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Christoblog

Articles avec #j'aime

The insider

Passé relativement inaperçu lors de sa sortie en mars dernier, le dernier film de Steven Soderbergh rappelle combien ce dernier peut être un cinéaste élégant et efficace.

Il nous offre ici une sorte de Cluedo d'espionnage stylé : six personnes dont un couple, et un traitre parmi ces six personnes. Sur cette base minimaliste, le cinéaste américain tisse une intrigue aiguisée comme un rasoir, dans laquelle tout le monde soupçonnera tout le monde, et qui trouvera une résolution brillante et alambiquée, mitonnée par le scénariste David Koepp.

Dans ce jeu des ombres millimétré, le couple Cate Blanchett / Michael Fassbender fait merveille, affichant avec décontraction une classe imparable.

Le film est court (1h30), sec et hyper-stylé, doté d'une photographie étonnante et très typée (arrière-plans très flous, couleurs ternes, halos de lumières artificielles). L'ensemble est plaisant, ouvrant quelques fenêtres originales sur les thèmes préférés de Soderbergh, notamment celui des confessions sexuelles salées, déjà abordé dans son premier film, Sexe, mensonge et vidéo.    

Une bonne soirée.

 

2e

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Fils de

Le premier film de Carlos Abascal Peiró, ancien journaliste, résonne curieusement avec l'actualité : il s'agit en effet dans le film de ... trouver un premier ministre !

Les candidats sont nombreux mais traînent tous plus ou moins une casserole (réelle ou montée de toute pièce par leurs adversaires) qui empêche leur nomination.

Le style du jeune cinéaste est sur-vitaminé, entraîné par une caméra sous acide et une succession de réparties bien senties et de gags dont beaucoup sont assez drôles.

On se n'ennuie pas une seconde, et fort heureusement le rythme effréné du début du film (une scène de fête tellement agitée que les dialogues en sont à peine audibles) se calme un peu pour ménager quelques jolies scènes dont François Cluzet est le centre, personnage plus doux que tous les autres.

On est ici dans le domaine de la parodie poussée à son extrême, les tares du monde politique étant exposées tour à tour, avec une acuité cruelle parfois délicieuse (je pense à l'allocution mielleuse de la candidate qui parsème ses propos d'un nombre incalculable de citations).

Un divertissement plaisant qui donne un coup de jeune à la comédie française.

 

2e

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Sirāt

Voici LE film que tout cinéphile attend de voir une fois dans sa vie : beau, puissant et par dessus tout imprévisible, ne ressemblant à rien de ce qui a été projeté dans une salle de cinéma jusqu'à ce jour. 

On ne comprend qu'approximativement ce qu'on voit (et entend !) dans un premier temps, et puis le film nous embarque dans une sorte d'aventure donquichottesque qui nous ravit, avant tout d'un coup d'imposer dans la salle une déflagration comme j'en ai peu vécu dans ma vie de spectateur.

A partir de ce moment, Sirāt devient une Odyssée onirique, hors du temps, dans un espace indéfini à l'ampleur vertigineuse, à la fois très loin de notre quotidien et tout à coup rattrapé par la plus cruelle des réalités (l'extrême fragilité de la vie), de celles qui nous font agripper l'accoudoir du fauteuil de la salle de cinéma comme on ne l'a jamais fait. 

J'ai conscience en écrivant ces lignes que je n'apporte rien de très éclairant à ceux qui n'ont pas vu le film, mais qu'ils me fassent confiance : sous ses atours de film "simple" sans morale, sans afféteries formelles, Sirat est une expérience de cinéma comme on en vit peu, entre nihilisme sensuel et cauchemar solaire.

Magnifique.

 

4e

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L'épreuve du feu

L'épreuve du feu est l'un des meilleurs films français que j'ai vu cette année.

