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Christoblog

L'intrusa

L'intrusa, présenté à La Quinzaine des réalisateurs 2017 (où je l'ai vu), n'a bénéficié que d'une sortie confidentielle en France. 

C'est dommage, parce que ce film quasi - documentaire est intéressant à plusieurs titres.

Giovanna gère un centre qui accueille des enfants défavorisés dans la banlieue de Naples. Quand une des familles logée dans l'enceinte du centre héberge un assassin de la Camorra, une question se pose :  faut-il l'expulser, comme le demande les familles des parents et les professeurs (qui considèrent avec raison le centre comme une alternative à la mafia) ou pas ?

C'est ce cas de conscience qui donne tout son sel au film. Chacun aura sa propre opinion sur le sujet, et en changera très probablement au cours du film.

La manière de filmer de Leonardo di Constanzo, très naturaliste, est convaincante. Les acteurs sont tous formidables. Le film péche peut-être un peu par les propres limites qu'il s'impose, mais le résultat est tout de même assez cohérent  pour que le film puisse être conseillé.

 

2e

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A ghost story

Comme Ida, de Pawel Pawlikowski, ou The young lady, de William Oldroy, A ghost story est un film de petit malin.

Il en a toutes les caractéristiques, la première d'entre elles étant une tendance à adopter un formalisme tape à l'oeil qui fait "cinéaste". Ici, c'est le format 4:3 aux coins arrondis (un peu ringard), la musique envahissante, les plans à rallonge, la photographie grisâtre, les ellipses osées, les lents travellings, le hiératisme sculptural des scènes avec le fantôme.

Le deuxième point commun des films de petit malin est de préférer à la narration un dispositif spectaculaire visant à coincer le spectateur dans des recoins, et à le manipuler, par un effet de surprise totalement gratuit par exemple. Le résultat est que pour la plupart des spectateurs, il sera impossible de ressentir une émotion. Pour certains autres (les films de petit malin ont toujours une phalange d'admirateurs transis), il faut supposer que la cohérence stylistique du film puisse causer un effet positif.

Enfin le film de petit malin a toujours un aspect "regarde donc comme je suis intelligent" un peu poseur, qui se traduit par un twist ou une évolution inattendue de l'intrigue. En toute logique, cette vaine tentative de faire brillant dégonfle le film comme un ballon de baudruche. Dans A ghost story, si la façon dont le temps s'écoule est assez bien vue, la boucle temporelle (déjà traitée dans de nombreux films, qui d'ailleurs ont toujours beaucoup de mal à s'en sortir proprement) fait pschittt, un peu comme le fantôme lui-même.

Un produit typique de Sundance, sorte de variante minimaliste du new-age malickien made in Austin, dont vous pouvez parfaitement vous dispenser.

 

1e

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Mariana (Los perros)

On avait repéré Marcela Said avec son précédent film L'été des poissons volants.  La voici de retour avec une oeuvre élégante et froide. 

Mariana, la quarantaine bourgeoise, cherche à s'émanciper de son père et de son mari. Elle se rapproche de son professeur d'équitation au passé trouble. A partir de ce synopsis minimal (mais qui résume assez bien la totalité du film), la réalisatrice tisse un écheveau de situations assez convenues, mais qu'elle tente de rendre décalées et mystérieuses : il faut par exemple un certain temps pour comprendre quel est le sujet du film.

Le résultat est assez réussi, et si le film n'est pas vraiment palpitant, il intéresse par sa maîtrise technique assez remarquable et par un goût extrêmement sûr. Les thématiques abordées (frustration sexuelle, condition de la femme au Chili, digestion des années de dictature) ne sont qu'effleurées, et c'est un peu dommage.

Le véritable intérêt du film tient finalement dans son personnage principal, joué avec brio par Antonia Zegers, tour à tour gaie, belle, énervante, triste, délurée, réfléchie, vulgaire et dépressive.

On a hâte de voir ce que peut faire Marcela Said à partir d'un scénario plus riche.

