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Le repenti

Au milieu de ma semaine cannoise 2012, j'ai eu la surprise de voir ce joli film, dans une petite salle repassant en fin de soirée des films de la Quinzaine. Merzak Allouache était là, avec une bonne partie de ses acteurs, qui, disons-le, sont tous excellents.

Il y avait dans l'air une atmosphère de gravité et d'émerveillement, lié au sujet du film, que je ne dévoilerai que très partiellement, pour ne pas gâcher votre plaisir de spectateur. Difficile dans ses moments d'émotion d'imaginer qu'Allouache est aussi le réalisateur de Chouchou.

D'abord, saluons le procédé narratif, très malin : un personnage donne une info à un autre lors d'une conversation téléphonique. On ne saura qu'à la fin du film la teneur, évidemment dramatique, de cette info, autour de laquelle tout le film va graviter.

Dans le contexte de l'histoire algérienne récente, de sa guerre civile et de ses horreurs, Le repenti traite avec un certain brio de la notion d'amnistie, et de pardon (la "Concorde civile" qui permit à certains islamistes de se réinsérer dans la société). Le début du film est particulièrement réussi, avec un côté naturaliste très plaisant. Il se développe ensuite sur un mode un peu trop lent, parfois opaque, avant un final particulièrement spectaculaire. Comme un bon vin il possède une belle longueur en bouche.

Le film a été très mal reçu en Algérie, ce qui révèle beaucoup de la profondeur des plaies encore ouvertes.

Une découverte.

 

2e

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Ici et là-bas

Il arrive qu'on sorte d'une salle de cinéma en pensant simplement : "Quel beau film".

Cela n'est pas si fréquent, les films étant souvent ratés, impressionnants, amusants, affreux, hilarants, légers, intenses, surprenants... mais rarement simplement beaux.

C'est pourtant bien l'adjectif qui vient à l'esprit après la projection du premier film d'Antonio Méndez Esparza, tourné au Mexique.

De quoi s'agit-il ? D'un musicien mexicain qui a été contraint de s'expatrier aux USA, et qui revient dans sa famille. Il retrouve sa femme, qui est enceinte et va accoucher, et ses deux filles, qui ne l'ont pas vu depuis longtemps. Il cherche du travail, monte un groupe de musique, et cherche simplement à vivre une vie douce et heureuse.

Le film n'est pas plus qu'une tentative de filmer le bonheur, mais il l'est intégralement. Le jeu des acteurs et actrices respire la sincérité et la sensibilité. La mise en scène est superbe, à base de plans assez larges et souvent fixes. L'acuité, la douceur, la tendre exigence du regard que le réalisateur pose sur son histoire et ses personnages rendent le film unique.

Si parfois on pourra trouver Aqui et alla un peu lent, c'est parce qu'il prend son temps pour décrire les sentiments des uns et des autres. Les moments de joie ou de tension sont captés par une caméra hyper-sensible, et donnent des moments d'intense beauté, comme ce long plan-séquence durant lequel Pedro joue de la guitare, où un de ces derniers plans où l'on voit les deux jeunes soeurs converser à propos du départ de leur père.

Au final, Ici et là-bas est un film à conseiller à tous ceux qui aiment un cinéma calme et attentif. Le jury de la Semaine de la Critique 2012, présidé par Bertrand Bonello, ne s'y est pas trompé, en lui discernant son Grand Prix.

 

3e

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La maison de la radio

http://fr.web.img3.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/92/43/80/20460238.jpgVu en avant-première au Katorza, à Nantes, en présence de Nicolas Philibert.

Comme toujours au Katorza, Nicolas Philibert s'est longuement prêté au jeu des questions réponses, à l'issue de la projection de son film. Doux, précis, attentif, le réalisateur de Etre et avoir et de La ville Louvre, a très bien exliqué sa démarche de documentariste : choisir où poser sa caméra, se fier au hasard qui fait bien les choses, puis passer de très long mois, seul, au montage du film pour passer d'une centaine d'heures de rush à un film de 1h43.

L'objectif de ce documentaire est ambitieux. Filmer la radio en train de se faire, mettre des images sur les ondes sonores, est une affaire délicate, et même dangereuse. On pourrait en effet craindre que la magie de la radio ne soit ternie, souillée par les images : on n'a pas forcément envie de savoir quelle tête à ce présentateur qu'on écoute tous les jours dans sa voiture.

Nicolas Philibert a tourné dans les radios du groupe Radio France. On voit donc des émissions de France Inter, de France Culture et France Musique. Les sujets sont variés et c'est un des plaisirs du film que de passer d'une émission très connue (la matinale de France Inter) à la production de choses beaucoup plus pointues comme une dramatique sur France Culture, qui pour moi est la plus belle partie du film.

