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Christoblog

Articles avec #j'aime

Le géant égoïste

http://fr.web.img6.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/pictures/210/385/21038599_20130910173347226.jpgIl est rare qu'un film aussi balisé que celui de Clio Barnard procure des émotions aussi fortes. Parce que, il faut bien le dire, le terrain qu'explore le film a déjà été parcouru bien des fois par les cinéastes anglais de tout poil : misère sociale, ville du Nord déshéritée, accent à couper au couteau, enfants livrés à eux-même, petites combines et marché noir.

Sur le papier, rien de nouveau, donc.

Mais sur l'écran, deux jeunes acteurs absolument renversants qui vous arracheront à coup sûr de francs éclats de rire et de profonds sanglots. Leur performance commune est probablement ce que j'ai vu de plus fort à Cannes, où le film était présenté à la Quinzaine. Ils sont entouré par un casting absolument parfait.

Derrière la caméra, une réalisatrice très douée, excellente directrice d'acteur, et qui trouve constamment le ton juste, entre poésie et vérisme social, une sorte de mélange de Ken Loach et d'Andrea Arnold, qui joue avec le même brio du gros plan et du plan très large. La progression dramatique du film, évoluant au fil de brusques accélérations, est remarquable.

Le film est ample et resserré à la fois, d'une cohérence imparable, et d'une efficacité époustouflante.

Un des meilleurs films de l'année, sans aucun doute.

 

4e

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La jalousie

http://fr.web.img5.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/pictures/210/294/21029499_20130820171948888.jpgN'étant pas fin connaisseur du cinéma de Philippe Garrel, c'est avec une grande curiosité et une légère appréhension que je suis aller voir son dernier film, encensé par les critiques et plutôt descendu par les spectateurs (au vu des notes catastrophiques sur Allociné).

Au final, il y a bien dans le film de quoi s'enthousiasmer au plus haut point ... et de quoi s'énerver aussi.

Dans la première catégorie, citons la performance époustouflante d'Anna Mouglalis, à la voix plus grave que jamais, très Fanny Ardant. Sa composition de femme fatale qui arrache un homme à son épouse, pour ensuite le tromper abondamment puis le laisser tomber comme une vieille chaussette, est sidérant.

La photographie du film est très belle, proposant un noir et blanc très contrasté, beaucoup plus blanc que noir, d'ailleurs.

Un montage un peu déroutant mais très élégant, un art consommé de la direction d'acteur, une mise en scène délicate, des moments extraordinaires (une scène de séparation glaciale, à l'opposé de celle de La vie d'Adèle) : le film a décidément beaucoup pour lui.

Malheureusement, les aspects négatifs tiennent pour la plupart à la prestation de Louis Garrel, exhibant d'une façon obstinée sa sempiternelle moue boudeuse, alors qu'à l'évidence il y avait ici la place pour une composition plus en nuance, et qui par moment aurait pu (dû ?) être plus rieuse. Du coup, le spectateur lambda aura un peu de mal à se laisser emporter par une émotion sincère, et restera bien souvent à l'extérieur de cette histoire d'amour qui paraît curieusement ... dénuée de sentiments.

Si La jalousie mérite tout de même d'être vu, c'est donc d'abord pour sa perfection formelle.

 

3e

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A touch of sin

Je prétends depuis longtemps que Jia Zhang Ke est, avec son compatriote Wang Bing, un des plus grands réalisateurs actuels. Je suis donc ravi qu'il ait enthousiasmé le dernier Festival de Cannes, y gagnant curieusement le Prix du scénario, alors que A touch of sin est avant tout une magnifique leçon de mise en scène.

Ample, étonnant, ambitieux, parfaitement maîtrisé, le film raconte successivement l'histoire de quatre personnages qui ne feront que se croiser : le premier lutte contre la corruption, le second est un criminel qui semble dénué de tout sentiment, la troisième est une jeune femme violentée qui se venge, et enfin le quatrième est un jeune homme qui doit quitter son usine, et tombe amoureux d'une prostituée.

Ces quatre morceaux de vie sont marqués par une grande violence, parfois aussi frontale que chez Tarantino ou Miike, parfois plus sourde et plus sournoise, comme dans le très beau dernier épisode. Ils forment une fresque qui résume tous les problèmes de la Chine actuelle : prostitution, corruption, criminalité, condition de la femme, cupidité, croissance économique effrénée au détriment des ouvriers...

