Overblog Tous les blogs Top blogs Films, TV & Vidéos Tous les blogs Films, TV & Vidéos
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Christoblog

Articles avec #j'aime

Nouvelle vague

Il fallait un sacré culot pour oser faire ce film sur le tournage d'A bout de souffle en copiant son style : noir et blanc, ton alerte, caméra à l'épaule, acteurs charismatiques.

L'Américain Richard Linklater, dont je pense qu'il est un des meilleurs réalisateurs américains actuels (si ce n'est le meilleur), relève avec brio ce défi.

Le tournage de Nouvelle Vague a été très travaillé (de nombreuses prises, de gros moyens, une préparation minutieuse), à l'inverse de celui du film de Godard, et le résultat à l'écran est bluffant : on a vraiment l'impression d'être projeté dans la France de 1959. C'est un pur délice.

Au plaisir de retrouver la gouaille de Bébel (excellent Aubry Dullin) et le charme de Jean Seberg (lumineuse Zoey Deutch), il faut ajouter la jouissance enfantine de rire aux nombreuses saillies de  Guillaume Marbeck jouant un Godard plus insupportable que nature. On croise aussi tout une galerie de personnages formidables, de Truffaut à Raoul Coutard, en passant par Jean-Pierre Melville, Robert Bresson, Roberto Rossellini, et tant d'autres.

Le résultat est donc jouissif et drôle, mais aussi diablement instructif. On comprend en effet parfaitement la "méthode Godard", et on mesure l'importance de tout le substrat qui aura permis l'émergence de la nouvelle vague (et notamment le rôle du producteur Georges de Beauregard).

Une réussite à tout point de vue, qui parvient à mélanger émotion et rire, éloge poétique du cinéma et plaisir de la découverte.

 

4e

Voir les commentaires

Une bataille après l'autre

Paul Thomas Anderson est sûrement le cinéaste contemporain qui bénéficie de la cote de sympathie la plus élevée. Chacun de ses films est attendu comme un présumé chef d'oeuvre par toute une communauté de fans énamourés, dont l'objectivité n'est par définition pas la première qualité.

Ainsi Une bataille après l'autre fait l'objet d'une campagne de commentaires dithyrambiques sur les réseaux sociaux, accompagnée d'articles de presse à l'unisson, qui pourra étonner quiconque ne fait pas partie du fan club.

Le film n'a en effet rien d'extraordinaire. Il montre deux faces de l'Amérique qui s'opposent frontalement : des activistes de gauche menant des actions de type révolutionnaires et un groupe secret de forcenés racistes. 

Comme le récent Eddington, avec qui il partage de nombreux points communs (les situations extravagantes, les personnages caricaturaux), Une bataille après l'autre renvoie en partie les deux parties dos à dos : les activistes se trahissent les uns les autres, sont incompétents ou naïfs, les fachistes menacent évidemment de détruire la démocratie.

Le ton qu'adopte Anderson est distrayant et rend le film globalement agréable (alors que celui d'Ari Aster était grinçant et déplaisant). On suit donc avec plaisir les mésaventures de Bob, joué par un Leonardo di Caprio inspiré, et de sa fille Willa, qui révèle une jeune actrice formidable, Chase Infiniti.

La mise en scène d'Anderson est propre, mais un peu sage. Au rayon des points faibles, j'ai trouvé que l'interprétation de Sean Penn est poussée trop loin dans la veine grotesque et que le film est exagérément long, sans que rien ne le justifie dans l'histoire (2h40 quand même !). Certaines séquences sont clairement étirées, comme la poursuite finale. J'ai aussi été gêné par la présence insistante de la musique dissonante de Jonny Greenwood (Radiohead).

En résumé, quelques défauts et rien de bien génial dans Une bataille après l'autre, mais une intéressante vision des fractures américaines, qui prend sa place entre Eddington et le futur film de Kathryn Bigelow qui sort sur Netflix le 23 octobre, A house of dynamite

 

2e

Voir les commentaires

Un simple accident

Ceux et celles qui découvriront le cinéma iranien avec Un simple accident entreront dans cette belle maison lumineuse et accueillante par la grande porte.

