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Christoblog

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Paradis : amour

http://fr.web.img1.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/90/64/74/20341664.jpgS'il y a bien un film que je m'attendais à ne pas aimer, c'est bien celui-là. Une certaine froideur, un sujet désagréable, un réalisateur autrichien, le mot Amour dans le titre : mon esprit sentait l'ombre maléfique du grand faiseur prétentieux et doublement palmé s'allonger sur le film.

En réalité, et c'est ce que je vais essayer de démontrer, l'approche de Seidl est à l'opposé de celle de Haneke, appelé MH dans la suite de cet article.

Le sujet n'est pas rigolo, rigolo : on suit une cinquantenaire autrichienne, Teresa, en vacance au Kenya, dans des pratiques de tourisme sexuel montrées très crûment.

Teresa se laisse entraîner par une amie plus délurée qu'elle. La première évocation de ces sujets a d'ailleurs lieu lors d'une très belle scène lors de laquelle Teresa glousse un peu comme une jeune fille. On voit dans ces yeux, à ce moment là, qu'elle nourrit VRAIMENT l'espoir de trouver l'amour. Elle est naïve (le film le montre à de multiples reprises, lors de la longue tirade sur les yeux ou lorsqu'elle découvre que son amant est marié, etc). Elle est bête, raciste, mais elle tend vers l'amour. Le film porte donc merveilleusement son titre : l'amour n'est nulle part alors que Teresa voudrait qu'il soit partout.

La démarche de Seidl, on le voit, est donc à l'opposé de celle de Haneke. Seidl dit : la vie est une merde, je vais vous le montrer simplement et sans chichi, et puis je vais vous montrer aussi que certains espèrent. MH dit : je vais vous montrer que la vie est une merde, mais je vais vous faire croire autre chose en vous égarant dans des circonvolutions issues de mon esprit supérieur, et puis à la fin, je vous filerai à tous une baffe en vous démontrant, en plus, qu'il n'y a aucune raison d'espérer.

Côté mise en scène, j'ai été littéralement bluffé par l'aisance de Seidl que je ne connaissais pas. Ses plans fixes sont souvent somptueux, dignes de tableaux de Lucian Freud ou de Hockney (on est loin de l'esthétisme petit bourgeois de MH), son sens du rythme est étourdissant (le film est une alternance de petites scènes rapides et de longs plans sidérants), la photographie est magistrale.

Impossible de passer sous silence la performance de l'actrice Margaret Tiesel, qui joue sûrement une partie considérable de son être le plus intime dans cette aventure, mais qui le fait avec une sensibilité et une maestria qui m'ont donné les larmes aux yeux.

La population kenyane n'est montrée qu'au travers de ses beach boys, prostitués inavoués qui donnent leur plaisir aux sugar mamas. Le tableau n'est donc pas très séduisant, mais il donne au film toute une dimension politique supplémentaire : formidable retour de bâton du colonialisme, le film nous inflige aussi une grosse claque de ce côté là.

Comme pour toutes les grandes oeuvres, il me semble que je pourrais écrire des paragraphes entiers sur certains aspects du films, mais comme je prête attention à maintenir l'intérêt du lecteur, je ne le ferai pas. Simplement, à titre d'avant-goût pour un deuxième article, je pourrais écrire longuement sur : la scène d'ouverture qui montre Teresa en Allemagne dans son activité professionnelle, l'utilisation géniale des décors naturels, le sens du grotesque (le noeud rose, l'orchestre, la scène avec les singes), l'absence de musique, la sexualité féminine.

Au final, un beau film sur la laideur, puissant, signifiant et qui se coltine franco avec la réalité des classes moyennes. L'inverse de MH.

Vivement la suite de la trilogie.

Ulrich Seidl sur Christoblog : Paradis : foi / Paradis : espoir

 

4e

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Thy womb

Vu au Festival du film asiatique de Deauville en 2013. Le film n'est pas sorti en France.

Ce film étonnant de Brillante Mendoza ne ressemble en rien à ses précédents.

Thy womb est tourné parmi les populations musulmanes de petites îles complètement isolées au large des Philippines. On suit plus particulièrement un couple assez agé sans enfants.

La femme décide que son mari mérite une descendance et se met en quête d'une femme pour lui.

Mendoza commence à dresser un tableau quasi-documentaire de la vie très rude de ces peuplades éloignées de tout, ce qui donne au film un étrange aspect de tableau vivant aquatique qui rappelle tout à fait un autre film se déroulant dans le même type d'environnement : le mexicain Alamar.

Progressivement on s'attache au personnage joué par la formidable actrice Nora Aunor (une star aux Philippines), et alors qu'on s'attend à s'ennuyer ferme, on est progressivement surpris par les développements d'une situation un peu ubuesque, et qu'on n'imagine pas du tout pendant la première partie du film.

