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Christoblog

Articles avec #j'aime

In waves

Cette version moderne de Love story (en gros, l'amour fauché par la maladie) joue avec une certaine réussite la carte du mélodrame assumé.

Le roman graphique autobiographique de AJ Dungo est adapté par la réalisatrice française Phuong Mai Nguyen dans une palette de couleur pastel assez agréable à regarder, et qui donne à sentir l'ivresse du surf avec brio.

Le film comprend des allers-retours temporels qui n'apportent pas grand-chose à son propos, et des passages oniriques en 2D qui ont le mérite d'apporter de la variété, sans qu'on en comprenne vraiment le sens.

Au final, on passe un assez bon moment, en appréciant plutôt les qualités formelles du film que sa capacité à nous émouvoir véritablement. J'ai été un peu étonné qu'il fasse l'ouverture de la Semaine de la Critique 2026 : il y a probablement plus original dans la production de l'animation "pour adulte" contemporaine.

 

2e

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La bataille de Gaulle - partie 2 : J'écris ton nom

Dans cette deuxième partie, on retrouve nombre des qualités de la première : des apports historiques passionnants, et parfois méconnus (le plan américain pour l'Europe d'après-guerre, par exemple), une intrigue qui englobe plusieurs destinées, des reconstitutions de guerre très réussies.

La particularité de cet opus est d'être plus politique. On entre ici dans le détail de la lutte entre les deux composantes françaises de résistance au nazisme : la France Libre de De Gaulle et les forces du général Giraud. Le rôle essentiel que joua Jean Moulin en faveur de De Gaulle, en créant le Conseil National de la Résistance, est très bien montré également.

On découvre aussi l'attitude de président Roosevelt (très bon Campbell Scott), pas franchement amène avec les résistants français, et dont l'attitude entre en résonance avec l'actualité.

Il faut saluer ici le travail du réalisateur Antonin Baudry, qui sera parvenu en cet été 2026 à amener plus de 2,5 millions de spectateurs en salle, pour se plonger dans une oeuvre de plus de cinq heures, complexe et (presque) sans pathos.

Il faudra aussi lui reconnaître une formidable capacité à diriger une brochette d'acteurs parfois aux antipodes de leurs rôles habituels, comme par exemple Thierry Lhermitte qui campe un Giraud formidable.

 

3e

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André is an idiot

Certains écrivent sur leur mort, d'autres font des films sur le sujet.

Avec l'aide du documentariste Anthony Benna, c'est ce qu'a décidé de faire André Ricciardi, publicitaire à succès et ado attardé, qui apprend qu'il est atteint d'un concert du colon, déjà généralisé.

La première partie du film est sidérante d'impertinence : André semble prendre son pronostic à la rigolade, et cela donne des séquences farcies d'humour noir, qui nous laissent indécis : faut-il rire de tout cela ou commencer à pleurer ? Tout cela est-il une blague et y a t'il un happy end caché ?

Eh bien non, il n'y en a pas : André est vraiment idiot de ne pas avoir fait sa coloscopie de contrôle, et il se dirige bel et bien vers une mort prochaine.

Dans son dernier tiers, lorsque la maladie devient génératrice de douleurs insupportables, la caméra s'éloigne évidemment d'André, donnant au film une tonalité bien différente, plus classique dans sa tristesse profonde, qui rend la début du film encore plus émouvant (la rencontre avec son épouse est par exemple rétrospectivement déchirante).

Une expérience hors du commun, pleine de trouvailles amusantes et originales, tels ses petits films d'animation qui parsèment le film : André is an idiot est un film dont on se souvient longtemps. Seul bémol au film le doublage en français (qui n'en est pas vraiment un puisque les voix françaises se superposent aux vois originales) gâche un peu le plaisir. 

 

2e

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La bataille de Gaulle - partie 1 : L'âge de fer

On pouvait craindre beaucoup de choses à propos de ce film : qu'il soit une hagiographie éhontée, qu'il étouffe l'histoire au profit de l'anecdote, qu'il joue le spectaculaire ou la sensiblerie à l'excès, ou qu'il verse dans la caricature facile.

