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Christoblog

Harka

On a souvent vu au cinéma la mécanique infernale qui s'abat sur ceux qui ne possèdent rien, dans un pays pauvre et corrompu.

Généralement, l'enchaînement est le suivant : frustration et honte de ne pas pouvoir subvenir aux besoins de sa famille (ici deux petites soeurs), tentation de de livrer à des trafics illégaux pour augmenter ses revenus, puis pétage de plomb final pour résoudre les insolubles conflits psychologiques que génère la situation.

L'originalité est que ce drame, typique du cinéma des pays du sud, est ici tourné par un réalisateur américain d'origine tunisienne, Lotfy Nathan. Harka est donc construit suivant les codes du thriller américain :   montage rythmé, mise en scène visant à l'efficacité, sens du spectaculaire, tension constante.

La puissance du film doit beaucoup à la prestation de son acteur principal, le Français Adam Bessa, très convaincant dans un rôle ingrat de désespéré dépressif. Il porte littéralement ce premier film sec et intéressant, bel hommage aux premiers révoltés tunisiens.

Malgré quelques facilités et un scénario un peu plat, Harka est donc à découvrir, et Lotfy Nathan un cinéaste à surveiller de près.

 

2e

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Armageddon time

S'il est arrivé que James Gray se perde, il faut reconnaître qu'il se retrouve ici, dans une veine autobiographique et nostalgique, qui rappelle un peu la démarche de PT Anderson dans Licorice pizza.

Le grand mérite du film est de mélanger chronique intime (un petit garçon et son grand-père qui va mourir, des parents imparfaits et attendrissants, une ambiance new-yorkaise des confins, délicieusement rendue) avec un tableau saisissant d'un racisme américain qu'on se surprend à penser (avec effroi) congénital.

Ce tour de force est réalisé sur un mode mineur, sans esbroufe et avec une délicatesse de tous les plans. L'introspection qu'il propose à ses personnages devient petit à petit un examen de conscience de la nation américaine.

Anti-spectaculaire dans sa construction, Armageddon time est un petit chef-d'oeuvre sotto voce. La distribution est parfaite, d'Anthony Hopkins au faîte de sa forme à un Jeremy Strong surprenant, pour ceux qui le connaisse surtout dans le rôle phare de l'excellente série Succession. Le jeune acteur Banks Repeta irradie la pellicule, en alter ego du réalisateur (le film pourrait s'appeler "portrait d'un jeune garçon en futur artiste"). Anne Hathaway est une nouvelle fois formidable.

A ne pas rater, c'est pour moi le meilleur James Gray depuis longtemps.

James Gray sur Christoblog :  La nuit nous appartient - 2007 (**) / Two lovers - 2008 (***) /  The immigrant - 2013 (*) / The lost city of Z - 2016 (***) / Ad astra - 2019 (**)

 

4e

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La conspiration du Caire

Sur le papier, ce film avait tout pour me plaire : un metteur en scène prometteur (j'avais bien aimé Le Caire confidentiel), un sujet intrigant, sorte de variante islamique du Nom de la rose, et un doux parfum d'exotisme.

Malheureusement, je trouve que La conspiration du Caire manque de crédibilité. Je n'ai jamais été vraiment captivé par l'intrigue, trop sage à mon goût. Le film avance plan-plan sans véritable tension dramatique et certaines évolutions du scénario m'ont paru très peu crédibles (comment un jeune inconnu peut faire changer d'avis un imam d'expérience avec deux pauvres citations ?).

De la même façon, la façon dont les frères musulmans abandonnent facilement la partie m'a interloqué. 

Pour résumer mes sensations, et malgré une mise en scène très solide, j'ai globalement trouvé que ce film manquait d'originalité et suivait froidement un programme trop scolaire (et par ailleurs peut-être conçu en mode "je veux être en compétition à Cannes"), gommant toute la poisseuse tension qui irriguait le premier film de Saleh.

