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Articles avec #j'aime

L'arbre

Il y a une certaine jouissance à voir un film de facture classique, qui ne cherche pas midi à 14h, qui se contente de raconter une histoire avec de bons acteurs, une belle photo et une mise en scène discrète.

Nous sommes en Australie, dans les paysages absolument magnifiques de l'outback. Une famille heureuse :  Dawn (étonnante Charlotte Gainsbourg), Peter, et leurs quatre enfants.

Peter meurt brutalement. Dawn et ses 4 enfants vont réagir chacun différemment, Simone pense que son père s'est réincarné dans l'arbre immense qui domine la maison, elle en parle à sa mère qui va progressivement y croire - ou en tout cas faire semblant. Dawn rencontre un homme. L'arbre semble se manifester de plusieurs façons : en envoyant ces habitants (grenouilles, chauves-souris) dans la maison, en laissant des tomber des branches, en faisant du bruit, en défonçant des canalisations avec ses racines...

Le film est avant tout l'histoire d'un deuil. Le gigantesque arbre symbolise parfaitement cette présence qui refuse de se laisser gommer, il agit comme un aimant et un miroir : il en attire certains et chacun voit ce qu'il veut y voir. La réalisatrice Julie Bertucelli trouve le ton juste pour évoquer cette histoire, grâce à une mise en scène fluide et élégante, une photo somptueuse et un montage très efficace. Le début est ainsi frappant d'efficacité sèche et douce à la fois. Vers le milieu du film, il y a une petite période d'enlisement provisoire, avant la fin qui retrouve le punch du début, jusqu'à un dernier plan très beau. Elle évite avec brio le piège du pseudo film fantastique. Le film n'est toutefois pas tout à fait exempt d'une certaine mièvrerie et son scénario est un peu trop prévisible mais au final, c'est une réussite que je conseille d'aller voir. J'oubliais : la petite actrice qui joue Simone est remarquable.

 

2e

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The housemaid

Lee Jung-jae. Pretty PicturesIm Sang-soo fait partie de cette nouvelle vague de cinéastes coréens, extrêmement intéressants, qui nous offrent depuis quelques années une salve de films remarquables comme peu de nations peuvent le faire.

De Im Sang-soo on se souvient d'un excellent film, Le vieux jardin, non critiqué pour l'instant sur ce blog, et du bouffonnant et très étonnant The president's last bang.

Présent à Cannes 2010, The Housemaid mérite vraiment le détour. La réalisation y est brillante : plongée, contre-plongée, champ / contrechamp subtilement dosés, montage rythmé et subtil, décors ébouriffants, jeux des acteurs très fins (sublime Jeon Do-Yeon, déjà excellente dans Secret Sunshine), excellents seconds rôles (la vieille servante). C'est presque trop beau pour paraître vrai.

L'intrigue, remake d'un classique coréen si j'ai bien lu, est digne des grands thrillers psychologiques style Clouzot (je pense aux Diaboliques) ou Hitchcock (veine Notorious, ou Psychose). 

Extrême sensualité (oui, oui, voir au dessus un simple aperçu), suspense, mise en scène franchement baroquisante (cf la dernière scène, onirique), récit par ailleurs limpide, critique sociale balzacienne, le film est donc tout cela à la fois et au final une réussite.  La première scène est à montrer dans toutes les écoles de cinéma comme un exemple de montage parfait.

 

2e

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Les derniers jours du monde

Le voyage que propose Les derniers jours du monde est une expérience qui dépasse celles que procurent la plupart des films.

La fin du monde est là. Sans l'être. Dans la tête du personnage principal (exceptionnel Mathieu Amalric, une fois de plus), c'est comme si elle n'existait pas. Son amour pour Lae, la mort de ses parents, sa femme (excellente Karin Viard), sa fille et son écharpe : tout cela compte plus pour lui que l'apocalypse. Peut-être est ce pour cela qu'il traverse les villes et les pays sans succomber à l'hécatombe générale.

Discrètement, l'ambiance d'apocalypse est pourtant installée avec un brio assez exceptionnel par les frères Larrieu : un vol d'hélicoptère, une patrouille sur le Lot d'encagoulés sur zodiac, une eau jaune qui sort du robinet, des explosions, une pénurie de papier, des vautours, une chouette, un hôtel rempli de cadavres.... tout cela est à la fois brillant et distant.