Si la progression de l'intrigue est très lente, il règne dans le film une atmosphère un peu magique, envoûtante, que Mendoza zèbre d'éclairs d'inquiétude ou de violence (la menace sourde de groupes terroristes est permanente). Thy womb constitue au final le tableau poignant d'humanité d'une femme force de la nature. La mise en scène, bien que plus discrète que dans les autres films de Mendoza, reste absolument limpide.

Brillante Mendoza sur Christoblog : Kinatay / Lola / Captive

 

3e

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Promised land

http://fr.web.img4.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/93/52/00/20395857.JPGComme beaucoup d'autres l'ont dit, le nouveau film de Gus Van Sant ne ressemble en rien à du Gus Van Sant. Il faut attendre un des derniers plans du film pour voir un homme en train de marcher et filmé au ralenti : c'est dire !

Passé ce préliminaire, et tentant donc de considérer le film uniquement pour ce qu'il est, je dois avouer qu'il m'a paru plutôt agréable.

Loin d'être le pensum anti gaz de shiste qu'on pouvait craindre, Promised land s'avère être un tableau très juste de la campagne américaine, loin des habituels clichés : les habitants n'y sont pas tous nuls, ni tous sympas, ni tous red neck.

L'avancée de l'intrigue est sympathiquement rythmée par la connivence qui règne entre un Matt Damon décidément excellent dans ce type de rôle de mec mal dégrossi, et une Frances McDormand à croquer.

Les enjeux économiques, moraux, écologiques, commerciaux, sont esquissés avec une grande subtilité, et toujours incarnés à travers un personnage, c'est la grande force du film. Si le coup de Trafalgar qui secoue le film m'a agréablement surpris (je mets quiconque au défi de le voir arriver), la toute fin m'a paru assez fade.

Au final, le film est tout de même recommandable. A noter qu'on entend pour la deuxième fois en peu de temps la chanson de Springsteen Dancing in the dark comme marqueur de l'Amérique profonde (après The place beyond the pines).

Gus Van Sant sur Christoblog : 2007 - Paranoid park (**) / 2008 - Harvey Milk (***) / 2011- Restless (****)

 

2e

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La belle endormie

La belle endormie est construit autour d'un fait divers qui a divisé l'Italie : l'histoire d'Eluana Englaro, jeune fille plongée dans le coma depuis 17 ans, que son père a décidé de "débrancher", provoquant la colère du Vatican et moult débats, y compris au Parlement, tenté de légiférer en urgence.

Marco Bellocchio ne montre à aucun moment Eluana ou sa famille, mais construit une fiction ample et romanesque autour de plusieurs personnages en rapport avec cette affaire, mais sans liens entre eux : un sénateur, sa fille, un couple de frères dont un est bipolaire, un médecin, une droguée, une actrice dont la fille est également dans le coma (splendide Isabelle Huppert).

On suit avec intérêt l'évolution de tous ces personnages, qui en quelques jours traversent plusieurs états d'âme, et doivent faire face à des décisions fondamentales, de plusieurs types.

Même si les histoires sont d'intérêt très inégal, j'ai été franchement séduit par la mise en scène de Bellocchio (on pense parfois à l'Almodovar de Parle avec elle, évidemment), et par l'intensité qu'il réussit à donner à certaines scènes. Alba Rohrwacher m'a tapé une fois de plus dans l'oeil, son interprétation est à la fois fine et dense.

Le film est aussi clairement politique, et profondément critique envers l'influence de la religion catholique. Certaines scènes sont édifiantes, comme celle dans laquelle on voit les sénateurs suivre les débats de leur sauna, comme directement sortis de la Rome antique.

Bellocchio parvient à évoquer bien d'autres sujets que l'euthanasie, et réussit un film bancal, singulier, un peu trop éparpillé, mais finalement aimable.

 

2e

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Effets secondaires

Je ne pensais plus devoir attendre quelque chose d'agréable de la part de Soderbergh, surtout après le lénifiant, et lui aussi médical, Contagion.

Erreur ! Autant Contagion souffrait d'une intrigue lâche et d'approximations coupables, autant Effets secondaires renoue avec une solidité scénaristique de premier ordre.

Le film évolue d'une chronique de la folie vers un thriller criminel, tout en multipliant les fausses pistes (film procès contre les labos, film thèse sur la responsabilité morale et juridique).

J'ai pris un plaisir primaire à me faire manipuler avec autant de brio, quitte à gober quelques renversements de points de vue dans l'absolu improbables, mais finalement très cohérents au sein du film.

La mise en scène de Soderbergh est extrêmement maîtrisée, très classique dans sa forme et sa façon d'utiliser les effets, visant tous à amplifier le suspense ou à l'inverse l'explication. On est proche ici de l'esprit du meilleur d'Hitchcock. 

