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Christoblog

Articles avec #j'aime

Les échos du passé

Le premier film de Mascha Shilinski a eu une destinée remarquable : prêt pour la Berlinale en février 2025, on dit qu'il a été "réservé" par le festival de Cannes pour la compétition officielle dès ce moment-là, ce qui est extrêmement rare.

Et pour dire la vérité, c'est un film exceptionnel, qui ne ressemble pas à grand-chose de connu (la référence qui en serait le plus proche est probablement Terrence Malik) et qui est d'une beauté assourdissante.

Le contenu est complexe à saisir : il s'agit de l'histoire de quatre femmes dans la même ferme, à quatre époques différentes. La difficulté est que la réalisatrice allemande ne donne aucun repère temporel sur ce qu'on est en train de voir : on passe donc la première heure du film à tenter de comprendre quelles sont ces quatre époques, et surtout à se demander si les personnages que l'on voit aux différentes époques sont les mêmes, à des âges différents.

Les échos du passé est un film qui réussit l'exploit d'être à la fois très intellectuel et très sensoriel. Chaque séquence est en effet un exercice de style, plus ou moins réussi, mais dévoilant la plupart du temps un talent évident.

Sur le fond, le propos est en grande partie désespérant. Il s'agit pour résumer d'un catalogue de tout ce que les hommes peuvent faire de mal aux femmes : mariage forcé, exploitation sexuelle, stérilisation forcée, viol. De toute cette souffrance découle d'autres thématiques tout aussi noires : le suicide, la mort, la mutilation. Tout cela rend la vision du film éprouvante.

Les échos du passé se caractérise enfin par des qualités techniques parfois époustouflantes (le travail sur le son est incroyable) et des détails qui se répondent mystérieusement entre époques (un doigt dans le nombril, la phrase "c'est chaud", les fantômes, les mouches...).

Vous l'avez compris, ce film, qui parfois se perd un peu dans sa propre complexité, révèle une réalisatrice de grand talent, dont on guettera la suite de la carrière avec attention. Quant à savoir s'il s'agit d'un très bon film, je vous laisse juge.

 

3e

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L'amour qu'il nous reste

Le réalisateur islandais Hlynur Pálmason continue de nous surprendre.

Après l'atmosphérique et mélancolique Un jour si blanc et l'épique Godland, il nous propose ici une chronique en demi-teinte qui ne ressemble à rien de connu : il s'agit de suivre pendant un an le quotidien d'une famille dont les parents se séparent (ou pas, on ne sait pas trop).

Le film dessine en creux un tableau tendre de l'amour : la trace de celui qui unissait deux adultes, et qui rechigne à s'effacer complètement, confronté à celui bien réel qui unit les parents aux enfants. 

Cette chronique délicate est joliment enchâssée dans les décors toujours extrêmement photogéniques de la campagne islandaise. Elle se teinte de multiples teintes irisées, n'hésitant à proposer de nombreuses digressions délicieuses et pince-sans rire, souvent à la limite d'un grotesque poétique (comme la visite du galeriste, ou l'épisode de la flèche).

La mise en scène tente beaucoup de choses (scènes fantasmées, enchaînement rapide de petites vignettes, gros plans), qui toutes semblent très justes pour conter les sentiments.

Une réussite qui ravira ceux qui n'attendent pas d'un film qu'il raconte forcément une histoire.

Hlynur Palmason sur Christoblog : Un jour si blanc - 2020 (**) / Godland - 2022 (**)

 

3e

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Une enfance allemande

Le dernier film de Fatih Akin est une nouvelle preuve de la versalité féconde du réalisateur allemand.

La violence qui exsudait de ses derniers films (In the fade, ou le très malsain Golden glove) laisse ici place à la tendresse d'une chronique d'enfance à la facture ultra-classique.

L'originalité du film est de raconter trois heures de la vie du petit Nanning, 12 ans, membre des jeunesses hitlériennes, confronté aux affres de l'enfance (avoir des amis, plaire à sa mère qui ne se nourrit plus depuis la mort d'Hitler, affronter la nature hostile, tomber amoureux) en pleine année 1945.

