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Christoblog

Canine

J'étais assez curieux de voir le premier film distribué en France de Yorgos Lanthimos, qui fut couronné par l'estimable prix Un certain regard à Cannes 2009.

Autant le dire d'entrée, Canine est plus proche de l'exercice de style calculé que de l'oeuvre totale que sera plus tard The lobster. Même si les prémisses sont les mêmes (un scénario abracadabrant qui pourtant tient debout, une maîtrise formelle totale), le résultat est assez différent : Canine apparaissant comme un brouillon des films suivants.

Si les délires de Lanthimos tiennent la route, c'est par la grâce d'une imagination qui semble s'enrichir au fur et à mesure qu'elle produit. Dans le quotidien bizarre de cette famille pour le moins dysfonctionnelle (les enfants sont élevés dans une sorte de mythologie déviante qui leur cache ce qu'est le monde réel), ce sont les multiples incises qui font le sel du film. On ne peut pas croire à ce que l'on voit, et pourtant on fini par adhérer aux situations proposées, pour trois raisons principales : une direction d'acteur au cordeau, un savant mélange d'humour et de finesse d'observation, et enfin une direction artistique de toute beauté. 

Canine marque l'arrivée d'un réalisateur promis à un destin remarquable, sorte de Haneke drolatique, qui filmerait avec la méticulosité d'un Kubrick.

 

2e

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Au revoir l'été

Dans le paysage du cinéma japonais contemporain, plutôt morose, Koji Fukada fait figure de sage trublion. Ses films sont en effet au premier abord très convenus, très lisses, en un mot très japonais. Les sentiments ne s'y exposent jamais ouvertement (comme chez Naruse, que Fukada admire beaucoup), même s'ils sont très présents et influent sur le cours des évènements de façon souvent dramatiques.

Par rapport à ses autres films, qui comportent souvent un tournant narratif important et transgressif en milieu de film, Au revoir l'été se distingue par une approche beaucoup plus douce. Fukada, qui est très francophile, se réfère ouvertement à Rohmer à propos de ce film, initiation douce amère et estivale d'une jeune fille dans un monde d'adultes, qui sous leur dehors très polis n'hésitent pas à assouvir leur pulsions diverses.

Le film, tourné en format 4:3, bénéficie d'une admirable photographie, qui rend l'été japonais particulièrement beau à regarder, multipliant les morceaux de bravoure chromatiques : splendeur du soleil dans les feuilles, couleurs pastel et douce luminosité. 

Fukada ne se contente pas de peindre une chronique intimiste, il parvient aussi à y insuffler de la politique contemporaine à travers les lointains et tristes échos de la catastrophe de Fukushima. 

Un très joli film, à découvrir.

 

3e

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The nice guys

Le Los Angeles des années 70 est décidément très à la mode dans cette fin des années 2010. Juste avant l'hommage uchronique de David Robert Mitchell (Under the silver lake) et le dernier Tarantino (Once upon a time... in Hollywood), Shane Black nous offrait cette comédie acidulée et fort bien rythmée.

The nice guys est aimable en tout point.

Tout d'abord, le casting est formidable, emmené par un Ryan Gosling irrésistible en privé raté et maladroit. Il confirme dans ce film qu'il est meilleur acteur de comédie (on l'avait déjà constaté dans Crazy, stupid, love) que de drame (ses prestations dans les Winding Refn ne m'ont jamais convaincu). Russel Crowe campe un partenaire parfait dans ce buddy movie à la sauce seventies. Margaret Qualley, qui est aussi dans le Tarantino, est nickel, tout comme la jeune Angourie Rice, dont le personnage de pré-ado dégourdie apporte beaucoup au film.

The nice guys est aussi formidablement écrit, émaillé de scènes drôles et originales, ménageant des ruptures de ton surprenantes qui nous prennent à revers. Enfin, la réalisation dynamise l'action tout en tirant pleinement profit de décors somptueux.

Un régal de comédie policière.