Le film ressemble à une fusion Dardenne-Desplechin  / Kubrick-Lynch. Il doit sa sourde et profonde vitalité à une brochette d'acteurs/actrices exceptionnelle.

Dépaysant, comme un mauvais rêve dont on aime se souvenir.

 

4e

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Toy story 3

Walt Disney Studios Motion Pictures France15 ans déjà !

C'est bizarre de penser qu'en 1995 Toy story constituait une sorte d'innovation ultime : film d'animation entièrement numérique. On était globalement surpris que cette modernité extrême puisse susciter autant d'émotion que les bons vieux Disney .... En 2010, c'est presque l'inverse : on est surpris de voir apparaître dans le paysage numérique un dessin animé à l'ancienne, comme L'illusionniste.

Toy story 1 (et 2 aussi) avaient impressionné par leur qualité d'émotion, de second degré, d'intelligence... L'opus 3 réunit les mêmes qualités, avec en plus, ce sentiment diffus et profond que provoque la nostalgie et la claire perception du temps qui passe. Ce qu'ont raté dans les grandes largeurs les Bronzés, Pixar le réussit à la perfection : comment jouer avec les sentiments de ceux qui ont vu en 1995 l'original et combler en même temps les nouveaux venus ?

Réponse :
- en recyclant habilement le meilleur des origines : un Buzz l'éclair version hispanique irrésistible
- en innovant brillamment dans le sadique : l'ours qui sent la fraise, vrai/faux méchant tout à fait machiavélique et déstabilisant
- en maniant le second degré avec brio : l'idée fabuleuse d'une Barbie et d'un Ken plus vrais que nature, dans des camps opposés
- en jouant juste ce qu'il faut avec les émotions : la dernière scène de la transmission des jouets, qui arrive à être profondément touchante sans être larmoyante

Toy Story 3 ne bouleverse pas le monde l'animation, comme a pu le faire le génial Fantastic Mr Fox en ce début 2010, mais il constitue une incontestable réussite pour Pixar, semblant décidément condamné à éviter l'échec.

 

3e

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Tamara Drewe

Charlotte Christie et Jessica Barden. Diaphana DistributionJe n'étais que moyennement enthousiaste à l'idée d'aller voir le dernier Stephen Frears : et j'avais tout faux. Tamara Drewe est en effet un film tout à fait plaisant.

Nous sommes à la campagne, dans une drôle de chambre d'hôtes n'abritant que des écrivains en train d'essayer d'écrire (et n'y arrivant que très partiellement). Le mari de la tenancière, très (trop) dévouée, est lui au contraire un écrivain à succès, adultère et cynique à souhait.

Dans ce petit monde rance et rural, une jeune femme sexy originaire du village et qui s'est fait refaire le nez vient semer la zizanie (et un peu plus) : Tamara Drewe.

A travers 4 saisons les couples vont se former, puis se défaire, chacun des protagonistes semblant subir plus ou moins directement les conséquences des actions d'autres, en particulier celles de l'amour juvénile et effréné d'une jeune collégienne (cf photo) du village pour une star de rock. S'en suit une sorte de carrousel sentimental qui donne au film des airs de Songes d'une nuit d'été.

Oh, bien sûr, Tamara Drewe ne marquera pas l'histoire du cinéma, mais on passe franchement un bon moment car le talent de Frears est celui d'un vieux routard efficace, le scénario est millimétré et le casting franchement réussi, du rock star (une sorte de Prince blanc) aux vaches noires et blanches qui jouent un rôle déterminant dans cette histoire, en passant par les collégiennes, très ... anglaises.

Le contentement ne serait que superficiel si la fin ne venait mettre une touche de comédie noire, à travers une accumulation de circonstances aussi drôles qu'inattendues : une spécialité anglaise de surprendre tout le monde par une péripétie dramatique et pourtant drôle, se concluant en l'occurrence par un nez cassé.

Un bon film pour l'été.

 

3e

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Flandres

Voilà un film dans lequel on a beaucoup de mal à entrer, et ... duquel on sort difficilement.

Cela commence dans le Nord, dans les Flandres. Les hommes, les femmes, les moeurs sont rudes. Demester est amoureux de Barbe, qui est amoureuse de plusieurs garçons. Tout cela est filmé d'une façon très abrupte, les dialogues sont parfois difficilement audibles, les rapports sexuels expéditifs et les sentiments à peine esquissés. Les Dardenne, en comparaison, semblent tourner des comédies tellement Flandres est dur, froid, triste.