Le contexte n'apparaît qu'au second plan, ce qui est tout à fait original : on est d'abord captivé par les mésaventures cocasses du petit garçon, on est ensuite frappé par la façon dont son monde va s'écrouler prochainement.

L'île d'Arum, île frisonne en mer du Nord, constitue un décor saisissant, avec ses marées violentes, ses landes sauvages, sa langue spécifique, ses particularités culturelles et ses ciels infinis. Elle constitue à elle seule une raison d'aller voir le film, tant la photographie lumineuse de Karl Walter Lindenlaub lui rend merveilleusement hommage.

J'ai pris beaucoup de plaisir à suivre cette histoire qui trouve le ton juste pour raconter l'enfance (quelque part entre Pagnol et Stand by me) dans un cadre fascinant à plus d'un titre. 

Fatih Akin sur Christoblog : Head on - 2004 (****) / De l'autre côté - 2007 (***) / Soul kitchen - 2009 (***) /  In the fade - 2017 (**)

 

3e

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Wake up dead man

Depuis que Daniel Craig a quitté le costume de James Bond, il s'amuse, entre autre, à camper le détective Benoit Blanc, personnage décalé aux tenues à la fois surannées et très élégantes.

Ce troisième cluedo cinématographique de la série A couteaux tirés est particulièrement réussi. Rian Johnson met en scène une intrigue à l'ambiance gothique assumée, intrigue particulièrement retorse puisque du type "à chambre close", comme Le mystère de la chambre jaune.

Tout cela ne serait que gentiment anecdotique si le casting haut de gamme n'apportait un surcroît d'âme à Wake up dead man  en exposant une grande palette d'émotions : Josh O'Connor confirme être un des acteurs les plus intéressants du moment et Glenn Close est égale à elle-même, alors que les entourent rien moins que Jeremy Renner, Mila Kunis et Josh Broslin. Excusez du peu.

On suit les rebondissements de cette histoire complexe et parfois hilarante avec un plaisir enfantin, comme on descend une boîte de chocolat ou un paquet de Miami pik, goutant avec plaisir les décors celtiques et les ambiances noires. 

Rian Johnson sur Christoblog : Looper - 2012 (**) / Star wars - Les derniers Jedis (VIII) - 2017 (**) / A couteaux tirés - 2019 (***) / Glass Onion - 2022 (**)

 

3e

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Mektoub my love : canto due

C'est un petit miracle de retrouver, huit ans après, la bande de jeunes sétois qui irradiait Mektoub my love : canto uno de leur sensualité insolente. 

Ils n'ont pas vieilli, puisque le tournage a eu lieu dans la continuité du premier opus, et ce n'est qu'à cause de tous les aléas survenus depuis qu'on ne voit qu'aujourd'hui ce film. En vrac : la présentation de Mektoub my love : intermezzo à Cannes et la polémique du cunnilingus non simulé et figurant dans le film sans l'aval d'Ophélie Bau (le film n'est jamais sorti en salle), la faillite de sa compagnie de la production de Kechiche, son AVC qui le diminue beaucoup, et globalement l'accusation de male gaze qui plombe la réputation du cinéaste.

Le résultat est saisissant. On retrouve Amin, Toni, Ophélie, Céline et tout le groupe comme si on les avait quitté la veille. Kechiche excelle toujours à capter l'incroyable sensualité qui se dégage des corps, en y mêlant avec beaucoup de subtilité des considérations générales sur la vie.

La nouveauté géniale du film, c'est la présence d'un producteur américain et de sa femme, jouée par la jeune Jessica Pennington, ancienne actrice porno et incroyable de présence physique à l'écran, nouvelle découverte renversante du cinéaste pygmalion.

Le film s'étale, se distend, s'étire tout au long de ses deux heures et quatorze minutes, sans vraiment proposer d'intrigue, se contentant de capter comme aucun autre les bruissements de l'âme derrière un visage, un regard ou le mouvement d'une main.

