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Christoblog

Articles avec #j'aime

A l'ouest des rails (Rouille)

A l'ouest des rails fait partie de ces films dont beaucoup de cinéphiles ont entendu parler, mais que très peu ont vu.

Il faut dire que l'idée de se coltiner un documentaire chinois de plus de 9 heures (oui, vous avez bien lu) sur la fermeture d'un complexe sidérurgique géant (vous lisez toujours bien), peut en refroidir plus d'un.

Cette critique concerne la première partie du film (Rouille), qui dure un peu plus de 4 heures.

La première comparaison qui m'est venue à l'esprit, c'est Alien. Passée une fascinante introduction sous forme d'un long travelling avant, monté sur un train s'enfonçant dans l'usine enneigée, le film impose tout de suite un point de vue quasi onirique sur ces lieux gigantesques (plus d'un million d'ouvriers ont travaillé dans ce complexe), dans lesquels les hommes paraissent des fourmis. Au milieu du métal en fusion, ils semblent démunis et en danger. Lorsqu'on les voit dans l'intimité de la salle de repos, ou dans les bains, on songe à des explorateurs se réchauffant dans le cocon de leur vaisseau spatial.

Le film, contre toute attente, n'est pas ennuyeux.

Il alterne trois types de séquences, ce qui ne laisse jamais la monotonie s'installer :

- les vues magistrales des lieux industriels, véritables poèmes visuels
- les scènes de groupes, captivantes et profondément dépaysantes (karaoké entre collègues après le travail, séjour à l'hôpital pour traiter les maladies dues au plomb, jour de paye, jeux d'échecs chinois, discussions sur l'avenir de l'usine, essais de vêtements)
- les interventions de personnes seules face à la caméra, qui sont autant d'historiettes émouvantes et parfois bouleversantes.

Wang Bing sait faire ressentir le temps qui passe (les évènements se déroulent sur plusieurs années) et de nombreux évènements marquants scandent le récit (un ouvrier est licencié, un autre meurt accidentellement dans une mare, du métal en fusion se répand accidentellement sur le sol..). On s'attache progressivement à ces Chinois qui paraissent toujours stoïques face à l'absurdité ubuesque de certaines situations.

Le film parvient ainsi à tenir en haleine (une gageure !), tout en présentant un objet qui ne ressemble à aucun autre et qui laissera à coup sûr son empreinte dans l'histoire du cinéma.

 

3e

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Le discours d'un roi

Colin Firth. Wild Bunch DistributionJ'avoue que je ne connaissais absolument pas l'histoire de George VI avant de voir ce film. C'est tout juste si le roi est évoqué dans la volumineuse biographie de Churchill que je viens de finir. Et si le défaut d'élocution de Winston est bien connu (et rappelé dans le film), celui du roi l'est beaucoup moins.

Tom Hooper et son scénariste réussissent donc le prodige de rendre passionnant la simple histoire d'un roi bègue et de son orthophoniste peu orthodoxe, en tenant en haleine le spectateur pendant presque 2 heures.

Ce prodige n'est possible que par la grâce d'un casting génial et en particulier d'un acteur extraordinaire, Colin Firth, qui réussit à distiller une émotion sourde dès sa première apparition, émotion qui ne nous quittera plus jusqu'au dernier plan.

Il parvient magnifiquement à incarner la royauté, dans le moindre de ses gestes. Il EST Georges VI, exactement comme Natalie Portman est Nina dans Black swan.

D'ailleurs, l'analogie entre les deux films ne s'arrête pas là. Dans les deux cas, que voit-on ? La volonté en lutte contre le corps, le combat de l'esprit et de la matière. Les deux films sont servis par une mise en scène intelligente, il est vrai beaucoup plus classique dans Le discours d'un roi. que dans le film d'Aronofski.

Et enfin, les deux films filent vers une représentation finale, qui est aussi un climax narratif, dans laquelle l'esprit finit par dominer le corps pour le meilleur, ou pour le pire.

 

4e

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Angèle et Tony

Angèle et Tony souffrira peut-être de son titre. Pourquoi pas César et Rosalie, Thelma et Louise, ou Marius et Jeannette tant qu'on y est ? Il souffrira aussi de son affiche et de sa bande annonce, stylés "vols de mouette certifiés  France 3 Normandie".

