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Christoblog

Bullet train

A force d'être noyé de Marvel et autres franchises, on oublie le plaisir simple de se plonger dans un film d'action qui ne prend pas son spectateur pour un idiot, et qui lui propose humour, action et surprises.

Au rayon de l'humour, Brad Pitt s'avère une fois de plus un acteur comique de premier plan. Tueur revenu de tout, fan de zen et citant régulièrement son psychothérapeute, il campe l'anti-héros blasé avec une bonhomie délicieuse. Il est parfaitement secondé par un casting haut de gamme, duquel émerge Brian Tyrel Henry, qu'on adore dans la série Atlanta, ici teint en blond, et qui livre une prestation irrésistible.

L'action se déroule entièrement dans un train et donne lieu à des scènes spectaculaires, tournées très efficacement dans un mode presque burlesque, plus proche de la BD ou de l'anime. Le final, complètement déjanté, constitue à lui seul un morceau de bravoure en matière d'effets spéciaux.

Le script quant à lui est profondément réjouissant, ménageant de nombreuses surprises et retournements de situation, et permettant à plusieurs personnages clés d'apparaître en milieu de film.

Bullet train est tiré d'un roman japonais, et le vernis japonisant de sa direction artistique (incrustations, décors, accessoires, choix des couleurs flashy) est très agréable.

Du divertissement pur, de très bonne qualité.    

 

2e

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La femme de Tchaïkovski

Nul doute sur le fait que Kirill Serebrennikov est un styliste hors pair.

La femme de Tchaïkovski est donc souvent, comme les films précédents du cinéaste russe, un véritable tour de force formel, que ce soit dans la mise en scène (ici aussi fluide que celle de La fièvre de Petrov était fiévreuse) que dans la photographie. Les longues cent quarante trois minutes que durent le film sont baignées d'une lumière  iréelle, dans laquelle flotte la poussière de vieux greniers et le souvenir des temps passés. 

Plus le film avance, plus le réalisateur se permet de fantaisies (plongées intégrales, plans séquences, chronologie bousculée), jusqu'à une fin d'un goût discutable à mon sens.

En ce qui concerne l'histoire, elle est édifiante et sinistre : une jeune femme tombe amoureux du maître Tchaïkovski, qui préfère les hommes. Elle sera donc réduite à un rôle d'épouse-écran, jamais aimée et même humiliée par son génial salaud de mari, jusqu'à aborder les rives de la folie.

Le sujet est intéressant, mais la sombre obstination de Serebrennikov à enfoncer plus bas que terre son héroïne esseulée rend le film un peu indigeste dans son masochisme forcené. Autrement dit, on en a vite marre de voir grandir l'aveuglement de la pauvre Antonina, merveilleusement jouée par l'actrice Alyona Mikhailova.

 

2e

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La famille Asada

Etrange film que celui-ci, découpé en deux parties très distinctes.

La première raconte comment un jeune homme construit un projet photographique ambitieux sur le long terme en poursuivant une idée originale : photographier sa famille en train de jouer des scènes improbables (pompiers, élections, yakuza, stand de formule 1....) puis photographier d'autres familles dans des mises en scènes signifiantes pour elles.

Outre un rythme enlevé et un sens de l'humour efficace bien qu'assez lourd, cette première partie présente la qualité de nous amener à réfléchir sur le pouvoir de la photographie et sur ce qui fonde une famille.

Dans un deuxième temps, Masashi le photographe se rend dans la région dévastée par le tsunami de 2011 pour y nettoyer des photographies retrouvées dans les décombres et les restituer à leur propriétaires. Cette partie est bien plus dramatique que la première, à laquelle elle n'est reliée que par le potentiel dramatique de l'intrication des sujets photographie et famille.

Le tout forme un ensemble attachant et efficace, auquel je reprocherais sa sensiblerie exacerbée trop ostensiblement tire-larmes. C'est la première fois que je vois autant de scènes dans lesquelles le personnage principal pleure lui-même et parvient simultanément à nous tirer une larme (je défie quiconque de voir ce film sans que ses yeux s'humidifient au moins une fois).

La famille Asada est un film original, qui donne du cinéma japonais une vision plus cool et grand public que ce qu'en laisse percevoir les cinéastes japonais dont les films parviennent jusqu'à nous habituellement (Kore-Eda, Fukada, Hamaguchi, Kurosawa, Kawase).

