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Christoblog

Dans un jardin qu'on dirait éternel

Deux choses m'ont plu dans ce film. La première, c'est la découverte sur un mode quasi-documentaire de la cérémonie du thé. La seconde, c'est le sentiment du temps qui passe, assez bien rendu tout au long de ce long-métrage qui paraît d'ailleurs un peu plus long que ce qu'il est (1h40).

Pour le reste j'avoue avoir été un peu déçu, compte tenu des excellents retours lus ici ou là.

Il m'a semblé que les personnages étaient assez quelconques, les (rares) péripéties très maladroitement amenées (la scène finale avec le père) et les effets de mise en scène plutôt laids (les gros plans sur la végétation). Je me suis pour ainsi dire ennuyé, et j'ai trouvé que le film me tenait en quelque sorte "à distance", en me proposant une image du Japon un peu trop conforme à ce qu'en attend un spectateur occidental.

Reste cependant un autre aspect intéressant à mentionner, même si je ne suis pas sûr qu'il soit intentionnel : on peut débattre avec soi-même en regardant le film. Je me suis parfois dit que ce que je voyais était une vision morale, voire philosophique (et proprement japonaise), du sentiment d'impermanence, et à d'autres moments que tout ce que le film montrait était aussi le fondement d'un Japon réactionnaire et fasciné par la discipline, qui a généré à la fois les samouraïs et l'adhésion au fascisme.

Mais ceci est sûrement une autre histoire.

 

2e

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Les choses qu'on dit, les choses qu'on fait

Pour peu qu'on ne soit pas allergique au style et aux motifs récurrent d'Emmanuel Mouret (des gens parlent ad libitum de leurs peines de coeur, et tout le monde veut coucher avec quelqu'un d'autre que celui ou celle avec qui il ou elle est), on considérera que ce dernier film est le grand oeuvre du cinéaste marseillais.

Le marivaudage élégant qui constitue sa marque de fabrique se teinte ici de tonalités plus graves et plus profondes. Le résultat est donc aussi brillant que d'habitude, une fois que la musique romehrienne des dialogues très écrit est intégré, mais également plus émouvant.

Toutes les composantes de Les choses qu'on dit, les choses qu'on fait semblent d'ailleurs bonifiées : l'écriture est souveraine, le découpage du film parfait, l'utilisation de la musique (une sorte de best of de morceaux classiques pour piano) très pertinente, et même la mise en scène, usuellement quelconque chez Mouret, prend ici des couleurs.

Mais l'arme fatale du film, c'est le haut niveau d'incandescence que semblent atteindre acteurs et actrices. Camélia Jordana est brillante, Niels Schneider convaincant en Candide indécis, Guillaume Gouix impérial en goujat malgré lui et Vincent Macaigne trouve ici un de ses meilleurs rôles. Emilie Dequenne porte enfin le dernier arc narratif du film sur ses épaules et propose un personnage bouleversant. Sa prestation, exceptionnelle, justifie à elle seule la note maximale accordée au film.

Du grand Mouret.

 

4e 

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Antoinette dans les Cévennes

Antoinette, c'est Laure Calamy. 

Et c'est peu dire que cette dernière porte tout le film, et trouve ici un rôle à la mesure de son talent, qui est immense. Son personnage de fille bien en chair, romantique et un peu nunuche, popularisée par la série  Dix pour cent, s'irise ici d'une palette de sentiments intenses et inattendus. 

Résumons brièvement le pitch du film : Antoinette, amoureuse d'un homme marié, rejoint celui-ci qui randonne sur le chemin de Stevenson avec sa femme et sa fille. Bien sûr, l'initiative est ridicule et d'une certaine façon désespérée : on se doute bien que cela ne va pas évoluer vers une issue heureuse. L'intérêt du film est donc ailleurs, dans l'évolution progressive d'Antoinette sur les chemins cévenols. C'est évidemment dans le cheminement, et non dans le but poursuivi, qu'Antoinette va progressivement se transformer.