C'est dommage, parce qu'avec sa modeste diffusion, le film a besoin de public, et il le mérite.

Oh bien sûr, je pourrais faire la fine bouche, mais pour une fois je laisserai d'autres railler l'aspect tire-larmes redoutablement efficace du film, ses quelques carences (scénaristiques) et facilités (de mise en scène et musicales). Je préfère retenir la partition exceptionnelle que jouent les deux acteurs principaux : la sublime Clotilde Hesme, félin androgyne écorché vif, et le plantigrade de la Comédie Française, Grégory Gadebois.

Ne boudons pas notre plaisir : le film soulève dans sa deuxième partie des vagues d'émotions brutes comme cela faisait longtemps que je n'en avais pas ressenti au cinéma, et il le fait sans évènements exceptionnels ni effets appuyés, mais simplement en montrant de petites choses (regards, sourires), qualité que je ne pensais plus trouver que dans le meilleur du cinéma roumain.

Voir le visage des deux acteurs se métamorphoser au fil du film agite dans l'esprit du spectateur des sentiments arc-en-ciel dont il ne se dessaisit pas en poussant la porte de sortie du cinéma. Fragile, ténu, au bord de se casser la figure à plusieurs moments, le premier film d'Alix Delaporte est remarquable et remarqué. On peut penser que l'avenir du cinéma français s'écrit décidément au féminin.

 

3e

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Les chemins de la liberté

Metropolitan FilmExportPour une fois je vais être gentil.

Voilà un film qui respire le travail bien fait. Peter Weir n'est pas enrobé de la croute de sel dont les critiques de l'establishment ont entouré un ex-acteur ayant joué des cow-boys dans des westerns spaghetti. Il peut donc faire un film pépère, plein de jolis paysages et qui se laisse regarder sans ennui malgré ses 2h14.

Ici, contrairement à une Thailande de pacotille ravagée par un tsunami de carton pâte (comme dans le calamiteux Au-delà), la nature est sereinement mais terriblement toute puissante. Et les acteurs en subissent les attaques corporelles d'une façon assez convaincante (le maquilleur est un artiste).

Alors si on regarde le film comme un Tintin ou un bon vieux film d'aventure, cela fonctionne. Colin Farrell joue des gros yeux et en rajoute des kilos, mais l'aspect BD du périple fait assez bien passer la pilule. Il y a des moments d'émotion gérés avec délicatesse et une fin qui est un peu plus digne qu'une certaine fin récente dans une galerie couverte londonienne (ibidem).

Loin d'être un chef-d'oeuvre, un boulot honnête et pas tape à l'oeil.

 

2e

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Arrietty, le petit monde des chapardeurs

The Walt Disney Company FranceLa relève est assurée, voilà la conclusion qu'on peut tirer de la vision d'Arrietty, le petit monde des chapardeurs.

Le grand Hayao Miyazaki (70 ans) peut commencer à passer la main. Hiromasa Yonebayashi (38 ans) assure parfaitement la réalisation de cette nouvelle production des studios Ghibli.

L'histoire est simple et limpide : de petits êtres (les chapardeurs) vivent dans les maisons des humains. Ils ne doivent en aucun cas se faire remarquer de leurs hôtes, sinon, ils doivent partir et trouver une nouvelle maison. Arrietty, 13 ans, sympathise avec un jeune humain malade du coeur qui vient se reposer chez sa tante, et met du coup sa famille en danger.

Les images sont comme d'habitude magnifiques, la nature étant cette fois-ci particulièrement à l'honneur.

Le film est lent, le caractère de certains personnages semble dessiné à la hâte (le père), l'histoire manque certainement un peu de relief, mais la magie opère tout de même. C'est dans la poésie des proportions que le film est une franche réussite. Lorsqu'Arrietty et son père progresse dans la maison à l'aide d'astuces variées, lorsque la jeune chapardeuse découvre l'immense cuisine pour la première fois, on vibre réellement avec elle. Les décors exploitent à fond cet aspect de l'histoire en fournissant des tas de détails très bien trouvés : les timbres postes deviennent posters, une seule goutte émergeant de la mini-théière remplit une tasse, une épingle se transforme en épée, etc.

