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Christoblog

Articles avec #j'aime

Promis le ciel

Le deuxième film de la Tunisienne Erige Sehiri est un joli portrait de groupe.

Il vaut surtout pour la sensibilité avec laquelle sont peints les différents caractères de cette communauté de femmes noires, résidant en Tunisie et se serrant les coudes.

Aïssa Maïga est magnétique, et joue avec une belle ambiguïté son personnage de pasteur évangéliste accueillant des migrantes. Mais c'est surtout l'actrice non-professionnelle Deborah Christelle Lobe Naney qui crève l'écran, irriguant le film de son énergie communicative.

La photographie est très belle, la mise en scène tout à fait plaisante (avec de très beaux gros plans de visages) et j'ai pris plaisir à suivre le sort de ces immigrées sub-sahariennes, avec ou sans papier, unies par de fragiles liens de sororité menacés par le durcissement du climat social autour d'elle.

Un autre point positif est le point de vue de Sehiri sur la situation : elle parvient à éviter l'écueil d'un angélisme béat, comme celui d'une noirceur excessive qui tenterait de nous extorquer au forceps des sentiments de pitié.

Malgré le manque d'enjeux narratifs, un bon moment de cinéma.

Erige Sehiri sur Christoblog : Sous les figues - 2022 (**)

 

2e

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Baise-en-ville

J'ai beaucoup ri en regardant Baise-en-ville, d'un rire sain et apaisé, non pas déclenché par un tableau cruel ou vulgaire comme c'est parfois le cas, mais simplement engendré par des situations cocasses et délicieusement décalées.

Dans le nouveau film de Martin Jauvat,  tout est en effet un peu "à côté de la plaque" : le personnage de Sprite bien sûr, mais aussi la palette de couleurs (du rose à foison !), la nature du job qu'il décroche, sa manière de trouver des logements pour une nuit en banlieue, et last but not least, la formidable prof d'auto-école jouée par une impayable Emmanuelle Bercot.

Le film fourmille de mille trouvailles amusantes, de la confiscation de la bonde comme outil de contrôle parental (!) à un check personnalisé d'anthologie.

Après son beau premier film attendrissant mais imparfait, Grand Paris, Jauvat confirme ici son statut de petit prodige de la comédie française, quelque part entre un Buster Keaton Gen Z et un Pierre Richard de banlieue, installant dans le paysage son personnage de vingtenaire naïf et idéaliste, qui cherche à s'insérer dans un monde trop dur pour lui.

Un film qui fait du bien. 

Martin Jauvat sur Christoblog : Grand Paris - 2023 (**)

 

3e

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La grazia

Dans ce beau film, Paolo Sorrentino place ses tics habituels (les décors dépouillés, les petits personnages réduits à des silhouettes esseulées, les scènes baroques) au service d'un portrait tout en subtilité. 

L'acteur Toni Servillo joue parfaitement l'intériorité de ce personnage hors norme, un président de la république italienne, juriste de formation, qui n'aime que le droit et déteste les manoeuvres politiciennes. 

Outre le fait d'être la plupart du temps silencieux, il a de plus du mal à prendre des décisions. Aussi, lorsque deux demandes de grâce arrivent sur son bureau, en plus d'un projet de loi sur l'euthanasie, est-il bien gêné.

De ces dilemmes moraux très personnels (il est démocrate chrétien) vont découler de nombreuses scènes cocasses, qui réservent plusieurs morceaux de bravoure dont un repas extraordinaire avec les chasseurs alpins.

Tout cela est mené avec délicatesse et finesse, mettant en scène de belles relations : par exemple entre le président et son garde du corps.

La grazia permet de s'amuser tout en réfléchissant à des sujets profonds (le deuil, le mandat politique, la justice, le sens de la vie).

Un film sympathique, intelligent et humble, une fois n'est pas coutume, pour ce cabotin invétéré de Sorrentino. 