Cette subtile évolution du personnage est très agréablement servi par la fine écriture de la réalisatrice scénariste Caroline Vignal. Le film propose un cocktail réjouissant de scènes franchement drôles, de lignes narratives très amusantes (la réputation d'Antoinette qui la précède sur le chemin), de moments intenses et décalés (la belle conversation entre Antoinette et Eleonore), d'évocations feutrées du périple stevensonien (le personnage de Patrick doit beaucoup à la Modestine de Voyage avec un âne dans les Cévennes), de beaux paysages et de personnages secondaires croqués avec tendresse et acuité.

Sans être renversant, Antoinette dans les Cévennes présente un grand nombre de qualités, qui en font une comédie fine et agréable, digne du label que lui a accordé le Festival de Cannes. 

 

3e

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La femme des steppes, le flic et l'oeuf

Autant être prévenu : le nouveau film du cinéaste chinois Quanan Wang est lent, contemplatif et il ne s'y passe pas grand-chose. 

Si vous acceptez ce postulat de base et ne vous attendez pas à voir une comédie policière débridée, ni même un aimable divertissement décalé à la Kaurismaki, alors vous avez quelque chance d'apprécier cette plongée en apnée dans la steppe mongole : ses étendues immenses, la solitude des êtres qui la peuplent.

De ces points de vue, La femmes des steppes, le flic et l'oeuf atteint en effet son but. En le regardant, on a un excellent aperçu de la vie quotidienne d'une éleveuse de mouton, on éprouve parfaitement l'immensité des espaces parcourus, on sourit à l'ubuesque attitude de la maréchaussée locale. Et le chameau est d'une grande beauté.

Le film n'est pas parfait (je m'attendais par exemple à une photographie de meilleur qualité), mais il est estimable par ses intentions, sa façon de nous mettre en prise directe avec la vie, ses passages agréablement burlesques et ses quelques élans poétiques, voire presque métaphysiques. 

De là à le comparer au chef-d'oeuvre de Nuri Bilge Ceylan, Il était une fois en Anatolie, dont il partage quelques éléments narratifs, il y a un grand pas que je ne franchis pas, à l'inverse de certains commentateurs.

Quanan Wang sur Christoblog : Le mariage de Tuya - 2007 (**) / La tisseuse - 2010 (*)

 

2e

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Mindhunter

Magnifiquement porté par un couple d'acteurs au top, Jonathan Groff et Holt McCallany, Mindhunter est une série haut de gamme, écrite au cordeau et superbement réalisée par David Fincher et Andrew Dominic (entre autres).

Si le sujet de la série est l'exploration de la psyché des tueurs en série, il ne faut pas vous attendre ici à des traques palpitantes, des cliffhangers haletants et des scènes d'action impressionnantes.

C'est même tout le contraire que propose la série. La reconstitution des années 70 est grise, atone, comme l'était la direction artistique du film Zodiac. Le développement de l'histoire est lent, parfois fastidieux et les interviews des serial killers sont longs et répétitifs. Mais de tout cela se dégage une impression puissante de fatalité et de détermination, qui rend Mindhunter fascinant.

Malheureusement, si la première saison est intelligente, riche, dense et maîtrisée, jusqu'à un final éblouissant, la seconde est plus brouillonne et semble inachevée. Les acteurs ayant été libérés de leur contrat en 2020, il est peu probable qu'une troisième saison voie le jour, alors que David Fincher avait envisagé un plan sur cinq saisons. C'est bien dommage.

 

3e

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Adolescentes

Le nouveau film de Sébastien Lifshitz prouve une nouvelle fois l'extraordinaire puissance de la forme documentaire, quand elle est ainsi irriguée par des personnalités aussi riches que celles d'Emma et d'Anaïs.

Les deux jeunes filles sont cueillies dans leur années de troisième, et accompagnées jusqu'au bac, pendant cinq ans.

Cette longue période résumée en deux heures de film, pendant laquelle les deux filles deviennent des jeunes femmes, possède un parfum de "temps qui passe" qu'on rencontre très rarement au cinéma (j'ai pensé à Boyhood, de Richard Linklater). Le fait que le film soit tourné à Brive, avec la nature toute proche qui donne à voir le passage des saisons, ajoute à la lente fluidité du film.

