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Christoblog

La forme de l'eau

Le dernier film de Guillermo del Toro est étonnant à plus d'un titre.

Tout d'abord, sous son esthétique très Jean Pierre Jeunet (du vieux très coloré qui fait neuf, des éclairages peu naturel), perce par éclair une radicalité plus sauvage, typique du réalisateur mexicain.  Je pense par exemple à ce sein énorme qui s'échappe du corsage de la très formatée épouse américaine, ou à la façon très précise qu'à une balle de traverser une joue.  

De la même façon, ce que raconte l'histoire (pour faire simple, La belle et la bête) est un vernis qui recouvre des thématiques plus profondes et plus contemporaines : la libido féminine, la célébration des différences, le machisme ordinaire, la solitude.

La forme de l'eau est une oeuvre étrange, que la mise en scène hyper-fluide de Del Toro rend très agréable à regarder : lisse à l'extérieur, profonde à l'intérieur. Si l'émotion classique n'est pas réellement au rendez-vous, on est constamment stimulé intellectuellement, soit par une scène de toute beauté (le premier plan du film, les gouttes de pluies qui se poursuivent sur la vitre du bus), soit par une performance d'acteur remarquable (Sally Hawkins et Michael Shannon au meilleur de leur forme), soit par une digression intrigante (la musiques, les claquettes, les films à la télé, l'insert en noir et blanc).

Un film aimable, qu'il faut laisser reposer quelques heures dans un coin de sa mémoire pour en apprécier pleinement la chaleureuse densité.

 

2e

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L'apparition

L'apparition commence très bien. 

Xavier Giannoli parvient à installer rapidement une ambiance qui suscite la curiosité du spectateur. Les arcanes secrètes du Vatican, l'attitude circonspecte des autorités religieuses, la constitution de la commission d'enquête façon thriller : tous ces éléments contribuent à installer un vrai suspense.

L'attitude purement rationnelle du personnage que joue Vincent Lindon fait plaisir à voir, alors que la jeune fille qui voit les apparitions (Galatea Bellugi) est remarquable par son jeu neutre et impénétrable.

Malheureusement (et c'est une constante dans le cinéma de Giannoli), le film ne tient pas la distance et part progressivement en quenouile : une nouvelle preuve que les réalisateurs ne font pas forcément de bons scénaristes.

Dans sa deuxième partie, L'apparition perd donc progressivement de l'intérêt. L'extraordinaire coïncidence de l'icône est un coup de poker scénaristique qui ne fonctionne pas. Le basculement de Jacques dans la colère nuit à l'originalité du film, comme d'ailleurs l'effacement progressif de la commision d'enquête. 

Le final est lourdingue, l'escapade en Syrie et la résolution de l'intrigue à la va-vite est une très mauvaise idée : toute l'ambiguïté que le film avait patiemment construite autour du mystère d'Anna est balayé par une scène de quelques secondes, d'une banalité effrayante.

Un film qui commence en ballerines et finit en gros sabots.

 

2e

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Phantom thread

On peut dire à propos de Phantom thread les mêmes choses qu'à propos de There will be blood : la mise en scène est virtuose, Daniel Day Lewis est exceptionnel, le nappage musical incessant gâche tout, le film est beaucoup trop long ramené à son scénario squelettique et le maniérisme de Paul Thomas Anderson confine parfois au mauvais goût.

On s'ennuie d'abord lourdement. Même si les mouvements de caméra sont brillants, la naphtaline qui engonce le récit endort tout intérêt. 

Il faudra attendre le dernier tiers du film pour que le scénario se réveille un peu, d'une façon d'ailleurs toute relative. On peut dire que l'essentiel de l'histoire pourrait faire l'objet d'un moyen-métrage d'une heure environ. De toute façon, la musique, envahissante et disgracieuse, aura détourné votre attention depuis longtemps quand les évènements commenceront à devenir un tout petit peu originaux. Il faut vraiment insister sur la façon dont ces nappes de violons, cette sorte de free jazz maladroit et cet ersatz de musique baroque pourrissent véritablement le film, comme un nappage de gros sel polluerait un bon gâteau au chocolat.

