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Christoblog

Articles avec #j'aime

Zero dark thirty

Zero dark thirty se décompose en deux parties très différentes.

La première raconte comment pendant 10 ans une femme va suivre une piste improbable qui finira, par le biais d'une obstination résolue - et d'un peu de chance, par mener à Ben Laden. Cette traque est filmée d'une façon particulière, un peu molle, zébrée d'éclairs de violence et de flambées de suspense.

J'ai songé tout au long à l'ambiance un peu délétère, qui fait si bien sentir le temps qui s'écoule, du film de Fincher, Zodiac. La prestation de Jessica Chastain, bloc de volonté résolue, est hyper-convaincante.

Le film évite de tomber dans des facilités (no sex !), n'esquive pas la question qui fâche (la torture) tout en la traitant parfaitement objectivement, et démystifie le travail d'espion. C'est du bel ouvrage, filmé d'une façon rigoureuse et personnelle.

La dernière partie reconstitue l'attaque nocturne vers le repaire de Ben Laden. Cette partie semble reprendre les canons du film d'action américain, mais au final ressemble plus à une sorte de jeu vidéo d'exploration : il s'agit plus de faire exploser des dizaines de portes plutôt que de shooter à la mode Call of duty

Le ballet des soldats dans la nuit en devient d'une certaine façon presque abstrait. La présence des voisins interloqués, les enfants rassemblés dans une salle, le crash un peu stupide de l'hélico, ces "Oussama" chuchotés un peu bêtement, les plans répétés sur le tireur d'élite qui vit toute l'attaque sur un toit à viser des cibles inexistantes : tous ces détails probablement tirés de la réalité contribuent à faire de toute la scène d'attaque une sorte de tunnel irréel.

Zero dark thirty parvient à cumuler un vrai point de vue d'auteur (la mise en scène de Bigelow est facilement reconnaissable), un intérêt documentaire évident et une tension latente d'une nature profondément originale.

A voir.

 

3e

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Blancanieves

Alors qu'il travaillait depuis 8 ans sur son film, on imagine quelle émotion a du ressentir Pablo Berger lorsqu'il apprit la sortie de The artist, film muet en noir et blanc, comme le sien.

En effet, force est de constater qu'il y a bien une similitude profonde entre les deux films, qui sont tous les deux un hommage au cinéma muet, à la fois dans l'esprit et  dans la confection (mimiques exagérées des acteurs, cartons exposant quelques phrases de dialogues, éclairages expressionnistes, format carré).

Les histoires, heureusement, diffèrent notablement. The artist s'inscrit dans une veine holywoodienne, Blancanieves (Blanche-Neige en espagnol) est une relecture du conte des frères Grimm à la sauce andalouse, baignée d'une photographie très inspirée par le cinéma européen du début du XXIème siècle, et aussi par la peinture espagnole des siècles précédents.

Le film de Berger est remarquable dans sa forme. Je l'ai trouvé encore plus séduisant que celui d'Hazanavicius. Montage parfait, cadrages remarquables, acteurs splendides. Blancanieves est très agréable dans sa première partie, un peu moins dans sa partie intermédiaire, et enfin assez captivant lors de son final.

La corrida forme une toile de fond culturelle au film, sans que ce dernier en soit l'apologie, loin de là. Les quelques débats naissants sur ce sujet sont donc hors sujet : la tauromachie est à Blancanieves ce que la géologie est à la Bible.

Hormis la photographie, vraiment formidable, il faut aussi souligner la prestation des acteurs et actrices : les 6 nains sont fabuleux (oui, 6 et pas 7, vous verrez pourquoi en allant voir le film) et le trio féminin Macarena Garcia / Maribel Verdu / Angela Molina est enthousiasmant.

 

3e

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Violeta

http://fr.web.img3.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/93/97/68/20292234.jpgHonte à moi, je ne connaissais pas Violeta Parra, célèbre artiste et chateuse chilienne.

Aussi, ai-je eu probablement encore plus de plaisir à découvrir le biopic que lui a consacré fin 2012 le réalisateur chilien Andrés Wood.

D'abord un peu déstabilisant par sa chronologie éclatée et sa suite d'images sans rapport entre elles, Violeta devient au fil de la projection de plus en plus passionnant. On suit avec délectation et intérêt l'enfance terrible de la passionaria, puis ses premiers succès, la perte d'un de ses enfants (des scènes d'une beauté sidérante), et enfin le film s'attarde avec raison sur son amour avec le musicologue suisse Gilbert Favre. Recentrant de plus en plus son propos, il se conclut dans un presque huis clos, tourné dans le chapiteau que Violetta Parra fit construire à la fin de sa vie au pied de la Cordillère des Andes.

