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Christoblog

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Tucker & Dale fightent le mal

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/85/92/75/19857216.jpgS'il y a un truc qui cloche dans ce film, c'est le titre français, d'un ridicule consommé, dont l'auteur parisien peut rougir 11 000 fois.

 

A part ça, nous sommes en présence d'un film correspondant parfaitement à ce qu'il prétend être : une blague potache sans prétention, qui se laisse regarder avec plaisir.

 

Le prétexte est classique : des teenagers décérébrés se font des frissons dans l'outback US, façon Delivrance. Ils pensent devenir la proie de deux hillbillies pervers, qui ne s'avèrent être que de bons bougres... Les étudiants vont tout de même tous mourir (c'est ce qui est drôle), suite à une suite totalement improbable de quiproquos tous plus idiots et capillotractés les uns que les autres.

 

C'est gentillement décalé, jamais insupportablement gore, et cela rappelle furieusement les opus de la paire Simon Pegg / Nick Frost  (Paul, Shaun of the dead, Hot fuzz). D'ailleurs le physique des deux personnages principaux n'est pas sans rappeler la paire britannique : un blond pas trop con et un brun benêt et un peu gros.

 

Si le scénario est hyper-prévisible (sauf peut-être dans son développement de comédie romantique), on passe un moment de détente plutôt agréable, à condition de pouvoir rire de quelques empalements, déchiquetage à la broyeuse, et autres démembrements cocasses.

 

2e

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Tatsumi

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/83/97/10/19725934.jpgQuel plaisir !

Bien sûr, le fait que je sois un grand fan de Ozamu Tezuka, la figure tutélaire du manga, comme Tatsumi, héros de ce film et lui-même auteur de manga (pour adulte), m'empêche d'être tout à fait objectif à propos du film d'Eric Khoo, prodige singapourien.

Je laisserai donc à d'autres le soin de parler de ce film de façon objective.

Pour ma part, l'évocation de la vie de ce mangaka méconnu en France m'a ravi. Cette biographie animée est décrite en couleur, alors que 5 de ses livres sont illustrés sous forme de dessins animés monochromes. Ces 5 histoires sont plus noires les unes que les autres, et reflètent bien le génie du manga pour adulte japonais : guerre, catastrophe atomique, prostitution, inceste, désespoir, impuissances de toutes sortes, incommunicabilité, suicide, mutilation, meurtre... on est à mille lieues du dessin animé Walt Disney.

Le film est très plaisant à regarder, même s'il peut être un peu répétitif, et les scènes de fin durant lesquelles on voit le vrai Tatsumi se superposer à sa représentation ont une force incontestable. Une belle découverte.

 

2e

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Detachment

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/85/32/06/19964497.jpgOn peut regarder Detachment suivant plusieurs angles.

 

D'un point de vue général, le film constitue un tableau impitoyable d'une société qui se délite de tous côtés. L'ensemble des personnages est saisi dans une posture d'échec présent, passé ou à venir. La charge est tellement radicale qu'elle paraît parfois onirique dans ses excès : les effets déformants, les postures inhabituelles (la principale prostrée dans son bureau), les grimaces de possédés (exceptionnelle composition de James Caan), les excès des uns et des autres, les pétages de plomb en tout genre... Le film peut donc être vu d'une certaine façon comme un mauvais rêve, un cauchemar qui reflète la réalité en la déformant très légèrement, une sorte de subtile dystopie voilée.

 

Un autre angle de vision est de considérer le film comme une ode élégiaque à la dépression, un hommage à la mélancolie. Il devient alors une version de la réalité vue à travers le prisme déformant du regard de son acteur principal. Beaucoup d'éléments poussent à cette approche, dont les inserts qui montrent Adrien Brody commenter son cas, comme si toutes les autres images étaient rêvées, les nombreuses références littéraires ou les visions finales de l'école dévastée.

 

Une troisième clé pourrait être psychanalytique : inceste, suicide, rapport à la mère, au père disparu. Les rapports aux femmes qu'entretient Henry Barthes peuvent être caractérisés par une sorte d'impuissance à concrétiser ses émotions. Il ne cède pas aux avances de sa col!ègue, ne peut serrer Meredith dans ces bras, et renvoie sa jeune protégée dans une scène déchirante.

 

Le film  ne fait donc qu'effleurer de très loin le sujet pour lequel il est vendu : la difficulté d'être enseignant dans un établissement (pas si) difficile.

 

Au-delà de son ambitieux propos, le film présente deux qualités essentielles : la performance exceptionnelle d'Adrien Brody, et la mise en scène assez soufflante de Tony Kaye. Ce dernier parvient à insuffler un rythme de film d'action à cette chronique névrosée par la grâce d'un montage hyper nerveux, associé à une petite musique toute en contrepoint et à des montagnes d'effets différents - que certains spectateurs délicats ne manqueront pas de trouver grossiers.

 

Detachment n'est pas plaisant, il est puissant.

 

3e

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Audition

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/00/02/30/90/audition2.jpgJe poursuis ma découverte de l'étonnante filmographie de Takashi Miike avec un de ses films les plus connus, l'horrifique Audition, qui fit sensation en son temps au festival du film fantastique de Gérardmer (en 2001).

 

Qu'on s'attende à quoi que ce soit, le film surprendra.