Paolo Sorrentino sur Christoblog : This must be the place - 2011 (***) / La grande belleza - 2013 (***) / Youth - 2015 (**) / La main de Dieu - 2021 (***) / Parthenope - 2025 (**)

 

3e

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Le retour du projectionniste

Si vous ne deviez voir qu'un seul documentaire cette année, je vous conseillerais bien celui-ci.

Vous y découvrirez d'abord la vie en Azerbaïdjan, ses paysages sauvages et ses habitants qui semblent placides en toute circonstance.

Vous verrez ensuite naître sous vos yeux la belle amitié entre un jeune homme cinéphile et un vieux monsieur qui fut projectionniste et qui a perdu son fils. Les deux compères vont essayé de réparer un vieux projecteur et d'organiser une séance dans leur village : y parviendront-ils ? C'est bien sûr le suspense qu'entretient ce thriller sinueux et délicieux, aux images splendides.

Tout est doux dans ce court et beau film (1h20), qui flirte entre documentaire et fiction : la mise en scène est tellement travaillée qu'on imagine mal que certaines scène n'aient pas été "construites".

Il est parfois très touchant (le voyage à la ville sur les traces du fils), parfois burlesque (la recherche de réseau dans la neige), toujours instructif (le poids des traditions).

C'est enfin un formidable chant d'amour envers le cinéma, et sa magie. A ne pas rater !

 

3e

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Diamanti

Etonnant film que ce Diamanti qui n'hésite pas jouer la carte du mélodrame à l'ancienne, avec grand renfort d'effets en tout genre, aussi bien de nature visuelle que scénaristique. 

On est au début un peu déboussolé devant ce qui apparaît être une avalanche de kitscheries diverses, et puis finalement le parti pris de l'émotion pure finit par nous atteindre et je dois avouer que la scène de la robe finale m'a arraché - pratiquement à mes dépends -  une petite larme.

Si le film finit par fonctionner au forceps, c'est principalement grâce à ses actrices très inspirées et aussi parce qu'il s'intéresse à un métier d'art en en montrant toutes les coutures, si je puis dire : celui de costumière (voilà que je me laisse gagner par le mauvais goût du film).

Un des autres points forts de Diamanti est de ne pas rechigner à nous faire rire, en nous présentant des archétypes poussés à l'extrême, ou en exploitant pleinement des situations visuellement comiques.

Le tout est baigné dans une sorte de féminisme diffus et bon enfant, parfaitement dans l'air du temps, puisque le casting du film ne comprend quasiment que des actrices, qui sont d'ailleurs réunies par le réalisateur dans une sorte de mise en abyme étonnante lors de laquelle Özpetek leur présente son film : une incongruité égotique qui laisse perplexe (comme la dernière scène, d'ailleurs).

Succès colossal au box office italien 2025 (plus de 2 millions de spectateurs), Diamanti mérite d'être vu car il ne ressemble à rien de ce qu'on peut voir en France : seul Ozon pourrait faire ici un film aussi candidement kitsch.

 

2e

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L'affaire Bojarski

Rien de tel pour bien lancer le box-office 2026 que ce film français, qui devrait plaire à un large public.

Rien de vraiment génial ici, mais une qualité d'artisan consciencieux qui rend L'affaire Bojarski très plaisant à regarder.

Le principal mérite du film est probablement la qualité de son écriture. Le scénario a en effet le double mérite de prendre le temps d'installer les personnages pour qu'on s'y attache, et de maintenir un rythme soutenu dans sa deuxième partie pour que notre attention soit au plus haut jusqu'à la fin.

L'interprétation de Reda Kateb est d'un très haut niveau, on croit totalement à son personnage. Et comme la direction artistique est parfaite, le reste du casting très solide et la mise en scène efficace, j'ai été véritablement captivé par cette histoire de faussaire à proprement parler extraordinaire, que je ne connaissais pas.