Puis les quelques jeunes hommes que l'on vient de suivre partent en guerre dans une métaphore de pays désertique et semble-t-il plutôt arabe (l'Algérie, le Moyen Orient...). Il vivent là des expériences déjà montrées dans d'autres films (tuer des innocents, violer des femmes, perdre des amis au combat, être perdus, avoir peur, voir des hommes torturés...) comme Full Metal Jacket, par exemple. Dumont filme ces parties un peu maladroitement, même si certaines scènes sont très efficaces, abordées absolument frontalement, avec la volonté manifeste d'éviter toute fioriture.

Le film alterne alors des scènes de guerre dans le désert et des scènes dans les Flandres autour de la très belle actrice Adelaïde Leroux, trouvant dans cette alternance un équilibre fragile, intriguant et finalement assez séduisant. Il y a dans la façon de filmer de Dumont un petit quelque chose qui rappelle Terrence Malick.

Flandres n'est pas un film à regarder pour se remonter le moral un dimanche après-midi pluvieux de novembre (sauf avant une pendaison programmée, peut-être), mais c'est un film qui peut difficilement laisser indifférent.  Grand Prix du jury, Cannes 2006.

 

3e

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Année bissextile

Pyramide Distribution Laura est seule. Désespérément seule. De temps à autre, elle sort et ramasse un mec, qui la baise vite fait. Elle raconte des bobards à sa mère, son employeur, son frère. Elle se masturbe en regardant le couple de voisins, heureux.

Nous sommes fin janvier. Une page du calendrier se tourne, Laura coche en rouge la date du 29 février. Chaque jour qui passe est marqué d'une croix noire. Le film avance, comme un train lancé lentement et inéluctablement contre un mur, vers cette date fatidique.

Un jour de janvier, Laura rencontre Arturo, avec qui elle débute un jeu sadique. Arturo se présente le soir, elle se livre à lui et à ses caprices sexuels. A chaque fois, il vont plus loin. Un peu dans la scatologie, puis dans la violence. Pourquoi ? Pour exister ? Peut-être vaut-il mieux être la victime consentante d'un sadique que de ne rien être du tout ? Laura est elle plus masochiste, tendance suicidaire, qu'Arturo est sadique ? Ou est ce que le but du film est de faire converger la violence vers cette date du 29 février, et pourquoi ?

Année bissextile est un très beau thriller psychologique. Tourné quasiment en plans fixes et dans le huis clos d'une chambre, il trouve un souffle qui nous scotche jusqu'à la fin. Bien que bien moins impressionnant au niveau de la mise en scène, il me rappelle l'excellent Fausta : même maîtrise du récit, même talent de l'actrice principale. Cette dernière rend le film crédible et émouvant, elle crépite comme un éclat d'humanité au milieu de la solitude.

 

3e

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Tournée

Miranda Colclasure. Le PacteJe ne suis pas objectif quand je parle de ce film pour plusieurs raisons :

1 - j'adore Mathieu Amalric

2 - je fais partie de ceux qui ont vu (en vrai) le spectacle New Burlesque, à Nantes, au hangar à bananes, en 2007

A ceux qui ne savent pas ce qu'est ce spectacle, il faut imaginer un strip tease trash, les Folies Bergères à la sauce Cramps, une Yvette Horner shootée aux amphets, quelque chose de complètement ahurissant, provocateur et tendre à la fois, maniant le xième degré à la perfection. Mimi Le Meaux, Kitten on the Keys... elles sont toutes superbes, plantureuses et attendrissantes à la fois. Roky Roulette, sorte de Iggy Pop sur ressort, seul homme de la troupe, assure comme une bête.

Bon, et le film alors ? La tentation serait grande de répondre : on s'en fout, tellement le portrait collectif de notre bande de strip-teaseuse post ringardes se suffit à lui-même. Oui, un simple documentaire aurait déjà suffit à notre bonheur : pleines d'énergies, tellement américaines par leur positivisme béat, insouciant et pragmatique (cf la scène de l'amant éjaculateur précoce). Quelles personnalités ! Quel beau tableau de la vie On the road !

