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Le quattro volte

Les Films du LosangeQuel film étonnant !

Raconter le synopsis n'est pas chose facile. Un vieux berger tousse beaucoup. Il se soigne en mélangeant de la poussière ramassée à l'église et mélangée à de l'eau. Un jour, il perd la précieuse poussière en faisant ses besoins. Il va à l'église, qui est fermée. Il meurt. On suit ensuite la naissance d'un chevreau puis son apprentissage. Il se perd, et échoue au pied d'un arbre. Le film décrit ensuite la vie de l'arbre, jusqu'à ce qu'il serve de mât pour une fête de village. L'arbre finit en charbon de bois, puis en fumée, dans une sorte de féerie vaporeuse de toute beauté.

C'est beau, magnifiquement lent, cadré avec une rare élégance et tous les éléments de la nature semblent littéralement habités. Les jeux de lumière magnifient les objets filmés. Pourtant, il serait inexact de parler de panthéisme, ou de réincarnation, car le film n'est ni religieux, ni fantastique. Il est ... il est ... ce qu'Oncle Boonmee n'a pas pu ou su être !

Passée la première demi-heure un peu convenue, le film parvient à une densité rarement vue, et tout cela sans aucun dialogue.

Si j'avais vu le film avant de faire mon classement 2010, il n'aurait pas été loin d'intégrer mon Top 20 : un vrai espoir pour le cinéma italien, passablement sinistré.

3e

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Sound of noise

Bengt Nilsson. Wild Bunch DistributionLe pitch de Sound of noise défie le bon sens. Une bande de musiciens anarchistes se mettent en tête de jouer une oeuvre écrite par l'un d'entre eux : Musique pour la ville et 6 batteurs. L'idée : faire irruption dans un endroit donné (un hôpital, une banque...) et jouer le morceau avec les objets présents.
Le policier qui est chargé de débrouiller cette affaire peu commune s'appelle Amadeus, déteste la musique (il y fait une allergie), et n'entend pas les sons émis par les objets touchés par le gang lors de leur prestations (?!).

Avouons-le, difficile de faire plus saugrenu.

Au début le film fonctionne assez bien, son rythme entraînant jouant sur les contrastes emporte l'adhésion et des rires fusent dans la salle. Au fil des minutes, l'intérêt s'étiole progressivement, même si les 4 morceaux "joués" constituent à chaque fois des temps forts. La romance naissante et les relations entre le policier et son frère chef d'orchestre ne dépassent pas le stade des poncifs : on voit finalement que le film est tiré d'un court métrage réalisé par les deux auteurs. La sauce a été allongée.

Le spectacle n'est pourtant pas au final désagréable, et voir un film suédois par ce froid glacial, c'est de saison. 

 

2e

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Les émotifs anonymes

Benoît Poelvoorde & Isabelle Carré. StudioCanalEn cette fin d'année, Les émotifs anonymes peuvent constituer une option tout à fait raisonnable pour une bonne soirée ciné, pas prise de tête et très agréable.

Le scénario n'est pas d'une originalité folle (euphémisme !) et la mise en scène, si elle est propre, n'est pas à se rouler par terre.

Le film vaut donc principalement par le jeu assez extraordinaire des deux acteur/trice principaux.

Isabelle Carré est absolument magnifique en timide maladive, ingénue et parfois mutine. Elle sait multiplier les expressions et un seul frémissement de son visage peut évoquer une galaxie de sensations. Il y a en elle un peu de la Sabine Azéma des débuts. Benoît Poelvoorde est lui aussi au sommet de son art, tour à tour amusant et émouvant. Il réussit à garder cette fameuse expressivité qui la rendu célèbre tout en la rendant ici totalement crédible et en phase avec son personnage, il faut le dire taillé parfaitement à sa mesure.

Spectacle de qualité, sans une trace de vulgarité, le film culmine dans deux scènes de repas mémorables. Je sens un remake américain bien lourd pour dans un an.

 

3e

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Megamind

DreamWorks AnimationLa nouvelle production Dreamworks exploite le filon du méchant (au fond pas si méchant que ça) après Moi, moche et méchant.

La première demi-heure est époustouflante, méritant ****. Le rythme est très soutenu, les personnages extraordinairement attachants et/ou marrants, le second degré est manié avec dextérité (ce "No you can't" !), les scènes d'action sont dignes des plus impressionnants blockbusters, et le scénario est diabolique.

