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Christoblog

Articles avec #j'aime

Nebraska

Ce n'est pas seulement parce que le dernier film d'Alexander Payne porte le même nom qu'un des meilleurs albums de Bruce Springsteen que je l'adore (le film fait au Boss un clin d'oeil que je vous laisse détecter). 

C'est aussi parce que tout en lui me plait. Son incroyable noir et blanc, à la fois précis et parfois un peu délavé. Ses acteurs, dont la palette de jeu varie magnifiquement (Bruce Dern, Prix d'interprétation mérité à Cannes !). Ses paysages stupéfiants de beauté. Ses péripéties qui allient humour, tendresse, causticité et pudeur.

Je prévois que bien peu partageront l'entièreté de mon enthousiasme, mais pour tout dire, je pense que j'ai avec Alexander Payne une relation très particulière : son cinéma ma parle directement au coeur, ses choix me paraissent évidents, en un mot comme en cent, je pense qu'il réalise le type de film que j'aurais moi-même aimé réaliser si j'avais été cinéaste.

Le  film paraîtra lisse à certains, qui ne verront pas la fabuleuse délicatesse de la palette de sentiments qu'il expose. Il constitue aussi une plongée dans l'Amérique profonde et enfin, il est d'une drôlerie macabre et réjouie, à l'image de cette scène sublime dans laquelle la mère soulève ses jupes au-dessus d'une tombe en déclarant : "Regarde ce que tu as raté".

Hilarant, cruel, émouvant, Nebraska est un concentré de gouaille lucide, et comme toujours chez Payne, les sentiments les plus forts circulent avec une douce violence sous une surface limpide. C'est un film merveilleux.

 

4e

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Leçons d'harmonie

Ceux qui suivent Christoblog savent (peut-être) que je suis fan de cinéma d'Asie Centrale. C'est donc avec gourmandise que j'ai visionné ce film originaire du Kazakhstan.

Le réalisateur Emir Baigazin fait preuve d'une maîtrise absolument sidérante pour un premier film. Leçons d'harmonie a d'ailleurs connu une carrière en festival exceptionnelle, collectant une belle série de récompenses, de l'Ours d'argent de la meilleure image à Berlin au Grand Prix à Angers. La mise en scène est d'une limpidité exceptionnelle et la beauté des plans est souvent sidérante. 

Au-delà de la beauté plastique du film, qui suffirait déjà à en faire un morceau de choix, il faut signaler que le scénario est remarquablement tordu : le film commence comme une critique d'enfance harcelée, avant de muer en un curieux film de vengeance, assaisonné par de mystérieuses ellipses, dont le sens ne se perçoit que dans la durée.

Si le film peut parfois donner l'impression d'être un poil trop lent, il trouve au final un équilibre assez bluffant entre ses différents segments : la scène initiale de l'égorgement de l'agneau se nimbe par exemple d'un halo particulier au fil du film.

Ajoutons à toutes ces louanges une interprétation parfaite (le jeune acteur a remporté un prix à Amiens), des flashs oniriques réjouissants, une description très intéressante des conditions de vie dans un pays largement inconnu, et vous obtiendrez un plat pour gourmets cinéphiles.

 

4e

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All about Albert

Petit film US indé sans prétention, All about Albert ne m'aurait peut-être pas attiré sans le triste décès de James Gandolfini, dont c'est du coup la dernière apparition.

Nicole Holofcener réalise une sorte de comédie romantique low-fi pour quadra / quinqua pas forcément super-canons : lui est obèse, elle ne peut cacher complètement les ravages du temps (excellente Julia Louis-Dreyfus... 53 ans dans la réalité). 

Le film foumille d'annotations tendrement acerbes, qui font souvent mouche et pointent nos petits travers. Laisser ses enfants prendre son envol, juger l'autre pour ce qu'il est est et non pour ce que les autres en disent, refaire sa vie lorsqu'on est à cet âge où il va être bientôt trop tard : All about Albert  traite de ces sujets avec discernement et un talent modeste qui rend ses pirouettes scénaristiques attendrissantes. 

Je conseille donc.

James Gandolfini sur Christoblog : Les Soprano

 

2e  

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The canyons

Rassembler une ex-starlette cocaïnomane (Lindsay Lohan) et une star du porno (James Deen) sous la houlette d'un réalisateur de 67 ans dont l'heure de gloire est passée (Paul Schrader) : The canyons sentait le mauvais coup, la fausse bonne idée.