 

3e

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Baisers volés

Nous retrouvons dans Baisers volés le jeune Antoine Doisnel, découvert enfant dans Les quatre cents coups.

Antoine est maintenant un jeune adulte, qui se fait virer de l'armée au moment où le film commence. Les premiers plans assurent une solide connexion avec le premier film de Truffaut, tourné neuf ans auparavant : par exemple on découvre Antoine en train de lire le Lys dans la vallée de Balzac, et on se souvient du début d'incendie que le culte de l'écrivain avait failli déclencher dans l'appartement de ses parents.

Si le personnage est le même, les deux films sont très différents. Les quatre cent coups était un film ramassé, tendu, d'une grande cohérence artistique. Baisers volés est une histoire d'initiation oedipienne décousue, au style haché (le film comprend un nombre de plan incalculable), qui multiplie les ruptures de ton, les pistes narratives et les effets de manche scénaristiques, comme l'incroyable déclaration finale de l'amoureux.

Le résultat est mitigé. On peut être séduit par la vivacité de l'ensemble, sa progression à la limite du picaresque, mais on peut aussi être décontenancé par la faiblesse de certaines scènes, les limites techniques du film (qui mériterait une sérieuse restauration, notamment au niveau du son) et la relative transparence de Jean-Pierre Léaud, qui surjoue parfois l'hébètement perplexe.

François Truffaut sur Christoblog : Les quatre cents coups - 1959 (***)

 

2e

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Swimming pool

Pour son sixième long-métrage, François Ozon signe une oeuvre très classique dans sa forme (presque trop, diront certains) et dans son fond, sous influence clairement hitchcocko-de palmienne.

Le scénario, qu'il a lui-même écrit, commence un peu mollement et la mise en place du film suit des voies très attendues pendant sa première demi-heure.

L'irruption de de Ludivine Sagnier, dans le rôle d'une bimbo d'une explosivité rare, réveille le film. A partir de ce moment-là, l'intrigue devient plus amusante, les thèmes habituels du cinéma d'Ozon affleurant ici ou là (la psychanalyse, les faux-semblants, les images à double-fond, le double, les pulsions inassouvies, la permissivité des genres).

On cherche alors à deviner le retournement de situation final qu'on sent bien arriver, mais qui reste difficilement prévisible au regard de son importance.

Un exercice de style qui génère un petit plaisir intellectuel, mais qui souffre de maladresses et de longueurs qui empêchent une adhésion plus franche.

 

2e

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Midsommar

En dépit de nombreux défauts (un script un peu faible, quelques longueurs, des personnages à la psychologie superficielle, des scènes trop tape-à-l'oeil), Midsommar s'avère être une expérience de cinéma très intéressante

Alors que je m'attendais à un film horrifique un peu basique en mode écolo-bobo, la seconde oeuvre de Ari Aster s'avère être un huis-clos en plein air d'une lumineuse beauté. Quasiment tout l'intérêt du film tient dans ce cadre naturel d'une incroyable sérénité et aux décors qui y sont implantés, comme autant de repères dans le dédale sensoriel dans lequel va s'égarer Dani, jouée par une excellente et terrienne Florence Plugh.

La suite d'évènements dramatiques qui vont se dérouler dans cet environnement idyllique, toujours baigné d'une lumière éclatante, est certes très prévisible, mais la consistance de la direction artistique (décors, costumes, accessoires) rend l'expérience particulièrement immersive. Le contraste entre la gentillesse décérébrée des hôtes et la prise de conscience progressive de Dani donne tout son sel à la deuxième partie du film, dont la fin est très réjouissante.

Une réussite donc, que tout le monde peut regarder sans crainte, les scènes un peu gore se comptant sur les doigts d'une main. Le film fait ressentir plus qu'il ne fait peur.

