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Christoblog

Articles avec #j'aime

Potiche

Etonnant et jouissif.

Je n'attendais pas grand-chose de Potiche. Une collection de personnalités frenchies bankable pour un salmigondis indigeste : j'avais déjà prévu l'intro de ma descente en flamme.

Et puis zut, je me suis passablement marré. Catherine Deneuve y trouve probablement le meilleur rôle de sa fin de carrière : elle y déploie une palette très étendue, épouse bafouée, femme de tête, politicarde, ex-nymphomane, en gardant toujours un maintien absolument parfait et un positivisme renversant. Toute en subtilité. Du grand art : triple bravo !

Luchini est parfaitement en phase avec son personnage, goujat archétypal, et  son association avec Karin Viard est très plaisante. Judith Godrèche et Jérémie Renier sont parfaits. Seul Depardieu est une fois de plus un ton en-dessous, et son embonpoint augmente dramatiquement à chaque film : d'ici peu, il devrait avoir explosé comme l'obèse du Sens de la vie, des Monty Python.

L'intrigue se déroule tranquillement dans une atmosphère boulevardière agréable, et délicieusement pimentée à la sauce seventies. On a droit à des allusions à l'actualité (casse toi pauv'con) et à une réflexion finalement assez intéressante sur ce qui a changé (ou pas) depuis ces années-là.

Ozon affiche un mauvais goût assumé et adulte qui tranche franchement sur les tergiversations habituelles d'un certain cinéma français. Cet aspect du film, qui rappelle par plusieurs côtés les audaces de  Demy (les couleurs, les sentiments - et les retours de bâton - assumés, les chansons, Catherine Deneuve), est le plus intéressant. Il culmine dans une dernière scène abracadabrante mais parfaite.

Film concept et film plaisir, film sûr de lui et pas si bête  : il faut aller voir Potiche.

 

3e

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Moi, moche et méchant

Universal Pictures International FranceMoi, moche et méchant est une réussite. Sur le créneau très disputé de l'animation pour les enfants, mais qui peut aussi fonctionner pour les adultes, pas facile de se renouveler après les Shreck, Age de glace et Toy story. Gru et ses acolytes y parviennent assez facilement.

Ce n'est pas par l'intrigue que le film se distingue : celle-ci est assez classique et le méchant, qui au fond de lui-même ne l'est pas vraiment (évidemment !), est plutôt sympathique et rigolo. Les petites filles orphelines finiront par trouver en lui le père qui leur manque dans un inévitable happy end.

Non, c'est dans les à côtés qu'il faut chercher les pépites. Et d'abord dans la vraie trouvaille du film, les minions, sorte de patates jaunes à un ou deux yeux, stupides et craquantes à la fois. L'environnement de Gru est également parfaitement réussi : voiture, avion, maison et fusée déclinent une esthétique cohérente et assez neuve, à mi-chemin entre Batman et James Bond. Les personnages secondaires sont très réussis aussi (superbe Vector).

Bref un coup d'essai transformé pour Universal qui vient chasser pour la première fois avec succès sur les terres de Pixar (second degré, perfection visuelle, montage rythmé, émotion). A noter que la France est fortement présente dans le film (le réalisateur Pierre Coffin est Français et le gros de l'animation a été réalisée dans un studio parisien). Une suite est annoncée, on espère y retrouver encore plus de minions. A noter que j'ai vu le film en 3D et qu'elle est parfaite, ce n'est pas si fréquent.

3e

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Une femme coréenne

Attention chef d'oeuvre.

Je ne m'attendais pas à grand-chose en visionnant ce film de Im Sang-soo. Allait-il ressembler à la meilleure veine de ce réalisateur (le très beau Vieux jardin) ou à celle, baroque, que j'aime moins (The housemaid, The president's last bang) ?

Réponse : au Vieux jardin, en mieux encore.

Impossible de raconter l'intrigue sans en déflorer les rebondissements principaux : sachez seulement qu'on suivra les destinées d'un avocat, de sa femme qui ne trouve plus sexuellement son compte dans leur relation, d'un jeune lycéen amoureuse de cette dernière, du père de ce dernier, de la maîtresse de l'avocat qui jouit en se frottant sur le dos de ces partenaires, de la mère de l'avocat qui trompe son père et connait son premier orgasme à 60 ans, de son père qui meurt sous nos yeux dans des circonstances effroyables (à la Pialat, ceux qui verront le film comprendront), de l'enfant adopté de l'avocat et de sa femme, d'un pauvre bougre qui conduit ivre son scooter, etc.

Bref le film est un drame à l'ancienne, comme les italiens savaient si bien en faire dans les années 60/70, qui mêle avec brio tous les genres : comédie, érotisme, tragédie, chronique sociale et politique. Film somme (et pourtant seulement le troisième de Im Sang-soo, et son premier vraiment connu en Europe), Une femme coréenne est un bijou que je vous conseille fortement : scénario en béton, mise en scène souveraine, et les acteurs sont splendides et d'une rare sensualité (l'acteur et l'actrice principaux jouent également dans The housemaid).