La réalisation de PTA n'évite pas par ailleurs les lourdeurs. Pour n'en citer que quelques unes : l'insistance sur la cueillette des champignons, la scène de Nouvel an résolument ratée, l'amplification des bruits quand Alma mange et la scène au ski avec la neige qui tombe, d'une laideur remarquable.

Un beau gâchis.

PTA dans Christoblog : Punch-drunk love - 2001 (*) / There will be blood - 2008 (**) / The master - 2012 (*)

 

2e

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Concours L'amour des hommes (Terminé)

A l'occasion de la sortie le 28 février du film de Mehdi Ben Attia, je vous propose de gagner 2 x 2 invitations valables partout en France.

Pour ce faire :

- répondez à la question suivante : "De quelle nationalité est le réalisateur Mehdi Ben Attia ?"

- joignez votre adresse postale

- envoyez moi le tout par ici

avant le 27 février 20 h.

Un tirage au sort départagera les gagnants.

Vous recevrez ensuite les invitations, envoyées directement par le distributeur.

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Jusqu'à la garde

Xavier Legrand, avec ce premier film doublement récompensé à Venise, et encensé par la critique, signe une entrée retentissante dans le cinéma français.

Il reprend approximativement  les deux personnages de son précédent court-métrage (Avant que de tout perdre) là où il les avaient laissé. Denis Ménochet et Léa Drucker jouent toujours Miriam et Antoine. Le divorce a maintenant eu lieu, et il s'agit d'organiser la garde des enfants.

Ceux qui connaissent le court-métrage seront probablement moins surpris par l'évolution de l'histoire que ceux qui découvrent cette famille classique - et infernale. 

La grande force du film est de revisiter intégralement le naturalisme à la française. Si la première scène au tribunal est de facture relativement classique (champ/contrechamp, montage ordinaire bien que millimétré) Xavier Legrand enchaîne ensuite avec une mise en scène étouffante, originale et très maîtrisée. L'attention portée aux sons est par exemple incroyable : le bruit de la ceinture de sécurité ou celui de l'interphone sont des personnages de l'histoire. La scène de la fête d'anniversaire, filmée en condition réelle par de longs mouvements de caméra, est de toute beauté.

La densité du jeu des acteurs, le dépouillement spartiate des péripéties, le travail sur la banalisation des décors : beaucoup d'éléments dans le film contribuent à en faire une oeuvre d'exception dans le paysage du cinéma français actuel, qui n'avait encore jamais montré avec cette acuité l'emprise psychologique d'un homme violent sur sa famille.

Il ne manque pas grand-chose pour que le film obtienne la note maximale. Peut-être le besoin de ressentir un peu plus le film, plutôt que de l'admirer.

 

3e

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Games of thrones - Saison 7

Je n'ai jamais eu envie jusqu'à présent d'écrire sur Games of thrones, peut-être parce que le fait d'avoir lu l'intégralité des romans de RR Martin m'ont fait regarder tout le début de la série avec un oeil détaché, puisque je connaissais l'histoire.

Le fait qu'on ait maintenant dépassé depuis deux saisons la fin des romans me procure un vrai plaisir de spectateur. C'est un délice de découvrir de nouveaux évènements à chaque épisode. Et puis cette saison 7, ramassée en sept denses épisodes, me plait beaucoup.

Tout d'abord, elle concentre les principales qualités de la saga : un mix particulièrement réussi de batailles homériques (sur mer, sur terre et dans la neige, elle sont cette saison particulièrement impressionnantes) et de conversations stratégico-politiques dignes des Rois maudits. Chacun aura bien sûr son idée sur la meilleure conduite à tenir en matière de tactique militaire, d'alliance stratégique, et le spectateur, plus que jamais, peut ici se rêver stratège.