Ensuite, le film redevient progressivement mainstream, bien que certains aspects restent délectables et que les qualités énumérées ci-dessus subsistent, même si elles se diluent légèrement.

Un divertissement haut de gamme tout de même, aux thématiques pas si bêtes : qu'est ce que le bien, le mal, le libre arbitre ? Encore meilleur que Gru selon moi, et la 3D est très satisfaisante de surcroit.

 

3e

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Le voyage du directeur des ressources humaines

En cette période de fin d'année je vous conseille chaudement le nouveau film d'Eran Riklis (Les citronniers) : vous y trouverez votre compte d'émotions, de sourires, se surprises et de découvertes.

Le film s'avère être un trait d'union symbolique entre deux des pays les plus intéressants cinématographiquement à l'heure actuelle : Israel et la Roumanie.

Première partie à Jérusalem. Une employée d'une grande boulangerie meurt dans un attentat. Personne ne réclame son corps. Il s'avère qu'elle avait été licenciée il y a 1 mois, sans que le DRH ne le sache. Article de journal incendiaire, imbroglio : ce dernier doit pour restaurer l'image de son entreprise raccompagner le corps en Roumaine.

Deuxième partie en Roumanie, où le contraste est saisissant, tant du point de vue de la météo que des mentalités. Le film prend alors les dimensions d'une épopée picaresque de première qualité avec tous les ingrédients propres au genre : évolution des relations entre personnages, lieux improbables, problèmes administratifs et techniques de tout genre.

Le film est brillamment réalisé, monté dans un excellent tempo, parfaitement interprété par les acteurs et en particulier Mark Ivanir, qui trouve un ton très juste.

Bref,  pas grand-chose à reprocher à cette friandise cinématographique qui sait distiller toute une palette d'émotions sans jamais être mièvre : pas étonnant que le film ait obtenu le Prix du public au dernier festival de Locarno.

 

3e

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We are four lions

UFO DistributionDeux choses :

1 - je n'ai pas ri autant au cinéma depuis ... je ne m'en souviens même pas. Peut-être était-ce parce que la salle était pleine et que dans ce cas vous avez toujours des spectateurs qui ont un tel rire qu'ils entrainent tous les autres. En tout cas, il s'agit bien du rire qui vous fait mal au diaphragme et vous donne des crampes aux zygomatiques, pas le petit rire qui vous remonte le bord des lèvres.

2 - il n' y a que les Anglais pour pousser une idée grotesque aussi loin, sans donner l'impression d'hésiter une seconde devant le mauvais goût, l'outrance ou le qu'en dira-t-on.

Il y a donc bien une saveur de Monty Python qui plane au-dessus de ce film qui nous raconte l'histoire de 5 musulmans qui veulent se transformer en bombe humaine au Marathon de Londres.

Le scénario, très subtil, évite soigneusement de se coltiner avec le phénomène religieux proprement dit (je en crois pas qu'on y site Allah une seule fois) pour se concentrer sur le fait politique du djihad. Le film distille par ailleurs toute une série d'ambiguités bien venues et qui lui donnent sa complexité : la femme et l'enfant du leader, l'incurie des politiques, la perversité du musulman anglais qui entraîne les jeunes recrues à se pisser dans la bouche, l'aveuglement des anglais eux-mêmes, etc...

Le caractère désopilant du film s'accentue de scènes en scènes en atteignant son climax lors du Marathon, puis encore plus selon moi lors des vignettes du générique de fin, toutes plus drôles les unes que les autres.

La comédie de l'année, et de loin, à ne rater sous aucun prétexte.

 

3e

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Mardi, après Noël

Maria Popistasu, Mirela Oprisor et Mimi Branescu. ShellacEt dire que des films aussi intéressants que celui-ci ne seront vus que par une poignée de spectateurs. C'est triste. Si mon blog sert à quelque chose, j'espère que c'est au moins à ça : que des films comme Mardi, après Noël, obtiennent quelques spectateurs de plus.

De quoi s'agit-il ?

Paul trompe sa femme avec Raluca, une dentiste, depuis juillet. Nous sommes dans la semaine précédant Noel. Tout à coup Paul décide de dire la vérité à sa femme. Ils ont une ravissante petite fille de 8 ans, Mara.

C'est simple, c'est limpide. Le film ne montre pas de choses extraordinaires, juste une phase que des millions de couples ont vécu : pendant une semaine, la vie quotidienne, les petits tracas, le choix des cadeaux de Noel, les mensonges, puis la Grande Vérité.