Le réalisateur Antonin Baudry évite à peu près tous ces pièges, construisant une oeuvre complète et ambitieuse, qui donne à voir la figure du Général sans l'embellir (son côté psycho-rigide est rendu à l'écran sans atténuation), tout en creusant la complexité de l'époque.

L'attitude de Churchill, tantôt romantique, tantôt froidement pragmatique, est ainsi restituée avec beaucoup de finesse, tout comme les innombrables trahisons qui parsemèrent la première partie de la guerre.

Le film alterne les passages plutôt intimistes (très bel arc narratif autour du personnage de Fernand) et les moments beaucoup plus spectaculaires, comme la bataille de Bir Hakeim, reconstituée avec une maestria assez rare dans le cinéma français.

Le tout est bien balancé, servi par une mise en scène qui n'hésite pas à se montrer parfois imaginative, et un casting quatre étoile, parmi lequel il faut mentionner la prestation de Simon Abkarian en De Gaulle, impeccable de sobriété.

J'ai été happé par ce film sans prétention, mais pas sans ambition, et n'ai qu'une hâte : voir le second opus.

 

3e

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Kika

Voici un très beau deuxième film de la réalisatrice Alexe Poukine, qui nous donne à voir un magnifique personnage de jeune femme.

Kika (excellente Manon Clavel) quitte son compagnon qu'elle n'aime plus et dont elle a eu une fille, pour David, dont elle tombe enceinte.

David meurt soudainement, et Kika se retrouve complètement fauchée. C'est une des plus grandes qualités du film de montrer la précarité quotidienne d'une famille monoparentale : le retour (compliqué) chez les parents, les ami(e)s compatissant(e)s mais impuissant(e)s, les ersatz bout de chandelle. 

Et puis un jour, Kika découvre par hasard que vendre ses culottes sales peut lui rapporter beaucoup d'argent. De fil en aiguille, elle s'intègre dans le petit monde des hommes masochistes et finit par y gagner sa vie, ce qui permet à Alexe Poukine de dresser de très beaux portraits d'hommes à la fois désespérés et touchants.

Kika est un très beau film générationnel qui offre de très délicats instantanés, avec une spontanéité séduisante et une sensibilité à fleur de peau qui apparait comme unique dans le cinéma français.

Un film à découvrir.

 

3e

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ChaO

Sorti subrepticement en mai de cette année, ce beau film du studio japonais novateur Studio 4°C est un véritable bijou, susceptible de raviver chez les amateurs d'anime les frissons qu'ont provoqué les films des studios Ghibli.

Tout ici est original : la narration un peu punk, l'animation par moment baroque, le propos décalé. Le spectateur, suivant ses goûts et son habitude des productions japonaises, pourra être tour à tour intrigué, charmé, choqué et ému.

Pour ma part j'ai adoré le déferlement de couleurs au service d'une comédie romantique renversant le principe de La belle et la bête (un beau jeune homme se voit contraint un-e poisson extrêmement laid). La mise en scène est d'une rare intelligence, les trouvailles fourmillent.

Un film à découvrir.

 

3e

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L'objet du délit

A l'image de son titre bizarre, le nouveau film d'Agnès Jaoui semble chercher longtemps son "ton".

Lors d'une longue première partie, l'impression générale que donne le film est de renvoyer dos à dos deux groupes irréconciliables.

D'un côté les boomers blasés et en grande partie impuissants, qui ne comprennent pas les enjeux de la modernité, qui tremblent parfois de se voir rattraper par une affaire "MeToo opéra", très méprisants vis à vis des plus jeunes. D'un autre les jeunes woke, pour la plupart écervelé(e)s, érigeant leurs exigences sous forme de phallus dans le décor de la pièce. La jeune metteuse en scène, jouée par Claire Chust, est même ridiculisée.

On se dit à se moment-là que Jaoui n'aime vraiment pas ses personnages, et la vision du film est assez difficile à supporter, jusqu'à ce que point de vue change à l'occasion d'une agression sexuelle, qui n'en est d'ailleurs pas vraiment une.