Cette septième saison brille aussi par sa façon de resserrer encore plus l'intrigue sur l'essentiel. Les personnages secondaires (même très importants) continuent à mourrir, alors que le clan Starck se reconstitue à Winterfell, comme si les saisons 2 à 6 n'étaient qu'une vaste parenthèse aboutissant à un retour aux sources empreint d'une sourde nostalgie. L'empreinte du temps qui passe a durement marqué les visages des frères et soeurs que sont Arya, Sansa, Bran, Jon (et aussi Theon, élevé avec eux). Le simple souvenir des épreuves que chacun d'entre eux a traversé suffit à glacer le sang.

On retrouve également dans cette saison 7 le pouvoir de surprendre qui fait le charme des meilleurs moments de Games of thrones. Si certaines évolutions du scénario sont facilement anticipables, d'autres sont vraiment très bien amenées (je pense par exemple à l'extraordinaire confrontation Sansa / Arya / Lord Baylish).

Voici donc la série la plus célèbre au monde bien calée pour attaquer sa saison finale, qui comptera six épisodes et sera diffusée en 2019.

 

4e 

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La douleur

Je suis très embêté pour commenter ce film.

D'un côté je me suis royalement embêté (j'y reviendrai plus tard), de l'autre il me faut reconnaître qu'il y a ici un véritable projet de cinéma qui rend le film, si ce n'est aimable, du moins respectable.

Dès le premier plan, la caméra s'égare, flotte, film vaguement le ciel de Paris et une tasse à café et la nuque de Mélanie Thierry, pendant que les phrases inimitables de Duras flottent dans l'air comme des bribes évanescentes. Pour le coup, la mise en scène est à l'unisson du texte durassien : vaguement quelconque, peu empathique, désespérément anti-narratif. 

On voit bien le projet de Finkiel, qui est de donner une traduction visuelle du livre, sans s'illustrer littéralement, et c'est assez réussi de ce point de vue. Le souci, c'est que les états d'âme de Mélanie Thierry m'ont laissé complètement indifférent. Pire que cela, je n'ai pas compris ses évolutions : pourquoi s'entiche-t-elle du personnage joué par Benoît Magimel ? Pourquoi vouvoie-t-elle et tutoie-t-elle alternativement Dionys ? Quelle est la nature de sa douleur ? Tout ses auto-apitoiement verbeux et souvent abscons ("Mes pieds marchent" "Ma voix se tait") m'ont énervé : je me rends compte que le problème que j'éprouve vis à vis du film (en plus d'un certain formalisme corseté), c'est que je n'aime aucun de ses personnages.

La douleur confirme également un fait déjà constaté : Benjamin Biolay est bien le pire acteur sévissant aujourd'hui dans le cinéma français. Sa variété d'expression est d'une pauvreté sans nom, et se limite à l'expression bornée, dégingandée et lippue qui semble consubstantielle à sa façon d'être (et je ne parle même pas de sa mèche de cheveux toujours aussi artistement disposée). Il a le charisme d'une éponge en fin de vie. 

A vous de voir en fonction de votre appétence pour Duras. Si vous aimez (et comprenez) des phrases, comme celle-ci, allez-y : "Ainsi seconde après seconde la vie nous quitte nous aussi, toutes les chances se perdent, et aussi bien la vie nous revient, toutes les chances se retrouvent."

 

2e

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Indivisibili

Premier film d'un jeune réalisateur italien, Edoardo de Angelis, Indivisibili, que j'ai vu au Festival d'Arras, est très peu distribué en France.

Le pitch du film est intéressant : des soeurs siamoises (reliées par la hanche) gagnent leur vie en chantant, dans une banlieue défavorisée du Sud de l'Italie.

Leur connivence, leur personnalité, leur métier survivront-ils à l'annonce de la possibilité de les séparer sans difficulté ?

Le sujet du film, intéressant, ne résiste malheureusement pas au traitement hétéroclite du réalisateur, qui ne parvient jamais à nous intéresser aux enjeux psychologiques et narratifs de l'histoire, pourtant prometteurs. Le style hésite en permanence entre virtuosité scorsesienne du plan-séquence alambiqué, réalisme sordide à la Gomorra, éclairs oniriques lyncho-felliniens et fable morale à la mode du cinéma roumain.

