Overblog Tous les blogs Top blogs Films, TV & Vidéos Tous les blogs Films, TV & Vidéos
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Christoblog

Articles avec #j'aime

Miséricorde

Le petit théâtre habituel de Guiraudie est ici proposé à la mode automnale.

Les décors habituels de l'Aveyron servent de décors à une sarabande attendue, mais toujours aussi délicieuse : un homme fort qui vient de mourir, sa femme, son fils énervé, un curé, un voisin et un étrange visiteur qui va agir sur ce petit monde un peu comme celui du Théorème de Pasolini.

Le désir sexuel semble sautiller de personnage en personnage comme le ferait une puce gouailleuse, alors que se dessine un polar dans lequel chaque personnage évolue dans ses relations aux autres.

Ce thriller occitan génère de franches tranches de rigolade, assez innatendues de la part de Guiraudie. Les personnages des gendarmes sont hilarants, policés dans leurs questions, mais complètement décalés dans leurs actions.

Mais le personnage central du film, celui qu'on n'oubliera pas de sitôt, c'est le curé joué par l'excellent Jacques Develay. Sa bonté, son flegme, sa capacité à tout comprendre avant tout le monde est touchant au possible. Il est étonnant de voir Guiraudie dessiner un personnage de prêtre aussi émouvant.

Miséricorde fait partie de ces films pour lesquels il est absolument impossible de deviner l'évolution de l'intrigue ... et c'est un sentiment jouissif. Drôle, intrigant, mais aussi générateur de réflexion (comment punir justement un assassin ?), le dernier Guiraudie est l'un de ses meilleurs films.

Alain Guiraudie sur Christoblog : L'inconnu du lac - 2012 (***) / Rester vertical - 2016 (**)

 

3e

Voir les commentaires

Les graines du figuier sauvage

Le texte qui a servi de support à ma présentation du film hier 21 octobre, au Dôme Cinéma d'Albertville :

Le cinéma iranien est depuis de nombreuses décennies un des cinémas les plus productifs de la planète, alors que les conditions politiques de sa production sont très difficiles, puisque depuis la révolution de 1979 le régime persécute globalement les artistes. Au vu de la qualité déjà incroyable de sa cinématographie, on peut rêver de ce que produiraient les talents iraniens dans un terreau plus favorable !

Le cinéma iranien est né au tout début du XXème siècle et la première salle de cinéma a ouvert à Téhéran en 1904. De nombreuses générations de cinéastes se sont succédées tout au long du siècle au sein d’une industrie prospère, jusqu’à l’émergence d’un mouvement qu’on a appelé La nouvelle vague iranienne, dont Abbas Kiarostami (1940-2016) est le fer de lance. Vous avez peut-être vu quelques-uns de ses films, qui ont rencontré un grand succès en Occident (Où est la maison de mon ami ?, Close-up, Au travers des oliviers…).

Un autre cinéaste iranien, plus jeune, a lui aussi trouvé le chemin d’un succès international, Asghar Farhadi (1972-) (A propos d’Elly, Le client, Un héros). Ces deux très grands cinéastes ont eu des problèmes avec le régime des mollahs, mais ils ont en quelque sorte joué au chat et à la souris avec les autorités de leur pays, essayant de faire en sorte que leurs messages puissent passer, sans que la censure interdise leur film. Par exemple Kiarostami, s’est vu imposé de remplacer une musique de Louis Amstrong par de la musique traditionnelle dans son chef d’oeuvre Le goût de la cerise (Palme d’or à Cannes), et Farhadi s’est vu brutalement retiré son autorisation de tournage alors qu’il tournait Une séparation, qui reste à ce jour le plus grand succès en France du cinéma iranien (le film sortira finalement quand même en Iran).

Ces deux grands cinéastes ont donc subi au long de leur carrière intimidations, menaces, brimades, mais n’ont pas vraiment eu à craindre pour leur sécurité et leur intégrité physique. Ces deux chefs de file se sont aussi, au cours de leur carrière, « évadés » ponctuellement en tournant régulièrement à l’étranger, et plus particulièrement en France, retrouvant ainsi temporairement une totale liberté et pouvant filmer des stars occidentales (Juliette Binoche dans Copie conforme pour Kiarostami, Tahar Rahim et Bérénice Béjo dans Le Passé, Penelope Cruz et Javier Bardem dans Everybody knows, pour Farhadi).

Mohammad Rasoulov (1972-), dont nous allons voir le nouveau film ce soir, était dans une situation bien plus difficile que ses deux illustres collègues dont je viens de parler. Comme un autre très talentueux réalisateur iranien, Jafar Panahi (1960-), qui fut par ailleurs assistant de Kiarostami, Rasoulov persiste lui à tourner en Iran, de façon totalement clandestine, donc sans déclarer son activité et en renonçant totalement à ce que ses films soient vus en Iran, au péril de sa liberté, et même, on peut le dire, de sa vie. Rasoulov a été condamnés de nombreuses fois à la prison, en 2010, 2019, en 2023.