 

3e

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Autoportrait #2 / Piet Mondrian

Autoportrait - 1918
Kunstmuseum, La Haye
 
Mondrian peint ce tableau en 1918. Même s'il ne fut pas conçu pour lui, il devient en 1920 la possession de son bienfaiteur et ami de toujours, Salomon Slijper. Entre 1915 et 1920, le peintre ne parvient pas subvenir à ses besoins et seuls les achats de Slijper lui permettent de s'en sortir (et notamment d'effectuer un important séjour à Paris en 1919). Ce tableau est donc indirectement le gage d'une reconnaissance vis à vis du mécène qui lui a véritablement permis de devenir peintre.
 
La fameuse première composition aux rectangles rouges, jaunes et bleus n'apparaît qu'en 1921. Jusqu'alors, Mondrian n'a quasiment peint que des tableaux figuratifs, parfois très stylisés, mais quasiment toujours connectés d'une façon ou d'une autre à la réalité.
 
Depuis quelques années, Mondrian s'essaye à quelque chose de différent, quelque chose de radicalement abstrait. A l'arrière plan de cet autoportrait figure d'ailleurs des cartons préfigurant un tableau de ce type, qui pourrait ressembler à la Composition illustrée ci-dessous, peinte en 1917.
 
L'artiste est à un tournant de son art : du figuratif (son propre portrait) il est en train de basculer dans l'abstrait, qu'il représente dans ce tableau, comme une prémonition du fait que cette nouvelle voie va le rendre immensément célèbre.
 
Salomon Slijper, qui assurait la promotion des oeuvres de Mondrian jusque là, ne va pas suivre le peintre dans la voie qu'il entrevoit, pour de multiples raisons. Ce bel autoportrait, à la fois sévère et pénétré, est donc une image à double détente : il marque la transition d'un style à un autre, en même temps qu'il dit au revoir à ami. 
 
Malgré le peu de goût du collectionneur de la Haye pour l'abstraction que peint exclusivement  à partir de 1920 Mondrian, les deux hommes ne cesseront toutefois d'échanger et de s'apprécier très longtemps (amitié à peine ternie par le léger anti-sémitisme de Mondrian - Slijper était juif), leur amitié scellant un curieux paradoxe : Mondrian a pu devenir un des maîtres de l'abstraction grâce à un homme qui a surtout aimé sa production figurative, aujourd'hui quasiment oubliée. 
 
Voir aussi sur Christoblog :
- Autoportrait #1 : Frida Kahlo

 

Cet article fait partie d'une série consacrée aux autoportraits, que je collectionne sous forme de cartes postales. Si vous souhaitez m'aider à compléter ma collection en m'envoyant une carte postale d'autoportrait, n'hésitez pas à m'envoyer un message privé par ici , je vous donnerai mon adresse postale.

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Peaky blinders

La BBC offre de nouveau avec cette série un fleuron du savoir-faire britannique, comme elle l'a déjà fait pour le délicieux Downton Abbey.

Tout est en effet réussi dans Peaky Blinders. Si le côté un peu artificiel des décors et l'anachronisme de la bande-son  très rock peuvent surprendre dans les premiers épisodes, on est ensuite vite happés dans cette histoire certes classique (la progression d'un petit malfrat vers les plus hautes sphères du pouvoir), mais ici parfaitement illustrée. A noter que la qualité de la série est relativement constante tout au long des cinq saisons, ce qui assez rare et mérite d'être souligné.

Les points forts de Peaky Blinders sont principalement son écriture (on doit l'intégralité des scénarios à la patte de Steven Knight) et son interprétation.

En terme de progression dramatique, de rupture de ton, d'accélération des évènements, j'ai rarement vu une série plus efficace et surprenante. C'est peu dire qu'on est littéralement scotché à l'évolution de la famille Shelby et aux nombreuses péripéties et épreuves qu'elle doit traverser. Le contexte historique qui sert de toile de fond (l'IRA et la question irlandaise, Winston Churchill, la révolution russe et le mouvement socialiste, l'émancipation des femmes, la condition ouvrière) donne une profondeur exceptionnelle aux trente épisodes de la série, dont plusieurs sont de véritables joyaux de tension et se suspense.