Soderbergh impose un style dépouillé, sobre, et en même temps expressif, qui le place dans une longue et noble lignée de cinéastes classiques, prenant plaisir à raconter une histoire complexe et plaisante.

Jude Law est tout bonnement époustouflant, et le reste du casting est proche de la perfection. La musique est remarquable.

Difficile de trouver un défaut au film, qui procure du plaisir en flattant l'intelligence, ce qui est de moins en moins courant.

 

4e

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The impossible

Ayant raté le film à sa sortie, j'ai profité du Festival du Film Espagnol de Nantes 2013 pour aller voir le deuxième film de Juan Antonio Bayona (L'orphelinat).

Le sujet du film est limpide : c'est l'histoire vraie d'une famille espagnole victime du tsunami en Thaïlande (on voit d'ailleurs une photo de la famille dans le générique de fin). La mère est emportée avec le plus grand des trois garçons, alors que le père parvient miraculeusement à sauver les deux plus jeunes, puis à retrouver sa femme.

La première partie du film m'a enthousiasmé. L'atterrisage, les jeux et les cadeaux de Noël dans le village-vacance, les petits tracas liés au travail : tout cela est très bien montré, et Bayona parvient à ménager un vrai suspense, à peu de frais. On sait que la vague peut arriver à tout moment, VA arriver, et le sentiment éprouvé de l'imminence de la catastrophe est très intense.

D'ailleurs le tsunami lui-même est filmée magnifiquement, cela fait bien longtemps que je n'avais pas ressenti un telle impression de réalisme au cinéma. La façon dont Bayona peint l'attitude de la mère, gravement blessée, force l'admiration. Naomi Watts et le garçon sont remarquables. Cette partie du film, absurdement réaliste et totalement sans pathos, est parfaite.

Las ! Le passage de relais à Ewan McGregor gâche le plaisir, car d'une description saisissante de réalisme le film passe alors à une mièvrerie sentimentale dont on se serait bien passé, d'autant plus que l'enjeu du père paraît bien dérisoire : pourquoi met-il en danger ses deux plus jeunes fils pour rechercher sa femme et son aîné alors qu'à l'évidence la santé de ces deux derniers est indépendante du fait qu'il soient avec lui (ils seraient plus en sécurité dans un hôpital) ?

Le film dégringole dans sa deuxième partie une à une les marches de l'escalier de la facilité.

Dommage.

 

2e

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Les lendemains

Les lendemains, premier film de Bénédicte Pagnot, est un film modeste.

Modeste dans son propos : Audrey est une jeune fille sans histoire, qui vient d'avoir son bac, et qui part en fac à Rennes. Elle rencontre des squatters, et partage leur expérience, de plus en plus radicale.

Dans la première partie, Audrey a les cheveux longs et un magnifique sourire. Elle regarde le monde avec un regard qui est encore émerveillé. Dans la seconde partie, elle a les cheveux courts, et son regard s'obscurcit à mesure qu'elle entre en action.

Les lendemains est aussi un film modeste dans ses moyens : une mise en scène sensible, très proche des acteurs, mais sans esbroufe, un montage resserré, des décors quelconques. Tout dans le film respire l'économie de moyens, mais aussi la profondeur de réflexion, l'attention aux détails. Le film a été imaginé, produit et tourné en Bretagne, ce qui lui donne un vernis absolument provincial.

Construit sur des thèmes assez proches d'Après mai (le passage à l'âge adulte, l'extrême gauche, les utopies de la vie communautaire), le film est diablement plus fin que le pensum nombriliste d'Assayas.

Les lendemains révèle enfin une actrice formidable, la jeune Pauline Parigot, qui prend en charge sur ses frêles épaules une bonne partie des risques contenus dans le scénario (une relative passivité du personnage principal, des tatonnements qui font se demander où va le film). Les scènes qu'elle joue avec son amie d'enfance (Pauline Acquart) sont très belles, à l'instar de celle qui ouvre le film.

Un beau film a découvrir, qui a remporté le Prix du public au Festival Premiers Plans d'Angers.

Vu ce soir au Katorza, en présence de Bénédicte Pagnot et de son producteur Gilles Padovani, qui ont longuement répondu aux questions des spectateurs. Où l'on a eu confirmation que tourner un long-métrage est souvent le fruit d'une obstination durable : le projet s'est étiré sur 10 ans....

 

2e

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Pieta

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/92/85/95/20483394.jpg Pieta, Lion d'or au dernier festival de Venise, est un film sparadrap.