Le 8 mai 2024, il est de nouveau condamné à huit ans de prison, alors que le film que vous allez voir ce soir est sélectionné en compétition pour le Festival de Cannes. Estimant qu’il ne pourra pas supporter cette nouvelle incarcération, il parvient à quitter le pays dans des conditions rocambolesques, parvient en Allemagne, rejoint la France probablement aisé par les Services secrets français et peut assister à la projection de son film à Cannes, dans une ambiance indescriptible, vous pouvez l’imaginer. Il faut souligner que Cannes a toujours soutenu les cinéastes persécutés dans leur pays.

Les principaux films diffusés en France de Rasoulov sont : Au revoir (2011), Les manuscrits en brûlent pas (2013), Un homme intègre (2017), pour moi son meilleur film avant Les graines du figuier sauvage, et enfin Le diable n’existe pas (2020), un film a sketch qui a obtenu l’Ours d’or, la principale récompense au Festival de Berlin. Il faut avoir en tête que toutes les images que vous allez voir ont été tournées furtivement, avec des acteurs et des techniciens recrutés par la bande et qui risquent beaucoup à faire ce film. Rasoulov lui-même était très peu présent sur le tournage pour des raisons de sécurité et donnait souvent ses instructions par talkie-walkie, dissimulé à proximité. C’est assez incroyable quand on voit la qualité exceptionnelle du film, que ce soit en matière d’image, de mise en scène, de jeu des acteurs ou de montage.

D’abord Rasoulov raconte que l’idée du film lors de son dernier séjour en prison. Un groupe de dignitaire du régime s’est approché de lui et l’un d’entre eux lui a offert un stylo et lui a dit : « Je me désole de voir des gens comme vous ici. Je ne sais quoi répondre à ma femme et mes enfants qui m’interrogent sur ce que nous faisons ». Ce qui lui a donné le thème principal du film. Les souvenirs de prison de Rasoulov sont parfois édifiants. Il raconte par exempleque tous les voleurs de sa prison avaient les mains bandées : la charia imposait deleur couper un doigt… avant que les autorités ne les envoient à la clinique d’à côtépour une greffe qui par ailleurs ne prend pas toujours !

Quelques nouvelles maintenant des personnes qui ont contribué au film. La monteuse par exemple, dont on ne connait pas l’identité exacte (les véritables noms de l’équipe technique ne figure pas au générique), est restée en Iran, mais ne collabore plus qu’aux films qui se réalisent sans autorisation. C’est une façon de résister pour elle : « Accepter de travailler dans le cadre de la censure est une sorte de collaboration », dit-elle dans un article du Monde. Une prise de risque de plus en plus fréquente, malgré les risques encourus : 71 films iraniens clandestins auraient été envoyés à Cannes cette année !

Le chef opérateur du film a eu une descente de police dans son bureau et tout son matériel a été confisqué. Il ne peut plus travailler et il est sous pression constante. Les deux acteurs principaux, le juge (Mizagh Zare) et sa femme (Soheila Golestani), sont toujours en Iran, et sont bien sûr sous la menace d’un emprisonnement. Rasoulov a d’ailleurs brandi leur 2 photos lors de sa montée des marches à Cannes.

Les trois plus jeunes actrices du film (les deux filles du couple et leur copine blessée à l’oeil) ont quitté le pays et vivent désormais à Berlin. Elles racontent que le tournage, avec une équipe d’une vingtaine de personne, s’est déroulé de janvier à mars de cette année, dans la plus grande discrétion. Elles racontent qu’elles n’en ont parlé à leur proche par précaution. Se sentant menacées, elles fuient le pays au printemps, sans même saluer leur famille, laissant téléphones portables et tout appareil électronique derrière elles.

Le destin du juge peut être vu comme une métaphore de l’évolution (et de la dégradation progressive) du régime jusqu’à une fin désirée par Rasoulov et la majorité de la société iranienne. Le film évolue ainsi du confinement oppressant de l’appartement au grands espaces de la libération, qui finissent par voir le tyran mis à terre (et même en terre, sans qu’on ait à lui tirer dessus). Le pacte « faustien » dont on voit la signature dans les premiers plan (pervertir les relations humaines sur une base religieuse jusqu’à se faire détester par tous, pour acquérir pouvoir et confort) est celui du juge, mais n’est-ce pas aussi l’évolution du régime depuis la Révolution ?