 

2e

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Le sens de la fête

Il y a dans le cinéma de Toledano / Nakache une volonté de bien-faire, un respect pour le travail des acteurs et une sorte d'aversion pour la vulgarité crasse qui place le duo dans la lignée d'une comédie française à la Gérard Oury.

Difficile en effet de ne pas comparer la prestation de Bacri à celles qu'offraient Louis de Funès ou Bourvil au réalisateur du Corniaud.

Les ressorts comiques étaient chez Oury à la fois prévisibles et délicatement efficaces, exactement de la même façon qu'ici Vincent Macaigne enchaîne les différentes variantes d'un même running gag. 

Ce n'est jamais franchement hilarant, mais presque toujours plaisant, et même touchant (la scène du concert improvisé est un parangon d'efficacité). La diversité des thématiques évoquées (l'amour du métier, le sens de la débrouillardise), l'efficacité de la mise en scène et la performance des acteurs rendent le film diablement aimable. 

On ne peut vraiment lui reprocher que deux éléments : les histoires d'amour un peu gnan-gnan et des procédés qui tournent trop facilement à la répétition. C'est peu de chose, en comparaison du plaisir simple qu'il procure.

Une excellente soirée détente.

 

2e

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Makala

On peut parier sans grand risque que le nom d'Emmanuel Gras deviendra bientôt familier aux oreilles des cinéphiles du monde entier. Makala est en effet un second film d'une puissance exceptionnelle.

Résumons brièvement ce que cet admirable documentaire nous raconte : Kabwita est un jeune villageois qui espère donner à sa famille une vie meilleure. Il fabrique du  charbon de bois (tiens, comme dans Les gardiennes), et va le vendre à la ville, après un épuisant voyage de plus de cinquante kilomètres, durant lequel il pousse son vélo chargé de charbon.

Dès les premières scènes, dans lesquelles Kabwita abat un arbre, on est comme pétrifié par le beauté des images, la qualité de la bande-son (le vent !) et la présence à l'écran de Kabwita. Quand ce dernier se retrouve sur la route, le film prend une dimension mythique et se transforme en une sorte de suspense du minimal. Le vélo tiendra-t-il jusqu'au bout du voyage ? Kabwinta parviendra-t-il à pousser son chargement au sommet de la colline ? Vendra-t-il ses sacs à bon prix ?  Evitera-t-il les bandits et les policiers corrompus ? 

En nous faisant ressentir physiquement les aventures de son personnage principal (le soleil qui tape, l'inquiétude que génère la nuit, la désorientation que procure l'arrivée en ville), Emmanuel Gras se révèle être un cinéaste d'exception. Ses plans sont magnifiques, ses images somptueuses. Le film respire le cinéma, jusqu'à une scène finale absolument bluffante. Du grand art.

 

4e 

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Un homme intègre

Les références que convoque le dernier film de Mohammad Rasoulof sont plutôt flatteuses : l'argument ressemble en partie à celui du chef d'oeuvre de Zvyagintsev Leviathan (la lutte du pot de terre contre le pot de fer, en pays corrompu) , alors que le style, à base d'ellipses délibérées, évoque irrésistiblement celui de Farhadi, en particulier dans Une séparation.

Un homme intègre est un poil moins convaincant que les films précédemment évoqués, principalement parce que l'interprétation de l'acteur principal est trop monocorde. Il constitue toutefois une pièce de choix, qui révèle son intérêt principalement dans la dernière partie. 

Pour résumer le propos sans déflorer l'intrigue plus que nécessaire, on dira que l'homme juste doit réfléchir à deux fois à ce qu'il fait (d'une part) et que l'apparence est parfois bien éloignée de la réalité (d'autre part). Vous pouvez penser qu'il s'agit là de bien communes banalités, mais le mérite de Rasoulof est d'en fournir une illustration complexe, en multipliant les fausses pistes. 