Vouliez-vous en oublier le propos, l'ambiance ou le souvenir, que le film de Kim Ki-Duk vous poursuivra au plus profond de vos nuits, sans rémission. Car le film est ainsi : sec, aride, violent comme un coup de poing, peu aimable, comme du Pialat trash à la sauce coréenne, un objet qu'on pense détester avant de se rendre compte, avec horreur, qu'il a pris possession de votre âme.

Deux mots du pitch, avant d'aller plus loin, et sans spoiler, ce qui serait suprêmement dommageable (mais dire cela c'est déjà spoiler) : Kang-do recouvre des dettes. Il n'hésite pas à estropier ses victimes pour cela, afin qu'elles touchent une assurance (et parfois, comble de l'horreur, avec leur bénédiction). Un jour une femme se présente, qui est la mère de Kang-do, et entreprend de le sauver du mal...

Le film est remarquable de plusieurs points de vue. D'abord sa photographie, d'une beauté sur-réelle, qui rend les horreurs décrites presque aimables. Pieta, c'est un peu Léonard de Vinci qui illustre Sade ou Bataille. La mise en scène de Kim Kim-Duk est souveraine, aérienne, précise, cruelle. Le jeu des deux acteurs principaux est absolument magistral : lui est charismatique avec sa lippe boudeuse et sa lente transformation, elle est rayonnante. Quant au scénario, il est d'une complexité étonnante, la seconde visite à chacune des victimes s'avérant beaucoup plus ambigüe qu'il n'y paraît.

Ajoutez à cela l'incroyable génie des décors qui caractérise le film, et le tableau saisissant d'un quartier de Séoul qui se meure, et vous obtiendrez une pièce marquante du cinéma coréen contemporain.

Le film, qui ne présente aucune image gore, est considéré par certains comme extrêmement violent (témoins ces vagues de spectateurs bon chic bon genre quittant la salle à Deauville lors d'une fameuse scène qui s'avérera - ironie du script - autre chose que ce qu'elle paraît être, mais ceux qui ont quitté la salle ne le sauront jamais). Il ne l'est que par ce que nous pensons, nous spectateurs, de ce que nous voyons. Où est la bassesse, où est la raison, où sont les tords des uns et les raisons des autres ? Pieta est doistoievkien en diable et c'est pour cela que je l'aime.

Un oeuvre forte à déconseiller aux âmes chastes.

 

4e

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Le repenti

Au milieu de ma semaine cannoise 2012, j'ai eu la surprise de voir ce joli film, dans une petite salle repassant en fin de soirée des films de la Quinzaine. Merzak Allouache était là, avec une bonne partie de ses acteurs, qui, disons-le, sont tous excellents.

Il y avait dans l'air une atmosphère de gravité et d'émerveillement, lié au sujet du film, que je ne dévoilerai que très partiellement, pour ne pas gâcher votre plaisir de spectateur. Difficile dans ses moments d'émotion d'imaginer qu'Allouache est aussi le réalisateur de Chouchou.

D'abord, saluons le procédé narratif, très malin : un personnage donne une info à un autre lors d'une conversation téléphonique. On ne saura qu'à la fin du film la teneur, évidemment dramatique, de cette info, autour de laquelle tout le film va graviter.

Dans le contexte de l'histoire algérienne récente, de sa guerre civile et de ses horreurs, Le repenti traite avec un certain brio de la notion d'amnistie, et de pardon (la "Concorde civile" qui permit à certains islamistes de se réinsérer dans la société). Le début du film est particulièrement réussi, avec un côté naturaliste très plaisant. Il se développe ensuite sur un mode un peu trop lent, parfois opaque, avant un final particulièrement spectaculaire. Comme un bon vin il possède une belle longueur en bouche.

Le film a été très mal reçu en Algérie, ce qui révèle beaucoup de la profondeur des plaies encore ouvertes.

Une découverte.

 

2e

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Ici et là-bas

Il arrive qu'on sorte d'une salle de cinéma en pensant simplement : "Quel beau film".

Cela n'est pas si fréquent, les films étant souvent ratés, impressionnants, amusants, affreux, hilarants, légers, intenses, surprenants... mais rarement simplement beaux.

C'est pourtant bien l'adjectif qui vient à l'esprit après la projection du premier film d'Antonio Méndez Esparza, tourné au Mexique.

De quoi s'agit-il ? D'un musicien mexicain qui a été contraint de s'expatrier aux USA, et qui revient dans sa famille. Il retrouve sa femme, qui est enceinte et va accoucher, et ses deux filles, qui ne l'ont pas vu depuis longtemps. Il cherche du travail, monte un groupe de musique, et cherche simplement à vivre une vie douce et heureuse.