On trouve en effet dans la Palme d'or 2025 tous les éléments qui rendent cette cinématographie si aimable : une extrême attention portée à la caractérisation de chacun des personnages, un suspense psychologique mené avec beaucoup de subtilité, un tableau de la vie quotidienne d'une grande acuité, un état de la situation sociale et politique décrite avec finesse.

A tous ces éléments, qu'on trouvent souvent dans les films de Farhadi, Rasoulov, Roustaee et bien d'autres, s'ajoute la spécificité du cinéma de Jafar Panahi : un sens de l'humour dévastateur, parfois mordant, parfois tendre, toujours teinté d'une sorte d'autodérision distante.

C'est comme si le réalisateur nous susurrait à travers son film un message d'espoir indéfectible : comme vous le voyez, le peuple iranien vit de grands drames, et les cicatrices seront longues à cicatriser, mais il aura la force de se relever quoi qu'il arrive, par la grâce de son humour et de son sens de la solidarité.

Ce message est servi ici par les immenses qualités qui font d'Un simple accident un joyau comme on en voit peu : scénario millimétré, mise en scène d'une aérienne élégance et direction d'acteur époustouflante.

Pour conclure le film, un dernier plan de toute beauté, trouvaille à la hauteur de ce qu'on a vu auparavant et parfaite synthèse de ce qui rend le film si précieux : une mise en scène inspirée qui sert un scénario brillantissime.

Probablement le chef d'oeuvre de Jafar Panahi.

Jafar Panahi sur Christoblog : Ceci n'est pas un film - 2011 (***) / Taxi Téhéran - 2015 (****) / Trois visages - 2018 (**) / Aucun ours - 2022 (***)

 

4e

Voir les commentaires

La trilogie d'Oslo : Désir

Des trois opus de la trilogie d'Oslo, Désir est celui qui a reçu le moins bon accueil critique.

Il faut dire que sa forme est moins ample que celle des deux autres parties : Rêves offrait une variation polyphonique autour de la notion de réalité et Amour dessinait une vaste carte du tendre moderne.

Désir, lui, ne montre pratiquement que des dialogues ayant pour sujets deux évènements étonnants concernant deux amis ramoneurs (!) : le premier a eu une relation sexuelle avec un client (alors qu'il n'est pas homosexuel), et le second fait un rêve persistant dans lequel David Bowie le regarde comme une femme (!!).

Les deux amis échangent avec leur compagne respective sur ces sujets lors de longues conversations lors desquelles toute une variété de sentiments d'une étonnante profondeur se font jour. La mise en scène, qui pourrait être statique, se réinvente constamment, à l'image de la première scène lors de laquelle la caméra pivote doucement dans un somptueux mouvement.

Haugerud introduit également dans son récit de curieux évènements, qui apportent au film une tonalité d'étrangeté poétique : une maladie de peau erratique, un attrape-rêve suspendu, une thérapeute qui soliloque sur Hannah Arendt. Toutes choses qui semblent amplifier et faire résonner la sourde interrogation qui constitue l'épine dorsale du film : quelle est la véritable nature du désir, et plus largement peut-être, qu'est ce que la masculinité ?

Ainsi, ce qui ne paraît être de prime abord qu'une anecdote salace s'avère au final une profonde interrogation existentielle.

Une superbe conclusion à la trilogie, qui place Haugerud parmi les grands.

La trilogie d'Oslo sur Christoblog : Rêves - 2025 (**) / Amour - 2025 (***)

 

3e

Voir les commentaires

Left-handed girl

Pour ceux qui aiment le cinéma asiatique, ce premier film de la réalisatrice thaïlando-taïwananise Shih-Ching Tsou est immanquable.

Tout ici respire en effet l'Asie dans ce qu'elle produit de meilleur au cinéma : l'attention aux laissés pour compte (comme dans le cinéma chinois contemporain), les fines descriptions de relations familiales et un scénario retors (comme chez Kore-Eda), la plongée en apnée dans la vie de la rue (comme chez le Philippin Brillante Mendoza), une capacité à faire vibrer les enfants à l'écran (comme chez le génial Edward Yang).

La chronique du retour en ville de cette mère et de ses deux filles est palpitante dans la diversité de ses tonalités : chronique tendre, critique sociale impitoyable, tableau de la féminité à trois âges différents, thriller psychologique. J'ai été captivé par l'évolution de ces trois personnages, filmés par une caméra alerte et inspirée.