Le sujet n'est pas si couramment traité au cinéma : que se passe-t-il si un garçon issu de la bourgeoisie ramène dans son groupe d'amis une fille pleine de verve, aux faux (et longs) ongles strassés, issue d'un milieu complètement différent du sien ?

Ce conflit de classe, auquel se heurtent violemment les sentiments, est traité ici d'une façon extrêmement subtile. Chaque personnage est finement dessiné avec ses contradictions et son passé (très touchant en ce qui concerne les deux principaux protagonistes), sans jamais être prisonnier de son déterminisme social.

On est donc surpris par l'évolution des évènements, absolument imprévisible, et touché par l'attitude des différents personnages. Il y a de la cruauté, mais aussi une grande empathie dans la façon dont Aurélien Peyre filme son petit groupe de jeunes.

La performance de l'actrice Anja Verderosa est prodigieuse, et m'a rappelé celle de Malou Khebizi dans l'excellent Diamant brut. Félix Lefebvre, que l'on a vu dans Rien à perdre en grand fils de Virginie Efira et surtout dans Eté 85, est lui aussi impeccable dans un rôle nuancé.

Une formidable découverte.

 

3e

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La trilogie d'Oslo : Rêves

Alors que l'opus intitulé Amour est radicalement polyphonique, Rêves est beaucoup plus resserré  : Haugerud s'intéresse ici exclusivement à l'histoire de Johanne, ou pour être plus précis à l'histoire que se raconte Johanne.

Autant Amour était ouvert sur le monde et la variété des sentiments, autant Rêves est presque claustrophobique par construction, à force de ne voir le monde qu'à travers les yeux de son héroïne.

L'exercice est donc complètement différent, mais ce qu'il y a d'interessant, c'est que les qualités d'écriture et de mise en scène sont les mêmes : attention extrême aux variations de l'âme qui effleurent sous les visages, classicisme épuré dans la façon de filmer, parfois zébrée d'éclairs chatoyants, douce causticité dans les dialogues, toujours ciselés.

Si j'ai été moins attiré par les états d'âmes de la jeune Johanne que par les tribulations des personnages d'Amour, je dois tout de même avouer que la découverte de ce cinéaste norvégien de 61 ans est pour moi un des faits marquants de 2025, tant son cinéma paraît évident et profond à la fois.

Je recommande cet exercice de style très contemporain, qui interroge la notion de réalité avec brio.

 

2e

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La trilogie d'Oslo : Amour

De la trilogie de Dag Johan Haugerud, Amour est pour moi le meilleur, opus et de loin.

Le film permet de suivre la trajectoire de personnages haut en couleur : Marianne, médecin célibataire, Tor, infirmier gay, Bjorn, papa récemment divorcé, et beaucoup d'autres.

Chacun est extrêmement attachant : Haugerud excelle à les filmer au plus près de leurs désirs, souvent très intenses, mais aussi décrits avec une grande finesse. J'ai souvent pensé au meilleur de Woody Allen, ou aux films les plus récents d'Emmanuel Mouret. Les conversations sont très crues quand elles portent sur le sexe, et contribuent à donner au film une teinte résolument moderne.

Un autre des points forts du film, c'est de prendre Oslo (et ses bateaux qui relient les différents quartiers) comme magnifique théâtre de l'action : rarement une ville aura été aussi bien filmée, notamment de nuit. La mise en scène est de ce point de vue d'une élégance rare.

J'ai été plusieurs fois ému, amusé, choqué, surpris par ce que proposait le film, riche en idées originales sur nombre de sujets : l'histoire, le sexe, l'amitié, la parentalité, la maladie, la mort, le plaisir, la vocation.

Du grand art.

 

3e

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The things you kill

Drôle d'objet que ce film tourné en Turquie par le réalisateur iranien Alireza Khatami, à mi-chemin entre le tableau naturaliste d'un cas de conscience, typique du cinéma iranien, et l'essai conceptuel dont le cinéma occidental est coutumier (les critiques évoquent, à mon avis abusivement, David Lynch).