Un exemple rare d'une "nouvelle qualité française" dont le propre serait de raconter sans fioriture une très belle histoire avec de gros moyens et un savoir-faire évident dans tous les métiers qui concourent à la réussite d'une oeuvre cinématographique.

Une belle surprise de la part d'un réalisateur, Jean-Paul Salomé, qui ne m'avait jamais vraiment convaincu jusqu'à présent.

Jean-Paul Salomé sur Christoblog : Je fais le mort - 2013 (**) / La syndicaliste - 2022 (**)

 

3e

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Sinners

J'ai découvert le réalisateur américain Ryan Coogler lors de la projection mémorable de son premier film à Cannes, en 2013, dans la section Un certain regard, Fruitvale station.

J'avais alors eu la sensation de voir l'éclosion d'un cinéaste qui allait compter dans le cinéma américain.

Je suis donc très heureux de constater treize ans plus tard que Coogler vient de signer un des plus grand succès au box office de l'année 2025 (plus d'un million de spectateurs en France, 148 millions de $ aux USA).

Cela fait plaisir de voir triompher un film de qualité, abordant de nombreux thèmes dont on ne penserait pas a priori qu'ils puissent constituer un tout harmonieux : ségrégation raciale dans le Sud des Etats-Unis, puissance de la musique (soul, blues, irlandaise), culture hoodoo, tableau de la communauté noire et ... film de vampire !

Tout cela marche étonnamment bien, grâce à un casting impressionnant (l'acteur fétiche de Coogler, Michael B. Jordan joue à lui tout seul deux jumeaux) et à une mise en scène nerveuse et efficace, un peu old school : les scènes dans la voiture, visiblement tournées en studio sur fond vert, rappellent les techniques des années 60 !

J'ai pris beaucoup de plaisir à suivre les péripéties proposées par Sinners, souvent étonnantes : la scène de transe musicale est particulièrement impressionnante.

Dernier point, la façon dont sont montrés les vampires est intéressante, avec une séquence d'après générique de fin à ne pas rater.

Une réussite.

Ryan Coogler sur Christoblog : Fruitvale station - 2014 (***)

 

3e

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Rebuilding

Apparaît parfois sur nos écrans une pépite américaine, souvent passée par le festival de Sundance, et donnant à voir de grands espaces et de belles personnes.

Il y a quelques années, en 2015, nous découvrions ainsi une grande cinéaste, Chloe Zhao, avec son très beau premier film, Les chansons que mes frères m'ont apprises.

Cette année, c'est un jeune réalisateur de 32 ans originaire du Colorado, Max Walker-Silverman, qui nous ravit avec son deuxième film (le premier, A love song, n'est pas sorti en France).

Dans Rebuilding, il ne se passe pas grand-chose. Dusty a perdu son ranch dans un gigantesque incendie et se retrouve hébergé dans une caravane de fortune, sur un terrain vague, en compagnie d'autres sinistrés. Que va-t-il faire ?

Le film se résume a peu près à filmer les états d'âme de Dusty, magnifiquement interprété par le formidable Josh O'Conor, et ses allers-retours entre la caravane, la maison de son ex-femme et de sa fille, la bibliothèque de la ville et le site brûlé de son ranch.

Pas grand-chose donc sur le papier, mais Walker-Silverman possède ce grand talent de remplir chaque plan d'une foule de nuances et d'une bonne rasade d'humanité. On est donc tour à tour dubitatif, surpris, inquiet, ému, enthousiasmé, par la paisible évolution intérieure de Dusty.

Comme tout le casting est parfait, les paysages du Colorado sublimes et la mise en scène d'une grande fluidité, on passe un excellent moment, reposé par cette histoire dans laquelle tout le monde fait de son mieux pour améliorer la vie des autres (c'est rare !). 

Je prends les paris qu'on entendra parler dans l'avenir de Max Walker-Silverman.