Il semblait bien convenu de montrer à nouveau ce monde délétère dans lequel on fait des films sans s'intéresser au cinéma, où tout le monde est la proie sexuelle potentielle de l'autre et où personne n'est heureux. Le plus intéressant dans le projet était peut-être finalement le projet lui-même (un financement en dehors des grands studios, une utilisation novatrice du crowdfunding - lire l'article de Slate).

Heureusement le film est tiré vers le haut par de nombreux éléments, et d'abord par son intrigue façon Liaisons dangereuse chez les riches, parfois brillamment agencée par Bret Easton Ellis, parfois bizarrement bancale. Son utilisation habile du décor naturel que constitue Los Angeles, Grand Nulle Part fort joliment filmé, apporte aussi beaucoup au film. Les maisons de chacun des personnages sont remarquablement castées, si je puis dire. Le jeu des acteurs, enfin, entraîne le film vers des terres rarement parcourues : mélange un peu brut de tensions sexuelles, de hiératisme inquiétant et de sensibilité à fleur de peau.

La mise en scène de Paul Schrader contribue enfin beaucoup au charme du film. Si elle est souvent très classique, elle peut devenir géniale, comme dans cette scène inaugurale du repas à quatre, pleine d'effets surprenants au niveau du son et des choix de caméra.

Il m'a semblé que Lindsay Lohan produisait dans son jeu un mélange de sensualité animale, de distinction et d'émotions qui pouvait rappeler (certains vont me maudire) Romy Schneider.

Puissant et intéressant.

 

3e

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Her

Dans une Los Angeles magnifiquement fantasmée, Joachin Phoenix livre le plus beau rôle de sa carrière.

Evacuons d'entrée ce qu'on peut reprocher au film de Spike Jonze : il est parfois maladroit (l'écran noir pour la scène de sexe), son scénario n'est pas particulièrement original (on a déjà vu au cinéma des histoires d'amour avec des porte-clés, des poupées gonflables ou des chimpanzés), son rythme est sujet à de laborieux ralentissements.

Mis à part ces quelques réserves, Her ne présente que d'immenses qualités, à commencer par la beauté époustouflante de son monde futuriste et doux, dans lequel tout ne semble tendre qu'à la beauté et aux loisirs. Décors, lumières, musiques, intérieurs, costumes (ah, ces pantalons taille haute sans ceinture), couleurs, éclairages : tout concourt à dessiner la trame d'un monde cohérent, à la fois moelleux et terriblement flippant. C'est à mon sens la plus belle réussite que j'ai pu voir au cinéma dans le genre.

Deuxième atout majeur du film : la prestation titanesque de Joachin Phoenix, acteur dont j'ai souvent douté, mais qui ici est presque de chaque plan, et parvient à jouer une palette d'émotions infinie. Le reste du casting est absolument parfait, avec une Amy Adams parfaitement craquante, et la voix parfaitement dosée de Scarlett Johansson (les mauvaises langues diront qu'elle tient là son meilleur rôle).

Ajoutez à ces deux qualités un scénario qui sait ménager quelques temps forts (l'incroyable tentative à trois) et une mise en scène d'une élégance rare, et vous obtenez un des films les plus attachants de ce début d'année.

Un peu décevant lors de sa vision, il révèle dans les jours qui suivent sa vision toute sa puissance évocatrice de ce que peut être l'Amour : une démence profonde, utile pour combattre le monstre rampant de la Solitude. Une grande réussite formelle.

 

4e

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How I live now

Une fois n'est pas coutume, c'est son affiche qui m'a décidé à aller voir How I live now. Elle m'a immédiatement intrigué, et charmé. 

Le deuxième point fort du film, au moins de mon point de vue, est la présence de Saoirse Ronan, 19 ans, et déjà tout d'une grande.

Le prétexte du film est assez simple, bien que finalement original : dans un futur indéterminé qui voit la troisième guerre mondiale éclater en Angleterre, une jeune fille tombe amoureuse puis doit s'enfuir en plein chaos pour tenter de retrouver son tout nouvel amour.

La réalisation du britannique Kevin Macdonald (Le dernier roi d'Ecosse) est beaucoup plus originale que ce que je pouvais imaginer : vive, nerveuse, rendant très bien les différentes ambiances du film (quiétude pastorale, violence sourde de la guerre, éclairs oniriques). La bande-son est également excellente. 