Un des points remarquables du film ce sont les changements de registre successifs : d’abord chronique familiale et sociale assez classique, puis suspense psychologique à la Hitchcock (whodunit ? qui l’a fait ?), puis séance de torture psychologique (l’interrogatoire insoutenable, qui marque le point du basculement du film, le moment où le juge franchit un point de non-retour avec sa famille), puis road movie à travers le pays (les films tournés dans les voitures ne se comptent plus dans le cinéma iranien, ex : Le goût de la cerise, Taxi Téhéran, Querelles, Hit the road), puis quasi-film d’action horrifique dans la maison, puis western final dans un décor incroyable. C’est comme si le film « encapsulait » dans sa trame narrative plusieurs « micro- films » documentant de façon la plus complète possible la situation générale de la société iranienne contemporaine.

Un autre point remarquable du film à mon sens est le portrait de la mère, qui tente désespérément de concilier l’inconciliable,toujours sur un fil en essayant de résoudre les paradoxes à son échelle (son mari vsses filles, la nécessité de respectabilité vs l’empathie avec la jeune blessée, l’intérieur vs l’extérieur, le passé vs le futur). De tenir la cellule familiale vivante malgré les tensions qui menacent de la désintégrer.

Voir les commentaires

All we imagine as light

All we imagine as light est un film de fiction qui se pare de tous les atours du film documentaire : attention extrême aux détails, capacité à saisir l'essence même de certains lieux, lumière naturelle, absence de péripéties dignes de ce nom dans l'intrigue (l'évènement le plus notable est l'arrivée d'un auto-cuiseur en provenance d'Allemagne).

Que cela ne vous freine pas pour aller voir ce film : la réalisatrice Payal Kapadia, remarquée pour son premier film, le très beau documentaire Tout une nuit sans savoir, est en effet une cinéaste capable de donner à ses trois personnages féminins une grande profondeur.

La première de ces femmes est infirmière, et elle est fidèle à son mari qui travaille à l'étranger. La seconde sort avec un musulman avec qui elle aimerait coucher (mais ce n'est pas facile). Et la troisième se fait évincer de son logement. Les trois femmes éprouvent à des degrés divers des pressions de la société, et leur appétit de vivre doit se frayer un chemin dans une jungle d'interdits et de conventions.

Mumbai est brillamment croquée dans un défilé d'images, recouvertes de voix off qui racontent des histoires dont on ne sait pas vraiment si elles se raccordent à nos personnages. L'ensemble dégage une poésie diffuse, servie par une photographie "plate", souvent bleutée, et des cadrages parfois magnifiques. 

Par la grâce de sa mise en scène délicate, Kapadia parvient à ennoblir ces femmes du peuple, et à donner de la sororité une image à la fois douce et puissante.

Probablement la naissance d'une très grande cinéaste.

 

3e

Voir les commentaires

The apprentice

A quelques semaines de la si importante présidentielle américaine, il faut absolument aller voir The apprentice.

Le film d'Ali Abbasi nous fait voir Donald Trump avant le succès. Il nous fait ressentir d'une façon presque charnelle l'extrême médiocrité du bonhomme et son incommensurable confiance en soi, qui dépasse tout ce qu'on peut imaginer. 

L'extrême culot, allié à une souveraine mauvaise foi, soulève des montagnes, comme le montrait également la série Tapie. Mais Trump ne serait certainement pas Trump s'il n'avait pas rencontré l'avocat Roy Cohn, mentor d'une exceptionnelle immoralité, magistralement campé par un Jeremy Strong (Succession) au sommet de sa forme.

La mise en scène d'Abbasi est sage (on est loin de démence de ses films précédents). La reconstitution du New-York des années 70 est incroyablement réussie.

The apprentice se regarde avec une délectation honteuse (car les deux "héros", auxquels ont finit par s'attacher par la grâce de la narration, sont tout de même des salopards de la pire espèce) et une curiosité malsaine : le film nous fait entrer dans la fabrique du monstre. Ou comment un petit con écervelé peut devenir un dangereux magnat, pris en main par un Pygmalion génial et sans scrupule. 

Ali Abbasi sur Christoblog : Border - 2019 (****) / Les nuits de Masshad - 2022 (****)

 

2e

Voir les commentaires

L'histoire de Souleymane

Il y avait bien des manières de rater ce film, qui suit durant 48h un jeune Guinéen sans papier, qui parcourt sans relâche les rues de Paris en tant que livreur Uber.