Le film est esthétiquement sublime, et le troisième épisode notamment comprend des scènes d'une beauté irréelle, d'une intensité qu'on ne voit plus guère au cinéma (la femme au serpent, les vaches sur la route). Jia Zhang-Ke ne possède pas son pareil pour filmer les paysages et les barres d'immeuble. On est là en présence d'un grand artiste, sans aucun doute, qui marquera très probablement le cinéma du XXIe siècle (Jia Zhang Ke n'a que 43 ans).

A voir d'urgence.

 

3e

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Twenty feet from stardom

http://fr.web.img2.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/pictures/210/215/21021589_20130722151350752.jpgComme l'année dernière avec le somptueux film de Werner Herzog, Into the abyss, on peut se demander pourquoi ce très beau documenataire n'a pas droit à une distribution plus large (5 salles en France !).

Le sujet peut paraître un peu abscons : qui sont les choristes qui accompagnent les stars du rock ?

En réalité, il s'avère passionnant à plus d'un titre :

- c'est toute l'histoire de la pop music qu'on revisite, avec des visions époustouflantes (David Bowie, grand bringue dégingandée s'esseyant au R'nB, Ray Charles monté sur ressort, Mick Jagger plus sex symbol que jamais)

- les histoires individuelles des cinq ou six protagonistes principales sont extrêmement émouvantes (tentatives de carrières solo, accident de parcours, fréquentations illustres...)

- le film est aussi un témoignage de la façon dont les Noirs se sont émancipés - et plus particulièrement les femmes noires

- on entend les témoignages très pertinents de plusieurs stars respectueuses de leurs choristes (essentiellement Bruce Springsteen, Stevie Wonder, Sting, Mick Jagger), qui réfléchissent subtilement sur ce qui sépare l'anonymat de la célébrité

- certains passages du film sont des moments de grâce, en particulier tous ceux dont la sublime Lisa Fisher est le centre

Histoire, destinées, émotions, beauté, Twenty feet from stardom vous fera à la fois rire et pleurer d'émotion. Et de plaisir. Un must.

 

3e

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The lunchbox

http://fr.web.img4.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/pictures/210/544/21054429_20131031170142327.jpgSuccès public et critique lors de la Semaine de la critique 2013, le premier long-métrage de Ritesh Batra est une véritable friandise.

Le pitch de départ est redoutable d'efficacité : une jeune femme prépare le repas de midi pour son mari, livré sur le lieu de travail par une Dabbawallah, entreprise de livraison de lunchbox. Manque de pot, le repas ne parvient pas au bon destinataire. S'en suit une correspondance épistolaire entre la jeune femme, délaissée par son mari, et son destinataire imprévu - mais ravi.

A partir de cette trame minimale, il est étonnant de voir le film développer une histoire finalement pleine de délicatesse, de rebondissements, et d'émotions.

En dehors de l'intrigue proprement dite, déjà remarquable, le film vaut aussi pour sa minutieuse et passionnante descrition de Mumbai, de ses quartiers, de ses trains et de ses rues. Grâce à l'acteur Nawazuddin Siddiqui, déjà vu dans Gangs of Wasseypur, ici dans un second rôle hilarant, le film prend aussi une tonalité burlesque tout à fait plaisante.

Léger, pétillant, drôle, émouvant, The lunchbox vous offre un excellent moment de cinéma indien.

 

3e

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Casse-tête chinois

Cédric Klapisch continue sa saga entamée il y a 10 ans maintenant, avec sa même troupe d'acteurs/trices : Romain Duris, Cécile de France, Audrey Tautou et Kelly Reilly.  

Dans cet opus, Xavier a maintenant 40 ans (en gros les personnages vieillissent deux fois plus vite que les acteurs) et doit faire face aux emmerdes classiques de la vie d'adulte : divorce, gestion des enfants, activité professionnelle... Le film pourrait adopter une tonalité du coup un peu plus grave, mais il n'en est rien car Klapisch choisit de plonger son quatuor de choc dans des imbroglios sentimentaux à rebondissement.

Ainsi Xavier aide sa copine lesbienne Isabelle à faire un enfant, alors que celle-ci trompe son officielle avec la baby-sitter, et que Xavier hésite à retomber amoureuse de Martine, qui a deux enfants, comme lui, et que Wendy vient de le quitter pour une armoire à glace américaine : bref, on est bien dans le tourbillon de rebondissements sentimentaux que Klapisch affectionne.