Si le film est brillant, c'est avant tout grâce à la prestation époustouflante de l'actrice Francisca Gavilan, littéralement habitée par son rôle, et qui donne à voir un des plus beaux portraits de femme vus ces dernières années au cinéma. La mise en scène est aussi très solide, bien que parfois un poil démonstrative.

Une réussite à tout point de vue qui cumule intérêt quasi-documentaire et plaisir esthétique.

 

4e

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Django unchained

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/84/19/54/20376343.jpgIl m'est arrivé d'avoir la dent dure envers Tarantino, dont les premiers films m'avaient enthousiasmé, mais dont les derniers m'avaient plutôt déçu.

C'est donc avec une sorte de placide jubilation, si je peux me permettre cet oxymore, que je conseille Django à tous les amateurs de bon cinéma ET de divertissement haut de gamme.

Il n'y a en effet rien à jeter dans les 2h44 que propose Tarantino. Le scénario (à mon avis un des gros points faibles d'Inglorious Basterds), est ici parfaitement maîtrisé sur la durée : à la fois simple (une histoire de vengeance, comme d'habitude) et en même temps assez subtil, par les différentes pistes ouvertes et par ses ultimes rebondissements. Le film dresse un tableau glaçant et complexe de la condition des Noirs dans le Sud des Etats-Unis, à la veille de la Guerre de Sécession. Tarantino y va tellement fort dans ses scènes d'action et ses caricatures, que certains (Spike Lee par exemple) ont jugé le film raciste. Il me semble pour ma part que ce qui est montré est souvent ambigu (les relations du maître et de son viel esclave par exemple) et jamais complaisant, sauf peut-être dans la scène du combat de mandingues, qui m'a un peu troublé.

Deuxième point d'excellence du film, ses acteurs, tous prodigieux, avec une mention spéciale à Christoph Waltz, dont les phrases à la fois précieuses et précises sont autant de friandises à déguster. DiCaprio s'affirme excellent acteur, Jamie Foxx montre une vraie personnalité et fait évoluer son personnage tout au long du film, Samuel L.Jackson est époustouflant. Seul bémol : j'ai trouvé Tarantino acteur un ton en-dessous de ses collègues.

La bande-son est parfaite (comme toujours chez Tarantino), les décors à la fois somptueux et réalistes, et le film dispense quelques scènes qui deviennent instantatément cultes, comme l'attaque façon Ku Klux Klan, hilarante, et qui retrouve la verve non-sensique des Monty Python.

Tarantino distille enfin tout au long du film quelques variations sur des thèmes que les cinéphiles acharnés pourront commenter à l'infini : le rouge et le blanc, voir et être vu, croire et tromper.

Au final, avouons-le, un moment  de plaisir quasiment irrésisitible.

Quentin Tarantino sur Christoblog : Inglorious basterds

 

4e 

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Aujourd'hui

Satché se réveille. Il lui reste une journée à vivre. La nuit prochaine il s'endormira pour ne plus jamais se réveiller. C'est comme ça. Il le sait et tous ses proches le savent.

La trame narrative du film, ténue, est cependant pleine d'une sorte de suspense existentiel : Que va-t-il faire de sa journée ? Que feriez-vous dans la même situation ? Est-ce l'heure des bilans, ou celui de profiter de la vie ?

Alain Gomis utilise sa caméra avec une grande maestria, et en même temps une belle douceur. Il ne cherche pas à nous épater ou à être trop démonstratif, il se contente de nous faire sentir les sentiments des uns et des autres à petites touches, en veillant constamment à ce que le sentiment magique de la vie (de l'eau sur un visage, un pied d'enfant, une scène de pickpocket aperçue au vol) soit toujours présent à l'écran.

Le film est porté par l'acteur/poète/musicien américain Saul Williams, impeccable et très beau, et une photographie amoureuse de la lumière sénégalaise. Certaines scènes sont très belles (la dernière du film, celle où Satché se fait faire la toilette mortuaire qu'il subira le lendemain), d'autres sont un cran en dessous (la rencontre avec l'ex-maîtresse, les scènes politiques), mais l'ensemble dégage une atmosphère de quiétude tranquille très impressionnante.

Un beau film serein à découvrir.

Le cinéma d'Afrique noire sur Christoblog : Un homme qui crie

 

3e

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Journal de France

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/90/19/21/20102709.jpg

Janvier est aussi le mois durant lequel on visionne quelques films en séance de rattrapage de l'année précédente.

Hier soir, par le biais de l'opération Cinetrafic, j'ai eu la chance de renouer avec ce cinéaste / photographe / reporter de génie qu'est Raymond Depardon.

Journal de France est co-signé par Depardon et sa compagne, Claudine Nougaret. Il nous montre en un montage parallèle d'une part les pérégrinations du photographe dans la France profonde pour la réalisation de son expo à la BNF, et d'autre part des chutes de ses travaux précédents, ce qui permet de revisiter en accéléré toute la carrière du maître.