Boris Lojkine aurait pu ainsi concevoir un film pétri de bons sentiments, dans lequel le jeune Souleymane n'aurait rencontré que de mauvaises personnes (à la Dardenne) et aurait accumulé tous les malheurs du monde. Il aurait pu aussi construire un drame, précipitant son héros dans une spirale qui aurait abouti à une tragédie nocturne. Il aurait enfin pu choisir de raconter une histoire larmoyante, dans laquelle de sympathiques parisiens bien attentionnés aurait pris Souleymane en affection (ou plus), se cassant les dents sur une administration impitoyable.

Mais non. L'histoire de Souleymane est, de façon beaucoup plus intéressante, une description presque documentaire du quotidien d'un sans papier sous OQTF, qui lutte pour sans sortir. Le film est sans pathos, rythmé comme un thriller nocturne, constamment soumis à une tension qui résulte non pas d'évènements exceptionnels, mais de petits soucis du quotidien qui prennent ici des allures de quitte ou double décisifs (Souleymane va-t-il attraper son bus ? fera-t-il réparer son vélo ? conservera-t-il l'usage du compte Uber qu'il "sous-loue" ?).

Le spectateur est ainsi rivé solidement à son fauteuil, complètement absorbé dans ce qui apparaît être une sorte d'odyssée urbaine pour Ulysse moderne. Paris est filmé comme jamais, les ambiances sont incroyablement réalistes, la prestation du jeune Abou Sangare dans le rôle principal est merveilleuse de simplicité. La scène finale dans laquelle Nina Meurisse campe un agent de l'Ofpra est de toute beauté.

Une réussite.

Boris Lojkine sur Christoblog : Hope - 2015 (***)

 

3e

Voir les commentaires

Limbo

Etonnant film grand-guignolesque et hong-kongais, Limbo a fait le buzz l'année dernière, générant une pluie de critiques laudatives.

Pourtant, à bien y regarder, il n'a rien de vraiment original. Le sujet est classiquement celui de deux flics, dont un sérieusement cabossé, et d'un méchant tueur en série (vraiment très méchant). Les deux compères utilisent une jeune délinquante comme appât, et évidemment, tout ça ne va pas bien se passer.

Le traitement du film emprunte à la tradition hong-kongaise en ce qui concerne les scènes d'action, très efficaces, et plus curieusement au cinéma coréen pour ce qui est d'une certaine outrance et d'une évidente cruauté sadique, et parfois morbide. Le tout se mâtine de quelques effets assez habituels (flash forward en ouverture, et globalement tout l'arsenal des jumpscares et autres astuces de film horrifique).

Le point vraiment original du film de Soi Cheang est probablement ses partis-pris esthétiques, pour la plupart déjà vus mais ici poussés à leur extrémité : une pluie torrentielle, un décor impressionnant de rues-poubelles saturées jusqu'à l'asphyxie, un noir et blanc expressionniste (à noter que le film a été pourtant initialement tourné pour être diffusé en couleur), de gros plans terrifiants et une expressivité presque théâtrale dans le jeu des acteurs.

Un polar sympa pour coeur bien accroché, cependant pas aussi génial qu'on l'a dit.

 

2e

Voir les commentaires

Viet and Nam

Le cinéma vietnamien semble s'installer durablement dans le paysage du cinéma d'auteur : après L'arbre aux papillons d'or l'année dernière (caméra d'or), ce fut en ce mois de mai au tour de Viet and Nam de charmer Cannes.

Ce troisième film du jeune Minh Quý Trương (34 ans), formé au Fresnoy, est étonnant de maîtrise, dans un genre qui m'a irrésistiblement rappelé le cinéma atmosphérique d'Apitchatpong Weerasathekul : même onirisme vaporeux, même précision dans les cadrages, même capacité à faire surgir le fantastique des paysages et la poésie de la vie quotidienne, et aussi parfois ... même propension à nous endormir légèrement.

L'histoire oscille de façon continue entre l'histoire d'amour, montrée de façon très crue, unissant deux jeunes hommes (Viet et Nam) qui travaillent dans une mine de charbon, et la quête de la tombe du père de Nam. Ces deux trames narratives permettent au réalisateur d'aborder nombre de problématiques importantes, dont deux principales : les stigmates de la guerre et la tentation de l'exil.

Certaines visions que proposent le film sont d'une stupéfiante et intrigante beauté, je pense par exemple à cet environnement noir poudré de particules blanches qui représente la mine, au dernier plan de toute beauté, aux entraînements de traversée de rivière dans un sac plastique ou encore à cette vision incroyable de soldats figés sur le terrain de bataille, pendant qu'une voix décrit les différents types de bombes.

La temporalité du film est flottante, incertaine, et contribue à rendre le film encore plus énigmatique.

Une oeuvre un peu difficile d'accès, mais une réussite indiscutable, qui ne sera malheureusement pas montrée au Viet-Nam, où le film a été censuré. 