Si son scénario est un peu (trop) vaudevillesque, le film possède un certain charme qui est dû aux moments de fantaisie ou de léger spleen qui le parsèment, surtout durant sa première partie. Les paysages de New-York ont beaucoup de charme et certaines scènes dégagent une belle drôlerie un peu désespérée (la rencontre de Xavier et du mec de Wendy, par exemple). Cécile de France fait preuve d'un abattage assez exceptionnel. 

Sans être irrésisitible, le film se laisse donc regarder, surtout si on a vu les deux premiers opus.

 

2e

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Wajma, une fiancée afghane

http://fr.web.img2.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/pictures/210/040/21004019_20130507155753764.jpgIl n'est pas courant de voir un film afghan, et en ce qui me concerne, il s'agit même de la première fois.

Wajma est une adolescente éduquée d'une façon plutôt moderne par ses parents : elle poursuit des études de droit, ne porte qu'un simple voile et se déplace relativement à sa guise.

Wajma rencontre à un mariage un jeune homme dont elle tombe amoureux, Mustapha, et de rencontres en câlins... tombe enceinte.

Dès lors, l'honneur de la famille est souillé. La descente aux enfers de Wajma commence lorsque son père, qui travaille au déminage du pays, rentre au domicile familial.

Avec des moyens visiblement très réduits, le réalisateur Barmak Akram (qui vit à Paris et a déjà réalisé L'enfant de Kaboul) parvient à réaliser un film très maîtrisé, bien découpé et bien interprété. Dans un Kaboul gris et enneigé, on suit d'abord avec curiosité la naissance d'une relation amoureuse, puis avec une stupéfaction désespérée une tragédie implacable.

Le film est d'autant plus intéressant qu'il présente le poids des traditions non pas dans un milieu hyper-traditionnaliste, mais plutôt dans un milieu ouvert. Rigoureux, efficace, parfois éprouvant, Wajma impose l'Afghanistan dans le paysage du cinéma mondial. Il représente son pays dans la course aux Oscars.

 

2e

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A la folie

Personne (ou presque) ne connait les films de Wang Bing, et c'est bien dommage

Il faut dire que la plupart sont des documentaires aux durées dissuasives : on se souvient des 9 heures de A l'ouest des rails, narrant la fermeture d'un gigantesque complexe industriel dans le nord de la Chine.

Le nouvel opus de Wang Bing ne dure que 4 heures, et se déroule cette fois-ci au Yunnan, dans le sud de la Chine.

Dès les premières minutes du film, nous sommes immédiatement plongés dans la vie de l'hôpital psychiatrique. Comme à son habitude, Wang Bing se refuse à tout didactisme. Il place sa caméra au plus près des hommes, et laisse la situation se dérouler en la filmant. Au deuxième étage de l'immeuble-prison-hôpital, un couloir-balcon grillagé entoure la cour rectangulaire à ciel ouvert. Les pauvres chambres s'ouvrent sur le couloir, et la caméra ne quitte pratiquement jamais ce monde d'angles droits : couloir, chambre, neige, nuit, jour, couloir, cour, soleil, chambre, nuit, jour.

Le génie de Wang Bing est de parvenir à nous émouvoir aux larmes, malgré le dispositif austère de son film. Il parvient à ce miracle en nous faisant découvrir des personnages extraordinaires, placés dans des situtations extraordinaires : on se souviendra éternellement de ce jeune homme faisant son footing de nuit dans le couloir, de tel autre dont on suit les premières heures d'internement, du pauvre homme que la femme visite en lui expliquant qu'il ne peut pas revenir, de celui qui est puni par la pose de menottes. Chacun des destins montré est bouleversant, d'autant plus que la plupart des internés ne paraissent pas réellement malades.

Si les quatre heures de projection ne semblent pas si longues c'est aussi parce que Wang Bing possède un sens aigu du montage. On ne s'ennuie jamais parce que les scènes d'action succèdent à d'autres plus oniriques (plusieurs séquences montrant les activités nocturnes des plus malades semblent provenir d'un rêve). Le film comprend aussi de véritable petites histoires (une histoire d'amour), des échappées belles (on suit un homme qui est libéré), et des surprises.

On entre dans la salle en craignant d'avoir à supporter des visions insupportables et violentes de malades mentaux, on en ressort ému et bouleversé en ayant l'impression d'avoir assisté à une représentation de la comédie humaine en milieu clos, pleine de douceur.

Le film a été présenté au festival de Venise 2013 et j'ai eu la chance de le voir au Festival des 3 continents : Wang Bing est resté discuter avec nous près d'une heure après le film. Un grand monsieur, et sûrement un des dix plus grands réalisateurs en activité.