 

4e

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Des filles en noir

Elise Lhomeau et Léa Tissier. Les Films du LosangeDe tous les films vus récemment au cinéma, Des filles en noir est sans conteste le plus honnête, le plus humble, le plus vrai, et partant, le plus beau.

Bien sûr le film comporte quelques imperfections que je vais rapidement évoquer : des seconds rôles qui jouent pour certains assez faux surtout au début du film (la proviseur, l'infirmière, l'oncle trentenaire), un scénario qui, bien qu'efficace est inégal, et quelques rares maladresses. Voilà, on peut gloser et détailler ces quelques défauts tout au long d'un article : c'est ce que j'aime faire habituellement ! Mais dans ce cas, d'autres l'ont fait.

Une fois n'est pas coutume, je vais essayer d'expliquer pourquoi le film m'a touché.

D'abord j'ai trouvé le jeu des deux actrices absolument remarquable. A force de voir des professionnels aligner les mêmes trucs ou adopter l'inexpressivité comme ligne de jeu (Vénus noire, Biutiful), j'avais fini par oublier ce qu'un regard, une fossette qui se creuse, une larme qui coule, deux visages qui se rapprochent, peuvent exprimer, quand les actrices pétrissent leurs sentiments avec une rage brute et adolescente. Léa Tissier est en particulier impressionnante. 

Ensuite, je n'avais pas lu une ligne sur le scénario et le film m'a scotché comme un thriller psychologique. Vont elles le faire ? Oui, non, pourquoi ? Et après le pivot central du film (qui m'a laissé en pleurs, et hébété, car je ne m'y attendais pas du tout) comment le film pouvait il évoluer ? Il le fait à mon sens magistralement; trouvant une voie étroite et convaincante.

Jeu de miroir

Enfin, j'ai réellement adoré certains aspects de la mise en scène, bluffante à bien des égards : travellings lents et circulaires, respiration dans les plans et entre eux (très beaux fondus), maîtrise discrète de mouvements complexes (le match de foot, la crise nerf, et d'autres), jeu avec les miroirs splendides.


Sur ce dernier point je pourrais détailler très longuement mon point de vue (cf photo choisie ci-dessus) mais par exemple :  la scène chez la prof de musique est fabuleuse sur ce point, premier miroir à l'entrée, puis illusion d'une scène filmée normale, puis découverte que cette scène se joue dans un miroir, etc..  La thématique du reflet est en parfaite résonance avec le film : celui-ci ne raconte-t-il pas comment Noémie se mire dans Priscilla (ce plan magnifique en ombre chinoise ou les deux visages se reflètent presque parfaitement), jusqu'au moment où le miroir se brise ? 

En bref j'ai beaucoup aimé le film. Ses défauts me le rendent encore plus attachant. J'y ai ressenti la même qualité de sensation que dans 4 mois, 3 semaines, 2 jours. Même élégance, même sobriété dans la façon de filmer le drame, même tension psychologique (ce que je redoute va-t-il se passer ?), même intensité dans le jeu de l'actrice principale, mêmes scènes décalées de repas convivial arrivant au climax de la tension psychologique, même plan lointain et sobre après le drame sur ce que vous savez, même type de vérisme social. Et c'est aussi une photo de miroir qui illustre ce film dans mon esprit. Et dans mon article.

De belles critiques sur le film :
Le Monde, Télérama, Libération,  Les Cahiers du Cinéma, Les Inrocks, Le Point

3e

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Les rêves dansants, sur les pas de Pina Bausch

Jour2fêteSi vous voulez vous faire plaisir, respirer une seconde dans ce monde de brute, alors allez voir ce film. Nul besoin d'être amateur de danse contemporaine pour l'apprécier, je vous assure.

Ce documentaire nous raconte une expérience hors du commun : faire danser par de jeunes ados (n'ayant jamais dansé) un spectacle très connu de Pina Bausch, Kontakthof, créé en 1978, puis re-créé en 2000 ... avec des danseurs non-professionnels de plus de 65 ans !

Le film parle donc de danse, mais aussi, et surtout, de bien d'autres choses : d'apprendre à connaître son corps et celui des autres, de vaincre sa timidité, de raconter ses failles intimes (deuil, blessures d'amour-propre, déception amoureuse, trahison, situations où l'on s'est trouvé ridicule), de se fondre dans un collectif en produisant de l'intégration, de construire ensemble, de transmettre et d'apprendre, de la vie en somme.

Et de la mort aussi, puisque Pina Bausch qu'on voit ici émaciée mais lumineuse, mourra quelques mois après le film.

A voir de toute urgence, et aucune excuse ne sera acceptée.