Tout cela ne ressemble à rien d'autre, et semble toujours incarner la captation de la vie pure, teintée ici d'un côté farcesque dans sa dernière partie, à la fois drolatique et tragique, comme si Plus belle la vie s'invitait chez Cassavetes.

Le projet de Kechiche était de suivre ses personnages sur une dizaine de films, à l'image de Balzac dans la Comédie Humaine. Pas sûr que son état de santé et sa situation le permettent, et c'est bien dommage.

Abdellatif Kechiche sur Christoblog : La graine et le mulet - 2007 (***) / Vénus noire - 2010 (**) / La vie d'Adèle - 2013 (****) / Mektoub my love - canto uno - 2018 (****)

 

4e

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L'agent secret

L'agent secret est un très beau film, qui confirme que Kleber Mendonça Filho est un des plus grands cinéastes contemporains.

Wagner Moura y campe avec brio (prix d'interprétation à Cannes) un homme poursuivi pour de troubles raisons politiques par des tueurs à gage.

Il arrive dans Recife en plein carnaval et va nous entraîner dans un dédale d'évènements et de situations dont on ne comprendra pas tous les aboutissants, mais qui sont filmés avec une maestria incontestable. On y croise une logeuse énigmatique, un requin qui a avalé une jambe, un cadavre en décomposition et bien d'autres choses.

La mise en scène a un petit quelque chose de parfait et d'ample qui rappelle le cinéma du Nouvel  Hollywood. Il y a aussi dans le film de nombreuses références cinématographiques qui sont autant de clin d'oeil au public cinéphile (Belmondo, Les dents de la mer...).

Mendonça Filho n'hésite pas à aborder plusieurs genres dans ce qui constitue son film-somme, thriller, horreur, mélo social, tableau historique des années 70 : c'est à la fois une de ses forces si on en croit certaines critiques, mais peut-être aussi un léger frein pour crier au chef-d'oeuvre absolu, le résultat final pouvant paraître légèrement décousu.

Un beau et grand film à voir, qui nous fait respirer le Brésil à plein poumons.

Kleber Mendonça Filho sur Christoblog : Les bruits de Recife - 2012 (**) / Aquarius - 2016 (***) / Bacurau - 2019 (**)

 

3e

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Fuori

Ce nouveau film de Mario Martone raconte une partie de la vie de l'autrice du roman culte L'art de la joie, Goliarda Sapienza, à une époque où son roman était refusé partout.

Mais de cette histoire littéraire, le film ne dit presque rien. Il préfère raconter l'histoire d'un groupe de femme enfermées en prison, et développant un grand élan de sororité.

Valeria Golino y joue une Goliarda très en retrait, presque invisible, dont on ne perçoit le talent et la violence intérieure que de loin en loin, comme si l'objet du film était de dessiner en creux le portrait d'un génie empêché et anesthésié. Sa relation d'amitié / amour avec Roberta (Matilda de Angelis) est très subtilement décrite.

La mise en scène de Martone est sobre et la photographie très agréable. Fuori donne également à voir un tableau intéressant de l'Italie des années 80, avec une attention aux détails et au second plan remarquable.

Le résultat est en dehors de tout canon narratif, le scénario zigzaguant de façon apparemment aléatoire, ce qui semble avoir empêché Fuori d'atteindre la reconnaissance critique lors de sa présentation au festival de Cannes 2025, et c'est bien dommage.   

Mario Martone sur Christoblog : Nostalgia - 2023 (***)

 

3e

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Vie privée

Pas très facile de formuler un avis sur le dernier film de Rebecca Zlotowski.

D'un côté, l'intrigue est plutôt plaisante et le récit mené correctement (une psychanalyste dont une patiente s'est suicidée se demande si cette dernière n'a pas été assassinée).

Les acteurs sont plutôt solides, Judie Forster assez impressionnante en soixantenaire dont la libido se réveille, Daniel Auteuil parfait en ex sympa, Virginie Efira magnétique en objet du désir. Mathieu Amalric est un peu moins convaincant, semblant à plusieurs moments surjouer. Certaines astuces du scénario sont très plaisantes (l'hypnotiseuse), d'autres complètement barrées (les vies antérieures). 