Ce qui frappe dans La maison de la radio, ce sont les choix audacieux de Nicolas Philibert (comme quoi le documentaire vaut bien la fiction en matière de réalisation) : cadrage au plus près, refus du hors champ, gestion des tempos et du montage alterné. On est frappé par le sentiment presque religieux qui semble habiter les présentateurs, techniciens et producteurs que l'on voit à l'écran. Leur travail souvent solitaire (étonnant plans des journalistes écrivant leur papier dans la nuit), leur concentration extrême, l'expressivité des visages lorsque les présentateurs s'expriment : tout cela est étonnant et donne une idée très belle et puissante de la création radiophonique.

Ajoutez à cela des personnages hors du commun (la rédac chef à la gouaille irrésistible, Frédéric Lodéon émergeant à peine de sa pile de CD, le stagiaire qui se fait tancer avec un sourire désarmant, l'écrivaine attendant anxieuse la première question) et vous obtiendrez les ingrédients d'une bonne soirée, hors des sentiers battus.

 

2e

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L'artiste et son modèle

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/95/10/35/20380019.jpgLe dernier film de Fernando Trueba possède deux atouts de taille.

 

Le premier, c'est l'interprétation exceptionnelle de Jean Rochefort. D'abord taciturne et peu loquace, le vieil acteur (82 ans) devient brutalement souriant, puis expressif, puis amoureux, dans un tourbillon de signes à peine perceptibles. C'est peu de dire que le visage de Rochefort est un paysage : le moindre froncement de ride évoque des mondes de sentiments, le plus petit plissement de paupières soulève des tempêtes de sensations. 

 

A ses côtés, la jeune et ô combien pulpeuse Aida Folchs remplit parfaitement son office. Bien en chair, belle, mais d'une singulière beauté, elle donne une réplique idéale au vieux sage, ce qui fait naître de très beaux moments, dont une scène sublime, lors de laquelle est commenté avec un brio incroyable un dessin de Rembrandt. Un grand moment de cinéma.

 

Le deuxième atout du film est sa photographie en noir et blanc, magnifique. On ne se lasse pas de la caresse du soleil sur la peau du modèle, de la façon dont la nature est filmée, des effets de flou et de profondeur de champ, de cette façon presque magique d'éclairer les différentes parties du cadre avec une égale délicatesse.

 

J'ai craint dans un premier temps que le scénario ne s'égare dans des lieux communs un peu vains (comme Renoir, par exemple, qui partage tant de points communs avec le film de Trueba), mais j'avais tort. La patte de Carrière pour construire du solide et intéressant (la visite de l'officier allemand par exemple) fait de nouvelle fois son oeuvre.

 

Le film est beau, sensible, parfois drôle, souvent touchant, et continûment stimulant. De la belle ouvrage.

 

3e

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Nouvelle cuisine

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/36/19/95/18833074.jpgMerci Fabrice, qui m'a prêté le DVD de Nouvelle Cuisine (Fruit Chan, 2005).

Le film, à l'origine un des tronçons du film à sketches 3 extrêmes (avec Takashi Miike et Park Chan-Wook, excusez du peu), est développé ici sous forme de long-métrage, et il est particulièrement réussi.

Le sujet semble proche du film d'horreur (une jeune femme cuisine des beignets au foetus humains pour accroître sa longévité et celle de ses clients), mais en réalité il ressort plus de la catégorie thriller psychologique.

Sans dévoiler les ressorts de l'intrigue ( ce serait dommage), qui finalement s'apparente au mythe de Faust (êtes vous prêt à vendre vôtre âme pour rajeunir ?), il faut avouer que le film captive de bout en bout. La mise en scène de Fruit Chan (le bien-nommé) est sucrée, acidulée et maîtrisée. Les deux actrices principales (la jeune et la moins jeune) sont toutes deux remarquables.

On regarde cette allégorie un peu tremblant, hésitant, se demandant exactement de quoi il retourne, avant d'être à proprement parler scotché par l'élégance de la narration.

Un plaisir esthétique et intellectuel.

 

3e

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Cloud atlas

http://fr.web.img5.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/92/29/61/20193100.jpgCloud Atlas est intellectuellement stimulant et plastiquement gratifiant.

Pour ce qui est de l'intellect, rappelons comment le film est construit : 6 histoires apparemment sans rapport entre elles s'entrecoisent par la grâce d'un montage très calculé pendant 2h45. Trois de ces histoires se déroulent dans le passé, une dans le présent, une dans l'avenir, et la dernière... on ne sait pas.

Chacune de ces histoires ne suffirait pas à elle seule à fournir la matière à un long métrage (sauf peut-être celle de Somni). Elles ont certes chacune un intérêt en terme de narration comme de rapports psychologiques, mais elles se trouvent sublimées par leur mise en perspective réciproques.