Amalric souhaite ajouter un prétexte personnel en présentant son propre personnage comme un producteur déchu, devant rallier nuitamment Paris pour (à la fois) récupérer ses 2 garçons pour le week end et trouver une salle à Paris pour sa troupe. Le prétexte, s'il paraît accessoire au début, finit par trouver sa justification dans la juxtaposition de ce groupe de femmes décidées, enjouées, et de ce cérébral ironique - si vieille Europe.

Ainsi, est ce finalement le contact de 2 mondes que le film donne à voir, toujours à la bordure ouest du plus ancien des deux, comme longeant la frontière invisible, qui ne pourra être dépassée que lors d'un passage dans une île de l'Atlantique.

Sur cette île, les deux mondes peuvent enfin converger, charnellement du moins, dans l'ambiance délétère (et un peu facile) d'un vieil hôtel abandonné.

Tournée est - décidément - une expérience avant d'être un film (de la colle sur un téton, le bruit d'un flipper dans un bar, une chanson à la guitare quand tout le monde devrait dormir, un livreur de pizza au coucher du soleil à St Nazaire...).  Allez-y.

 

3e

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Rude boy

http://ecx.images-amazon.com/images/I/51lG3LQSP%2BL._SL500_AA300_.jpgRude boy est une sorte de film culte. Tourné en 1980, il est un peu l'ancêtre de ce qu'on appellerait aujourd'hui une docu-fiction. Il nous présente la vie de Ray, raté quasi intégral, alcoolique, travaillant dans un sex shop, et qui a des idées plutôt raciste. Ray devient un peu par hasard roadie des Clash, mais brille par son incompétence (il a du mal avec les écrous) et sa capacité à draguer les filles dans les concerts.

Le scénario est donc inintéressant au possible mais le film vaut d'être vu pour deux raisons :

1 - Il nous présente un tableau passionnant de l'Angleterre de la fin des années 70. On a un peu oublié aujourd'hui combien l'extrême droite (le National Front) était présente, et comment Thatcher a surfé sur cette tendance pour accéder au pouvoir : les images d'archive montrant ses discours sont exemplaires. On a aussi oublié combien la vie semblait morne et à quel point le mouvement punk était vraiment révolutionnaire dans ce contexte.

2 - Voir les Clash en début de carrière, zonant de salle miteuse en hôtel cheap, est quelque chose de fascinant. Le groupe dégage une impression d'énergie brute comme probablement aucun autre ne l'a jamais fait. Car derrière le génial et regretté Joe Strummer (ses 2 improvisations au piano montrent combien ce gars était possédé par la musique), c'est un gang nerveux comme un electro-choc qu'on voit dans des scènes de concert stupéfiantes. Un Mick Jones génial (ah cette interprétation, seul au micro, de Stay Free), un Paul Simonon monté sur des échasses d'épileptiques et un Topper Headon s'entraînant sur un punching ball comme si sa vie en dépendait. Un commando de mecs secs comme des brindilles, arborant des T-shirt des Brigades Rouges sans savoir exactement ce qu'elles sont, qu'on croirait branchés sur le 220 volts et semblant foncer dans une Angleterre quasi fasciste comme un TGV insouciant.

 

Le plus grand groupe du monde ?

2e

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Summer wars

Superbe !

Difficile de résister au charme du dernier opus de Mamoru Hosoda (La traversée du temps).

Cela commence comme dans un Imamura : une grande réunion de famille à la campagne, avec des repas qui rappellent ceux de l'excellent Still walking, une ambiance et des images très classiques. La jeune Natsuki s'invente un petit ami, Kenji, pour faire plaisir à sa grand-mère. Wabisuke est le fils illégétime du patriarche de la famille, et il revient après avoir disparu pendant 10 ans et avoir dilapidé l'héritage. Le film montre donc une grande famille, avec chaque membre qui a sa propre personnalité (le flic colérique, le pompier, celui qui rappelle constamment les exploits antiques du clan, les enfants, le jeune geek, etc). Une savoureuse galerie de portraits.

Kenji est un prodige en maths. Un soir il reçoit un mail bizarre : une longue suite de chiffres : est-ce un défi ? Il répond le matin après avoir travaillé toute la nuit, et sans le savoir vient de donner les armes nécessaires à une monstrueuse créature sévissant dans OZ, l'univers virtuel dans lequel le monde entier peut se connecter. A partir de ce moment les intrigues entre OZ et la vieille maison familialle vont s'interpénétrer, mettant en jeu une catastrophe nucléaire, sur un mode à la fois efficace et extrêmement touchant.