L'enthousiasme irréductible qui émane d'Arrietty, son appétit de vivre, d'aimer et de découvrir, est le deuxième point fort du film. Il est particulièrement attendrissant au regard du caractère maladif et très calme du jeune garçon.

A conseiller aux petits et aux grands, même si de par son scénario, Arrietty ne peut rivaliser avec les "grands" Miyazaki, dont les thèmes sont autrement plus complexes.

Le musée Ghibli à Tokyo, j'y étais.

 

2e

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Poupoupidou

Sophie Quinton. Diaphana DistributionLa première bonne surprise de l'année est française, et elle vient de Mouthe (Doubs) !

C'est en effet dans cette petite ville à la frontière suisse qu'on découvre le corps d'une jeune femme qui s'est suicidée. Suicidée ? Pas sûr, pense un écrivain de roman policier en panne d'inspiration de passage dans la petite Sibérie française...

A la fois polar (qui l'a tuée ?), comédie grinçante, thriller psychologique, comédie sentimentale, Poupoupidou est très maîtrisé. Il manie avec brio émotions, amusement et curiosité.

Les grilles de lecture y sont multiples : on peut le voir comme un film-collage de références à Marilyn, une chronique amère de la vie provinciale, un essai sur la mobilité faciale d'un acteur hors du commun, le magnifique Jean-Paul Rouve, un exemple d'habileté scénaristique autour du concept de flashbacks, l'esquisse tendre et désabusée d'un destin brisé.

Il ne lui manque pas grand-chose pour franchir le cap des 4**** : quelques traits moins appuyés, ou au contraire un surcroît de noirceur neigeuse, qui le ferait alors tendre vers le Fargo des Coen, ou mieux encore vers le film étincelant de Sam Raimi Un plan simple.

Jeu express

Le réalisateur s'est amusé à déposé le chiffre 5 sur une multitude d'objets dans le film, en référence, je suppose, à la fameuse répartie de Marilyn : "Que portez vous la nuit ?" "5 gouttes de Chanel N°5 uniquement".

Pour ma part j'en ai remarqué 6. Combien pourriez vous en citer ?

 

3e

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Pieds nus sur les limaces

Ludivine Sagnier et Diane Kruger. Haut et Court Il est assez rare qu'un film  arrive à me convaincre sur la durée, lorsque j'ai été déçu par son début. C'est pourtant ce que parvient à faire brillamment Pieds nus sur les limaces.

Lily est simple d'esprit et vit à la campagne avec sa mère, qui meurt brutalement, dans des circonstances curieusement identiques à celles de la mort du père dans L'arbre. Sa soeur, bien éduquée, vivant en ville, mariée avec un homme à responsabilité, doit s'en occuper.

Les personnages sont dans les premières minutes dessinés à tellement gros traits qu'on se demande jusqu'où la caricature va nous emmener : le visage de Diane Kruger est désespérément vide, et Ludivine Sagnier semble surjouer. Et puis le film se transforme, par l'enchantement d'une sorte de féerie dictée par la nature, qui n'est pas sans rappeler le très beau Lady Chatterley de Pascale Ferran. 

Ludivine Sagnier élève son niveau de jeu et devient vraiment son personnage. Diane Kruger se met à l'unisson, dégageant progressivement un charisme fragile et des failles béantes. La mise en scène, qui montre quelques afféteries en début de film, se tend progressivement pour devenir sèche et précise. Le film culmine alors à des hauteurs qui le laisse en équilibre entre plusieurs genres tout aussi maîtrisés les uns que les autres : thriller psychologique (la douche, la visite des 3 lascars, les 3 garçons dans la caravane), drame familial (le nounours pendu), la comédie sentimentale (le rugbyman), le filme de province chabrollien (le pique-nique au bord du lac) ?

Un film dont les défauts sont compensés par de grandes qualités de mise en scène et de direction d'acteurs, et qui confirme la forme éclatante des réalisatrices françaises. A suivre.

 

3e

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Octubre

Bruno Odar. EurozoomLes frères Vega (Diego et Daniel), cinéastes péruviens, complètent la liste déjà assez longue des frères réalisateurs : Coen, Dardenne, Larrieu, Taviani. Wachowski, Farrelly, Pang...