C'est too much en général et raté en particulier, malgré quelques éclairs inspirés.

 

2e

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Wonder wheel

Rien à sauver dans le dernier Woody Allen, un océan de médiocrité noyé dans les pires éclairages que j'ai vu au cinéma. 

Il faudrait empaler le directeur de la photographie Vittorio Storaro (c'est déjà celui de Cafe Society) pour avoir osé proposer des lumières aussi outrageusement oranges, ou roses, ou rouges, ou parfois les trois à la fois. J'en avais la nausée.

Le décor, un Coney Island de carton-pâte, est à l'unisson de l'image : factice, moche, invraisemblable. 

Chaque personnage évolue dans son registre sans aucune subtilité (la Palme de la la nullité est attribuée à Justin Timberlake) et la pauvre Kate Winslet erre dans tout le film comme une âme en peine, surjouant un rôle qui ne lui convient pas du tout. Le scénario - en réalité celui d'une tragédie antique - éclate dans le film comme le bruit dérangeant d'un coussin péteur.

On a honte de voir Woody Allen descendre aussi bas.

Woody Allen sur Christoblog : Scoop - 2006 (**)  / Vicky Cristina Barcelona - 2008 (**) Whatever works - 2009 (**) Vous allez rencontrer un bel et sombre inconnu - 2010 (*) Minuit à Paris - 2011 (**)  / To Rome with love - 2012 (**) Blue Jasmine - 2013 (**) / Magic in the moonlight - 2014 (**) / L'homme irrationnel - 2015 (***) / Cafe society - 2016 (**)

 

1e

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Centaure

Difficile de rester insensible à ce joli film kirghize, qui a l'apparente simplicité d'une fable, mais s'avère au final assez fin.

Il est par exemple tout à fait jouissif de voir le voleur-plaisir soumis à la vindicte haineuse du voleur-professionnel qui voit dans l'activité du premier un déshonneur pour la profession. 

De même les relations qu'entretient Centaure avec les femmes embrouillent aussi bien le spectateur que les autres personnages du film, et nous amènent globalement à revoir nos stéréotypes. 

Tout Centaure est ainsi parsemé de plaisirs délicats : découvrir de magnifiques paysages et de curieuses coutumes, se confronter au prototype du nouveau riche d'Asie Centrale (Brrrr) et rire parfois (les oies).

Seul bémol à mon appréciation, je trouve la fin bien trop mélodramatique et pas du tout au diapason du reste du film. 

 

2e

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Gaspard va au mariage

Beaucoup de choses sympathiques dans ce petit film, qui peine toutefois à tenir la distance.

Parmi les points forts du film d'Anthony Cordier, il faut d'abord signaler un casting d'un goût exquis, incluant la révélation de Jeune femme, Laetitia Dosch, aussi bien que le grand acteur flamand Johan Heldenbergh, qu'on a vu dans tous les grands films belges récents (de La merditude des choses à Alabama Monroe).

Autre élément favorable, la fantaisie déjantée de cette famille hors du commun, qui se matérialise dans quelques scènes amusantes (le bain de poissons par exemple).

Malheureusement, l'esprit enjoué et facétieux du début s'étiole vite. C'est probablement la faute à un scénario qui file tout droit, sans véritables surprises, et qui ne parvient pas à mettre en véritable relation des personnages qui sont tous individuellement intéressants.

Gaspard va au mariage manque également (et paradoxalement) d'unité et ressemble finalement à un puzzle moche dont chaque brique est agréable à l'oeil. La relation quasi incestueuse du frère et de la soeur + les inventions Chindogu + les animaux ont une âme + c'est triste de perdre sa mère + les tatouages + .... = Trop.

 

2e

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Total recall

La vision la semaine dernière sur Arte de Total recall m'a laissé une drôle d'impression.

La première partie du film m'a beaucoup plu. Le scénario diabolique issu de l'imagination de Philip K Dick est brillant, l'aspect cartoonesque de l'interprétation (Schwarzenegger, et encore plus Sharon Stone) colle bien au style visuel du film. On peut juste regretter à ce stade que certains éléments de décor (notamment les voitures) vieillissent particulièrement mal - mais c'est le lot commun, et paradoxal, de tous les films de SF. Le futur se démode plus que le présent.