 

3e

Voir les commentaires

Hit man

A voir sur Mycanal.

Alors que beaucoup de films médiocres sortent en salle, on se demande bien pourquoi le nouveau film de Richard Linklater sort directement sur Canal+.

Hit man est en effet une comédie très agréable, "à l'ancienne" : une intrigue, tirée de faits réels, très amusante (un quidam qui "feint" d'être un tueur pour le compte de la police se trouve embarqué dans une drôle d'histoire), une réalisation racée et nerveuse, des acteurs qui manient à la perfection l'art du travestissement. Tout est intelligent et limpide dans ce film, comme en général dans le cinéma de Linklater. 

Le duo Glen Powell et Adria Arianna est sexy en diable, et l'actrice portoricaine en particulier n'hésite pas à afficher une appétence pour les rapports charnels qui n'est pas si courante dans le cinéma américain. La deuxième partie du film est une romcom sensuelle, dans laquelle chacun des deux protagonistes joue double, élevant en quelque sorte leur relation amoureuse au carré.

Le développement de l'intrigue est original, joyeusement amoral et plein de suspense. Un plaisir simple et l'assurance d'un bon moment.

Richard Linklater sur Christoblog : Before Sunrise - 1995 (****) / Before sunset - 2004 (***) / Before Midnight - 2013 (***) / Boyhood - 2014 (****)

 

2e

Voir les commentaires

Le procès du chien

Ce premier film de Laetitia Dosch est une fantaisie sympathique et légère, originale et parfois intrigante.

Le procès du chien commence comme un autoportrait en creux : du chien, il n'est que superficiellement question, le vrai sujet avec lequel la caméra se régale est l'actrice / réalisatrice elle-même.

On a plaisir à suivre ses déambulations d'avocate spécialiste des causes perdues, à la vie sentimentale brinquebalante. 

Le film se déploie ensuite avec parfois un peu de maladresse dans plusieurs directions : comédie burlesque, réflexion sur la nature animale, et même romcom attendrissante. Tout n'est pas réussi, mais l'impression d'ensemble est celle d'un acte d'auteur qui affirme une voix originale dans le cinéma francophone actuel, qui rappelle un peu dans son style les oeuvres déjantées du trio franco-belge Abel / Gordon / Romy (La fée, Rumba).

On attend le deuxième film avec impatience.

 

2e

Voir les commentaires

Megalopolis

A quelles conditions aimerez-vous Megalopolis ?

Si vous aimez les films dont rien de dépasse, cohérent de bout en bout, maîtrisé et de bon goût, alors n'allez pas voir le dernier Coppola.

Si au contraire vous aimez être surpris à chaque plan par mille trouvailles visuelles, que vous ne rechignez pas à faire un effort dans les quinze premières minutes du film pour identifier les personnages et les liens qui unissent, et que vous supportez une certaine dose de kitsch romano-futuriste, alors le film est pour vous.

Megalopolis réussit un exploit inhabituel : allier une recherche esthétique de tous les instants (une mise en scène flamboyante, une direction artistique invraisemblable) à des thématiques qui obligent le spectateur à activer ses méninges. On aura en effet rarement brassé autant de thématiques ambitieuses dans un seul film : le sens de la vie, la lutte pour le pouvoir, la frontière entre le bien et le mal, l'épiphanie de la naissance, la nature du temps, la substance de l'amour, l'art du spectacle et du cinéma.

Le film regorge de scènes d'anthologie et de visions qui sidèrent, souvent à la fois vulgaires et poétiques. On pense à Méliès, bien sûr, et d'une certaine façon, c'est toute l'histoire du cinéma qui défile sous nos yeux.

Tout cela n'a aucun sens, ou plutôt à tellement de sens possibles qu'on ne sait plus où donner de la tête, et du regard. Il y a toujours un détail à l'écran qui devient instantanément magique : une mimique d'Adam Driver, le jeu exceptionnel d'un figurant, un gadget futuriste et inutile dans un coin du cadre, une inscription amusante, un effet inattendu, un son étrange. 

On le dit de beaucoup de films, mais je pense qu'ici cela se justifie pleinement : vous adorerez ou vous détesterez ce film, le moyen terme ne semble pas envisageable. J'ai adoré.

Francis Ford Coppola sur Christoblog : Conversation secrète - 1974 (***) / Tetro - 2009 (***) / Twixt - 2012 (*)

 

4e

Voir les commentaires

Ma vie ma gueule

Difficile de voir le dernier film de Sophie Fillières sans penser aux conditions de son tournage. La réalisatrice a en effet déclaré une maladie foudroyante pendant le tournage, puis est décédée soudainement avant d'avoir terminé le montage, repris alors par ses deux enfants, Agathe et Adam Bonitzer.