Si le scénario (et le roman je suppose) offre des relations un peu anecdotiques (tel livre, lettre, lieu ou bijou se retrouve dans plusieurs histoires), c'est surtout l'art purement cinématographique du montage qui donne à Cloud Atlas son charme si particulier : c'est la première fois que je vois des histoires aussi différentes dans leur style (comédie, aventure, histoire, SF) se répondre avec un tel naturel. Les effets de montage sont surprenants : une porte se ferme dans une époque, une autre s'ouvre dans le plan suivant. Le vertige visuel de l'entrelacement est amplifié par le fait que les acteurs se retrouvent dans plusieurs épisodes, à peine reconnaissables parfois.

La construction du film est de ce point de vue une franche réussite.

Deuxième aspect positif du film, c'est sa perfection visuelle. Autant L'odyssée de Pi paraissait lourdingue et factice, autant les mondes décrits ici sont confondants de réalisme. Ma préférence va à la partie concernant le musicien, pour son ambiance anglo-romantique très réussie, et à l'histoire de Somni, visuellement splendide. 

On a véritablement l'impression d'avoir vu plusieurs films en sortant de Cloud atlas, qui pourtant sont tout à fait cohérents entre eux et n'en forme... qu'un.

Quant au discours philosophico-mystique que je craignais, il est limité à une portion congrue, d'ailleurs plutôt orientée vers une réflexion morale. Il est en effet plus question dans le film de ce qui guide nos actes, les choix moraux que nous effectuons et de leur conséquences, que d'élucubrations mystico-panthéistes comme chez Malick. Tant mieux.

Au final, force est de reconnaître que Cloud Atlas est une sorte de morceau de bravoure.

 

3e

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Queen of Montreuil

Vu en hyper avant-première mondiale (plus de 6 mois avant sa sortie) au festival Paris Cinéma, le nouveau film de Solveig Anspach s'avère être une fantaisie délicate et fragile, qui mérite d'être découverte.

L'action de situe à Montreuil (spécial dédicace à Dominique Voynet, maire de Montreuil, dans le générique de fin). Une jeune femme récupère les cendres de son mari, mort brutalement en Thaïlande. Elle croise une mère et son fils islandais en transit entre la Jamaïque et leur île nordique en pleine crise.

L'intrigue est loufoque et tournée avec un souci de réalisme qui rappelle dans l'esprit le style du trio belge Abel/Gordon/Romy. Elle s'agrémente de personnages secondaires assez délirants : un phoque abandonné et son gardien moustachu, un grutier bien sympathique (Samir Guesmi, toujours impeccable), un amoureux éconduit...

L'actrice Florence Loiret-Caille tient le film sur ses frêles épaules, maintenant par la grâce de son jeu sensible et décidé le film sur le fil réaliste, alors qu'il menace de verser continuement dans un certain n'importe quoi.

Une oeuvre mineure mais agréable, qui actualise la veine réaliste poétique du cinéma français.

 

3e

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The sessions

http://fr.web.img1.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/93/53/64/20267371.jpgIl arrive que je tombe sous le charme d'un film tout simple, qui ne se la pète pas, et qui retrouve les basiques du cinéma : raconter une histoire le plus efficacement possible, se mettre au service des ses personnages en ayant en tête le plaisir et l'élévation du spectateur.

 

Mark, victime de la polio, est lourdement handicapé : il ne peut respirer qu'avec un poumon d'acier et est entièrement paralysé, sauf le visage. Son esprit est cependant extrêmement vif, il est poète, et à 38 ans il décide d'avoir ses premières relations sexuelles avec une assistante médicale spécialisée.

 

Sur ce sujet très délicat, Ben Lewin réussit un film quasi miraculeux qui parvient constamment à se maintenir sur des lignes d'équilibre périlleuses : voyeurisme / réalisme, apitoiement / admiration, suspense / analyse psychologique.

 

Au final The sessions l'emporte sur tous les tableaux, et bat à plates coutures Intouchables. Il parvient à nous faire aimer la personnalité pétillante de Mark, jamais avare de bons mots, et à nous faire nous interroger intelligemment sur le rôle de Cheryl (magnifique Helen Hunt) : son travail s'apparente-t-il à la prostitution ?

 

Le rythme du film, impeccable, ses brusques ruptures de ton, ses personnages secondaires très bien dessinés (le prêtre !!), son refus obstiné de la sensiblerie au profit de la véracité psychologique : tout concourt à faire de The sessions le film à voir ABSOLUMENT en ce moment.

 

3e

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Sugar man

http://fr.web.img2.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/91/38/66/20146742.jpgRodriguez est un artiste américain qui enregistre 2 albums dans les années 70, puis disparait de la circulation, au point qu'on pense qu'il s'est suicidé. Pendant ce temps, ses chansons font de lui une star ... en Afrique du Sud, alors engluée dans l'appartheid. A l'insu de son plein de gré, si je puis dire.