Radu Muntean filme ses protagonistes d'une façon assez extraordinaire, un peu comme un entomologiste étudierait des insectes. Je ne crois pas qu'il y ait une seule musique dans le film, et très peu de mouvements de caméra. Le tout est très dépouillé, presque ascétique. Les plans fixes (ou a minima les plans séquences très longs) se succèdent, les personnages entrants et sortants du cadre, le réalisateur jouant avec la profondeur de champ et la composition de ses cadres avec une précision hallucinante. La mise en scène est impériale.

Paul est fabuleux de réserve et de conviction, constatant avec un calme et une détermination hors du commun la puissance de l'attraction qui l'attire vers une autre femme que la mère de sa fille. Sa maîtresse est superbe, gênée des dégâts qu'elle sait causer. L'épouse enfin est extraordinaire dans son orgueil blessé, puis sa résignation efficace.

Le film culmine dans trois scènes remarquables : la première, long badinage de deux âmes et deux corps nus, la scène chez le dentiste où la maîtresse rencontre fortuitement la femme de son amant et se perd dans des explications techniques qui l'aide à supporter ce moment terrible, et la scène de rupture, un des plus beau moment de cinéma de 2010, si ce n'est le plus beau, formidable de maîtrise.

On retrouve dans ce film cet instinct brut que semblent posséder les cinéastes roumains pour filmer le fatum en marche et donner toute la nuance de la palette des sentiments qu'un être humain peut éprouver. Même si le film est un cran en-dessous, on ne peut pas ne pas penser à la sécheresse épouvantablement humaine de 4 mois, 3 semaines, 2 jours.

Un très beau film, qui n'est pas éclatant sur le moment, mais qui fait partie de ces oeuvres qu'on est fiers d'avoir vu, parce que des jours après, il vous font sentir plus intelligent, plus sensible, plus fort.

 

4e

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La comtesse

J'attendais beaucoup de ce film, que j'avais raté lors de sa sortie en salle. Peut-être trop.

Je m'attendais à quelque chose de très noir, de très gothique, et finalement c'est presque une bleuette à l'eau de rose que conte le film.

La comtesse Erzsébet Bothory perd son mari, elle est très puissante, a de nombreux amant(e)s, mais tombe particulièrement amoureuse d'Istvan Thurzo. Elle pense que le sang des vierges l'empêchera de vieillir et du coup en trucide quelques centaines.

Le film, bien qu'abordant un sujet fort différent, m'a fait penser à La Princesse de Montpensier par la qualité de sa reconstitution historique. Le casting y est évidemment bien meilleur, même si Daniel Brühl n'est pas très charismatique.

Ce qui cloche un peu, c'est qu'on sent trop la présence de Julie Delpy, actrice, réalisatrice et coeur battant du film. Elle impose tellement sa personnalité que le personnage de la comtesse a du mal à exister. D'autre part, la multiplicité des propos qu'esquisse le film (les relations homosexuelles, la sorcellerie, l'amour, l'Histoire, le complot) nuit un peu à sa densité. On finit presque par perdre de vue l'horreur des crimes commis, et surtout, leur raison profonde nous reste curieusement inconnue.

Qui trop embrasse mal étreint.

Film ambitieux et tout de même plaisant à regarder, La comtesse donne l'impression d'être un devoir de maths réalisé par une élève douée et appliquée, mais qui manque de conseils avisés pour être vraiment brillante.

 

2e

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Le nom des gens

UGC DistributionEn voilà une belle comédie consensuelle franchouillarde, capable de faire rire tout le bon peuple de gauche, et aussi celui de droite (enfin, peut-être un peu moins celui de droite quand même).

En se moquant dès l'ouverture des personnes qui portent des noms très répandus (le héros s'appelle Arthur Martin), le réalisateur (Michel Leclerc !!) trouve un ton et un gimmick qu'il exploite correctement dans la première partie du film. L'absence d'attachement aux origines (arabes pour elle, juives pour lui) donne l'occasion de s'appesantir sur l'histoire personnelle des deux personnages tout en savourant quelques digressions purement politiques, dont la fameuse apparition de Lionel Jospin. Vers le milieu de film on peut considérer qu'on est en train de regarder un Lelouch réussi (si on peut imaginer) ou un Jeunet potable, d'autant que Gamblin et Sara Forestier sont très efficaces.

Malheureusement je trouve la deuxième partie du film moins réussie, le pathos ne sied pas aux personnages et les tics de mise en scène rappellent pour le coup le mauvais Lelouch (le passage à la plage filmé en simili super 8). On regrette aussi le burlesque léger du début du film, par exemple les inventions adoptées par les parents d'Arthur toujours à contre-temps.