Les deux parties présentent un intérêt.

Celle qui suit Depardon en France est tranquille, sereine. Elle fait ressentir presque physiquement le talent très particulier du photographe qui réside à la fois dans l'obstination maniaque et l'acuité du regard. Accessoirement elle donne à voir quelques unes des magnifiques photos de l'exposition. J'ai presque regretté que cette partie ne laisse pas plus Depardon s'exprimer...

La partie qui révèle les archives est très inégale. Parfois quelconque, elle devient extrêmement intéressante quans elle présente des images rares et prenantes (les mercenaires en Afrique par exemple). Pour les néophytes, elle constitue une excellente introduction à l'univers de Depardon en donnant à voir l'essence de son travail dans les tribunaux, les asiles psychiatriques (intense scène à Paris), et dans le Sahara. Les images de Claudine Nougaret filmée avec amour par Depardon sont aussi superbes.

Parfois surgissent dans le film des moments d'une belle intensité poétique : j'ai adoré le montage qui montre dans la continuité des quidams filmés dans plusieurs villes différentes du monde.

Journal de France prouve parfaitement à quel point Depardon est artiste jusqu'au bout des ongles, et on aurait envie que la promenade en sa compagnie ne s'arrête jamais...

Raymond Depardon sur Christoblog : La vie moderne (****)

2e

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Jours de pêche en Patagonie

http://www.lefigaro.fr/medias/2012/12/26/4d6000a2-4e8c-11e2-bb74-5aea9ecb2705-493x328.jpgLes habitués du Festival des trois continents connaissent bien Carlos Sorin, le réalisateur attachant de Historias minimas ou Bombon el perro.

 

On retrouve dans son dernier film les qualités qu'on avait déjà remarqué dans ses oeuvres précédentes : une attention extrême portée aux personnages, une capacité à capter ces petits moments de la vie lors desquels les sentiments vacillent, et une mise en scène parfaitement fluide.

 

Jours de pêche est ce genre de film qui ne fait qu'effleurer son sujet. Du personnage principal, Marco Tucci, on n'apprendra que quelques éléments disparates tout au long du film : il a été alcoolique, il a quitté sa femme, il travaille pour une entreprise allemande de roulement à bille, il est d'origine italienne, il aime l'opéra et surtout, il se rend en Patagonie pour revoir sa fille, qu'il a perdu de vue.

 

Dans ce coin perdu du Sud de l'Argentine, il va donc passer quelques jours à la chercher, et à faire des rencontres minuscules, mais qui, curieusement, laissent chacune une impression durable. Carlos Sorin réussit ce prodige très rare de rendre exceptionnels des personnages somme toute communs, et il le réussit particulièrement bien avec son acteur principal (Alejandro Awada), absolument confondant par la mobilité de ses traits, la douceur de son regard et l'expressivité de ses postures. Le film respire une sorte de bienveillance digne, sans aucune trace de sensiblerie.

 

Un beau moment de cinéma, filmé dans des décors naturels de toute beauté, ce qui ne gâche rien.

 

3e

 

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Gimme the loot

http://fr.web.img1.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/90/57/13/20180107.jpg

J'ai vu le film d'Adam Leon dans une salle à moitié vide, à Cannes, dans la section Un certain  regard, et j'ai été immédiatement séduit par sa fraîcheur un peu verbeuse.

 

Les deux acteurs ados (qui s'aiment à l'évidence mais ne se le disent pas) respirent New York, et on suit leur pérégrination dans la grande ville comme on se laisserait porter par une brise d'été.

 

Adam Leon arrive à tourner en étant à la fois léger et profond : la scène ou le jeune black drague la bourgeoise blonde est à ce titre exemplaire, sous la naïveté de l'un et la fausse décontraction de l'autre, on devine le gouffre qui sépare les classes sociales, si ce n'est les races.

 

Promenade sentimentale, portrait joyeux et apaisé d'une ville, croisement de Spike Lee et de Woody Allen (le cambriolage raté !), Gimme the loot est la meilleure façon de commencer tranquillement l'année au cinéma.

 

2e

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Touristes

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/90/28/36/20089898.jpg

Ceux qui ont vu Kill List seront peut-être déroutés par le film suivant de Ben Wheatley, l'impayable Sighseers (Touristes), que j'ai eu la chance de voir à la Quinzaine.

 

On se demande au début du film de quoi il retourne, et l'introduction ressemble franchement à une sorte de comédie sociale à la Ken Loach. Une femme pas encore vieille mais plus tout à fait jeune est dotée d'une mère insupportable (Tatie Danièle à l'anglaise) et d'un nouveau petit ami qui l'emmène dans une virée touristique en camping car.