 

2e

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Astérix et Obélix : l'Empire du milieu

Au vu des avis des personnes en qui j'ai généralement confiance, je m'attendais au pire.

Ma surprise a été d'autant plus grande, lorsque je me suis pris à apprécier le début du film : la première rencontre avec les deux romains égarés est plaisante, les premiers échanges dans le village sont plutôt drôles. Philippe Katerine en Assurancetourix et Audrey Lamy en Bonnemine sont par exemple très convaincants.

La suite du film se gâte ensuite progressivement. Le voyage jusqu'en Chine remplit un cahier des charges assez proche de ce que les BD proposent : une progression en accéléré, des rencontres cocasses (au Petit Lutèce par exemple), quelques gimmicks établis (les pirates). On est, jusqu'à ce moment-là du film, dans un exercice somme toute assez proche de l'esprit d'Uderzo et Goscinny, et qui n'est à mon avis ni pire ni meilleur que ce que proposent les continuateurs qui ont pris la suite des géniteurs d'Astérix pour la BD.

C'est d'ailleurs peut-être ici que se situe le point d'incompréhension entre la critique et Guillaume Canet : ce dernier est finalement assez proche des BD (recentrage sur le couple Astérix/Obélix en mode buddy movie, abondantes allusions au monde actuel, jeux de mots plus ou moins foireux). Tous ceux qui compare ce film à Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre semble oublier à quel point ce dernier est plus un film d'Alain Chabat qu'une déclinaison de la "franchise". On ne se souvient d'ailleurs quasiment pas des personnages d'Astérix et Obélix dans ce film, mais plutôt de ceux plus susceptibles de porter l'humour de l'ex-Nul, par exemple ceux joués par Djamel Debbouze et Edouard Baer.

La partie chinoise dégrade nettement l'impression d'ensemble que laisse le film. Les faiblesses dans l'écriture (qu'on doit aux scénaristes des Tuches) apparaissent comme rhédibitoires. La mise en scène de Canet devient pauvre en intentions, les scènes d'action ne sont pas au niveau des 65 millions d'euros dépensés (le combat d'Antivirus / Zlatan Ibrahimovic avec les légionnaires est par exemple horrible à regarder) et plusieurs scènes semblent bizarrement frappées d'aphasie, comme si tout à coup toute l'équipe du film s'était désintéressée de ce qui était montré à l'écran.

Concernant la distribution, si Gilles Lellouche et Vincent Cassel tirent leur épingle du jeu, le reste du casting est faiblard. Guillaume Canet ne correspond à aucune des images qu'on peut se faire d'Astérix, et Jonathan Cohen, qui joue son rôle habituel (il ne sait en jouer qu'un), n'est pas du tout dans l'esprit. Quant aux multiples apparitions de célébrités, on s'en fout un peu : elles ne font ni de bien ni de mal au film.

Astérix et Obélix : l'Empire du milieu ne mérite pas à l'évidence le tir de barrage haineux et méprisant d'une bonne partie de la critique, tout en peinant à présenter de quoi attirer les louanges. 

Guillaume Canet, réalisateur, sur Christoblog : Les petits mouchoirs - 2010 (**) / Blood ties - 2013 (*) / Rock'n roll - 2016 (**) / Nous finirons ensemble - 2019 (**)

 

2e

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Suis-moi je te fuis / Fuis-moi je te suis

Ces deux films, sortis en mai 2022 dans une grande indifférence, constituent en réalité une seule oeuvre (un condensé de près de quatre heures de la série en dix épisodes qu'a réalisé Fukada pour la chaîne Nagoya TV).

De cette étrange genèse découle probablement la sensation de ne pas voir un film vraiment finalisé, ce qui génère chez le spectateur une légère déception, surtout s'il apprécie l'oeuvre de Fukada.

En effet, outre un rythme très irrégulier, le réalisateur japonais semble ici atténuer tous les éléments qui font la singularité de son cinéma. La cruauté abrupte d'Harmonium n'est  qu'affleurante, la nostalgie nauséeuse du formidable Au revoir l'été diffuse très légèrement ses effluves.

C'est l'évolution des sentiments sur le temps long (un des points fort de L'infirmière) qui est ici le marqueur de plus reconnaissable de l'art de Fukada.

Certains pourront être énervés par le personnage au départ toujours larmoyant de Ukyio : il leur faut persister jusqu'au deuxième film pour mieux comprendre ses réactions, qui trouveront une pleine et entière résolution dans les vingt dernières minutes de Fuis-moi je te suis.