Une situation ubuesque donc : comment devenir une superstar à des milliers de km de chez soi, qu'un couple de sud africains (un journaliste et un bijoutier) vont se piquer de creuser pendant des dizaines d'années, avant que  Malik Bendjelloul (suédois comme son nom l'indique) n'en fasse un film.

Notre ami Malik, autant le dire d'entrée, est un sacré roublard. Son film, en fait un documentaire, est scénarisé de telle façon qu'il nous enfarine le popotin d'une bien belle façon, et que de ce point de vue il se rapproche finalement plus d'une fiction. Fausses images d'archive, montage signifiant au possible, animations pour reconstituer une atmosphère, coups de théâtre : tout est fait pour nous haper dans cette histoire abracadabrantesque ... et ça marche !

Difficile en effet de ne pas reconnaître avoir été surpris (à quoi tient la réussite, qui sépare Rodriguez de Dylan ou Springsteen ?), ému (petites larmes obligatoires), et charmé par la musique (une sorte de Nick Drake américain, j'ai trouvé) et la personnalité du bonhomme.

En arrière fond, l'incroyable énergie motrice de l'artiste musicien (comme dans le remarquable Anvil !) dope le film de bout en bout, ne laissant que peu de place aux hésitations légitimes du cinéphile pinailleur (un peu de remplissage quand même).

Bref, à voir. Et à écouter.

 

3e

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The weight

http://3.bp.blogspot.com/-mzsimUq5Rvs/UDsPyhJTOfI/AAAAAAAAXDs/as65C5RCnC4/s1600/TheWeight2.jpgDate de sortie inconnue

 

Au festival du film asiatique de Deauville 2013, j'ai du me frotter les yeux plusieurs fois ce samedi matin, pour me persuader que ce que je voyais n'était pas un cauchemard.

 

Jeon Kyu-Hwan, que je connaissais pas, n'y vas pas avec le dos de la cuillère pour son introduction : une morgue, un bossu qui y officie, du sang, de la solitude. Un autre bossu arrive, tellement laid qu'il porte constamment un casque de moto, pleure sa mère, puis en proie à une soudaine excitation se livre à des pratiques nécrophiles sur le corps d'une actrice, sous l'oeil indifférent de notre croque-mort handicapé, qui en plus d'être bossu, est aussi tuberculeux et arthritique.

 

A ce stade (le film n'a commencé que depuis 10 petites minutes) on craint la surenchère grostesque, d'autant qu'on enchaîne rapidement sur des scènes de prostitution à l'aveugle concernant un transsexuel, qui s'avérera le fils de celle qui a adopté notre croque-mort.

 

Vous suivez ? Si non, ce n'est pas grave, car au-delà de ses outrances scénaristiques, qui par ailleurs s'emboîtent très clairement par le biais de flash-backs bien dosés, le film vaut surtout par sa maîtrise formelle exceptionnelle. La photographie y est magique, la mise en scène inspirée, et le film parvient à nous faire ressentir avec beaucoup de force le désir de beauté de son héros mutique qui peint, dessine, fait grandir des plantes, regarde la lune et la télé avec un égal émerveillement.

 

Jeon Kyu-Hwan ose un certain nombre de procédés fort originaux : pa rexemple les premiers plans du film montrent des plans de la ville de New-York peignant le luxe et la douceur de vivre avant de se conclure par une incrustation abrupte qui énonce "Notre héros ne vit pas dans ce monde-là". Les scènes oniriques (la danse en photo ci-dessus, le modèle de la peinture, le chant de coquelicots, les colombes miniatures) sont autant de réussites.

 

The weight est donc un film hors norme, qui ne ressemble à rien de connu de par son mix sujets sulfureux + traitement poétique + beauté formelle. Tout n'y est pas réussi, mais l'impression finale est agréable et marquante.

 

3e

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Kinatay

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/70/53/73/19102700.jpgKinatay signifie massacre en philippin.

Et c'est bien de cela dont il s'agit, du moins dans sa deuxième partie.

La première partie, elle, tournée en 35mm, montre assez classiquement des scènes de la vie quotidienne à Manille. Un jeune homme, étudiant en crimonologie, se marie.

Brillante Mendoza s'y montre un réalisateur assez classique, maniant les différents types de cadre avec une belle assurance. On s'ennuie tout de même un peu, et on ne comprend pas trop où le film va aller.

Puis tout à coup, alors que le héros se livre à un petit trafic sans conséquence, le film bascule vers tout autre chose. Le jeune homme (Coco Martin, acteur fétiche de Mendoza) est enrôlé contre son gré dans une expédition qui va aboutir à enlever une prostituée, la violer, la tuer, la démembrer et la décapiter. Cette partie nocturne, tournée elle en HD (et passant assez mal sur ma télé à vrai dire), est tournée dans l'esprit d'un temps réel. On suit les hésitations du jeune héros (s'échapper, mais comment ?), son incrédibilité révulsée, mais en même temps la crainte de mettre sa propre vie en danger.