 

2e

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Le serment de Pamfir

Pour moi un des chocs majeurs du festival de Cannes 2022.

Ce premier film ukrainien est d'une qualité et d'une force époustouflantes.

Le sujet est celui d'un western, ou d'une tragédie grecque. Un dur à cuire revient dans son village. Son fils ayant fait une bêtise, il se voit obliger de retourner dans un monde de délinquance qu'il souhaitait quitter.

C'est peu dire que la mise en scène est virtuose : les plans séquences y sont fascinants par leur fluidité, la photographie sublime et la direction artistique splendide. Les acteurs réalisent une performance qui frôle la perfection, à l'exemple de Oleksandr Yatsentyuk, l'acteur principal, véritable force de la nature, qui force l'admiration.

L'action se déroule durant une sorte de carnaval aux costumes ruraux incroyables, qui donne à de nombreuses scènes une coloration fantastique et burlesque. Dans ce film marqué par le sceau d'une dévotion à la réalité la plus crue, la fantasmagorie qu'apporte une fameuse scène nocturne apparaît comme un bijou cinématographique.

A ne rater sous aucun prétexte.

 

4e

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Close

Dieu sait si j'avais apprécié le premier film de Lukas Dhont, Girl, que j'avais découvert avec émerveillement dans la section Un certain regard du Festival de Cannes 2018.

C'est donc avec une grande impatience que j'attendais le deuxième film du jeune Belge, présenté cette fois-ci en compétition officielle, à Cannes 2022.

Pour commencer, il faut dire que ce deuxième film possède bien des qualités que l'on découvrait avec stupéfaction dans Girl : une sensibilité à fleur de peau, une faculté hors du commun pour capter les toutes petites émotions du quotidien et une empathie générale qui englobe tous les rôles sans exception (et jusqu'à la nature dans ce film). Ses qualités s'expriment aussi bien à travers la mise en scène (précise, épurée, élégante) que par la photographie, magnifique.

Cette histoire d'amitié floue entre deux jeunes garçons est donc tout à fait estimable et emporte globalement l'adhésion, tant la délicatesse qui l'irrigue est exceptionnelle dans le cinéma contemporain.

Il est toutefois assez nettement en retrait de son prédécesseur par certains points. L'évènement central autour duquel pivote le film est un peu lourdement amené, et ne m'a pas entièrement convaincu. La deuxième partie du film m'a paru de fait un peu plus convenue que la première, même si l'interprétation d'Emilie Dequenne y atteint des sommets. La répétition de certaines scènes (les courses dans les champs) peut aussi lasser, ainsi que l'étiolement d'un scénario qui, à force de vouloir éviter le sujet principal du film, finit peut-être par le rater.

Un film lumineux, réduit à l'os, dans lequel tout ce que l'on voit passe par le regard de Léo, joué par un jeune acteur fabuleux, Eden Dambrine, et une deuxième brique intéressante dans une carrière qui s'annonce riche et passionnante.

Lukas Dhont sur Christoblog : Girl - 2018 (****)  

 

2e

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Les aventures de Gigi la Loi

Drôle de ce film que cet OVNI signé Alessandro Comodin (L'été de Giacomo).

Cela commence comme une sorte de manifeste conceptuel : le "héros" s'engueule avec un voisin qu'on ne verra jamais, à travers une haie, pendant 10 minutes. La scène, minimaliste et austère (il fait nuit, on ne voit pas grand-chose, et on ne comprend pas les enjeux), est à l'image du reste du film.

Le personnage principal, Gigi, semble échappé d'un film de Tati. Il est filmé quasi exclusivement en plan fixe, même quand l'intérêt de la scène se déroule en dehors du cadre. On ne comprend pas grand-chose à ses allées et venues désenchantées et inefficaces, jusqu'à ce que l'on comprenne (ce n'est pas clair, mais c'est mon interprétation) qu'il souffre de troubles psychologiques.