Est également bien présente ici la capacité du réalisateur à nous mettre légèrement mal à l'aise (le bruit de l'aquarium dans le minuscule appartement, la permissivité sexuelle un peu froide du couple principal dans la première partie, les comportements presque toujours imprévisibles des personnages), au sein d'une narration linéaire qui parfois peut donner l'impression de réduire les femmes au rang d'objet, mais qui en réalité met en valeur leur libre arbitre, comme on s'en rendra finalement compte.

Indispensable pour les amateurs de cinéma japonais.

NB : Il faut voir Suis-moi je te fuis en premier, puis Fuis-moi je te suis

 

2e

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Interdit aux chiens et aux Italiens

Plébiscité en festival, chaleureusement accueilli par la critique et le public, ce court (1h10) et beau film d'animation vaut le détour.

Le réalisateur Alain Ughetto y raconte la vie de ses grands-parents, originaires du Piémont et ayant émigré en France, du début au milieu du XXème siècle.

Réalisé en stop motion, à partir de figurines en pâte à modeler, Interdit aux chiens et aux Italiens présente deux grandes qualités : il donne à voir des aspects de l'histoire rarement abordés (par exemple la zone d'occupation italienne en France pendant la seconde guerre mondiale, ou l'importance de la main d'oeuvre italienne dans la construction des ouvrages d'art alpins) et il fait preuve d'une ingéniosité attendrissante dans les idées d'animation (des broccolis font de superbes arbres, les mains d'Ughetto interviennent directement dans le cadre comme des personnages à part entière...).

L'histoire est intéressante et émouvante à la fois, et le succès de ce très joli film paraît amplement mérité.

 

2e

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La montagne

J'aurais vraiment voulu aimer ce film, dans lequel tout m'attire, a priori :  les paysages de montagne, l'idée saugrenue de ne plus vouloir redescendre une fois qu'on est monté là-haut (alors qu'on est pas spécialement montagnard), la petite touche fantastique dont la bande annonce ne fait pas mystère.

Malheureusement, Thomas Salvador échoue à développer ces différentes pistes qui restent embryonnaires : la montagne n'est pas spécialement magnifiée, l'histoire de l'exil intérieur n'est ni explicitée ni illustrée, et l'aspect fantastique ne dépasse pas le joli effet des premières images. Le film répugne à donner une quelconque explication à ce que l'on voit : c'est un parti-pris que l'on peut comprendre, mais qui m'a horripilé, car il n'est pas compensé par une beauté onirique ou un vertige métaphysique.

La montagne aurait sûrement fait un formidable court-métrage d'une dizaine de minutes. Délayé pendant 1h52, il devient fastidieux (la première partie s'apparente à une publicité pour le département montagne de Décathlon) et artificiel (la romance avec le personnage jouée par Louise Bourgoin n'a aucun intérêt).

Thomas Salvador, réalisateur hors norme qui tente de renouveler le genre fantastique, s'avère enfin piètre acteur. 

Je suis donc désolé de devoir déconseiller ce film qui ne vaut que par l'étrangeté de son sujet.

Thomas Salvador sur Christoblog : Vincent n'a pas d'écaille - 2014 (**)

 

1e

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Un petit frère

Le nouveau film de Léonor Serraille, à qui l'on doit l'étonnant et explosif Jeune femme, présente plusieurs caractéristiques très intéressantes.

Tout d'abord, il s'agit d'une des rares tentatives de raconter sur le temps long la destinée d'une femme d'origine africaine en France, en y intégrant toutes les dimensions : sentimentales, sociétales, familiales.

De ce point de vue, le film réussit parfaitement à donner à l'écran ce sentiment du temps qui s'écoule, des trajectoires qui divergent inexorablement sans que personne n'y soit vraiment pour quelque chose.

Un petit frère est remarquable en ce qu'il parvient à dessiner des situations qui sont intrinsèquement liées à la condition d'immigrés (le racisme latent, l'importance de la communauté) et en même temps à s'en extraire résolument (les enfants qui dessinent leur propre chemin, la difficulté de construire des relations sentimentales durables).

Le film doit beaucoup à la prestation d'Annabelle Lengronne, qui utilise parfaitement toutes les nuances de son vaste registre. 

Une fresque intimiste qui met en relief avec subtilité les mécanismes complexes de l'intégration.