 

4e

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L'escale

http://fr.web.img5.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/pictures/210/205/21020542_20130717173436722.jpgLorsque le réalisateur Kaveh Bakhtiari, d'origine iranienne mais qui a grandit en Suisse, apprend que son cousin iranien est immigré clandestin bloqué à Athènes, il ne sait pas encore qu'il tient là un remarquable sujet de documentaire.

Il lui faudra d'abord retrouver son cousin, puis vivre dans l'appartement qui abrite les 6 ou 7 clandestins, pour commencer à construire un véritable film.

Comme souvent quand un documentaire est particulièrement réussi, L'escale parvient à être aussi captivant d'un point de vue dramaturgique qu'une oeuvre de fiction.

On s'attache progressivement à la personnalité de chacun des migrants, qui essayent tous de rejoindre des pays plus au nord, où se trouve généralement des membres de leur famille. On frémit des dangers qu'ils affrontent (la mort, la prison), même si ces risques ne sont jamais montrés frontalement à l'écran. On se réjouit, soulagés, lorsqu'on apprend qu'un de la bande a réussi à "passer".

La mise en scène de Bakhtiari, en collant au plus près des clandestins, en refusant de filmer autre chose que leur vie quotidienne, est remarquable d'efficacité. Elle peut-être extrêmement touchante, comme lorsque le groupe se risque à une sortie à la plage.

Une belle oeuvre, qui présente l'immense intérêt de montrer que l'immigration, au-delà des chiffres, est avant une affaire de visages et de destinées.

 

3e

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Borgman

http://fr.web.img1.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/pictures/210/059/21005967_2013051511472182.jpgLe nouveau film de l'iconoclaste néerlandais Alex Van Warmerdam commence superbement bien.

Le début du film est en effet diablement intrigant avec ces scènes étranges dans la forêt, dans lesquelles des hommes (et plus particulièrement un prêtre) en pourchassent d'autres, qui semblent revenus à l'état naturel.

Lorsqu'on revoit un de ces hommes sauvages s'intéresser à une famile bourgeoise (lui imbuvable, elle frustrée), on se dit qu'on va assister à une sorte de Théorème diabolique, impression renforcée par une mise en scène fluide, des décors admirables et des visions oniriques glaçantes (les chiens, la croix, le spectacle).

On est durant toute la première partie du film assez estomaqué par l'irruption de tout le groupe d'envahisseurs dans la maison, qui ne peut finalement se faire que parce que la raison et le bon sens manquent à cette famille lambda. Le film est intéressant - et cruel - parce qu'il montre les ressorts psychologiques humains dans ce qu'ils ont de plus bas : la femme et la nounou semblent frustrées sexuellement, le mari est violent et raciste, la petite fille cruelle.

Dans sa deuxième partie, le film perd de son intensité dramatique en évoluant vers un scénario à la fois plus convenu, plus violent, et moins cohérent. On ne saura jamais si les envahisseurs étaient de simples malfrats azimutés ou s'ils annonçaient l'Apocalypse.

Un OVNI plaisant, mais pas inoubliable.

 

3e

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Il était temps

http://fr.web.img3.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/pictures/210/280/21028014_20130813152745148.jpgRichard Curtis est surtout connu pour son travail de scénariste : Quatre mariages et un enterrement, Coup de foudre à Notting Hill, Love actually, Good morning England, c'est lui.

Passant ici pour la troisième fois derrière la caméra, il nous livre une nouvelle version de la comédie romantique anglaise dont il semble avoir inventé la recette.

Cette fois, le principe est le suivant : de père en fils, les hommes d'une famille possèdent le don de voyager dans le passé, et d'y modifer le cours des évènements.

Pas de réflexions métaphysiques alambiquées ici, d'ailleurs l'"effet papillon" qui fournit souvent le ressort narratif des voyages temporels est évacué d'une phrase en début de film. Curtis s'intéresse plutôt ici à l'utilisation du voyage dans le temps au service de l'amour et des sentiments.

Sans être révolutionnaire, le film explore ainsi plusieurs situations dont certaines sont cocasses, et d'autres touchantes. Si on ne rit jamais franchement (sauf pendant la scène du mariage pluvieux, particulièrement efficace) on suit les aventures du couple Tim / Mary avec plaisir. Ce n'est jamais très loin d'être franchement gnangnan, mais le film tient la route entre autre grâce à ses acteurs tous excellents avec une mention particulière au père, joué subtilement par Bill Nighy, et à Rachel McAdams, très séduisante.