Tout l'intérêt du film réside d'ailleurs dans ces contrastes brutaux que le scénario agence assez intelligemment : spleen ado urbain US / accueil rural en Angleterre, découverte de l'amour et de la sexualité / horreur de la guerre, scène élégiaque dans une Nature complice / irruption brutale de la violence.

On pense, dans une version il est vrai plus naïve (c'est le point faible du film : son côté roman-photo pour ado), aux Fils de l'homme d'Alfonso Cuaron, que je n'avais par ailleurs pas vraiment apprécié.

Saoirse Ronan joue une fois de plus ce rôle de jeune fille errante et volontaire qu'elle tenait avec talent dans les deux films où je l'ai vu : Hanna et Les chemins de la liberté. Une actrice vraiment à suivre.

Un bon divertissement, dont les péripéties sont loin d'être toutes prévisibles.

 

2e  

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La cour de Babel

A mi-chemin entre Etre et avoir de Nicolas Philibert, et Entre les murs de Laurent Cantet, La cour de Babel emprunte au premier sa bienveillance attentive et au second son environnement de collège parisien.

La particularité est que la réalisatrice pose ici sa caméra dans une classe d'accueil, qui, comme son nom l'indique, sert de sas d'entrée aux enfants étrangers, le temps qu'ils apprennent notre langue.

Filmés tout au long de l'année, les élèves serbes, sénagalais, irlandais, polonais (etc...) s'avèrent être diablement attachants. Comme c'est souvent le cas pour les documentaires bien réalisés, ils deviennent au fil du film de vrais personnages, dont on guette les réactions, qu'on apprend à connaître et dont on suit l'évolution avec intérêt. Julie Bertuccelli y révèle un vrai talent de documentariste : choix des cadres, des angles de narration, du montage. 

Elle évite l'apitoiement facile et l'émotion frelatée pour se concentrer sur l'essentiel : le travail du professeur, la découverte mutuelle, le croisement de destinées singulières. La classe devient progressivement un reflet du monde, une sorte de bulle dans laquelle la faconde irrésistible des jeunes africaines se mêle harmonieusement à la réserve d'un jeune irlandais légèrement autiste. 

Et miracle, tout ce petit monde (une expression à prendre ici littéralement) s'aime ! On pense qu'à tout moment une querelle va désintégrer la belle harmonie de la classe, mais non. Ni le sexisme, ni le racisme, ni les religions ne semblent devoir entamer durablement l'ambiance de quiétude qui règne dans la salle. La conduite à bien d'un projet artistique, le respect mutuel tendu vers un but commun (l'intégration) semble souder ces jeunes gens jusqu'à un final de fin d'année scolaire bêtement bouleversant.

Un film qui fait un bien fou et donne passagèrement envie de faire confiance au genre humain.

Julie Bertuccelli sur Christoblog : Depuis qu'Otar est parti / L'arbre

 

3e   

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Braddock America

Découvert dans la passionnante sélection ACID l'année dernière à Cannes, Braddock America est un documentaire à l'atmosphère springsteenienne, dévoilant la déchéance d'une ville minière américaine.

Mélange d'images d'archive intéressantes et de témoignages frontaux (comme chez Herzog, dans Into the abyss), le film génère de beaux moments d'émotion. Le travail de Jean-Loïc Portron et Gabriella Kessler permet également, au-delà de son thème principal sidérurgique, de pénétrer de plain-pied dans la vie d'une ville moyenne américaine : match de base-ball, séance de conseil municipal, problèmes d'obésité évidents, prédicateurs, kermesse. On a rarement été aussi profondément immergé dans l'Amérique profonde.

Le film est très joliment réalisé, avec un sens du placement de la caméra qui semble inné, et une poésie diffuse qui évoque la fin d'un monde. On est sidéré par certaines images de rues constituées de maisons abandonnées, que la mairie n'a même pas les moyens de détruire.

Un joli film, malheureusement très mal distribué.

 

2e

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Les bruits de Recife

Ce premier film du réalisateur brésilien Kleber Mendonça Filho est à la fois profondément sensuel et complètement intellectualisé. On pourra, suivant sa sensibilité, adorer l'un, détester l'autre, ou inversement. Ou les deux. Ou aucun.