Si Adolescentes est si attachant, c'est aussi parce que les deux amies ont des personnalités à la fois très marquées, et totalement dissemblables. Elles sont par ailleurs issues de milieux très différents, ce qui permet à Lifshitz d'interroger le déterminisme social en profondeur. Les deux amies intriguent vite le spectateur : pourquoi et comment peuvent elle être amies ? Emma est silencieuse et solitaire, et Anaïs est volontaire et sociale. Rien ne les prédispose à se rapprocher. 

Lifshitz suit ses personnages avec une attention d'une acuité remarquable. Il parvient à s'immiscer dans les sphères très privées de l'intimité, d'une façon qui frôle souvent l'indécence. C'est fascinant. Les parents et les proches sont aussi des personnages haut en couleur qui génèrent des sentiments d'une grande complexité chez les spectateurs (la mère d'Emma !). Certains évènements semblent scénarisés, tellement leur pouvoir dramatique est grand (l'incendie de la maison d'Anaïs, l'hospitalisation de sa maman) : la réalité surpasse la fiction dans ces séquences.

Adolescentes représente l'apogée de l'art du documentaire : à voir absolument.

Sébastien Lifshitz sur Christoblog : Les invisibles - 2012 (***)

 

4e 

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The climb

Chouchou de Thierry Frémaux au Festival de Cannes 2019 (on comprend pourquoi : le cyclisme, l'hommage au cinéma français) The climb s'avère être une bonne comédie américaine, fraîche et légère.

Le film est construit sous forme de scènes indépendantes, séparées par plusieurs années et mettant en scène un couple d'amis un peu ratés : le séducteur Mike (joué par le réalisateur Michael Angelo Covino) et son double pataud, Kyle (joué par Kyle Marvin). Mike est meilleur au vélo que Kyle et couche avec ses futures femmes, ce qui n'empêche par les deux lascars de vivre une belle amitié, qui semble plus solide que toutes les relations qu'ils peuvent avoir des femmes.

On est donc dans un buddy movie qui vire à la bromance, éparpillé en tranches de vie dont certaines sont très drôles, et d'autres plus douces amères.

Le film n'a guère d'autres ambitions que de nous faire sourire en nous intriguant, et parvient à le faire avec un certain brio au détour de scènes en général très bien filmées, je pense par exemple à cet admirable plan extérieur le soir de Noël à l'extérieur de la maison.

Un film délicat, très agréable dans son absence de prétention.

 

3e

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Tenet

Il y a une chose qu'on ne peut pas enlever à Christopher Nolan : c'est sa faculté à pouvoir raconter n'importe quoi, tout en conservant la confiance d'une tribu importante de fans hardcore.

Il n'y a guère que Jean Luc Godard, dans un tout autre genre, pour présenter cette même faculté, vis à vis d'un groupe d'aficionados évidemment fort différent.

Nolan propose ici un blockbuster qui a tous les attributs d'un James Bond (voyage au quatre coins du monde, méchants qui veulent la fin du monde, pyrotechnie spectaculaire et gadgets improbables), mais un Bond dont l'intrigue serait basée sur de délicats principes de physique (il est par exemple fait état du positron de Feynmann / Wheeler, si vous voyez ce que je veux dire).

Disons-le tout de suite : on n'y comprend rien. On a beau essayer de prendre les indications des personnages en compte, ce qu'on voit à l'écran n'est jamais complètement explicable d'une façon satisfaisante, en tout cas lors d'une première vision.  

Nolan dans tous ses films ou presque joue avec le concept du temps, mais il se prend ici les pieds dans le tapis en ajoutant des couches à des couches, de telle façon qu'on se perd totalement dans ses histoires d'étaux temporel intriqués les uns dans les autres, d'entropie inversée et autres joyeusetés.

Pour qu'un film sur les paradoxes temporels fonctionne, il doit présenter une trame didactique qui permette d'entrer dans le film et d'éprouver des émotions issues de ce que l'on comprend (c'était le cas du modeste Looper par exemple). Nolan ne parvient pas ici à rendre crédible son fouillis temporel (même si celui-ci possède sa logique), à l'image de l'attaque finale, que la décomposition en équipe bleue et rouge rend totalement vaine. Sans parler de la fin abracadabrante.

Pour ceux qui souhaiteraient un autre exemple de film dans lequel le même type de principes est décliné (notamment le fait de se rencontrer soi-même) peuvent se procurer le méconnu Triangle de Christopher Smith, que Nolan a peut-être vu.