La réalisatrice étant la compagne et la collaboratrice de longue date de Sean Baker, on n'est pas étonné de retrouver dans Left-handed girl quelques qualités du réalisateur d'Anora (qui est ici aussi producteur) : une merveilleuse façon de s'intéresser aux femmes, un sens de l'humour aiguisé et une crudité sans tabou.

Un des meilleurs films à voir en ce moment.

 

3e

Voir les commentaires

Nino

Ce premier film est aussi l'un des meilleurs films français de l'année à mes yeux.

Le sujet pourrait être dramatique. On peut le révéler car c'est l'objet de la première scène : Nino apprend qu'il est atteint d'une maladie grave, et qu'il doit commencer au plus tôt un lourd traitement qui va entraîner de lourdes conséquences.

A partir de ce point de départ pas très gai, la réalisatrice Pauline Loquès réussit un film étonnamment lumineux et apaisant. Il y a une sorte de magie dans sa façon de transformer les émotions en sentiments profonds et délicats, dans un Paris qu'on a l'impression de redécouvrir le temps d'un week-end, à travers l'oeil bienveillant de la caméra.

Pour réussir ce tour de force, il faut un acteur exceptionnel, et c'est peu dire que la prestation du Canadien Théodore Pellerin est ici renversante, empreinte de tout ce que le cinéma français d'auteur peut offrir de meilleur : de la délicatesse, des émotions, de la justesse, le tout baignant dans une sorte d'humour poétique.

Parmi les atouts du film, il faut également citer les belles prestations de Jeanne Balibar (la mère), de Mathieu Amalric qui fait une apparition délicieusement décalée, et surtout de William Lebghil, égal à lui-même dans le rôle "du meilleur pote qu'on puisse avoir".

Un film à voir absolument.

 

3e

Voir les commentaires

The insider

Passé relativement inaperçu lors de sa sortie en mars dernier, le dernier film de Steven Soderbergh rappelle combien ce dernier peut être un cinéaste élégant et efficace.

Il nous offre ici une sorte de Cluedo d'espionnage stylé : six personnes dont un couple, et un traitre parmi ces six personnes. Sur cette base minimaliste, le cinéaste américain tisse une intrigue aiguisée comme un rasoir, dans laquelle tout le monde soupçonnera tout le monde, et qui trouvera une résolution brillante et alambiquée, mitonnée par le scénariste David Koepp.

Dans ce jeu des ombres millimétré, le couple Cate Blanchett / Michael Fassbender fait merveille, affichant avec décontraction une classe imparable.

Le film est court (1h30), sec et hyper-stylé, doté d'une photographie étonnante et très typée (arrière-plans très flous, couleurs ternes, halos de lumières artificielles). L'ensemble est plaisant, ouvrant quelques fenêtres originales sur les thèmes préférés de Soderbergh, notamment celui des confessions sexuelles salées, déjà abordé dans son premier film, Sexe, mensonge et vidéo.    

Une bonne soirée.

 

2e

Voir les commentaires

Fils de

Le premier film de Carlos Abascal Peiró, ancien journaliste, résonne curieusement avec l'actualité : il s'agit en effet dans le film de ... trouver un premier ministre !

Les candidats sont nombreux mais traînent tous plus ou moins une casserole (réelle ou montée de toute pièce par leurs adversaires) qui empêche leur nomination.

Le style du jeune cinéaste est sur-vitaminé, entraîné par une caméra sous acide et une succession de réparties bien senties et de gags dont beaucoup sont assez drôles.

On se n'ennuie pas une seconde, et fort heureusement le rythme effréné du début du film (une scène de fête tellement agitée que les dialogues en sont à peine audibles) se calme un peu pour ménager quelques jolies scènes dont François Cluzet est le centre, personnage plus doux que tous les autres.

On est ici dans le domaine de la parodie poussée à son extrême, les tares du monde politique étant exposées tour à tour, avec une acuité cruelle parfois délicieuse (je pense à l'allocution mielleuse de la candidate qui parsème ses propos d'un nombre incalculable de citations).

Un divertissement plaisant qui donne un coup de jeune à la comédie française.

 

2e

Voir les commentaires

Sirāt

Voici LE film que tout cinéphile attend de voir une fois dans sa vie : beau, puissant et par dessus tout imprévisible, ne ressemblant à rien de ce qui a été projeté dans une salle de cinéma jusqu'à ce jour. 