Pour le premier point, la caméra de Khatami est d'une grande élégance. La mise en scène est subtile, signifiante, et capte merveilleusement les subtilités de jeu des acteurs. Les paysages de la Turquie évoquent ceux filmés par les grands cinéastes iraniens, et je me suis surpris à déceler ici et là l'influence d'un Nuri Bilge Ceylan, et plus loin celle d'un Jafar Panahi (certaines scènes résonnent curieusement avec la Palme d'or de cette année, Un simple accident). 

Vers le milieu du film, une faille conceptuelle s'ouvre, et nous assistons, sans trop déflorer le sujet, à un glissement de personnages. Ce tour de force est annoncé fort subtilement en amont par quelques astuces de mises en scène à peine discernables (flou, miroir). 

Le spectateur est alors pris d'une sorte de vertige de belle facture, très bien maîtrisé. On se rend compte alors que le film, qui semblait décrire une simple situation de film noir est en réalité l'exploration audacieuse de l'inconscient du personnage principal. 

A condition d'accepter sa construction complexe est déstabilisante, The thing you kill est un véritable plaisir de cinéphile : beau, intrigant et complexe.

 

3e

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Valeur sentimentale

Le nouveau film de Joachim Trier commence par une scène de toute beauté, dont le personnage principal est ... une maison.

Cette  introduction est tellement délicate et brillamment filmée qu'on se dit qu'on tient peut-être là un grand film, digne d'être comparé au chef-d'oeuvre de Trier, Oslo, 31 août.

Malheureusement, l'enchaînement avec les atermoiements de Nora, actrice de théâtre qui panique avant d'entrer en scène (?!), nous laisse de marbre. A l'image de tout ce qui va suivre dans le film, les états d'âmes du personnage joué par l'actrice fétiche de Trier, Renate Reinsve, ne parviennent pas vraiment à captiver (j'ai trouvé que l'actrice qui joue sa soeur, Inga Ibsdotter Lilleaas, était plus intéressante).

Il faut dire que le film cultive l'entre-soi : on est entre gens de la profession, qui se formalisent d'un rien, s'expriment mezzo voce, et souffrent pour des raisons qui nous semblent bien futiles (jusqu'à une révélation bien trop tardive, et dont le poids émotionnel n'est curieusement pas mis en valeur, ni par l'écriture, ni par la mise en scène).

L'impression globale générée par le film est celle d'un drame bourgeois filmé par un Bergman propre sur lui, plutôt bien écrit et filmé avec élégance, mais dont on ne sait trop quoi penser : parfois ennuyeux quand il décrit de chichiteuses souffrances, et parfois amusant quand il manie la causticité distanciée (le metteur en scène qui offre les DVD d'Irréversible et de La pianiste à son petit-fils). 

A vous de voir.

Joachim Trier sur Christoblog : Oslo, 31 août - 2012 (****) / Back home - 2014 (**) / Thelma - 2017 (*) / Julie en 12 chapitres - 2021 (**)

 

2e

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Life of Chuck

Voici un joli succès inattendu qui montre une fois de plus la puissance du bouche à oreille en France.

Rien de susceptible d'attirer les foules dans cette adaptation d'une courte nouvelle de Stephen King : pas de stars à l'écran, un réalisateur surtout connu des amateurs de séries horrifique de qualité (Mike Flanagan), une construction un peu compliquée qui peut perdre le spectateur et enfin un sujet pas folichon (en gros, la mort).

Lancé le 11 juin sans beaucoup de promotion, Life of Chuck est pourtant en train de dépasser les 200 000 spectateurs, gagnant même des spectateurs lors de sa troisième semaine d'exploitation, un fait rarissime. 

Si le succès est au rendez-vous, c'est probablement grâce à l'écriture millimétrique du scénario et à l'atmosphère de surréalisme poétique qui baigne la première partie du film. Cette introduction qui se situe dans un futur lointain entremêle avec brio préoccupations environnementales, drame intime et fantastique éthéré. C'est du grand art.