 

4e

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Petit tailleur

Léa Seydoux. MK2 DiffusionEn allant voir le film de Garrel réalisateur, je m'attendais à voir un film typé Garrel acteur : un certain romantisme désabusé et flamboyant, des réparties biens senties assénées d'un ton à la fois infantile et insupportable.

Mais bonne surprise, le film débute par un réveil express, une course à pied dans les rues de Paris (le personnage principal, Arthur, a peur du métro, une bonne idée), puis une immersion chez un très vieux tailleur juif, en passe de céder son affaire et de mourir, accessoirement, et qui s'avérera bien moins sympa qu'il n'y parait. 

Un noir et blanc parfait, tantôt passé au gros grain de l'obscurité sensuelle, tantôt nous égarant dans une surexposition blanchâtre hallucinante de précision, un rythme assez proche d'un battement de coeur, une atmosphère très nouvelle vague - mais pas rancie, non, nouvelle vague dans l'esprit 2010, une Léa Seydoux qui commence sérieusement à envahir ma sphère émotiono/cognito/sensuelle - au détriment de Naomi Watts et de Scarlett Joanson réunies, c'est vous dire, une narration sur le fil qui ménage l'expression brute du sentiment amoureux au détriment de la paraphrase démonstrative (c'est joli, il faudra que je m'en souvienne), cet idiot de metteur en scène est aussi beau qu'une porte de prison fermée sur laquelle un détenu aurait pissé, une bande son aux allures d'hommage générationnel (The Smith, The Smith, The Smith !), une façon de dire plus en 40 minutes ce que d'autres essayent d'étirer sur plus de 2 heures, ouais, je pourrais continuer comme ça longtemps mais l'important que vous devez retenir, c'est que ce moyen métrage mérite d'être vu, qu'il vaut son pesant de cacahuètes ou de salsepareille, ça n'a rien à voir mais je fais un apparté pour saluer les 20 ans de la mort de Jacques Demy et je pense quand même à Lola, le deuxième meilleur film de la nouvelle vague après A bout de souffle, à l'expo que j'ai vue à la Médiathèque de Nantes sur Jacquot, à la magie indescriptible que dégageait cet artisan de l'imaginaire, et au livre à propos de Demy que j'ai acheté et dont je vais vous parler bientôt, et puis (j'en reviens à mon sujet) Garrel je l'adore chez Honoré, et pourtant là ça n'a rien vo

Oh et puis allez voir le film, ça durera moins longtemps que de me lire.


3e

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Mystères de Lisbonne

Ouah !

L'idée de passer 4 heures 26 dans une salle de ciné m'inquiétait un peu. Ou le film est bien, et c'est le pied. Ou il est ennuyeux, et c'est le calvaire absolu.

Heureusement le dernier Ruiz est un bijou et on ne s'ennuie pas une seule seconde.

Au niveau de la forme, c'est d'un grand classicisme. Ruiz a remisé ses effets au placard. Enfin presque : subsistent ici ou là une plongée ou une contre-plongée intégrale, un regard caméra étonnant, un effet de surimpression, une image déformée. Mais globalement Ruiz utilise sa caméra comme un pinceau qui caresse les acteurs : lents et courts travellings circulaires ou transversaux, caméra qui traverse les murs à l'ancienne. On est dans du classique, mais très haut de gamme, loin d'une qualité de téléfilm (et même si le film va être montré en épisodes sur Arte). Les cadres y sont éblouissants et certains mouvements de caméra absolument virtuoses.

Sur le fond, l'épopée à laquelle nous convie le film est un délice qui rappelle volontiers l'atmosphère des romans de Dumas. On y croise un jeune orphelin qui découvre progressivement la vie des gens qui l'entourent, un prêtre qui ne l'a pas toujours été, une jeune femme française prête à tout pour se venger d'un homme qui l'a abandonnée, un brésilien qui n'en est pas un, un mari qui s'acharne à faire mourir sa femme à petit feu, un père qui finit aveugle après avoir raté son suicide, etc.

Comme dans Les Mille et une nuit, ou dans Le manuscrit trouvé à Saragosse, les histoires de chacun s'enchaînent en se répondant, se complétant comme un puzzle parfait et diabolique. On n'en finirait pas d'énumérer les symboles d'espionnage, d'observation, d'illusion, de malentendu que recèle le film : c'est un festival de faux-semblants romanesques. Celui qu'on croit être méchant s'avère pardonnable ou même innocent, et inversement. 

Tout cela est conté merveilleusement par un cinéaste qu'on sent au sommet de son art, débarrassé de ses coquetteries et entièrement concentré sur sa substance narrative. Les acteurs et actrices (Clotilde Hesme et Léa Seydoux en tête) sont admirablement dirigés.

Un beau moment si vous aimez l'ambiance XIXème et les intrigues feuilletonnantes.

 

4e

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Moon

Moon fait partie de ces films qui ne sont jamais sortis en salle en France, pour des raisons qui semblent inexplicables tant leur qualité est supérieure à la production moyenne.