Il faut donc une disposition particulière pour apprécier cette balade sans queue ni tête dans la campagne italienne, portrait évanescent d'un personnage surréaliste, qui peut rappeler le cinéma de Kaurismaki, en moins maîtrisé. Et je ne l'ai pas du tout.

 

1e

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R.M.N.

Ce nouveau film de Cristian Mungiu commence plutôt bien. L'acuité du tableau qu'il dessine, la profondeur des différents personnages et l'atmosphère d'étrangeté qu'il dégage rappellent les grandes heures du cinéaste roumain. De multiples pistes sont ouvertes (dont peu se résoudront).

La photographie est grise à souhait, la mise en scène d'une précision diabolique. La "méthode Mungiu" culmine dans un plan fixe d'anthologie regroupant au moins une soixantaine de personnages, assistant à une réunion publique sur le sujet de quelques travailleurs sri lankais venus travailler dans le village.

Cette scène est à la fois terrible par ce qu'elle montre (un racisme collectif et irrationnel, qui s'exerce à de multiples niveaux - Allemands, Hongrois, Roumains, gitans, Sri Lankais) et par la façon dont elle le montre (notre oeil de spectateur voyeur se fait presque complice de l'action). Elle mérite à elle seule qu'on aille voir le film.

Passé ce climax d'une qualité inouïe, le film se perd un peu, probablement à cause d'un point de vue un petit peu convenu sur le sujet de la xénophobie (on pense aux Dardenne) et d'un manque de précision dans le développement du scénario, qui ne sait pas vraiment conclure. Les dernières images du film sont à cet égard assez frustrantes : on ne comprend pas ce qu'on voit, et les interprétations qu'on peut donner à cette fin (que Mungiu refuse de commenter) sont vraiment trop variées pour que le procédé soit intéressant. Pour ma part j'y ai vu une allégorie de la xénophobie refoulée.

Du pour et du contre donc pour cette oeuvre un peu moins aboutie que les précédentes productions du cinéaste roumain.

Cristian Mungiu sur Christoblog : 4 mois, 3 semaine, 2 jours - 2007 (****) / Au-delà des collines - 2012 (***) / Baccalauréat - 2016 (***)

 

3e

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Concours Les repentis : Gagnez 3x2 places (Terminé)

l'occasion de sa sortie, je vous propose de gagner 3x2 places pour découvrir le film Les repentis.

Pour ce faire :

- répondez à la question suivante : quel film d'Iciar Bollain se déroule en Asie ?
- joignez votre adresse postale
- envoyez moi le tout par ici avant le 6 novembre 20h
 

Un tirage au sort départagera les gagnants. Vous recevrez ensuite les places envoyé par le distributeur. NB : un des trois lots sera attribué par tirage au sort à un participant ayant aimé ma page FB ou mon compte Twitter ou s'étant abonné à la Newsletter du blog (n'oubliez pas pour participer à ce tirage au sort spécial de me donner votre pseudo dans votre réponse, pour que je fasse le lien)

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EO

1h29 de décalage permanent, au service d'une exploration poétique, sensorielle et cruelle de la condition humaine et animale : voici le nouveau projet du fantasque Skolimowski.

On croit suivre un âne, mais c'est plutôt les différentes variantes de l'être humain que nous allons découvrir, comme si l'animal était l'oeil de Dieu. Et ce n'est pas très joli : cruauté gratuite, égoïsme, inconséquence, stupidité, futilité pour bien peu de compassion.  

Côté animal et nature, le film propose quelques images saisissantes, qui forcent l'admiration et font sentir la majesté du monde non humain. Je pense par exemple à cette balade de nuit dans une forêt diablement inquiétante, ou au paysage de la cascade et du pont. Les images et le design sonore font de EO une oeuvre souvent sublime.

Les parti-pris de mise en scène sont radicaux et fonctionnent à la perfection. Il y a une brillante idée de cinéma toutes les 3 minutes. EO (Hi Han en anglais...) est court, dense et parfaitement rythmé. Surprenant, atrocement drôle et parfaitement maîtrisé : un des meilleurs films de l'année, sans aucun doute, qui se finit sur une scène poignante. 

