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Hara-kiri : mort d'un samouraï

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/86/43/83/19840909.jpgHara kiri est un remake (assez fidèle paraît-il) d'un vieux film de Kobayashi. Il a été réalisé par Takashi Miike, réalisateur japonais prolifique (jusqu'à 4 films par an) et réputé pour l'extrême variété des genres qu'il aborde, souvent avec des styles très différents, et baroques.

 

N'en connaissant pas le scénario, j'ai découvert le film absolument sans a priori, en m'attendant plutôt à assister à de nombreux combats de sabre. Or, le film est presque exempt de ce type de scène.

 

Le début a été pour moi une sorte d'émerveillement. Une mise en scène d'un classicisme extrême, très douce, une succession de plans d'une beauté insensée, une histoire intrigante qui se met tranquillement en place.

 

Le plaisir de retrouver ce Japon éternel, amoureux des belles choses et des beaux gestes, décuple le plaisir. Le réalisateur prend plaisir à caresser avec sa caméra des intérieurs aux peintures magnifiques, des objets conçus dans l'idée de les rendre à la fois les plus beaux et les plus simples, des plats et des bouquets divinement composés, des gestes d'une élégance extrême. L'impression ressentie est magique.

 

Passée l'agréable surprise initiale, le film emprunte malheureusement les chemins d'un mélodrame réaliste beaucoup trop balisé, avant de rebondir sur la fin.

 

Par ces temps de Fukushima et de crise, le film interpelle fortement la notion d'honneur si chère aux Japonais encore aujourd'hui, mais aussi celles de compassion, de pitié. Un peu long (à l'image de la scène de combat finale, qui s'éternise), et un peu trop sage certainement, mais d'une incroyable beauté visuelle.

 

3e

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Sleeping beauty

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/83/94/11/19814957.jpgNous ne serons peut-être pas si nombreux à défendre Sleeping beauty.

C'est tellement facile de le descendre que je ne me livrerai (pour une fois) que très brièvement à l'exercice du lance-flamme. C'est très lent, sans musique, cela prend souvent les aspects d'une succession de vignettes auteurisantes prétentieuses et glaciales, le scénario est sybilin, le film ne propose aucune résolution aux rares tensions qu'il propose. Voilà, c'est fait.

Pour ma part, j'ai regardé cette moderne Belle au bois dormant avec fascination. Evidemment, l'actrice Emily Browning, vue récemment dans Sucker Punch, est pour beaucoup dans cette fascination, et je le tiens à le dire, pas uniquement par la grâce de sa carnation délicate et de sa plastique avantageuse. Son jeu distille une sorte de malaise flottant, amplifié par la mise en scène de l'australienne Julia Leigh, à la fois sage et recherchée. 

Le film paraît comme anesthésié, sorte de lévitation improbable, quelque part entre une rêverie empesée à la Ruiz et une vision lynchienne des antipodes.

A ne conseiller qu'aux pervers lunatiques et cinéphiles.

 

2e

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Intouchables

ll y a une dynamique de la salle remplie à craquer, c'est incontestable. Pour ma part, il a fallu trois essais pour que je décroche enfin mon précieux sésame, et - toute maniaquerie obsessionnelle mise à part - je dois dire que plus j'échouais à voir le film, plus j'estimais nécessaire d'insister.

De quel droit tous ces spectateurs chanceux bénéficiaient-ils de leur séquences de bonheur visiblement épanouissant, me laissant comme une âme en peine aller voir Sleeping beauty, et déprimer ?

Enfin, ce soir, avec femme et fille, j'ai eu droit à ma petite tranche de feel-good movie, et ne tournons pas longtemps autour du pot : le film remplit parfaitement son contrat, d'une manière plus pleine et plus convaincante que Bienvenue chez les ch'tis.

D'abord, il faut noter que le scénario du film évite nombre des écueils qui le menaçait au vu du sujet traité : trop larmoyant, trop ancré dans une réalité sociale au détriment de la véracité psychologique, trop caricatural dans son esquisse de la banlieue, trop vulgaire, trop bien-pensant, trop politiquement correct, recherchant systématiquement le bon mot, ressassant de vieilles recettes...

Toledano / Nakache évitent (pratiquement) tout ça en se maintenant habilement sur une ligne de crête étroite qui serpente entre comédie et mélodrame. Il y a la sensibilité de la grande comédie italienne dans Intouchables, et une efficacité par ailleurs toute américaine, matérialisée par un rythme soutenu et des respirations bien dosées.

Le film enfin doit probablement 80 % de son succès à un casting rêvé, Omar Sy en tête, bien sûr, qui révèle un talent incroyable lui permettant de faire passer toute une gamme d'émotions en une fraction de seconde. François Cluzet lui renvoie une partition d'une qualité égale, en mode mineur, mais dont le contrepoint valorise celle d'Omar Sy. Dans ce rôle beaucoup plus difficile à jouer qu'il n'y paraît, il me convainc enfin complètement.