On ne comprend qu'approximativement ce qu'on voit (et entend !) dans un premier temps, et puis le film nous embarque dans une sorte d'aventure donquichottesque qui nous ravit, avant tout d'un coup d'imposer dans la salle une déflagration comme j'en ai peu vécu dans ma vie de spectateur.

A partir de ce moment, Sirāt devient une Odyssée onirique, hors du temps, dans un espace indéfini à l'ampleur vertigineuse, à la fois très loin de notre quotidien et tout à coup rattrapé par la plus cruelle des réalités (l'extrême fragilité de la vie), de celles qui nous font agripper l'accoudoir du fauteuil de la salle de cinéma comme on ne l'a jamais fait. 

J'ai conscience en écrivant ces lignes que je n'apporte rien de très éclairant à ceux qui n'ont pas vu le film, mais qu'ils me fassent confiance : sous ses atours de film "simple" sans morale, sans afféteries formelles, Sirat est une expérience de cinéma comme on en vit peu, entre nihilisme sensuel et cauchemar solaire.

Magnifique.

 

4e

Voir les commentaires

L'épreuve du feu

L'épreuve du feu est l'un des meilleurs films français que j'ai vu cette année.

Le sujet n'est pas si couramment traité au cinéma : que se passe-t-il si un garçon issu de la bourgeoisie ramène dans son groupe d'amis une fille pleine de verve, aux faux (et longs) ongles strassés, issue d'un milieu complètement différent du sien ?

Ce conflit de classe, auquel se heurtent violemment les sentiments, est traité ici d'une façon extrêmement subtile. Chaque personnage est finement dessiné avec ses contradictions et son passé (très touchant en ce qui concerne les deux principaux protagonistes), sans jamais être prisonnier de son déterminisme social.

On est donc surpris par l'évolution des évènements, absolument imprévisible, et touché par l'attitude des différents personnages. Il y a de la cruauté, mais aussi une grande empathie dans la façon dont Aurélien Peyre filme son petit groupe de jeunes.

La performance de l'actrice Anja Verderosa est prodigieuse, et m'a rappelé celle de Malou Khebizi dans l'excellent Diamant brut. Félix Lefebvre, que l'on a vu dans Rien à perdre en grand fils de Virginie Efira et surtout dans Eté 85, est lui aussi impeccable dans un rôle nuancé.

Une formidable découverte.

 

3e

Voir les commentaires

La trilogie d'Oslo : Rêves

Alors que l'opus intitulé Amour est radicalement polyphonique, Rêves est beaucoup plus resserré  : Haugerud s'intéresse ici exclusivement à l'histoire de Johanne, ou pour être plus précis à l'histoire que se raconte Johanne.

Autant Amour était ouvert sur le monde et la variété des sentiments, autant Rêves est presque claustrophobique par construction, à force de ne voir le monde qu'à travers les yeux de son héroïne.

L'exercice est donc complètement différent, mais ce qu'il y a d'interessant, c'est que les qualités d'écriture et de mise en scène sont les mêmes : attention extrême aux variations de l'âme qui effleurent sous les visages, classicisme épuré dans la façon de filmer, parfois zébrée d'éclairs chatoyants, douce causticité dans les dialogues, toujours ciselés.

Si j'ai été moins attiré par les états d'âmes de la jeune Johanne que par les tribulations des personnages d'Amour, je dois tout de même avouer que la découverte de ce cinéaste norvégien de 61 ans est pour moi un des faits marquants de 2025, tant son cinéma paraît évident et profond à la fois.

Je recommande cet exercice de style très contemporain, qui interroge la notion de réalité avec brio.

 

2e

Voir les commentaires

La trilogie d'Oslo : Amour

De la trilogie de Dag Johan Haugerud, Amour est pour moi le meilleur, opus et de loin.

Le film permet de suivre la trajectoire de personnages haut en couleur : Marianne, médecin célibataire, Tor, infirmier gay, Bjorn, papa récemment divorcé, et beaucoup d'autres.