Un divertissement honorable.

 

2e

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Heimat I et II

http://fr.web.img1.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/pictures/210/402/21040233_20130913160308548.jpg

Edgar Reitz est l'auteur d'une série de 51 heures, retraçant sur trois saisons et un siècle (de 1919 à 2000) les destinées de plus de 200 personnages, à travers l'histoire d'un petit village allemand.

Je fais le malin, mais je dois avouer que je n'avais jamais entendu parler de ce monstre, comparable par son ampleur à La Comédie Humaine, avant que le "prequel" dont je vais parler aujourd'hui ne soit présenté au dernier Festival de Venise.

Edgar Reitz nous propose dans ces deux opus de deux heures chacun (Chronique d'un rêve, puis L'Exode) de se téléporter au milieu du XIXème siècle dans le même petit village de Schabbach, pour observer les ancêtres de la famille Simon dont les descendants fourniront le coeur palpitant de la série Heimat.

Les deux films sont - indépendamment de la série que je n'ai pas vu - incroyablement marquants. La photographie en noir et blanc est somptueuse. Le directeur de la photo Gernot Roll donne une densité incroyable à l'image, tout juste parsemée de minuscules touches de couleur, toujours signifiantes : fleurs de lin, cerises, pièces d'or, pierre précieuse, robe verte, drapeau allemand... L'éclairage est parfois à la limite de l'expressionnisme.

Si la forme est sublime, le jeu des acteurs est lui aussi quasiment parfait. Chacun(e) joue avec une justesse de ton sidérante la rude vie des paysans, et on peut dire que grâce à eux jamais la vie rurale au XIXème siècle n'aura été aussi bien contée. On suit les aventures de cette famille avec un intérêt croissant, et si la première partie peut comporter quelques longueurs, la seconde nous emporte résolument dans une histoire extrêmement romanesque qui marie délicieusement la chronique familiale (amour, deuil, espoir, maladie) à la Grande Histoire (pauvreté absolue, exode au Brésil, irruption de la modernité, révolte sociale).

Heimat I et II  laisse une empreinte profonde dans l'esprit du spectateur, qui cumule la satisfaction esthétique (la campagne rhénane y est magnifiée) à l'exultation intellectuelle.

Un sommet.

 

4e

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Les rencontres d'après-minuit

http://fr.web.img5.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/pictures/210/014/21001475_20130425104314435.jpgDifficile de parler de ce film dont les différents pitchs possibles ne rendront dans tous les cas que très partiellement compte de son contenu.

Par exemple :

- Au cœur de la nuit, un jeune couple et leur gouvernante travestie préparent une orgie. Sont attendus La Chienne, La Star, L’Etalon et L’Adolescent (Allociné)

- Béatrice Dalle sadise un Eric Cantona au sexe surdimensionné dans une cage irréelle 

- Un film que la fierté de son verbe comme de sa mise en scène propulse comme en véritable manifeste d'"expressionisme pop" (Cahiers du cinéma)

- Un mélange formel d'Art Déco, d'années 80 et de design rétro-futuriste dans lequel de nouvelles Shéhérazades racontent l'histoire de leurs traumas

- Yann Gonzalez impose une voie singulière, celle d'une artificialité assumée d'où nait une émotion terrassante (Le Monde)

- Imaginez Eric Rohmer qui aurait écrit " La Partouze à sept n'aura pas lieu"

Certains seront forcément déboussolés par cet objet sorti de nulle part et y retournant, comme si Le Manuscrit trouvé à Saragosse avait croisé par hasard le marquis de Sade, d'autres (c'est mon cas) se laisseront charmer, emportés (en tout cas par moment) par l'inventivité forcenée de la démarche : on n'a réellement JAMAIS rien vu de pareil, et cela devient de plus en plus rare.

Il n'y a pas tant de films que ça pour lesquels la meilleure critique paraisse être au final : allez-y voir par vous-même.

 

3e

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La Vénus à la fourrure

http://fr.web.img6.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/pictures/210/442/21044235_20130926103625588.jpgLors du dernier festival de Cannes, la dernière journée était consacrée à la projection de deux films agréables, dernières productions de réalisateurs confirmés : La Vénus à la fourrure de Polanski et le très beau Only lovers left alive de Jim Jarmush. Alors que beaucoup de festivaliers étaient déjà partis, c'était amusant - et touchant - de voir que les grands réalisateurs restent capables de grandes choses.