 

4e

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Presence

Cette première collaboration entre Soderbergh et le scénariste David Koepp est aussi convaincante que la seconde (The insider).

On retrouve ici la même intelligence dans le déroulement de l'histoire, associée à une concision appréciable (le film dure 1h25).

Le point de vue de ce film de fantôme pas comme les autres est très intéressant. La caméra se met tout simplement à la place du fantôme qui "accueille" la nouvelle famille emménageant dans la maison qu'il occupe, et qui se réfugie bien volontiers dans le placard de la jeune fille.

Petit à petit on devine l'histoire de ce fantôme, tout en observant avec plaisir la façon dont la famille réagit à sa présence (ses interventions sont discrètes, sauf dans un cas bien particulier que je ne peux déflorer ici).

Le tout file à vive allure vers une résolution spectaculaire qu'on ne voit pas vraiment venir, malgré les nombreux indices semés intelligemment tout au long du film. 

Techniquement, le film est intégralement tourné avec un objectif à très courte focale (grand angle), ce qui surprend un peu au début. On finit par s'habituer au procédé lorsqu'on a compris que cela reflète la vision d'un être surnaturel.

Une réussite qui plaira même à ceux qui n'aime pas les films de fantômes.

Steven Soderbergh sur Christoblog : Che (l'Argentin) - 2009 (*) /  Contagion - 2011 (*) / Effets secondaires - 2013 (****) / Ma vie avec Liberace - 2013 (***) / Logan Lucky - 2017 (**) / The insider - 2025 (**)

 

2e

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Les échos du passé

Le premier film de Mascha Shilinski a eu une destinée remarquable : prêt pour la Berlinale en février 2025, on dit qu'il a été "réservé" par le festival de Cannes pour la compétition officielle dès ce moment-là, ce qui est extrêmement rare.

Et pour dire la vérité, c'est un film exceptionnel, qui ne ressemble pas à grand-chose de connu (la référence qui en serait le plus proche est probablement Terrence Malik) et qui est d'une beauté assourdissante.

Le contenu est complexe à saisir : il s'agit de l'histoire de quatre femmes dans la même ferme, à quatre époques différentes. La difficulté est que la réalisatrice allemande ne donne aucun repère temporel sur ce qu'on est en train de voir : on passe donc la première heure du film à tenter de comprendre quelles sont ces quatre époques, et surtout à se demander si les personnages que l'on voit aux différentes époques sont les mêmes, à des âges différents.

Les échos du passé est un film qui réussit l'exploit d'être à la fois très intellectuel et très sensoriel. Chaque séquence est en effet un exercice de style, plus ou moins réussi, mais dévoilant la plupart du temps un talent évident.

Sur le fond, le propos est en grande partie désespérant. Il s'agit pour résumer d'un catalogue de tout ce que les hommes peuvent faire de mal aux femmes : mariage forcé, exploitation sexuelle, stérilisation forcée, viol. De toute cette souffrance découle d'autres thématiques tout aussi noires : le suicide, la mort, la mutilation. Tout cela rend la vision du film éprouvante.

Les échos du passé se caractérise enfin par des qualités techniques parfois époustouflantes (le travail sur le son est incroyable) et des détails qui se répondent mystérieusement entre époques (un doigt dans le nombril, la phrase "c'est chaud", les fantômes, les mouches...).

Vous l'avez compris, ce film, qui parfois se perd un peu dans sa propre complexité, révèle une réalisatrice de grand talent, dont on guettera la suite de la carrière avec attention. Quant à savoir s'il s'agit d'un très bon film, je vous laisse juge.

 

3e

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L'amour qu'il nous reste

Le réalisateur islandais Hlynur Pálmason continue de nous surprendre.

Après l'atmosphérique et mélancolique Un jour si blanc et l'épique Godland, il nous propose ici une chronique en demi-teinte qui ne ressemble à rien de connu : il s'agit de suivre pendant un an le quotidien d'une famille dont les parents se séparent (ou pas, on ne sait pas trop).