La seconde partie m'a semblé beaucoup moins intéressante, abandonnant plusieurs des ressorts complexes du début pour se muer en un film d'action beaucoup plus traditionnel. 

Il reste quand même sur toute la durée du film une patte Verhoeven reconnaissable, même s'il s'agit ici d'un film de commande, comme par exemple le mauvais goût assumé de nombreuses scènes gore, au nombre desquelles celle des deux bras sectionnés par l'ascenseur fait figure de joyau. 

 

2e

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Certaines femmes

Le problème avec le cinéma de Kelly Reichardt, c'est que je n'en perçois pas les intentions.

Quel intérêt de voir Michelle Williams se promener dans les bois, faire des sandwichs et boire du vin pendant que son mari regarde du sport à la télé ?

S'il s'agit de montrer sa tristesse ou de matérialiser sa solitude, alors le film est un grand pléonasme, tant la façon qu'à Reichardt de filmer (pas de musique, une image terne et sombre, des scènes qui s'étirent) souligne les thèmes abordés (incommunicabilité, solitude). La réalisatrice filme de façon dépressive et minimaliste des situations déprimantes.

Il est intéressant de comparer ce film à Moonlight. Les deux films partagent en effet un certain nombre d'éléments communs : ils sont constitués de trois parties distinctes, abordant chacune une thématique différente, et mettent tous deux en scène des personnages en difficulté dans leur relation aux autres. Alors que Moonlight est porté par une foi dans le cinéma qui lui permet de donner de sublimes plans presque joyeux dans la façon dont il sont conçus, Certaines femmes ajoute de l'ennui à l'ennui, et de la tristesse à la tristesse. 

Vingt-quatre heures après l'avoir vu, il faut tout de même que je reconnaisse que certains moments laissent une empreinte profonde : la scène du cheval dans la troisième partie par exemple. Ces quelques séquences ne rendent pas le film passionnant, mais juste intéressant.

 

2e

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Pentagon papers

La première partie du nouveau Spielberg m'a légèrement ennuyée. Ce n'est qu'a posteriori, quand l'action se déclenche véritablement, qu'on comprend que cette longue mise en place était nécessaire, notamment pour bien dessiner l'ensemble des enjeux qui pèsent sur la décision que doit prendre May vers le milieu du film.

Pour résumer, cette héritière peu légitime (elle ne doit son poste qu'au décès de son mari) doit en quelques heures prendre une décision qui engage non seulement la réputation de son journal, mais aussi son sort propre (elle risque la prison), la fin d'une longue amitié politique et l'équilibre financier de son entreprise. 

Meryl Streep assume ce rôle avec une classe impeccable et beaucoup de subtilité. Tom Hanks est très convaincant en pitbull bonhomme, et l'ensemble du casting est parfait.

Spielberg assure le boulot avec classe, à travers une mise en scène très fluide et très classique, dans la droite ligne d'un de ses films précédents, avec Tom Hanks également, Le pont des espions. Le découpage du film est assez curieux, enchaînant avec précision des mini-ellipses à répétition qui permettent au scénario de déployer d'amples parenthèses au sein d'un film d'une durée raisonnable (1h55).

Pentagon papers est un vibrant plaidoyer pour la liberté de la presse, et donc une missive personnelle à l'actuel locataire de la Maison Blanche. Si ces effets sont parfois un poil appuyés, le résultat final est à la fois instructif et plaisant.

 

3e

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American crime story (Saison 1) : The people vs OJ Simpson

Cela faisait bien longtemps que je n'avais pas trouvé une série aussi addictive.

Difficile en effet de ne pas être happé dès le premier épisode par cette reconstitution du procès de OJ Simpson, star noire du foot américain, accusé du meurtre de son ex-femme et de son compagnon.