Résumons-nous. Le film est dépourvu d'émotions, trop long et mal écrit. Le script est laborieusement scolaire. L'acteur principal, John David Washington (fils de son père) souffre d'un manque de charisme évident, heureusement compensé par l'excellente prestation en méchant de Kenneth Branagh. Nolan coche un certain nombre de cases en matière de diversité : les générations futures veulent nous éliminer parce qu'on s'est mal occupé de la planète, l'acteur principal est Noir, l'actrice principale n'a pas un physique courant dans les blockbuster, et c'est la femme indienne qui porte la culotte. Malheureusement, cela ne suffit pas à sauver le film d'une médiocrité poussive.

Le seul point réellement positif de Tenet me semble être la faculté à filmer les décors d'une façon qui campe immédiatement une ambiance. C'est peu.

Si vous avez aimé Inception, vous adorerez Tenet, et inversement : les deux films sont également clinquants, en partie stimulants et finalement décevants.

Pour aller plus loin :

- L'excellent article de Maxime, qui vous explique tout le plus clairement possible : Tenet : les clefs pour comprendre

- Un article dans lequel un scientifique donne un avis .... scientifique : Le films contient plusieurs paradoxes qui nuisent à sa cohérence 

- Une vidéo qui va très loin dans les interprétations au sujet du film, et qui vous dévoilera qui est réellement Neil : Tenet : Génie ou foutage de gueule

 

2e

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Koko-di koko-da

Koko-di koko-da est l'exemple parfait d'un film totalement raté, basé sur un concept qui pourrait être passionnant. 

Pour faire simple, le sujet est le deuil d'un enfant. Le concept est : la même scène loufoque, mélangeant des éléments fantastiques (les personnages d'un jouet pour enfant) et des aspects très réels (le père et la mère vont camper en pleine forêt), se répète un certain nombre de fois, avec des variantes différentes à chaque "rembobinage".

De ce que j'ai compris du film, cette répétition illustre le chaos mental du père, sa tentative de trouver une sortie au labyrinthe de douleur qui envahit son cerveau. 

D'après le dossier de presse qui vend presque le film comme un film d'horreur, les différentes péripéties sont censées être effrayantes, mais elles ne m'ont pas du tout fait peur.

Le premier moment de curiosité passé, on s'ennuie ferme devant cette historiette qu'on voit 7 ou 8 fois, sans que les variations présentées ne fassent sens. L'image est par ailleurs très laide, et la mise en scène inexistante.

C'est absolument creux, vide de sens et d'émotion. N'est pas Lynch qui veut.

 

1e

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Beloved

Présenté comme le deuxième volet du formidable Chained, Beloved n'a en fait pas grand-chose à voir avec l'autre film de Yaron Shani. 

Le personnage d'Avigail n'est en effet pas vraiment le principal personnage du film, et son mari Rashi n'apparaît pas. Ceux qui attendait donc un autre point de vue sur cette histoire de couple (et sur la fin dramatique que dessine Chained) seront décus.

Shani continue donc de nous égarer dans un labyrinthe de sensations et d'émotions qui dégage une impression de réalité confondante. En plus d'Avigail, on découvre dans Beloved deux nouvelles personnalités féminines d'une grande complexité, deux soeurs qui s'opposent frontalement alors que leur père se meurt. 

La faculté de Shani de restituer une ambiance s'avère ici encore exceptionnelle (la "retraite" qui regroupe toutes ces femmes qui cherchent tendresse et compréhension) et la violence de certaines scènes (la dispute principale entre les deux soeurs) est sidérante.

C'est du grand cinéma, même si j'ai été un poil moins enthousiaste que devant la sombre compacité de Chained, du fait de certaines longueurs. Dans quelques semaines, un troisième film de la même série, Stripped, sera sur nos écrans, j'en salive d'avance.

Yaron Shani sur Christoblog : Ajami - 2010 (****) / Chained - 2020 (***)

 

3e

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The perfect candidate

Après un détour bizarre vers le cinéma britannique (le passé inaperçu Mary Shelley), Haifaa Al Mansour revient tourner en Arabie saoudite, dans un esprit qui rappelle celui de son premier film très réussi de 2013, Wadjda.