 

Ils visitent des coins tous plus ringards les uns que les autres et lors d'une altercation un peu musclée le petit copain zigouille un touriste indélicat qui jette ses papiers gras dans la rue. S'en suit une folle équipée dans la campagne anglaise où tous ceux qui contrarient le couple d'une façon ou d'une autre vont subir un funeste sort. C'est donc une sorte de Bonnie and Clyde en tongs et en bonnet de laine qu'on suit avec un sentiment de perplexité amusée.

 

Touristes est une oeuvre qui ne ressemble à rien de ce que je connaissais : réaliste et grinçante, cruelle et drôle. C'est décoiffant, parfois inquiétant par les sentiments que le film remue en nous (il m'est arrivé de penser à propos de certaines victimes : bien fait pour eux), et perturbant dans ses messages (s'agit-il d'une lutte des classes ? tuer est-il écologique ?). La fin du film, ultime pied de nez, est à ... mourir de rire.

 

Ben Wheatley est sans aucun doute la figure montante de la fantaisie noire à l'anglaise : à suivre.

 

3e

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Télé gaucho

http://fr.web.img3.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/93/76/71/20276277.jpgMichel Leclerc est-il en train de ressusciter la comédie à la française ?

On peut le penser, tant Télé gaucho  (comme Le nom des gens) parvient à faire rire à partir d'une recette qu'on pensait oubliée : des acteurs qui ont des tronches, des répliques qui font mouche, un milieu bien typé qui porte en lui-même un potentiel comique et nostalgique, des gimmicks efficaces.

Michel Leclerc s'est souvenu de son expérience à Télé Bocal pour reconstituer ce qui fut l'ambiance libertaire de ces télés libres, revivant en quelque sorte au milieu des années 90 l'effervescence créatrice qui entoura la création des radios libres, une décennie auparavant.

Le film doit beaucoup de son potentiel comique a l'excellent Eric Elmosnino qui révèle ici un réel potentiel dans le domaine de la comédie, à Sara Forestier qui joue les cruches comme personne, et au très bon jeune espoir Félix Moati, à la fois attendrissant et convaincant dans le rôle du jeune réalisateur qui se voit grand.

Plusieurs scènes ou répliques mériteront de devenir culte (le porno tourné sur le toit, "J'aime faire les choses, mais ce sont les choses qui n'aiment pas être faites par moi", la rubrique des objets qui nous font chier), et si le propos du film pourra au final paraitre anecdotique, Télé Gaucho est l'exemple parfait du divertissement intelligent et agréable.

Je le recommande vivement pour une soirée sympa pendant les vacances de fin d'année.

 

3e

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Yesterday once more

http://fr.web.img1.acsta.net/r_160_240/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/71/92/51/19148805.jpgCuriosité découverte lors du Festival des 3 continents 2012

Drôle de film que cette comédie sentimentale réalisée au début des années 2000 par Johnnie To.

Un couple de voleurs amoureux (joué par les deux stars hong-kongaise Sammi Cheng et Andy Lau) se dispute le partage d'un butin. Elle souffre d'un complexe d'infériorité, il ne veut rien lâcher, les deux sont d'invétérés joueurs/jouisseurs. Ils se quittent, se pistent, se reniflent, manipulent les tiers au service de leur jeu de séduction (y compris en se mariant avec d'autres) et finalement se retrouvent.

Le film est diablement enlevé, les péripéties sont parfois cartoonesque et les décors délirants. C'est un peu kitsch, et très plaisant à regarder, dans un style qui tranche totalement avec l'image que je me faisais du cinéma made in HK.

Dans la deuxième partie, le film vire soudain au mélodrame, l'un des deux membres du couple devenant gravement malade. Je ne vous dirai pas qui, le film multipliant les rebondissements sur le sujet. Perce alors sous la carapace rutilante de la comédie friquée une sourde nostalgie qui donne au film tout son prix. La fin parvient à être franchement émouvante.

L'impression générale que laisse le film est celle d'une vitalité sûre d'elle et sans complexe, que notre cinéma européen semble avoir oublié. Le cinéma de Johnnie To ne s'embarrasse pas de salamalecs et d'hésitations, il fonce à 100 à l'heure dans une intrigue tarabiscotée et grisante, en flirtant continûment avec le mauvais goût.

 

2e

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Ernest et Célestine

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/90/28/33/20091185.jpgTrès bien accueilli à la Quinzaine des réalisateurs 2012, le film de Benjamin Renner est d'honnête facture.

 

La douceur de la palette de l'aquarelliste belge Gabrielle Vincent, décédée en 2000, est bien rendue. L'animation est tranquille, reposante, et change agréablement des délires sur-vitaminés de Disney/Pixar/Dreamworks.