La Vénus à la fourrure se situe exactement dans la suite de Carnage. Il s'agit toujours peu ou prou de théâtre filmé, ici dans une version encore plus minimaliste que dans le film précédent : deux acteurs seulement, Emmanuelle Seigner, compagne du cinéaste - qui trouve ici son meilleur rôle, et l'inénarrable Mathieu Amalric.

Ce dernier joue un metteur en scène un peu imbu de lui-même, qui reçoit une dernière candidate un jour d'audition. Vanda, qui arrive en retard, s'évère être d'une vulgarité (et d'une bêtise ?) extrême ... jusqu'à ce qu'elle joue sur scène.

S'en suit un jeu de chat et de souris dans lequel on peut suivant les goûts discerner une image des conflits féminin/masculin, acteur/metteur en scène, homme/dieux, etc... Une multiplicité d'interprétation possible donc, servie par une interprétation hors norme d'un acteur et d'une actrice au sommet de leur forme.

Le film se croque comme une friandise admirablement dialoguée, dont on ne sait jamais exactement vers quoi elle va nous entraîner, ce qui en constitue le sel, évidemment.

A voir, ne serait-ce que pour la métamorphose progressive et époustouflante d'Emmanuelle Seigner.

Polanski sur Christoblog : Carnage / The ghost writer

 

3e

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Les garçons et Guillaume, à table !

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/pictures/210/538/21053877_20131030102746615.jpgJe parierais volontiers, au vu de l'hilarité générale qui saisit la salle lors de mon séjour cannois, que le film de Guillaume Gallienne obtienne un score au box office qui le situe entre Camille redouble (838 000 entrées) et Intouchables (19 214 100 entrées).

La salle de la Licorne, à Cannes La Bocca, pleine à craquer, se bidonnait à s'en faire péter la panse, à un point qui dépassait ce que j'ai jamais connu dans une salle de cinéma : parfois, je n'arrivais plus à entendre les dialogues tellement mes voisins de siège rigolaient.

C'est peu de dire que cette comédie qu'on a du mal à qualifier (classico border-line, comédie de moeurs futuro trans-genre) parvient à soulever les publics : il n'y a qu'à voir le triomphe que le film emporta à Angoulême après la transe cannoise, Valois d'or et Valois du public, allez zou !

Il n'est guère possible de résister à l'ouragan comique que Guillaume Gallienne déclenche, tellement celui-ci est précis dans sa mécanique (on pense à la méticulosité d'un Jerry Lewis) et pertinent dans son propos, pour peu qu'on considère que le film est un film sur les idées reçues et non un catalogue d'idées reçues. Erreur que certains critiques imperméables au troisième degré commettrons, je le suppute.

Outre le rythme affolant du film, on notera la performance inoubliable de Gallienne qui joue, en plus de son propre personnage, sa mère.

Un coming out inattendu et émouvant, un moment de rire absolu.

 

4e

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L'extravagant voyage du jeune et prodigieux TS Spivet

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/pictures/210/171/21017103_20130702155509888.jpgC'est plutôt à reculons que j'emmenai hier ma fille et deux de ses copines pour voir la dernière production du créateur de Delicatessen et d'Amélie Poulain. Ses derniers errements (Micmacs à tire-larigot) semblaient en effet indiquer que ce dernier était sur une mauvaise pente : celle d'un formalisme outrancier, faisant fi des enjeux narratifs.

Eh bien, on n'est jamais à l'abri d'une bonne surprise ! TS Spivet s'avère être un divertissement de haut niveau, émouvant et très réussi dans sa forme.

L'ingéniosité de Jeunet, sa capacité a bricoler des effets spéciaux de tout type, s'accordent ici parfaitement à l'esprit de l'histoire, et à l'aspect Geo Trouvetout de son jeune personnage.

D'un point de vue visuel, le film est une splendeur : les grands espaces américains sont superbement filmés, la mise en scène est élégante et précise. On se laisse littéralement charmer par chaque membre de cette famille atypique, avec une mention spéciale à Helena Bonham Carter, absolument craquante en maman obsédée par sa collection d'insecte.

La mort accidentelle du frère est traitée avec beaucoup de tact et donne lieu à des scènes assez simples, mais très touchantes.

Il se dégage du film une magie légère et très légèrement excentrique, comme un parfum de jeunesse envolée. Une franche réussite.