On suit avec une délectation un peu morbide les méandres de cette affaire, dans laquelle les rebondissements successifs (côté défense, côté accusation, mais aussi chez le juge ou les jurés) paraitraient totalement improbables si on ne les savait pas ... réels !

La qualité de l'écriture est exceptionnelle, le casting incroyable (Sarah Paulson en tête) et la mise en scène d'une solidité à toute épreuve. La série est édifiante en ce qu'elle montre les incroyables faiblesses du système judiciaire américain, et le racisme croisé des deux communautés qui empêche tout jugement équitable.

On sort de cette série lessivé et passablement pessimiste quant à l'avenir de la nation américaine - qui depuis 1995 a montré qu'elle pouvait être aussi irréfléchie que ces évènements le laissent penser.  

A voir absolument. 

 

4e 

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La juste route

Ce n'est pas seulement parce qu'il est hongrois et tourné en noir et blanc que La juste route est un film étonnant : c'est surtout parce que le traitement de son sujet est profondément original.

Nous sommes en 1945 et deux juifs reviennent dans un village de la Hongrie profonde, suscitant toutes sortes de réaction chez les habitants, qui ont spoliés et dénoncés des Juifs durant la guerre.

Le réalisateur, Ferenc Torok, filme l'arrivée des Juifs dans la ville comme un mélange de film noir américain et de suspense à la Hitchcock : cadrage serré, forte expressivité des visages, petite musique cristalline et oppressante.  C'est un peu comme si Le ruban blanc de Haneke était croisé avec Les oiseaux

Comme toute la mise en scène est hyper-maîtrisée, le film donne le sentiment d'une réussite formelle indéniable, appliquée à un sujet qui n'est pas vraiment adapté à cette forme. On oscille durant tout le film entre intérêt pour l'histoire racontée (bien servie par la performance des acteurs, tous très bons), et observation distanciée du savoir-faire de Torok. J'ai par exemple remarqué qu'un nombre incalculable de plans comprenaient un premier plan flou induisant que le spectateur est aussi un voyeur.

Une curiosité résolument originale, qui a remporté de nombreux prix en festival, dont un dans la section Panorama de la Berlinale 2017.

  

2e

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Les heures sombres

Difficile de ne pas être intéressé par ce film si on aime l'Angleterre ou l'histoire. 

Les heures sombres retrace en effet une période de l'histoire anglaise palpitante : ces quelques jours durant lesquels on voit à la fois Lord Chamberlain démissionner, Churchill parvenir au pouvoir et Hitler envahir la France. 

Le film montre très bien, et c'est vraiment son principal intérêt, les hésitations de Churchill et l'extrême précarité de sa situation politique. A l'image de l'emblématique opération Dynamo, les décisions qu'il prend sont sur le moment assez folles, et le film montre bien que Churchill joue sa tête à de multiples reprises.

Le réalisateur Joe Wright rend une copie très propre, trop propre à mon goût. Il n'évite ni les tics maniéristes (la caméra qui s'élève à la verticale dans les airs jusqu'au ciel), ni les excès d'une direction artistique trop bien léchée (les décors et la photographie sont un peu tape-à-l'oeil). 

Le résultat, d'un point de vue visuel, donne une impression de reconstitution sortie du formol, impression renforcée par le jeu très marqué de Gary Oldman, méconnaissable sous les couches de maquillage.

La fin du film fait cependant basculer l'impression générale du côté positif : difficile de résister aux talents d'orateur de Churchill et à l'anecdote de sa visite dans le métro.

 

2e

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3 billboards, les panneaux de la vengeance

Voici un film qui possède tout ce que j'attends du cinéma : des surprises, de la beauté, des émotions.

La réussite est quasi générale quel que soit l'angle sous lequel on observe 3 billboards, mais ses deux points forts sont sans conteste son scénario et son casting.

Cela faisait bien longtemps qu'un scénario ne m'avait pas ébloui à ce point (disons Une séparation). On ne sait jamais vraiment là où le film va nous entraîner, que ce soit au niveau d'une scène (va-t-elle frapper ?) ou d'un pan entier de l'histoire générale. L'intrigue rebondit ainsi plusieurs fois dans le film sans qu'à aucun moment on ait l'impression d'être manipulé. Notre regard sur chacun des personnages ne cesse d'évoluer tout au long des développements de l'intrigue. Du grand art.