En matière de casting, Peaky blinders réussit un carton plein. Du magnétique premier rôle joué par Cillian Murphy au moindre second rôle, en passant par un très bon Adrien Brody en guest star de la saison 4, les bonnes surprises sont légion. Citons dans le désordre un Tom Hardy (Mad Max) formidable en patron de gang juif, Aiden Gillen (le Littlefinger de Games of thrones) énigmatique en tueur tzigane, Sam Neill (Jurassic Park, La leçon de piano) ennemi convaincant en inspecteur retors dans les deux premières saisons.

Hellen McCrory (Polly) est la tête de file attachante d'une prestigieuse distribution féminine : dans la série les femmes joue un rôle au moins aussi important que les hommes.

La bande-son est aussi audacieuse qu'agréable  : Nick Cave, The White Stripes, Tom Waits, PJ Harvey, Arctic Monkeys, Royal Blood, The Black Keys, Radiohead, David Bowie, Leonard Cohen, Foals, Anna Calvi, Joy Division, The Kills, Johnny Cash, Black Rebel Motocycle Club, Anne Brun, Mark Lanegan. Un festin sonore, trash, roots et rock'n roll.

Vous l'avez compris : à ne manquer sous aucun prétexte.

 

4e

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Les quatre cents coups

On n'en finirait pas d'énumérer les raisons qu'un cinéphile a d'apprécier Les quatre cents coup :  manifeste d'un courant majeur de l'histoire du cinéma, clins d'oeil multiples (cameos de Jean Claude Brialy, Jeanne Moreau, Jacques Demy, Jean Douchet et Truffaut lui-même), aspects autobiographiques, hommages multiples au cinéma (les enfants volent des photos d'un film de Bergman, la famille va voir le dernier Rivette, le film est dédié à Bazin).

L'opportunité qu'offre l'arrivée des films de Truffaut sur Netflix nous permet d'aller au-delà de la légende, de revoir le film et de le juger pour ce qu'il est : un superbe portrait de la jeunesse. La photographie de Henri Decaë,  qui magnifie les rues de Paris, et la musique entêtante de Jean Constantin forment un écrin parfait à l'interprétation magistrale de Jean-Pierre Léaud, interprète définitif de l'innocence bafouée. 

Toute l'énergie sauvage du film est dans les yeux de son jeune interprète, énergique, avide de vivre et d'aimer. De la scène du manège tournant aux longs travellings finaux, la mise en scène de François Truffaut (récompensée au Festival de Cannes en 1959) ne vise qu'à nous faire ressentir cet appétit vorace d'Antoine Doinel pour la vie, la littérature et le cinéma, appétit empêché par le manque d'amour de ses parents et le poids des institutions. 

 

3e

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Boulevard du crépuscule

Au crédit du film culte de Billy Wilder, de nombreuses qualités : une belle photo, un scénario formidablement décadent, des décors hors du commun, un hommage décalé et nostalgique au cinéma muet du grand Hollywood, des idées de génie pour le casting (Cecil B. DeMille dans son propre rôle, Erich Von Stroheim en valet/mari inquiétant), une ambiance délétère très bien rendue.

Le film peine toutefois à générer l'enthousiasme du spectateur moderne. Le jeu outré (pléonasme !) de Gloria Swanson passe difficilement le test redoutable de l'écoulement du temps. On peine tout simplement à croire que le personnage de Joe puisse succomber à ses charmes artificiels simplement pour de l'argent.

Comme d'un autre côté il est évident que l'amour ne justifie pas non plus son inclination, le ressort principal du film (ce drôle de couple) reste comme inexpliqué, une sorte "d'éléphant dans la pièce".

Partant de ce constat d'incompréhension, on assiste de l'extérieur au déroulement d'un scénario qui ne présente par ailleurs aucune surprise, aucune aspérité, aucune déviation par rapport à son contenu programmatique, qu'on identifie clairement dès le début du film.