D'un autre côté, le film ne parvient pas totalement à décoller dans le registre de thriller hitchcokien dans lequel il semble vouloir creuser son sillon, par manque de précision dans l'écriture et de manque d'ambition dans la mise en scène. Les ruptures de ton perpétuelles n'aident pas non plus à entrer dans le film. 

Au final, j'opte pour un avis légèrement positif, l'intérêt de la tentative l'emportant sur les imperfections de sa réalisation.

 

2e

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Pompei, sotto le nuvole

Je pensais retrouver dans ce nouvel opus de Gianfranco Rosi, auréolé d'un Grand Prix à Venise, la poésie magique qui produisit autrefois Fuocoamarre, Ours d'or à Berlin.

Malheureusement, si les images sont toujours aussi somptueuses (ici un noir et blanc caverneux et menaçant) et les visions toujours aussi saisissantes (les processions religieuses, les chevaux sur la plage), il manque ici le petit plus qui fait que la mayonnaise prend et nous emporte vers les cimes de l'émotion.

Chaque partie du film se regarde avec un plus ou moins d'intérêt. Le travail des archéologues japonais a un côté décalé et vertigineux. Les errements dans les archives archéologiques se suivent sans grand frisson. Les cours sauvages dans l'arrière boutique du libraire sont mignons sans être renversants. 

Tout cela se suit sans déplaisir, mais le film semble globalement toujours sur le point de démarrer, les images du train napolitain circulant de ville en ville ne parvenant à faire de l'ensemble un tout véritablement convaincant qui fasse sens.

Gianfranco Rosi sur Christoblog : Fuocoammare - 2016 (****) / In viaggio - 2022 (**)

 

2e

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L'étranger

Autant le dire d'entrée, j'étais moyennement chaud à l'idée de cette adaptation du roman de Camus.

Les lointains souvenirs que j'en gardais ne laissaient pas augurer d'un intérêt cinématographique : l'opacité cotonneuse de la psychologie de Meursault et son atonie émotionnelle ne risquaient-elles pas de générer plus d'ennui que d'intérêt ? Les interrogations philosophique du texte pouvaient-elles être transposées à l'écran ?

Eh bien, j'avais tort. François Ozon trouvent des moyens propres à l'art cinématographique pour nous faire ressentir des émotions. Le tableau de l'Algérie coloniale est d'abord très réussi. La puissance de l'été, la force du soleil et de la mer, sont ensuite remarquablement rendus à l'écran, comme la sensualité des deux corps de Benjamin Voisin et Rebecca Marder, insolents de beauté. 

Tous ces aspects sensoriels apportent un plus à l'écriture de Camus et font bien ressentir la primauté  exclusive que Meursault donne au corps et plus généralement aux sens, ce qu'il exprime d'ailleurs à plusieurs occasions dans le film. 

Ozon modernise et personnalise aussi son propos : les Arabes ne sont plus simplement à l'arrière plan (la maîtresse de Raymond obtient un prénom, la victime de Meursault une tombe) et le meurtre se teinte d'un homo-érotisme marqué. Mais ces innovations ozoniennes se fondent admirablement dans cette belle adaptation (cette belle interprétation serait d'ailleurs peut-être plus juste).

Un beau film.

François Ozon sur Christoblog : 8 femmes - 2001 (**) Swimming pool - 2003 (**) / Angel - 2007 (*) Potiche - 2010 (***) / Dans la maison - 2012 (**) /  Jeune et jolie - 2013 (*) / Une nouvelle amie - 2014 (***/  Frantz - 2016 (***/ L'amant double - 2017 (**) Grâce à Dieu - 2019 (****) / Eté 85 - 2020 (**) / Tout s'est bien passé - 2021 (**) / Peter von Kant - 2022 (**) / Mon crime - 2023 (**)Quand vient l'automne - 2024 (**)

 

3e

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Les aigles de la République

Les aigles de la République est un film qui plaira à coup sûr à tous les cinéphiles curieux d'ailleurs et friands de suspense.