C'est un peu comme le mariage du meilleur de Carlos Reygadas (pas évident à trouver) avec une véracité psychologique à la Ulrich Seidl. Vous ne voyez sûrement pas ce que je veux dire, mais d'une certaine façon, moi non plus. D'ailleurs, à ce stade, il me faut bien avouer que j'ai hésité à très mal noter ce film, à le descendre carrément (en déclarant que je m'y suis mortellement ennuyé), pour au final déclarer mentalement et intérieurement qu'il fallait attirer l'attention de la communauté de mes lecteurs (c'est-à-dire entre 2 et 4 personnes) sur son cas. Ce qui ne sert à rien, par ailleurs, puisque le film n'est quasiment pas visible en salle.

Bref, vous ne le verrez pas, je l'ai vu : et du coup, en imaginant que de ce salmigondis d'images curieuses et prétendument inoffensive sorte un futur grand réalisateur, je pourrai dire que j'y étais.

Sinon, il est question de suivre plusieurs personnages d'un quartier résidentiel qui ne se connaissent pas, et de décrire ce faisant quelques turpitudes de la nature humaine de façon assez cruelle et parfois amusante (masturbation féminine sur machine à laver en fin de cycle, l'essorage comme palliatif à l'absence de sextoy). Le film se complique quand il mêle à cette froide rhétorique des éléments oniriques incongrus, et quand il finit même par essayer d'insuffler un peu de thriller dans une trame tissée à la manière Haneke.

C'est à la fois étonnant et consternant, et pour une fois, je refuse donc de donner un avis tranché. Et toc.

 

2e

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The grand Budapest hotel

J'aime autant le dire en introduction : je suis très partagé quant aux films de Wes Anderson. J'ai adoré Mr. Fox, mais détesté La vie aquatique. J'ai été profondément ému par le début de Moonrise Kingdom, mais une partie d'A bord du Darjeeling limited m'a vraiment énervé. Etc. 

Mon ressenti après la projection de The grand Budapest hotel est une fois de plus très contrasté. L'univers imaginaire d'Europe Centrale (façon Syldavie, on pense souvent à Tintin) est d'abord très impressionnant : parfaitement kitsch, trop sucré et en même temps suprêmement décati. Du grand art en matière de décors, costumes, éclairages. Puis il devient de plus en plus lourd, (presque) jusqu'à conduire à l'indigestion.

Certaines scènes sont délicieusement menées (l'évasion de prison, dans le genre "une idée par plan"), et d'autres accusent de sérieuses baisses de régime. Certains acteurs sont magnifiques (Ralph Fiennes, Edward Norton), et d'autres sont transparents (Mathieu Amalric, Adrien Brody).

J'ai été souvent estomaqué par la maestria et l'invention de Wes Anderson réalisateur et dialoguiste (les détails innombrables, les cadrages au millimètre, des enchaînements magnifiques, les réparties parfois cinglantes, les noms délicieusement inventifs) et catastrophé par l'anémie de Wes Anderson scénariste (le film tourne un peu à vide de ce côté-là).

Mon avis est tout de même positif, car le film fait passer un bon moment, et il faut bien reconnaître que le foisonnement d'idées qu'il propose est souvent jouissif.

Wes Anderson sur Christoblog : Moonrise kingdomLa vie aquatique / A bord du Darjeeling limited / Fantastic Mr. Fox

 

2e 

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Gloria

Le problème d'un film comme Gloria, c'est qu'il repose presque exclusivement sur la performance de son actrice principale.

La caméra de Sebastian Lelio semble littéralement aimantée par le visage et le corps de Paulina Garcia, à tel point que cela en devient parfois gênant. J'ai eu en effet plusieurs fois envie de voir en contrechamp les expressions sur les visages des interlocuteurs de Gloria, ou de découvrir son environnement par un cadre plus large.

Si la mise en scène est entièrement conditionnée par la personnalité du personnage de Gloria, le scénario ne se préoccupe pas non plus de développer trop de péripéties inutiles : le film s'affiche clairement comme le portrait d'une sexagénaire divorcée extrêmement seule, qui sent la vie lui échapper progressivement, et qui manifeste une furieuse envie de profiter de la vie (sexe, saut à l'élastique, expériences en tout genre, drogues, romantisme, amitiés).