Jerzy Skolimowski sur Christoblog : Deep end - 1970 (****) / Essential killing - 2010 (**) / 11 minutes - 2017 (**)

 

3e

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Gazette du Grand Bivouac 2022

Une fois de plus, le monde des grands voyageurs se retrouve à Albertville pour une orgie de films documentaires, de conférences et de rencontres au salon du livre. L'ambiance est festive, multiculturelle et bon enfant au bord de l'Arly : un rendez-vous qui gagne à être connu.

 

19 octobre

Le Festival commence pour moi avec My name is Gulpilil (2/5), film australien sorti en août de cette année, qui nous montre l'acteur aborigène David Gulpilil finir sa vie, atteint d'un cancer, et se remémorant sa carrière. Si le visage de Gulpilil est impressionnant, le film pâtit à mon avis de partis-pris esthétiques pas très heureux de sa réalisatrice. Il finit aussi par radoter sur la fin, et ne fait que survoler quelques points qu'on aurait aimé voir plus creusés (l'alcoolisme ou la violence de l'acteur envers les femmes). On finit par être gêné d'observer l'agonie d'un homme dont on ne sait trop quoi penser.

 

21 octobre

Tout ce qui respire (5/5) de l'indien Shaunak Sen, a remporté toutes sortes de prix à travers le monde (Jury à Sundance, Oeil d'or à Cannes), et on comprend pourquoi en voyant le film.

En peignant le portrait de deux frères qui soignent des oiseaux (des milans noirs pour être précis) à New Delhi, Sen réussit à nous émouvoir aux larmes et à aborder énormément de sujets sur un mode poétique et inspiré.

La mis en scène est brillante, jouant sur beaucoup de paramètres pour exprimer les idées de l'auteur : profondeur de champs, variété des cadrages, ralentis, photographie. La co-existence des humains et des animaux a rarement été aussi bien montrée au cinéma.

C'est du grand art, à la façon d'un Depardon ou d'un Wang Bing. Formidable.

 

22 octobre

Ce samedi commence avec un film très agréable, La symphonie des arbres (4/5) du norvégien Hans Lukas Hansen. Le film suit l'itinéraire d'un luthiste italien de Crémone, qui se met en tête de fabriquer un violon parfait en cherchant l'érable de ses rêves dans les Balkans. Le contraste entre l'optimisme lunaire du personnage principal et les rudes milieux qu'il fréquente en Bosnie rend le film, par ailleurs réalisé comme un thriller, très sympathique.

En soirée, projection de Notre endroit silencieux (1/5) de la bulgare Elitza Gueorguieva, qui dresse le portrait de l'écrivaine biélorusse Aliona Ghoukova. Il est question de deuil du père et d'écrire dans une langue qui n'est pas sa langue natale, mais le dispositif est trop théorique pour convaincre. Ce film d'1h08 lorgne du côté de l'art contemporain.

La soirée se finit avec une table ronde d'une heure regroupant Rachid Benzine, Alain Mabanckou, Zarina Khan et l'héroïne du film, Aliona Ghoukova. Les débats sont un peu confus, heureusement animés par la faconde de Mabanckou. 

 

23 octobre

Ce dimanche commence de tôt matin avec la projection du film chinois Singing in the wilderness (3/5), de la réalisatrice Dongnan Chen. Le film nous plonge dans la minorité des Miao chrétiens du Yunan, à travers le destin d'une petite chorale locale qui est en quelque sorte instrumentalisé par le pouvoir communiste. S'étendant sur de nombreuses années, il suit le destin de quelques-uns de ses membres, tout en abordant plusieurs sujets de société (les rapports femme homme, le tourisme, la corruption). Un mélange d'intime et de collectif réussi.