Reste un divertissement honorable qui n'hésite pas à franchir parfois les frontières du mauvais goût avec détermination. En parlant à sa belle-mère dont les parents sont morts à Auschwitz, Bahia enchaîne des sujets de conversation suivants : un job dans les wagons (lits), un autre dans les camps (de vacances), avant de parler de four à propos de son dîner. Il faut quand même oser.

 

2e

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Le fossé

Il y une tradition à Venise : celle du film surprise. Les festivaliers entrent dans la salle sans savoir quel film va leur être projeté.

A la dernière Mostra, ce sont des crédits en français (Arte...), puis des idéogrammes chinois que les spectateurs ont découvert, ceux du générique de la première fiction de Wang Bing.

Ce dernier est souvent considéré comme le plus grand documentariste vivant. Son documentaire fleuve de 9 heures A l'Ouest des rails est considéré comme un film culte. 

La projection de ce soir*  revêtait donc un caractère spécial, digne des plus grands festivals (le film a aussi été présenté à Toronto). La fête aurait été complète si Wang Bing n'était pas resté cloué au lit en Chine par un mystérieux "mal des montagnes" qui l'empêcherait de prendre l'avion...

Autant le dire tout de suite, le film est particulièrement éprouvant, émotionnellement et intellectuellement.

Nous sommes en 1960, dans un camp de rééducation, dans le désert de Gobi, en plein hiver. Les prisonniers habitent dans des sortes de caves creusées dans la terre, comme des rats. La famine et le froid glacial leur rendent la vie très diffcile.

Dès les premières minutes, on voit les cadavres s'entasser, et durant tout le film les morts vont se succéder à une cadence infernale, à tel point qu'à un moment un personnage dit à un autre, qui vient de découvrir un cadavre : "finis de manger, on s'en occupera après".

L'horreur est montrée sans ostentation particulière, mais la caméra froide et élégante de Wang Bing ne fait pas de cadeau non plus : un prisonnier vomit, son ami ramasse la nourriture pour la manger, un homme raconte qu'un autre a brûlé les poils d'un vêtement en mouton puis à fait griller la peau pour la manger, on entend qu'un cadavre a été retrouvé en partie dépecé au niveau des fesses et des mollets.

Dans des paysages d'une platitude irréelle, filmés magnifiquement, constituant une véritable prison à ciel ouvert, le film s'écoule avec la lenteur du plomb. Sorte de synthèse du cinéma de Bresson, des espaces américains de Ford et de souvenirs du goulag. Un vertige métaphysique peut saisir le spectateur à mi-film : où sont les gardiens ? Pourquoi ces gens sont-ils là exactement ? Il marque les esprits probablement d'une façon indélébile (en tout cas le mien), avec ce style inimitable que les Chinois de la nouvelle génération (comme Jia Zhang-Ke) savent donner à leurs films : la réalité y semble être inventée, alors que la fiction y a l'aspect d'un documentaire.

En bref, pas vraiment super rigolo, mais très puissant. Brrrr

26 novembre 2010, au Festival des trois continents à Nantes

 

2e

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Alamar

Alamar est le type de film chéri des festivals (Toronto, Rotterdam, Miami, Toulouse, Berlin, La Rochelle, San Francisco, Buenos Aires ...).

A mi-chemin du documentaire et de la fiction minimaliste, il nous présente comment un enfant issu d'une union mixte (sa mère est italienne, son père mexicain) va vivre le temps des vacances avec son père et son grand-père, entre hommes, isolés sur une des plus grande barrière de corail du monde, dans le Golfe du Mexique.

Dans ce genre de film, comme il ne se passe quasiment rien (pêche, lecture, lutte, dessin, hamac, crocodile, héron, rencontre parcimonieuse d'autres humains, nettoyage des bateaux,  pluie), l'intérêt ne peut être maintenu que par un art évolué de la mise en scène et de la direction d'acteur, et encore plus du montage.
 
Alamar, de ce point de vue là, fonctionne très bien et justifie sa moisson de prix festivalière.

Le film possède une saveur particulière que le spectateur gardera longtemps en tête, saveur composée de noblesse des corps et des âmes, de pieds qui ressemblent à des mains, de simplicité retrouvée, de nature bigger than live. Le père et le fils, à la vie comme à l'écran, sont superbes de naturel et de complicité respectueuse. Les rapports humains semblent dans le film mis à nu, désossés, débarrassé de toute graisse superflue (comme les corps). La caméra, très proche des acteurs, scrute avec une rare perspicacité la découverte mutuelle d'un fils et de son père.