 

En effet, Miike pousse ici à son paroxysme un style qui lui semble propre : la rupture de ton intégrale. Le film commence comme un mélodrame : un homme perd sa femme entraînée par la maladie, élève son fils seul, puis après un certain nombre d'années, décide de se remarier. Pour ce faire, il utilise un ami travaillant dans le cinéma pour détecter sa future épouse, lors de fausses auditions.

 

Il tombe alors amoureux d'une jeune fille étrange qui va s'avérer un peu ... dangereuse.

 

Le film se décompose en trois phases distinctes : un film normal, une partie type horreur japonaise dans la mouvance de Ring, et une partie (assez courte) un peu gore (mais sans excès).

 

On ne peut qu'être étourdi par cette liberté de ton qui irrigue les films de Miike. Ici, le film part soudain en vrille à l'occasion d'une scène de lit, avec une succession de visions qui mêle les différentes temporalités, nous fait successivement penser que ce que l'on voit est une fantasmagorie, puis la réalité, puis l'inverse. D'un point de vue formel, après une utilisation obstinée des plans fixes, Miike se lance dans des essais assez audacieux : monochromes, champ / contrechamps exotiques, montage cut, etc.

 

Même si certains de ses effets paraissent un peu datés (mon DVD n'est peut-être pas d'excellente qualité), Audition reste un film étonnant et déstabilisant.

 

Miike sur Christoblog : Hara-kiri, mort d'un samouraï / Dead or alive 1

 

2e

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Café de Flore

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/82/82/48/19821691.jpgJe vous préviens : il existe toutes les raisons objectives de détester ce film. Je vais donc maintenant m'essayer à vous les décrire, avant de tenter un renversement particulièrement acrobatique (dit du chat qui retombe sur ses pattes) et conclure positivement sur le film, car la vie n'est pas si simple, ma brave dame.

Imaginez que le Eastwood d'Au-delà croise la Donzelli de La guerre est déclarée, shootée aux amphets, et vous aurez une toute petite idée du gloubi-boulga melodramatique concocté par Jean Marc Vallée.

Le film oscille constamment entre deux époques, les années 60 à Paris, où l'on suit Jacqueline (Vanessa Paradis) mère d'un petit trisomique, et le Québec contemporain dans lequel un DJ à la mode quitte sa vieille femme pour une jeune femme, au grand désespoir de la famille de son ex. Cette dernière, somnambule, fait des cauchemars. Le rapport entre les deux époque est assuré par une grosse connerie un réseau compliqué de liens ésotériques dont je ne peux révéler la teneur ici. Le film fait enfin la part belle à de nombreux autres flasbacks, tous destinés à nous embrouiller le cerveau.

Plus que l'histoire débile naïve qui nous est révélée à la fin (et qui peut presque s'analyser comme une construction psychanalytique donnée à voir dans l'esprit de la femme délaissée), c'est dans la délicatesse des sentiments exposés que le film trouve son intérêt. Je pense par exemple à la façon dont sont montrées les deux filles, ou dans les relations unissant les deux petits trisomiques.

Quant à la mise en scène, elle est à l'image du scénario, complètement zarbi inventive parfois à l'excès, et il faut bien le dire sabordée magnifiée par un montage hyper nerveux, qui fait ressembler le film à une sorte de clip new-age pour marque de chewing-gum à l'ecstasy. Je vous préviens donc, un film indigeste comme une poutine à la chantilly, qui fera fuir les amateurs de bon goût et les cinéphiles chichiteux. Je n'ai pas détesté.

 

2e

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The descendants

The descendants propose un plaisir devenu rare au cinéma : l'assemblage réussi d'un projet original, d'un scénario qui tient la distance, d'acteurs au top de leurs possibilités, et d'une réalisation intelligente et modeste.

D'abord, je ne pensais pas pouvoir dire un jour que Georges Clooney pouvait être génial. Hors, il est ici renversant, absolument pas en phase avec son image traditionnelle : lourd, bedonnant, dépassé et solide à la fois, presque moche, trompé, perdu. A aucun moment, je ne l'ai vu en lui Mr Nespresso, c'est dire s'il est bon.

Je ne vais pas raconter l'histoire, mais le pitch est assez connu. Rappelons le rapidement : un homme, dont la femme tombe dans le coma suite à un accident, doit tout à coup s'occuper de ses deux filles et découvre des éléments cachés sur le passé de sa femme.

Le film réussit une sorte de prodige : sa trame est à la fois limpide et complexe, son rythme parfois tendu et souvent paresseux, ses personnages cohérents et évolutifs. Il manie en permanence le chaud et le froid avec une habileté confondante, et sait entremêler drame et comédie comme seuls les Italiens semblaient pouvoir le faire.

Une des tactiques d'Alexander Payne est d'utiliser les éléments de son histoire systématiquement à contre-emploi : on a déjà vu que Clooney jouait l'anti Clooney, mais Hawaï est présenté comme un enfer (et en même temps la photographie le magnifie comme le plus beau des paradis), l'homme est le pivot stable autour duquel gravitent des femmes et des filles instables, etc.

