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Christoblog

Articles avec #chloe zhao

Hamnet

J'ai tellement adoré les trois premiers films de Chloé Zhao qu'écrire ce texte va me faire un mal de chien, mais l'honnêteté intellectuelle m'oblige à le faire.

Hamnet est terriblement raté de bout en bout.

La première partie nous montre un jeune professeur fauché et sa femme se rencontrer, faire des enfants, puis en perdre un. Rien d'original là-dedans, on a vu cela mille fois, en beaucoup plus émouvant et surtout en moins larmoyant. Dans Hamnet tous les éléments sont en effet pointés dans le même sens : essayer de nous arracher des larmes à tout prix, ne reculant devant aucun procédé, aussi vulgaire soit-il.

Nous avons donc droit à un jeu très appuyé de Jessie Buckley, une musique horripilante de Max Richter, des effets d'un symbolisme douteux (ouh, le trou noir prémonitoire au pied de l'arbre dans la forêt) et une esthétique intasgrammable à base de feuilles bien vertes et de jolis faucons.

Quand commence la deuxième partie, on se demande bien quel est l'intérêt d'avoir accolé la petitesse de cette existence à l'immense talent du grand William. Le film tente une réponse bien maladroite, qui frôle le révisionnisme historique, puisque le rapport entre la pièce Hamlet et le fils décédé de Shakespeare est pour le moins factuellement vaporeux (Hamlet est vraisemblablement plutôt en rapport avec Amleth, un personnage médiéval de Saxo Grammaticus, dont l'histoire est très similaire à celle racontée par Shakespeare).

Bref, tout cela ne serait peut-être pas rédhibitoire si dans cette partie Hamnet ne parvenait pas à des sommets d'irréalisme et de tentatives indécentes d'extraction lacrymale forcée, à travers un dispositif d'une artificialité sidérante.

Le jeu de Jessie Buckley, qui tente d'imiter une sorte d'orgasme mystique dans lequel son deuil semble se dissoudre, franchit alors les limites du ridicule. 

Il n'y a qu'une lettre de différence entre les titres Hamlet et Hamnet, mais il y a un monde entre les deux oeuvres : celui qui sépare le génie intemporel de la médiocrité larmoyante. 

Il ne me reste plus qu'à attendre le prochain Chloé Zhao avec impatience (et inquiétude).

Chloé Zhao sur Christoblog : Les chansons que mes frères m'ont apprises - 2015 (****) / The rider - 2017 (****) / Nomadland - 2021 (****)

 

1e

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Nomadland

Tous les films de Chloé Zhao possèdent plusieurs qualités en commun : une extrême attention aux protagonistes, une connexion à la nature qu'elle partage avec peu de cinéastes, et une mise en scène souple et déliée.

Le résultat est ici tout à fait convaincant, comme l'étaient ses deux premiers films. Je craignais que sa collaboration avec une actrice de la renommée de Frances McDormand nuise aux qualités quasi-documentaires de son travail, mais il n'en rien. L'actrice multi-oscarisée se fond avec un naturel stupéfiant au milieu d'un casting où les personnages jouent leur propre rôle.

Le résultat est d'une humanité rare. Le moindre geste d'attention (offrir un briquet, toucher la main, partager un feu) prend des proportions de sainteté, alors que la descente vers le Sud des Etat-Unis se transforme en une sorte d'épiphanie des marges. 

Bien sûr le film montre la pauvreté en lisière du rêve américain, comme le faisaient ceux de Chaplin et de Ford, et certains le verront probablement principalement sous cet angle, mais il est aussi (et pour moi surtout) une formidable ode à la liberté absolue, entre grâce et dénuement, trivial et sublime.

La mise en scène de Zhao est confondante de beauté, enchaînant travellings inspirés, montage rythmé et gros plans émouvants, le tout dans des tonalités bleutées et grisâtres. 

Nomadland mérite tous ses prix, mais il est plus qu'un gagnant, il est un passeur.

 

4e

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The rider

Quelle beauté dans ce film !

J'ai beau chercher dans le passé, je ne vois guère de cinéastes ayant enchaîné deux premiers films aussi réussis esthétiquement (peut-être Andrea Arnold ?). Le premier film de Chloé Zhao m'avait estomaqué, celui-ci m'a ébloui. 

Brady est un cow-boy qui dresse les chevaux et pratique le rodéo. Suite à un accident, il est contraint d'abandonner progressivement son métier. 

Le prétexte du film est à la fois simple, douloureux et riche en digressions magnifiques. On n'oubliera pas de sitôt ces émouvantes séances de dressage, la violence latente des scènes de rodéo, les scènes de camaraderies viriles entre cow-boys, les chevauchées au soleil couchant et tous ces gros plans qui racontent plus qu'ils ne montrent.

Tout dans le film, pourvu qu'on soit patient, est prétexte à émerveillement. Que l'histoire de Brady soit sa véritable histoire ajoute un condensé d'âme supplémentaire au film, qui n'en a par ailleurs pas besoin. C'est du cinéma de grand espace, lent et beau, puissant et sauvage.

 

4e 

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Les chansons que mes frères m'ont apprises

Il existe des films qui, en quelques images, me saisissent à la gorge et ne me lâchent plus jusqu'au dernier plan, me laissant pantois sur un petit nuage de plaisir extatique.

Le modeste premier film de Chloé Zao fait partie de ceux-ci.

Nous sommes dans une réserve d'indiens Lakotas. Un jeune garçon veut partir en Californie, mais bien des liens le rattachent à sa terre : sa petite soeur, des amoureuses, son peuple, sa mère. Partira-t-il ?

Plus que son scénario, écrit au jour le jour, c'est la façon de filmer de Chloé Zao qui illumine le film. C'est comme ci un(e) Terrence Malick naissait sous nos yeux. La nature y est sublime, les visages et les corps irradient le film.

Les chansons que mes frères m'ont apprises propose une équation renversante rarement vue au cinéma : des images superbes au service de la description précise d'une terrible réalité. Le film expose avec une rigueur toute documentaire les affres vécues par les indiens, en particulier les ravages de l'alcoolisme, montrés également récemment - chez les aborigènes d'Australie cette fois-ci - dans le très beau Charlie's country.

Chloe Zao n'hésite pas à piocher sa matière dans la vraie vie des acteurs (la maison qui a brûlé est ainsi la vraie maison de Jashaun), ce qui confère au film une aura extrêmement puissante.

Une rencontre exceptionnelle.

 

4e

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