Dans les deux parties suivantes, qui nous ramènent à rebours vers le présent, tous les éléments curieux de la première partie trouvent une explication rationnelle, à travers une histoire de vie qui peut parler à chacun d'entre nous et qui évoque des thèmes universels (la mort, l'amour, le goût de la vie). Comme tout cela est fait avec beaucoup de pudeur et de retenue, on se laisse complètement embarquer dans la vie de Chuck, qui pourrait être la nôtre.

L'art de Flanagan (qui consiste à marier à la perfection les effets surnaturels à la trame intime des sentiments) entre en parfaite résonance avec celui de King, dont il n'est pas très éloigné. 

Un beau film que je conseille vivement, qui parvient à mêler émotions et stimulation intellectuelle, ce qui n'est pas si courant.

Mike Flanagan sur Christoblog : Les sermons de minuit - 2021 (***)

 

3e

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Au rythme de Vera

Certains films valent avant tout pour leur sujet. C'est assez rare, mais lorsque cela est le cas, le résultat constitue souvent un excellent moment de cinéma, qui mêle plaisir de la découverte et satisfaction de la curiosité assouvie.

En l'occurence il s'agit de relater comment le fameux concert de Keith Jarett à Cologne (toujours le disque de jazz solo le plus vendu à ce jour) est le fruit de la conjonction de l'obsession d'une jeune fille rebelle (Mala Emde, formidable) et du génie d'un musicien hors norme (John Magaro, acteur récurrent chez Kelly Reichardt, très convaincant en Keith Jarett tourmenté).

Le scénario de Au rythme de Vera entretient de façon diabolique le suspense (on sait que le concert se tiendra, et on est pourtant suspendu au chapelet de péripéties que le film déroule). Il varie aussi les points de vue, offrant le tableau poignant d'un artiste possédé par son art, puis se permettant un petit cours d'histoire du jazz face caméra, animé par un journaliste couvrant l'évènement.

En multipliant les points de vue et en s'attardant parfois sur de beaux personnages secondaires, le réalisateur israélien Ido Fluk n'hésite pas à multiplier les changements de rythme : c'est osé et souvent parfaitement réussi.

La bonne surprise de ce début d'été : un pur moment de plaisir, débarrassé de toute préoccupation esthétique.

 

3e

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Amélie et la métaphysique des tubes

Tirée du roman d'Amélie Nothomb qui raconte sa (toute) petite enfance au Japon, le film de Mailys Vallade et Liane-Cho Han est surprenant. 

Si sa technique d'animation est assez simple (voire simpliste), le choix des couleurs est résolument original, fournissant des visions radicales, qui peuvent osciller entre des environnements éclatants de couleurs vives, des tableaux pastel et des scènes d'apparences beaucoup plus réalistes.

Le film se distingue aussi par une écriture extrêmement recherchée (je pense par exemple à la scène de cuisine lors de laquelle Nishio-San raconte son enfance et la guerre) et une mise en scène sophistiquée.

Le tout parvient à faire émerger assez rapidement de puissantes émotions, et il st difficile de ne pas avoir les yeux humides à certains moments du film. Peut-être un peu trop sérieux pour les tout-petits (on y parle de mort, de guerre, de tristesse) et un peu trop enfantin (en apparence) pour certains adultes, le film ne trouvera peut-être pas son public : ce serait dommage, car Amélie et la métaphysique des tubes est un film d'animation très réussi.

 

2e

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Sister midnight

Au vu de sa famélique distribution en France, peu de personnes verront ce film indien et on peut le regretter.

Sans son exposition à la Quinzaine des Cinéastes 2024, il est même peu probable que ce film féministe et fantastique ait pu trouver le chemin des salles françaises.