Au final, sous la baguette d'un réalisateur particulièrement inspiré, on sort du film en ayant écrasé sa petite larme (ou alors, c'est qu'on a dormi), en ayant par moment franchement rigolé, en ayant été souvent intrigué et avec dans le coeur une palette d'émotions de toutes les couleurs.

Un beau film arc-en-ciel qui ouvre la liste des meilleures productions 2012.

 

4e

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La colline aux coquelicots

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/86/32/75/19835313.jpgContrairement à plusieurs autres blogueurs, je suis tombé sous le charme de la dernière production des studios Ghibli.

Le film n'est pas dirigé par le grand Hayao Miyazaki mais par son fils, Goro, dont tous s'échinent à dire qu'il est de moindre talent, sans lui avoir laisser le temps de démontrer le contraire.

La première qualité de La colline aux coquelicots est de proposer des images absolument sompteuses : des cieux superbes, des bateaux de toutes tailles magnifiques, des fleurs, des vitraux, une descente en vélo très joliment filmée. Le repère des étudiants, le Quartier Latin, est un endroit que le film dote d'une atmosphère très attachante, d'une aura qui entourait les objets appartenants à Porco Rosso, fait d'un tissage de rêve et de nostalgie.

Pour ceux qui comme moi aiment le Japon rural, le film est un enchantement : l'intérieur de la cuisine, les venelles fleuries, les rues en pente, la mer au loin. Ses paysages, sa maison, ses rues évoquent irrésistiblement le décor du trés beau film de Hirokazu Kore-Eda :  Still walking.

La mise en scène regorge de tendresse, de justesse, de sensibilité, de nervosité. Le script n'est pas sans allusion à la politique, à l'histoire, et à la sociologie japonaise. La colline aux coquelicots est enfin traversé par une belle et noble nostalgie : celle des amours enfuis, des parents disparus, des temps écoulés, et peut-être aussi celle d'un cinéma des origines.

Que le film joue à fond la carte du mélodrame ne m'attriste pas, au contraire, je trouve que cela lui confère une certaine noblesse et une belle grandeur. D'autant que le scénario n'est pas aussi simpliste que certains veulent le faire croire.

En résumé, une veine purement réaliste pour les studios Ghibli, pleine de douceur et de justesse, ce qui constitue une très bonne surprise pour moi.

Les studios Ghibli sur Christoblog, c'est ma visite à Mitaka (Japon), mais aussi Ponyo sur la falaise / Arrietty, le petit monde des chapardeurs

 

3e

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Dead or alive 1

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/35/15/76/18366793.jpg Fortement impressionné par Hara Kiri, et intrigué par la réputation sulfureuse de Takashi Miike, me voilà en train de visionner la première partie de la trilogie culte Dead or alive, sur les conseils de Asiaphilie.

Le début du film dépasse l'entendement et bouscule totalement le sens commun : une fille tombe d'un gratte-ciel, un homme égorge un homosexuel en pleine action dans les toilettes , un troisième sniffe un rail de cocaïne de 10 mètres de long, un troisième monte sur le toit d'une voiture et tue le personnage sus-mentionné en tirant à travers le toit de la voiture à l'aide d'un fusil à pompe maousse, le tout sur fond de riffs électriques quasi insupportables. 

La fin du film n'est pas en reste proposant un duel à la Sergio Leone sous acide : au bazooka, le bras d'un des personnage pendouillant au bout de son moignon, avant que le monde ne soit détruit par une sorte de boule de cristal. Vers la fin du film aussi, une tuerie dans une cave, qui fait tellement de victime que le sang constitue une sorte de marre d'une dizaine de centimètres de profondeur, dans laquelle les survivants pataugent.

Entre ces deux moments de folie qui feraient ressembler Tarantino à Bresson, le film déroule une histoire très calme, reposante et classique, opposant un flic ayant une vie de famille (et une petite fille à soigner) à un truand prêt à tout pour s'élever dans la hiérarchie de la pègre (et ayant lui aussi l'esprit de famille, puisque ses activités illégales ont servi à financer les études de son frère). Le film est alors plat comme une eau calme, très plaisant à regarder, et magnifiquement servi par deux acteurs au top.

Un film (le mot a été souvent galvaudé, mais là il se justifie : vraiment culte) hallucinant, multipliant les contrastes les plus incroyables.

A réserver toutefois aux spectateurs avertis.

 

3e

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Hugo Cabret

Pourquoi n'ai je pas été voir ce film à Noël ?

Je me le demande encore, tellement sa magie entre en résonnance avec la période du sapin, de la crèche et des contes.

Son aspect artificiel, dont les décors en carton-pâte sont la parfaite illustration, est d'ailleurs à la fois sa force et sa faiblesse. Si on y croit, on écrasera probablement une petite larme en se laissant entraîner comme un gamin (ce fut mon cas). Si on n'y croit pas, le film pourra paraître indigeste comme un loukoum trop sucré.

Le film me réconcilie avec Scorsese, avec qui j'étais en froid depuis Casino. Un beau moment de cinéma, qui sonne à la fois comme un cadeau et un testament.