Agnès Jaoui semble alors retrouver un regain d'énergie, jouant plusieurs partitions mineures de comédie romantique, de déclaration d'amour à l'art vivant et de comédie sociale. L'objet du délit redevient alors aimable, même s'il ne fait pas oublier qu'il ne traite en profondeur aucun des problèmes qu'il survole.

Un peu d'indulgence m'amène à dire qu'au final l'expérience n'était pas si désagréable, même si certains pourront reprocher à Agnès Jaoui sa manière de sous-estimer le sujet du harcèlement sexuel.

 

2e

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The plague

Rien de bien original dans le propos du premier film du jeune Américain Charlie Polinger, qui nous propose une histoire de harcèlement dans un groupe de jeunes garçons en stage de .... water-polo.

Ce qui fait l'intérêt de cette première oeuvre, c'est l'incroyable maestria de la mise en scène, extrêmement précise, punchy et résolument moderne. 

Le montage, la direction d'acteur et l'élégance des mouvements de caméra rendent la proposition tout à fait plaisante à suivre, si l'on n'est pas gêné par le sadisme débonnaire de ces jeunes mâles qui chassent en meute.

Quelque part entre Sa majesté des mouches et Black Swan (les aspects presque fantastiques, les mutilations corporelles), The plague est un coup de maître qui place Polinger dans le club des cinéastes à suivre absolument.

A noter que le casting des ados, emmené par le magnétique Everett Blunk, contribue grandement à la qualité de ce film, à la fois sensoriel et cérébral.

A voir absolument si vous le pouvez.

 

3e

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Cocotte

Drôle de film que cet essai du Hongrois György Pálfi, qui tente la même prouesse que Jerzy Skolimowski dans EO : nous raconter les turpitudes de l'espèce humaine à travers un regard animal. Il s'agit ici d'une poule, alors que le Polonais donnait le premier rôle à un âne.

Le début du film est construit comme un survival. Notre valeureuse poule noire (c'est à sa couleur qu'elle doit à la fois sa survie et ses déboires) doit échapper à mille dangers une fois en liberté. Pêle-mêle : un renard, des véhicules lancés à pleine vitesse, une manifestation (!?), un marché, un chien. 

Alors qu'elle trouve refuge auprès d'un vieil homme dans une taverne grecque à l'abandon, elle doit alors subir une vicissitude de plus : le viol du coq de la basse-cour, symbole de l'oppression millénaire du patriarcat gallinacé (et pas seulement). 

Alors que le spectateur séduit, et en partie égaré, se demande où cette aimable fable va le conduire, le film prend une teinte dramatique à travers le sort de malheureux êtres humains, victimes d'un tragique concours de circonstances, initié par notre aimable volatile (joué par huit poulets différents, il faut le préciser).

Cocotte prend alors une tournure plus traditionnelle, et donc un peu moins intéressante, avant de virer à la tragédie grecque et de se terminer comme un film (très) noir.   

Une expérience intéressante et un film hors du commun.

 

2e

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L'inconnu du Nord Express

Dans la filmographie d'Alfred Hitchcock, certains films paraissent quasiment mathématiques. L'inconnu du Nord Express fait partie de ceux-ci.

Il y a en effet dans la progression de l'intrigue une rigueur implacable qui semble devoir acculer le "gentil" (joué par le lisse Farley Granger) à se compromettre moralement, poussé dans ses retranchements par l'un des plus beaux méchants hitchcockiens, interprété par le formidable Robert Walker, qui disparaîtra malheureusement peu après avoir tourné ce film.

Le film est passionnant dans sa première partie, lors de laquelle le mal semble pouvoir corrompre l'esprit droit du jeune champion de tennis. On est alors littéralement happé par l'engrenage qui semble imparable. A partir du moment où le dilemme moral est résolu, le film devient plus quelconque et perd un peu de son intérêt, d'autant plus que la scène finale du manège n'a pas très bien vieilli, comme celle du match de tennis.

Un très bon cru cependant, avec de grands moments de mise en scène (l'ouverture qui, génialement, ne filme que les pieds des protagonistes).