Le film n'est pas plus qu'une tentative de filmer le bonheur, mais il l'est intégralement. Le jeu des acteurs et actrices respire la sincérité et la sensibilité. La mise en scène est superbe, à base de plans assez larges et souvent fixes. L'acuité, la douceur, la tendre exigence du regard que le réalisateur pose sur son histoire et ses personnages rendent le film unique.

Si parfois on pourra trouver Aqui et alla un peu lent, c'est parce qu'il prend son temps pour décrire les sentiments des uns et des autres. Les moments de joie ou de tension sont captés par une caméra hyper-sensible, et donnent des moments d'intense beauté, comme ce long plan-séquence durant lequel Pedro joue de la guitare, où un de ces derniers plans où l'on voit les deux jeunes soeurs converser à propos du départ de leur père.

Au final, Ici et là-bas est un film à conseiller à tous ceux qui aiment un cinéma calme et attentif. Le jury de la Semaine de la Critique 2012, présidé par Bertrand Bonello, ne s'y est pas trompé, en lui discernant son Grand Prix.

 

3e

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La maison de la radio

http://fr.web.img3.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/92/43/80/20460238.jpgVu en avant-première au Katorza, à Nantes, en présence de Nicolas Philibert.

Comme toujours au Katorza, Nicolas Philibert s'est longuement prêté au jeu des questions réponses, à l'issue de la projection de son film. Doux, précis, attentif, le réalisateur de Etre et avoir et de La ville Louvre, a très bien exliqué sa démarche de documentariste : choisir où poser sa caméra, se fier au hasard qui fait bien les choses, puis passer de très long mois, seul, au montage du film pour passer d'une centaine d'heures de rush à un film de 1h43.

L'objectif de ce documentaire est ambitieux. Filmer la radio en train de se faire, mettre des images sur les ondes sonores, est une affaire délicate, et même dangereuse. On pourrait en effet craindre que la magie de la radio ne soit ternie, souillée par les images : on n'a pas forcément envie de savoir quelle tête à ce présentateur qu'on écoute tous les jours dans sa voiture.

Nicolas Philibert a tourné dans les radios du groupe Radio France. On voit donc des émissions de France Inter, de France Culture et France Musique. Les sujets sont variés et c'est un des plaisirs du film que de passer d'une émission très connue (la matinale de France Inter) à la production de choses beaucoup plus pointues comme une dramatique sur France Culture, qui pour moi est la plus belle partie du film.

Ce qui frappe dans La maison de la radio, ce sont les choix audacieux de Nicolas Philibert (comme quoi le documentaire vaut bien la fiction en matière de réalisation) : cadrage au plus près, refus du hors champ, gestion des tempos et du montage alterné. On est frappé par le sentiment presque religieux qui semble habiter les présentateurs, techniciens et producteurs que l'on voit à l'écran. Leur travail souvent solitaire (étonnant plans des journalistes écrivant leur papier dans la nuit), leur concentration extrême, l'expressivité des visages lorsque les présentateurs s'expriment : tout cela est étonnant et donne une idée très belle et puissante de la création radiophonique.

Ajoutez à cela des personnages hors du commun (la rédac chef à la gouaille irrésistible, Frédéric Lodéon émergeant à peine de sa pile de CD, le stagiaire qui se fait tancer avec un sourire désarmant, l'écrivaine attendant anxieuse la première question) et vous obtiendrez les ingrédients d'une bonne soirée, hors des sentiers battus.

 

2e

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L'artiste et son modèle

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/95/10/35/20380019.jpgLe dernier film de Fernando Trueba possède deux atouts de taille.

 

Le premier, c'est l'interprétation exceptionnelle de Jean Rochefort. D'abord taciturne et peu loquace, le vieil acteur (82 ans) devient brutalement souriant, puis expressif, puis amoureux, dans un tourbillon de signes à peine perceptibles. C'est peu de dire que le visage de Rochefort est un paysage : le moindre froncement de ride évoque des mondes de sentiments, le plus petit plissement de paupières soulève des tempêtes de sensations. 

 

A ses côtés, la jeune et ô combien pulpeuse Aida Folchs remplit parfaitement son office. Bien en chair, belle, mais d'une singulière beauté, elle donne une réplique idéale au vieux sage, ce qui fait naître de très beaux moments, dont une scène sublime, lors de laquelle est commenté avec un brio incroyable un dessin de Rembrandt. Un grand moment de cinéma.

 

Le deuxième atout du film est sa photographie en noir et blanc, magnifique. On ne se lasse pas de la caresse du soleil sur la peau du modèle, de la façon dont la nature est filmée, des effets de flou et de profondeur de champ, de cette façon presque magique d'éclairer les différentes parties du cadre avec une égale délicatesse.

 

J'ai craint dans un premier temps que le scénario ne s'égare dans des lieux communs un peu vains (comme Renoir, par exemple, qui partage tant de points communs avec le film de Trueba), mais j'avais tort. La patte de Carrière pour construire du solide et intéressant (la visite de l'officier allemand par exemple) fait de nouvelle fois son oeuvre.