Si l'on accepte ses limitations intrinsèques, Gloria s'avère être plutôt réussi, malgré plusieurs baisses de rythmes. Le film tient debout par la grâce de son actrice principale, qui joue si bien qu'on jurerait qu'elle ne joue pas, magnétique, fascinante. Un Ours d'argent d'interprétation féminine à Berlin amplement mérité. Sa prestation est d'autant plus marquante que les hommes du film sont pitoyables : lâches, indécis, égoïstes, faibles, maladroits, tristes.

Au générique, on remarquera que le film est produit, entre autres, par le réalisateur Pablo Larrain (No) : une preuve que le cinéma chilien contemporain, en pleine effervescence, est aussi une affaire de bande.

Le Chili sur Christoblog : No / Les vieux chats / Magic magic (le film est américain mais tourné au Chili par un chilien) / Violeta

 

2e

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Bethléem

Il faut parfois se tourner vers des régions dont on voit peu de films (Scandinavie, Amérique du sud, Israel) pour retrouver ce qui fait l'essence du cinéma populaire : un scénario travaillé, un découpage millimétré et un casting parfait.

Bethléem réunit ces ingrédients pour nous raconter une histoire finalement assez classique, celle d'un agent de renseignement (israélien) qui s'attache un peu trop à son indic (palestinien). Une trame qui rappelle d'ailleurs le beau film palestinien Omar, présenté à Cannes l'année dernière. Comme dans ce dernier, on est surpris par l'efficacité déployée par le réalisateur Yuval Adler : les scènes d'action sont hyper-prenantes (la traque d'Ibrahim, la scène de la cage d'escalier) et la montée du suspense parfaitement gérée. La mise en scène très musclée et le montage raffiné, construit sur une série d'ellipses subtiles, rendent le film haletant. 

D'un point de vue politique, ce que donne le film à voir de la réalité palestinienne (intrigues politiques fratricides entre factions) n'est pas très reluisant, mais malheureusement ne doit pas être très éloigné de la réalité. Cette complexité inhérente au film est bien gérée par un scénario somme toute limpide, qui ménage à chaque embranchement narratif une incertitude redoutable, souvent tranchée d'une façon scorsesienne.

La réussite du film tient également à une interprétation hors pair. L'agent israélien et ses collègues sont parfaits, ils expriment parfaitement la routine d'un travail par ailleurs exceptionnellement dangereux. Le jeune indic joue les hésitations et la frustration de la jeunesse d'une manière remarquable. Les Palestiniens sont incroyables, et l'acteur qui joue Badawi parvient à insuffler à son personnage quelque chose du magnétisme d'un De Niro.

Une réussite en tout point.

 

4e

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El estudiante

El estudiante est un film complexe : mieux vaut ne pas s'assoupir durant sa projection, sous peine d'en perdre définitivement le fil.

Le réalisateur, Santiago Mitre, cherche probablement dès le début du film à nous mettre dans la même situation que son jeune héros provincial, Roque, qui débarque à Buenos Aires : le monde de l'Université, hyper politisé, semble au départ tout à fait incompréhensible. On assiste pétrifié à des diatribes auxquelles on ne comprend rien, et à des luttes entre une myriade de petits mouvements gauchistes, le tout au milieu d'un capharnaüm d'affiches et de bâtiments déglingués.

Petit à petit on comprend que finalement l'idéologie ne sera jamais le thème du film (les idées politiques de chacun des protagonistes importent peu), mais que le véritable sujet de El estudiante est la façon dont un Rastignac tel que Roque peut s'élever dans la hiérarchie à force de coup de poker et de volontarisme décomplexé.

Il ne faut pas être allergique à l'aspect surchargé du film pour bien apprécier cette odyssée individuelle. L'expérience est finalement une belle intrusion dans le jeu même de la politique : calculer, oser, agir, grimper. On a vu ce type de démonstration, en plus glamour et plus idéalisé, dans l'excellente série Borgen.

Un film exigeant, mais au final assez marquant.

 

2e

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Only lovers left alive

Le dernier Jarmusch est une merveille de poésie. Tanger et Detroit, belles et décrépites, filmées superbement, constituent l'atout majeur du film.

Tilda Swinton donne l'impression irrésistible d'être un véritable vampire (mais peut-être l'est-elle ?) et Tom Hiddleston est radicalement magnétique.