Alfred Hitchcock sur Christoblog : Rebecca - 1940 (***) / Sueurs froides - 1958 (***)

 

3e

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La Vénus électrique

Le festival de Cannes ne pouvait guère rêver meilleure ouverture. Le nouveau film de Salvadori, bourré de charme et d'invention, est en effet un chant d'amour au simulacre, à l'illusion, à l'imposture, et donc d'une certaine façon, au cinéma.

L'action se passe dans les années 20, et il faut d'abord dire que la reconstitution de cette période est très réussie, à la fois réaliste et rêvée, comme si les décors étaient très légèrement phosphorescents.

Le milieu de la peinture et de la fête foraine, associés à l'esprit de l'époque, permettent au scénario un peu bizarre (un homme croit communiquer avec sa femme décédée à travers une fausse spirite) de se développer sans que l'on crie à l'irréalisme.

Les acteurs et actrices adoptent d'ailleurs un jeu très légèrement forcé, qui s'adapte parfaitement au contexte. Anais Demoustier est à l'aise avec toutes les facettes de son personnage mutin, Gilles Lellouch est bluffant et semble sorti d'une caricature de l'époque, Pio Marmaï n'a jamais joué aussi finement et Vimala Pons est toujours capable de mettre le feu à l'écran avec un simple sourire. Tout ce petit monde s'en donne à coeur joie, semblant prendre un grand plaisir à composer des tableaux de natures très différentes, tour à tour burlesques (la suspension d'Antoine à la corde !), sentimentaux o intrigants.  

L'écriture du film est formidable de subtilité et de précision, et La Vénus électrique est bourrée de trouvailles tant au niveau de la mise en scène (les formidables plans d'Antoine découvrant la vérité à la fête foraine) que de l'écriture et du montage (les incessants allers-retours entre époques par le biais de la formidable trouvaille du journal intime). 

Une réussite à tout point de vue, et pour moi le meilleur film de Pierre Salvadori. 

 

4e

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Plus fort que moi

Voilà bien le genre de film que seuls les Anglais savent produire à la perfection, mélange idéal de destin individuel, de tableau social, de comédie de moeurs et de feel-good movie. On pense à Billy Elliot, The full monty, La part des anges, Ali & Ava, Pride et tellement d'autres ....

On suit ici le destin de John Davidson, atteint du syndrome de Gilles de la Tourette, de l'adolescence à l'âge adulte. Ses extrêmes difficultés (dans les années 80 la maladie n'est pas vraiment connue), le quasi-abandon de ses parents, ses heureuses rencontres et sa façon de finalement réussir da vie.

Le film de Kirk Jones est rondement mené, parfaitement écrit, monté avec un rythme très agréable, et bénéficie d'un double avantage décisif : un casting parfait (Robert Aramayo en tête, bluffant et ne donnant jamais l'impression de surjouer) et une belle reconstitution des différentes périodes traversées.

On oscille constamment entre larmes et rires, les deux arrivant parfois simultanément. Dans le genre du feel-good movie qui fait réfléchir avec ambition, c'est un must.

 

3e

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Une jeunesse indienne

Le Covid a inspiré quelques films en Occident, mais l'originalité de celui-ci est de donner à voir ce qu'a pu représenter l'épidémie dans un pays comme l'Inde, sur la base d'un récit à la fois picaresque et éprouvant, à la Dickens.

Mais avant que la maladie viennent percuter leur destinée, on commence par suivre deux amis dans leur rêve de d'ascension sociale. 

Cette première partie est intéressante par ce qu'elle montre de la société indienne (racisme, précarité, faible protection sociale), mais le film révèle tout son potentiel dans une deuxième partie qui réserve son lot de scènes sidérantes (quais de gare bondés, ostracisme sans pitié envers les malades). Les scènes se déroulant dans une usine textile où les ouvriers sont abandonnés à eux-mêmes en pleine épidémie sont impressionnantes.

Le réalisateur, Neeraj Ghaywan, montre ici un véritable talent pour raconter une histoire de façon romanesque, voire (un peu trop ?) mélodramatique, et pour rendre ses personnages attachants : il faudra suivre ses prochains films.