Le réalisateur, Duncan Jones, a tout d'un grand, et on peut parier qu'on oubliera vite qu'il est le fils de David Bowie.

Moon n'est pas un film de SF de plus. Il instaure dans sa première partie une ambiance qui lui est propre, sorte de Solaris avec du rythme, si vous pouvez imaginer. On est absolument captivé par la vie du personnage principal, finissant dans la plus grande solitude un contrat de 3 ans dans une mine d'hélium 3 située sur la lune. Les images sont belles, poétiques et précises.


Le robot Gerty qui l'accompagne au quotidien, bien que ne s'exprimant que par smileys (et aussi par la voix de Kevin Spacey) acquière un personnalité attachante et inquiétante à la fois.

Après une première demi-heure parfaite, un twist brutal amène le film à une sorte de climax qui est franchement vertigineux et qu'on ne peut pas dévoiler sans gâcher le plaisir du spectateur. A partir de ce point, je trouve que le film faiblit assez nettement, n'exploitant qu'imparfaitement un scénario fascinant : une vraie réflexion philosophique le rendrait exaltant, il préfère exploiter une trame suspense qui ne m'a pas réellement convaincu.

A voir dans tous les cas pour un trip lunaire hors du commun, pour la performance exceptionnelle de l'unique acteur (Sam Rockwell), et pour la musique de Clint Mansell, parfaitement adaptée aux images.

3e

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Depuis qu'Otar est parti

Plutôt agréablement surpris par son second (L'arbre), je me me suis procuré le premier film de Julie Bertuccelli.

Le scénario de Depuis qu'Otar est parti est relativement simple : une grand-mère dont le fils (qu'elle vénère) est à Paris, sa fille, et sa petite-fille vivent ensemble en Géorgie. Le fils meurt : sa soeur et sa nièce cachent sa mort à la grand-mère.

Mais évidemment un mensonge de ce genre n'est jamais simple à tenir dans le temps...

Le film est avant tout un beau triple portrait de femmes de trois générations différentes : on y retrouve cette extrême attention aux acteurs, qui rend Charlotte Gainsbourg si lumineuse dans L'arbre. Il est aussi un tableau saisissant de la Géorgie d'aujourd'hui, entre souvenir du stalinisme et coupure d'électricité.

La mise en scène est épurée, souple, efficace. Julie Bertucelli fait preuve d'un sens du cadrage très sûr. Le montage alterne temps forts et plages plus contemplatives. Un beau film, qui aurait peut-être gagné à être un poil plus nerveux. Il a collectionné les récompenses dans beaucoup de festivals, grand prix de la semaine internationale de la critique à Cannes et César de la meilleure première oeuvre en 2003. 

Après la Géorgie (que Julie Bertuccelli a appris à connaître en tant qu'assistante d'Otar Iosseliani) et l'Australie, où la réalisatrice nous entrainera-t-elle pour son troisième film ?

 

2e

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21 grammes

Pour préparer la vision de Biutiful mercredi dans le cadre du désormais célèbre festival d'automne, je me suis fait un petit samedi soir DVD devant le classique deuxième (ou troisième ?) film d'Inarritu.

Le début du film m'a laissé perplexe. Le fouillis temporel mis en place par le scénario alambiqué de Guillermo Arriaga n'apporte à mon avis pas grand-chose à l'oeuvre, si ce n'est de décourager potentiellement pas mal de spectateurs. Le temps de comprendre ce qu'on voit, il se déroule une bonne demi-heure.

A partir de là on peut se concentrer sur le propos du film, qui est assez fort.

La mise en scène d'Inarritu est incroyablement puissante, tantôt constituée de vifs mouvements de caméra parfaitement maîtrisés, tantôt de gros plans absolument sidérants ou de plan fixe très beaux, comme celui qui précède de quelques secondes l'accident et montre un jeune homme ramasser des feuilles mortes. Le talent que manifeste le réalisateur laisse pantois, on pense à Scorsese par exemple, ce qui s'explique peut-être par le fait qu'Inarritu a déjà 40 ans lorsqu'il tourne 21 grammes.

Le grain de la photo, très visible, et l'aspect un peu sale de l'image surprend au début, puis s'avère parfaitement en phase avec l'histoire. Les acteurs sont absolument magnifiques et tirent le film vers le haut : un Sean Penn qui mue physiquement en fonction de son état de santé, une Naomi Watts exceptionnelle, méconnaissable, non maquillée, droguée, abattue, un Benicio del Toro hyper physique, bloc de douleur particulièrement expressif. Même notre petite Charlotte Gainsbourg est parfaite.

En somme, un film important, même si la sophistication inutile de sa construction et les petites afféteries autour de ces 21 fameux grammes le plombent un peu.

 

4e

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Mysterious skin

Le récent Kaboom m'amène à plonger dans la filmo d'Araki en commençant par son film le plus connu.