Le film étant un autoportrait déclaré (Agnès Jaoui porte les vêtements de Sophie Fillières, va voir le vrai psy de Sophie Fillières, etc), l'émotion est d'autant plus présente : on a l'impression étrange de recevoir un message d'outre-tombe, à la fois sépulcral, fantasque et amusant.

Dans cette chronique touchante, on sourit beaucoup, on rit parfois, on est touché par de belles trouvailles de scénario (les cigarettes dans le Scrabble et retrouvées plusieurs décennies après avoir été cachées). Agnès Jaoui propose une partition solide de femme déprimée, perdue, puis décidée à remonter la pente.

Philippe Katerine apparaît dans ce beau film modeste, comme un spectre bienveillant qui aide l'héroïne à traverser les Limbes pour finalement parvenir à une sorte de douce résurrection, dans un paysage écossais magnifique.

Ma vie ma gueule est aussi un film poétique, proposant de nombreuses punchlines efficaces. Le personnage principal dit par exemple à un homme qui l'a connue ado et dont elle ne se souvient plus : "Je te préviens que je ne suis plus la femme que je n'étais pas encore".

A découvrir.

 

2e

Voir les commentaires

Les graines du figuier sauvage

Sensation du dernier Festival de Cannes (beaucoup voyait en lui la Palme d'or), le nouveau film de Mohammad Rasoulof est remarquable.

Comme souvent dans les films iraniens, le scénario est un bijou de thriller psychologique. Nous entrons dans une famille de la classe moyenne : le père est juge (donc proche du régime), les filles sont des jeunes de leur temps, adeptes des réseaux sociaux, et la mère essaye de ménager les bonnes relations entre tous. Les choses se gâtent quand l'arme du juge disparaît mystérieusement, alors qu'une amie de l'ainée des filles est blessée lors d'une manifestation. 

Sur cette base solide, Rasoulof déploie une intrigue qui tient en haleine le spectateur durant toute la durée du film (2h46 tout de même). Les graines du figuier sauvage est donc successivement (et parfois alternativement) un drame social, une chronique familiale, un huis-clos oppressant, un suspens psychologique, un thriller horrifique et un western. 

Il y a quelque chose de réellement fascinant dans le contraste entre l'extrême qualité du film (la direction d'acteurs exceptionnelle, l'écriture imparable, la mise en scène d'une efficacité rare) et les conditions précaires dans lequel il a été tourné : une clandestinité complète, Rasoulof étant lui-même souvent absent du lieu de tournage, et des moyens ridiculement faibles.

On ne peut que frissonner d'admiration devant le talent d'un homme qui parvient à un tel niveau de maîtrise dans l'exercice de son art, alors que sa liberté est menacée par un des pires régimes de la planète.

Le film, qui brille par sa capacité à nous égarer, culmine dans une scène d'anthologie, véritable pivot du film, qui restera longtemps dans le coeur de chacun des spectateurs. Cette scène d'interrogatoire fait basculer les personnages dans une nouvelle histoire, et donne au film une tonalité encore plus grave.

Bien au-delà d'une oeuvre didactique en hommage au mouvement Femme Vie Liberté (ce que le film est tout de même, mais indirectement), Les graines du figuier sauvage est un véritable chef d'oeuvre, déstabilisant et émouvant, qui culmine dans un final d'anthologie.

Un sommet de l'année, sans aucun doute.

Mohammad Rasoulof sur Christoblog : Au revoir - 2011 (***) / Un homme intègre - 2017 (***) / Le diable n'existe pas - 2020 (**)

 

4e

Voir les commentaires

La nuit se traîne

Voici en provenance de Belgique un thriller admirablement bien conçu et réalisé.

Au niveau de l'histoire, rien de bien original. Un jeune serrurier se trouve malgré lui impliqué dans une affaire de grand banditisme, et va vivre une nuit infernale pleine de rebondissements.

Nous sommes donc dans un trip qui ne peut fonctionner que par empilement de scènes d'action / suspense spectaculaires, agrémentées de rares moments de répit durant lesquels se nouent de nouveaux liens narratifs qui vont enflammer l'écran quelques images plus tard. On pense un peu au Scorsese de After hours, ou aux frères Safdie de l'incroyable Good time, l'ambition cinématographique en moins.

Le propos reste ici en effet assez modeste, le film manipulant un certain nombre de clichés et de situations caricaturales. Malgré cela, on se laisse tout de même happer par l'aventure de ce beau personnage joué par le formidable Jonathan Feltre, parfaitement martyrisé par un Romain Duris des grands jours, meilleur méchant vu depuis longtemps au cinéma.

Une réussite mineure, mais très agréable, menée tambour battant.