 

Le film est beau, sensible, parfois drôle, souvent touchant, et continûment stimulant. De la belle ouvrage.

 

3e

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Nouvelle cuisine

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/36/19/95/18833074.jpgMerci Fabrice, qui m'a prêté le DVD de Nouvelle Cuisine (Fruit Chan, 2005).

Le film, à l'origine un des tronçons du film à sketches 3 extrêmes (avec Takashi Miike et Park Chan-Wook, excusez du peu), est développé ici sous forme de long-métrage, et il est particulièrement réussi.

Le sujet semble proche du film d'horreur (une jeune femme cuisine des beignets au foetus humains pour accroître sa longévité et celle de ses clients), mais en réalité il ressort plus de la catégorie thriller psychologique.

Sans dévoiler les ressorts de l'intrigue ( ce serait dommage), qui finalement s'apparente au mythe de Faust (êtes vous prêt à vendre vôtre âme pour rajeunir ?), il faut avouer que le film captive de bout en bout. La mise en scène de Fruit Chan (le bien-nommé) est sucrée, acidulée et maîtrisée. Les deux actrices principales (la jeune et la moins jeune) sont toutes deux remarquables.

On regarde cette allégorie un peu tremblant, hésitant, se demandant exactement de quoi il retourne, avant d'être à proprement parler scotché par l'élégance de la narration.

Un plaisir esthétique et intellectuel.

 

3e

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Cloud atlas

http://fr.web.img5.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/92/29/61/20193100.jpgCloud Atlas est intellectuellement stimulant et plastiquement gratifiant.

Pour ce qui est de l'intellect, rappelons comment le film est construit : 6 histoires apparemment sans rapport entre elles s'entrecoisent par la grâce d'un montage très calculé pendant 2h45. Trois de ces histoires se déroulent dans le passé, une dans le présent, une dans l'avenir, et la dernière... on ne sait pas.

Chacune de ces histoires ne suffirait pas à elle seule à fournir la matière à un long métrage (sauf peut-être celle de Somni). Elles ont certes chacune un intérêt en terme de narration comme de rapports psychologiques, mais elles se trouvent sublimées par leur mise en perspective réciproques.

Si le scénario (et le roman je suppose) offre des relations un peu anecdotiques (tel livre, lettre, lieu ou bijou se retrouve dans plusieurs histoires), c'est surtout l'art purement cinématographique du montage qui donne à Cloud Atlas son charme si particulier : c'est la première fois que je vois des histoires aussi différentes dans leur style (comédie, aventure, histoire, SF) se répondre avec un tel naturel. Les effets de montage sont surprenants : une porte se ferme dans une époque, une autre s'ouvre dans le plan suivant. Le vertige visuel de l'entrelacement est amplifié par le fait que les acteurs se retrouvent dans plusieurs épisodes, à peine reconnaissables parfois.

La construction du film est de ce point de vue une franche réussite.

Deuxième aspect positif du film, c'est sa perfection visuelle. Autant L'odyssée de Pi paraissait lourdingue et factice, autant les mondes décrits ici sont confondants de réalisme. Ma préférence va à la partie concernant le musicien, pour son ambiance anglo-romantique très réussie, et à l'histoire de Somni, visuellement splendide. 

On a véritablement l'impression d'avoir vu plusieurs films en sortant de Cloud atlas, qui pourtant sont tout à fait cohérents entre eux et n'en forme... qu'un.

Quant au discours philosophico-mystique que je craignais, il est limité à une portion congrue, d'ailleurs plutôt orientée vers une réflexion morale. Il est en effet plus question dans le film de ce qui guide nos actes, les choix moraux que nous effectuons et de leur conséquences, que d'élucubrations mystico-panthéistes comme chez Malick. Tant mieux.

Au final, force est de reconnaître que Cloud Atlas est une sorte de morceau de bravoure.

 

3e

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Queen of Montreuil

Vu en hyper avant-première mondiale (plus de 6 mois avant sa sortie) au festival Paris Cinéma, le nouveau film de Solveig Anspach s'avère être une fantaisie délicate et fragile, qui mérite d'être découverte.

L'action de situe à Montreuil (spécial dédicace à Dominique Voynet, maire de Montreuil, dans le générique de fin). Une jeune femme récupère les cendres de son mari, mort brutalement en Thaïlande. Elle croise une mère et son fils islandais en transit entre la Jamaïque et leur île nordique en pleine crise.

L'intrigue est loufoque et tournée avec un souci de réalisme qui rappelle dans l'esprit le style du trio belge Abel/Gordon/Romy. Elle s'agrémente de personnages secondaires assez délirants : un phoque abandonné et son gardien moustachu, un grutier bien sympathique (Samir Guesmi, toujours impeccable), un amoureux éconduit...