On commence en effet par découvrir un milieu qui nous est peu habituel : les coulisses du cinéma égyptien et les turpitudes de la haute société égyptienne, qui constitue une sorte de cour autour du général Sissi. 

Ce voyage est passionnant et mystérieux. Il faut dire que notre guide, le fabuleux acteur Fares Fares, est comme d'habitude exceptionnel, séduisant et antipathique à la fois.

Lorsque l'étau se resserre autour de ce dernier, qui se voit obligé de jouer le président/dictateur dans un film hagiographique qui lui est consacré, on sent que les chose vont se compliquer, mais on se sait pas vraiment de quelle façon ni à quel point. L'association de l'ego surdimensionné de l'acteur et de sa compromission est évidemment explosive.

Nous ne serons pas déçu par la deuxième partie du film, menée très efficacement par le réalisateur Tarik Saleh, qui fait une nouvelle fois preuve ici de son punch habituel, qui donne à son cinéma un petit côté américain, oscillant brillamment entre comédie, chronique caustique et tragédie.

Le seul petit bémol que j'apporterai est la faiblesse de la composition de Lyna Khoudri, qui paraît ici ne pas avoir les épaules pour endosser un costume trop grand pour elle : l'âpreté du contexte et la puissance du reste du casting semble la laisser comme désorientée.

Pour le reste on ne s'ennuie pas une seconde, et plusieurs scènes (celle du défilé par exemple) valent à elles seules de déplacement. Saleh a bénéficié ici de moyens impressionnants, les décors sont magnifiques et le sentiment d'immersion total. Un des must de cette fin d'année.

Tarik Saleh sur Christoblog : Le Caire confidentiel - 2017 (***) / La conspiration du Caire - 2022 (**)

 

3e

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L'inconnu de la Grande Arche

L'architecture est ces derniers temps pourvoyeuse de très bons sujets de film.

Après l'ambitieux The brutalist, voici la très intéressante chronique qui raconte comment un inconnu, le Danois Otto von Spreckelsen, a remporté le concours lancé par François Mitterrand, qui a abouti à la construction de la Grande Arche de la Défense.

Le film de Stéphane Demoustier est à la fois instructif (on découvre que le résultat final est assez différent du projet initial), profond (la résilience obsessionnelle des créateurs est magnifiquement illustrée) et émouvant (la solitude de l'architecte est poignante).

L'inconnu de la Grande Arche est certes d'une facture très classique, mais sa qualité réside principalement dans le casting en tout point parfait. Claes Bang est extraordinaire, et Xavier Dolan, Michel Fau, Swann Arlaud et Sidse Babett Knudsen sont tous très convaincants.

On approche de nombreux sujets dont la variété est un véritable intérêt : la rouerie de Mitterrand, la lourdeur de l'administration française (déjà !), les sublimes carrières de Carrare.

Le tout donne furieusement envie de visiter ce bâtiment emblématique mais au final assez mal connu.

Une réussite.

Stéphane Demoustier sur Christoblog : La fille au bracelet - 2020 (***) / Borgo - 2024 (***)

 

3e

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Deux procureurs

Voici un film typique du cinéma de Sergei Loznitsa : exigeant, mais générant de grandes satisfactions intellectuelles et esthétiques si on prend la peine d'être patient et attentif.

Le héros Alexander, jeune procureur idéaliste, pense être doté d'une autorité qui lui permettra de surmonter tous les obstacles pour faire prévaloir ce en quoi il croit : la simple application du Droit.

Bien sûr les choses ne sont pas si simples, et dans cette Union Soviétique de 1937, la machine bureaucratique est plus puissante que tout autre élément. Dans cette farce triste rôde l'ombre de Kafka, et notre jeune diplômé, de couloir en escalier, et de bureau en salle d'attente, va se heurter à plus fort que lui.

La méticulosité implacable avec laquelle Loznitsa dissèque les rouages de la machine est certes glaçante, mais elle est aussi virtuose dans sa mise en scène et sa direction artistique, proche de la perfection.