Le film commence comme un documentaire sur l'Inde, mais on se rend rapidement compte que quelque chose ne va pas : les personnages se meuvent mécaniquement (on songe à Tati ou à Kaurismaki), la bande-son punk-rock détonne, et on se dit que tout cela ça trop loin quand l'héroïne commence à manger les animaux vivants, qui reviennent ensuite sous forme de marionnettes fantômes (?!).

Dans sa seconde partie, Sister midnight n'est plus très tenu, et tout part subitement en vrille, entre chronique d'une libération féminine par le corps et road movie initiatique.

Même si la fin est un peu décevante, le film de Karan Kandhari possède vraiment une patte particulière, entre univers pop coloré et Cronenberg hindi : il faudra suivre ce cinéaste.

 

2e

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L'affaire Nevenka

Passé relativement inaperçu lors de sa sortie fin 2024, ce beau film espagnol mérite d'être regardé à l'occasion de son arrivée sur Canal+.

Tiré d'une histoire vraie, il décrit avec une précision chirurgicale l'histoire d'une jeune femme victime de harcèlement sexuel dans les années 90, et qui décida de porter plainte. D'une certaine façon, L'affaire Nevenka est donc une sorte de vestige du temps passé, préfigurant avec une acuité étourdissante ce que le mouvement Metoo mettra en lumière des décennies plus tard.

Le film est remarquable par la qualité de son écriture. Le scénario prend le temps de mettre en place tous les éléments du crime : le mécanisme de séduction, les affres de l'emprise, le sentiment de culpabilité, la pression sociale, les hésitations intimes, la souffrance psychologique, le machisme ambiant, les rouages du monde politique, l'intelligence machiavélique de l'agresseur. Les deux principaux protagonistes (Mireia Oriol et Urko Olazabal) fournissent une prestation exceptionnelle d'intensité, dans des registres très divers.

Icíar Bollain confirme ici ses qualités de réalisatrice sensible et efficace, qui m'avaient séduit dans son précédent film. Un peu à l'écart des grands festivals, elle mérite une plus ample reconnaissance.

Iciar Bollain sur Christoblog : Katmandu, un miroir dans le ciel - 2011 (**) / Les repentis - 2022 (***)

 

3e

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Jeunes mères

Jeunes mères marque un double tournant dans la filmographie des frères Dardenne. Il s'agit en effet pour eux de suivre ici pour la première fois tout un groupe de personnages, et non plus un ou deux en particulier. Et surtout, le ton est ici beaucoup moins doloriste (certains diraient sadique) que dans les derniers films du duo belge.

On suit quatre jeunes filles hébergées dans une maison maternelle, qui s'apprêtent à devenir mère et vivent des situations familiales et sentimentales délicates. Garderont-elles leur enfant où recourront-elles au placement : c'est une des questions principales qu'aborde Jeunes mères, avec toutefois moins d'intensité que Pupille.

Le résultat est contrasté, du fait de deux éléments. La prestation de chacune des actrices est d'une qualité très variable : Elsa Houben (Julie) crève l'écran, alors que Lucie Laruelle (Perla) semble un peu à la peine. Les contextes familiaux et l'intensité des personnages secondaires sont aussi d'un intérêt très hétérogène : l'histoire d'Ariane et de sa mère possède une intensité dramatique bien supérieure aux trois autres.

Mon avis est au final plutôt positif, car Jeunes mères "rafraîchit" en quelque sorte de cinéma des Dardenne dont les derniers développements m'exaspéraient par leur dialectique sans surprise.

Les Dardenne sur Christoblog : Le silence de Lorna - 2008 (**) / Le gamin au vélo - 2011 (***) / Deux jours, une nuit - 2014 (*) / La fille inconnue - 2016 (**) / Le jeune Ahmed - 2019 (**) / Tori et Lokita - 2022 (**)

 

2e

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Le répondeur

Le prétexte du Répondeur (un écrivain recrute un imitateur pour répondre à sa place à tous les appels téléphoniques qu'il reçoit) peut laisser perplexe, tant il semble invraisemblable.