Chacun est extrêmement attachant : Haugerud excelle à les filmer au plus près de leurs désirs, souvent très intenses, mais aussi décrits avec une grande finesse. J'ai souvent pensé au meilleur de Woody Allen, ou aux films les plus récents d'Emmanuel Mouret. Les conversations sont très crues quand elles portent sur le sexe, et contribuent à donner au film une teinte résolument moderne.

Un autre des points forts du film, c'est de prendre Oslo (et ses bateaux qui relient les différents quartiers) comme magnifique théâtre de l'action : rarement une ville aura été aussi bien filmée, notamment de nuit. La mise en scène est de ce point de vue d'une élégance rare.

J'ai été plusieurs fois ému, amusé, choqué, surpris par ce que proposait le film, riche en idées originales sur nombre de sujets : l'histoire, le sexe, l'amitié, la parentalité, la maladie, la mort, le plaisir, la vocation.

Du grand art.

 

3e

Voir les commentaires

The things you kill

Drôle d'objet que ce film tourné en Turquie par le réalisateur iranien Alireza Khatami, à mi-chemin entre le tableau naturaliste d'un cas de conscience, typique du cinéma iranien, et l'essai conceptuel dont le cinéma occidental est coutumier (les critiques évoquent, à mon avis abusivement, David Lynch).

Pour le premier point, la caméra de Khatami est d'une grande élégance. La mise en scène est subtile, signifiante, et capte merveilleusement les subtilités de jeu des acteurs. Les paysages de la Turquie évoquent ceux filmés par les grands cinéastes iraniens, et je me suis surpris à déceler ici et là l'influence d'un Nuri Bilge Ceylan, et plus loin celle d'un Jafar Panahi (certaines scènes résonnent curieusement avec la Palme d'or de cette année, Un simple accident). 

Vers le milieu du film, une faille conceptuelle s'ouvre, et nous assistons, sans trop déflorer le sujet, à un glissement de personnages. Ce tour de force est annoncé fort subtilement en amont par quelques astuces de mises en scène à peine discernables (flou, miroir). 

Le spectateur est alors pris d'une sorte de vertige de belle facture, très bien maîtrisé. On se rend compte alors que le film, qui semblait décrire une simple situation de film noir est en réalité l'exploration audacieuse de l'inconscient du personnage principal. 

A condition d'accepter sa construction complexe est déstabilisante, The thing you kill est un véritable plaisir de cinéphile : beau, intrigant et complexe.

 

3e

Voir les commentaires

Valeur sentimentale

Le nouveau film de Joachim Trier commence par une scène de toute beauté, dont le personnage principal est ... une maison.

Cette  introduction est tellement délicate et brillamment filmée qu'on se dit qu'on tient peut-être là un grand film, digne d'être comparé au chef-d'oeuvre de Trier, Oslo, 31 août.

Malheureusement, l'enchaînement avec les atermoiements de Nora, actrice de théâtre qui panique avant d'entrer en scène (?!), nous laisse de marbre. A l'image de tout ce qui va suivre dans le film, les états d'âmes du personnage joué par l'actrice fétiche de Trier, Renate Reinsve, ne parviennent pas vraiment à captiver (j'ai trouvé que l'actrice qui joue sa soeur, Inga Ibsdotter Lilleaas, était plus intéressante).

Il faut dire que le film cultive l'entre-soi : on est entre gens de la profession, qui se formalisent d'un rien, s'expriment mezzo voce, et souffrent pour des raisons qui nous semblent bien futiles (jusqu'à une révélation bien trop tardive, et dont le poids émotionnel n'est curieusement pas mis en valeur, ni par l'écriture, ni par la mise en scène).

L'impression globale générée par le film est celle d'un drame bourgeois filmé par un Bergman propre sur lui, plutôt bien écrit et filmé avec élégance, mais dont on ne sait trop quoi penser : parfois ennuyeux quand il décrit de chichiteuses souffrances, et parfois amusant quand il manie la causticité distanciée (le metteur en scène qui offre les DVD d'Irréversible et de La pianiste à son petit-fils). 

A vous de voir.

Joachim Trier sur Christoblog : Oslo, 31 août - 2012 (****) / Back home - 2014 (**) / Thelma - 2017 (*) / Julie en 12 chapitres - 2021 (**)

 

2e

Voir les commentaires

Life of Chuck

Voici un joli succès inattendu qui montre une fois de plus la puissance du bouche à oreille en France.