Une des réussites du film est de donner à la terreur stalinienne de multiples visages fort différents : les personnages bas-de-plafond de la prison, la jovialité inquiétante de l'ex-camarade, l'impassibilité surnaturelle du procureur général. Entre ces séquences, la petite musique burlesque contribue à donner au film son caractère de "théâtre de l'horreur quotidienne". 

Bien sûr, les parallèles avec la Russie actuelle ne manquent pas, mais le film tient debout sans ces connexions avec la réalité contemporaine, tant son propos semble universel : il ne fait pas bon être du côté de la justice quand on vit dans une dictature.

La direction d'acteur est exceptionnelle. A voir donc, comme tous les films de Loznitsa.

 

3e

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La femme la plus riche du monde

Ce film avait tout pour me déplaire : une histoire qui a priori ne m'intéresse pas vraiment (l'emprise du photographe François-Marie Banier sur Lilianne Bétancourt), un casting un peu tape-à-l'oeil et un réalisateur, Thierry Klifa, que je connais pas.

Et pourtant La femme la plus riche du monde s'avère être un bon film, qui mêle avec subtilité la comédie caustique à l'étude de caractère, en flirtant avec le mélodrame familial.

En effet, si on rit d'abord de la crédulité du personnage joué à la perfection par Isabelle Huppert (ne serait-ce pas la femme la plus bête du monde ?), on est peu à peu touché par son appétit de vivre souverain et sa volonté d'échapper aux carcans qui l'ont bridé toute sa vie (c'est peut-être au final la femme ... la plus triste du monde).

Le film interroge également des notions comme le libre-arbitre, la relation à l'argent quand on en a vraiment beaucoup, la fidélité filiale (formidable Marina Fois) et professionnelle (Raphaël Personnaz, très juste).

Tout cela est intéressant mais le film ne serait pas aussi plaisant sans l'interprétation XXL de Laurent Lafitte, jamais aussi bon que quand il joue les salauds séduisants, dans un registre qui rappelle un peu sa performance en Bernard Tapie.

Une réussite.

 

2e

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La petite dernière

Le cinéma de Hafsia Herzi, à l'image des personnages qu'il filme, est rêche et mal léché. La façon de filmer de la réalisatrice est souvent dérangeante, et ne cherche pas à plaire au premier abord.

Fatima, l'héroïne de La petite dernière, lesbienne musulmane en banlieue, se situe bien dans cette filiation : taiseuse, peu commode, étrangère à son milieu. Mais la réalisation de Herzi est, cette fois-ci, un peu plus douce que d'habitude, et donc aussi plus convenue.

Sa manière de filmer l'évolution de Fatima (psychologique, sentimentale, sexuelle, sociale) apporte un parfait contrepoint au film d'Abdelatif Kechiche, La vie d'Adèle : une égale attention aux fluctuations du coeur et du corps, à travers deux regards très différents (le fameux male gaze d'un côté, une approche évidemment plus féministe ici).

Ceci étant posé, La petite dernière, tout en étant un joli portrait agréable à découvrir, parsemé de scènes étonnantes (la leçon de sexe lesbien donnée dans la voiture !), peine toutefois à générer de profondes émotions. C'est probablement parce que son déroulé didactique (chaque étape est consciencieusement cochée) finit par donner au film un côté prévisible.

Herzi s'affirme ici comme une réalisatrice qui compte dans le cinéma français. Elle révèle un talent remarquable, celui de son actrice Nadia Melliti, qui fait preuve d'une grande finesse dans son jeu. 

 

2e

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Downton Abbey III : le grand final

Bien entendu, ce film ne peut plaire qu'aux spectateurs de la série. Ceux-ci retrouveront avec délice la quasi totalité du casting qu'ils connaissent, constatant avec émotion les effets du temps sur le visage des uns et des autres.

Pour les autres, novices en Downton Abbey, nul doute qu'ils se demanderont pourquoi plusieurs millions de téléspectateurs à travers le monde se sont entichés de ce tableau sous naphtaline d'une société figée qui peine à mourir.