Le film a de nombreuses qualités : il dresse un tableau saisissant de l'Iran contemporain (corruption à tous les étages), joue avec la notion de bien et de mal sur un mode dostoïevkien, et bénéficie d'une qualité de photographie et de mise en scène évidente.

A ne pas rater pour les amoureux de cinéma iranien.

 

3e

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Star Wars - Les derniers Jedi (VIII)

Dans l'espace rien de nouveau.

Les personnages découverts dans l'épisode précédent donnaient un certain intérêt à ce qui aurait pu passer pour un renouvellement. Les personnages de Rey, Poe, Finn et Kylo laissaient augurer un rajeunissement des thématiques. 

Malheureusement, l'espérance a été de courte durée. Cet opus reproduit des schémas qu'on a déjà vu plusieurs fois dans la saga : combats pétaradants, difficile rapport au père, chastes amourettes, soldat-playmobils, petit animal tout mignon et trouble frontière entre le Bien et le Mal. Il semble d'ailleurs un instant dans le film qu'on puisse être macronien dans le cosmos, c'est à dire en même temps du côté de la lumière, et en même temps du côté obscur. C'est le plus intéressant.

Les pauvres traits d'humour sont assez pitoyables, les décors bien en-deça de ce qu'a proposé récemment 2049 et le scénario brille par un manque complet d'originalité. Malgré les énormes moyens dont dispose la franchise, le réalisateur Rian Johnson, qu'on a vu plus inspiré, ne parvient jamais à enthousiasmer, sauf peut-être dans la jolie scène des répétitions à l'infini dans la caverne. Il assure le boulot de façon tout juste convenable. 

C'est bien peu pour ne pas s'ennuyer pendant ces 2h32 de baston galactique et de combats au sabre laser, filmés comme on filmait les duels dans les vieux films de cape et d'épée. 

Star wars sur Christoblog : Le réveil de la force (VII) - 2015 (**)

 

2e

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Coco

On trouve dans Coco tout ce qui fait un bon dessin animé.

D'abord un scénario très malin, qui sait parfaitement jouer avec les différents tons, et qui déploie des arabesques pleines de subtilité dans une atmosphère nostalgique. Une audace visuelle ensuite, traduite par la vision féérique de la ville des morts, et plus particulièrement par ces animaux imaginaires aux couleurs chatoyantes. Et enfin les éclairs de fantaisie qui font sourire, ici parfaitement illustrés par les cabrioles de Dante, chien nu mexicain.

Le film représente donc la fusion presque parfaite du monde Disney (les enfants aux grands yeux, le haut potentiel lacrymal de l'histoire, les morceaux de bravoure admirablement chorégraphiés) et de la marque Pixar (transformer un film en expérience quasi-métaphysique, oser les thématiques trangressives). 

Le résultat est jouissif, parfaitement rythmé et débarrassé des scories qui encombrent parfois les Disney (les affreuses chansons de La reine des neiges par exemple). On sort ravi de la salle, même si au final le vertige narratif est un peu moins grand que dans Vice-Versa, et la poésie nettement moins osée que dans Wall-E.

Un spectacle idéal pour Noël, à voir toutes générations confondues.

 

3e

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Big little lies

Ca commence un peu bizarrement, comme un clip épileptique qui ne trouverait pas le bon ton.

Jean Marc Vallée, le réalisateur canadien qu'on peut selon son humeur qualifier de tâcheron sous amphétamine ou de génie du mauvais goût, propose une mise en scène qui cherche à tout prix l'esbrouffe.

On se dit que ce n'est vraiment pas la peine de mettre autant de plans dans si peu de minutes quand on dispose d'un casting aussi brillant (Nicole Kidman, Reese Whiterspoon,  Alexander Skarsgard, Laura Dern), mais bon, cahin caha, on enfile les épisodes avec un intérêt au mieux croissant, a minima fluctuant. 