Mysterious skin est un film fascinant, tissé de cette étoffe dont on fait les films cultes. Il est brillant, troublant, alors qu'il s'attaque à une batterie de sujets tous plus casse-gueules les uns que les autres : l'homosexualité dans un bled perdu du Kansas, la prostitution, le viol, la pédophilie, la folie, les OVNIs.

Ce qui permet au film de tenir debout et de figurer au panthéon des années 2000, c'est la tension qu'il instaure et qu'il arrive à tenir sur la durée, entre plusieurs éléments contradictoires entre eux.

La tension explicite / implicite

Certaines scènes de sexe sont insoutenables. Hors on ne voit à aucun moment un sexe masculin. Le film est donc terriblement implicite dans ce qu'il montre, et explicite dans ce qu'il suscite chez le spectateur : Araki a compris qu'un visage qui s'empourpre, une main sur un visage, un doigt sur la langue génère un plus grand malaise qu'un pénis filmé. 

La tension hypersexué / asexué

Neil réagit à ce qu'il a vécu en se précipitant dans une course en avant vers le sexe, autodestructrice et suicidaire. Il lui faut toujours plus : de risque, d'expérience, de sensations. Tout le monde est amoureux de lui : Eric, Wendy, ses amants. Il est une sorte de trou noir qui attire et engloutit les autres. Bryan est l'inverse, il refoule son expérience et sa libido est en panne sèche. On ne peut pas opposition plus extrême, et il intéressant de constater que les deux mères renforcent cette opposition puisqu'elles reproduisent les caractéristiques de leur fils.

La tension réalisme / onirisme

Le film oscille constamment entre un vérisme psychologique et social, et des fulgurances poétiques qui nous entraînent dans un autre monde (les visions de Bryan, la pluie de céréales évidemment, la soucoupe volante, le dernier plan qui isole les deux protagonistes dans le noir, la vache mutilée, le malade...)

La tension cruauté (du propos) / suavité (de l'objet cinématographique)

Celle ci n'est sûrement pas discernable au premier abord, et pourtant elle est particulièrement évidente si par exemple on ferme les yeux : alors que beaucoup de réalisateurs auraient raconté cette histoire avec une bande-son volontairement stressante, Araki l'accompagne d'une petite musique, constamment douce et inoffensive, terriblement entêtante et soporifique à la fois. De même il fait évoluer ses personnages dans des décors aux nuances pastels, particulièrement cruelles par contraste. Dans la scène hallucinante des feux d'artifice tirés de la bouche de son prisonnier, Neil a un sourire d'ange.

La tension anticipation (ce qu'on devine) / réalisation (ce qui nous est révélé)

C'est sûrement là que réside l'aspect le plus étrange du talent d'Araki. Contrairement aux films qui manient le classique retournement de situation de dernière minute, Mysterious skin parvient à nous faire percevoir à tout moment ce qui va advenir ensuite. Mais cette perception est toujours incomplète, confuse, et l'on craint (avec raison) en permanence que la suite soit plus terrible que ce qu'on imagine. Cette anticipation inquiète et fiévreuse est le moteur principal du film.

Il serait sacrilège de dire à propos de Mysterious skin "je l'aime" ou "je ne l'aime pas", il fait partie de ces oeuvres qui ne vous laissent guère de choix, qui vous prennent contre votre gré et vous emmènent loin, vous laissant au final pantelant, désarçonné et amoureux du cinéma comme jamais.

 

4e

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The social network

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/87/64/83/19955451.jpgThe social network raconte une histoire très intéressante : comment un jeune nerd complexé a inventé Facebook et devient à 26 ans un des hommes les plus riches du monde.

A la baguette, deux pointures : Aaron Sorkin, le diabolique créateur de la série A la Maison Blanche, et David Fincher, probablement le cinéaste US le plus performant à l'heure actuelle. Du premier on reconnait immédiatement les dialogues mitraillettes (faut suivre !) et le second nous donne une belle leçon de mise en scène.

Fincher devient de film en film un réalisateur "classique", comme on pu l'être en leur temps Mankiewicz ou John Ford : mouvements de caméra amples et épurés, lumières magnifiques, petites coquetteries virtuoses (la course d'aviron), captation subtile des mouvements intérieurs des personnages, montage parfait.

Là où le film péche un peu, c'est dans la construction alambiquée basée sur les deux procès, et surtout dans la figure de Marc Zuckerberg. Ce dernier est effectivement moins intéressant que les personnages secondaires, comme le sulfureux Sean Parker, créateur de Napster, joué par un étonnant Justin Timberlake. Zuckerberg est visiblement un salaud qui réussit, ce qui ne manque jamais de fasciner les Américains.