Intouchables n'est sûrement pas le chef d'oeuvre de 2011, mais sa capacité redoutable à mobiliser simultanément zygomatiques et glandes lacrymales, sans insulter l'intelligence des spectateurs, en font un divertissement de premier choix.

 

3e

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Il était une fois en Anatolie

Il était une fois en Anatolie fait partie de ces films qu'on hésite à conseiller à ses amis. La violence des émotions que le film procure est de l'ordre de l'intime, et elles sont si fragiles, si précieuses, qu'on est pratiquement sûr que personne n'éprouvera les mêmes, au même moment. Un reflet dans un oeil, un regard caméra légèrement décentré, un petit bouton d'acné sur un visage parfait, le cinéma de Ceylan flatte le réel en l'ensorcelant, et sa matière est celle des songes. Il est donc tout à fait probable que certains d'entre vous y soient totalement insensibles (bien que parfaitement cinéphiles). Et puis ça dure 2h37, sans musique, en grande partie de nuit, et avec beaucoup de plans fixes.

De quoi s'agit-il ? De la recherche d'un cadavre par une petite équipe constituée de l'assassin présumé, de son frère débile, d'un médecin, d'un procureur, d'un policier et de quelques subalternes. Qui a été tué, par qui et pourquoi : le film ne se préocupe pas vraiment de ces questions, et nous non plus d'ailleurs. Il va s'agir de peser le poids des âmes, de mesurer la fragilité de nos destinées humaines dans le maelstom du temps qui s'écoule sans trêve, de méditer sur le corps, l'amour, le deuil, la responsabilité.

Plusieurs choses sont absolument remarquables dans le film. La façon de filmer la nature est renversante, offrant des images d'une beauté quasi hallucinante. La nuit y vit comme dans aucun autre film. Le jeu des acteurs ensuite, comme toujours chez Ceylan, est extraordinaire de précision. Le médecin rationnel et le procureur imbu de sa personne forment un couple magistral, que le film révèle petit à petit. Les personnages jouent une partition étrange et très séduisante où se mêlent sentiments dérisoires, tragédie grecque et circonstances cocasses. Ils ont souvent un petit côté doistoievskien (la conversation liminaire sur les yaourts, le sergent obsédé par les chiffres, le ramasseur de citrouilles, Clark Gable). 

Ceylan est un cinéaste hyper-doué, peut-être intrinséquement le plus brillant des réalisateurs en activité avec Malick. Il choisit des angles parfaits, des cadres sublimes, joue de la profondeur de champ comme nul autre (ce premier plan magnifique).

Allégorie magistrale de la puissance des forces qui nous entourent, thriller métaphysique et drame lunaire, Il était une fois en Anatolie s'ajoute à la liste déjà longue des films qui auraient pu prétendre à la Palme d'Or au Festival de Cannes 2011.

 

4e

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The ballad of Genesis and Lady Jaye

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/85/66/66/19799949.jpgJ'ai vu ce film en juillet au festival Paris Cinéma.

La réalisatrice Marie Losier, un petit bout de femme tout frêle, était venu nous expliquer comment elle avait filmé ce documentaire centré sur l'artiste Genesis P-Orridge sur une très longue période (7 ans je crois), avec une patience d'ange et une volonté farouche. Le contraste entre la physionomie,  l'aspect calme (et posé) de Marie Losier, et l'extravagance un peu folle (et dure) de l'artiste m'avait considérablement intrigué. Le mariage du feu et de la glace en quelque sorte.

Pour moi, l'intérêt principal du film avait consisté dans la découverte de P-Orridge, que je ne connaissais absolument pas (c'est comme ça, on pense avoir sa petite culture rock, et puis un jour on tombe sur un mec visiblement connu dont on n'a jamais entendu parlé, et on se sent super con). Une vie fascinante, donc.

L'histoire d'amour avec Lady Jaye est pour moi finalement un produit secondaire du film, pas inintéressante dans sa démesure un peu flippante (la chirurgie plastique pour devenir semblable : la pandrogynie), mais finalement accessoire.

Sur la forme, le film est très particulier, mélangeant différents formats et présentant une image un peu sale. Je ne partage pas tous les parti-pris esthétiques (comme les écrans de couleur vive qui séparent les scènes), ni scénaristiques (les reconstitutions m'ont laissé froid).

Reste, plusieurs mois après la vision, la sensation d'avoir vécu une rencontre assez exceptionnelle avec un être hors commun, d'un sexe et/ou d'un genre indéterminé.