Le scénario du film est quant à lui quelconque. Je peine d'ailleurs à m'en souvenir, tellement l'intérêt de Only lovers left alive réside ailleurs : dans son aspect de gaze vaporeuse striée de riffs de guitare et de visions hallucinées.

Jarmusch parvient à la fois à respecter les codes du genre (le Let me in, les balles en bois, la vitesse d'exécution, l'omniscience quant à l'âge des objets) et à les transfigurer comme si on les voyait pour la première fois.

Only lovers left alive respire la nostalgie du futur, évolue dans une sorte de ralenti qui préfigure la fin d'un monde, distille un spleen cotonneux et feutré. Les décors sont somptueux, la mise en scène est au cordeau.

Les clins d'oeil sont charmants (Marlowe, Einstein, "Et aussi l'ail tant que vous y êtes", la maison de Jack White et un concert de Yasmine Hamdan).

Un plaisir d'esthète, une friandise pour gourmet.

 

3e

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Les grandes ondes (à l'ouest)

Oh, la charmante comédie subtile et décalée que l'on n'attendait pas !

Il faut sûrement être Suisse pour inventer une histoire aussi bizarre et originale : un trio de journalistes suisses en service commandé au Portugal se retrouve par hasard en pleine révolution des oeillets. Le vieux baroudeur (excellent Vuillermoz) perd progressivement la mémoire, l'ambitieuse jeune journaliste (pimpante Valérie Donzelli) est radicalement féministe, et le vieux technicien (charmant Patrick Lapp) a plus d'un tour dans son combi. Quand ces trois-là croisent le chemin d'un jeune portugais qui a appris le Français en regardant les films de Pagnol, on sait que le road movie, déjà délicieusement bancal jusqu'à présent, va partir sérieusement en vrille.

Et c'est bien ce qui se passe, lors d'une nuit lisboète très poétique et très drôle, durant laquelle les corps et les esprits trouveront à se libérer, pour notre plus grande joie.

Souvent amusant, le film est parsemé de gags doux et délicieux, de moments de grâce inatendus (la chorégraphie nocturne) et d'effets de contraste parfois saisissants (l'interview raciste, le compte-rendu de la petite fête nocturne).

C'est léger et plaisant, l'antidote parfait aux lourdeurs des Trois frères, le retour et de Supercondriaque. La comédie à voir en ce moment.

 

3e    

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Un beau dimanche

Bien que desservi par une bande-annonce tristounette, qui semble révéler (à tort !) tout le contenu du film, Un beau dimanche vaut vraiment le coup d'être vu.

Nicole Garcia s'y révèle une excellente réalisatrice, filmant personnages et paysages avec une égale délicatesse, drapant son film d'une très jolie photographie.

Pierre Rochefort (le fils de la réalisatrice et de Jean Rochefort) joue avec une belle intériorité un personnage très intéressant et complexe, dont l'histoire ne se dévoile que progressivement. Il parvient à voler la vedette à une Louise Bourgoin jouant très bien la vulgarité des cabanes de plage. Dominique Sanda, en mère grande bourgeoise est absolument parfaite, son visage est un écran de cinéma à lui tout seul.

Bien dosé dans son intensité et sa durée, subtil et délicat, Un beau dimanche est injustement sous-estimé.

Nicole Garcia réalisatrice sur Christoblog : Un balcon sur la mer.

 

3e

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Dallas buyers club

Le nouveau film de Jean Marc Vallée peut se résumer ainsi : une histoire originale, une performance d'acteur invraisemblable et une mise en scène solide.

Parlons d'abord de Matthew McConaughey. Amaigri au point d'être méconnaissable (on s'inquiète même pour sa santé), il produit une performance qu'on peut aisément qualifier d'oscarisable. Le plus incroyable est qu'il parvient à ne pas surjouer son personnage : il lui suffit d'être sur la continuité sec comme un coup de trique, et de gérer superbement quelques pétages de plomb. Sa performance est magnifiée par celle de Jared Leto, excellent en travesti sensible. Le duo fonctionne à merveille.

L'histoire est par ailleurs très intéressante. Je ne connaissais pas pour ma part les polémiques qui ont marqué le développement des médicaments comme l'AZT et j'ai beaucoup appris. Quand à la mise en scène de Jean-Marc Vallée, elle est nerveuse, efficace, et sans chichi. Exactement dans la tonalité du film.