On suit donc ici les mésaventures de Maryam, jeune médecin qui se trouve embarqué par hasard dans une élection municipale, parce qu'elle voulait simplement goudronner la route qui mène à sa clinique. Bien entendu, elle va devoir se heurter à la perplexité incrédule de la population (masculine, mais pas seulement) et va devoir affirmer sa détermination.

En parallèle de cette histoire plaisante, mais balisée, on suit également son père, veuf inconsolable qui se réfugie dans la musique et va, lui aussi, vivre une émancipation libératrice.

Le tout est rondement mené, éminemment sympathique, et se suit avec une curiosité amusée : on ne voit pas si souvent la vie quotidienne de l'upper middle class saoudienne, et les méthodes de Maryam (réussir une campagne électorale en 10 points) sont parfois à la limite du burlesque.

Dans ce film où personne n'est méchant, la figure éclatante de l'actrice Mila Alzahrani irradie la pellicule. Un chouette divertissement.

Haifaa Al Mansour sur Christoblog : Wadjda - 2013 (****)

 

3e

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L'infirmière

De film en film, Koji Fukada construit une oeuvre riche et singulière, qui en fait un des réalisateurs les plus intéressants au niveau mondial. 

Après la violence feutrée et intense de Harmonium, et le climat élégiaque de Au revoir l'été, le réalisateur japonais s'essaye ici à un exercice de style hitchockien de très haut niveau. Comme maître Alfred, Fukada parvient ici à brouiller les pistes d'une façon limpide, tout en ne psychologisant jamais : l'avancée de l'intrigue ne résulte que de la succession des évènements à l'écran, et non de l'expression de sentiments exprimés par les personnages.

Elégance de la mise en scène, sûreté du jeu d'acteurs, richesse et profondeur des thématiques abordées, précision du montage et du son : le film est intellectuellement jouissif et raisonnablement pervers. 

A noter que c'est l'une des premières fois où je vois évoquée (même indirectement) l'homosexualité féminine dans un film japonais contemporain. 

Je le conseille vivement.

 

3e

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Light of my life

Survival sous lexomyl, film apocalyptique du quotidien, Light of my life rappelle plein de films différents (La route, Les fils de l'homme, Captain Fantastic), sans ressembler vraiment à aucun.

Résumons brièvement le propos du film : une épidémie méchamment sexiste a éliminé toutes les femmes de la Terre. Enfin, presque. La petite Mar n'est pas morte, et erre avec son papa (le gentil Casey Affleck) qui la fait passer pour un garçon pendant qu'il le peut encore (la puberté menace).

C'est un peu près tout. Le film consiste donc à suivre les déambulations plus ou moins erratiques du couple père/fille, entrecoupées de rencontres par forcément agréables avec différents protagonistes.

L'atmosphère du film est douce, paisible et comme recueillie. Ce qui intéresse Affleck, c'est la description de la relation père fille plutôt que l'esbrouffe violente (même si certaines scènes sont très prenantes). La forêt est particulièrement bien filmée et les flash-backs dans lesquelles apparaît la mère disparue (Elizabeth Moss, l'actrice de La servante écarlate, tiens, tiens) sont apaisants.

Malgré toutes ses qualités, surtout formelles, on ne peut pas nier que le film pourra ennuyer un peu du fait de sa longueur exagérée. Mais c'est globalement de la belle ouvrage, dans le genre "maniaco-dépressif en pleine nature".

 

2e

 

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Family romance, LLC

Dans Family romance, LLC, Werner Herzog multiplie les mises en abyme.

Le film est une fiction qui raconte comment au Japon on peut louer les services de comédiens pour jouer des proches dans certaines occasions.

Mais cette fiction flirte avec le documentaire : l'acteur principal est en réalité le patron de la firme en question, et on peut penser que plusieurs scènes sont directement tirées d'expériences réelles. Comme Herzog opte pour une esthétique vidéo assez laide et comme filmée au téléphone portable (350 minutes de rush seulement !), le film dégage une ambiance de docu-fiction ambivalente.