Pourtant, la réalisatrice Fabienne Godet parvient à nous faire entrer dans cette histoire par la grâce d'une écriture millimétrique et d'une excellente direction d'acteur.

Denis Podalydès est plutôt très bien dans un rôle qu'il joue en retenue, mais c'est surtout Salif Cissé qui crève l'écran. On l'avait déjà vu dans beaucoup d'excellents films (Juliette au printemps, mais surtout le formidable A l'abordage de Guillaume Brac), et il est ici une nouvelle fois parfaitement convaincant, imposant son physique massif et sa douceur raisonnable avec un naturel charmant.

On passe donc au-dessus des quelques facilités, des seconds rôles un peu faibles et de la morale attendue du film, pour simplement passer une bonne soirée, amusante et parfois touchante.

 

2e

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La venue de l'avenir

Il y a quelque chose de désarmant dans le cinéma de Cédric Klapisch : une candeur qui ne devient jamais lourde, servie par une foi immense dans le pouvoir du cinéma.

Dans cette improbable histoire qui mêle préoccupations contemporaines et plongée rétro dans le XIXème siècle , il y a une réflexion diffuse, qui ne fournit pas la matière première du film : il s'agit d'un questionnement autour de la modernité, articulé autour de la permanence des sentiments.

Adèle se confronte en effet aux innovations de son temps (la photographie, l'impressionnisme), comme ses très lointains descendants (réseaux sociaux, solitude), mais trouve sa vérité en aimant, comme d'ailleurs le feront les lointains cousins du XXIème siècle. Dans le cinéma de Klapisch, il est finalement toujours question de liens.

Le film serait donc seulement une fantaisie kitsch vaguement sentimentale si le talent de Klapisch ne parvenait à la sublimer par des parallèles charmants et un montage parfois vertigineux.  On prend au final un plaisir certain à suivre les évolutions d'un casting cinq étoiles, dans lequel j'ai envie de distinguer Suzanne Lindon, parfaitement à l'aise dans le rôle d'une jeune fille mal à l'aise, Cécile de France méconnaissable et un Paul Kircher qui me convainc ici totalement pour la première fois de sa jeune carrière.

Une guimauve, mais avec style.

 

2e

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The phoenician scheme

Les Wes Anderson se suivent et se ressemblent malheureusement un peu trop .

Nous avons donc ici les recettes qui sont généralement mises en oeuvre par l'Américain : cadrage corseté, jeu sans expression des acteurs, décors stylisés, postures hiératiques, fétichisation d'objets kitsch et colorés.

La relative bonne nouvelle est que dans cet opus la stylisation à outrance s'efface un petit peu au profit d'émotions plus humaines : amour filial, peur de la mort, croyance en Dieu, trahison et rédemption. L'image est aussi un peu moins remplie à ras-bord que dans les deux derniers films, ce qui permet une meilleure respiration dans la narration. 

Certaines scènes parviennent même à retrouver la légèreté rieuse et caustique qui semblait avoir déserté le cinéma d'Anderson : la scène de basket-ball est ainsi très réussie. Une sorte de gore bon enfant et revigorant est aussi de retour, par exemple dans la scène du premier crash.

The phoenician scheme est donc une relative réussite dans le genre "maison de poupée pour adulte" qui semble être devenu le style durable du cinéaste, style qui n'est pas mon préféré, vous l'aurez compris.

 

2e

 

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Partir un jour

Le film d'ouverture du Festival de Cannes 2025 nous rappelle une évidence : le propre du bon cinéma est avant tout de générer des émotions chez les spectateurs.

Partir un jour, de ce point de vue-là, est un beau et grand film. On y rit d'abord franchement, du fait d'une écriture très subtile et précise d'une part (le carnet du papa, la partie de Times Up et le cas "Dupond"), et grâce au don comique intrinsèque de plusieurs acteurs et actrices du casting d'autre part, Dominique Blanc et François Rollin en tête.