 

Daniel Pennac (qui a longtemps entretenu une correspondance avec Gabrielle Vincent sans jamais la rencontrer) a fait un bon boulot avec le scénario, qui possède cette particularité de proposer des niveaux de lecture pour les différentes tranches d'âge de spectateurs.

 

La morale de l'histoire (les sentiments s'affranchissent des préjugés et des différences) pourra s'appliquer à beaucoup de cas de figure, en ces temps de débats autour du mariage pour tous.

 

J'ai pour ma part été particulièrement sensible à la personnalité de Célestine, petite chose sans peur et doté d'une ferme volonté, qui entraîne spontanément la sympathie.

 

Le film développe quelques bonnes séquences, comme les scènes parallèles de tribunal par exemple, mais c'est dans l'intimité des deux compères que je trouve qu'il se réalise pleinement. Il parvient alors, par petites touches, à faire ressentir cette confiance mutuelle et absolue qu'on appelle parfois l'amour.

 

2e

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Rebelle

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/89/64/35/20059620.jpgJe ne m'attendais à rien de bien précis en entrant dans la salle pour découvrir ce curieux film canadien traitant du sujet des enfants soldats africains.

Je me demandais d'ailleurs vaguement s'il s'agissait d'un documentaire, et je n'avais pas noté que la jeune actrice avait obtenu l'Ours d'argent de la meilleure interprète féminine à Berlin 2012.

Le film me cueillit donc à froid, avec son réalisme sans concession, ses scènes chocs dès les premières minutes, et son rythme effréné. J'ai été littéralement happé par le récit du voyage initiatique de la jeune Komona, 10 ans au début de l'histoire, 13 ans à la fin.

Autant le dire, le film est assez rude par moment (il est d'ailleurs interdit avec raison au moins de 12 ans), et il ne nous est épargné aucun des mauvais traitements que subissent ces jeunes victimes : obligation de tuer, viol, coups. Il est aussi doucement fantastique (la fillette à la faculté de voir des fantômes, les gri-gris sont omniprésents) et devient même amusant lorsque Komona s'éprend du jeune homme nommé Magicien, qui doit trouver un coq blanc pour se marier avec elle.

Rebelle a la faculté rare de nous faire passer des larmes aux rires sans transition. Le tableau qu'il dresse de l'Afrique est absolument saisissant de brutalité. La mise en scène de Kim Nguyen, vive et alerte, rend l'expérience inoubliable. Par certains côtés (les rebelles dans la forêt, la situtation de contrainte) Rebelle ressemble un peu au Captive de Brillante Mendoza, mais il lui est supérieur en tout point. On sort secoué de la projection, un peu sonné par le mélange de violence et de résilience qui irrigue le film, et curieusement séduit par la musique plutôt cool ou entraînante, en (apparente) contradiction avec la gravité du sujet. Une franche réussite, un film injustement passé innaperçu.

PS : des éléments étranges du film appellent des recherches complémentaires : quels sont ces bâtiments d'aspect chinois ? Où le film a-t-il été tourné ? Quel est ce regoupement d'albinos ? A suivre...

 

4e

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Les hauts de Hurlevent

C'est avec peine que je rédige cette critique, moi qui adore le cinéma d'Andrea Arnold.

Son dernier film me laisse en effet perplexe, et si on ne peut nier qu'il est par bien des aspects impressionnant, il ne me semble pas aussi limpide que ses deux premiers opus (Red road et Fish tank)

Les hauts de Hurlevent commence pourtant sur les chapeaux de roue.

Les parti-pris de la cinéaste (format carré, très gros plans, jeu sur la profondeur de champ, naturalisme extrême) fonctionnent au départ admirablement bien. Nous découvrons la vie rude que mène la famille d'accueil du jeune Heathcliff avec un oeil quasi documentaire, d'une puissance esthétique inouïe.

L'ambiance du film, qui associe dénuement extrême et espaces immenses, rappelle beaucoup le sublime film de Wang Bing, Three Sisters. La caméra d'Arnold atteint parfaitement son objectif de nous fait ressentir les sentiments des protagonistes par les sens : toucher (caresser un cheval), goût (lécher une blessure), ouie (le bruit d'un arbre qui heurte une fenêtre), vue (le soleil qui éblouit), odorat (fleurs, boue, animaux).

Le sentiment amoureux naissant entre Heahtcliff et Catherine est ainsi très bien esquissé, et la tension sexuelle qui règne dans le film est étouffante. Dans la deuxième partie du film, tout ce qui a plu dans la première paraît soudainement virer à la recette, au placage formaté et sans imagination, comme si Arnold s'était laissée enfermer dans son système.