Le résultat est inégal mais très intéressant. Le début du film est fascinant. Herzog y démontre une fois de plus son appétit vorace de faire oeuvre de cinéma : les émotions explosent à l'écran, chaque moment apparaît comme potentiellement d'anthologie (la scène où un employé de l'agence joue le rôle du père de la mariée, par exemple). On est saisi par un vertige qui résulte du contraste entre l'extrême formalisme des relations au Japon et le côté profondément mélancolique des situations qui se jouent devant nos yeux.

Malheureusement, le film s'affaiblit un peu en son milieu et se délite progressivement jusqu'à une dernière scène un peu tirée par les cheveux, dont on peine même à comprendre le sens. 

L'ensemble est tellement saisissant dans son propos comme dans sa forme que Family Romance, LLC mérite tout de même d'être vu.

 

2e

 

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Le sel des larmes

Philippe Garrel fait toujours un peu le même film : noir et blanc plutôt classe, états d'âmes parisiens, dialogues assez littéraires.

Bref, du cinéma d'un autre siècle diront certains, qui me laisse habituellement assez perplexe.

Dans cet opus toutefois, les errances rohmériennes du personnage principal se teintent de nuances plutôt inaccoutumées chez Garrel : une cruauté distanciée parfois brutale, une escapade en province, une belle relation au père, un personnage principal qui exerce un métier manuel (ébéniste),  une ouverture à des acteurs/trices d'origines diverses.

Le résultat est un film très agréable qui nous surprend souvent et qui parfois nous ébloui par l'excellence de sa mise en scène. Des trois "segments" du film, chacun centré une femme (Djemila / Oulaya Amamra, Geneviève / Louise Chevillote / Betsy / Souleyla Yacoub) le premier est le plus beau. Le coup de foudre entre Luc et Djemila est superbement évoqué, et l'actrice de Divines révèle ici un talent réel, dans une composition à l'opposé de celle qui lui a valu de se faire connaître.

Mon film préféré de Philippe Garrel à ce jour.

Philippe Garrel sur Christoblog : La jalousie - 2013 (**) / L'ombre des femmes - 2015 (**)

 

3e

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Madre

Madre, exercice de style bien léché, confirme que Rodrigo Sorogoyen est un réalisateur doué et maniériste.

Doué d'abord, parce qu'on ne peut pas nier que sa mise en scène soit efficace, par moment tellement belle que cela en devient gênant : quelques plans semblent guidés plus par une volonté de "faire beau" que d'exprimer quelque chose.

Maniéré, parce que le film se complait dans une sorte de lenteur sourde et sentencieuse, comme El reino semblait vouloir nous égarer dans une excitation de tous les instants. Dans les deux cas, il s'agit, j'imagine, de refléter les états d'âmes des personnages principaux, quitte à paraître parfois un peu scolaire.

Personnellement, j'ai eu un peu de mal à adhérer à l'histoire qui m'était proposée. Probablement parce que l'ambition du film me semble se résumer à son programme clairement exposé dès les premières minutes du films (voire dès son premier plan) : le deuil va être long, compliqué et douloureux. Peut-être aussi parce que les personnages me semblent trop corsetés dans des postures qui n'évoluent pas tout au long du film, et qui sont souvent très caricaturales. Enfin, parce que le film est trop long de trente minutes.

Je reconnais toutefois que certaines scènes ne manquent pas de brio, comme celle du début, ou celle du repas avec l'ex-mari. Bien que téléguidée, la prestation de l'actrice Maria Neto, mérite aussi d'être vue. Elle a d'ailleurs reçu un prix à Venise.

Rodrigo Sorogoyen sur Christoblog : Que Dios no perdone - 2017 (*) / El reino - 2019 (***)

 

2e 

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Chained

Incroyable vitalité du cinéma israélien, qui nous propose ici un petit chef d'oeuvre plein d'intensité et de variété.

En suivant l'itinéraire de cet ours mal léché (je ne peux pas m'empêcher de penser au Denis Ménochet de Jusqu'à la garde), on parcourt à la fois le spectre de la masculinité bafouée, et celui de la société israélienne.

C'est puissant, excellemment filmé, magnifiquement interprété, et intrigant au possible. On a hâte de découvrir le deuxième volet de ce tableau du couple moderne, Beloved.