Et maintenant au boulot. Idées de dissertation :

  • A partir de la photo ci-dessus (Scorsese se met lui-même en scène en train de photographier Mélies), vous expliquerez en quoi le film constitue un hommage au cinéma en général , et de quelle façon il utilise la mise en abyme pour le faire.
  • A partir des oeuvres récentes de Woody Allen, Christopher Nolan, et Martin Scorsese, vous analyserez la vision qu'ont de Paris les cinéastes américain du XXIème siècle. Vous comparerez à la vision qu'en ont eu Minelli, Wilder et Polanski.
  • Explicitez le rôle que joue l'automate dans Hugo Cabret. Représente-t-il le cinéma ? Expliquez comment il relie tous les personnages du films, et concluez sur le regard de ses orbites vides dans le dernier plan du film.
  • Le cinéma répare-t-il les êtres ou construit-il les rêves ? Illustrez votre proposition par des scènes du film.
  • Hugo Cabret, film des passages. Vous commenterez cette assertion en examinant successivement les notions de passages secrets, de transmission des savoirs et de rite de passage à l'âge adulte.
  • Lorsque le gendarme sauve Hugo, peut-on dire qu'il agit en automate ? Pourquoi cette scène peut-elle être considérée comme un point nodal du film ?
  • Vous analyserez les sources littréaires du film (Hugo, Dickens, Stevenson, Verne) et détaillerez comment elles nourrissent la narration à travers trois thématiques : les orphelins, les machines et la destinée.
  • Trucages et illusions : couleur, 3D, effets spéciaux, images de synthèse. L'illusion moderne est elle plus moderne que l'illusion au temps de Mélies ? Argumentez.

 

3e

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Louise Wimmer

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/85/89/77/19859577.jpg Louise Wimmer n'est pas une personne qui attire la sympathie. Presque 50 ans, plus d'appartement, un job de femme de ménage, elle dort dans une vieille Volvo break et se débrouille comme elle peut. Prendre le plateau repas d'une cliente qui s'en va, dans une cafétéria, pour se servir au buffet à volonté, syphonner les réservoirs des poids lourds, prendre sa douche dans une station service : elle use de tous les expédients qui la maintienne dans une condition de presque SDF.

 

Et si j'ai commencé cette critique par dire qu'elle n'est pas aimable, c'est parce que Louise est revêche, peu conciliante, et qu'elle parait même vaniteuse (refuser les avances d'un ami sincèrement épris, décliner les offres d'aide d'un amant de passage, s'inventer un domicile lors des démarches sociales, par fierté).

 

Louise Wimmer n'est pas un film aimable. Il ne s'y passe pas grand-chose, la mise en scène est sage et paraît peu exigeante. Cyril Mennegun explore des lieux tristes et peu séduisants : parking de gare, rue quelconque, station service, hôtel de passage, bar PMU. Autant de non-lieux issus d'une mythologie urbaine cafardeuse. Le film traîne une nonchalance studieuse et un peu rêveuse, que certains qualifieront de minimalisme.

 

On s'attend à plusieurs moments à un coup du sort, un accident de voiture, une agression nocturne, mais le film ne nous propose que des personnes attentionnées (le prêteur sur gage, la tenancière du PMU, l'ami, l'assistante sociale) ou de médiocres méchants (le patron de l'hôtel). Il ne nous éclaire pas plus sur le passé de Louise. L'espoir du film, sans cesse recommencé, semble consister à tenter de capter toutes les variations possibles des sentiments sur le visage et le corps de son (exceptionnelle) actrice. Jouissance, tristesse, désespoir, bonheur, colère, dédain, honte, espoir. Programme austère, temps de crise, ambition blafarde.

 

Louise Wimmer et Louise Wimmer ne sont pas aimables.

 

Et pourtant on les aime tous deux : elle, le personnage, qui rayonne comme la force brute de la vie (magnifiques derniers plans) et lui, le film, qui donne l'impression de voir la précarité au cinéma ... pour la première fois. Une femme qui se bat au bord du gouffre.

 

A voir absolument.

 

3e

 

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Une nuit

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/86/61/47/19851011.jpgJ'avoue que je connaissais pas le réalisateur d'Une nuit, Philippe Lefebvre, avant d'aller voir son dernier opus. Après quelques recherches, je découvre qu'il n'a que très peu tourné au cinéma, et un peu plus pour la télévision. Les mauvaises langues en profiteront pour dire qu'Une nuit est un honnête téléfilm, mais pour une fois, cela pourrait ne pas sonner comme une critique.

 

En effet, dans le genre polar stylé et pas prétentieux, Une nuit s'impose comme une réussite, certes mineure, mais pas désagréable.

 

Simon Weiss travaille pour la mondaine. Il est un peu verreux et travaille en cheville avec un vieux copain, patron de boîte. Il a l'IGS sur le dos. Le film le suit durant toute une nuit, en compagnie d'une jeune recrue (Sara Forestier, très crédible), alors que se joue une partie à plusieurs bandes entre lui et certains parrains de la nuit.

 

L'un des points forts du films est de restituer une très jolie ambiance du milieu interlope de la nuit parisienne : on explore toutes sortes de bars et de boîtes dans les pas d'un Roshdy Zem bluffant. Chaque visite de lieu est séparée de la suivante par des scènes de voitures tournées dans les rues d'un Paris désert et illuminé, qui dégagent une poésie sourde et prenante. Certains personnages croisés, fragiles, brisés, sont très émouvants.