Curieusement, si le film m'a plu, il ne m'a pas vraiment ému, alors que je ne peux pas dire grand-chose de négatif à son propos (sauf peut-être souligner que la prestation de Jennifer Garner est nettement en retrait de celle de ses partenaires masculins).

A voir.

De Jean-Marc Vallée, sur Christoblog : Café de Flore.

 

3e

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Tonnerre

J'avais remarqué, comme beaucoup, le moyen métrage de Guillaume Brac diffusé dans les salles l'année dernière : Un monde sans femme. J'étais donc curieux de retrouver son acteur fétiche (Vincent Macaigne) transporté des plages de Picardie dans les frimats de Bourgogne.

Le résultat est très convaincant. On est tout de suite happé par cette histoire de presque rien, cette romance de province qui se transforme en cauchemard potentiel. C'est le ton très juste dans lequel le film grandit qui fait sa qualité. Tout y sonne vrai : les tristes décors d'une petite ville endormie, les intérieurs aux papiers-peints défraîchis, les seconds rôles aux visages très expressifs, les acteurs "nature".

La progression dramatique du film est très subtile. Guillaume Brac nous emmène à chaque virage dans une direction inconnue, et bien malin celui qui pourra se targuer d'avoir prévu les développements de la seconde partie du film.

Vincent Macaigne, toujours fabuleux dans le rôle de candide respectueux, trouve ici à exprimer une variante un peu plus ambiguë de son jeu. Tonnerre fourmille de jolies scènes (la danse, la promenade en barque, le chien qui apprécie la poésie) et de discrètes réussites (la relation au père, les éléments qui se font écho d'un bout à l'autre du film). Il marque la naissance d'un réalisateur avec qui le cinéma français devra désormais compter.

Je le conseille vivement.

Retrouvez les films avec Vincent Macaigne critiqués sur Christoblog.

 

3e

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Beaucoup de bruit pour rien

Une comédie de Shakespeare tournée par le showrunner de Buffy contre les vampires, dans sa propre propriété, et en 12 jours ? Franchement, je ne donnais pas cher de ce film, et j'avais sorti la dézingueuse à tir automatique pour me payer Joss Whedon, réalisateur d'un seul film à 49 ans : le triste Avengers. Cela sentait le bricolage versifié à domicile.

Me voici donc dans la triste position du critique perfide qui doit rengainer son épée spirituelle pleine de fiel, pour dire en toute humilité le bien qu'il pense d'un film à la fois modeste et brillant. C'est moins drôle.

Je vais donc être bref. Les acteurs jouissent visiblement de prononcer la langue de Shakespeare, ils n'hésitent pas à jouer à fond le jeu de la comédie alternativement burlesque et sentimentale, la mise en scène est d'une élégance stupéfiante, l'intégration de décors et d'accessoires modernes dans l'histoire est tout à fait naturelle.

J'ai été vraiment charmé par l'intelligence qui transpire du film, dans le choix des cadres, la puissance comique de certains personnages (les policiers !), les choix musicaux très sûrs. Il y a beaucoup de trouvailles dans le film, qui enchantent la trame fantaisiste et cruelle de la pièce.

C'est parfaitement réussi : charmant et pétillant comme du champagne.

 

3e

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Love exposure

Les dimanches pluvieux de janvier étant propices au visionnage de DVD, je me suis enfin décidé à regarder l'OVNI azimuté de Sono Sion.

Pour résumer, disons qu'il y est question d'une grande histoire d'amour, et qu'on y croise : une secte qui s'appelle l'Eglise Zéro, un prêtre défroqué qui châtie son fils, un jeune garçon qui photographie sous les jupes des filles puis est obligé de travailler dans le porno, une cérémonie de  hara-kiri d'une jeune fille en blanc qui aime les oiseaux verts, des quiproquos sur le travestissement et l'identité sexuelle, un asile psychiatrique, et mille autres choses.

C'est vif, chatoyant, d'une absolue hétérogénéité de style, tout à tour mélo larmoyant, film de sabre cheap, romance érotique, film de kung-fu speedé. Ca dure 3h et 57 minutes, et ça ne ressemble à rien de connu.

Love exposure est plutôt plaisant, à condition de se laisser emporter par son flow à la fois délirant et mélodramatique, un peu comme il faut se laisser prendre par la folie d'un Bollywood.

Un autre film de Sono Sion sur Christoblog, d'une facture beaucoup plus classique : The land of hope.

 

3e

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