Léonor Serraille sur Christoblog : Jeune femme - 2017 (***)

 

3e

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Tár

Tár raconte comment une femme de pouvoir arrivée au faîte de sa carrière chute de son piédestal, sous les coups de boutoirs de plusieurs évènements dont elle est en grande partie responsable.

Le fait que ce personnage soit chef d'orchestre n'est pas au final très important. Elle pourrait être chef d'entreprise ou chirurgienne, le film fonctionnerait exactement de la même façon. Au lieu de s'ennuyer en ne comprenant rien aux anecdotes concernant les musiciens, on s'ennuyerait en écoutant des blagues tirées d'articles de la Harvard Business Review ou des anecdotes sur la vie d'Ambroise Paré.

Pendant le film, qui dure 2h38, j'ai eu largement le temps de me demander comment un réalisateur pouvait trouver suffisamment d'énergie pour faire un film dont l'héroïne n'est pas sympathique, mais n'est pas non plus antipathique au point de susciter l'aversion : le risque d'ennuyer le spectateur est en effet considérable, d'autant plus que le film est pauvre en péripéties.

Vous l'avez compris, je me suis assez vite lassé de ces conversations interminable entre pontes mesquins, de ces innombrables plans répétitifs illustrant le quotidien de Lydia Tár (Lydia fait du footing, Lydia pianote sur un piano d'un air pensif, Lydia roule en voiture, Lydia entend des bruits qui n'existent pas, Lydia se lave les mains avec du gel hydroalcoolique, etc).

Il y a sûrement un intérêt à tout cela, qui se situe peut-être entre une réflexion sur la responsabilité morale et la façon dont l'ambition annihile les sentiments, mais il est trop profondément dissimulé pour m'atteindre. La froideur avec laquelle sont regardés les personnages et la préciosité un peu guindée de la mise en scène m'ont rappelé le cinéma de Haneke.

Je ne mets pas la note la plus basse tout de même, pour deux raisons : Cate Blanchett est parfaite dans ce rôle peu aimable, et la direction artistique est irréprochable.

 

2e

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Les poings desserrés

Voici un premier film russe âpre, peu aimable et globalement oppressant.

On suit une jeune adolescente (formidable Milana Azugarova) qui se débat contre toutes les formes de masculinité toxique possible : un père intransigeant et silencieux, un frère simple d'esprit qui l'aime probablement un peu trop, un corps marqué par les dures conséquences d'un attentat terroriste, un copain trop collant. 

L'action se déroule dans une ville minière qui pourrait concourir pour le prix de la ville la plus déprimante vue en 2022 au cinéma, et les décors (appartements, magasin, extérieurs) donne une bonne idée de ce que la Russie peut avoir de plus sinistre.

Malgré ce contexte peu avenant, le film laisse une trace durable dans l'esprit du spectateur, par la grâce d'une mise en scène charnelle et engagée, qu'on doit à la réalisatrice Kira Kovalenko. Cette dernière parvient à saisir avec brio les frémissement qui agitent l'âme de son héroïne, les ambiances (le repas devant la caravane, les bains publics) et l'incroyable mélange d'amour et de haine qui soude les membres de cette famille.

Il rappelle en cela un autre remarquable premier film russe, découvert comme celui-ci dans la section Un certain regard du festival de Cannes : Tesnota, de Kantemir Balagov. Les deux films ont d'ailleurs le même type de personnage principal, une jeune fille en quête d'émancipation.

A découvrir absolument si vous aimez le cinéma russe.

 

3e

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Babylon

Babylon est comme un frigo rempli à ras bord.

Il ne faut donc pas chercher un repas équilibré ou délicat quand on va voir le dernier film de Damien Chazelle, mais plutôt un déversoir non maîtrisé de plats succulents, d'ingrédients plus ou moins frais, et enfin d'expérimentations culinaires osées.

Parmi ce que le film propose de meilleur, on peut citer sa première heure (un tournage apocalyptique, suivi d'une orgie chez un mogul du cinéma muet) qui est à la fois folle par son ampleur délirante et son rythme échevelé, mais aussi utile à l'intrigue en nous présentant in situ les six personnages principaux.

Parmi les ingrédients tirés du bac à légumes, il y a de tout : une excursion - un peu gratuite car peu reliée au reste du film - dans un souterrain lynchien qui sent un peu le fruit blet, des tics avariés que Chazelle devrait mettre à la poubelle (les gros plans sur les pavillons de trompette), des épices éparpillées au petit bonheur la chance (et hop un peu de cannelle façon Chantons sous la pluie, et zou du vomi pimenté façon Ruben Östlund). 