L'alternance des images magnifiques de OZ, rappelant l'univers déjanté d'un Murakami, et celles, traditionnelles, d'un Japon éternel, est très stimulante.

Le scénario est travaillé, l'émotion au rendez-vous, le rire aussi. Une réussite à tout point de vue. A voir absolument si vous le pouvez, la distribution est une fois de plus confidentielle.

 

4e

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L'autre rive

L'Autre Rive pourrait être ce film de festival de plus, road movie d'Europe / Asie centrale multi primé, peu vu et globalement inintéressant.

Il ne l'est pas.

D'abord grâce à cet acteur enfant qui louche (ce n'est pas un simple gimmick, il louche et c'est tout). Ensuite grâce à ces paysages incroyables et ses scènes étonnantes qui se déroulent sous nos yeux, sans affect, sans pathos. Ce qui différencie L'Autre Rive de ses "comparants" c'est probablement cela : la volonté de faire sec, simple, frappant, tout en privilégiant une certaine idée de ce qui est beau.

Restent de belles rencontres, par exemple cette soirée quasi onirique chez le couple dont on se demande s'ils sont bons samaritains ou ogres potentiels.

Une belle soirée entre Géorgie et Abkhazie, dépaysante à souhait.


2e

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Control

Control raconte l'ascension de Ian Curtis, chanteur mythique de Joy Division, qui s'est suicidé à 23 ans.

Que vous connaissiez, ou aimiez, la musique de Joy Division a peu d'importance. L'intérêt du film est ailleurs, dans le magnifique portrait d'un jeune Rimbaud épileptique, issu du fond de l'Angleterre. 

Control fait partie de ces films qui possèdent une sorte de grâce intrinsèque. Tout ce qu'il tente, tout ce qu'il propose, semble parfait et adéquat, parfaitement dans le ton.

Les moments de création, le mariage et la petite fille arrivés trop tôt, puis un véritable amour, rayonnant, lumineux. L'angoisse de la maladie, augmentée de celle de l'inspiration, puis de celle de la culpabilité du à ses incartades conjugales, tout cela est superbement montré. Le film est tourné dans un noir et blanc, riche, profond, chaud, l'exact opposé de celui du Ruban Blanc.

Quelle émotion profonde de suivre cette belle histoire racontée avec talent, servie une mise en scène inspirée et une direction d'acteur époustouflante ! (J'ai commencé par dire que ce n'était pas le plus important, mais la composition de l'acteur Sam Riley est incroyable, notamment dans les quelques scènes de concerts).

Bonus, pour ceux qui ont connu cette époque, on croise les ombres de Bowie, de Lou Reed, de Cabaret Voltaire, des Sex Pistols, des Buzzcocks, des Clash...

Une telle maestria dans la mise en scène laisse augurer d'une grande carrière pour Anton Corbijn.

 

4e 

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Tropical malady

En attendant de voir le 1er septembre la Palme d'Or d'Apichatpong Weerasethakul, je visionne son dernier film, avec un peu d'appréhension, au vu des critiques lues : le film serait abscons, hermétique, contemplatif, étrange....

Verdict : il est un peu de tout ça, mais curieusement il ne provoque pas d'ennui, en tout cas pas dans sa première partie.

Le film est en effet découpé en deux parties complètement distinctes.

Dans la première on suit la naissance d'un amour entre deux hommes : Keng, un jeune soldat, et Tong, un garçon de la campagne un peu simplet. Cette partie est absolument remarquable. Le film alterne des séquences courtes, souvent surprenantes (comme cette ouverture étonnante dans laquelle les soldats trouvent un cadavre), brillamment mises en scène. La direction d'acteur est stupéfiante de précision, chaque regard, haussement de sourcil, geste, semblent chacun porteur d'une signification profonde. La photographie est admirable, la nature montrée avec une sensualité inouie qui rappelle Terence Mallick ou Andrea Arnold. Rarement la naissance d'un amour aura été montré avec autant de délicatesse. Cette première heure donne donc l'impression de la découverte d'un cinéaste absolument majeur.