Autant le début à Harvard est passionnant (les clubs et Facemash, moteurs de la motivation revancharde de Zuckerberg), autant les dernières images tombent un peu dans la facilité façon Rosebud, la profondeur de Citizen Kane en moins : j'ai un peu de mal à croire que l'inventeur de Facebook drague la fille qui l'a larguée il y a 6 ans avec un "tu veux devenir mon ami?" lancé via sa créature.

Cette fin sensée nous rendre Zuckerberg plus proche, plus touchant, était peut-être le prix à payer pour pouvoir faire le film ?

A voir par curiosité.

 

2e

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Kaboom

Thomas Dekker. Why Not ProductionsBien sûr, le parallèle avec Les amours imaginaires est inévitable.

Même intérêt pour le sexe (hétéro / gay) et l'amour chez les jeunes adultes 19/20 ans (Mc Kinsey est cité dans les deux films), même jusqu'au boutisme formel, même couleurs pétantes, même importance de la bande-son, mêmes gimmicks : séance de masturbation interrompue, mère nympho, père absent...

Autant le film du jeune Dolan m'a paru vieux et pompé, autant celui du vieux Araki me parait jeune et chtarbé.

Il faut dire que ça part à toute berzingue, et que ça ne ralentit jamais, jusqu'au bout. Ce serait un crime - en même temps qu'un casse-tête - que de raconter l'intrigue, mais sachez qu'en allant voir ce film vous allez passer par toutes les nuances de l'orgasme cinéphilique : la peur, le rire, l'excitation, la surprise, le plaisir visuel, l'admiration devant un art du montage épatant, la satisfaction de voir les pièces d'un puzzle s'assembler, le plaisir que procurent de très bons acteurs et surtout, surtout, cet élan primal qui bouscule tout sur son passage, sorte de taureau furieux qui renverse toutes les conventions, et le bon goût en premier, pour filer vers sa propre destruction. Le film est coloré, gai(y), libertaire dans sa forme et son propos. En plus, c'est anecdotique, mais on y rigole bien grâce à une dizaine de répliques imparables et délicates sur le thème pendant et après l'amour, du style "J'ai connu des frottis vaginaux qui duraient plus longtemps" ou "C'est un vagin, pas un plat de spaghetti".

Kaboom dynamite le teen movie de l'intérieur, mais sous l'extas(y)e une réflexion plus profonde rôde comme un fantôme : la mort à 20 ans, l'absence des parents, l'amitié, la nostalgie du monde avant sa fin, le sens de la vie. Il y du Lynch sous amphet dans cet Araki là.

Une bombe.

 

4e

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Un homme qui crie

Cela faisait longtemps que je n'avais pas vu un film aussi beau esthétiquement. Chaque plan est une sorte de tableau vivant. La lumière est d'une exceptionnelle douceur, donnant aux textures une sensualité extrême.

Mahamat Saleh Haroun possède un don inouï pour le cadrage et la direction photo, et obtient des scènes visuellement parfaites, comme les 3 ou 4 derniers plans du film, à tomber par terre.

Le scénario, lui, est presque celui d'une tragédie grecque. Un père voit son fils lui prendre son emploi qu'il adore (maitre-nageur) et en conçoit une profonde amertume. Parallèlement, on lui réclame de contribuer à l'effort de guerre en payant une grosse somme qu'il n'a pas. Ou alors de donner son fils pour la guerre... que fera t'il ?

Le film s'attarde tranquillement sur l'évolution du personnage principal, joué par Youssouf Djaoro qui impose sa très grande présence avec beaucoup de naturel (il jouait dans le film précédent de Seleh Haroun, Daratt, primé à Venise). Peut-être certains trouveront que cette lente évolution dans le mutisme, puis la dépression, est insupportable. Ils auront d'une certaine façon raison. Moi même j'avais envie de prendre Adam par les épaules, de le secouer et de lui dire : réagis, c'est le moment.

Dans une interview donnée au Monde, le réalisateur raconte comment il a du tourner ce film, dans des conditions de sécurité très difficiles, comme "avec un pistolet sur la tempe", dit-il.  Vu le résultat, déjà remarquable, on peut imaginer de quelle qualité serait une de ses oeuvres réalisée avec des moyens conséquents et une tranquillité de travail assurée.

Un prix du jury à Cannes 2010 mérité.

 

3e

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Le bruit des glaçons

Albert Dupontel et Jean Dujardin. Wild Bunch DistributionJe dois le bien dire, c'est un peu contre mon gré que je me suis retrouvé dans une salle pour voir le dernier Blier, qui ne me disait rien du tout : c'est le défi lancé à ffred qui m'y a poussé.

Et divine surprise, magie du cinéma : j'ai trouvé le film pas mal du tout.

Au début, j'ai été un peu désarçonné par ce cancer qui s'invite (incroyable Dupontel) et par le jeu un peu factice de Dujardin, qui ne m'avait encore jamais convaincu comme acteur.