 

2e

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La corde au cou

Après sept ans d'absence, Gus Van Sant revient plutôt en forme avec cette histoire de pauvre gars un peu dérangé, preneur d'otage du courtier qui l'a ruiné.

Au rayon des qualités du film, il faut signaler la parfaite reconstitution de l'année 1977, le groove jazzy de la bande-son et du personnage d'animateur radio joué par Coleman Domingo, la réalisation classieuse qui s'ingénie entre autre à reconstituer les images télé d'époque, le sous-texte politique qui densifie le film et enfin l'interprétation parfaite de Bill Skasgård et Dacre Montgomery.

Du côté des faiblesses, j'ai trouvé que le film traînait un peu en longueur (pas beaucoup de vraie tension) et peinait à proposer une évolution psychologique des personnages (à l'exemple de la dispensable dernière scène dans le magasin de muffins).

Le résultat est toutefois convaincant, en particulier parce que l'issue de l'enlèvement n'est pas jouée d'avance et maintient un petit suspense jusqu'au bout. L'image est de toute beauté aussi.

 

2e

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Romería

Projeté (sans doute un peu brutalement) dans le feu ardent de la compétition à Cannes en 2025, ce joli film délicat de la Catalane Carla Simón est agréable à découvrir.

Le point de départ est séduisant : une jeune fille dont les parents sont morts du SIDA revient à Vigo pour obtenir un document attestant son ascendance.

Elle est accueillie par ses oncles et tantes, et des grands-parents odieux. Elle va découvrir petit à petit le sort de ses parents, et par le biais de très beaux passages oniriques, va même revivre à l'époque de ses parents. Romería est émaillé de trouvailles plaisantes et poétiques (une vengeance piquante, un carnet qui s'anime), mais il manque au film, en grande partie autobiographique, une dimension narrative plus accentuée.

La jeune actrice Llúcia Garcia, dont c'est le premier film, est formidable : elle ne peut empêcher son visage de rayonner, même quand elle tente de rester complètement impassible.

Une réalisatrice à suivre, qui a obtenu l'Ours d'or avec son film précédent, Nos soleils.  

 

2e

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Pris au piège

Le nouveau film de Darren Aronofsky est un agréable exercice de style.

Le principe du film est bien connu : un jeune (et beau) innocent se retrouve fortuitement en possession d'un objet très précieux que plusieurs gangs de méchants convoitent.

Le programme est donc attendu, et consiste comme prévu en une série de scènes d'action impressionnantes, ponctuée par de petites vignettes plus calmes, lors desquelles le spectateur attendri est appelé à découvrir que notre héros a aussi un coeur (c'est à dire une amoureuse, et une mère supportrice des Giants).

Aronofsky propose une mise en scène extrêmement effcicace et un montage à la fois nerveux et plaisant. Mais le véritable intérêt du film se trouve à mon avis dans le fait que la violence est ici montrée dans une crudité très réaliste : les personnages se font vraiment mal en se battant (au point par exemple de perdre un rein) et nous ressentons physiquement cette violence.

Les différents milieux new-yorkais décrits sont aussi très bien croqués, à l'image de ces Juifs orthodoxes sanguinaires.

Un bon moment pourvu qu'on aime les cavalcades folles et les gros calibres.

 

2e

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Un poète

Ce film étonnant est assez traditionnel dans son déroulement : un professeur maladroit aide une jeune élève douée à préparer un concours de poésie, avant de vivre un retour de bâton qui met en évidence une pittoresque lutte des classes, qui m'a rappelé le cinéma italien des années 70.

C'est par son ton que Un poète se distingue. Simon Mesa Soto propose un essai tout à fait original qui donne au film des airs de faux documentaire tourné à la va-vite, caméra à l'épaule et 16mm au gros grain à l'écran.

