants et les idées imparables (ce plan magnifique avec le corps dénudé de Rosalie barrant le premier plan, allongé sur le lit, alors que David écrit au bureau).

Ce beau film a admirablement bien vieilli et constitue encore aujourd'hui un exemple étonnant d'étude de moeurs à la fois subtile et originale.

 

3e

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On connait la chanson

Parsemer une histoire somme toute assez insignifiante de morceaux de chansons françaises que les personnages entonnent en play-back au milieu d'une conversation : il fallait oser. 

Alain Resnais l'a fait, et ce fut je pense le premier. Le procédé est étonnant, relativement plaisant et donne au film cet esprit si particulier, mélange d'exigence cinéphilique et de culture populaire. Ce fut à l'époque un grand succès public (le plus gros box office pour Resnais, plus de deux millions de spectateurs) et critique (Prix Louis Delluc et quelques Césars).

On connait la chanson peut se regarder de deux façons différentes. Au premier degré, c'est une sorte de comédie vaudevillesque assez quelconque : les personnages sont caricaturaux, les péripéties téléphonées, le jeu des acteurs parfois outrancier, la mise en scène transparente. A part quelques éléments spécifiques, comme la belle relation qui se noue entre les personnages de Bacri et de Dussolier, le scénario de Jaoui et Bacri est moyen.

Au second degré, si on s'attache à guetter l'irruption des morceaux chantés, qu'on soupèse leur pertinence au regard de la psychologie des personnages, qu'on repère les petits détails (Jane Birkin chante en play-back son propre tube vieux de quinze ans), qu'on se réjouit des situations les plus improbables (Dussolier qui chante Bashung sur son cheval), alors le film devient un jeu délicat et légèrement euphorisant.

Un ovni, si typiquement français.

 

2e

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Split

Cet opus de M. Night Shyalaman a beaucoup séduit les critiques français sans que je m'explique totalement l'enthousiasme collectif, des Inrocks aux Cahiers du Cinéma.

Bien sûr, le film est agréable à regarder. Shyalaman est à la fois un excellent conteur (quand il maîtrise son imagination) et un cinéaste au style fluide, séduisant et efficace. Une sorte de Fincher pop.

Le synopsis est intéressant, au moins pour la première partie du film, et l'interprétation de James McAvoy est formidable. Cerise sur le gâteau, on y retrouve Anya Taylor-Joy, devenue immensément populaire aujourd'hui avec Le jeu de la dame.

Le sujet principal du film, le trouble de personnalité multiple, fournit un substrat dramatique à fort potentiel, mais n'est curieusement pas exploité à son maximum, puisqu'on ne fait connaissance qu'avec un petit nombre des 23 personnalités présentes dans le crâne du personnage principal. Si on veut en savoir plus sur le sujet, mieux vaut lire le formidable livre de Daniel Keyes, Les 1001 vies de Billy Milligan.  

Si la mise en place est excitante et les premiers développements prometteurs, j'ai trouvé que la fin grand-guignolesque du film nuisait à son intérêt et à la densité de son propos.

Un divertissement honorable, qui ne tient pas toutes ses promesses.

 

2e

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Concours Abou Leila : Gagnez 3 DVD (Terminé)

A l'occasion de sa sortie, je vous propose de gagner 3 exemplaires du DVD du film de Amin Sidi-Boumedine, Abou Leila.

Pour ce faire :

- répondez à la question suivante : dans quelle section du Festival de Cannes le film a t il été présenté ? 
- joignez votre adresse postale
- envoyez moi le tout par ici avant le 14 février 20 h.
 

Un tirage au sort départagera les gagnants. Vous recevrez ensuite le DVD envoyé par le distributeur. NB : un des trois DVD sera attribué par tirage au sort à un participant ayant aimé ma page FB ou mon compte Twitter ou s'étant abonné à la Newsletter du blog (n'oubliez pas pour participer à ce tirage au sort spécial de me donner votre pseudo dans votre réponse, pour que je fasse le lien)

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Matrix

Expérience étonnante de revoir le film des soeurs Wachowski (qui à l'époque étaient frères) plus de vingt ans après sa sortie.

Le début de Matrix garde tout son potentiel de séduction : vitesse d'exécution, mystère diffus et séduisant, explications rationnelles assez rapides, personnages attachants. L'idée motrice du film (le monde tel que nous le connaissons ne pourrait être qu'une illusion) recycle bien sûr des questionnements philosophiques sur la nature de la perception de la réalité qui sont très anciens et ont nourri bien des oeuvres de Platon à Descartes, mais le traitement du sujet est ici parfaitement juste et très ludique. 

Il est impressionnant de voir à quel point plusieurs scènes de la première partie du film ont marqué durablement l'imaginaire collectif : la fille en rouge, le "suivez le lapin blanc", la pilule bleue ou la rouge. Autre point notable : la direction artistique du film (décors, costumes, accessoires) a très bien vieilli.

Malheureusement, toute la seconde partie du film est aussi poussive que le souvenir que j'en gardais. Elle se réduit à une enfilade de scènes d'action hyper stylisées sans beaucoup d'intérêt, ringardisées par les jeux vidéos et s'inspirant vaguement de films asiatiques, sans en atteindre le niveau d'élégance. Les pantalonnades au ralenti de Keanu Reeves paraissent aujourd'hui vues et revues.

Donc, à la fois lassant et intellectuellement stimulant. 

 

2e

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La vierge mise à nu par ses prétendants

Troisième film de Hong Sang-Soo, La vierge mise à nu par ses prétendants est la première manifestation dans la filmographie du coréen de sa propension aux exercices de distorsion de la réalité.