Un beau film.

2e

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Belle épine

Quel beau film.

Bien sûr, les esprits chagrins diront qu'il ne s'y passe grand-chose. Ils chichiteront ici ou là, oubliant qu'il s'agit d'un premier film.

C'est qu'ils n'auront pas vu cette extraordinaire sensibilité que tous les visages expriment, cette profondeur de la mise en scène discrète et sensuelle. Travail sur la profondeur de champ, sur le cadre, les couleurs, les mouvements de caméra, les premiers plans : on ne peut qu'être admiratif devant la maestria de la jeune réalisatrice, même si parfois ce brio tourne à la démonstration un peu vaine (le plan des motards se passant le pot d'échappement - à l'évidence inspiré de Rembrandt, ou la performance très théâtrale du cousin en juif rebelle). 

Partout la mort rôde. Dans un tatouage. Dans le coeur de Prudence. Dans une flaque d'huile. Dans une écharpe. Dans un fantôme. Partout la mort. L'amour n'est pas vraiment au rendez-vous. Alors quoi ? Le vent dans les cheveux, l'ivresse de la nuit et de la vitesse, le désir. Prudence éprouve durant tout le film ce que la dernière scène (le sonotone amplifie le son de la rue) montre de façon méthaporique : un éveil des sens, amplifié par le deuil. 

On souhaite un grand grand avenir à Rebecca Zlotowski qui signe ici un film d'une grande qualité qui confirme un certain renouveau du cinéma français(e). Les jeunes filles sont à la mode, filmées par des filles (ou pas) : La vie au ranch, Des filles en noir. Tant mieux.

 

3e

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Potiche

Etonnant et jouissif.

Je n'attendais pas grand-chose de Potiche. Une collection de personnalités frenchies bankable pour un salmigondis indigeste : j'avais déjà prévu l'intro de ma descente en flamme.

Et puis zut, je me suis passablement marré. Catherine Deneuve y trouve probablement le meilleur rôle de sa fin de carrière : elle y déploie une palette très étendue, épouse bafouée, femme de tête, politicarde, ex-nymphomane, en gardant toujours un maintien absolument parfait et un positivisme renversant. Toute en subtilité. Du grand art : triple bravo !

Luchini est parfaitement en phase avec son personnage, goujat archétypal, et  son association avec Karin Viard est très plaisante. Judith Godrèche et Jérémie Renier sont parfaits. Seul Depardieu est une fois de plus un ton en-dessous, et son embonpoint augmente dramatiquement à chaque film : d'ici peu, il devrait avoir explosé comme l'obèse du Sens de la vie, des Monty Python.

L'intrigue se déroule tranquillement dans une atmosphère boulevardière agréable, et délicieusement pimentée à la sauce seventies. On a droit à des allusions à l'actualité (casse toi pauv'con) et à une réflexion finalement assez intéressante sur ce qui a changé (ou pas) depuis ces années-là.

Ozon affiche un mauvais goût assumé et adulte qui tranche franchement sur les tergiversations habituelles d'un certain cinéma français. Cet aspect du film, qui rappelle par plusieurs côtés les audaces de  Demy (les couleurs, les sentiments - et les retours de bâton - assumés, les chansons, Catherine Deneuve), est le plus intéressant. Il culmine dans une dernière scène abracadabrante mais parfaite.

Film concept et film plaisir, film sûr de lui et pas si bête  : il faut aller voir Potiche.

 

3e

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Moi, moche et méchant

Universal Pictures International FranceMoi, moche et méchant est une réussite. Sur le créneau très disputé de l'animation pour les enfants, mais qui peut aussi fonctionner pour les adultes, pas facile de se renouveler après les Shreck, Age de glace et Toy story. Gru et ses acolytes y parviennent assez facilement.

Ce n'est pas par l'intrigue que le film se distingue : celle-ci est assez classique et le méchant, qui au fond de lui-même ne l'est pas vraiment (évidemment !), est plutôt sympathique et rigolo. Les petites filles orphelines finiront par trouver en lui le père qui leur manque dans un inévitable happy end.