Le film dessine en creux un tableau tendre de l'amour : la trace de celui qui unissait deux adultes, et qui rechigne à s'effacer complètement, confronté à celui bien réel qui unit les parents aux enfants. 

Cette chronique délicate est joliment enchâssée dans les décors toujours extrêmement photogéniques de la campagne islandaise. Elle se teinte de multiples teintes irisées, n'hésitant à proposer de nombreuses digressions délicieuses et pince-sans rire, souvent à la limite d'un grotesque poétique (comme la visite du galeriste, ou l'épisode de la flèche).

La mise en scène tente beaucoup de choses (scènes fantasmées, enchaînement rapide de petites vignettes, gros plans), qui toutes semblent très justes pour conter les sentiments.

Une réussite qui ravira ceux qui n'attendent pas d'un film qu'il raconte forcément une histoire.

Hlynur Palmason sur Christoblog : Un jour si blanc - 2020 (**) / Godland - 2022 (**)

 

3e

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Une enfance allemande

Le dernier film de Fatih Akin est une nouvelle preuve de la versalité féconde du réalisateur allemand.

La violence qui exsudait de ses derniers films (In the fade, ou le très malsain Golden glove) laisse ici place à la tendresse d'une chronique d'enfance à la facture ultra-classique.

L'originalité du film est de raconter trois heures de la vie du petit Nanning, 12 ans, membre des jeunesses hitlériennes, confronté aux affres de l'enfance (avoir des amis, plaire à sa mère qui ne se nourrit plus depuis la mort d'Hitler, affronter la nature hostile, tomber amoureux) en pleine année 1945.

Le contexte n'apparaît qu'au second plan, ce qui est tout à fait original : on est d'abord captivé par les mésaventures cocasses du petit garçon, on est ensuite frappé par la façon dont son monde va s'écrouler prochainement.

L'île d'Arum, île frisonne en mer du Nord, constitue un décor saisissant, avec ses marées violentes, ses landes sauvages, sa langue spécifique, ses particularités culturelles et ses ciels infinis. Elle constitue à elle seule une raison d'aller voir le film, tant la photographie lumineuse de Karl Walter Lindenlaub lui rend merveilleusement hommage.

J'ai pris beaucoup de plaisir à suivre cette histoire qui trouve le ton juste pour raconter l'enfance (quelque part entre Pagnol et Stand by me) dans un cadre fascinant à plus d'un titre. 

Fatih Akin sur Christoblog : Head on - 2004 (****) / De l'autre côté - 2007 (***) / Soul kitchen - 2009 (***) /  In the fade - 2017 (**)

 

3e

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Wake up dead man

Depuis que Daniel Craig a quitté le costume de James Bond, il s'amuse, entre autre, à camper le détective Benoit Blanc, personnage décalé aux tenues à la fois surannées et très élégantes.

Ce troisième cluedo cinématographique de la série A couteaux tirés est particulièrement réussi. Rian Johnson met en scène une intrigue à l'ambiance gothique assumée, intrigue particulièrement retorse puisque du type "à chambre close", comme Le mystère de la chambre jaune.

Tout cela ne serait que gentiment anecdotique si le casting haut de gamme n'apportait un surcroît d'âme à Wake up dead man  en exposant une grande palette d'émotions : Josh O'Connor confirme être un des acteurs les plus intéressants du moment et Glenn Close est égale à elle-même, alors que les entourent rien moins que Jeremy Renner, Mila Kunis et Josh Broslin. Excusez du peu.

On suit les rebondissements de cette histoire complexe et parfois hilarante avec un plaisir enfantin, comme on descend une boîte de chocolat ou un paquet de Miami pik, goutant avec plaisir les décors celtiques et les ambiances noires. 