L'autre point fort du film c'est la dégaine de l'acteur principal, non professionnel, l'impayable Ubeimar Rios, dôs voûté, dents de guingois et regard vide. Sa médiocrité criante, ses mauvais choix récurrents et son égarement congénital rendent le personnage d'Oscar à la fois attendrissant et grotesque : on prend un plaisir un peu coupable à suivre cette comédie humaine dans laquelle tout le monde semble mesquin et aimable à la fois.

Une belle surprise et un cinéaste à suivre.

 

2e

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Les voyages de Tereza

L'action de ce film se déroule dans un Brésil très légèrement dystopique, dans lequel les vieillards sont conviés à rejoindre une "colonie" dont on peut penser qu'ils ne reviennent jamais.

Lorsque Tereza, soixante-quatorze ans, est à son tour invitée à quitter sa simple baraque, elle se rebelle et décide de réaliser son rêve de toujours : voler dans les airs.

Vont s'en suivre un chapelet d'errances tour à tour poétiques et picaresques, marquées par de belles rencontres et de curieuses aventures.

Le film doit beaucoup d'une part à sa charismatique actrice principale, Denise Weinberg, et à la nature brésilienne d'autre part : on découvre une Amazonie rarement aussi bien filmée au cinéma, aquatique, industrielle et magique à la fois. On y croise aussi bien un escargot à la bave bleue que des combats à mort de poissons, sur lesquels on parie. 

La caméra de Gabriel Mascaro se révèle habile et caressante : elle rend à merveille le mélange de douceur et d'âpreté qui émane du personnage de Tereza, septuagénaire qui décide de commencer une nouvelle vie avec toute la force d'une deuxième jeunesse.

Un très beau film, qui n'a pas eu l'accueil qu'il aurait mérité dans les salles. 

 

3e

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Planètes

Il est rare de voir un film dont on se dit qu'il rebat les cartes de ce qu'est capable de produire l'art cinématographique.

C'est l'exploit que réalise pourtant l'étonnant Planètes de Momoko Seto. Imaginez : il s'agit de suivre l'odyssée de quatre akènes de pissenlit à travers le cosmos.

Le film est sans dialogue, et pourtant on ne s'ennuie pas une seule seconde. Les images sont d'abord parfois sidérantes, mélange de prises de vues réelles et d'animation. Le résultat est souvent féerique, donnant à voir la nature comme on ne l'envisage jamais : une limace filmée en gros plan apparaît ainsi comme le monstre le plus incroyable que l'imagination puisse nous proposer.

L'écriture du film est par ailleurs assez fine. Les quatre akènes ont ainsi chacun leur personnalité (c'est un jeu que d'apprendre à les identifier) et leurs aventures permet de conjuguer une progression d'ordre picaresque et la possibilité de quelques réflexions générales d'ordre écologiques qui, bien qu'un peu convenues, n'en restent pas moins pertinentes.

C'est un voyage poétique original que propose donc Planètes, qui mérite d'être découvert.

 

2e

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Pillion

Pillion est un film vertigineux, qui donne à voir une relation de domination / soumission épanouie (et sans violences physiques, il faut le signaler) dans le milieu des bikers gays britanniques.

Pour celui qui est totalement étranger à ce type d'attirance, le processus qui pousse à un tel niveau de servitude volontaire a quelque chose de profondément mystérieux. Disons-le, Pillion le donne à voir dans toute sa crudité, et plus d'un spectateur pourra être choqué par les scènes extrêmement crues de sexe - mention spéciale pour une scène de pique-nique mémorable.

Pour rendre une telle histoire crédible, il faut des interprètes exceptionnels. Harry Melling en amoureux transi et soumis est formidable, mais c'est surtout Alexander Skarsgård qui crève l'écran, viking sculptural et mutique.

Le réalisateur Harry Lighton parvient habilement à nous intéresser à cette comédie romantique originale, qui nous montre que ce type de couple n'échappe pas à un certain nombre de poncifs concernant les couples en général (jalousie, présentation aux parents, délitement). Il conclut son film joliment, distillant une réflexion intéressante sur les relations entre sentiment et rôle joué dans la relation qui unit les deux personnages.

Une réussite, qui pourra choquer (à Cannes de nombreux spectateurs sont sortis de la salle pendant la projection).

 

2e

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