 

2e

Voir les commentaires

La mélancolie

La mélancolie : voici un film dont le titre ne ment pas.

Aucune musique extra-diagétique (hormis le dernier plan), un jeu atone, un scénario neurasthénique, une histoire triste. Youpi. 

Tout semble teinté de noir dans ce film étonnant, admirablement réalisé par ailleurs. Tout est triste et pourtant rien n'y est désespéré. Du chaos émotionnel dans lequel est plongée l'héroïne surgit progressivement une lumière sourde et pour ainsi dire qui représente l'essence même de la vie (un peu comme chez Tolstoï semble soudain apparaître la vérité éternelle d'une situation triviale). 

Le film réalise donc une sorte de miracle : du corset sociétal japonais habituel (convenances étouffantes, sentiments étouffés, expression bridée), il parvient à faire émerger un élan compassionnel qui finit par prendre aux tripes (la magnifique scène de la recherche des anneaux chez le père du défunt).

La caméra, quant à elle, caresse, ondule, sinue. Elle révèle à mon sens un cinéaste très prometteur.

 

3e

Voir les commentaires

MaXXXine

MaXXXine est avant tout un exercice de style.

Hommage au cinéma des années 80 (on pense à De Palma constamment), mais aussi à tout le cinéma à travers une multitude de références, le troisième opus de Ti West est aussi un film de genre assez classique, mêlant effets horrifiques (en mode grand-guignol inoffensif) et thriller / slasher.

De ce gloubi-boulga qui pourrait être indigeste, le réalisateur fétichiste parvient à tirer une oeuvre enlevée et plaisante, qui ravit le spectateur ludique que je suis. Il y a, dans l'amour que West semble porter au cinéma de série B (et Z), un enthousiasme communicatif qui n'est pas sans rappeler un certain Quentin T (l'extrême virtuosité en moins).

Une autre clé qui fait tenir le film debout est la prestation de Mia Goth, héroïne psychotique, martyrisée et badass de cette ballade sanglante et réjouissante. La muse du réalisateur (déjà héroïne de ses deux premiers films) est formidable en actrice très "physique", fascinée par le succès et l'opportunité de quitter son métier d'actrice porno.

A réserver aux amateurs éclairés de second degré cinéphile (ou de premier degré déjanté).

 

2e

Voir les commentaires

Le roman de Jim

Ce nouveau film des frères Larrieu est une sage adaptation du roman de Pierric Bailly, qui lui-même m'avait paru très sage. Le résultat est donc sans surprise assez neutre, et d'une qualité pour ainsi dire... télévisuelle.

Sans être véritablement bouleversé, j'ai suivi avec intérêt cet itinéraire d'un homme (trop ?) gentil,  personnage dont le cinéma ne fait que très rarement le portrait. 

Il faut l'épaisseur de Karim Leklou, qui me fait penser de plus en plus à Jean Gabin, pour donner à cette simple histoire son caractère universel et profond. Le reste du casting ne m'a que très moyennement convaincu : Laetitia Dosch m'a semblé jouer faux à plusieurs moment, et Bertrand Belin n'est décidément pas un véritable acteur. C'est d'autant plus dommage que ces deux-là, gens ordinaires au comportement de salaud, aurait sans nul doute mérité un peu plus d'ambiguïté et de profondeur.

La mise en scène des Larrieu, qui d'habitude s'autorisent de nombreuses digressions fantaisistes, est ici étonnamment lisse, illustrant au premier degré le récit originel, sans y apporter aucune sorte de modification.

Je suis un peu surpris par l'avalanche de critiques dithyrambiques que suscite ce film, certes touchant, mais avec si peu d'effets qu'il finit par en paraître anodin.

Les frères Larrieu sur Christoblog : Les derniers jours du monde - 2009 (****) / L'amour est un crime parfait- 2014 (**) / 21 nuits avec Pattie - 2015 (***) / Tralala - 2021 (***)  

 

2e

Voir les commentaires

Emilia Perez

Jacques Audiard fait ici preuve d'une audace sans équivalent. 

Réaliser un film en espagnol (!), racontant comment un chef de cartel veut devenir une femme (!!) et de surcroît imaginer y insérer des moments chantés et dansés (!!!) : il faut vraiment avoir foi dans le cinéma et dans son propre talent pour se lancer dans un projet aussi insensé.

Le plus dingue est que le résultat fonctionne très bien : on y croit totalement, à tel point que la scène de retrouvaille m'a pris complètement par surprise lors du festival de Cannes. Malheureusement la bande-annonce révèle trop brutalement son contenu, qui ne sera donc plus une surprise pour le spectateur.

