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Uzak

http://images.allocine.fr/r_760_x/medias/nmedia/18/35/08/95/p2.jpgPour préparer mon séjour à Istanbul à Nöel, j'ai décidé de m'attaquer à la filmographie de Nuri Bilge Ceylan : le réalisateur dont personne ne voit les films, mais qui ne repart jamais bredouille de Cannes.

Première étape avec Uzak, qui a fait connaître Ceylan au grand public et qui a emporté (excusez du peu) le Grand Prix ET un double prix d'interprétation masculine à Cannes 2003.

Pour commencer, amateur de blockbuster pétaradant et de pixarisation colorée, tu peux passer ton chemin. Ici, on est plutôt entre fans de Tarkovski et du Kiarostami des débuts. C'est Ozu qu'on convoquera, et pas Refn.

A force de voir d'autres styles de film, on oublie presque qu'il existe un cinéma dans lequel un plan fixe et silencieux de 5 minutes peut être génial, car signifiant.

Je donne un exemple. Le synopsis est assez simple : un photographe en proie à une crise existentielle (sa femme l'a quitté, il s'interroge sur son métier...) doit accueillir chez lui une vague connaissance issue du même village que lui, mais d'un niveau social bien inférieur. Une longue scène nous les montre tous les deux regarder la télévision. Puis le visiteur de lève et va se coucher. Après un moment, le photographe se lève et sort une cassette porno pour la regarder tranquillement. C'est long, il ne se passe pas grand-chose, mais c'est beau et ça dit plein de choses en même temps : la misère sexuelle du photographe, la gêne d'accueillir le visiteur, le stress d'être surpris, etc...

Nuri Bilge Ceylan s'avère être par ailleurs un réalisateur exceptionnel par ses choix de cadres, absolument géniaux, sa direction d'acteur et sa photographie, d'une beauté époustouflante, qui révèle son métier premier de photographe. Ses talents de coloristes sont aussi immenses (ces rouges !). Le film, que j'ai regardé en deux fois parce qu'il doit s'apprécier avec parcimonie et délicatesse comme un grand cru, est donc une merveille esthétique, qui regorge d'idées de mise en scène (utilisation de la profondeur de champ comme je ne l'ai jamais vu ailleurs). Les relations entre les deux acteurs sont particulièrement subtiles. Il est émouvant de savoir que le plus jeune des deux, parent éloigné de Ceylan, est mort quelques semaines après la fin du film dans un accident de voiture.

Une scène, dans ce beau film, est une splendeur : Istanbul enneigée, un bateau de travers qui semble à la fois immobile et en train de sombrer dans la mer toute blanche.

 

4e

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heavenlycreature 10/11/2011 18:51


Voilà un film qui est dans ma pile des DVD "à voir" qu'il faudrait peut-être que je regarde !
Bon voyage en tout cas ! (Je ne connais pas la Turquie... je n'ai donc aucun conseil à donner... si ce n'est d'écrire Istanbul sans "m"... :-) )


mymp 08/11/2011 22:22


Pfff, quelle sectorisation, ça m'outre ! J'aime autant me faire un bon Transformers qu'admirer un Ceylan (j'adore Les climats, davantage d'ailleurs qu'Uzak, et je n'ai toujours pas eu le temps
d'aller voir Il était une fois en Anatolie). Donc bon, le cinéma ne se réduit pas à des familles ou des genres, il faut juste savoir prendre le plaisir là où il est, chez Refn comme chez Tarkovski.
Ce n'est pas parce qu'ils font chacun un cinéma différent qu'il y a forcément plus de talent et de beauté chez l'un que chez l'autre.
Sinon, quelle chance d'aller à Istanbul, c'est une ville qui me hante encore. Il faut absolument que tu fasses le palais de Topkapi (recouvert de neige, ça doit être encore plus beau). Et va tout
au bout des jardins, sur la terrasse avec une vue imprenable sur le Bosphore et la ville...


Chris 11/11/2011 10:49



J'ai été à Istanbul 2 fois, quand j'étais jeune. Humm, ça fait un bail... Là j'y retourne avec les enfants, et comme on reste une semaine je compte bien explorer les coins moins touristiques
comme prendre le bateau pour remonter la Corne d'Or, ou visiter les quartiers un peu éloignés comme celui des remparts...


Quant aux catégories j'adore autant Angelopoulos que JJ Abrams, pas de soucis !