Rian Johnson sur Christoblog : Looper - 2012 (**) / Star wars - Les derniers Jedis (VIII) - 2017 (**) / A couteaux tirés - 2019 (***) / Glass Onion - 2022 (**)

 

3e

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Mektoub my love : canto due

C'est un petit miracle de retrouver, huit ans après, la bande de jeunes sétois qui irradiait Mektoub my love : canto uno de leur sensualité insolente. 

Ils n'ont pas vieilli, puisque le tournage a eu lieu dans la continuité du premier opus, et ce n'est qu'à cause de tous les aléas survenus depuis qu'on ne voit qu'aujourd'hui ce film. En vrac : la présentation de Mektoub my love : intermezzo à Cannes et la polémique du cunnilingus non simulé et figurant dans le film sans l'aval d'Ophélie Bau (le film n'est jamais sorti en salle), la faillite de sa compagnie de la production de Kechiche, son AVC qui le diminue beaucoup, et globalement l'accusation de male gaze qui plombe la réputation du cinéaste.

Le résultat est saisissant. On retrouve Amin, Toni, Ophélie, Céline et tout le groupe comme si on les avait quitté la veille. Kechiche excelle toujours à capter l'incroyable sensualité qui se dégage des corps, en y mêlant avec beaucoup de subtilité des considérations générales sur la vie.

La nouveauté géniale du film, c'est la présence d'un producteur américain et de sa femme, jouée par la jeune Jessica Pennington, ancienne actrice porno et incroyable de présence physique à l'écran, nouvelle découverte renversante du cinéaste pygmalion.

Le film s'étale, se distend, s'étire tout au long de ses deux heures et quatorze minutes, sans vraiment proposer d'intrigue, se contentant de capter comme aucun autre les bruissements de l'âme derrière un visage, un regard ou le mouvement d'une main.

Tout cela ne ressemble à rien d'autre, et semble toujours incarner la captation de la vie pure, teintée ici d'un côté farcesque dans sa dernière partie, à la fois drolatique et tragique, comme si Plus belle la vie s'invitait chez Cassavetes.

Le projet de Kechiche était de suivre ses personnages sur une dizaine de films, à l'image de Balzac dans la Comédie Humaine. Pas sûr que son état de santé et sa situation le permettent, et c'est bien dommage.

Abdellatif Kechiche sur Christoblog : La graine et le mulet - 2007 (***) / Vénus noire - 2010 (**) / La vie d'Adèle - 2013 (****) / Mektoub my love - canto uno - 2018 (****)

 

4e

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L'agent secret

L'agent secret est un très beau film, qui confirme que Kleber Mendonça Filho est un des plus grands cinéastes contemporains.

Wagner Moura y campe avec brio (prix d'interprétation à Cannes) un homme poursuivi pour de troubles raisons politiques par des tueurs à gage.

Il arrive dans Recife en plein carnaval et va nous entraîner dans un dédale d'évènements et de situations dont on ne comprendra pas tous les aboutissants, mais qui sont filmés avec une maestria incontestable. On y croise une logeuse énigmatique, un requin qui a avalé une jambe, un cadavre en décomposition et bien d'autres choses.

La mise en scène a un petit quelque chose de parfait et d'ample qui rappelle le cinéma du Nouvel  Hollywood. Il y a aussi dans le film de nombreuses références cinématographiques qui sont autant de clin d'oeil au public cinéphile (Belmondo, Les dents de la mer...).

Mendonça Filho n'hésite pas à aborder plusieurs genres dans ce qui constitue son film-somme, thriller, horreur, mélo social, tableau historique des années 70 : c'est à la fois une de ses forces si on en croit certaines critiques, mais peut-être aussi un léger frein pour crier au chef-d'oeuvre absolu, le résultat final pouvant paraître légèrement décousu.

Un beau et grand film à voir, qui nous fait respirer le Brésil à plein poumons.