C'est très bien fait, mais un peu trop compassé à mes yeux de spectateur de 2020. D'autres films de Billy Wilder ont bien mieux vieilli, comme le très beau La garçonnière.

 

2e

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The irishman

En réunissant à l'écran Joe Pesci, Al Pacino et Robert de Niro pour cette crépusculaire histoire de mafiosi, Scorsese semble vouloir  donner à son oeuvre une sorte de codicille pré-posthume.

Le résultat se regarde facilement, sans une seconde d'ennui, tellement le script est fluide et l'intrigue passionnante. La petite histoire (la destinée d'un tueur anonyme) rencontre la grande (les Kennedy et la mafia), et forme un ensemble qui se dévore, comme une série. 

L'amitié entre le personnage de Jimmy Hoffa (extraordinaire Pacino) et son homme de confiance (un de Niro aux drôles de mimiques figées, probablement par la faute du fameux de-aging) est le coeur du film, et la trahison sans état d'âme du second illumine comme un diamant noir la fin élégiaque de cette saga aux multiples ramifications.

Si on reconnaît le savoir-faire inégalable de Scorsese, on ne peut s'empêcher de remarquer ici ou là les symptômes d'une certaine nonchalance dont on ne sait s'il faut l'imputer au support Netflix (faites ce que vous voulez...), à l'âge ou au sentiment que le chose racontée vaut désormais plus que la façon dont on la raconte. 

La mise en scène n'a donc pas la précision des chefs-d'oeuvre de la grande époque (Casino, Les affranchis), elle est même assez quelconque. Cela ne gâche pas le plaisir que procure la vision de ce film fleuve qui aurait probablement mérité un traitement en mini-série.

 

3e

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Rebelles

Voici plutôt une bonne nouvelle en provenance du cinéma français : une comédie décomplexée, dans laquelle les femmes ont la part belle, qui ne vise pas à autre chose qu'à fournir un bon moment sans second degré, un peu à la mode des frères Coen première manière.

Nous voici donc projeté dans le Nord Pas de Calais, dans un milieu ouvrier qu'on ne voit pas si souvent, au milieu d'un trio improbable de femmes : Sandra (Cécile de France) en ex-miss sur le retour, Nadine (Yolande Moreau) en mère de famille et Marilyn (Audreu Lamy) en punk socialisée.

Quand ce trio se retrouve par hasard en possession d'un beau magot, les évènements vont s'enchaîner sans temps mort, à notre plus grand plaisir. 

Le scénario est parfaitement huilé, la mise en scène d'Allan Mauduit efficace à souhait, et le tout est parfaitement agréable à regarder, ne lésinant pas sur certains écarts parfaitement incorrects et jouissifs (à l'image de la malencontreuse amputation qui démarre l'intrigue).

Rafraîchissant.

 

2e

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Uncut gems

Uncut gems fait partie de ces films toboggans qui vous emportent dans un tourbillon stylistique duquel il est impossible de sortir

Pour aimer le film, mieux vaut donc aimer les flots incessants de parole, le montage speed, les surimpressions sonores, la caméra à l'épaule et l'impression générale d'assister à la course d'un poulet sans tête à qui l'on aurait donné des amphétamines. 

Adam Sandler est excellent, en bijoutier juif possédé par toute une série d'addictions plus graves les unes que les autres : le sexe, la drogue, la famille, les bijoux, l'argent, le jeu, le sport, la gagne, le goût du risque, et peut-être tout simplement un appétit de vivre douloureusement insatiable.

Si on se laisse happer par l'ambiance si particulière du film et le brio d'une mise en scène de très haut niveau, l'expérience est presque physique : on est tendu comme un arc tout au long du film, se demandant comment Howard va s'en sortir, et partageant avec lui la moindre évolution de la situation désespérée dans laquelle il s'est mis lui-même, en dépit du bon sens le plus élémentaire. Dans le cas contraire, il ne sera pas facile d'aller au bout des 2h15 de cet exercice de style aux accents scorsesien, mené au rythme fou d'une valse jouée sur un tempo de hard rock.