Mendoza livre alors une mise en scène de haute volée (qui lui valu le prix du même nom à Cannes 2008), hypnotique, vacillante, absolument maîtrisée, bien qu'extrêmement sombre, au propre comme au figuré.

La plupart des horreurs ont lieu hors champ, alors qu'une partie des kidnappeurs mangent ou fument des cigarettes en discutant, ce qui contribue à rendre le film encore plus étrange. Même si la vision de Kinatay ne m'a pas été agréable, je dois reconnaître qu'il y a là de la graine de grand.

 

2e

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Les chevaux de Dieu

Il est intéressant de comparer Les chevaux de Dieu au récent film de Philippe Faucon, La désintégration, qui traitait du même sujet : comment en vient-on à être un martyr de l'Islam dans un attentat suicide ?

Autant le film de Faucon était intellectuel, presque désincarné dans une France froide et austère, autant celui de Nabil Ayouch, tourné au Maroc, est chaleureux, sensuel et romanesque.

On suit tout d'abord l'enfance d'une bande de gamins : Yachine et son frère Hamid, Nabil, Fouad, et quelques autres. L'aspect presque documentaire du tournage dans un bidonville de Casablanca, les péripéties dramatiques de cette période rendent le film tout à fait plaisant.

La montée en puissance de l'islamisme radical est ensuite analysé d'une manière exhaustive et passionnante. On retrouve évidemment les causes habituelles (mais ici subtilement incarnée) : sentiment d'entraide, révolte de classe, utilisation du sentiment d'injustice, glissement progressif du sentiment religieux vers une haine de l'autre, promesse d'un paradis inaccessible, etc.. Beaucoup plus palpitantes encore sont les pistes ouvertes par le film vers des explications plus osées et plus liées aux personnages du film : compétition fraternelle, frustations sexuelles (homo et hétéro).

La mise en scène est de qualité, élégante et énergique, et on se demande bien comment ce film exemplaire n'a pas fait plus parlé de lui.  A voir de toute urgence.

 

3e

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Syngué sabour - pierre de patience

http://fr.web.img1.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/93/80/62/20302906.JPGSyngué sabour est un bon film, le tout est de savoir à quel point.

D'abord, je craignais qu'Atiq Rahimi, écrivain adaptant son propre roman Prix Goncourt 2008, soit réalisateur comme moi je suis blogueur. Mais non, il est vraiment doué, et le film propose une mise en scène soignée, bien qu'un peu trop sage.

Ensuite j'attendais beaucoup de l'actrice Golshifteh Farahani, qui crevait l'écran dans le très bon film de Farhadi, A propos d'Elly, et là, je dois le dire, le film est un enchantement. Il repose entièrement sur elle, et elle arrive à être sublime tout du long, en tant qu'actrice bien sûr, mais aussi en tant que tableau vivant. Belle comme une Madonne.

Rappelons brièvement le propos : une femme parle à son mari qui est totalement paralysé avec une balle dans la nuque, sur fond de guerre, en Afghanistan. Progressivement elle arrive à lui dire de bien lourds secrets, notamment d'ordre sexuel. Quelques micros évènements viennent interrompre le monologue (ou plutôt le dialogue avec le silence comme aime à le dire Rahimi). Des allers-retours entre le domicile de l'héroïne, austère et dévasté, et celui de sa tante, chaleureux et sensuel, rythment le récit.

C'est superbement photographié, relativement bien monté, franchement prenant à certains moments, notamment dans quelques flash-backs bien amenés. Mais c'est aussi un peu (beaucoup) prévisible et parfois maladroit, surtout vers la fin. A certains moments le film présente des longueurs.

Syngué sabour amène à considérer la place de la femme dans l'islam sous un angle une fois de plus extrêmement préoccupant, quelques jours après Wadjda.

Bon, comme j'ai décidé d'être gentil en 2013, je pousse la troisième étoile au forceps, pour les beaux yeux de Golshifteh, et donc en totale contradiction avec l'exigence cinéphilique qui me caractérise habituellement.

 

3e

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Damsels in distress

http://fr.web.img1.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/89/08/77/20255904.jpgIl est très difficile de décrire l'expérience que représente la vision du dernier opus du trop rare Whit Stillman.

Voici plusieurs versions possibles.

Trois copines de fac emmenée par Violet (la formidable Greta Gerwig) accueillent les désespérés dans leur Centre de Prévention du Suicide, qui souvent se transforme en Suicide Center, car le panneau Prevention se casse la figure. Violet a des idées très originales : elle pense qu'il vaut mieux sortir avec des mecs moches et cons (car alors elle peut leur apporter quelque chose), elle adore être critiquée, elle ne semble jamais triste ni en colère.