Kleber Mendonça Filho sur Christoblog : Les bruits de Recife - 2012 (**) / Aquarius - 2016 (***) / Bacurau - 2019 (**)

 

3e

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Fuori

Ce nouveau film de Mario Martone raconte une partie de la vie de l'autrice du roman culte L'art de la joie, Goliarda Sapienza, à une époque où son roman était refusé partout.

Mais de cette histoire littéraire, le film ne dit presque rien. Il préfère raconter l'histoire d'un groupe de femme enfermées en prison, et développant un grand élan de sororité.

Valeria Golino y joue une Goliarda très en retrait, presque invisible, dont on ne perçoit le talent et la violence intérieure que de loin en loin, comme si l'objet du film était de dessiner en creux le portrait d'un génie empêché et anesthésié. Sa relation d'amitié / amour avec Roberta (Matilda de Angelis) est très subtilement décrite.

La mise en scène de Martone est sobre et la photographie très agréable. Fuori donne également à voir un tableau intéressant de l'Italie des années 80, avec une attention aux détails et au second plan remarquable.

Le résultat est en dehors de tout canon narratif, le scénario zigzaguant de façon apparemment aléatoire, ce qui semble avoir empêché Fuori d'atteindre la reconnaissance critique lors de sa présentation au festival de Cannes 2025, et c'est bien dommage.   

Mario Martone sur Christoblog : Nostalgia - 2023 (***)

 

3e

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Vie privée

Pas très facile de formuler un avis sur le dernier film de Rebecca Zlotowski.

D'un côté, l'intrigue est plutôt plaisante et le récit mené correctement (une psychanalyste dont une patiente s'est suicidée se demande si cette dernière n'a pas été assassinée).

Les acteurs sont plutôt solides, Judie Forster assez impressionnante en soixantenaire dont la libido se réveille, Daniel Auteuil parfait en ex sympa, Virginie Efira magnétique en objet du désir. Mathieu Amalric est un peu moins convaincant, semblant à plusieurs moments surjouer. Certaines astuces du scénario sont très plaisantes (l'hypnotiseuse), d'autres complètement barrées (les vies antérieures). 

D'un autre côté, le film ne parvient pas totalement à décoller dans le registre de thriller hitchcokien dans lequel il semble vouloir creuser son sillon, par manque de précision dans l'écriture et de manque d'ambition dans la mise en scène. Les ruptures de ton perpétuelles n'aident pas non plus à entrer dans le film. 

Au final, j'opte pour un avis légèrement positif, l'intérêt de la tentative l'emportant sur les imperfections de sa réalisation.

 

2e

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Pompei, sotto le nuvole

Je pensais retrouver dans ce nouvel opus de Gianfranco Rosi, auréolé d'un Grand Prix à Venise, la poésie magique qui produisit autrefois Fuocoamarre, Ours d'or à Berlin.

Malheureusement, si les images sont toujours aussi somptueuses (ici un noir et blanc caverneux et menaçant) et les visions toujours aussi saisissantes (les processions religieuses, les chevaux sur la plage), il manque ici le petit plus qui fait que la mayonnaise prend et nous emporte vers les cimes de l'émotion.

Chaque partie du film se regarde avec un plus ou moins d'intérêt. Le travail des archéologues japonais a un côté décalé et vertigineux. Les errements dans les archives archéologiques se suivent sans grand frisson. Les cours sauvages dans l'arrière boutique du libraire sont mignons sans être renversants. 

Tout cela se suit sans déplaisir, mais le film semble globalement toujours sur le point de démarrer, les images du train napolitain circulant de ville en ville ne parvenant à faire de l'ensemble un tout véritablement convaincant qui fasse sens.

Gianfranco Rosi sur Christoblog : Fuocoammare - 2016 (****) / In viaggio - 2022 (**)

 

2e

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L'étranger

Autant le dire d'entrée, j'étais moyennement chaud à l'idée de cette adaptation du roman de Camus.