Non, c'est dans les à côtés qu'il faut chercher les pépites. Et d'abord dans la vraie trouvaille du film, les minions, sorte de patates jaunes à un ou deux yeux, stupides et craquantes à la fois. L'environnement de Gru est également parfaitement réussi : voiture, avion, maison et fusée déclinent une esthétique cohérente et assez neuve, à mi-chemin entre Batman et James Bond. Les personnages secondaires sont très réussis aussi (superbe Vector).

Bref un coup d'essai transformé pour Universal qui vient chasser pour la première fois avec succès sur les terres de Pixar (second degré, perfection visuelle, montage rythmé, émotion). A noter que la France est fortement présente dans le film (le réalisateur Pierre Coffin est Français et le gros de l'animation a été réalisée dans un studio parisien). Une suite est annoncée, on espère y retrouver encore plus de minions. A noter que j'ai vu le film en 3D et qu'elle est parfaite, ce n'est pas si fréquent.

3e

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Une femme coréenne

Attention chef d'oeuvre.

Je ne m'attendais pas à grand-chose en visionnant ce film de Im Sang-soo. Allait-il ressembler à la meilleure veine de ce réalisateur (le très beau Vieux jardin) ou à celle, baroque, que j'aime moins (The housemaid, The president's last bang) ?

Réponse : au Vieux jardin, en mieux encore.

Impossible de raconter l'intrigue sans en déflorer les rebondissements principaux : sachez seulement qu'on suivra les destinées d'un avocat, de sa femme qui ne trouve plus sexuellement son compte dans leur relation, d'un jeune lycéen amoureuse de cette dernière, du père de ce dernier, de la maîtresse de l'avocat qui jouit en se frottant sur le dos de ces partenaires, de la mère de l'avocat qui trompe son père et connait son premier orgasme à 60 ans, de son père qui meurt sous nos yeux dans des circonstances effroyables (à la Pialat, ceux qui verront le film comprendront), de l'enfant adopté de l'avocat et de sa femme, d'un pauvre bougre qui conduit ivre son scooter, etc.

Bref le film est un drame à l'ancienne, comme les italiens savaient si bien en faire dans les années 60/70, qui mêle avec brio tous les genres : comédie, érotisme, tragédie, chronique sociale et politique. Film somme (et pourtant seulement le troisième de Im Sang-soo, et son premier vraiment connu en Europe), Une femme coréenne est un bijou que je vous conseille fortement : scénario en béton, mise en scène souveraine, et les acteurs sont splendides et d'une rare sensualité (l'acteur et l'actrice principaux jouent également dans The housemaid).

 

4e

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Des filles en noir

Elise Lhomeau et Léa Tissier. Les Films du LosangeDe tous les films vus récemment au cinéma, Des filles en noir est sans conteste le plus honnête, le plus humble, le plus vrai, et partant, le plus beau.

Bien sûr le film comporte quelques imperfections que je vais rapidement évoquer : des seconds rôles qui jouent pour certains assez faux surtout au début du film (la proviseur, l'infirmière, l'oncle trentenaire), un scénario qui, bien qu'efficace est inégal, et quelques rares maladresses. Voilà, on peut gloser et détailler ces quelques défauts tout au long d'un article : c'est ce que j'aime faire habituellement ! Mais dans ce cas, d'autres l'ont fait.

Une fois n'est pas coutume, je vais essayer d'expliquer pourquoi le film m'a touché.

D'abord j'ai trouvé le jeu des deux actrices absolument remarquable. A force de voir des professionnels aligner les mêmes trucs ou adopter l'inexpressivité comme ligne de jeu (Vénus noire, Biutiful), j'avais fini par oublier ce qu'un regard, une fossette qui se creuse, une larme qui coule, deux visages qui se rapprochent, peuvent exprimer, quand les actrices pétrissent leurs sentiments avec une rage brute et adolescente. Léa Tissier est en particulier impressionnante. 

Ensuite, je n'avais pas lu une ligne sur le scénario et le film m'a scotché comme un thriller psychologique. Vont elles le faire ? Oui, non, pourquoi ? Et après le pivot central du film (qui m'a laissé en pleurs, et hébété, car je ne m'y attendais pas du tout) comment le film pouvait il évoluer ? Il le fait à mon sens magistralement; trouvant une voie étroite et convaincante.

Jeu de miroir

Enfin, j'ai réellement adoré certains aspects de la mise en scène, bluffante à bien des égards : travellings lents et circulaires, respiration dans les plans et entre eux (très beaux fondus), maîtrise discrète de mouvements complexes (le match de foot, la crise nerf, et d'autres), jeu avec les miroirs splendides.