Le film suit les amours de ce groupe qui accueille une petite nouvelle, Lily (jouée au naturel par Analeigh Tipton).

Deuxième version : Damsels in distress est un film dans lequel les odeurs corporelles des garçons jouent un rôle primordial. On y croise aussi un jeune homme très niais (Thor) qui apprend à nommer les couleurs (à la fin du film il exulte devant un arc-en-ciel), des étudiants en pédagogie qui se suicident en masse en sautant du deuxième étage d'un immeuble, un savon dont l'odeur suffit à changer l'humeur, une fête romaine, l'invention d'un nouveau style de danse, et bien d'autres choses bizarres. Le monde de Stillman est une féerie, il diffuse un sentiment de merveilleux et d'irréalité qui fait sonner le film comme une bulle de champagne. Mais attention, nous ne sommes pas non plus chez les Bisounours, le beau gosse Fred évoque à la fois Truffaut et les Cathares pour arriver à ses fins : sodomiser la jolie Lily.

Dernier point de vue possible : Damsels in distress est du Woddy Allen en mieux.  Les dialogues y sont ciselés et profond comme chez le Woody de la période Annie Hall. On finit par une scène de comédie musicale comme dans Tout le monde dit I love you, sur l'air de de Things are looking up, tiré de A damsel in distress de Fred Astaire. Greta Gerwig a joué dans To Rome with love, exactement comme d'autres actrices ont été débauchées par Allen après avoir joué chez Stillman (Chloë Sevigny dans Melinda et Melinda, Mira Sorvino dans Maudite Aphrodite). Jusqu'au lettrage du générique qui rappelle furieusement l'univers allenien.

Je conseille donc chaudement cet OVNI précieux et délicat, et pour soigner votre dépression je vous conseille de faire des claquettes ou de danser la Sambola. Si Thor le peut, alors vous le pouvez aussi.

 

3e

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50/50

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/84/69/18/19753639.jpgLe film de Jonathan Levine est un miracle d'understatement (Understatement is a form of speech which contains an expression of less strength than what would be expected).

En effet, tout dans le sujet (un jeune apprend qu'il est atteint d'un cancer et entame une lourde chimio) est potentiellement tire-larme, et au final, rien ne l'est.

C'est bien le tour de force que réussit ce film. Notre cancéreux se fait larguer par sa copine infâme (mais ne va pas jusqu'à consommer avec sa thérapeute, bien qu'à l'évidence l'envie soit réciproque), sa mère est envahissante (mais pas tant que ça, et malgré un père en plein Alzheimer), et son pote et un gros lourdaud (Seth Rogen, étonamment modéré). Bref, c'est l'horreur, et pourtant non.

Tout sonne justement juste, si je puis me permettre l'allitération, dans ce film : c'est ce qui fait son charme. Joseph Gordon-Levitt ne surjoue à aucun moment, et tous les acteurs sont parfaits.

Le propos du film est finalement assez original (j'ai quelque difficulté à me remérorer une entreprise comparable), et si la musique est franchement un peu TROP envahissante, l'impression finale est nettement positive.

 

3e

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No

No est un film à l'esthétique très surprenante (format carré, image un peu sale façon Super 8). Une fois passé le moment de surprise que cause ce parti-pris osé, on entre pleinement dans le film, et au fil de son déroulement il faut reconnaître que l'aspect particulier de No contribue en partie à son charme.

Ceci étant dit, un aspect visuel "normal" assurerait sans nul doute une bien plus grande diffusion au film.

Le sujet de No est à la fois original et captivant : comment un jeune publicitaire innovant arrive à faire gagner le Non lors du référendum organisé par Pinochet sous la pression internationale, en 1988.

C'est vif, alerte, et, en matière de pub, passionant comme les meilleurs cas exposés dans Mad Men. Le film est littéralement porté par un Gael Garcia Bernal magnétique, par ailleurs coproducteur du film. On est tout du long pris par le suspense de la campagne (encore plus quand, comme moi, on ignore les circonstances de cet épisode historique). L'affrontement des deux camps par spots télévisés interposés est palpitant.

Le film suprend aussi agréablement par l'aspect réaliste de ces reconstitutions, en particulier de manifestation, et par la qualité d'interprétation de tous les seconds rôles.

Un beau moment de cinéma, un cinéaste (Pablo Larrain) à découvrir.

 

3e

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Tu honoreras ta mère et ta mère

http://fr.web.img3.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/95/44/85/20430806.jpgObjectivement, le dernier film de Brigitte Roüan n'est pas très bon. Foutraque, bancal, inégal, boboïsant sont autant d'adjectifs qui lui conviennent parfaitement.