Pas mal de bonnes choses dans ce Desperate Housewives bobo et californien, notamment la faculté de nous mettre mal à l'aise à peu près tout le temps (on pense au Carnage de Polanski), mais aussi un monceau de scories en tout genre : plan inutile, montage à la mords-moi-le-noeud et singeries de sensibilité new age. De tout cela, je ne sais pas trop quoi penser. La vision des sept épisodes a été plutôt décevante au début et à la fin, et parfois réjouissante au milieu.

Mention spéciale au couple Nicole Kidman / Alexander Skarsgard, générant une dose d'inconfort rarement atteint dans une série.

 

2e

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Les gardiennes

Quel film moderne ! 

Bien sûr, certains se gausseront de cette introduction et s'étonneront : "Est-ce moderne de prendre son temps pour filmer les travaux des champs  ?" Et bla bla bla sur les champs de blé, les gros boeufs qu'il faut pousser et l'écoulement des saisons.

Pour ma part, je pense que Beauvois est aussi moderne que Millet l'a été (et je conseille la superbe rétrospective que lui consacre le Palais des Beaux-Arts de Lille). Il est en effet franchement osé en 2017 de filmer tout un film en décors naturels, en respectant les lumières et les saisons, et de proposer une histoire d'apparence classique (mais qui se révèlera pleine de surprises).

Le film s'avère être au final tout autre chose que la sage illustration des bienfaits champêtres : il est avant tout une féroce critique de l'égoïsme commun (on est toujours le pauvre de quelqu'un) et un tableau saisissant de tous les aspects de la féminité.

En plus de ses qualités mélodramatiques (on pense à Bronte, à Balzac), Les gardiennes brille aussi par des atouts plus évidents : on aura rarement aussi bien montré la richesse et la complexité de la vie à la ferme, et les images sont le plus souvent somptueuses. Les actrices sont au top, avec une Nathalie Baye plus forte que jamais. La bande-son est travaillée comme un orfèvre (ah, le crissement des souliers vernis avant la mauvaise nouvelle). 

Beauvois filme les paysages comme des visages, et les visages comme des paysages. C'est superbe.

 

4e 

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12 jours

Avant 12 jours, une personne hospitalisée dans un hôpital psychiatrique sans son consentement doit voir un juge, qui décidera ou non de la maintenir internée.

Ce sont ces confrontations entre malade et juge que Depardon décide de montrer, simplement filmées en champ / contrechamp, et juste entrecoupées par des plans de coupe plus ou moins convaincants (des paysages brumeux, des couloirs d'hôpital).

Le dispositif, assez peu original quand on connaît le cinéma de Depardon, est toutefois efficace. Peu importe quelle décision prend le juge (il confirme toujours, sauf dans une situation, l'enfermement), on est souvent interloqués par les expressions des malades, dont certains sont très, très impressionnants.

L'intérêt du film réside donc exclusivement dans cette façon dont il malaxe la pâte humaine et donne à voir des destinées personnelles parfois terrifiantes (la dame qui rêve de se suicider, celui qui a tué son père, la salariée d'Orange). Cette densité est particulièrement palpable quand le visage des malades sont à l'écran. Quand la caméra s'attarde sur les juges, l'intensité chute d'un cran, même si on se prend parfois à les interclasser dans l'ordre de nos préférences, tout à fait subjectives.

Un film solide, mais pas le meilleur Depardon à mon sens.

 

2e

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Battle of the sexes

Beaucoup de moyen, pas mal de bon et un peu de mauvais dans ce film à la croisée des genres.

Pour le moyen : la mise en scène un peu molle (on peine à reconnaître la vivacité des auteurs de Little Miss Sunshine), la narration sage, une histoire d'amour platement filmée, une bien-pensance qui peine à convaincre.

Pour le mauvais : des longueurs (la première scène de coiffure où on a envie de crier : ON A COMPRIS, T'ES LOURD). Le film aurait mérité d'être raccourci d'une demi-heure.

Pour le bon : une prestation énormissime d'Emma Stone qui parvient à tout transformer chez elle, de la démarche à la posture, et une reconstitution d'une partie de tennis bluffante. 