Les inserts de paysages sont bien trop variés pour être réalistes, ceux sur les animaux paraissent dresser un catalogue d'entomologiste, les plans montrant Heathcliff espionner la maison de Cathy deviennent exagérément répétitifs.

Les deux acteurs qui jouent les rôles des personnages adultes sont peu crédibles, contrairement à ceux qui jouent les personnages enfants. Kaya Scoledario ne ressemble pas du tout l'actrice qui joue Catherine jeune. Elle semble immature et ses états d'âme nous restent aussi étrangers que ceux de sa jeunesse nous paraissaient proches. James Howson, qui joue Heathcliff adulte, en ajoute beaucoup trop dans le mutisme. Dans son cas non plus, on ne comprend pas réellement le chemin psychologique parcouru.

Les personnages d'Isabella et d'Edgar sont sacrifiés. La fin du film laisse donc une impression de déception, de délitement, qui ternit un peu l'enchantement que la sensualité de la première partie procure. Dernier point : le film s'arrête approximativement au milieu du roman, et toute la suite de la vengeance de Heathcliff, ainsi que sa fin, est ignorée. Ce n'est évidemment pas un défaut en soi, mais cela rend le personnage de Heathcliff moins complexe, moins subtil et moins inquiétant que dans le roman.

 

2e

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Thérèse Desqueyroux

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/90/19/18/20086195.jpgIl y a quelque chose de parfait dans le dernier film de Claude Miller, quelque chose de parfait qui résiste en partie à l'analyse.

 

Il est assez facile pour le critique à la plume acerbe de se contenter d'approcher le film par le versant académique. Beaucoup le font et cela donne des choses comme "Longueur et académisme empêche l'adhésion totale" dans Métro, si tant est qu'on considère Métro comme étant susceptible d'abriter de véritables critiques.

 

En réalité, Thérèse Desqueyroux réalise une sorte de prodige tranquille, celui de donner à voir les tourments d'une âme sous une apparente placidité. C'est une sorte de fleuve de lave souterrain qui court tout le long du film, calme comme la surface d'un lac. Ce feu brille dans les pupilles et dans le phrasé incomparable d'Audrey Tautou, qui n'est pas mon actrice préférée, loin de là, mais qui est ici géniale. Le feu dévore les forêts de pins, entoure le couple Desqueyroux, et déclenche l'irréversible. Le feu est dans le désir d'Anne (splendide Anaïs Demoustier).

 

Plastiquement, Claude Miller signe un film de toute beauté : l'image est baignée d'une lumière merveilleuse, les cadres sont choisis avec une rigueur digne des plus grands, le montage est une splendeur (je pense à ces capsules de rêveries parfaitement intégrées au film, ou aux rythme ennivrant des ellipses qui entraîne le film vers son beau final).

 

Enfin, le film procure un plaisir décisif : celui de l'intrigue, aussi noire que surprenante. Je ne connaissais pas le roman de Mauriac et suis entré dans la salle vierge de toute connaissance quant au scénario. Autant dire que j'ai été plus que surpris par la modernité, par le mélange de douceur, de convenance, de violence et de cruauté de l'histoire qui nous est contée.

 

Ajoutons à tout cela la description admirable d'une époque (les années 20) et d'un territoire (les Landes), et vous aurez toutes les raisons d'aller voir ce film, qui n'a pas d'égal cette année en matière de subtilité et de qualité de jeu des acteurs.

 

4e

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Tabou

Il y a deux types de films qui me plaisent beaucoup

Le premier type est celui des oeuvres qui m'emportent par leur énergie, leur souffle, leur caractère entier. Je suis alors très indulgent quant à leur défauts, dans lesquels je peux même voir en toute mauvaise foi des qualités. Dans cette catégorie, de bons exemples récents pourraient être La guerre est déclarée, Polisse, Kaboom.

Le deuxième type est constitué de films que je trouve admirables sur tous les plans (photo, mise en scène, direction d'acteur, scénario, son). Ils constituent des films-univers que leur auteur conçoit et développe en toute autonomie. Tout fait sens dans ces films, et tous les détails y sont importants. Je pourrais les revoir trois fois en y décrouvant de nouvelles choses à chaque fois. Mais la nature de la satisfaction y reste surtout intellectuelle, et l'émotion brute n'est pas toujours présente. Dans cette catégorie, je classerais Au-delà des collines, Il était une fois en Anatolie, Holy motors, et Tabou.

Le film a tellement été déjà commenté sur la blogosphère que je passe sur le descriptif pour parler directement de ce que j'ai trouvé génial dans le film, et que je résume en trois assertions :

Le film est raciste, mais ce n'est pas le sujet

Alors que Tintin au Congo suscite remarques et polémiques, Miguel Gomes se permet d'aller beaucoup plus loin, sans que personne ne trouve à y redire : les Noirs sont totalement refoulés à la périphérie du film, montrés presque comme des animaux. En réalité, on s'en fout, peut-être parce que la distance installée par le dispositif scénaristique nous exonère d'y réfléchir. Ce n'est pas le moindre miracle de ce film d'inventer un rétro tellement peu rétro qu'il n'entraîne même pas la culpabilité. Nous ne sommes pas dans une Afrique coloniale, nous sommes dans une contrée imaginaire. 