Pour leur premier film, on peut dire qu'ils réussissent leur coup, avec le prix du jury de la section Un certain regard du dernier festival de Cannes.

Un prêteur sur gage patibulaire (voir photo), qui a les zygomatiques bloqués en position off, se voit un jour remettre un adorable poupon fille. Il recherche la mère supposée (une prostituée) et confie la garde du bébé à une voisine dévote qui aimerait bien avoir un homme dans son lit. Las ! Notre usurier continue d'aller aux putes. La pauvre. Même le fait de lui faire boire une eau dans laquelle a trempé une de ses culottes (usagée) ne le rend pas amoureux...

La mise en scène prend le parti pris d'un formalisme épuré : plans fixes uniquement, pas de musique. La photographie est très belle, le cadre parfait, le montage réussi. Le scénario est à mon avis le point faible du film : il ne se passe pas grand-chose et les frères Vega se la joue "humour à froid" ou "burlesque minimal", un peu à la Kaurismaki. Octubre a donc à la fois les qualités et les défauts des films du cinéaste finlandais, par moment développant un humour assez incompréhensible, à d'autres réussissant à captiver.

Des cinéastes à suivre en tout cas.

2e

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Le quattro volte

Les Films du LosangeQuel film étonnant !

Raconter le synopsis n'est pas chose facile. Un vieux berger tousse beaucoup. Il se soigne en mélangeant de la poussière ramassée à l'église et mélangée à de l'eau. Un jour, il perd la précieuse poussière en faisant ses besoins. Il va à l'église, qui est fermée. Il meurt. On suit ensuite la naissance d'un chevreau puis son apprentissage. Il se perd, et échoue au pied d'un arbre. Le film décrit ensuite la vie de l'arbre, jusqu'à ce qu'il serve de mât pour une fête de village. L'arbre finit en charbon de bois, puis en fumée, dans une sorte de féerie vaporeuse de toute beauté.

C'est beau, magnifiquement lent, cadré avec une rare élégance et tous les éléments de la nature semblent littéralement habités. Les jeux de lumière magnifient les objets filmés. Pourtant, il serait inexact de parler de panthéisme, ou de réincarnation, car le film n'est ni religieux, ni fantastique. Il est ... il est ... ce qu'Oncle Boonmee n'a pas pu ou su être !

Passée la première demi-heure un peu convenue, le film parvient à une densité rarement vue, et tout cela sans aucun dialogue.

Si j'avais vu le film avant de faire mon classement 2010, il n'aurait pas été loin d'intégrer mon Top 20 : un vrai espoir pour le cinéma italien, passablement sinistré.

3e

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Sound of noise

Bengt Nilsson. Wild Bunch DistributionLe pitch de Sound of noise défie le bon sens. Une bande de musiciens anarchistes se mettent en tête de jouer une oeuvre écrite par l'un d'entre eux : Musique pour la ville et 6 batteurs. L'idée : faire irruption dans un endroit donné (un hôpital, une banque...) et jouer le morceau avec les objets présents.
Le policier qui est chargé de débrouiller cette affaire peu commune s'appelle Amadeus, déteste la musique (il y fait une allergie), et n'entend pas les sons émis par les objets touchés par le gang lors de leur prestations (?!).

Avouons-le, difficile de faire plus saugrenu.

Au début le film fonctionne assez bien, son rythme entraînant jouant sur les contrastes emporte l'adhésion et des rires fusent dans la salle. Au fil des minutes, l'intérêt s'étiole progressivement, même si les 4 morceaux "joués" constituent à chaque fois des temps forts. La romance naissante et les relations entre le policier et son frère chef d'orchestre ne dépassent pas le stade des poncifs : on voit finalement que le film est tiré d'un court métrage réalisé par les deux auteurs. La sauce a été allongée.

Le spectacle n'est pourtant pas au final désagréable, et voir un film suédois par ce froid glacial, c'est de saison. 

 

2e

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Les émotifs anonymes

Benoît Poelvoorde & Isabelle Carré. StudioCanalEn cette fin d'année, Les émotifs anonymes peuvent constituer une option tout à fait raisonnable pour une bonne soirée ciné, pas prise de tête et très agréable.