Au final, un moment de cinéma de moyennement agréable à plutôt plaisant, suivant l'intérêt qu'on porte au tennis, au coming out des tenniswomen lesbiennes, ou à Emma Stone. Pour ma part, c'est le versant féminisme décomplexé qui m'a le plus plu : l'aspect "je les emmerde tous ces connards de phallocrates, et je vais les niquer". 

 

2e

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La lune de Jupiter

Il faut probablement un goût pour le mauvais goût pour apprécier pleinement ce second film de Kornel Mundruczo.

Je ne le conseillerai donc pas aux esthètes sensibles, aux amateurs de cohérence stylistique et aux spectateurs qui recherchent subtilité et délicatesse.

La lune de Jupiter est en effet un foutoir tape à l'oeil qui commence comme un film roumain social à la Mungiu (caméra à l'épaule, plan séquence virtuose, vérisme à tout crin), pour continuer comme une fable Tarkovskienne , avant de se terminer en mode film d'action américain. 

Entre temps, Mundruczo nous aura ravi par son sens de la mise en scène instinctif et décapant, nous offrant des séquences d'une richesse visuelle insensée, comme celle de l'appartement qui tourne sur lui-même ou comme la poursuite en voiture, un exercice pourtant convenu, qui ici semble radicalement renouvelé.

Il est à mon avis complètement vain de trouver une morale générale à ce film, et c'est probablement ce qui dérange le grand nombre de critiques qui ont descendu le film, et qui aiment à classer les oeuvres dans une case : film mystique, parabole sur les migrants, dénonciation des travers de nos sociétés non-croyantes ? Le film n'est évidemment rien de tout cela : peut-être au final n'est il que la description attentive d'une situation inattendue, ou le simple portrait d'un ange sans Dieu.

J'ai été captivé.

 

3e

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Western

Après le merveilleux Toni Erdmann, sommes nous en train d'assister à la naissance d'une nouvelle vague allemande, chaperonnée par sa réalisatrice, Maren Ade, qui a justement produit Western ?  

On peut se le demander, tant ce film partage de points communs avec Toni Erdmann : même distance, dont on ne saurait dire si elle est amusée ou critique (ou les deux), même façon d'égarer un peu le spectateur dans un récit qui semble incontrôlé et conduit par la succession d'évènements improbables (mais qui est certainement au contraire très maîtrisé). 

Le film est intéressant par de nombreux aspects plutôt originaux : le vrai travail des ouvriers de travaux publics est montré avec un réalisme confondant, le personnage principal est très charismatique et toute l'intrigue peut être regardée sous l'angle d'une Europe à deux vitesses, ou d'un nouveau type de colonisation (il s'agit d'une équipe de travailleurs allemands, isolée dans un coin perdu de Bulgarie).

La tension psychologique qu'arrive à installer la réalisatrice Valeska Grisebach est par instant prenante, et plusieurs scènes sont d'une grande force dans le genre "incommunicabilité" et "le pire va arriver, c'est sûr". 

Le point faible du film, mais c'est aussi en partie son charme, tient dans ses vides, ses creux, ses temps morts, ses clichés parfois mollassons.

Je conseille ce film aux cinéphiles prêts à prendre leur temps, curieux de découvrir une oeuvre finalement assez originale.

 

2e

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Thelma

Dieu sait si j'ai aimé Oslo, 31 août, meilleur film pour moi de l'année 2012.

Las, son réalisateur Joachim Trier ne cesse depuis de me décevoir : son film précédent (Back home) m'avait interloqué (pour être gentil) et celui-ci m'a catastrophé, si je puis utiliser cette tournure familière.