C'est que tout l'intérêt de cet ultime opus réside justement dans ce qui n'est pas dit. Rarement la présence des morts dans un divertissement grand public aura été aussi marquée : les apparitions de Tom et de sa fille rappelle immanquablement le personnage si attachant de Sybil, les errements y compris sexuels de Mary convoquent toujours le fantôme de Matthew, alors que le personnage de la douairière Violet irradie constamment le film avec une intensité décuplée par la mort de l'actrice qui l'incarnait, la merveilleuse Maggie Smith.

Ce volet final est donc une élégie anodine, une épitaphe qui tente de capter les faibles signaux d'un monde qui disparaît, sans génie mais pas sans émotion.

 

2e

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Nouvelle vague

Il fallait un sacré culot pour oser faire ce film sur le tournage d'A bout de souffle en copiant son style : noir et blanc, ton alerte, caméra à l'épaule, acteurs charismatiques.

L'Américain Richard Linklater, dont je pense qu'il est un des meilleurs réalisateurs américains actuels (si ce n'est le meilleur), relève avec brio ce défi.

Le tournage de Nouvelle Vague a été très travaillé (de nombreuses prises, de gros moyens, une préparation minutieuse), à l'inverse de celui du film de Godard, et le résultat à l'écran est bluffant : on a vraiment l'impression d'être projeté dans la France de 1959. C'est un pur délice.

Au plaisir de retrouver la gouaille de Bébel (excellent Aubry Dullin) et le charme de Jean Seberg (lumineuse Zoey Deutch), il faut ajouter la jouissance enfantine de rire aux nombreuses saillies de  Guillaume Marbeck jouant un Godard plus insupportable que nature. On croise aussi tout une galerie de personnages formidables, de Truffaut à Raoul Coutard, en passant par Jean-Pierre Melville, Robert Bresson, Roberto Rossellini, et tant d'autres.

Le résultat est donc jouissif et drôle, mais aussi diablement instructif. On comprend en effet parfaitement la "méthode Godard", et on mesure l'importance de tout le substrat qui aura permis l'émergence de la nouvelle vague (et notamment le rôle du producteur Georges de Beauregard).

Une réussite à tout point de vue, qui parvient à mélanger émotion et rire, éloge poétique du cinéma et plaisir de la découverte.

 

4e

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Une bataille après l'autre

Paul Thomas Anderson est sûrement le cinéaste contemporain qui bénéficie de la cote de sympathie la plus élevée. Chacun de ses films est attendu comme un présumé chef d'oeuvre par toute une communauté de fans énamourés, dont l'objectivité n'est par définition pas la première qualité.

Ainsi Une bataille après l'autre fait l'objet d'une campagne de commentaires dithyrambiques sur les réseaux sociaux, accompagnée d'articles de presse à l'unisson, qui pourra étonner quiconque ne fait pas partie du fan club.

Le film n'a en effet rien d'extraordinaire. Il montre deux faces de l'Amérique qui s'opposent frontalement : des activistes de gauche menant des actions de type révolutionnaires et un groupe secret de forcenés racistes. 

Comme le récent Eddington, avec qui il partage de nombreux points communs (les situations extravagantes, les personnages caricaturaux), Une bataille après l'autre renvoie en partie les deux parties dos à dos : les activistes se trahissent les uns les autres, sont incompétents ou naïfs, les fachistes menacent évidemment de détruire la démocratie.

Le ton qu'adopte Anderson est distrayant et rend le film globalement agréable (alors que celui d'Ari Aster était grinçant et déplaisant). On suit donc avec plaisir les mésaventures de Bob, joué par un Leonardo di Caprio inspiré, et de sa fille Willa, qui révèle une jeune actrice formidable, Chase Infiniti.

La mise en scène d'Anderson est propre, mais un peu sage. Au rayon des points faibles, j'ai trouvé que l'interprétation de Sean Penn est poussée trop loin dans la veine grotesque et que le film est exagérément long, sans que rien ne le justifie dans l'histoire (2h40 quand même !). Certaines séquences sont clairement étirées, comme la poursuite finale. J'ai aussi été gêné par la présence insistante de la musique dissonante de Jonny Greenwood (Radiohead).