Côté interprétation, c'est du très très très haut niveau. Frances McDormand est évidemment impériale. Plutôt que d'insister comme tout le monde sur son côté John Wayne, je parlerais plutôt de l'incroyable plasticité de son visage. Woody Harrelson et plus encore Sam Rockwell sont parfaits également, mais la réussite ultime du film, c'est la farandole de seconds rôles parfaitement choisis. Je pense évidemment à Peter Dinkladge échappé de son rôle de Tyrion, mais aussi par exemple à Caleb Landry Jones dans le rôle de Red Welby.

Le talent de Martin McDonagh manipule différentes tonalités dans un ensemble parfaitement cohérent. On passe ainsi d'une série de punchlines jouissives à une scène très violente, qui peut être immédiatement contredite par une émotion profonde (les lettres post-mortem) ou un clin d'oeil tendre (le dialogue des pantoufles). Ce n'est pas le moindre des nombreux mérites du film que de fondre en un seul creuset une critique du Sud redneck, un dilemme moral de haut vol et l'ambiance d'un film noir.

3 billboards invente un nouveau genre, qu'il porte à la perfection : le mélodrame drôle et humaniste.

 

4e 

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In the fade

Constatons pour commencer que l'ensemble de la critique dite "sérieuse" descend le dernier film de Fatih Akin.

Ces critiques portent-elles sur des considérations liées aux qualités du film ? Souvent non. Les articles focalisent dans la plupart des cas sur des problèmes d'ordre politique ou moraux.

On reproche à Fatih Akin le parcours de son personnage, comme si le réalisateur affichait de facto sa solidarité avec lui (l'article de Serge Kaganski dans les Inrocks est à ce titre d'un niveau de bêtise inouï). En raisonnant aussi bêtement, on pourrait reprocher à Scorsese les errements du personnage de Taxi Driver, à Coppola le comportement des soldats de Apocalypse now, etc.  A travers cet écheveau de jugements négatifs en tout genre, c'est finalement une sorte de nouvel ordre moral qui semble émerger de façon inquiétante.

Mais je reviens au film. Katjia perd son mari et son fils dans un attentat. Qui sont les auteurs ? Le passé de son mari explique-t-il l'attentat ? Comment la justice va-t-elle agir ? Comment le deuil de Katjia peut-il s'exprimer ?

Akin répond à ses questions dans trois parties très différentes, dont la variété donne du piment au film. Personnellement, j'ai souvent été égaré par la conduite de l'intrigue, et cela m'a beaucoup plu. L'accusation de certaines critiques sur la prévisibilité des évènements me semble absolument injuste, le dénouement final possédant un véritable effet dramatique.

La prestation de Diane Kruger est exceptionnelle (prix d'interprétation féminine à Cannes) et on aura rarement ressenti avec autant d'acuité la difficulté du travail de deuil, qui irrigue le film du début à la fin. La mise en scène de Fatih Akin retrouve le niveau de qualité de ses débuts (on songe à De l'autre côté) : elle est à la fois ample et déliée.

En synthèse In the fade ne me semble pas mériter la curée dont il est l'objet. Même s'il est globalement un peu trop appliqué pour vraiment décoller, il n'est pas sans mérite : la presse américaine lui a octroyé le Golden globe de meilleur film en langue étrangère.

 

2e

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Concours Centaure (Terminé)

A l'occasion de la sortie le 31 janvier du très joli film Centaure, je vous propose de gagner 2 x 2 invitations valables partout en France.

Pour ce faire :

- répondez à la question suivante : "De quelle nationalité est le réalisateur Aktan Arym Kubat ?"

- joignez votre adresse postale

- envoyez moi le tout par ici

avant le 30 janvier 20 h.

Un tirage au sort départagera les gagnants.

Vous recevrez ensuite les invitations, envoyées directement par le distributeur.

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