La terre est bleue comme une orange (3/5), de l'Ukrainienne Irina Tsylik est aussi réjouissant, malgré son sujet : une mère célibataire élevant seule ses enfants dans le Donbass en guerre. La situation tragique est transcendée par le projet de la fille ainée de la famille, qui tourne un film sur la guerre en y impliquant toute sa famille. Force de l'art, magie du cinéma, formidable optimisme de tous les protagonistes : on est emporté par cette drôle de mise en abîme.

Je finis par la remise des prix qui couronne La combattante de Camille Ponsin, portrait de Marie José Tubiana. Le réalisateur et l'ethnologue (90 ans !) sont sur scène. Le film de clôture, River (1/5) de l'australienne Jennifer Peedom, est une collection de belles images façon Yann Arthus-Bertrand qui ne sont pas contextualisées , et qu'accompagne un discours soporifique et new age déclamé par Willem Dafoe. De belles images sans aucun sens, pour un brouet malickien en diable : j'ai détesté.

A l'année prochaine !

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Concours Vortex : Gagnez 3 DVD

l'occasion de sa sortie, je vous propose de gagner 3 exemplaires du DVD du film de Gaspar Noe, Vortex.

Pour ce faire :

- répondez à la question suivante : dans quel film d'Arnaud Desplechin Françoise Lebrun a t elle tourné ?
- joignez votre adresse postale
- envoyez moi le tout par ici avant le 26 octobre 20 h.
 

Un tirage au sort départagera les gagnants. Vous recevrez ensuite le DVD envoyé par le distributeur. NB : un des trois DVD sera attribué par tirage au sort à un participant ayant aimé ma page FB ou mon compte Twitter ou s'étant abonné à la Newsletter du blog (n'oubliez pas pour participer à ce tirage au sort spécial de me donner votre pseudo dans votre réponse, pour que je fasse le lien).

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Le Petit Nicolas - Qu'est-ce qu'on attend pour être heureux ?

C'est un sentiment ambivalent que génère ce film.

D'un côté, l'aspect biographique qui concerne les deux protagonistes (Goscinny et Sempé) est assez intéressant, et leur amitié est bien rendue. Sans être renversant, cette partie du film peut vous donner un éclairage nouveau sur les deux compères, et plus particulièrement sur la vie de Goscinny.

De l'autre, les séances d'animation qui mettent en scène les histoires du Petit Nicolas sont un peu trop sages pour être vraiment captivantes. Un fumet désuet se dégage de ces illustrations sages, dont on ne sait s'il découle du récit originel de Sempé ou de l'adaptation insipide qu'en propose le film.

Ce n'est pas que les histoires soient en elle-même simplistes mais leur portage à l'écran semble les renvoyer ... à un autre siècle.

Le film peine donc à emporter l'assentiment, par excès de conformisme respectueux. 

 

2e

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Les harkis

Philippe Faucon est un cinéaste doué et Les harkis est un film intéressant.

Ceci étant dit, vous aurez probablement compris suite à cette introduction très langue de bois que Les harkis n'est pas passionnant, mais ressemble plutôt à un exposé très bien foutu de fin de Terminale.

Le sujet est chouette, la mise en scène proprette, la photographie sublime et les décors très réalistes, mais le contenu dramatique laisse à désirer : on aurait aimé une progression moins édifiante, mais des personnages plus incarnés et des enjeux moins attendus.

Agréable comme une conférence sur France Culture un dimanche pluvieux de novembre.

Philippe Faucon sur Chrsitoblog : La désintégration - 2012 (**) / Fatima - 2015 (***)

 

2e

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L'innocent

Ces dernières années, le Festival de Cannes a veillé à accueillir pour chaque édition une comédie française de qualité, Le grand bain, La belle époque et en 2022 L'innocent.

On n'attendait pas forcément Louis Garrel dans cet exercice, mais son film réussit parfaitement à cumuler les qualités de genres aussi différents que le polar, la comédie romantique et le film de braquage. 