Et puis, ce diable de Blier, vieil anar toujours en jambe, nous embringue dans une histoire improbable mais qui progressivement nous captive, mélangeant les temps (flashs backs simples, puis intrication de plusieurs lignes temporelles), multipliant les provocations à la fois dans la mise en scène (ces regards caméra totalement déraisonnables) et le scénario.

Il en a encore dans le buffet ce vieux Blier, pour montrer un cancérologue qui donne un coup de boule à un patient qui l'emmerde, ou pour célébrer aussi joyeusement les plaisirs de la chair après 50 ans ! Tout le contraire de Notre jour qui viendra : le film est ici agréablement déstabilisant par ce qu'il raconte, il ne cherche pas l'esbroufe. La fin est complètement bancale, mais on le pardonne au film, qui de toute façon n'est pas parfait. Les dialogues enfin recèlent quelques pépites dignes d'Audiard.

Une réussite surprise.

3e

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Les amours imaginaires

MK2 DiffusionLes amours imaginaires est une petite chose pimpante, qui va plaire aux amateurs de friandise.

Le bonbon est sucré, coloré, avec juste un peu d'amertume. Le résultat n'est pas désagréable.

Xavier Dolan emprunte à beaucoup de monde dans ce film : à Wong Kar Wai le ralenti amoureux et le battement de cil de 3 secondes, à Gus Van Sant la manie de filmer les gens marchant par derrière, à Gregg Araki une scène (celle de la pluie de marshmallows), à Christophe Honoré Louis Garrel (un faux blond, puis le vrai), à Almodovar ses couleurs et ses rouges à lèvres, à Audrey Hepburn son sourire, etc.... Je trouve qu'il ne fait pas preuve en cela d'une grande maîtrise et ne fonde pas un style très personnel. Le résultat est fait de bric et de broc, répétant des recettes à satiété (zoom avant arrière saccadé, filtre de couleurs...). L'émotion n'est jamais venue en ce qui me concerne, même dans les témoignages de personnes étrangères à l'histoire, un procédé beaucoup plus réussi dans Poetry.

Finalement ce qui m'a le plus plu dans le film ce sont les acteurs. Dolan lui-même est très bien. Il a de bonnes chances de rejoindre dans cette catégorie des acteurs-réalisateurs de talent : Allen, Moretti, Eastwood.

Monia Chokri est excellente, vintage jusqu'au bout des ongles, très "nouvelle vague". Niels Schneider m'a énervé, ses airs ne m'ayant jamais convaincu et son personnage ne crédibilisant pas le scénario.

Certaines scènes sont amusantes (les deux ruptures, la visite de la mère), caustiques sans être véritablement cruelles.

Une oeuvre de jeunesse, à mon avis en mode mineur, d'un cinéaste dont on devine qu'il peut beaucoup plus.

 
2e

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Poetry

Poetry possède le même défaut et les mêmes qualités que le précédent film de Lee Chang-Dong : Secret Sunshine.

Le défaut, c'est d'être un peu trop long (2h19).

Les qualités sont nombreuses : d'abord une faculté à construire un écheveau d'intrigues qui paraissent totalement indépendantes (le vieux malade, le fils, la poésie, la maladie), et qui progressivement se rassemblent, se croisent, se répondent. Une qualité de direction d'acteurs exceptionnelle : dans les deux films, les performances d'actrices sont remarquables.

Enfin, une délicatesse à la fois tendre et sensuelle pour décrire des évènements, qui, si y on réfléchit deux minutes, sont absolument terrifiants. Dans ce registre, les conciliabules des 5 pères, l'attitude du journaliste, l'indifférence du fils sont d'une noirceur absolue.

Lee Chang-Dong a aussi cette faculté de faire naître l'émotion au détour d'une scène (les plans qui montrent les inconnus raconter le plus beau moment de leur vie), et aussi de filmer la douleur (la mère qui s'effondre dans la rue au début du film).

2010 est donc l'année les grands mères asiatiques pleines de force mentale et d'énergie, aux prises avec des hommes (et des fils) faiblards et incompétents, comme dans Mother et Lola.


3e

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Simon Werner a disparu...

Diaphana FilmsSimon Werner a disparu utilise le procédé désormais classique en cinéma (depuis Rashomon ?) de conter la même histoire de plusieurs points de vue différents (4 ici), en découvrant à chaque fois de nouveaux pans de réalité.

En l'occurrence, le procédé est très habilement mené grâce à un scénario millimétré.

Nous sommes dans un établissement scolaire du 78, et un élève a disparu. Puis un autre. Puis encore un autre. Y'a t'il un tueur en série dans le coin ? Le prof de physique est bizarre, l'entraîneur de foot aussi...

Fabrice Gobert possède un don particulier pour entretenir une sorte de suspense paranoïaque qui nous mène par le bout du nez : de la quasi certitude d'une catastrophe, on passe doucement à une interrogation sur la banalité de tout ce qu'on a vu jusqu'à présent, avant de finir sur un dénouement qui remet à l'endroit l'ensemble de l'intrigue.