Le scénario n'est pas d'une originalité folle (euphémisme !) et la mise en scène, si elle est propre, n'est pas à se rouler par terre.

Le film vaut donc principalement par le jeu assez extraordinaire des deux acteur/trice principaux.

Isabelle Carré est absolument magnifique en timide maladive, ingénue et parfois mutine. Elle sait multiplier les expressions et un seul frémissement de son visage peut évoquer une galaxie de sensations. Il y a en elle un peu de la Sabine Azéma des débuts. Benoît Poelvoorde est lui aussi au sommet de son art, tour à tour amusant et émouvant. Il réussit à garder cette fameuse expressivité qui la rendu célèbre tout en la rendant ici totalement crédible et en phase avec son personnage, il faut le dire taillé parfaitement à sa mesure.

Spectacle de qualité, sans une trace de vulgarité, le film culmine dans deux scènes de repas mémorables. Je sens un remake américain bien lourd pour dans un an.

 

3e

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Megamind

DreamWorks AnimationLa nouvelle production Dreamworks exploite le filon du méchant (au fond pas si méchant que ça) après Moi, moche et méchant.

La première demi-heure est époustouflante, méritant ****. Le rythme est très soutenu, les personnages extraordinairement attachants et/ou marrants, le second degré est manié avec dextérité (ce "No you can't" !), les scènes d'action sont dignes des plus impressionnants blockbusters, et le scénario est diabolique.

Ensuite, le film redevient progressivement mainstream, bien que certains aspects restent délectables et que les qualités énumérées ci-dessus subsistent, même si elles se diluent légèrement.

Un divertissement haut de gamme tout de même, aux thématiques pas si bêtes : qu'est ce que le bien, le mal, le libre arbitre ? Encore meilleur que Gru selon moi, et la 3D est très satisfaisante de surcroit.

 

3e

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Le voyage du directeur des ressources humaines

En cette période de fin d'année je vous conseille chaudement le nouveau film d'Eran Riklis (Les citronniers) : vous y trouverez votre compte d'émotions, de sourires, se surprises et de découvertes.

Le film s'avère être un trait d'union symbolique entre deux des pays les plus intéressants cinématographiquement à l'heure actuelle : Israel et la Roumanie.

Première partie à Jérusalem. Une employée d'une grande boulangerie meurt dans un attentat. Personne ne réclame son corps. Il s'avère qu'elle avait été licenciée il y a 1 mois, sans que le DRH ne le sache. Article de journal incendiaire, imbroglio : ce dernier doit pour restaurer l'image de son entreprise raccompagner le corps en Roumaine.

Deuxième partie en Roumanie, où le contraste est saisissant, tant du point de vue de la météo que des mentalités. Le film prend alors les dimensions d'une épopée picaresque de première qualité avec tous les ingrédients propres au genre : évolution des relations entre personnages, lieux improbables, problèmes administratifs et techniques de tout genre.

Le film est brillamment réalisé, monté dans un excellent tempo, parfaitement interprété par les acteurs et en particulier Mark Ivanir, qui trouve un ton très juste.

Bref,  pas grand-chose à reprocher à cette friandise cinématographique qui sait distiller toute une palette d'émotions sans jamais être mièvre : pas étonnant que le film ait obtenu le Prix du public au dernier festival de Locarno.

 

3e

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We are four lions

UFO DistributionDeux choses :

1 - je n'ai pas ri autant au cinéma depuis ... je ne m'en souviens même pas. Peut-être était-ce parce que la salle était pleine et que dans ce cas vous avez toujours des spectateurs qui ont un tel rire qu'ils entrainent tous les autres. En tout cas, il s'agit bien du rire qui vous fait mal au diaphragme et vous donne des crampes aux zygomatiques, pas le petit rire qui vous remonte le bord des lèvres.

2 - il n' y a que les Anglais pour pousser une idée grotesque aussi loin, sans donner l'impression d'hésiter une seconde devant le mauvais goût, l'outrance ou le qu'en dira-t-on.

Il y a donc bien une saveur de Monty Python qui plane au-dessus de ce film qui nous raconte l'histoire de 5 musulmans qui veulent se transformer en bombe humaine au Marathon de Londres.