Amélie Bonnin parvient aussi à distiller tout au long de son film une profonde émotion, générée par la confrontation des lignes de vie qui ont existé, et de celles qui auraient pu exister. De cet enchevêtrement de possibilités avortées et d'espoirs renouvelés, sourd une douce mélancolie, qui parvient à n'être jamais triste.

Il faut ajouter à toutes les qualités du film une capacité rare à décrire un milieu social de province pas très favorisé sans misérabilisme (les restaurants pour routiers, belles métaphores pour une histoire de départ et de retour). Pour colorer ce tableau riche et complexe (on pourrait y ajouter plusieurs autres thématiques, comme la cuisine et la maternité), la réalisatrice choisit d'essaimer quelques chansons populaires fredonnées par les personnages, mais ce choix ne fait pas de Partir un jour une comédie musicale. Chaque passage de ce type agit plutôt comme un exhausteur de goût, qui relève avec mesure ce qu'on vient de voir.

Chaque grand film comprend une scène emblématique, et je dois dire que cela faisait bien longtemps que je n'avais éprouvé aussi violemment le sentiment d'allégresse que me procure une scène parfaitement réussie : il s'agit bien sûr ici du souvenir de la patinoire, bijou d'écriture et de mise en scène.

Un grand film, léger comme l'air.

 

4e

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The gazer

The gazer est une curiosité de la Quinzaine des cinéastes 2024. 

Le réalisateur Ryan J. Sloane se fend ici d'un hommage appuyé au cinéma des années 70 : trip nocturne, 16 mm au gros grain, équipe de tournage très réduite, ambiance de polar paranoïaque, lumières blafardes.

Le propos du film est original : il montre comment une jeune femme atteinte d'une maladie dégénérative lui faisant perdre la mémoire immédiate se retrouve impliquée dans une sordide affaire de meurtre. Elle doit constamment s'enregistrer elle-même à l'aide d'un vieux magnétophone pour garder trace de ce qu'elle vit.

La progression de sa quête se fait donc à l'ancienne, sans portable, et Frankie, jouée par la l'excellente Ariella Mastroianni (aucun rapport avec Marcello) doit donc progresser sur la base d'une stricte appréciation de la réalité. Réalité qui par ailleurs se délite en partie sous ses yeux, le réalisateur parvenant subtilement à nous rendre sensible les distorsions que le cerveau de Frankie éprouve.

Tout n'est pas palpitant dans The gazer, le film souffrant par moment d'une certaine nonchalance arty, mais la démarche est intéressante. Un film de cinéphile pour cinéphiles.

 

2e

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Simón de la montaña

Le début de ce film argentin donne l'impression d'avoir été vu mille fois : un milieu difficile, un ado qui se cherche, un groupe de jeunes qui font des conneries, un beau-père sans autorité, une caméra à l'épaule et une approche naturaliste.

L'originalité tient ici aux décors inhabituels (la Cordillère des Andes constitue un majestueux arrière-plan) et surtout au contexte général : l'action se déroule en grande partie dans un établissement pour handicapés et la plupart des acteurs sont eux-mêmes porteurs d'un handicap.

Le sujet n'est pourtant pas celui-ci, le film montrant le handicap plutôt comme une opportunité que comme un problème. Ce dont veut nous parler le réalisateur, c'est à l'évidence de l'émancipation et de l'énergie juvéniles de ses personnages. Il y parvient souvent, donnant à voir des micro-aventures saisissantes (le bobsleigh artisanal) et débordantes d'énergie. 

Le film souffre de quelques longueurs et redites, mais il faut lui reconnaître un souffle certain, à l'image d'une scène initiale décapante, filmée en pleine tempête dans des décors naturels.

L'acteur principal, Lorenzo Ferro, est magnétique.

Federico Luis, dont c'est le premier film, est un cinéaste à suivre.

 

2e

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