Le film est, comme souvent chez HSS, découpé en deux parties distinctes.

La première raconte d'une façon assez inhabituelle pour lui une histoire d'amour simple et partagée, presque idéale, découpée en sept tableaux. La seconde reprend la même histoire, tableau par tableau, en montrant quelques scènes complémentaires à chaque fois. Mais contrairement à un effet Rashomon "simple", les scènes ne sont pas exactement les mêmes que dans la première partie : par exemple une fourchette tombe à la place d'une cuillère, un personnage dit quelque chose au lieu d'un autre, etc. 

L'interprétation de ce que l'on voit est donc complexe, si l'on se demande où se situe la réalité : dans la partie A (potentiellement vue à travers les yeux de l'amoureux transis), dans la partie B (plus mitigée, plus complexe, peut-être donc la même histoire vue par la femme), quelque part entre les deux ?

Le résultat est extrêmement stimulant, très agréable à regarder (un très beau noir et blanc qui sera utilisé dans beaucoup d'autres films par le coréen, dont le très beau Matins calmes à Séoul), parfaitement construit.

Après les deux premiers films qui comportaient encore des tentatives plus ou moins réussies, La vierge... est pour moi la première complète réussite de Hong Sang-Soo.

 

3e

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Vénus et Fleur

Le deuxième long-métrage d'Emmanuel Mouret est d'une belle audace, quand on y pense.

Son ton à la fois littéraire et coquin, ses personnages attachants à la limite de la caricature, ses allures de conte moral strict, ses excentricités formelles (les personnages s'appellent Vénus, Fleur, Dieu et Bonheur) : il fallait oser en 2003 à la fois s'inspirer de Rohmer et parvenir à s'en démarquer.

Si le film est vraiment réussi, en dépit d'un synopsis un peu prévisible, c'est principalement par la grâce des deux inconnues qui jouent les rôles principaux : la timide Isabelle Pirès et la solaire Veroushka Knoge. Les deux personnalités se complètent parfaitement et le talent de Mouret pour capter les moindres variations de leurs sentiments fait ici merveille. Dommage qu'aucune des deux n'ait développé une véritable carrière suite à ce film.

La photographie est très intéressante, l'utilisation des décors judicieuse et on s'amuse à apercevoir un cameo de Mouret lui-même, façon Hitchcock. Vénus et Fleur est léger, et porte en lui les germes des futures réussites de Mouret : amour du jeu, intransigeance pour analyser les élans de l'âme et élégance pour les porter à l'écran.

Très plaisant, Vénus et Fleur est pour moi la première réussite dans la filmographie du réalisateur marseillais.     

 

2e

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Motherland

Couronné dans le cadre du festival en ligne organisé chaque décembre par Arte (ArteKino festival) et visible en ce moment sur ArteTV, Motherland est un pensum d'auteur comme on en voit de moins en moins.

Tout y est scolairement programmé et appliqué en suivant des recettes éculées : scènes sur-signifiantes, bande-son insupportable, ambiance "ce que je vous montre n'a aucune importance, mais représente les états d'âmes des protagonistes", rythme très lent, synopsis squelettique.

Les acteurs n'étant pas très bons, on n'a pas beaucoup de points d'accroche pour trouver un intérêt à cette soupe sans saveur qui n'exploite pas le potentiel de son pitch (une jeune femme qui a quitté la Lituanie y retourne en 1992, juste après le départ des Russes, pour y retrouver sa maison d'enfance... occupée par des intrus).

La mise en scène de Tomas Vengris fait penser à un film de fin d'étude d'école de cinéma plutôt qu'à un véritable long-métrage. Le réalisateur lituanien ne parvient jamais à rendre cohérents les multiples thèmes qu'il parcourt superficiellement (passage à l'âge adulte d'un pré-ado, réflexion historique, thriller psychologique, portrait de femme).

C'est raté !

 

1e

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Un air de famille

Tiré d'une pièce à succès du duo Bacri Jaoui (Molière du meilleur spectacle comique en 1995), le film de Klapisch est plus que du théâtre filmé. 

Si le décor unique et confiné du bar miteux que tient Henri est bien au centre du film, et en constitue même un personnage à part entière, le cinéaste parvient à imprimer son style par de nombreuses idées et effets : brèves escapades à l'extérieur, effets de transparence et de reflets sur de multiples objets, variétés des cadres et des points de vue, exploitation maximale des espaces (cave, annexe, escalier).

Le film vaut évidemment beaucoup par la qualité de l'écriture et la justesse de l'interprétation. Agnès Jaoui, Catherine Frot, Jean Pierre Bacri, Jean Pierre Darroussin sont tout simplement géniaux. Ils parviennent à jouer des personnages très proches de la caricature, tout en ne paraissant à aucun moment caricaturaux eux-même. Petit à petit, chacun laisse sourdre des émotions particulièrement intenses et fait subtilement évoluer son comportement.

Le personnage de Yoyo est en ce sens sûrement le plus formidable : à la bêtise insondable qu'on croit d'abord discerner chez ce personnage, Catherine Frot parvient progressivement à superposer une volonté de vivre rayonnante (qui se concrétise dans la magnifique scène de danse), puis un sentiment d'injustice très émouvant et enfin une belle empathie.

Comme les meilleures des comédies italiennes, Un air de famille parvient à nous faire sourire avec des personnages faisant face à des abîmes de douleur. Dans son genre modeste, il est parfait.

 

3e

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