L'actrice Florence Loiret-Caille tient le film sur ses frêles épaules, maintenant par la grâce de son jeu sensible et décidé le film sur le fil réaliste, alors qu'il menace de verser continuement dans un certain n'importe quoi.

Une oeuvre mineure mais agréable, qui actualise la veine réaliste poétique du cinéma français.

 

3e

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The sessions

http://fr.web.img1.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/93/53/64/20267371.jpgIl arrive que je tombe sous le charme d'un film tout simple, qui ne se la pète pas, et qui retrouve les basiques du cinéma : raconter une histoire le plus efficacement possible, se mettre au service des ses personnages en ayant en tête le plaisir et l'élévation du spectateur.

 

Mark, victime de la polio, est lourdement handicapé : il ne peut respirer qu'avec un poumon d'acier et est entièrement paralysé, sauf le visage. Son esprit est cependant extrêmement vif, il est poète, et à 38 ans il décide d'avoir ses premières relations sexuelles avec une assistante médicale spécialisée.

 

Sur ce sujet très délicat, Ben Lewin réussit un film quasi miraculeux qui parvient constamment à se maintenir sur des lignes d'équilibre périlleuses : voyeurisme / réalisme, apitoiement / admiration, suspense / analyse psychologique.

 

Au final The sessions l'emporte sur tous les tableaux, et bat à plates coutures Intouchables. Il parvient à nous faire aimer la personnalité pétillante de Mark, jamais avare de bons mots, et à nous faire nous interroger intelligemment sur le rôle de Cheryl (magnifique Helen Hunt) : son travail s'apparente-t-il à la prostitution ?

 

Le rythme du film, impeccable, ses brusques ruptures de ton, ses personnages secondaires très bien dessinés (le prêtre !!), son refus obstiné de la sensiblerie au profit de la véracité psychologique : tout concourt à faire de The sessions le film à voir ABSOLUMENT en ce moment.

 

3e

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Sugar man

http://fr.web.img2.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/91/38/66/20146742.jpgRodriguez est un artiste américain qui enregistre 2 albums dans les années 70, puis disparait de la circulation, au point qu'on pense qu'il s'est suicidé. Pendant ce temps, ses chansons font de lui une star ... en Afrique du Sud, alors engluée dans l'appartheid. A l'insu de son plein de gré, si je puis dire.

Une situation ubuesque donc : comment devenir une superstar à des milliers de km de chez soi, qu'un couple de sud africains (un journaliste et un bijoutier) vont se piquer de creuser pendant des dizaines d'années, avant que  Malik Bendjelloul (suédois comme son nom l'indique) n'en fasse un film.

Notre ami Malik, autant le dire d'entrée, est un sacré roublard. Son film, en fait un documentaire, est scénarisé de telle façon qu'il nous enfarine le popotin d'une bien belle façon, et que de ce point de vue il se rapproche finalement plus d'une fiction. Fausses images d'archive, montage signifiant au possible, animations pour reconstituer une atmosphère, coups de théâtre : tout est fait pour nous haper dans cette histoire abracadabrantesque ... et ça marche !

Difficile en effet de ne pas reconnaître avoir été surpris (à quoi tient la réussite, qui sépare Rodriguez de Dylan ou Springsteen ?), ému (petites larmes obligatoires), et charmé par la musique (une sorte de Nick Drake américain, j'ai trouvé) et la personnalité du bonhomme.

En arrière fond, l'incroyable énergie motrice de l'artiste musicien (comme dans le remarquable Anvil !) dope le film de bout en bout, ne laissant que peu de place aux hésitations légitimes du cinéphile pinailleur (un peu de remplissage quand même).

Bref, à voir. Et à écouter.

 

3e

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The weight

http://3.bp.blogspot.com/-mzsimUq5Rvs/UDsPyhJTOfI/AAAAAAAAXDs/as65C5RCnC4/s1600/TheWeight2.jpgDate de sortie inconnue

 

Au festival du film asiatique de Deauville 2013, j'ai du me frotter les yeux plusieurs fois ce samedi matin, pour me persuader que ce que je voyais n'était pas un cauchemard.

 

Jeon Kyu-Hwan, que je connaissais pas, n'y vas pas avec le dos de la cuillère pour son introduction : une morgue, un bossu qui y officie, du sang, de la solitude. Un autre bossu arrive, tellement laid qu'il porte constamment un casque de moto, pleure sa mère, puis en proie à une soudaine excitation se livre à des pratiques nécrophiles sur le corps d'une actrice, sous l'oeil indifférent de notre croque-mort handicapé, qui en plus d'être bossu, est aussi tuberculeux et arthritique.