Rien de susceptible d'attirer les foules dans cette adaptation d'une courte nouvelle de Stephen King : pas de stars à l'écran, un réalisateur surtout connu des amateurs de séries horrifique de qualité (Mike Flanagan), une construction un peu compliquée qui peut perdre le spectateur et enfin un sujet pas folichon (en gros, la mort).

Lancé le 11 juin sans beaucoup de promotion, Life of Chuck est pourtant en train de dépasser les 200 000 spectateurs, gagnant même des spectateurs lors de sa troisième semaine d'exploitation, un fait rarissime. 

Si le succès est au rendez-vous, c'est probablement grâce à l'écriture millimétrique du scénario et à l'atmosphère de surréalisme poétique qui baigne la première partie du film. Cette introduction qui se situe dans un futur lointain entremêle avec brio préoccupations environnementales, drame intime et fantastique éthéré. C'est du grand art.

Dans les deux parties suivantes, qui nous ramènent à rebours vers le présent, tous les éléments curieux de la première partie trouvent une explication rationnelle, à travers une histoire de vie qui peut parler à chacun d'entre nous et qui évoque des thèmes universels (la mort, l'amour, le goût de la vie). Comme tout cela est fait avec beaucoup de pudeur et de retenue, on se laisse complètement embarquer dans la vie de Chuck, qui pourrait être la nôtre.

L'art de Flanagan (qui consiste à marier à la perfection les effets surnaturels à la trame intime des sentiments) entre en parfaite résonance avec celui de King, dont il n'est pas très éloigné. 

Un beau film que je conseille vivement, qui parvient à mêler émotions et stimulation intellectuelle, ce qui n'est pas si courant.

Mike Flanagan sur Christoblog : Les sermons de minuit - 2021 (***)

 

3e

Voir les commentaires

Au rythme de Vera

Certains films valent avant tout pour leur sujet. C'est assez rare, mais lorsque cela est le cas, le résultat constitue souvent un excellent moment de cinéma, qui mêle plaisir de la découverte et satisfaction de la curiosité assouvie.

En l'occurence il s'agit de relater comment le fameux concert de Keith Jarett à Cologne (toujours le disque de jazz solo le plus vendu à ce jour) est le fruit de la conjonction de l'obsession d'une jeune fille rebelle (Mala Emde, formidable) et du génie d'un musicien hors norme (John Magaro, acteur récurrent chez Kelly Reichardt, très convaincant en Keith Jarett tourmenté).

Le scénario de Au rythme de Vera entretient de façon diabolique le suspense (on sait que le concert se tiendra, et on est pourtant suspendu au chapelet de péripéties que le film déroule). Il varie aussi les points de vue, offrant le tableau poignant d'un artiste possédé par son art, puis se permettant un petit cours d'histoire du jazz face caméra, animé par un journaliste couvrant l'évènement.

En multipliant les points de vue et en s'attardant parfois sur de beaux personnages secondaires, le réalisateur israélien Ido Fluk n'hésite pas à multiplier les changements de rythme : c'est osé et souvent parfaitement réussi.

La bonne surprise de ce début d'été : un pur moment de plaisir, débarrassé de toute préoccupation esthétique.

 

3e

Voir les commentaires

Amélie et la métaphysique des tubes

Tirée du roman d'Amélie Nothomb qui raconte sa (toute) petite enfance au Japon, le film de Mailys Vallade et Liane-Cho Han est surprenant. 

Si sa technique d'animation est assez simple (voire simpliste), le choix des couleurs est résolument original, fournissant des visions radicales, qui peuvent osciller entre des environnements éclatants de couleurs vives, des tableaux pastel et des scènes d'apparences beaucoup plus réalistes.

Le film se distingue aussi par une écriture extrêmement recherchée (je pense par exemple à la scène de cuisine lors de laquelle Nishio-San raconte son enfance et la guerre) et une mise en scène sophistiquée.

Le tout parvient à faire émerger assez rapidement de puissantes émotions, et il st difficile de ne pas avoir les yeux humides à certains moments du film. Peut-être un peu trop sérieux pour les tout-petits (on y parle de mort, de guerre, de tristesse) et un peu trop enfantin (en apparence) pour certains adultes, le film ne trouvera peut-être pas son public : ce serait dommage, car Amélie et la métaphysique des tubes est un film d'animation très réussi.