Au rayon des expérimentations ratées, je mettrais en avant le catastrophique dernier quart d'heure du film, mash-up horriblement prétentieux (mais naïvement attendrissant) mélangeant images de chefs-d'oeuvre du septième art (Godard, sors de ce corps) et immonde image WTF d'encres colorées se délayant dans un grand vide conceptuel.

Dans ce gloubi-boulga on peine à trouver du sens : s'il est indubitable qu'on parle ici du passage du muet au parlant, on cherchera en vain une profondeur psychologique dans l'évolution des personnages, une émotion dans les relations les liant les uns aux autres,  ou un approfondissement de thématiques qui l'auraient pourtant mérité (le temps qui passe, la place des Noirs dans les débuts du cinéma, les évolutions technologiques et économiques de ce Hollywood des origines, l'amour contrarié, l'instabilité psychologique).

Le miracle de Babylon est qu'on ne s'y ennuie pas vraiment : la boulimie de cinéma et de musique qu'il représente séduit autant qu'elle horripile, voire un peu plus en ce qui me concerne.

Damien Chazelle sur Christoblog : Whiplash - 2013 (****) / La la land - 2016 (****) / First man - 2018 (**) / The Eddy - 2020 (**)

 

2e

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Love & mercy

Le moins que l'on puisse dire, c'est que le réalisateur de ce film, Bill Polhad, sort de nulle part : pas de bio dans Allociné, quelques lignes sur Wikipedia en anglais, et pas d'autres films au compteur.

La qualité de Love & mercy en est d'autant plus remarquable. Ce biopic subjectif de Brian Wilson, chanteur et âme des Beach boys, est en effet formidable.

Le découpage du film est d'abord très original : il alterne du début à la fin deux périodes temporelles, dans lesquelles Brian Wilson est joué par deux acteurs différents, tous deux excellents, Paul Dano (pour Wilson jeune) et John Cusack (pour Wilson plus âgé).

D'abord troublant, ce procédé, que je ne me souviens pas avoir vu dans un autre film, se révèle être captivant. Dano incarne un génie en pleine action, en partie incompris, dont la puissance créatrice semble sans limite. Cusak, dans un registre très différent, joue à la perfection la dépendance aux médicaments et donne à voir un phénomène d'emprise glaçant. Les deux parties, pourtant dissemblables, semblent entretenir un dialogue durant tout le film. 

Les personnages secondaires sont eux aussi formidables : Elizabeth Banks rayonne en femme solide et pugnace, Paul Giamatti fascine en psychologue malfaisant. La direction artistique est brillante et la mise en scène très solide.

Un biopic haut de gamme, passionnant et émouvant.

 

3e

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Retour à Séoul

Davy Chou confirme avec ce très beau film son incroyable talent.

L'histoire qu'il nous raconte ici est captivante : Freddie, une jeune Française d'origine coréenne, se retrouve presque par hasard en Corée du Sud pour la première fois de sa vie. Son voyage va se transformer, à l'insu de son plein gré, en une odyssée qui va transformer sa vie. 

Retour à Séoul est découpé en plusieurs parties, toutes assez différentes et qui donne à sentir, de façon captivante et puissante, l'écoulement du temps. L'autre grand atout du film, c'est l'actrice Park Ji-Min : coupante comme un diamant et émotionnellement déficiente, elle irradie le film de son charme douloureux, semblant chercher tout au long du film quelque chose d'insaisissable, à grand renfort d'alcool, de sexe et de danse.

L'émotion n'est jamais loin (le retour de mail sans destinataire par exemple) et la mise en scène est très agréable : un des tout meilleur film de ce début d'année.

Davy Chou sur Christoblog : Diamond Island - 2016 (****)

 

3e

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A couteaux tirés

Les nombreuses critiques positives à propos de ce film parlent souvent de formidable Cluedo géant.

Cette approche est très réductrice car A couteaux tirés est bien plus qu'un whodunit efficace : on identifie d'ailleurs assez rapidement les raisons de la mort de la victime. 

Ce qui fait le sel du film est à mon avis ailleurs. Rian Johnson propose d'abord un formidable jeu de massacre, dans lequel toute une famille richissime et cynique se fait dézinguer méthodiquement au profit d'une jeune fille dont la mère est sans-papier. Le sous-texte politique n'est pas d'une finesse extrême, mais il est réjouissant. 