 

Ici où là affleurent quelques naïvetés ou approximations, mais globalement le film tient bien la route, et s'il ne casse pas des briques, il ne nous casse pas non plus les bonbons. Du solide.

 

2e

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Take shelter

Take shelter, deuxième film du jeune réalisateur sudiste Jeff Nichols, icône du genre southern gothic, arrive sur les écrans précédé d'une répétition avantageuse, initiée en festival, relayée par la presse et amplifiée par quelques critiques de blogueurs. Le film ne fait pas moins que la couverture du nouveau Positif (le premier en couleur), alors que les Cahiers du cinéma de janvier y consacrent de nombreuses pages.

L'acteur Michael Shannon campe un américain pauvre, en proie à l'apparition des symptômes d'une maladie mentale (schizophrénie, paranoïa ?) et confronté aux difficultés financières pour se soigner.

Shannon possède un visage très expressif en lui-même, une démarche hallucinée et une élocution comateuse qui collent parfaitement à son rôle. Sa performance est assez convaincante, même si on peut considérer que son physique le prédispose à des rôles de zarbis dont ils devient spécialiste (Bug, une apparition marquante qui constitue le meilleur moment des Noces rebelles). Jessica Chastain est encore meilleure à mon sens, dégageant un flux d'amour infini, dont bénéficient son mari et leur petite fille sourde. La mise en scène est d'une sobriété assez étonnante, champ / contrechamp très sages, cadres hyper-classiques, caméra posée. Tout cela est très bien fait, légèrement malsain mais pas trop, parfois même assez brillant. La promotion du film dévoile les principaux ressorts du scénario, par ailleurs il faut le dire assez squelettique, gâchant un peu l'effet de découverte à la vision.

Le film est plaisant à regarder, surtout dans sa première partie lors de laquelle les séquences oniriques sont assez impressionnantes, sans être tape-à-l'oeil. Il s'essoufle à mon sens dans la deuxième, basculant curieusement dans une rationalité qui fait tomber la pression, puis dans une charge sociale certes intéressante, mais qui paraît devoir être un tout autre film. Quant au dernier plan, je le trouve très décevant - assez caractéristique d'un réalisateur qui tient une bonne idée mais ne sait pas trop comment la conclure.

Take shelter est donc une oeuvre de qualité, qui débute plutôt bien 2012, mais qui me semble un peu relever du pitch intéressant bien servi par un réalisateur talentueux, plutôt que du chef d'oeuvre un peu trop vite annoncé. Le film à l'évidence interroge le mythe d'une certaine Amérique, reprenant des éléments de la figure tutélaire du Sud : Terrence Malick. Entendre un journaliste parler du film comme d'un Shining à ciel ouvert est assez typique de l'emballement médiatique qui semble aujourd'hui devenu une sorte de règle : Nichols, avec ses qualités (très belle façon de filmer les visages, sensibilité à la nature qui le rapproche de The tree of life), doit encore parcourir un long chemin pour approcher Kubrick.

A voir, y compris par les âmes sensibles, le film étant bien moins stressant que certains veulent bien le dire (ce sont les mêmes qui essayeront de vous faire peur dans l'escalier de la cave).

 

2e

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A dangerous method

A force de faire des critiques négatives, je me prends à penser que je suis un blogueur bien ... négatif. Et franchement, avant de voir le dernier Cronenberg, je craignais - le coeur triste et l'âme grise - de devoir rempiler pour une énième descente en flamme.

Mais non. A dangerous method m'a beaucoup touché. D'abord le film est un peu décevant. Keira Knightley semble surjouer, les décors paraissent curieusement ir-réels et en même temps sur-réels (une première touche Cronenbergienne), et l'histoire patine à ses entournures.

Et puis, progressivement, le film décolle. D'abord par de brusques accélérations narratives, puis par la grâce de l'apparition / disparition de plusieurs personnages étonnants (Freud / Gross / la femme de Jung), et enfin par la mise en scène de Cronenberg, pernicieuse et très maîtrisée comme d'habitude. Le Canadien confirme ici qu'il est l'un des réalisateurs les plus intéressants de sa génération, puisqu'il réussit à surprendre de film en film, contrairement à d'autres qui radotent ou cachetonnent.

Au final, si le résultat n'est pas renversant, il est très plaisant (et instructif, même s'il est aussi simpliste). Une mention spéciale doit être décernée aux acteurs / actrices excellent(e)s, et en particulier à Fassbender, qui tient là peut-être son meilleur rôle depuis Hunger, tour à tour enfant distrait, homme perdu, créateur égoïste et coeur blessé.

La fin est particulièrement émouvante avec une magnifique scène sur un banc dont je ne dirai rien, et des cartons de fin (procédé un peu vulgaire, j'en conviens) terriblement efficaces.

Je recommande le film à tous ceux qui ont besoin d'une analyse, et même aux autres, mais y en-a-t-il ?

 

3e

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Marché sexuel des filles

marche_sexuel_des_filles.jpgNon, Christoblog n'est pas devenu un site porno.

 

Il faut simplement que je vous parle d'une expérience extrêmement traumatisante vécue lors du dernier festival des 3 continents, à Nantes. Anna, qui était de passage, en parle aussi sur son blog.