 

Et pourtant, une fois n'est pas coutume, il me faut avouer que j'ai pris du plaisir à suivre les mésaventures gentillettes et estivales de cette tribu réunie autour d'une super-mama incarnée à la perfection par une Nicole Garcia survitaminée.

 

La matriarche aime certains de ces quatre fils plus que d'autres, mais elle est tout de même contente de les voir tous ensemble une fois par an. Chacun des quatre rejetons trimballe sa smala (femme, ex-femmes, et enfants de tous âges, de l'ado dépuceleur au bébé-objet), alors que la mère de la mère, une Emmanuelle Riva un peu plus en forme que dans Amour, joue les Cassandre d'opérette.

 

Chaque idée un peu loufoque de la réalisatrice (des visions kitsch de la mère dans l'esprit de ses fils, des pensées exprimées en voix off, des running gags un peu lourds, des rêves loufoques, la rencontre improbable du phallus et du pope incarné par Demis Roussos - ?!, les vocalises de l'irlandaise), chaque idée est donc potentiellement à la fois un affront au bon goût cinéphilique et parfois une parfaite réussite en terme de mobilisation des zygomatiques du spectateur, comme les réactions de la salle 4 du Katorza l'a prouvé ce dimanche après-midi pluvieux. De plus, la lumière grecque est un personnage à part entière du film, et Brigitte Roüan l'utilise à la perfection.

 

J'ai ri. Et ce n'est pas si mal.

 

2e

 

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Wadjda

Wadjda court le risque d'être réduit à son statut de "premier-film-saoudien-qui-plus-est-réalisé-par-une-femme".

Heureusement pour lui, il vaut plus que ça.

L'argument du film est simple, voire simpliste : une petite fille souhaite battre un copain à la course en vélo, et pour atteindre son but elle lorgne sur une magnifique bicyclette, évidemment inacessible pour de multiples raisons, dont la principale est qu'elle est une fille. On pense instantanément à une foule de référence haut de gamme, comme le néo-réalisme italien ou les premiers Kiarostami qui mettaient génialement en scène les enfants dans la cité. On a raison : Wadjda possède cette force intérieure qui lui confère un statut de conte universel.

Le mérite en revient évidemment à la jeune actrice Waad Mohammed, absolument craquante, bloc résolu de volonté pure au milieu d'un océan de conventions : "Faire du vélo empêche d'avoir des enfants", "Ne touchez pas le Coran si vous avez vos règles", "Ne laissez pas le Coran ouvert, le Diable crache dessus". La friction entre sa fraîcheur déterminée et les pesanteurs de la société traditionnelle saoudienne constitue le véritable carburant du film, qui fonctionne très bien sur cette base.

Le plus fort est que la réalisatrice Haifa El Mansour laisse filtrer sous le poids des conventions quelques sentiments purs (le père envers sa fille, la mère envers son mari) : le carcan craque aux entournures, et c'est dans ses fêlures que le film devient beau.

On est tout simplement conquis par l'efficacité du dispositif, tout en distinguant nettement les grosses ficelles que la réalisatrice manipule : tant pis, ou tant mieux, dans tous les cas le film est un véritable bain de jouvence cinématographique.

Coup de coeur.

 

4e 

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Shadow dancer

http://fr.web.img3.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/86/82/68/20278854.jpgVoilà un film qui m'a à la fois séduit et déplu.

Au rayon des +, une immersion dans le Belfast des années 90 comme on en a rarement vu, bien que le sujet de l'IRA soit courant dans le cinéma britannique. Ici, le confinement des corps et des esprits est très bien montré, avec des nuances qui font vraiment ressentir la tension générale existant alors. Une mise en scène irréprochable, des seconds rôles impeccables, un scénario intéressant (sauf la fin, j'y reviendrai).

Au rayon des -, un début un peu poussif, une interprétation des deux personnages principaux exagérement atone, et surtout une fin dans le style "je vais vous surprendre par un rebondissement de dernière minute qui ne veut rien dire" à montrer dans toutes les écoles de scénaristes, en exemple de ce qu'il ne faut pas faire. Plus généralement, le film souffre, me semble-t-il, d'un petit problème de montage, qui induit parfois des contre-temps, ou des ruptures de ton involontaires.

Au-delà de ces considérations qui m'ont fait osciller constamment durant la projection entre le j'aime et le je n'aime pas, il faut reconnaître qu'au lendemain de sa vision le film laisse un goût de cendre prononcé dans la bouche, et qu'il constitue un tableau glaçant du terrorisme nord irlandais et de ses adversaires anglais, renvoyant dos à dos les deux parties, qui traîtent l'une et l'autre les êtres humains comme parties négligeables.

Dans le contexte tristounnet des sorties de ce mercredi, on peut donc voir ce film...