Les lointains souvenirs que j'en gardais ne laissaient pas augurer d'un intérêt cinématographique : l'opacité cotonneuse de la psychologie de Meursault et son atonie émotionnelle ne risquaient-elles pas de générer plus d'ennui que d'intérêt ? Les interrogations philosophique du texte pouvaient-elles être transposées à l'écran ?

Eh bien, j'avais tort. François Ozon trouvent des moyens propres à l'art cinématographique pour nous faire ressentir des émotions. Le tableau de l'Algérie coloniale est d'abord très réussi. La puissance de l'été, la force du soleil et de la mer, sont ensuite remarquablement rendus à l'écran, comme la sensualité des deux corps de Benjamin Voisin et Rebecca Marder, insolents de beauté. 

Tous ces aspects sensoriels apportent un plus à l'écriture de Camus et font bien ressentir la primauté  exclusive que Meursault donne au corps et plus généralement aux sens, ce qu'il exprime d'ailleurs à plusieurs occasions dans le film. 

Ozon modernise et personnalise aussi son propos : les Arabes ne sont plus simplement à l'arrière plan (la maîtresse de Raymond obtient un prénom, la victime de Meursault une tombe) et le meurtre se teinte d'un homo-érotisme marqué. Mais ces innovations ozoniennes se fondent admirablement dans cette belle adaptation (cette belle interprétation serait d'ailleurs peut-être plus juste).

Un beau film.

François Ozon sur Christoblog : 8 femmes - 2001 (**) / Swimming pool - 2003 (**) / Angel - 2007 (*) / Potiche - 2010 (***) / Dans la maison - 2012 (**) /  Jeune et jolie - 2013 (*) / Une nouvelle amie - 2014 (***) /  Frantz - 2016 (***) / L'amant double - 2017 (**) / Grâce à Dieu - 2019 (****) / Eté 85 - 2020 (**) / Tout s'est bien passé - 2021 (**) / Peter von Kant - 2022 (**) / Mon crime - 2023 (**) / Quand vient l'automne - 2024 (**)

 

3e

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Les aigles de la République

Les aigles de la République est un film qui plaira à coup sûr à tous les cinéphiles curieux d'ailleurs et friands de suspense.

On commence en effet par découvrir un milieu qui nous est peu habituel : les coulisses du cinéma égyptien et les turpitudes de la haute société égyptienne, qui constitue une sorte de cour autour du général Sissi. 

Ce voyage est passionnant et mystérieux. Il faut dire que notre guide, le fabuleux acteur Fares Fares, est comme d'habitude exceptionnel, séduisant et antipathique à la fois.

Lorsque l'étau se resserre autour de ce dernier, qui se voit obligé de jouer le président/dictateur dans un film hagiographique qui lui est consacré, on sent que les chose vont se compliquer, mais on se sait pas vraiment de quelle façon ni à quel point. L'association de l'ego surdimensionné de l'acteur et de sa compromission est évidemment explosive.

Nous ne serons pas déçu par la deuxième partie du film, menée très efficacement par le réalisateur Tarik Saleh, qui fait une nouvelle fois preuve ici de son punch habituel, qui donne à son cinéma un petit côté américain, oscillant brillamment entre comédie, chronique caustique et tragédie.

Le seul petit bémol que j'apporterai est la faiblesse de la composition de Lyna Khoudri, qui paraît ici ne pas avoir les épaules pour endosser un costume trop grand pour elle : l'âpreté du contexte et la puissance du reste du casting semble la laisser comme désorientée.

Pour le reste on ne s'ennuie pas une seconde, et plusieurs scènes (celle du défilé par exemple) valent à elles seules de déplacement. Saleh a bénéficié ici de moyens impressionnants, les décors sont magnifiques et le sentiment d'immersion total. Un des must de cette fin d'année.

Tarik Saleh sur Christoblog : Le Caire confidentiel - 2017 (***) / La conspiration du Caire - 2022 (**)

 

3e

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