Un coup de force des frères Safdie.

 

3e

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Adults in the room

Le nouveau film de Costa Gavras raconte les difficiles négociations entre Yanis Varoufakis et la "troïka", suite à l'accession au pouvoir du parti Syriza.

Le sujet est sur le papier passionnant. Il s'avère plutôt décevant à l'écran, et ce, pour deux raisons principales.

Le film est d'abord bien mal écrit. Son scénario ne suit aucune ligne directrice, s'égare dans des méandres inutiles et répétitifs, est bien trop long, et enfin se cherche un style sans jamais parvenir à en trouver un (jusqu'à cette fin ridiculement onirique). 

Le deuxième point est l'angle choisit par le réalisateur, celui d'un panégyrique sans nuance de Tsipras et Varoufakis : ils sont beaux, intelligents, pragmatiques, alors que leurs interlocuteurs sont moches, bêtes, doctrinaires. On se doute que bien des anecdotes figurant dans le film sont vraies, mais l'aspect inutilement caricatural des adversaires est trop fort pour qu'on s'attache réellement aux vicissitudes rencontrées par les preux chevaliers grecs.

Les bons sentiments conduisent ici à un pamphlet démonstratif, qui ne vaut que par son sujet : l'univers kafkaïen des instances européennes.

 

2e

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L'homme qui tua Liberty Valance

Parfois, la vision d'un "vieux" film cause une profonde désillusion : le chef d'oeuvre dont on se souvient a mal vieilli, son image est baveuse, son intrigue moins subtile que dans son souvenir, la mise en scène est un peu lâche.

Rien de tel en revoyant ce qui fut la dernière collaboration des deux géants de l'Ouest, John Ford et John Wayne. Le film surprend en effet par ses qualités intemporelles. D'abord la photographie de William H. Clothier est une merveille de précision et de beauté plastique, à mi-chemin entre naturalisme et expressionnisme.

Le sujet du film ensuite est d'une incroyable modernité. Ford y dessine les fondements de l'Amérique éternelle avec une précision d'horloger : le mal pragmatique (Lee Marvin, terrifiant de froide brutalité), la bonté violente et casanière (Wayne et son éternel sourire en coin), le politique malgré lui (James Stewart dans un de ses plus grand rôle) et la presse comme pivot de la démocratie.

L'ensemble est servi par une mise en scène d'un classicisme parfait, dans laquelle tout semble indispensable, et qui donnerait au film un aspect de tragédie grecque si la nostalgie solaire du début n'enveloppait l'ensemble dans une coque inimitable d'humanité triste et tendre.

Un chef d'oeuvre.

 

4e

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Pour Sama

Il y a dans les images tournées par la jeune journaliste syrienne Waad al-Kateab une injonction paradoxale : contempler la guerre dans ce qu'elle a de plus horrible, à travers les yeux les plus bienveillants et optimistes qui soient.

Le film manipule ces deux éléments alternativement pour mieux nous prendre en étau émotionnellement. Les blessés sont horribles à regarder, mais le dévouement des médecins est exemplaire. Le deuil des enfants est d'une tristesse infinie, mais les liens d'amitiés qu'on peut tisser dans ces moments sont les plus intenses. La mère accouche par césarienne dans des conditions effroyables, mais le bébé survit (une scène à proprement parler sidérante). La ville assiégée est réduite en ruine et constitue l'endroit le plus dangereux au monde, mais nos héros y retourne avec leur petite fille, en souriant. 

A travers cette dialectique constante, servie par un montage exemplaire, le film fait passer son message avec force et efficacité : l'espoir peut soulever des montagnes. Si les images sont (forcément) de qualité très inégale, la construction dramatique du documentaire est véritablement exemplaire, et fait de Pour Sama un sommet de l'année cinéma 2019.