A signaler que le réalisateur de ce film est également l'auteur d'une oeuvre trop injustement méconnue, l'exceptionnel Ajami.

Foncez-y, c'est un des meilleurs films actuellement sur les écrans.

 

3e

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Tout simplement Noir

Si l'entreprise est louable (faire à la fois rire et réfléchir sur le thème de "Qu'est ce qu'être Noir aujourd'hui en France"), le film de Jean Pascal Zadi et John Wax ne m'a pas entièrement convaincu.

Au rayon des points positifs : une volonté d'autodérision qui fait souvent mouche. L'esprit de Candide est vraiment présent dans ce film, à travers toute une série de velléités militantes qui, justes dans l'esprit de notre anti-héros, se heurtent à leur contraire, ou à une autre cause tout aussi juste.

Le film est de ce point de vue très malin en renvoyant tous les acteurs à leur propre conception du racisme (ou de l'anti-racisme). Rien n'y est simple et tout mérite d'être contextualisé : c'est la morale du film.

A l'aune de cette recherche de sens souvent pertinente, la qualité comique du film ne mérite pas d'être vraiment relevée, et a sûrement fait l'objet d'une survente dans la presse. En effet, le film n'est pas vraiment drôle. La suite de sketchs avec célébrités qu'il propose sera diversement appréciée suivant les goûts de chacun. Pour ma part, j'ai par exemple vraiment trouvé l'escalade avec Fabrice Eboué et Lucien Jean Baptiste assez géniale, alors que l'intervention d'Eric Judor m'a laissé de marbre.

Tout simplement Noir tente sur la fin un virage à 180 degrés vers le sérieux à travers une agression de policiers blancs, filmée avec le plus grand sérieux. On sait que le film a été imaginé et tourné avant les évènements ayant suivi la mort de George Floyd, mais ce moment m'a laissé un goût amer dans la bouche, celui d'un opportunisme en décalage de phase. C'est sûrement injuste, mais je n'ai pu m'empêcher de penser que cette scène, toute en rupture de ton, nuisait au film plutôt que l'inverse.

Chacun se fera son opinion sur ce dernier point, mais au final Tout simplement Noir est suffisamment original pour mériter d'être vu.

 

2e

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Eté 85

Le nouvel Ozon est une gentille bluette, qui veut se donner des airs de suspense hitchcokien.

Si la première partie se laisse regarder sans déplaisir (l'ambiance du bord de mer, les flashforwards qui entretiennent un suspense, la tension du coup de foudre), la seconde déçoit par sa plate conformité.

Les réactions des uns et des autres sont à la fois prévisibles et ridicules. Si les deux acteurs principaux jouent leur partition avec conviction, il faut signaler que tous les seconds rôles sont très mauvais : Valeria Bruni Tedeschi surjoue terriblement, Philippine Velge est horripilante, Isabelle Nanty et Laurent Fernandez ne semblent pas quoi faire à l'écran, Melvil Poupaud n'est pas crédible pour un sou.

Le film n'évite pas alors le ridicule le plus absolu, lors de la pitoyable scène de la morgue, très mal jouée et mise en scène.

Ozon peine à maintenir son intrigue tout au long d'un long métrage : il lui faut l'entretenir par de sinueux détours qui ne passionnent pas (l'écriture de l'histoire, la relation au prof), alors que l'ambiance charmante du début se délite doucement.

 

2e

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Concours Nina Wu : Gagnez 5 DVD

A l'occasion de sa sortie le 7 juillet, je vous propose en partenariat avec Epicentre de gagner 5 exemplaires du DVD du film de Midi Z, Nina Wu.

Pour ce faire :

- répondez à la question suivante : quelle est la nationalité du réalisateur 
- joignez votre adresse postale
- envoyez moi le tout par ici avant le 17 juillet 20 h.
 

Un tirage au sort départagera les gagnants. Vous recevrez ensuite le coffret DVD envoyé par le distributeur. NB : un des deux DVD sera attribué par tirage au sort à un participant ayant aimé ma page FB ou mon compte Twitter ou s'étant abonné à la Newsletter du blog (n'oubliez pas pour participer à ce tirage au sort spécial de me donner votre pseudo dans votre réponse, pour que je fasse le lien)

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