Sur ce dernier point je pourrais détailler très longuement mon point de vue (cf photo choisie ci-dessus) mais par exemple :  la scène chez la prof de musique est fabuleuse sur ce point, premier miroir à l'entrée, puis illusion d'une scène filmée normale, puis découverte que cette scène se joue dans un miroir, etc..  La thématique du reflet est en parfaite résonance avec le film : celui-ci ne raconte-t-il pas comment Noémie se mire dans Priscilla (ce plan magnifique en ombre chinoise ou les deux visages se reflètent presque parfaitement), jusqu'au moment où le miroir se brise ? 

En bref j'ai beaucoup aimé le film. Ses défauts me le rendent encore plus attachant. J'y ai ressenti la même qualité de sensation que dans 4 mois, 3 semaines, 2 jours. Même élégance, même sobriété dans la façon de filmer le drame, même tension psychologique (ce que je redoute va-t-il se passer ?), même intensité dans le jeu de l'actrice principale, mêmes scènes décalées de repas convivial arrivant au climax de la tension psychologique, même plan lointain et sobre après le drame sur ce que vous savez, même type de vérisme social. Et c'est aussi une photo de miroir qui illustre ce film dans mon esprit. Et dans mon article.

De belles critiques sur le film :
Le Monde, Télérama, LibérationLes Cahiers du Cinéma, Les Inrocks, Le Point

3e

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Les rêves dansants, sur les pas de Pina Bausch

Jour2fêteSi vous voulez vous faire plaisir, respirer une seconde dans ce monde de brute, alors allez voir ce film. Nul besoin d'être amateur de danse contemporaine pour l'apprécier, je vous assure.

Ce documentaire nous raconte une expérience hors du commun : faire danser par de jeunes ados (n'ayant jamais dansé) un spectacle très connu de Pina Bausch, Kontakthof, créé en 1978, puis re-créé en 2000 ... avec des danseurs non-professionnels de plus de 65 ans !

Le film parle donc de danse, mais aussi, et surtout, de bien d'autres choses : d'apprendre à connaître son corps et celui des autres, de vaincre sa timidité, de raconter ses failles intimes (deuil, blessures d'amour-propre, déception amoureuse, trahison, situations où l'on s'est trouvé ridicule), de se fondre dans un collectif en produisant de l'intégration, de construire ensemble, de transmettre et d'apprendre, de la vie en somme.

Et de la mort aussi, puisque Pina Bausch qu'on voit ici émaciée mais lumineuse, mourra quelques mois après le film.

A voir de toute urgence, et aucune excuse ne sera acceptée.

 

4e

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Petit tailleur

Léa Seydoux. MK2 DiffusionEn allant voir le film de Garrel réalisateur, je m'attendais à voir un film typé Garrel acteur : un certain romantisme désabusé et flamboyant, des réparties biens senties assénées d'un ton à la fois infantile et insupportable.

Mais bonne surprise, le film débute par un réveil express, une course à pied dans les rues de Paris (le personnage principal, Arthur, a peur du métro, une bonne idée), puis une immersion chez un très vieux tailleur juif, en passe de céder son affaire et de mourir, accessoirement, et qui s'avérera bien moins sympa qu'il n'y parait. 

Un noir et blanc parfait, tantôt passé au gros grain de l'obscurité sensuelle, tantôt nous égarant dans une surexposition blanchâtre hallucinante de précision, un rythme assez proche d'un battement de coeur, une atmosphère très nouvelle vague - mais pas rancie, non, nouvelle vague dans l'esprit 2010, une Léa Seydoux qui commence sérieusement à envahir ma sphère émotiono/cognito/sensuelle - au détriment de Naomi Watts et de Scarlett Joanson réunies, c'est vous dire, une narration sur le fil qui ménage l'expression brute du sentiment amoureux au détriment de la paraphrase démonstrative (c'est joli, il faudra que je m'en souvienne), cet idiot de metteur en scène est aussi beau qu'une porte de prison fermée sur laquelle un détenu aurait pissé, une bande son aux allures d'hommage générationnel (The Smith, The Smith, The Smith !), une façon de dire plus en 40 minutes ce que d'autres essayent d'étirer sur plus de 2 heures, ouais, je pourrais continuer comme ça longtemps mais l'important que vous devez retenir, c'est que ce moyen métrage mérite d'être vu, qu'il vaut son pesant de cacahuètes ou de salsepareille, ça n'a rien à voir mais je fais un apparté pour saluer les 20 ans de la mort de Jacques Demy et je pense quand même à Lola, le deuxième meilleur film de la nouvelle vague après A bout de souffle, à l'expo que j'ai vue à la Médiathèque de Nantes sur Jacquot, à la magie indescriptible que dégageait cet artisan de l'imaginaire, et au livre à propos de Demy que j'ai acheté et dont je vais vous parler bientôt, et puis (j'en reviens à mon sujet) Garrel je l'adore chez Honoré, et pourtant là ça n'a rien vo

Oh et puis allez voir le film, ça durera moins longtemps que de me lire.