 

4e

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Les éblouis

Les éblouis fait partie de ces films dont on aimerait dire du bien : un projet cher au coeur de la réalisatrice (car en grande partie autobiographique), une distribution sympathique (Camille Cottin, Jean Pierre Darroussin en chef de secte, l'excellent Eric Caravaca - le réalisateur du très bon Carré 35) et un angle intéressant (la dérive sectaire vue à travers les yeux d'une pré-ado).

Malheureusement, rien ne fonctionne dans le film. L'implication personnelle de la réalisatrice Sarah Succo dans l'écriture de l'histoire est sûrement contre-productive. Les émotions et les souvenirs liés à son histoire semblent l'avoir conduit à affadir l'histoire : le résultat est anecdotique et délayé.

Le film manque de rythme dans le montage, de précision dans la mise en scène et de détermination dans la direction d'acteur. On se désintéresse progressivement de la destinée de la petite Camille, dont les aventures flirtent parfois avec l'invraisemblance onirique (la robe de mariée) et finissent par nous tenir à distance, un comble pour une narration dont la progression dramatique devrait conduire à un climax.

Bien tenté, mais raté.

 

1e

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Le cas Richard Jewell

Les derniers films de Clint Eastwood n'étaient pas très bons, et même, pour certains d'entre eux, franchement mauvais.

Cet opus constitue donc une bonne surprise : un scénario modeste mais efficace, des personnages attachants et bien joués (très bon Sam Rockwell) et une histoire édifiante. Des qualités qu'on retrouvaient d'ailleurs point par point dans le meilleur des dix derniers Eastwood, Sully.

Les points faibles du film sont malheureusement ceux qui rendent la production récente de l'américain indigeste  : dans sa volonté de sonner la charge contre les pouvoirs malfaisants qui oppressent le pauvre individu (les médias, le FBI), le vieux réalisateur conservateur oublie au passage la subtilité et la nuance. Les personnages joués par Jon Hamm et Olivia Wilde sont ainsi trop caricaturaux pour être intéressants. 

Si la première partie du film est vraiment bien rythmée, la seconde, très démonstrative, patine un peu. L'ensemble est toutefois acceptable.

 

2e

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Monos

En provenance de Colombie, ce deuxième film d'Alejandro Landes est une pépite à découvrir.

Le pitch est simple : huit enfants soldats, faisant partie d'un groupe révolutionnaire obscur, gardent une otage américaine sur les hauteurs andines du pays, puis dans la forêt vierge. 

Le film est un trip sensoriel qui vaut surtout par la manière dont il montre la rudesse de la vie de ces jeunes paumés qui se droguent, tuent, cherchent l'amour et trouvent le désespoir. Comme si Larry Clark tournait en Amazonie. Le voyage n'est jamais vraiment éprouvant (même s'il est dur), tant les images sont belles, les personnages bien dessinés et le rythme haletant.

Il y a chez Landes un talent incontestable, que ce soit pour filmer de façon originale les scènes oniriques ou pour être froidement efficace quand l'action le commande. La sensation de réalité immersive qu'il parvient à nous communiquer (la pluie, la boue, les explosions, les baisers) est assez exceptionnelle.

Une vraie et belle découverte, présentée en 2019 dans la section Panorama de la Berlinale, servie par de jeunes colombiens non professionnels particulièrement convaincants et une Julianne Nicholson étonnante.

 

3e

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Concours Filles de joie Gagnez 5x2 places (Annulé)

A l'occasion de la sortie en salle de Filles de joie le 18 mars, je vous propose de gagner 5 x 2 invitations valables partout en France. 

Pour ce faire :

- répondez à la question suivante : dans quels pays se déroule l'action du film ? 
- joignez votre adresse postale
- envoyez moi le tout par ici avant le 16 mars 20 h.
 
Un tirage au sort départagera les gagnants.

NB : un des cinq lots sera attribué par tirage au sort à un participant ayant aimé ma page FB ou mon compte Twitter ou s'étant abonné à la Newsletter du blog (n'oubliez pas pour participer à ce tirage au sort spécial de me donner votre pseudo dans votre réponse, pour que je fasse le lien)

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