En résumé, quelques défauts et rien de bien génial dans Une bataille après l'autre, mais une intéressante vision des fractures américaines, qui prend sa place entre Eddington et le futur film de Kathryn Bigelow qui sort sur Netflix le 23 octobre, A house of dynamite

 

2e

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Un simple accident

Ceux et celles qui découvriront le cinéma iranien avec Un simple accident entreront dans cette belle maison lumineuse et accueillante par la grande porte.

On trouve en effet dans la Palme d'or 2025 tous les éléments qui rendent cette cinématographie si aimable : une extrême attention portée à la caractérisation de chacun des personnages, un suspense psychologique mené avec beaucoup de subtilité, un tableau de la vie quotidienne d'une grande acuité, un état de la situation sociale et politique décrite avec finesse.

A tous ces éléments, qu'on trouvent souvent dans les films de Farhadi, Rasoulov, Roustaee et bien d'autres, s'ajoute la spécificité du cinéma de Jafar Panahi : un sens de l'humour dévastateur, parfois mordant, parfois tendre, toujours teinté d'une sorte d'autodérision distante.

C'est comme si le réalisateur nous susurrait à travers son film un message d'espoir indéfectible : comme vous le voyez, le peuple iranien vit de grands drames, et les cicatrices seront longues à cicatriser, mais il aura la force de se relever quoi qu'il arrive, par la grâce de son humour et de son sens de la solidarité.

Ce message est servi ici par les immenses qualités qui font d'Un simple accident un joyau comme on en voit peu : scénario millimétré, mise en scène d'une aérienne élégance et direction d'acteur époustouflante.

Pour conclure le film, un dernier plan de toute beauté, trouvaille à la hauteur de ce qu'on a vu auparavant et parfaite synthèse de ce qui rend le film si précieux : une mise en scène inspirée qui sert un scénario brillantissime.

Probablement le chef d'oeuvre de Jafar Panahi.

Jafar Panahi sur Christoblog : Ceci n'est pas un film - 2011 (***) / Taxi Téhéran - 2015 (****) / Trois visages - 2018 (**) / Aucun ours - 2022 (***)

 

4e

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La trilogie d'Oslo : Désir

Des trois opus de la trilogie d'Oslo, Désir est celui qui a reçu le moins bon accueil critique.

Il faut dire que sa forme est moins ample que celle des deux autres parties : Rêves offrait une variation polyphonique autour de la notion de réalité et Amour dessinait une vaste carte du tendre moderne.

Désir, lui, ne montre pratiquement que des dialogues ayant pour sujets deux évènements étonnants concernant deux amis ramoneurs (!) : le premier a eu une relation sexuelle avec un client (alors qu'il n'est pas homosexuel), et le second fait un rêve persistant dans lequel David Bowie le regarde comme une femme (!!).

Les deux amis échangent avec leur compagne respective sur ces sujets lors de longues conversations lors desquelles toute une variété de sentiments d'une étonnante profondeur se font jour. La mise en scène, qui pourrait être statique, se réinvente constamment, à l'image de la première scène lors de laquelle la caméra pivote doucement dans un somptueux mouvement.

Haugerud introduit également dans son récit de curieux évènements, qui apportent au film une tonalité d'étrangeté poétique : une maladie de peau erratique, un attrape-rêve suspendu, une thérapeute qui soliloque sur Hannah Arendt. Toutes choses qui semblent amplifier et faire résonner la sourde interrogation qui constitue l'épine dorsale du film : quelle est la véritable nature du désir, et plus largement peut-être, qu'est ce que la masculinité ?

Ainsi, ce qui ne paraît être de prime abord qu'une anecdote salace s'avère au final une profonde interrogation existentielle.

Une superbe conclusion à la trilogie, qui place Haugerud parmi les grands.

La trilogie d'Oslo sur Christoblog : Rêves - 2025 (**) / Amour - 2025 (***)

 

3e

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