Le scénario, très subtil, évite soigneusement de se coltiner avec le phénomène religieux proprement dit (je en crois pas qu'on y site Allah une seule fois) pour se concentrer sur le fait politique du djihad. Le film distille par ailleurs toute une série d'ambiguités bien venues et qui lui donnent sa complexité : la femme et l'enfant du leader, l'incurie des politiques, la perversité du musulman anglais qui entraîne les jeunes recrues à se pisser dans la bouche, l'aveuglement des anglais eux-mêmes, etc...

Le caractère désopilant du film s'accentue de scènes en scènes en atteignant son climax lors du Marathon, puis encore plus selon moi lors des vignettes du générique de fin, toutes plus drôles les unes que les autres.

La comédie de l'année, et de loin, à ne rater sous aucun prétexte.

 

3e

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Mardi, après Noël

Maria Popistasu, Mirela Oprisor et Mimi Branescu. ShellacEt dire que des films aussi intéressants que celui-ci ne seront vus que par une poignée de spectateurs. C'est triste. Si mon blog sert à quelque chose, j'espère que c'est au moins à ça : que des films comme Mardi, après Noël, obtiennent quelques spectateurs de plus.

De quoi s'agit-il ?

Paul trompe sa femme avec Raluca, une dentiste, depuis juillet. Nous sommes dans la semaine précédant Noel. Tout à coup Paul décide de dire la vérité à sa femme. Ils ont une ravissante petite fille de 8 ans, Mara.

C'est simple, c'est limpide. Le film ne montre pas de choses extraordinaires, juste une phase que des millions de couples ont vécu : pendant une semaine, la vie quotidienne, les petits tracas, le choix des cadeaux de Noel, les mensonges, puis la Grande Vérité.

Radu Muntean filme ses protagonistes d'une façon assez extraordinaire, un peu comme un entomologiste étudierait des insectes. Je ne crois pas qu'il y ait une seule musique dans le film, et très peu de mouvements de caméra. Le tout est très dépouillé, presque ascétique. Les plans fixes (ou a minima les plans séquences très longs) se succèdent, les personnages entrants et sortants du cadre, le réalisateur jouant avec la profondeur de champ et la composition de ses cadres avec une précision hallucinante. La mise en scène est impériale.

Paul est fabuleux de réserve et de conviction, constatant avec un calme et une détermination hors du commun la puissance de l'attraction qui l'attire vers une autre femme que la mère de sa fille. Sa maîtresse est superbe, gênée des dégâts qu'elle sait causer. L'épouse enfin est extraordinaire dans son orgueil blessé, puis sa résignation efficace.

Le film culmine dans trois scènes remarquables : la première, long badinage de deux âmes et deux corps nus, la scène chez le dentiste où la maîtresse rencontre fortuitement la femme de son amant et se perd dans des explications techniques qui l'aide à supporter ce moment terrible, et la scène de rupture, un des plus beau moment de cinéma de 2010, si ce n'est le plus beau, formidable de maîtrise.

On retrouve dans ce film cet instinct brut que semblent posséder les cinéastes roumains pour filmer le fatum en marche et donner toute la nuance de la palette des sentiments qu'un être humain peut éprouver. Même si le film est un cran en-dessous, on ne peut pas ne pas penser à la sécheresse épouvantablement humaine de 4 mois, 3 semaines, 2 jours.

Un très beau film, qui n'est pas éclatant sur le moment, mais qui fait partie de ces oeuvres qu'on est fiers d'avoir vu, parce que des jours après, il vous font sentir plus intelligent, plus sensible, plus fort.

 

4e

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La comtesse

J'attendais beaucoup de ce film, que j'avais raté lors de sa sortie en salle. Peut-être trop.

Je m'attendais à quelque chose de très noir, de très gothique, et finalement c'est presque une bleuette à l'eau de rose que conte le film.

La comtesse Erzsébet Bothory perd son mari, elle est très puissante, a de nombreux amant(e)s, mais tombe particulièrement amoureuse d'Istvan Thurzo. Elle pense que le sang des vierges l'empêchera de vieillir et du coup en trucide quelques centaines.