Dans cet exercice d'horlogerie redoutablement rythmé (un rebondissement survient en gros toutes les 15 minutes), il faut également distinguer la prestation incroyable de Daniel Craig, qui campe un personnage dont on ne sait pas s'il est terriblement bête ou diablement perspicace (ou les deux). Son accent, ses mimiques, ses variations de ton sont superbes. Ana de Armas confirme son potentiel, et le reste du casting est brillant.

Un divertissement de très haute qualité.

 

3e

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Le journal de Bridget Jones

Ce n'est certainement pas son intrigue éculée, basée sur les pires poncifs de la comédie romantique, qui fait l'intérêt du Journal de Bridget Jones, mais  plutôt le personnage de Bridget lui-même, jouée par l'incroyable Renée Zellweger.

Bridget ne répond en effet pas vraiment aux canons de beauté hollywoodien : légèrement enveloppée, pataude, et pas aussi directement aguichante qu'une Scarlett Johansson. Bridget a quelques kilos en trop, mais aussi une inaptitude à se comporter normalement en société, ce qui génère plusieurs scènes désopilantes.

Le film a ceci de sympathique qu'il n'offre pas la possibilité à Bridget de s'améliorer, contrairement à ce qu'on aurait pu imaginer : elle restera aussi gaffeuse et maladroite du début jusqu'à la fin.

Ajoutons à cela que la réalisatrice Sharon Maguire, qui reviendra aux manettes 15 ans plus tard pour Bridget Jones baby, parvient à insuffler un dynamisme et une vivacité qui ne faiblit pas tout au long du film : on prend donc un réel plaisir à regarder ce qui constitue un joli portrait de jeune femme et un réjouissant divertissement, typiquement british.  

 

2e

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My name is Gulpilil

Ce documentaire est consacré à l'immense acteur aborigène David Gulpilil, qui raconte sa vie à travers les nombreux films qu'il a tourné, de Crocodile Dundee à Charlie's country, en passant par Australia.

Le début du film est plutôt encourageant : on a plaisir à suivre les aventures de Gulpilil, qui est resté très attaché à sa terre et à ses traditions ancestrales, et qui détonne agréablement dans le monde sans pitié du cinéma international. Le charisme du personnage, le fait qu'il soit très malade (en réalité il doit mourir prochainement) ajoute un supplément d'émotion.

Mais petit à petit, le film met le spectateur mal à l'aise. Tout d'abord, les partis-pris de mise en scène font un peu toc (les images agrandies des cellules cancéreuses comme une abstraction), puis la façon dont Gulpilil est filmé devient de plus en plus dérangeante. Sa déchéance physique est montrée avec une certaine complaisance. Ses propos, qui deviennent de plus en plus décousus, donne progressivement l'impression qu'il radote.

Par ailleurs, un reproche que l'on peut faire au film est de ne pratiquement pas aborder les travers de l'acteur, son alcoolisme invétéré et son comportement violent envers sa femme qui lui valu un an de prison.

On finit par éprouver de la gêne à regarder l'agonie d'un homme qu'on n'est pas sûr de vouloir admirer.

David Gulpilil sur Christoblog : Charlie's country - 2013 (**)

 

2e

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Nostalgia

Un homme revient à Naples, 40 ans après son départ, pour accompagner sa mère dans ses derniers jours. Un de ses amis d'enfance, avec qui il partage de douloureux souvenirs, est devenu parrain de la mafia.

Ce sujet, développé par le réalisateur Mario Martone, peu connu hors d'Italie, est l'occasion pour l'immense acteur Pierfrancesco Favino (Le traître) de nous donner à voir une prestation magistrale. Il porte le film sur ses épaules, déambulant le regard vague dans une Naples magnifiquement filmée, familière et exotique.

L'intrigue se résume à peu de choses (les deux amis d'enfance se reverront-ils ?) et les péripéties sont proches du néant. On prend pourtant beaucoup de plaisir à découvrir la vie de quartier, les efforts d'un prêtre valeureux pour combattre l'influence la pieuvre et une galerie de personnage assez pittoresque.

Le film porte bien son nom : il ne vaut finalement que pour ce sentiment dont il parvient à imprégner le cerveau du spectateur, pour peu que ce dernier soit dans de bonnes dispositions, ce qui a été mon cas.