Je ne trouve pas que les dernières scènes apportent beaucoup au film, au contraire, je me serais arrêté pour ma part "cut" après la scène qui résout le cas Simon.

Une excellente surprise quand même, bien servie par de remarquables jeunes acteurs, et qu'on peut conseiller par exemple à ceux qui ont aimé Harry, un ami qui vous veut du bien.

 

3e

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Amore

Amore est une sorte de cauchemard pour le critique, en tout cas pour moi. Le film est tellement foisonnant en terme de références, de styles de mise en scène et de propos qu'on passe rapidement du plus grand énervement à une certaine émotion.

Un bon résumé pourrait être de dire que le réalisateur, Luca Guadagnino, a voulu livrer son Guépard : portrait d'une société en déliquescence à travers la chronique familiale d'une grande famille bourgeoise milanaise.

Les thématiques s'enchevêtrent donc sur le mode du "tout fout le camp" : le patriarche meurt, le fils vend l'affaire à des Indiens, la fille découvre son homosexualité, la mère tombe amoureuse façon Lady Chatterley, les pièces rapportées (la femme d'Edo) sont traitées avec une froide cruauté. Tout cela est montré à travers une mise en scène qu'on peut qualifier de pompeuse, voire pompière (ah, le plafond bleu de l'église, ou l'assiette d'écrevisses qui illumine le visage d'Emma), assemblage de très très gros plans, de quasi noir et blanc, de kaleidoscope, d'images floutées, de variation brusque de profondeur de champ, etc.

On passe tour à tour d'un repas filmé à la Desplechin, à une scène typiquement hitchcockienne (la musique de John Adams), en passant par du Pascale Ferran pur jus. Le dernier plan (à voir après un carton de générique de fin, attention) semble même sorti d'Oncle Boonmee.

On s'ennuie par moment, on s'interroge à d'autres et Tilda Swinton arrive à être à la fois énervante, touchante, parfois sublime.

Amore est tout entier tissé de paradoxes, c'est un grand film malade.


2e

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Des hommes et des dieux

Olivier Rabourdin. Mars DistributionSi Des hommes et des dieux ne faisait "que" montrer que les hommes sont frères, que la bonté est souveraine, que l'islam et la religion chrétienne sont deux rameaux d'une même branche, il ne serait qu'un film pontifiant dont les esprits cyniques pourraient se gausser : "les mauvais films sont pavés de bonnes intentions", vous connaissez le discours.

Xavier Beauvois nous emmène bien plus loin que ça. Ce qu'il nous donne à voir, c'est l'itinéraire collectif et individuel de personnages placés dans une situation exceptionnelle : accepter on non de mourir, collectivement, ou pas.

En effet, une des grandes réussites du film est de nous montrer comment le sentiment d'inéluctabilité grandit de façon irrémédiable : les neuf moines savent qu'ils vont être tués. Les seules questions sont : quand, et par qui. A partir de ce moment, chacun suit une voix qui lui est propre : crise de la foi, assurance débonnaire, doute moral, hésitations métaphysiques, dureté éprouvée, fatalisme tranquille. Au-delà de ces destinées individuelles, qui seraient déjà à elle seules palpitantes, le film ajoute une dimension de dynamique collective qui le projette vers un niveau encore supérieur : comment chacun interagit avec l'autre ? Quelle influence a réellement frère Christian sur sa petite troupe ? Ces aspects sont très subtilement exposés, notamment par des dialogues entre frères d'une rare intensité dramatique.

Il y a une troisième dimension au film qui est métaphysique, et qui renvoie chacun d'entre nous à sa propre condition. Je pense que c'est cette dimension qui va assurer au film un grand succès. Les questions que se posent le moines sont celles que nous pouvons tous nous poser : quel est mon rôle sur cette terre, où et comment puis-je être le plus utile, où est le bon et le mauvais, où est le sens ? Comme le dit en substance un des moines les plus modestes, partir ne ferait pas sens, ça ne ressemblerait à rien, et finalement ce n'est même pas une option. La conséquence de cette magnifique interrogation rend presque compréhensible à un mécréant comme moi, les rites religieux catholiques les plus emblématiques, comme l'eucharistie. Frère Christian l'explique dans une tirade un peu complexe mais lourde de sens : l'attitude des moines incarne le message d'amour de Jésus sur cette terre.

La mise en scène est académique (comme le lance stupidement, comme une insulte, Murat dans Télérama), mais bien menée. Le jeu sur les oppositions sonores est superbe, l'intérieur du monastère est toujours calme et serein, le contraste avec les évènements de l'extérieur étant Lambert Wilson. Mars Distributionparticulièrement frappant. Les moines gagnent une bataille acoustique contre un hélicoptère, à l'image de la bataille spirituelle qu'ils remportent sur la peur et la barbarie en restant à Thibérine. Un film qu'on n'oubliera pas de sitôt.

 

4e

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