Après un démarrage assez typique du cinéma français psychologisant, le film vire brusquement vers le burlesque et la comédie assumée, mâtinée d'un réel suspense. On se laisse littéralement happer par le scénario malin de Garrel, et à ce titre, la scène du repas dans le restaurant routier est peut-être le meilleur moment de cinéma de cette année.

Dans ce véritable bonbon générateur d'un immense sourire, Noémie Merland révèle un tempérament comique formidable alors qu'Anouk Grinbert réalise un come-back réjouissant. Une pépite.

 

3e

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Tori et Lokita

Il y a comme une tendance masochiste chez les Dardenne.

Tori et Lokita sont sympas, attendrissants, et on a vraiment envie que leur vie soit belle, que les gens qu'ils croisent soient sympas, qu'ils ne soient pas exploités et que la femme s'arrête dans les derniers plans pour les prendre en auto-stop. Les interprètes sont d'ailleurs formidables tous les deux.

Las ! Les Dardenne leur font subir tout ce qu'on peut imaginer de pire comme humiliations en tout genre, petites et grandes. Le film, par son accumulation de circonstances défavorables, finit par ressembler au manifeste d'une ONG plutôt qu'à un film de cinéma.

C'est dommage, car la mise en scène est solide et l'art de raconter des Dardenne est intacte : le problème est uniquement dans l'angle choisi pour raconter cette histoire, trop tragiquement édifiante pour être émouvante.

Cela fait un bail que les frères ne nous ont pas proposé un vrai bon film...

 

2e

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Novembre

Pas de doute. Dès les premiers plans, on sait qu'on est devant un film de Cédric Jimenez : crissement de pneus de grosses voitures noires filmées au ras du sol, envol de pigeon opportun, gros plan sur un téléphone qui sonne dans la nuit.

Les amateurs de finesse et de réflexion sur l'art de raconter une histoire peuvent passer leur chemin, la mise en scène est basique, la caractérisation des personnages se cantonne au niveau 0. 

Au vu du sujet (l'immersion dans la section anti-terroriste au lendemain des attentats du 13 novembre), le résultat obtenu pourrait être considéré comme acceptable : on suit cahin-caha des flics émus, se gourant parfois, mais finissant par atteindre leur but. Mais la vérité est que le scénario est trop laborieux pour être vraiment intéressant, et que les stéréotypes sont trop marqués pour que le film soit captivant. 

Le casting rassemble une bonne partie du gratin français du moment, mais Sandrine Kiberlain est à peine crédible et je n'ai pu m'empêcher de penser à OSS 117 dans certaines des intonations de Jean Dujardin (surtout dans ses dernières scènes). C'est Lyna Khoudry qui crève vraiment l'écran, grâce à une prestation solide et nuancée.

Pas de quoi me réconcilier avec le cinéma lourdaud de Jimenez. A voir éventuellement pour l'aspect documentaire sur le travail de la police.

Cédric Jimenez sur Christoblog : Bac Nord - 2020 (*)

 

2e

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Gazette Annecy cinéma italien 2022

 

 

26 septembre

Ouverture du Festival dans la grande salle de Bonlieu quasi pleine (900 places tout de même !). Emmanuel Crialese ne peut pas être parmi nous pour de "graves raisons personnelles".

Son film, L'immensitá (3/5), qui était en compétition à la Mostra de cette année, est un exercice osé d'introspection historique. Tableau familial, portrait d'une mère au bord de la dépression, chronique historique et parcours d'une jeune fille qui se sent garçon (le film est autobiographique et retrace l'enfance du réalisateur) : c'est un peu beaucoup, parfois presque trop, mais l'émotion et une exceptionnelle Penélope Cruz emportent tout de même la mise.

La reconstitution d'époque (Rome dans les années 70) est aussi très réussie. Le film sortira en France en janvier 2023.