Le film, bien qu'abordant un sujet fort différent, m'a fait penser à La Princesse de Montpensier par la qualité de sa reconstitution historique. Le casting y est évidemment bien meilleur, même si Daniel Brühl n'est pas très charismatique.

Ce qui cloche un peu, c'est qu'on sent trop la présence de Julie Delpy, actrice, réalisatrice et coeur battant du film. Elle impose tellement sa personnalité que le personnage de la comtesse a du mal à exister. D'autre part, la multiplicité des propos qu'esquisse le film (les relations homosexuelles, la sorcellerie, l'amour, l'Histoire, le complot) nuit un peu à sa densité. On finit presque par perdre de vue l'horreur des crimes commis, et surtout, leur raison profonde nous reste curieusement inconnue.

Qui trop embrasse mal étreint.

Film ambitieux et tout de même plaisant à regarder, La comtesse donne l'impression d'être un devoir de maths réalisé par une élève douée et appliquée, mais qui manque de conseils avisés pour être vraiment brillante.

 

2e

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Le nom des gens

UGC DistributionEn voilà une belle comédie consensuelle franchouillarde, capable de faire rire tout le bon peuple de gauche, et aussi celui de droite (enfin, peut-être un peu moins celui de droite quand même).

En se moquant dès l'ouverture des personnes qui portent des noms très répandus (le héros s'appelle Arthur Martin), le réalisateur (Michel Leclerc !!) trouve un ton et un gimmick qu'il exploite correctement dans la première partie du film. L'absence d'attachement aux origines (arabes pour elle, juives pour lui) donne l'occasion de s'appesantir sur l'histoire personnelle des deux personnages tout en savourant quelques digressions purement politiques, dont la fameuse apparition de Lionel Jospin. Vers le milieu de film on peut considérer qu'on est en train de regarder un Lelouch réussi (si on peut imaginer) ou un Jeunet potable, d'autant que Gamblin et Sara Forestier sont très efficaces.

Malheureusement je trouve la deuxième partie du film moins réussie, le pathos ne sied pas aux personnages et les tics de mise en scène rappellent pour le coup le mauvais Lelouch (le passage à la plage filmé en simili super 8). On regrette aussi le burlesque léger du début du film, par exemple les inventions adoptées par les parents d'Arthur toujours à contre-temps.

Reste un divertissement honorable qui n'hésite pas à franchir parfois les frontières du mauvais goût avec détermination. En parlant à sa belle-mère dont les parents sont morts à Auschwitz, Bahia enchaîne des sujets de conversation suivants : un job dans les wagons (lits), un autre dans les camps (de vacances), avant de parler de four à propos de son dîner. Il faut quand même oser.

 

2e

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Le fossé

Il y une tradition à Venise : celle du film surprise. Les festivaliers entrent dans la salle sans savoir quel film va leur être projeté.

A la dernière Mostra, ce sont des crédits en français (Arte...), puis des idéogrammes chinois que les spectateurs ont découvert, ceux du générique de la première fiction de Wang Bing.

Ce dernier est souvent considéré comme le plus grand documentariste vivant. Son documentaire fleuve de 9 heures A l'Ouest des rails est considéré comme un film culte. 

La projection de ce soir*  revêtait donc un caractère spécial, digne des plus grands festivals (le film a aussi été présenté à Toronto). La fête aurait été complète si Wang Bing n'était pas resté cloué au lit en Chine par un mystérieux "mal des montagnes" qui l'empêcherait de prendre l'avion...

Autant le dire tout de suite, le film est particulièrement éprouvant, émotionnellement et intellectuellement.

Nous sommes en 1960, dans un camp de rééducation, dans le désert de Gobi, en plein hiver. Les prisonniers habitent dans des sortes de caves creusées dans la terre, comme des rats. La famine et le froid glacial leur rendent la vie très diffcile.

Dès les premières minutes, on voit les cadavres s'entasser, et durant tout le film les morts vont se succéder à une cadence infernale, à tel point qu'à un moment un personnage dit à un autre, qui vient de découvrir un cadavre : "finis de manger, on s'en occupera après".