 

A ce stade (le film n'a commencé que depuis 10 petites minutes) on craint la surenchère grostesque, d'autant qu'on enchaîne rapidement sur des scènes de prostitution à l'aveugle concernant un transsexuel, qui s'avérera le fils de celle qui a adopté notre croque-mort.

 

Vous suivez ? Si non, ce n'est pas grave, car au-delà de ses outrances scénaristiques, qui par ailleurs s'emboîtent très clairement par le biais de flash-backs bien dosés, le film vaut surtout par sa maîtrise formelle exceptionnelle. La photographie y est magique, la mise en scène inspirée, et le film parvient à nous faire ressentir avec beaucoup de force le désir de beauté de son héros mutique qui peint, dessine, fait grandir des plantes, regarde la lune et la télé avec un égal émerveillement.

 

Jeon Kyu-Hwan ose un certain nombre de procédés fort originaux : pa rexemple les premiers plans du film montrent des plans de la ville de New-York peignant le luxe et la douceur de vivre avant de se conclure par une incrustation abrupte qui énonce "Notre héros ne vit pas dans ce monde-là". Les scènes oniriques (la danse en photo ci-dessus, le modèle de la peinture, le chant de coquelicots, les colombes miniatures) sont autant de réussites.

 

The weight est donc un film hors norme, qui ne ressemble à rien de connu de par son mix sujets sulfureux + traitement poétique + beauté formelle. Tout n'y est pas réussi, mais l'impression finale est agréable et marquante.

 

3e

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Kinatay

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/70/53/73/19102700.jpgKinatay signifie massacre en philippin.

Et c'est bien de cela dont il s'agit, du moins dans sa deuxième partie.

La première partie, elle, tournée en 35mm, montre assez classiquement des scènes de la vie quotidienne à Manille. Un jeune homme, étudiant en crimonologie, se marie.

Brillante Mendoza s'y montre un réalisateur assez classique, maniant les différents types de cadre avec une belle assurance. On s'ennuie tout de même un peu, et on ne comprend pas trop où le film va aller.

Puis tout à coup, alors que le héros se livre à un petit trafic sans conséquence, le film bascule vers tout autre chose. Le jeune homme (Coco Martin, acteur fétiche de Mendoza) est enrôlé contre son gré dans une expédition qui va aboutir à enlever une prostituée, la violer, la tuer, la démembrer et la décapiter. Cette partie nocturne, tournée elle en HD (et passant assez mal sur ma télé à vrai dire), est tournée dans l'esprit d'un temps réel. On suit les hésitations du jeune héros (s'échapper, mais comment ?), son incrédibilité révulsée, mais en même temps la crainte de mettre sa propre vie en danger.

Mendoza livre alors une mise en scène de haute volée (qui lui valu le prix du même nom à Cannes 2008), hypnotique, vacillante, absolument maîtrisée, bien qu'extrêmement sombre, au propre comme au figuré.

La plupart des horreurs ont lieu hors champ, alors qu'une partie des kidnappeurs mangent ou fument des cigarettes en discutant, ce qui contribue à rendre le film encore plus étrange. Même si la vision de Kinatay ne m'a pas été agréable, je dois reconnaître qu'il y a là de la graine de grand.

 

2e

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Les chevaux de Dieu

Il est intéressant de comparer Les chevaux de Dieu au récent film de Philippe Faucon, La désintégration, qui traitait du même sujet : comment en vient-on à être un martyr de l'Islam dans un attentat suicide ?

Autant le film de Faucon était intellectuel, presque désincarné dans une France froide et austère, autant celui de Nabil Ayouch, tourné au Maroc, est chaleureux, sensuel et romanesque.

On suit tout d'abord l'enfance d'une bande de gamins : Yachine et son frère Hamid, Nabil, Fouad, et quelques autres. L'aspect presque documentaire du tournage dans un bidonville de Casablanca, les péripéties dramatiques de cette période rendent le film tout à fait plaisant.

La montée en puissance de l'islamisme radical est ensuite analysé d'une manière exhaustive et passionnante. On retrouve évidemment les causes habituelles (mais ici subtilement incarnée) : sentiment d'entraide, révolte de classe, utilisation du sentiment d'injustice, glissement progressif du sentiment religieux vers une haine de l'autre, promesse d'un paradis inaccessible, etc.. Beaucoup plus palpitantes encore sont les pistes ouvertes par le film vers des explications plus osées et plus liées aux personnages du film : compétition fraternelle, frustations sexuelles (homo et hétéro).

La mise en scène est de qualité, élégante et énergique, et on se demande bien comment ce film exemplaire n'a pas fait plus parlé de lui.  A voir de toute urgence.

 

3e

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