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Christoblog

Articles avec #kleber mendonca filho

L'agent secret

L'agent secret est un très beau film, qui confirme que Kleber Mendonça Filho est un des plus grands cinéastes contemporains.

Wagner Moura y campe avec brio (prix d'interprétation à Cannes) un homme poursuivi pour de troubles raisons politiques par des tueurs à gage.

Il arrive dans Recife en plein carnaval et va nous entraîner dans un dédale d'évènements et de situations dont on ne comprendra pas tous les aboutissants, mais qui sont filmés avec une maestria incontestable. On y croise une logeuse énigmatique, un requin qui a avalé une jambe, un cadavre en décomposition et bien d'autres choses.

La mise en scène a un petit quelque chose de parfait et d'ample qui rappelle le cinéma du Nouvel  Hollywood. Il y a aussi dans le film de nombreuses références cinématographiques qui sont autant de clin d'oeil au public cinéphile (Belmondo, Les dents de la mer...).

Mendonça Filho n'hésite pas à aborder plusieurs genres dans ce qui constitue son film-somme, thriller, horreur, mélo social, tableau historique des années 70 : c'est à la fois une de ses forces si on en croit certaines critiques, mais peut-être aussi un léger frein pour crier au chef-d'oeuvre absolu, le résultat final pouvant paraître légèrement décousu.

Un beau et grand film à voir, qui nous fait respirer le Brésil à plein poumons.

Kleber Mendonça Filho sur Christoblog : Les bruits de Recife - 2012 (**) / Aquarius - 2016 (***) / Bacurau - 2019 (**)

 

3e

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Bacurau

Beaucoup de critiques font de Bacurau une lecture politique : il s'agirait à travers la destinée de ce village, de dénoncer la montée du populisme au Brésil et de mettre au contraire en exergue la force de l'entraide et de la solidarité.

Si cette lecture est inévitable (les réalisateurs eux-mêmes parlent de leur film comme d'un geste politique), il ne faut pas négliger le plaisir de spectateur tout simple qui nous saisit à la vision de cette fable anticipatrice, inégale, mais profondément originale.

Pendant la première moitié du film, on ne comprend rien à ce qu'on regarde, à tel point que cela en est presque énervant. Et puis les choses se décantent progressivement par le dévoilement d'une intrigue retorse que je tairai ici mais qui envoie le film se balader dans de multiples contrées très typées : le western, le survival, le gore, le film de vengeance, le thriller d'anticipation, le film d'action bestial à la Tarantino.

Si le rythme haletant est alors très prenant, Bacurau ne se départit cependant pas totalement de son étrangeté initiale, ce qui le rend très attachant. Je le conseille aux amateurs de découvertes.

 

2e

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Aquarius

Cette année à Cannes, plusieurs actrices ont livré des performances extraordinaires. 

Sonia Braga fut peut-être la plus belle d'entre elles. 

Férocement libre, elle cannibalise un film dont on se demande parfois ce qu'il cherche à nous dire : que vieillir c'est pas bien, et qu'il faut résister ? Sous cet angle, Kleber Mendonça Fliho atteint parfaitement son but. La sexagénaire Clara est le prototype même de la force de vivre, qui lutte par tous les moyens, libido comprise.

Aquarius est donc un splendide portrait de femme, mais c'est aussi un bel instantané de Recife, la ville du réalisateur, décrite avec tendresse et douceur. On découvre ses plages et ses subtiles hiérarchies sociales (on y est visiblement plus ou moins noir). 

Le film peut paraître ne pas être grand-chose, surtout rapporté à sa durée (2h25), mais il a l'immense mérite de proposer des sujets originaux et délicats : portrait d'un immeuble, lutte de la modernité et du temps passé à travers de nombreux angles (Vinyl vs MP3 par exemple), normalité et réalisation de soi.

Servi par une mise en scène d'une parfaite élégance et par une bande-son absolument délicieuse, Aquarius est un doux plaisir à partager entre connaisseurs. 

 

3e

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Les bruits de Recife

Ce premier film du réalisateur brésilien Kleber Mendonça Filho est à la fois profondément sensuel et complètement intellectualisé. On pourra, suivant sa sensibilité, adorer l'un, détester l'autre, ou inversement. Ou les deux. Ou aucun.

C'est un peu comme le mariage du meilleur de Carlos Reygadas (pas évident à trouver) avec une véracité psychologique à la Ulrich Seidl. Vous ne voyez sûrement pas ce que je veux dire, mais d'une certaine façon, moi non plus. D'ailleurs, à ce stade, il me faut bien avouer que j'ai hésité à très mal noter ce film, à le descendre carrément (en déclarant que je m'y suis mortellement ennuyé), pour au final déclarer mentalement et intérieurement qu'il fallait attirer l'attention de la communauté de mes lecteurs (c'est-à-dire entre 2 et 4 personnes) sur son cas. Ce qui ne sert à rien, par ailleurs, puisque le film n'est quasiment pas visible en salle.

Bref, vous ne le verrez pas, je l'ai vu : et du coup, en imaginant que de ce salmigondis d'images curieuses et prétendument inoffensive sorte un futur grand réalisateur, je pourrai dire que j'y étais.

Sinon, il est question de suivre plusieurs personnages d'un quartier résidentiel qui ne se connaissent pas, et de décrire ce faisant quelques turpitudes de la nature humaine de façon assez cruelle et parfois amusante (masturbation féminine sur machine à laver en fin de cycle, l'essorage comme palliatif à l'absence de sextoy). Le film se complique quand il mêle à cette froide rhétorique des éléments oniriques incongrus, et quand il finit même par essayer d'insuffler un peu de thriller dans une trame tissée à la manière Haneke.

C'est à la fois étonnant et consternant, et pour une fois, je refuse donc de donner un avis tranché. Et toc.

 

2e

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