 

3e

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L'envol

Tout est étrange dans ce curieux mélange des genres qu'est le nouveau film de Pietro Marcello. 

L'envol commence avec des images d'archives au très gros grain (vraies ou fausses ?), avant de devenir une chronique rurale naturaliste dans un paysage magnifique.

J'ai alors pensé que la trogne incroyable de l'acteur Raphaël Thierry allait être l'enjeu principal de l'histoire, quand tout à coup le film fait s'écouler le temps à toute vitesse et devient une sorte de fantaisie poétique qui ne ressemble à rien de connu.

Dans ce deuxième ou troisième film dans le film, la jeune actrice Juliette Jouan crève l'écran. L'envol s'envole vraiment, mêlant film d'animation et chansons à la Demy, figure légère d'aventurier (Louis Garrel, parfait en pilote d'aéronef) et voiles rouges battant au vent.

Le film est un bric-à-brac assez passionnant, polymorphe par son esthétique (tantôt l'image est très soignée, tantôt elle a l'apparence d'un Polaroïd) et insaisissable sur le fond.

Une belle découverte, qui me réconcilie avec le réalisateur italien, dont je n'avais pas aimé du tout Martin Eden.

Pietro Marcello sur Christoblog : Martin Eden - 2019 (*)

 

3e

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Les Cyclades

Je n'attendais pas grand-chose de cette comédie, qui semblait gentillette sur le papier.

J'ai donc été agréablement surpris par la qualité globale du nouveau film de Marc Fitoussi, qui allie un script malin à une interprétation tout en finesse de ses trois actrices principales, toutes parfaites.

Les Cyclades est un bon exemple de comédie de caractères, qui n'est plus un genre très en vogue dans le cinéma français : les effets comiques résultent plus de l'opposition totale des personnalités de Magalie et Blandine que de l'intrigue, anecdotique. C'est donc une sorte de résurrection au féminin des films de Francis Veber (La chèvre, Les compères, Les fugitifs, L'emmerdeur) que propose Les Cyclades.

Si on rit de bon coeur aux frasques de notre duo si mal assorti, on est aussi curieusement ému par la rencontre de ces deux femmes, finalement en détresse l'une comme l'autre. Le temps qui passe, qui use les corps et ferment progressivement les possibilités, est un véritable personnage dans le film : il donne lieu à de très jolies scènes, comme celle par exemple dans laquelle les deux femmes sont remplacées par leur version adolescente.

La dernière qualité du film est la façon dont le décor naturel des Cyclades est filmé. Les paysages ne sont pas simplement beaux, ils sont signifiants : austères quand l'action le nécessite, séduisants quand l'atmosphère est à la fête, favorisant la méditation dans la partie finale.

Un excellent spectacle de divertissement, tout à fait estimable.

Marc Fitoussi sur Christoblog : Maman a tort - 2016 (***)

 

2e

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Les banshees d'Inisherin

J'avoue avoir du mal à comprendre l'enthousiasme autour de ce film, qui vient de remporter un Golden Globe.

Son contenu se contente en effet d'illustrer péniblement un pitch initial assez amusant : une rupture amicale prend des allures de drame sentimental dans un cadre insulaire à la fois magnifique et oppressant.

Le script suit avec application une trame qu'on devine dès le début malaisante et toute entière tournée vers l'aggravation et le drame. Ce contenu programmatique nuit beaucoup à l'intérêt qu'on peut porter au film : rien ne nous surprend, tout est anticipable. 

La psychologie des personnages est de la même façon exposée dès le début, pour ne plus varier jusqu'à la fin du film, ce qui ne contribue pas à générer de l'empathie chez le spectateur, d'autant plus qu'aucun des deux personnages n'est aimable, ni attendrissant. Leurs dilemmes ne m'ont pas intéressés. 

Les banshees d'Inisherin n'évite pas non plus les maladresses (les raccords de lumière sont approximatifs dans quelques scènes, par la faute de la versalité du climat insulaire), ni les facilités (la façon dont l'étudiant en musique gobe le mensonge de Padraic, l'aspect caricatural des seconds rôles, l'esthétique artificielle des décors). 

Le résultat est un exercice de style froid et désincarné, pauvre en cinéma comme en émotion, qui m'a totalement laissé au bord de la route. 

Martin McDonagh sur Christoblog : 3 billboards, les panneaux de la vengeance - 2017 (****)

 

1e

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