 

D'abord, une petite mise en perspective. Il s'agit là d'un roman-porno, genre à part entière, développé par la Nikkatsu à partir de 1971. Il s'agit le plus souvent de films à petit budget, tournés en une semaine. Ils sont érotiques, et non pornographiques, et entrent en résonnance avec les phénomènes socio-culturel du Japon de l'époque. De grands cinéastes y ont fait leurs armes. Je ne connais pas d'exemple similaires dans l'histoire du cinéma mondial.

 

Sans être grand spécialiste, j'ai cru comprendre qu'il existe des romans-pornos burlesques, violents, mélodramatiques ou tragi-comiques.

 

Ici, la situation est d'une noirceur absolue. Le film montre les activités des prostituées d'Osaka, et suit en particulier l'une d'entre elle, qui s'occupe en plus d'un frère handicapé mental. Le film impose des scènes d'une violence psychologique insoutenable. La bestialité des hommes et leur tyrannie sur les femmes sont montrées avec une crudité que je n'ai jamais vu ailleurs. Le réalisateur n'hésite pas à filmer des scènes extrêmement dérangeantes comme une prostituée qui semble éprouver du plaisir durant un quasi viol, ou une fellation effectuée par l'héroïne à son propre frère. Devant ce spectacle on est comme hébété, tant les codes politiquement corrects de nos habitudes sont balayés. On se demande si le cinéaste est en train de dénoncer ce qu'il nous montre avec ostention, ou s'il joue complaisamment avec nos instincts de voyeur.

 

La mise en scène est abracadabrante, passant gaillardement du gros grain noir et blanc à la couleur sans crier gare. Bref, une expérience absolument hors du commun.

 

3e

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17 filles

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/83/97/93/19860722.jpgBien sûr, ceux qui le voudront trouveront des aspects négatifs à 17 filles.

Avant de parler de ce qui fait la valeur du film, je passe donc rapidement sur ses défauts : certaines maladresses de mise en scène, des seconds rôles très approximatifs et un montage un peu mou. Voilà, c'est fait.

Rappelons le pitch du film : 17 jeunes filles (mineures, 16 ans), décident de tomber enceintes en même temps. On nous précise en introduction que le film est inspiré de faits réels - ce qui ne présente en soi aucun intérêt -  nous sommes bien d'accord, sauf quand il s'agit de dire aux spectateurs : notre histoire, aussi invraisemblable puisse-t-elle paraître, est vraie.

Ce qui me plait incroyablement dans ce film, c'est sa part féminine. Exit en effet les garçons, réduits à de simples inséminateurs (qu'on peut rétribuer comme des taureaux reproducteurs), et exit aussi les pères et les mères, absent(e)s ou impuissant(e)s. Que reste-t-il ? La boule de volonté pure de Camille, enceinte par accident, qui va assumer son état et créer une mode, si je veux être cruel, un projet politique, si je veux être idéaliste. Et l'énergie qui se dégage de ces filles, à peine pubères pour certaines, au corps de bimbos pour d'autres, emporte tout sur son passage. 

Elles rêvent d'un autre monde, et vomissent le nôtre. Comme dit Camille : avoir un bébé, c'est être sûr que quelqu'un t'aimera pour de vrai toute ta vie. C'est un programme. Et un peu moins illusoire que les autres, peut-être.

Alors oui, j'en entends déjà qui pinaillent sur ceci ou cela, mais oui, je peux dire que les plans fixes sur les ados dans leur chambre, au milieu de leurs nounours, et mélancoliquement filmées en plan fixe, sont un peu lourds. Mais leur répétition fait sens : elles sont seules au monde, et leur démarche est une profonde manifestation de ce que l'humanité à de plus forte en elle. La liberté !

Et alors que l'amour n'est nulle part, l'utopie est partout.

 

3e

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Le tableau

le-tableau.jpgL'animation française confirme d'année en année sa bonne santé. Après Michel Ocelot, Jacques Rémy Girerd, et Sylvain Chomet (entre autres), voici donc le nouveau film d'un réalisateur rare : Jean François Laguionie, 72 ans.

 

Nous sommes dans un tableau. Trois sortes de personnages : les Toupins (qui sont tout peints), les Pafinis (qui ne sont pas finis) et les Reufs (au stade de l'esquisse). Le début du film, qui nous présente les rapports entre ces trois castes, est passionnant. On sent que ce monde est riche en métaphores de divers types (les classes sociales, la discrimination raciale, le passage de l'enfance à l'âge adulte).

 

Ce qui enchante également, c'est l'incroyable talent de coloriste que révèle le film. Certains plans sont d'une beauté irréelle.

 

Dans un deuxième temps, trois personnages vont chercher à s'échapper du tableau pour retrouver le peintre, et faire en sorte que chacun puisse être terminé. Si cette quête réserve quelques très beaux plans (comme la chute hors du cadre), on pourra la trouver un peu plus lassante, et moins originale que la première partie. Le rythme du film dans sa partie médiane souffre donc d'une chute de régime, qui rend plus évident l'aspect rustique de l'animation elle-même.

 

La fin manque un peu de sel : changer de couleur pour changer de classe parait un raccourci un peu simplificateur, voire douteux, si on l'applique aux couleurs de peau humaines (je n'ai pu m'empêcher de penser à Michael Jackson). D'une certaine façon j'aurais préféré pour la beauté du geste que les Pafinis mettent un point d'honneur à rester Pafinis (ce que fait d'ailleurs la jeune fille qui s'échappe à la fin du film).