Après une heure, Keng erre dans la forêt, à la recherche de Tong, qui y circule nu, le corps entièrement tatoué. Cette partie est complètement muette, ponctuée de "cartons" comme dans les vieux films muets, évoquant des légendes de monstres et de fantômes un peu confuses. Vers la fin du film, on ne voit plus Tong mais un tigre : l'amant de Keng s'est il métamorphosé en monstre ? Si dans cette partie la nature sauvage thailandaise est aussi bien filmée que dans la première, la monotonie des plans lasse un peu.

Le film est dans son ensemble une véritable expérience sensorielle et intellectuelle, qui convoque toutes sortes de références variées et provoque des émotions aux nuances délicates. Une réussite.

Au détours d'une phrase, Tong semble annoncer le film primé à Cannes : il parle d'un oncle qui se souvient de ses anciennes vies, jusqu'à 200 ans en arrière. S'agit il d'Uncle Boonmee ?


3e

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Dans ses yeux

Guillermo Francella et Ricardo Darin. Pretty PicturesDans ses yeux a remporté l'Oscar du meilleur film étranger 2010, au nez et à la barbe d'Un Prophète. C'est une des raisons qui m'ont poussées à aller voir ce film argentin, en mémoire d'un cas similaire : j'avais adoré Departures qui avait décroché la statuette alors qu'Entre les murs concourrait.

Benjamin Esposito est greffier dans un tribunal de Buenos Aires. Une jeune femme arrive, qui va être son chef, et dont il tombe amoureux. Il voit sur une scène de meurtre le corps d'une ravissante jeune fille, violée et assassinée. Une image qui va le marquer toute sa vie. Il va participer à la traque de l'assassin, le trouver, puis celui ci va être relâché...
 
Une fois en retraite, 25 ans plus tard, il veut écrire un roman basé sur cette histoire, mais évidemment va découvrir de nouvelles vérités sur lui-même, et sur les autres.

Le film est donc une sorte de polar romantique, dans lequel les scènes de drôleries (notamment grâce à certains dialogues ciselés) alternent avec des effets à grand spectacle (la scène du stade). C'est relativement efficace, au sens US du terme, même si le remake américain probable évitera probablement les relatives longueurs de son original sud américain. Une sorte de Zodiac en beaucoup moins bien.

Etait-ce la chaleur quasi estivale qui régnait à Nantes aujourd'hui ? Toujours est il que je me suis passablement ennuyé en regardant le film, sans savoir exactement pourquoi. Une certaine prévisibilité dans les retournements de situation peut-être. Un trop grand amoncellement de platitudes et de lieux communs, certainement. Et un problème global de rythme, c'est sûr.

Comme à chaque fois que je ne suis pas emporté par un film, je regarde la mise en scène. Ce qui m'a le plus marqué ici c'est la manie qu'a le réalisateur de mettre un objet ou un personnage très flou au premier plan quand il filme un personnage. Si vous allez voir le film, comptez les plans de ce genre (je dirais entre 30 et 40).

 

2e

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La mort de Dante Lazarescu

Ion Fiscuteanu. Bac FilmsImaginez une sorte de croisement contre-nature d'Urgences (oui, la série US), de 4 mois, 3 semaines, 2 jours (la palme d'or méritée de Mungiu) et de Rohmer. Cela vous donnera une idée de l'OVNI que représente le film de Puiu.

Au début, disons pendant les 30 premières minutes, la situation est approximativement la même que pour Irréversible (bien que pour des raisons inverses) : vous avez envie d'arrêter. La description de la décrépitude du sus-nommé Lazarescu est franchement ennuyeuse et un peu trop caractéristique du cinéma de l'Europe de l'Est.

A partir du moment ou Dante (appelons le comme ça) quitte son appartement pour une odyssée nocturne dans les rues de Bucarest, le film prend une tournure onirique résolument originale et captivante. Au fur et à mesure que les diagnostics plus ou moins sérieux s'enchaînent, et sous l'égide d'une infirmière (tellement) si humaine, le film commence à ressembler à une pièce de Beckett passée au mixeur slave.

On suit avec intérêt, puis avec perplexité, et enfin avec passion l'odyssée de notre Dante à travers les cercles de l'enfer roumain, chaque hôpital représentant une étape vers, vers .... une dernière scène magnifique qui tirera les larmes de votre coeur de cinéphile endurci.

Hormis la première demi-heure un peu convenue, un chef d'oeuvre doux-amer. Très remarqué à Cannes 2005, avec raison.


3e

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Les poupées russes

Dans les commentaires de mon billet sur l'Auberge espagnole, pL me disait que Les poupées russes étaient mieux, et PierreAfeu qu'il ne fallait pas voir le film.