 

Dans un débat privé par mail, Tino Tora défend l'opinion que dés le départ l'héroïne est envoyée volontairement chez les anglais pour être recrutée et détecter elle même la taupe. Cette vision du film permet d'expliquer la fin.

Voici ce qu'en dit mon interlocuteur :

"Dès le début du film, elle sait qu'elle est suivi par des agents secrets dans le train et le métro. Pourquoi donc prendre le risque de poser la bombe ? Elle savait pertinement qu'elle se ferait coincer.
De plus, pourquoi les services secrets la recrutent ? Pour sauver leur taupe. La sauver de quoi ? Cela signifie bien que les services secrets craignaient pour la sécurité de leur taupe : les Irlandais étaient surement au courant d'être infiltrés.
Pour son collègue tué, elle n'avait ni prévu de révéler l'opération à l'agent secret, ni que les flics abattent son collègue. D'ailleurs elle ment à l'agent secret en disant que son collègue l'a entendu téléphoner. C'est faux, il n'a rien entendu. Mais elle savait que l'agent secret ferait tout pour le faire taire et donc le tuer. Or c'est véritablement avec cette mort que Kévin décide de se venger et de liquider la taupe. C'est également pour cette raison que les agents secrets ont lancé l'assaut. Ils avaient besoin que Kévin liquide l'héroïne afin de protéger leur taupe.
Pour son frère torturé, elle savait très bien que Kévin ne le tuerait pas sans être sur à 100 % que ce soit lui le traitre. C'est le frère de Gerry et une erreur aurait couté cher à Kévin. Il attendait des aveux de la part de Conrad et il ne les a pas eu.
Pourquoi n'ont-ils rien dit à Kévin ? Car il ne pouvait pas savoir si c'était lui la taupe. D'où le fait que Conrad se méfie de Kévin dès le début. Car ne nous voilons pas la face, Conrad n'est pas un gentil garçon comme le montre leur tentative de meurtre sur le flic, ainsi que la voiture piégée à la fin du film.
Enfin, comment expliquer la fin sinon ? Pourquoi tuer l'agent secret, alors qu'elle n'avait plus rien à craindre ? Pourquoi avouer à son frère qu'elle a coopéré avec les services secrets ? Pourquoi prendre le risque de fuir et de se faire retrouver par les services secrets, alors qu'elle pouvait le faire avec leur bénédiction ?
C'est un bon film. On est à 100% avec l'agent secret, on déteste sa patronne et pourtant, c'est elle qui avait raison. On se pensait être les gentils avec l'agent secret et finalement on s'est fait entuber, en aidant les méchants, en supprimant indirectement notre propre taupe. Mon interprétation est peut être fausse, mais elle a le mérite de rendre la fin cohérente. En tout cas, c'est comme cela que je vois le film."

 

2e

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Dans la brume

Dans la brume, de Serguei Loznitsa, comprend 72 plans pour 2h20. Chaque plan dure donc en moyenne 2 minutes, ce qui est très long.

Autant donc être prévenu, Dans la brume est un film qui prend son temps, un film lent dans lequel il faut se laisser immerger et dont le propos n’est pas d’une folle gaieté.

Nous sommes en 1943, quelque part en Biélorussie. Les nazis font régner une terreur sans nom (1,3 millions de Biélorusses furent tués, soit un quart de population, ce qui en fait la nation proportionnellement la plus meurtrie durant la seconde guerre mondiale).

Un homme arrêté est relâché alors que camarades sont exécutés : les nazis veulent faire croire que c’est lui qui a dénoncé ses camarades, alors que ce n’est pas le cas. L’homme rentre chez lui. Il sait que la Résistance va venir l’exécuter, ce qui ne manque pas d’arriver.

Sur cette trame sombre et pessimiste, Loznitsa dessine un film qui est une œuvre picturale de première qualité. La nature y est magnifiquement filmée, comme les visages. Le travail du directeur de la photo, Oleg Mutu, qui signe aussi celle d'un autre beau film de la compétition cannoise 2012 (Au-delà des collines), est remarquable. Le scénario nous emmène sur des pistes assez inattendues. Loznitsa fait également appel à des flashbacks qui nous en apprennent plus sur les personnages principaux. Il faut être attentif pour bien comprendre quand ces flashbacks surviennent.

S’il possède une force indéniable et une beauté mêlant spiritualité et esthétisme qui rappelle un peu le cinéma de Tarkovski, Dans la brume n’échappe pas à une sorte d’académisme qu’on pourrait qualifier de "cannois" : il semble être conçu pour être projeté en festival, et en particulier sur la Croisette. Majestueux, signifiant, stylé (parfois à trop, à l’image du plan final).

Un film qui me donne pourtant envie de découvrir le film précédent de Loznitsa, déjà sélectionné en compétition officielle en 2011, My joy.

 

3e

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