 

Ces petites réserves ne doivent pas vous empêcher d'aller voir ce film étonnant et plastiquement très réussi, qui vaut le coup d'oeil.

 

2e

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Carnage

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/85/59/20/19854152.jpgUne soirée plutôt amusante, mais qui laisse un goût d'inachevé, voilà le menu offert par Polanski dans son dernier opus.

 

Comme c'est parfois le cas, Carnage offre malheureusement l'essentiel de sa substance et de son intérêt dans sa bande-annonce. Si vous l'avez vue, vous connaissez donc l'intégralité du scénario : deux couples new-yorkais enfermés dans un huis clos tentent de régler leur différent (un des enfants a blessé l'autre avec un bâton), dévoilant petit à petit leur nature et faisant fondre le masque des conventions.

 

Le film séduit par la mécanique de dégradation progressive qui en constitue la trame (pourtant pas aussi parfaite qu'on peut le lire ici où là), le jeu de ping pong des répliques et quelques situations bien senties. Il repose évidemment sur le jeu du quatuor d'acteurs.

 

Christoph Waltz sera selon votre point de vue le meilleur ou le plus cabotin. Il n'est pas loin de l'auto-parodie. Jodie Foster m'a semblé la moins convaincante des quatre, alors que Kate Winslet est très bonne (oh ça va les cancres du fond, arrêtez de ricaner), comme John C Reilly, impeccable en vendeur de chasse d'eau.

 

On pourra regretter que le film ne fasse que brasser un nombre de clichés effarants (la solidarité masculine, la bonne conscience des bobos gauchistes, etc, etc).

 

Personnellement j'aurais souhaité que le carnage aille beaucoup plus loin et je trouve que le film manque singulièrement de cruauté. Finalement tout ce beau monde se comporte encore finalement assez bien et la nature humaine, si elle en sort légèrement écornée, n'est finalement pas assez malmenée à mon goût. L'ouverture du dernier plan sur le gentil petit rongeur est emblématique de cette gentillesse assez peu polanskienne.

 

Un divertimento innofensif.

 

Polanski sur Christoblog : The ghost writer

 

2e

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Créatures célestes / Heavenly creatures

 

heavenly5.jpgCette critique est triplement dédiée à heavenlycreature, alias Fabrice :

- qui fut un des premiers à m'accueillir sur Allociné

- dont le pseudo m'intrigua instantanément

- qui m'a prêté le DVD

 

Il y a du culte dans ce film.

 

D'abord, c'est le premier long-métrage de Kate Winslet, qui campe une pimbêche anglaise débarquant en Nouvelle Zélande avec un brio presque excessif. Nous sommes 3 ans avant Titanic, mais elle crève déjà l'écran.

 

Ensuite parce que la mise en scène de Peter Jackson est complètement azimuthée et le fit remarquer par Hollywood, avec la suite que l'on sait. Le film obtint au passage un Lion d'argent à Venise, de la part d'un jury présidé par David Lynch.

 

Heavenly creatures possède un ton très particulier, à la fois brillant et un peu kitsch, constitué d'un mélange brutal de réalisme social, d'onirisme morbide, de tendresse amoureuse et de mouvements de caméra acrobatiques. Les antagonismes fille réservée / fille sûre d'elle, blonde / brune, riche / pauvre, sont exacerbés par Jackson à l'aide d'effets presque expressionnistes. 

 

Les deux amies se construisent un monde à elles, basé sur le roman et l'invention, qui devient de plus en plus irréel à mesure que le film avance vers une fin qui, elle, est terriblement ancrée dans la réalité (et de plus inspirée d'une histoire vraie).

 

Un film de virtuose bricoleur, dont l'histoire ne peut laisser aucun spectateur indifférent.

 

3e

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Donoma

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/72/46/35/19165506.jpgQuand on ne s'attend à rien, on a toujours plaisir à découvrir quelque chose.

En allant voir Donoma, j'obéissais un peu à l'appel du buzz que tout blogueur un peu consciencieux doit suivre. Donoma était dans mon esprit "le film à 150 euros et aux images floues". Traduisez, un peu cradingue, et probablement agressif et/ou ennuyeux.

Et paf, le film n'est rien de tout cela, il en est même le contraire, et d'une corvée plus ou moins agréable (cocher la case J'ai vu le film qu'il faut voir), le dimanche soir s'est transformé en pur moment de bonheur cinématographique.

Commençons par le début. La première scène happe littéralement l'attention. Toute les qualités du film s'y révèlent déjà en bloc : une attention extrême au jeu hypersensible des acteurs, une liberté totale du cadre, de la focale et des mouvements de caméra, un art du dialogue qui captive l'attention en empruntant systématiquement des voies surprenantes. 

L'actrice Salomé Blechmans fait une entrée fracassante dans le film. Elle y sera magnifique de bout en bout, comme les autres femmes du film d'ailleurs. Le talent de Carrenard s'exprime pleinement avec ses interprètes féminines, toutes plus émouvantes les unes que les autres : Emilia Derou-Bernal, une prof d'espagnol embarquée dans un imbroglio diabolique, Laura Kpegli, photographe poétique qui invente un jeu absolument génial, Laetitia Lopez, émouvante en fille blanche de parents noirs. Une prestation collective impressionnante. 