Le film invente ou utilise une myriade de figures de styles cohérentes.

La deuxième partie est magnifiquement sonorisée (on entend le souffle du vent, le piètinement des brousailles) sans entendre les voix. La carte postale d'une maison de retraite se transforme magiquement en décors réel. Un arrière plan (au casino, pendant qu'Aurora parle de son rêve) tourne lentement et mystérieusement. Des regards-caméras ponctuent plusieurs scènes. Le film invente sa propre syntaxe, et c'est vertigineux.

Le film entretient une douce impression de rêve éveillé

Apparition fantomatique dans la visite des grottes, sur fond de discours surréaliste, éclairages bizarres, animaux dessinés dans les nuages, apparition diverses de crocodiles, ouverture rétro et mélancolique, morceaux pops décalés, scène de boxe française contre des ennemis invisibles, relation finale entre la petite et la grande histoire à travers l'indépendance, plan sur des tombes, cuisinier qui lit l'avenir dans les entrailles de poulet, suspicion de pratiques vaudou, décors vaguement exotique qui sert d'écrin aux confessions de Ventura.... on pourrait multiplier les exemples d'idées qui détonnent et étonnent.

Pour ma part, l'histoire d'amour de la deuxième partie - bien que classique - m'a particulièrement plu par son caractère tendrement sensuel et farouchement romantique (ou l'inverse). La résonance posthume de la première partie dans la deuxième m'a aussi rempli d'une douce quiétude (on comprend beaucoup mieux pourquoi la fille n'apparaît jamais).

Pour toutes ces raisons et quelques autres, je déclare donc que Tabou est un beau film, amen.

 

3e

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Les lignes de Wellington

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/90/31/65/20200358.jpgLes lignes de Wellington aurait pu être un film de Raoul Ruiz, puisque ce dernier y a travaillé avant de disparaître, mais c'est finalement un film de Valeria Sarmiento, la compagne du maître.

Le film nous transporte au début du XIXème siècle, durant la guerre opposant le Portugal, aidé des anglais, aux troupes napoléoniennes du général Masséna.

Le récit est très curieusement agencé, puisqu'on fait successivement connaissance avec une quinzaine de personnages qui semblent n'avoir aucun rapport entre eux, avant que leur destinée ne se rejoignent subtilement (et très partiellement).

Le scénariste Carlos Saboga tisse le même genre d'entrelacs savants qui faisaient le charme des Mystères de Lisbonne, d'une façon toutefois plus intellectuelle et moins romanesque que dans le chef d'oeuvre de Ruiz. On est ici plus du côté de Perec que de celui des Mille et une nuits ou d'Alexandre Dumas.

La réalisation de Valéria Sarmiento est souple, classique, mais il faut le dire, sans les éclairs de génie et les travellings de folie de son défunt mari. L'ambiance morbide et cruelle de l'exode est toutefois envoûtante, et on a rarement vu un film de guerre aussi long (2h31) sans y entendre quasiment un coup de fusil. Les ruptures de ton orientent l'oeuvre dans sa deuxième partie vers une farce languide et par moment désespérément noire : toutes les femmes (même vieilles, même mortes) semblent devoir y être violées, et par les deux camps s'il vous plait.

Un film hors norme, une curiosité dans laquelle quelques stars viennent, parfois brièvement, saluer le maître Ruiz : Catherine Deneuve, Michel Piccoli, Isabelle Huppert, Melvil Poupaud, Mathieu Amalric, Elsa Zylberstein, Marisa Paredes, John Malkovitch.

A voir si vous avez le temps.

 

2e

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Les invisibles

http://fr.web.img3.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/90/55/11/20101917.jpgPrésenter Les invisibles comme un documentaire regroupant des témoignages d'homosexuels étant nés il y a 70 ou 80 ans est réducteur.

Il s'agit certes de cela, mais pas seulement. La force du film est surtout de nous présenter des personnes, certes homosexuelles, mais avant tout amoureuses, ou l'ayant été. Les invisibles est donc un grand film d'amour, comme en témoignent la scène inaugurale, magnifique, du coup de foudre dans le rétroviseur, ou celle dans laquelle une femme parle du grand amour de sa vie, Gundrun.