L'horreur est montrée sans ostentation particulière, mais la caméra froide et élégante de Wang Bing ne fait pas de cadeau non plus : un prisonnier vomit, son ami ramasse la nourriture pour la manger, un homme raconte qu'un autre a brûlé les poils d'un vêtement en mouton puis à fait griller la peau pour la manger, on entend qu'un cadavre a été retrouvé en partie dépecé au niveau des fesses et des mollets.

Dans des paysages d'une platitude irréelle, filmés magnifiquement, constituant une véritable prison à ciel ouvert, le film s'écoule avec la lenteur du plomb. Sorte de synthèse du cinéma de Bresson, des espaces américains de Ford et de souvenirs du goulag. Un vertige métaphysique peut saisir le spectateur à mi-film : où sont les gardiens ? Pourquoi ces gens sont-ils là exactement ? Il marque les esprits probablement d'une façon indélébile (en tout cas le mien), avec ce style inimitable que les Chinois de la nouvelle génération (comme Jia Zhang-Ke) savent donner à leurs films : la réalité y semble être inventée, alors que la fiction y a l'aspect d'un documentaire.

En bref, pas vraiment super rigolo, mais très puissant. Brrrr

* 26 novembre 2010, au Festival des trois continents à Nantes

 

2e

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Alamar

Alamar est le type de film chéri des festivals (Toronto, Rotterdam, Miami, Toulouse, Berlin, La Rochelle, San Francisco, Buenos Aires ...).

A mi-chemin du documentaire et de la fiction minimaliste, il nous présente comment un enfant issu d'une union mixte (sa mère est italienne, son père mexicain) va vivre le temps des vacances avec son père et son grand-père, entre hommes, isolés sur une des plus grande barrière de corail du monde, dans le Golfe du Mexique.

Dans ce genre de film, comme il ne se passe quasiment rien (pêche, lecture, lutte, dessin, hamac, crocodile, héron, rencontre parcimonieuse d'autres humains, nettoyage des bateaux,  pluie), l'intérêt ne peut être maintenu que par un art évolué de la mise en scène et de la direction d'acteur, et encore plus du montage.
 
Alamar, de ce point de vue là, fonctionne très bien et justifie sa moisson de prix festivalière.

Le film possède une saveur particulière que le spectateur gardera longtemps en tête, saveur composée de noblesse des corps et des âmes, de pieds qui ressemblent à des mains, de simplicité retrouvée, de nature bigger than live. Le père et le fils, à la vie comme à l'écran, sont superbes de naturel et de complicité respectueuse. Les rapports humains semblent dans le film mis à nu, désossés, débarrassé de toute graisse superflue (comme les corps). La caméra, très proche des acteurs, scrute avec une rare perspicacité la découverte mutuelle d'un fils et de son père.

Un beau film.

2e

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Belle épine

Quel beau film.

Bien sûr, les esprits chagrins diront qu'il ne s'y passe grand-chose. Ils chichiteront ici ou là, oubliant qu'il s'agit d'un premier film.

C'est qu'ils n'auront pas vu cette extraordinaire sensibilité que tous les visages expriment, cette profondeur de la mise en scène discrète et sensuelle. Travail sur la profondeur de champ, sur le cadre, les couleurs, les mouvements de caméra, les premiers plans : on ne peut qu'être admiratif devant la maestria de la jeune réalisatrice, même si parfois ce brio tourne à la démonstration un peu vaine (le plan des motards se passant le pot d'échappement - à l'évidence inspiré de Rembrandt, ou la performance très théâtrale du cousin en juif rebelle). 

Partout la mort rôde. Dans un tatouage. Dans le coeur de Prudence. Dans une flaque d'huile. Dans une écharpe. Dans un fantôme. Partout la mort. L'amour n'est pas vraiment au rendez-vous. Alors quoi ? Le vent dans les cheveux, l'ivresse de la nuit et de la vitesse, le désir. Prudence éprouve durant tout le film ce que la dernière scène (le sonotone amplifie le son de la rue) montre de façon méthaporique : un éveil des sens, amplifié par le deuil. 

On souhaite un grand grand avenir à Rebecca Zlotowski qui signe ici un film d'une grande qualité qui confirme un certain renouveau du cinéma français(e). Les jeunes filles sont à la mode, filmées par des filles (ou pas) : La vie au ranch, Des filles en noir. Tant mieux.

 

3e

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