Les garçons sont bien aussi, mais je ne vais pas non plus en tartiner cinq pages, donc hop je passe à l'homme orchestre, à celui qui inspirera systématiquement les remarques du genre Mais y sort d'où celui là ?, Djinn Carrenard, monteur, producteur, ingénieur du son, réalisateur et directeur de la photo de son film. Pour ceux que ça intéresse j'ai trouvé une jolie petite biographie qui en dit plus sur le bonhomme, de ses origines haïtienne à sa carte UGC illimité (qui lui fait définitivement quitter la Sorbonne).

Vous me connaissez, j'ai souvent la dent un peu dure, mais ici à l'inverse - et ça me fait bizarre de le dire - il y a bien une étincelle de génie dans le travail de ce jeune réalisateur. Le film est complexe, puissant, et tout y semble incroyablement juste. Même les flous semblent tomber au bon moment. On a parfois l'impression de redécouvrir la puissance originelle du cinéma : des cadres qui n'en sont pas, des plans de coupe impromptus, des tangentes bizarres (les personnages revivent une scène en arabe), des plans osés (la superposition d'images dans le train), des inventions évidentes et sidérantes (le son qui s'arrête plusieurs minutes, les plans intégralement noirs dans la cage d'escalier). Tout semble évident et inventif à la fois, traversé par une énergie souterraine qui irrigue le jeu des acteurs, le scénario dans son ensemble, la bande-son (remarquable elle aussi) et le montage. J'ai pensé aux premiers films de Spike Lee, et aussi à la maîtrise de vieux roublard qui ont caractérisé les premiers films du tout jeune Fatih Akin (Head on par exemple).

C'est beau, c'est émouvant, c'est magique. Alors maintenant, trouvez vous une salle, et allez-y. Et en sortant, convainquez trois personnes d'y aller. 

 

4e

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The promise : the making of darkness on the edge of town

The promise est un documentaire de Thom Zimny, qui nous projette dans les sessions d'enregistrement du quatrième album de Bruce Sringsteen, il y a 32 ans. Constitué en grande partie d'images d'archive, il propose en contrepoint des témoignages récents des différents acteurs ayant participé à celle folle aventure.

Le film a été présenté et très bien accueilli au festival de Toronto 2010 (avec une bonne critique du Monde), puis à ceux de Londres et Rome. Il est disponible dans la box luxueuse parue en 2010, à l'occasion des 30 ans de Darkness on the edge of town.

Si dans sa forme le film n'a rien d'exceptionnel, ce qu'il donne à voir est tout simplement extrêmement rare : on n'aura jamais vu d'aussi près le moment décisif de la création artistique. Rappelons rapidement les faits. Springsteen a fait la une de Time et de Newsweek la même semaine à l'occasion de la sortie de son précédent disque, Born to run. Il est à un moment crucial de sa carrière : soit il va être un véritable artiste, soit un simple feu de paille.

Le film commence par nous exposer le combat juridique qui l'oppose à Mike Appel, son producteur, avec lequel il a signé naïvement un contrat qui le prive de ses droits de contrôle sur la musique qu'il produit. Plutôt que de céder, Springsteen refuse d'enregistrer, il est conscient que se joue là un épisode déterminant de sa vie. Le temps que le procès se déroule, le groupe tourne, survit comme il peut, la situation est difficile, mais on voit déjà les deux éléments majeurs qui caractérise la carrière du boss : il ne fera aucune concession, et le E Street Band le suivrait jusqu'en enfer, quelqu'en soit le prix.

Une fois réglés les problèmes juridiques, le groupe entre en studio. Le film montre alors une épopée absolument inimaginable de nos jours. Les sessions vont s'étaler sur pratiquement un an, les membres du E Street Band restent enfermés parfois 24 h sur 24, Springsteen écrit plus de 70 chansons, dont certaines en plusieurs versions. Il se dégage du film l'impression d'assister à un processus qui touche à la magie pure, une sorte de fontaine intarissable à produire de la musique et des textes, qu'un groupe de personnes s'approprie immédiatement comme les leurs.

Le plus incroyable, c'est observer comment la volonté pure de Springsteen recherche une sorte de perfection, comme indépendante de sa volonté. L'artiste cherche à peindre un tableau entier, complet, qui sera sombre, et parlera du sentiment tragique de la vie, mais aussi de la volonté de rechercher la rédemption et les raisons d'espérer. Il dresse ce faisant un tableau poignant de la société américaine comme de la condition humaine. Dans cette entreprise un peu folle, il est sidérant de le voir exclure les deux tubes potentiels de l'album pour les offrir à Patti Smith (Because the night) et aux Pointer Sisters (Fire), simplement parce que ces deux morceaux ne "rentrent" pas dans l'idée qu'il se fait de Darkness. Le fait de ne pas retenir non plus The promise, une des plus belles chansons qu'il ait écrite et sur laquelle le groupe a travaillé trois mois (?!) est encore plus incroyable.

Pour les  plus jeunes qui ne connaissent que Born in the USA, le film peut être un excellent moyen de faire découvrir le travail d'un des plus importants songwriters encore en activité.

 

3e

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