Je vais donc, à contre coeur, énumérer ma liste de récriminations. Le scénario est cousu de fil blanc. Tout y est dessiné avec une lourdeur qui devient gênante, et qui est en contradiction totale avec la légèreté de traitement que nécessiterait l'intrigue. Exemples : la vue en plongée qui ouvre le film est inquiétante à souhait, les vols d'oiseaux rappelle avec une lourdeur kolossale Hitchcock, le portrait de la méchante grand-mère enfonce tous les clichés à trois sous, la fin avec la guérison par imposition des mains est ridicule, le retour de la disparue ne rime à rien, etc.

Le film fait fasse à un double handicap : le scénario est d'une faiblesse criarde, enfilant les poncifs du genre fantastique, et la mise en scène sert ces poncifs avec une servilité de débutant. Le résultat ressemble au final à une série Z d'auteur, chacun de ces deux défauts majeurs aggravant l'autre. Et réciproquement. 

On pense sans cesse à Grave, de Julia Ducourneau. La thématique principale étant exactement la même : il s'agit dans les deux cas de peindre l'éveil à sa sexualité d'une jeune femme, associée à une transgression de l'ordre du bizarre. La comparaison est très cruelle, tant le film de la jeune française était choquant, iconoclaste, décoiffant et celui de Trier convenu, suranné, froid.

Thelma convoque aussi des souvenirs de L'exorciste, de Carrie, de Morse, références qui toutes mettent en exergue son caractère souffreteux et innabouti. 

A fuir. Malheureusement.

 

1e

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En attendant les hirondelles

Le premier long-métrage de Karim Moussaoui place son auteur parmi les jeunes cinéastes mondiaux les plus prometteurs.

Il y a en effet quelque chose de Krzysztof Kieslowski ou de Nuri Bilge Ceylan dans la double intention du film : donner à voir d'amples dilemmes moraux nichés au creux du quotidien, tout en donnant à son film une douce élégance esthétique.

On suit successivement trois histoires qui n'ont rien à voir entre elles, si ce n'est des rencontres fortuites qui font se croiser les différents personnages. L'oeil du cinéaste, et donc celui du spectateur, devient par ce procédé presque divin : on entre dans la vie des personnes presque par hasard et on y voit tout. Le film se termine par l'amorce d'un quatrième chapitre : on suit quelques minutes un personnage que le protagoniste du troisième volet croise par hasard, avant que le générique de fin nous frustre brutalement du pouvoir omniscient que nous avons eu pendant deux heures.

Le film de Moussaoui est empli de multiples petits signaux à peine esquissés qui peuvent évoquer la situation de l'Algérie contemporaine (un article de journal, une corruption en passant, un souvenir de la guerre civil) ou ouvrir une parenthèse poétique inattendue (les musiciens dans le désert). Sous ses dehors un peu lisses, il est d'une grande richesse.

L'intérêt des trois historiettes va croissant : la première décrit une (petite ?) lâcheté, la seconde le basculement d'une vie entre raison et sentiment (tout en étant un magnifique portrait de jeune femme) et la dernière terrasse par sa maîtrise formelle et l'attention portée aux visages des acteurs.

Un cinéaste important est probablement en train de naître.

 

3e

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Au revoir là-haut

J'aimerais pouvoir dire beaucoup de bien de ce film : Albert Dupontel m'est sympathique (j'ai adoré 9 mois ferme), le casting est épatant et le scénario est sur le papier un des plus attrayant que le cinéma français a produit ces dernières années.

Mais curieusement, je ne suis jamais vraiment entré dans le film. La virtuosité un peu vaine de la caméra de Dupontel convient assez mal au caractère noir de l'histoire, comme d'ailleurs les décors ripolinés et la photographie bien léchée.

On n'est jamais loin de la caricature, ou a minima d'une sorte de BD dans laquelle les personnages seraient croqués à grand traits, dans un style un peu trop net pour être réellement intéressant. 

Quelques aspérités du livre sont gommées, à l'évidence dans le but de rendre le film à la fois plus spectaculaire et plus aimable : le fait que ces arrangements soient effectués avec la bénédiction de Pierre Lemaitre, qui a participé au scénario, ne les rend pas moins inutiles.