Finalement, comme mon fils a l'intégrale Klapisch en coffret, j'ai bien eu du mal à résister à l'envie de revoir les protagonistes de L'auberge espagnole.

Mon verdict : j'ai bien aimé. L'auberge espagnole avait un vernis "jeune" un peu trop marqué. L'intrigue était légère, les acteurs un peu tendres et la mise en scène virevoltait comme un papillon qui ne doit vivre que quelques heures.

Dans les poupées russes, tout paraît plus vieux, plus mûr. Les acteurs ont pris de l'épaisseur (Duris, Cécile de France, Audrey Tautou et la superbe Kelly Reilly), l'intrigue est moins simpliste que le toboggan émotionnel de L'auberge, et la mise en scène s'assume.

Preuve de cette maturité, les nombreuses mises en abyme qui parsèment le film : Duris qui écrit le scénario d'une suite (comme Klapisch !), Duris qui répète mot pour mot à sa nouvelle conquête le discours que sa copine lesbienne lui a tenu peu de temps avant, etc... Certaines scènes, complètement loufoques, sont franchement réussies, je pense à Audrey Tautou revisitant les contes de fées pour son fils : "j'ai connu 7 princes charmants....".

La fin à St Petersbourg donne une touche d'exotisme très bien venue, tant les Russes sont à la fois si Européens et si étranges.

Bref un (très) bon moment, et on se prend à attendre la suite, comme une longue série qui se poursuivrait à l'échelle d'une vie.

 

3e

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Femmes du Caire

Quel plaisir de se lever un dimanche et d'aller au cinéma à 8h45 pour voir un aussi bon film que Femmes du Caire, en présence de son réalisateur, Yousry Nasrallah.

Le film est en effet excellent de bout en bout, du superbe générique à un dernier plan qui arrache des larmes.

La Scheherazade moderne est ... animatrice de talk show : normal finalement, est ce que ce ne sont pas elles qui aujourd'hui racontent les histoires aux millions de téléspectateurs ?

Notre animatrice (magnifique) est en ménage avec un journaliste qui lorgne sur un poste de rédacteur en chef d'un journal d'état. On lui fait comprendre que sa compagne ne devrait pas trop parler de politique dans son talk show.

Cette dernière, pleine de bonne volonté, va essayer de s'exécuter, mais les choses ne sont pas aussi simples : où s'arrête la politique, ou commence la question de la condition féminine ?

A travers trois histoires magnifiques, pleines de surprises, de violences, de rebondissements, notre Sheherazade va nous ensorceler, nous emmenant des bas-fonds du Caire à la jet-set et aux ministres, dans un tourbillon de sensualité et d'inventivité romanesque qui rappelle beaucoup les romans du grand Naguib Mahfouz.

Le réalisateur, ex-assistant de Youssef Chahine, perpétue la grande tradition d'un cinéma égyptien inventif, palpitant, humaniste. Un bon et beau moment de cinéma, à ne pas rater à sa sortie en salle.


4e
 

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L'auberge espagnole

Ayant passé quelques jours à Barcelone la semaine dernière, j'ai eu l'idée de regarder l'auberge espagnole hier soir, que curieusement je n'avais jamais vu.

Côté Barcelone, le film montre quelques incontournables : le parc Guell, la Sagrada Familia, Barceloneta, le téléphérique qui relie le port à Montjuich. Il donne aussi une bonne vision de l'énergie et de la beauté de la ville, à travers un joli patchwork de ruelles antiques et fleuries, de murs taggés, d'avenues cossues.

Côté cinéma : que dire ? Klapisch me laisse souvent sans voix, tellement ses films peuvent paraître naïfs, démonstratifs, mal ficelés, tape à l'oeil, inconsistants, et en même temps pleins d'énergie, présentant en général de très belles galeries de personnages, et intégrant ici où là une scène particulièrement réussie (ici Cécile de France en lesbienne apprenant à Romain Duris comment draguer). Klapisch, c'est vraiment Lelouch en plus jeune.

Finalement on ne passe pas un mauvais moment (en particulier grâce à un casting féminin de jeunes actrices effarant : Cécile de France, Judith Godrèche, Audrey Tautou, Kelly Reilly). On se demande un peu pourquoi le film a pu prendre un aspect culte : peut-être parce qu'il montrait aux parents ce que faisaient vraiment leurs enfants dans le cadre du programme Erasmus ?