 

29 septembre

Je commence aujourd'hui avec un film en compétition, Settembre (3/5) de la jeune Giullia Louise Steigerwalt, qui n'est pas à Annecy car elle est, d'après le présentateur, "très enceinte". Ce premier film est mignon comme tout, feel good movie écrit avec une grande délicatesse. On suit plusieurs femmes et jeunes filles qui cherchent leur place et trouve l'amour un peu par hasard, au gré de péripéties assez drôles. Le film est rempli de stéréotypes, mais tellement plaisant qu'on lui pardonne.

Atmosphère plus sérieuse avec la projection de In viaggio (3/5), le nouveau film du maître italien du documentaire, Gianfranco Rosi (Fuocoammare, Notturno). Il s'agit d'un travail spécifique, puisque le film est presqu'intégralement constitué d'images d'archive du Vatican, documentant les voyages du pape François à travers le monde.

De cet assemblage parfois un peu scolaire il ressort tout de même de forts contrastes (François si à l'aise avec les pauvres et si emprunté avec les dirigeants) et un portrait assez émouvant d'un pape qui parle comme une grande figure de gauche plus que comme un homme d'église. Très intéressant, à défaut d'être renversant. Sortie sur les écrans français le 14 décembre. 

 

1er octobre

Troisième et dernier jour à Annecy. Les aventures de Gigi la Loi (1/5), d'Alessandro Comodin (L'été de Giacomo), a obtenu le prix du jury à Locarno, mais ne m'a pas vraiment convaincu. On suit un policier un peu benêt (on devine qu'il souffre de problèmes mentaux) dans ses errances quotidiennes à travers la campagne du Frioul. Il ne se passe pas grand-chose, et comme la caméra est fixement rivée sur le personnage principal au détriment de ce que se passe hors cadre, on est à la fois frustré et ennuyé. Les plans fixes s'étirent de façon interminable, et si le projet d'ensemble est parfaitement cohérent, il génère une bonne dose d'ennui. Un OVNI.

La soirée du palmarès est bien plus plaisante. Le Festival remet son prix honorifique (le prix Sergio Leone) à la cinéaste Susanna Nicchiarelli, dont on voit ensuite le nouveau film, Chiara (4/5). L'actrice Margherita Mazzucco campe une jeune Claire d'Assise, qui au XIIIème siècle suit les traces de Saint François. Le film est très intéressant de par ses partis pris : très réaliste pour la vie quotidienne, agrémenté de visions kitsch et de morceaux chantés façon clip baroque. Etonnant mais réussi.

 

  • La palmarès de cette année :
Meilleur film : Monica / Andrea Pallaoro
Meilleure réalisation : Notte fantasma / Fulvio Risuleo
Meilleure interprétation : Lina Siciliano, dans Une femmina / Francesco Costabile
Prix CICAE : Settembre / Giulia Louise Steigerwalt 
Prix du public : Une femmina / Francesco Costabile
Prix du jury jeune : Notte fantasma / Fulvio Risuleo

 

A l'année prochaine !

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Juste sous vos yeux

On avait peut-être un peu perdu Hong Sang-Soo ces derniers temps, dans un dédale de recherches vagues et d'approximations vaporeuses.

Ce retour en grâce est d'autant plus appréciable qu'il prend ici un tour de fausse simplicité. Cela commence comme un retour dans la ville natale, des retrouvailles avec une soeur un peu perdue de vue, puis une rencontre artistico-amoureuse pleine de nostalgie. 

Tout ce qu'on voit est à la fois simple, et marqué du sceau de la solennité définitive qui sera révélée en fin de film, dans un plan d'une beauté déchirante. Le cinéma de HSS, souvent marqué par une superficialité apparente est ici tout à coup empreint d'une profondeur peu courante chez le cinéaste coréen. On peut peut-être y discerner les premières alertes de l'âge.

Le résultat, sec et resserré comme un coup de trique (1h25 de mémoire compressée), est étonnant de brièveté émouvante. On y retrouve quelques gimmmicks classiques de HSS (un rêve dont on ne saura rien, des plans au début du film qui se répéteront à la fin, de l'alcool à gogo), mais pour une fois ils paraissent ici comme atténués, affaiblis.