 

3e

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Inside Llewyn Davis

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/pictures/210/028/21002833_20130806152535108.jpgAvec son titre un peu imprononçable et légèrement abscons (en quoi est-on à l'intérieur de Llewyn Davis ?), le dernier film des Coen partait avec un léger handicap dans mon esprit.

Si vous êtes des lecteurs assidus de mon blog, vous savez que je ne suis pas spécialement fan du cinéma des brothers, que je juge souvent un peu compassé, et même parfois pontifant.

C'est finalement lorsqu'ils parviennent à être légers que je les trouve meilleurs, et c'est le cas ici, puisque leur dernière production est un film tourné résolument en mode mineur.

Llewyn Davis est un loser. On suit donc avec une sorte de détachement amusé ses vaines pérégrinations (de toute façon, il n'y arrivera pas). L'intérêt du film vient de ses réparties douces-amères, d'un comique de situtation très efficace (le chat : un running gag qui tombe presque dans la facilité), et de seconds rôles parfaits (une Carey Mulligan irrésistiblement grise).

La mise en scène est classique (académique ?), les décors impressionnants (trop composés ?). Tout cela se suit du coin de l'oeil avec un certain plaisir, si on aime le folk. Le film ne sert pas à grand-chose, on ne sait pas trop si on en s'en souviendra dans deux ans.

La question est : peut-on faire un film sur un raté avec un style qui l'est aussi peu (raté) ?

Les frères Coen sur Christoblog : True grit / No country for old men / Burn after reading / A serious man

 

2e

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4 choses que vous n'avez pas (ou peu) lues à propos de La vie d'Adèle

Adèle n'est pas lesbienne

Contrairement à ce que vous lisez partout, ou presque, le personnage d'Adèle n'est pas celui d'une lesbienne.

Dans le film, elle fait l'amour au début avec un garçon, puis trompe plusieurs fois Emma avec un autre. Dans la scène du café, elle avoue avoir eu quelques aventures, sans importance, sans que l'on sache le sexe des partenaires, mais on peut comprendre qu'il s'agit de garçons.

Donc, c'est clair, Adèle n'est pas lesbienne, elle est donc bisexuelle (sur l'échelle de Kinsey, elle se situerait à 4 ou 3), ou pansexuelle. Dans tous les cas, c'est son amour pour Emma qui la pousse dans ses bras.

Des scènes de sexe... sans sexe

A propos des fameuses scènes de sexe, peu de personnes font remarquer un élément essentiel qui différencie le film de Kechiche d'un porno : on ne voit à aucun moment lors des ébats... un sexe féminin !

La seule fois dans le film où on peut contempler l'Origine du monde, c'est justement quand Adèle fait le modèle pour Emma peintre. Ce qui n'empêche pas des journalistes peu scrupuleux (et même un peu ridicule), d'écrire des absurdités du genre : "Dans La Vie d'Adèle, on voit des sexes féminins en gros plan, rasés intégralement, ce qui implique que le clitoris des personnages surgisse à plusieurs reprises". Ouarf, ouarf.

Les scènes de sexe sont donc anti-réalistes au possible, d'ailleurs l'éclairage est complètement différent lors de ces scènes, qui sont éclairées de façon totalement artificielle. Les deux actrices miment la jouissance, dans une théâtralité qui peut déranger, mais qui est plus proche du théâtre japonais que du film porno. Pierre Olivier Persin, qui s'est occupé des effets spéciaux sur le film, explique dans plusieurs articles comment il a conçu des prothèses pour que les actrices se sentent le plus à l'aise possible (par exemple ici) 

Une musique et des sons subtilement extra-diégétiques

Il n'y a pas de musique extra-diégétique (entendez : qui ne fasse pas partie de l'action montrée) dans La vie d'Adèle. Enfin, presque. Parce que, à y entendre de plus près, c'est moins évident que cela.

Prenons la fameuse scène d'anniversaire, et sa chanson désormais célèbre I follow rivers de la chanteuse suédoise Lykke Li. Au début, la chanson est effectivement écoutée par les personnages, mais progressivement les bruits de fond s'effacent et le volume de la chanson augmente, de telle façon que notre empathie avec l'état mental intérieur d'Adèle s'amplifie. La musique devient extra-diégétique.

Même procédé pour le joueur de hang que Adèle voit à Lille juste avant de croiser Emma pour la première fois. On entend le son de l'instrument, et celui-ci reste de plus en plus présent, défiant ainsi les lois de la nature et de la physique acoustique, jusqu'à ce que Adèle échange le fameux regard avec Emma : là encore, Kechiche transforme la musique incorporée à l'action en bande-son.