3e

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Mystères de Lisbonne

Ouah !

L'idée de passer 4 heures 26 dans une salle de ciné m'inquiétait un peu. Ou le film est bien, et c'est le pied. Ou il est ennuyeux, et c'est le calvaire absolu.

Heureusement le dernier Ruiz est un bijou et on ne s'ennuie pas une seule seconde.

Au niveau de la forme, c'est d'un grand classicisme. Ruiz a remisé ses effets au placard. Enfin presque : subsistent ici ou là une plongée ou une contre-plongée intégrale, un regard caméra étonnant, un effet de surimpression, une image déformée. Mais globalement Ruiz utilise sa caméra comme un pinceau qui caresse les acteurs : lents et courts travellings circulaires ou transversaux, caméra qui traverse les murs à l'ancienne. On est dans du classique, mais très haut de gamme, loin d'une qualité de téléfilm (et même si le film va être montré en épisodes sur Arte). Les cadres y sont éblouissants et certains mouvements de caméra absolument virtuoses.

Sur le fond, l'épopée à laquelle nous convie le film est un délice qui rappelle volontiers l'atmosphère des romans de Dumas. On y croise un jeune orphelin qui découvre progressivement la vie des gens qui l'entourent, un prêtre qui ne l'a pas toujours été, une jeune femme française prête à tout pour se venger d'un homme qui l'a abandonnée, un brésilien qui n'en est pas un, un mari qui s'acharne à faire mourir sa femme à petit feu, un père qui finit aveugle après avoir raté son suicide, etc.

Comme dans Les Mille et une nuit, ou dans Le manuscrit trouvé à Saragosse, les histoires de chacun s'enchaînent en se répondant, se complétant comme un puzzle parfait et diabolique. On n'en finirait pas d'énumérer les symboles d'espionnage, d'observation, d'illusion, de malentendu que recèle le film : c'est un festival de faux-semblants romanesques. Celui qu'on croit être méchant s'avère pardonnable ou même innocent, et inversement. 

Tout cela est conté merveilleusement par un cinéaste qu'on sent au sommet de son art, débarrassé de ses coquetteries et entièrement concentré sur sa substance narrative. Les acteurs et actrices (Clotilde Hesme et Léa Seydoux en tête) sont admirablement dirigés.

Un beau moment si vous aimez l'ambiance XIXème et les intrigues feuilletonnantes.

 

4e

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Moon

Moon fait partie de ces films qui ne sont jamais sortis en salle en France, pour des raisons qui semblent inexplicables tant leur qualité est supérieure à la production moyenne.

Le réalisateur, Duncan Jones, a tout d'un grand, et on peut parier qu'on oubliera vite qu'il est le fils de David Bowie.

Moon n'est pas un film de SF de plus. Il instaure dans sa première partie une ambiance qui lui est propre, sorte de Solaris avec du rythme, si vous pouvez imaginer. On est absolument captivé par la vie du personnage principal, finissant dans la plus grande solitude un contrat de 3 ans dans une mine d'hélium 3 située sur la lune. Les images sont belles, poétiques et précises.


Le robot Gerty qui l'accompagne au quotidien, bien que ne s'exprimant que par smileys (et aussi par la voix de Kevin Spacey) acquière un personnalité attachante et inquiétante à la fois.

Après une première demi-heure parfaite, un twist brutal amène le film à une sorte de climax qui est franchement vertigineux et qu'on ne peut pas dévoiler sans gâcher le plaisir du spectateur. A partir de ce point, je trouve que le film faiblit assez nettement, n'exploitant qu'imparfaitement un scénario fascinant : une vraie réflexion philosophique le rendrait exaltant, il préfère exploiter une trame suspense qui ne m'a pas réellement convaincu.

A voir dans tous les cas pour un trip lunaire hors du commun, pour la performance exceptionnelle de l'unique acteur (Sam Rockwell), et pour la musique de Clint Mansell, parfaitement adaptée aux images.

3e

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