Dans l'évocation du temps qui passe, des lieux qui comptent, des photos qui traversent le temps, surgit à chaque témoignage l'histoire d'une vie, et de ses amours. On oublie souvent d'ailleurs que ce sont des homosexuels qui parlent, sauf lorsque les souvenirs évoquent l'engagement politique dans les années 60 et 70, ou les odieux et violents rejets dont toutes ces personnes ont été les victimes (famille, travail, église, parti communiste). 

Le talent de Sébastien Lifshitz réside non seulement dans l'art d'éclairer son sujet et de le cadrer à la perfection, mais aussi dans l'entrelacement des récits et dans les plans de coupe qui rythment et ponctuent les interviews, donnant à réfléchir sur ce qu'on vient d'entendre. En utilisant des plans représentant la nature, des animaux, des ciels, la mer, des paysages urbains, Lifshitz semble situer ses personnages dans un ensemble plus grand, dans lequel l'inélucatibilité de l'homosexualité s'inscrirait dans un ensemble qui la dépasse.

Evidemment le film entre en écho avec l'actualité et le mariage pour tous (magnifique scène ou un couple visite une chapelle abandonnée et rêve de s'y marier), et on devrait imposer à tous les députés une séance de visionnage collective avant tout débat sur la question.

Le dernier point important à dire concernant le film est son irrésistible énergie, les personnages sont vifs, alertes, pleins d'énergie et de joie de vivre. Ils font rire le spectateur autant qu'ils l'émeuvent.

L'amour conserve.

 

3e

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Comme des frères

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/86/09/55/19822508.jpgPremier film d'Hugo Gélin, Comme des frères présente toutes les caractéristiques du cassage de gueule : scénario en marshmallow, péripéties classiques du road movie franchouillard, film de potes assaisonné aux bons mots. La bande-annonce et ses effets tire-larmes laissait augurer du pire.

 

C'est donc une sorte de miracle qui fait tenir le film debout, miracle qui repose principalement sur les épaules des trois acteurs mâles du film. Le jeune Pierre Niney, de l'académie française cher môssieu, est relativement irrésistible dans son rôle de benêt sensible. Nicolas Duvauchelle en grosse brute mal dégrossie est distrayant. François Xavier Demaison est quant à lui tout simplement formidable, avec ses  embarras et ses cheveux qui tombent.

 

Bien servi par une photographie de qualité, une mise en scène sérieuse et solide, un montage efficace et une bande originale de qualité signée Revolver, le film parvient donc à émouvoir sans être trop niais.

 

Les ficelles du scénario sont un certes un peu grosses (la paternité, l'adoption, l'amour d'enfance, etc...), et je m'attendais à des révélations plus croustillantes dans les flashbacks, mais les runnings gags très malins sauvent le film de ces errements (Eli qui parle en dormant, le jeu "pour aller sur la lune", les connaissances inutiles de Maxime).

 

Verdict : un divertissement honnête.

 

2e

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Au-delà des collines

Mungiu n'est pas un cinéaste rigolo.

Il aime les sujets difficiles et désagréables. Celui de l'avortement clandestin cinglait dans 4 mois 3 semaines 2 jours, sec comme un coup de fouet.

Dans Au-delà des collines Mungiu s'attaque à un certain obscurantisme religieux sur fond de critique sociale, à travers le portrait d'une jeune religieuse et de son amie, qui vient la rejoindre au couvent pour essayer de la convaincre de partir. Le film est long, assez lent, mais il place méthodiquement ses pions dans une escalade assez saisissante vers un final attendu mais impressionnant.

La mise en scène de Mungiu est superbe : longs travelings inspirés, photographie admirable, direction d'acteurs exigeante, utilisation savante des focales, composition de plans comme des tableaux de maîtres. Le film est d'une beauté plastique à couper le souffle et possède un peu de cette violence sourde et peu engageante qui suintait de 4 mois 3 semaines 2 jours.

On pourra juste regretter que la nervosité décharnée de ce dernier se mue un peu ici en un exercice de style souvent brillant (comme le travelling arrière sur le visage de l'héroïne principale vers la fin - quel regard !, ou les sidérantes scènes d'hôpital) mais parfois aussi un poil poseur, comme dans le plan final, définitivement "auteur".

Mungiu est clairement un cinéaste des tensions, et le film en est traversé  de part en part : Dieu / diable, tentatives d'échappées / retour au monastère, amour terrestre / amour céleste, enfermement névrotique / plongée dans la réalité externe, tendresse du passé / promesse du futur, folie / raison.

De ce fait, Au-delà des collines est un film inconfortable, parfois ennuyeux et à d'autres moments littéralement transcendant. On songe à Bresson et à Nuri Bilge Ceylan, à un polar métaphysique teinté de naturalisme. Une oeuvre dense et complexe, servies par deux belles actrices qui n'ont pas volé leur Prix d'interprétation à Cannes.

 

3e

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