Dernier exemple : le son lors des scènes de sexe est hyper amplifié, on entend le bruit des caresses d'une façon totalement disproportionnée. C'est très net si on y prête attention (ce qui est difficile lors d'une première vision !)

Un second degré permament

Peu de critiques l'ont signalé, mais la dernière tirade du film, placée dans la bouche de Salim Kechiouche, qui joue un acteur recyclé dans l'immobilier est ahurissante de prescience : le personnage avoue (je cite de mémoire) qu'il vaut mieux être hypocrite dans le milieu de l'immobilier que dans celui du cinéma (coucou Léa), et qu'il en a marre d'être harcelé par les réalisateurs tyranniques (quel sens de l'auto-dérision !).

D'ailleurs, si on y fait bien attention, le film est constamment parcouru d'incises humoristiques (les grimaces des élèves pendant les cours, la sentence de la mère d'Adèle : "Les seuls peintres qui gagnent leur vie sont ceux qui sont morts") et surtout innervé par le second degré inhérent à la nature d'Adèle, qui en fait un personnage d'exception.

Quelle extraordinaire distance faut-il avoir pour proposer à Emma de la payer "en nature" lors de la scène du café, tout en corrigeant immédiatement la concupiscente proposition d'un "Je plaisante" qui laisse sur le visage de Léa Seydoux une ombre d'incrédulité stupéfaite ?!

Auparavant, Adèle aura bien pris soin de constamment désamorcer les situations triviales (les huitres et le sexe féminin, Bob Marley vs Sartre) d'une phrase signifiant qu'elle n'était pas dupe.

A voir aussi : La vie d'Adèle /  La BD à l'origine du film : Le bleu est une couleur chaude / / Le jour où j'ai vu La vie d'Adèle pour la deuxième fois

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Prisoners

Pendant les 2h33 que dure le nouveau film de Denis Villeneuve, je n'ai pas beaucoup arrêté de penser au sublime film de David Fincher, Zodiac. Les rapprochements potentiels sont en effet nombreux : meurtrier insaisissable, ambiance grise, policier laborieux et solitaire joué dans les deux films par Jake Gyllenhaal, fausses pistes...

Disons-le, la comparaison s'avère défavorable à Prisoners sur tous les plans. La mise en scène de Fincher est plus ample, plus fluide, moins tape-à-l'oeil que celle de Villeneuve. Le scénario est aussi infiniment plus ambitieux dans Zodiac, donnant à sentir le temps qui passe, sans céder à la faiblesse de donner au film un (relatif) happy end.

Cette comparaison étant faite, Prisoners n'est pas désagréable à regarder, bénéficiant d'une superbe photo grisâtre (il ne fait JAMAIS beau dans le film), et ménageant doucement un suspense bien pépère. 

Denis Villeneuve fait moins d'erreurs de goût que dans son précédent film, Incendies, mais sa mise en scène reste toutefois marquée par des tics un peu faciles (le sifflet, les voitures qui arrivent et repartent). C'est le jeu des acteurs qui rend le film au final plutôt agréable : le casting est homogène et convaincant.

A voir si vous avez le temps.

 

2e

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Omar

Le nouveau film du palestinien Hany Abu-Assad (Paradise now) se révèle être construit sur la base de standards hollywoodiens : acteurs et actrices charismatiques, installation rapide d'une intrigue efficace, scènes de poursuites et d'action prenantes, retournements de situation inattendus.

Omar est du coup un film extrêmement plaisant, présentant une suite de dilemmes moraux très intéressants, qui ne sont pas sans rappeler la série Hatufim, ou son remake US Homeland (saison 1).

Le scénario est tellement recherché qu'il m'a semblé parfois même presque difficile à suivre. La fin est renversante.

Les israéliens n'ont évidemment pas le beau rôle, ils sont froidement manipulateurs ou alors sadiques, n'hésitant pas à brûler les testicules de leurs prisonniers (c'était la mode à Cannes cette année : il est aussi question de sexe carbonisé dans Heli, du mexicain Escalante).

Au-delà de l'intrigue passionnante, la vie en Cisjordanie est très bien montrée, avec ses difficultés, ses dédales, et son mur. L'intrication de l'histoire privée (jalousie, etc) et de l'actualité du Proche Orient est très stimulante.

Je conseille donc vivement cet Omar à la Palestinienne.

 

3e

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