Emilia Perez dessine de très beaux portraits de femme et le prix collectif reçu à Cannes est parfaitement mérité. Zoe Saldana se révèle une excellente actrice, au-delà de sa performance dans Avatar, et elle est pour moi au moins aussi méritante que Karla Sofia Gascon. Leur amitié âpre et intense donne au film sa structure solide, alors que les morceaux dansés, formidablement réussis, lui apportent quelques bulles de légèreté, tout en amplifiant les sentiments des personnages. Le travail de la chanteuse Camille et de son compagnon Clément Ducol est remarquable.

C'est extrêmement efficace, puissamment romanesque, et brillamment réussi tout en étant parfaitement imparfait. Emilia Perez, par son caractère totalement neuf et son refus de toute vraisemblance réaliste, génère chez le spectateur une sorte de jubilation exaltante qu'on a pas connu depuis longtemps. 

Peut-être le meilleur Audiard et sans aucun doute un des meilleurs films de l'année.

Jacques Audiard sur Christoblog : Sur mes lèvres - 2001 (****) / Un prophète - 2009 (***) / De rouille et d'os - 2012 (****) / Dheepan - 2015 (***) / Les frères sisters - 2018 (**)

 

4e

Voir les commentaires

Santosh

Dans ce formidable film présenté au dernier festival de Cannes, on suit Santosh, une jeune femme indienne recrutée à la place de son mari mort en service, dans son apprentissage du métier de gardien de la paix.

Le réalisateur anglo-indien Sandhya Suri parvient à mêler dans cette âpre chronique plusieurs genres avec un grand bonheur (et une redoutable noirceur).

Le film est d'abord, et avant tout, un tableau au vitriol de la société indienne contemporaine. Corruption à tous les étages, incompétence de la police, absence d'éthique, tensions inter-religieuses, absence de réponse politique, machisme décomplexé et agressif, violence quotidienne, pregnance néfaste du système de caste : tout cela forme la toile de fond de la narration.

Mais au-delà de cet aspect rude et brut, parfois proche d'un travail documentaire, le film raconte aussi une formidable histoire, compliquée, tortueuse, qui tient à la fois du polar, du thriller psychologique et de la chronique sociale. Il dresse enfin, et peut-être doit-on dire surtout, un beau portrait de femme : la formidable Shahana Goswami propose une composition à la fois sensible et très physique.

La mise en scène sert parfaitement le propos complexe du film, et parvient à donner au film à la fois un rythme lancinant et une atmosphère poisseuse.

Du très beau travail.

 

3e

Voir les commentaires

Moi, moche et méchant 4

Le nouvel opus de la plus française des franchises US est assez réussi.

Contrairement à certains dessins animés (comme les Pixar en règle générale), la série Moi, moche et méchant n'inclut pas de second degré qui permettrait aux adultes de voir un autre film que les bambins. Ici, tout est à regarder avec des yeux d'enfant, et la qualité du film ne peut donc être jugée qu'à travers ses qualités intrinsèques de vivacité et d'humour .

Le résultat est à mon sens plutôt plaisant. Si le scénario ne brille pas par son originalité (le méchant est un peu faible), on est plutôt séduit par les couleurs pop des décors, la maestria des scènes d'action (je pense par exemple à l'attaque de l'animal furieux lors du hold-up) et surtout par chacune des apparitions des minions.

Les créatures du génial Français Eric Guillon font mouche à coup sûr : leur stupidité atavique est jouissive, leur galimatias esperantesque souvent très drôle et leur hyper-activité maladive une véritable dinguerie qui nous laisse abasourdi. On adore les minions.

Un film d'animation modeste mais rudement efficace, qui devrait ravir petits et grands.

 

2e

Voir les commentaires

Only the river flows

Dans le paysage du cinéma chinois contemporain, le polar se taille une belle place, symbolisée par la réussite du cinéaste Diao Yinan (Le lac aux oies sauvages).

Ajoutant sa pierre à ce mouvement, Shujun Wei nous offre ici une version noire et parfois lynchienne de la traditionnelle traque du tueur en série.

Si le début du film brille par sa maîtrise et sa noirceur poisseuse, on est ensuite assez rapidement perdu dans un labyrinthe mental dont on ne comprendra que tardivement qu'il reflète (au moins en partie) les hallucinations de son personnage principal, à l'évidence souffrant de troubles psychologiques.

Je trouve que cette option nuit un peu au plaisir que l'on éprouve à suivre une enquête qui s'annonçait passionnante, mais il faut reconnaître qu'elle donne à Only the river flows une aura particulière, qui flirte avec le fantastique.

Un polar d'une rare sophistication, réservé aux aventuriers de l'esprit.

 

2e

Voir les commentaires

<< < 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 20 30 40 50 60 70 > >>