 

2e

Voir les commentaires

Sister midnight

Au vu de sa famélique distribution en France, peu de personnes verront ce film indien et on peut le regretter.

Sans son exposition à la Quinzaine des Cinéastes 2024, il est même peu probable que ce film féministe et fantastique ait pu trouver le chemin des salles françaises.

Le film commence comme un documentaire sur l'Inde, mais on se rend rapidement compte que quelque chose ne va pas : les personnages se meuvent mécaniquement (on songe à Tati ou à Kaurismaki), la bande-son punk-rock détonne, et on se dit que tout cela ça trop loin quand l'héroïne commence à manger les animaux vivants, qui reviennent ensuite sous forme de marionnettes fantômes (?!).

Dans sa seconde partie, Sister midnight n'est plus très tenu, et tout part subitement en vrille, entre chronique d'une libération féminine par le corps et road movie initiatique.

Même si la fin est un peu décevante, le film de Karan Kandhari possède vraiment une patte particulière, entre univers pop coloré et Cronenberg hindi : il faudra suivre ce cinéaste.

 

2e

Voir les commentaires

L'affaire Nevenka

Passé relativement inaperçu lors de sa sortie fin 2024, ce beau film espagnol mérite d'être regardé à l'occasion de son arrivée sur Canal+.

Tiré d'une histoire vraie, il décrit avec une précision chirurgicale l'histoire d'une jeune femme victime de harcèlement sexuel dans les années 90, et qui décida de porter plainte. D'une certaine façon, L'affaire Nevenka est donc une sorte de vestige du temps passé, préfigurant avec une acuité étourdissante ce que le mouvement Metoo mettra en lumière des décennies plus tard.

Le film est remarquable par la qualité de son écriture. Le scénario prend le temps de mettre en place tous les éléments du crime : le mécanisme de séduction, les affres de l'emprise, le sentiment de culpabilité, la pression sociale, les hésitations intimes, la souffrance psychologique, le machisme ambiant, les rouages du monde politique, l'intelligence machiavélique de l'agresseur. Les deux principaux protagonistes (Mireia Oriol et Urko Olazabal) fournissent une prestation exceptionnelle d'intensité, dans des registres très divers.

Icíar Bollain confirme ici ses qualités de réalisatrice sensible et efficace, qui m'avaient séduit dans son précédent film. Un peu à l'écart des grands festivals, elle mérite une plus ample reconnaissance.

Iciar Bollain sur Christoblog : Katmandu, un miroir dans le ciel - 2011 (**) / Les repentis - 2022 (***)

 

3e

Voir les commentaires

Jeunes mères

Jeunes mères marque un double tournant dans la filmographie des frères Dardenne. Il s'agit en effet pour eux de suivre ici pour la première fois tout un groupe de personnages, et non plus un ou deux en particulier. Et surtout, le ton est ici beaucoup moins doloriste (certains diraient sadique) que dans les derniers films du duo belge.

On suit quatre jeunes filles hébergées dans une maison maternelle, qui s'apprêtent à devenir mère et vivent des situations familiales et sentimentales délicates. Garderont-elles leur enfant où recourront-elles au placement : c'est une des questions principales qu'aborde Jeunes mères, avec toutefois moins d'intensité que Pupille.

Le résultat est contrasté, du fait de deux éléments. La prestation de chacune des actrices est d'une qualité très variable : Elsa Houben (Julie) crève l'écran, alors que Lucie Laruelle (Perla) semble un peu à la peine. Les contextes familiaux et l'intensité des personnages secondaires sont aussi d'un intérêt très hétérogène : l'histoire d'Ariane et de sa mère possède une intensité dramatique bien supérieure aux trois autres.

Mon avis est au final plutôt positif, car Jeunes mères "rafraîchit" en quelque sorte de cinéma des Dardenne dont les derniers développements m'exaspéraient par leur dialectique sans surprise.

Les Dardenne sur Christoblog : Le silence de Lorna - 2008 (**) / Le gamin au vélo - 2011 (***) / Deux jours, une nuit - 2014 (*) / La fille inconnue - 2016 (**) / Le jeune Ahmed - 2019 (**) / Tori et Lokita - 2022 (**)

 

2e

Voir les commentaires

<< < 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 20 30 40 50 60 70 > >>