 

2e

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Greenberg

Il arrive parfois de l'autre côté de l'Atlantique un objet inclassable, ni vraie comédie romantique, ni drame larmoyant, ni critique sociale appuyée, ni film d'auteur plébiscité par la presse bobo occidentale, ni blockbuster. En 2009, Humpday représentait ce type d'OVNI.

Greenberg bénéficie par rapport à Humpday d'une tête d'affiche bankable (Ben Stiller himself), mais présente par ailleurs la même caractéristique : un portrait en creux de ce qu'est l'Amérique aujourd'hui.

Le tableau n'est pas rose, il est gris, voire gris noir, et même peut-être anthracite foncé. Le personnage joué par Stiller est en dépression, il est maniaque (ses courriers : extraordinaires !), new-yorkais,  quarantenaire célibataire, a séjourné en hôpital psychiatrique, et ne fait rien.

Lorsque que son frère part au Viet Nam en voyage (pour affaire, pas pour dégommer du Viet-Cong), il vient occuper sa maison en Californie. Il séduit (si on peut dire) la femme à tout faire (assistante !) de son frère : nunuche sexy et gourdasse, jouée par une formidable Greta Gerwig poupée désarticulée (dévertébrée ?). Et blonde.

Le sexe entre eux est pitoyable, un soutien gorge qui ne se dégraffe pas, un cunnilingus interrompu, c'est à en pleurer, un curetage entre deux portes, et cela fournit deux des plus belles scènes de Greenberg.

Tout dans le film, sous des dehors doucereux, respire l'échec, le ratage complet, l'incommunicabilité profonde. Du Woody Allen période September, ou une sorte de Breat Eaton Ellis sans l'aspect trash. La Californie, sa jeunesse dorée, ses villas avec piscine apparaît comme l'enfer à l'envers, Mullholland Drive sans génie et sous Prozac.

Le film doit beaucoup à l'interprétation très fine de son couple d'acteurs principaux, remarquables tous les deux.

Résumons nous : un film fondamentalement, paisiblement triste, à ne pas voir si on l'est (triste), sous peine de tentative de suicide par défaut, aux wee-wee hours. Même le nom du chien (l'être envers lequel les humains du film arrivent - un peu - finalement - à être humain) est triste : Mahler.

Malheur ?

 

2e

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Ajami

J'éprouve rarement le sentiment enivrant de voir un film génial. Vous le savez, si vous venez souvent sur ce blog, j'ai plutôt la dent un peu dure. 

Lisez donc bien ce billet, et ensuite foncez voir Ajami si vous avez la chance d'avoir une projection près de chez vous.

Pour faire simple : c'est le plus beau film choral que j'ai vu, et quand vous songez à la concurrence dans ce domaine (Short cuts en tête), ce n'est pas un mince compliment. Nous suivons à travers plusieurs chapitres les destinées d'Omar, plongé malgré lui dans une affaire de règlement de compte avec un clan mafieux, amoureux d'une chrétienne, de Malek, jeune clandestin de la région de Naplouse, de Dando, policier juif dont le frère a disparu, de Binj, jeune arabe branché qui sort avec une juive et dont le frère fait une grosse bêtise, et de plusieurs autres personnages. Chacun, outre son caractère propre, parfaitement dessiné, nous donne à réfléchir sur la société israélienne d'aujourd'hui.

Tous ces personnages vont se croiser, leurs histoires se heurter, s'entrechoquer. Comme dans les meilleures histoires de ce type, plusieurs scènes sont revues, avec à chaque fois un angle qui nous fait découvrir un évènement différent : du grand art.

Un scénario machiavélique, une galerie de personnages hors du commun, une vision magnifique de Jaffa, ville cosmopolite où les différentes communautés religieuses cohabitent, mais encore une mise en scène formidable, tout le contraire d'une machine tape à l'oeil : sereine, intelligente. Les deux réalisateurs savent jouer d'une palette subtile alternant les mouvements de caméras élégants, jouant magnifiquement avec les lumières orientales, offrant des gros plans de visages extrêmement touchant. Ils redonnent aussi un sens véritablement dramaturgique  - presque moral pour paraphraser Godard - au fondu au noir.

Le premier vrai gros choc de l'année 2010.  A voir absolument.

 

4e 

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