Ceci étant dit, le film se laisse regarder, un peu comme une série de samedi après-midi pluvieux : il ne prête guère le flan à la critique frontale, sauf peut-être pour les détracteurs de l'esthétique à la Jean Pierre Jeunet. Il y a en effet un peu du style de ce dernier dans Au revoir là-haut.

A vous de voir.

 

2e

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Le musée des merveilles

Le musée des merveilles est un film bouleversant, qui fait naître l'émotion de multiples façons : par ce qu'il raconte, par ce qu'il montre et par ce qu'il fait entendre.

C'est un sentiment vraiment merveilleux, qu'on éprouve rarement au cinéma, que celui que procure le film  de Todd Haynes : celui de se perdre dans un labyrinthe d'histoires et de sensations, que le montage éclaircit progressivement.

La délicatesse de la mise en scène et la pertinence de toute la direction artistique rendent le film doux et aimable, son scénario est d'une intelligence rare. Les correspondances, les concordances entre les deux époques du film semblent évoquer une liaison paranormale, qui s'avérera finalement bien différente que celle qu'on peut imaginer au début de la projection.

Parmi les nombreuses qualité du film, il faut souligner l'incroyable traitement du son (par exemple, le film met en scène des personnes sourdes, et quand une scène est en caméra subjective, on entend moins bien) qui provoque un sentiment d'immersion confondant.

La reconstitution des différentes époques est parfaite, le jeu des trois jeunes acteurs renversant et l'inventivité générale du film a provoqué chez moi une sorte de jubilation esthétique et intellectuelle qui s'est noyé pour les dernières scènes dans un Niagara de larmes.

Je le recommande chaudement. Un des tout meilleurs films de l'année.

 

4e 

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A beautiful day

A beautiful day est d'une grande beauté formelle.

Pas un plan n'est inutile, mais contrairement à la plupart des films, dans lesquels la succession des plans fait avancer l'action, il s'agit plutôt ici de décrire le plus précisément possible l'état psychologique du personnage.

Joaquin Phoenix, surpuissant, trouve ici sans contestation possible le rôle de sa vie. Il évolue en douceur, comme un chat, silencieux, calme, implacable, même pas haineux. Il fait vraiment peur, y compris dans des scènes d'empathie surréalistes (celle où il tient la main de sa victime en train d'expirer par exemple). 

La violence contenue dans le film, dont la presse fait grand cas, n'est finalement qu'allusive. On ne voit pas vraiment de sang et les scènes de massacre ne sont montrées qu'indirectement (caméra de surveillance, reflets) quand elle ne font pas carrément l'objet d'ellipses.

Le film respire l'intelligence, et tout y est techniquement parfait : montage, son, photographie, cadres, scénario, seconds rôles (la mère), utilisation des décors. Seul petit bémol dans l'appréciation : les flash-backs, que je trouve un peu moins bons que le reste du film.

Une belle réussite, empreinte d'une curieuse douceur. Un film sec mais pas aride.

 

4e 

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D'après une histoire vraie

Une catastrophe, un incident industriel, une gabegie, un navet de première ampleur : on ne sait pas trop comment trouver les qualificatifs qui décriront le mieux le niveau d'indigence crasse qu'atteint ce film.

Le jeu des deux actrices est absolument pitoyable. Eva Green entre ainsi au Panthéon des pires actrices, avec une prestation qu'elle traînera comme un boulet honteux tout au long de sa carrière : elle surjoue le mystère, alors qu'un jeu plus neutre aurait à l'évidence mieux servi son personnage. 

Le scénario est à la fois cousu de fil blanc et tissé d'invraisemblances, le film devenant progressivement une caricature de lui-même en même temps qu'une pâle copie de Misery, auquel on pense forcément. Les motivations de Elle restent floues, la crédulité de Delphine suspecte, la réalisation de Polanski est standard, on s'ennuie et on peste de perdre son temps.

Une cruelle déception.

 

1e

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