Pour la première fois, je crois qu'un film de Hong Sang-Soo m'a tiré une larme.

Le film, malheureusement, n'est visible que dans quelques salles en France.

 

3e

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Sans filtre

Au fil des films, Ruben Ostlund semble abandonner ses ambitions initiales (une noirceur qui tirait vers le questionnement métaphysique) pour s'orienter vers la pochade avinée, sous couvert de farce aimablement caustique.

Il bricole ici avec un brio matois trois films en un. Le premier se résume quasiment à une conversation agitée entre deux jeunes gens très superficiels (elle influenceuse, lui top-modèle). C'est très fin, et Ostlund est doué pour souligner tous nos petits travers en très peu de scènes, découpées au scalpel. Couple, rapport entre sexes, réseaux sociaux, culte de l'apparence : les cibles sont faciles à dézinguer et la charge n'est pas originale, mais toujours aussi précise.

Le deuxième film est le coeur de Sans filtre : la croisière abuse, pourrait-on dire. Tantôt drôle, parfois lourdingue, avec une longue séquence pleine de vomi et de défécations. Une scène vaut à elle seule le déplacement, le concours de citation de Lénine et Marx entre le capitaine américain communiste et le capitaliste russe. Il faudra aimer le burlesque pour apprécier.

La troisième, une sorte de Koh-Lanta dans laquelle les classes sociales s'inversent, m'a beaucoup moins convaincu. Cette partie m'a semblé pataude et prévisible, même si certains éclairs font mouche.

En résumé, Ostlund reproduit sa recette spéciale Palme d'Or avec succès, en changeant simplement de cible : c'était l'art contemporain dans The square, c'est le capitalisme ici.

Sans filtre (quel titre étrange au passage...) est donc plaisant et on s'amuse raisonnablement en le regardant, sans que l'on puisse déduire quoi que ce soit des intentions ou idées de son auteur. Toute lecture politique du film pourra être contestée, voire inversée. Quant aux émotions, inutile d'en chercher ici.

Le prochain projet du Suédois concernerait un voyage en avion qui tourne mal. Rendez-vous à Cannes 2024 ?

Ruben Ostlund sur Christoblog :  Snow therapy - 2014 (****) / The square - 2017 (**)

 

2e

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Les enfants des autres

Abandonnant le schéma de ses derniers films (Une fille facile, Planétarium, Grand Central), dans lesquels son propos était trop intellectuel pour vraiment séduire, Rebecca Zlotowski retrouve ici l'efficacité dramatique de son premier film, jusqu'alors le meilleur, Belle Epine.

Les enfants des autres revêt la forme d'un mélodrame pur : intrigue dépouillée (voire même simpliste), mise en scène plate, effets renforçant les effets de narration (fermeture à l'iris à la fin de chaque plan terminant une séquence), attention extrême aux petites choses de la vie, sentiment du temps qui passe, refus du happy end facile et poids de la fatalité.

Pour sublimer cette forme assez ingrate, il faut une interprète à la hauteur, capable de parcourir la gamme des émotions la plus large possible : du désir brut (le scène de la douche) à la sérénité résignée en passant par la joie, la tendresse, le désespoir, la gêne, la déception. Virginie Efira trouve peut-être ici son rôle le plus complet, celui qui donne à voir toute la palette de son talent. Le reste du casting, Roschdy Zem (qui a visiblement prêté son T-shirt de Springsteen à sa partenaire), en tête.

Un beau film, osé et réussi, sensible et délicat, qui relance la carrière de Rebecca Zlotowski et confirme le statut de très grande actrice qui est désormais celui de Virginie Efira.

Rebecca Zlotowski sur Christoblog : Belle épine - 2010 (***) / Grand central - 2013 (*) / Une fille facile - 2019 (**)

 

3e

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