Christoblog

Inglourious basterds

Diane Kruger. Universal Pictures International FranceJe pensais à l'époque de Reservoir Dogs qu'avec Tarantino, trop ne serait jamais trop.

Pulp fiction me donnait raison, puis Jackie Brown aussi, dans un genre différent.

Ensuite les Kill Bill m'ont laissé perplexe. Déjà un peu trop de combattants (combien déjà, plus de cent ?), trop de scènes juxtaposées en oubliant que finalement un film est un tout, trop peu de sens en réalité. Trop de références cinéphiliques pour initiés. Le quasi anecdotique Boulevard de la mort m'avait franchement interpellé : que devenait Tarantino ? pourquoi la belle mécanique semblait elle tourner à vide ?

Inglourious Basterds ne (re)fait pas de Tarantino un cinéaste de premier plan. C'est un film qui est trop.

Trop long d'abord. Il faut attendre une bonne heure pour commencer à mordre, les deux premières parties sont totalement insipides. Et diablement bavardes : de longs tunnels de dialogues sans intérêt.
Trop caricatural : quand les archétypes écrasent les personnages, l'émotion ne peut plus être au rendez-vous : Mélanie Laurent, vous y croyez une seconde, vous ? (et je ne parle pas du Noir projectionniste, personnage ridicule)
Trop mièvre : la musique de chiotte (la version trafiquée de la lettre à Elise au début est probablement une tentative de singer le grand Ennio Morricone ?) alors que d'habitude la bande son est un point fort de l'univers de Tarantino. La course de Mélanie Laurent à travers champ ! Le second degré du second degré n'est jamais loin du n'importe quoi.
Trop facile : proposer une scène de scalp pour réveiller le public, faire tourner la caméra autour des personnages comme dans le début de Reservoir, mettre des incrusts pour préciser qui est qui, mettre deux ennemis en face l'un de l'autre se mettant mutuellement en joue (ou en testicule pour être plus précis) ...
Trop d'onanisme cinéphilique : le film est bourré de références (aux stars du cinéma allemand, au 12 salopards d'Aldrich, aux séries B italiennes - d'où vient le titre du film lui-même, au cinéma français sous l'occupation), mais ça sert à quoi ?

Trop trop.

Pas assez de rythme, de virtuosité, d'effet de surprise, de cohérence narrative, d'efficacité scénaristique, qui sont habituellement des marqueurs tarantinesques.

Le côté cartoon, qui fonctionne assez bien quand Tarantino reste dans l'univers mythologique américain, résiste assez mal au frottement à l'Histoire. Le problème n'est pas que le Hitler de Tarantino ne soit pas crédible, il est qu'il n'est pas intéressant.

Et l'uchronie que propose le film pose question : que veut elle dire, si Martin Wuttke. Universal Pictures International Franceelle veut dire quelque chose ? L'étape d'après c'est quoi : Tarantino à Buchenwald ? Pour dire quoi, pour faire naître quel type de sentiments ?

Bien sûr tout n'est pas nul : les performances d'acteurs tout d'abord, Christoph Waltz fabuleux et justement récompensé à Cannes, Brad Pitt, qui commence à exceller dans les rôles d'idiot (c'est à se demander). Et puis de temps en temps un éclair de génie (le visage de Mélanie Laurent dans la fumée) ou un zeste d'efficacité (le gunfight dans la cave). Les digressions sur la nourriture et les boissons en général. Le jeu sur les langues (avec mention spéciale pour l'italien).

Mais tout cela ne fait pas un grand film. Juste un Tarantino.

 

2e

Commenter cet article

clem 29/10/2014 01:15

Quel plaisir de lire ENFIN une critique censée et non influencée par l'incompréhensible idéalisation "tarantinesque" ! Je suis d'accord de bout en bout... QT était fascinant avec les trois films cités, mais la chute est choquante depuis bien longtemps (même si Django a largement remonté la barre, je le trouve trop convenu et encore trop stéréotypé pour se hisser au rang d'un Reservoir Dogs). On applaudit au génie son style convenu, une recette qui s'use encore et encore, des "punchlines" caricaturales...au final, où est la place pour l'art dans ce film ? J'ai eu l'impression d'assister à une mauvaise blague, une sorte de réinterprétation désastreuse du brillant To Be Or Not To Be à la sauce Tarantino. Waltz reste en effet le seul éclat de talent dans ce film... Et mention spéciale à ta petite parenthèse hilarante sur Brad Pitt !

pierreAfeu 26/08/2009 11:46

Quel jugement sévère ! Cela dit, je te rejoins assez, même si j'ai quand même passé un bon moment. Un Tarantino en-deça, c'est indéniable, sans éblouissement.