 

2e

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Uzak

http://images.allocine.fr/r_760_x/medias/nmedia/18/35/08/95/p2.jpgPour préparer mon séjour à Istanbul à Nöel, j'ai décidé de m'attaquer à la filmographie de Nuri Bilge Ceylan : le réalisateur dont personne ne voit les films, mais qui ne repart jamais bredouille de Cannes.

Première étape avec Uzak, qui a fait connaître Ceylan au grand public et qui a emporté (excusez du peu) le Grand Prix ET un double prix d'interprétation masculine à Cannes 2003.

Pour commencer, amateur de blockbuster pétaradant et de pixarisation colorée, tu peux passer ton chemin. Ici, on est plutôt entre fans de Tarkovski et du Kiarostami des débuts. C'est Ozu qu'on convoquera, et pas Refn.

A force de voir d'autres styles de film, on oublie presque qu'il existe un cinéma dans lequel un plan fixe et silencieux de 5 minutes peut être génial, car signifiant.

Je donne un exemple. Le synopsis est assez simple : un photographe en proie à une crise existentielle (sa femme l'a quitté, il s'interroge sur son métier...) doit accueillir chez lui une vague connaissance issue du même village que lui, mais d'un niveau social bien inférieur. Une longue scène nous les montre tous les deux regarder la télévision. Puis le visiteur de lève et va se coucher. Après un moment, le photographe se lève et sort une cassette porno pour la regarder tranquillement. C'est long, il ne se passe pas grand-chose, mais c'est beau et ça dit plein de choses en même temps : la misère sexuelle du photographe, la gêne d'accueillir le visiteur, le stress d'être surpris, etc...

Nuri Bilge Ceylan s'avère être par ailleurs un réalisateur exceptionnel par ses choix de cadres, absolument géniaux, sa direction d'acteur et sa photographie, d'une beauté époustouflante, qui révèle son métier premier de photographe. Ses talents de coloristes sont aussi immenses (ces rouges !). Le film, que j'ai regardé en deux fois parce qu'il doit s'apprécier avec parcimonie et délicatesse comme un grand cru, est donc une merveille esthétique, qui regorge d'idées de mise en scène (utilisation de la profondeur de champ comme je ne l'ai jamais vu ailleurs). Les relations entre les deux acteurs sont particulièrement subtiles. Il est émouvant de savoir que le plus jeune des deux, parent éloigné de Ceylan, est mort quelques semaines après la fin du film dans un accident de voiture.

Une scène, dans ce beau film, est une splendeur : Istanbul enneigée, un bateau de travers qui semble à la fois immobile et en train de sombrer dans la mer toute blanche.

 

4e

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L'exercice de l'Etat

Cet automne 2011 n'en finit pas de nous réconcilier avec le cinéma français. Voilà qu'après les films d'auteurs grand public Polisse, La guerre est déclarée et l'Apollonide, un nouveau film majeur sort sur les écrans, illustrant cette fois-ci un nouveau genre : le thriller politique.

Un duo d'acteur exceptionnel

Je n'avais jamais bien compris pourquoi Olivier Gourmet bénéficiait d'une sorte d'aura d'acteur culte. Et bien cette fois-ci, c'est clair. Il livre dans ce rôle de ministre des transports une composition sidérante de variété, tour à tour humain, détestable, ambitieux, réaliste, dur, touchant. Il incarne parfaitement ce qu'est un monstre politique, loin des clichés qui voudraient nous désigner les hommes politiques comme des pantins ou des Rastignac au petit pied. On voit ici qu'ils sont mus par des forces peu accessibles au commun des mortels.

Michel Blanc est tout bonnement bouleversant, sans états d'âme - ou plutôt avec des états d'âme, mais sans sensiblerie, droit dans ses bottes mais s'adaptant aux évènements avec une souplesse extrême, il fait coexister sous son crâne chauve tous les ingrédients qui font un grand serviteur de l'Etat, en y ajoutant sa petite touche personnelle (la musique classique, le discours de Malraux, les oeufs au bacon).

Ce duo de choc qui joue la valse de l'amitié, de l'ambition et des valeurs est entouré d'un casting quatre étoiles que je ne vais pas détailler ici, mais sachez que chaque conseiller, chaque ministre, chaque garde du corps, chaque syndicaliste est parfaitement dessiné.

Le ministère (vu) de l'intérieur

Une des réussites majeures du flm est de nous faire entrer de plain-pied dans ce qu'est la vie d'un homme politique, comme aucun film récent n'a réussi à le faire. Du coup, La conquête apparaît comme une bande dessinée un peu grotesque et Les marches du pouvoir comme un épisode de série un peu simpliste.

L'exercice de l'Etat montre tout : l'urgence extrême et permanente (somptueuse séquence d'ouverture dans les Ardennes), la primauté donnée à la communication sur la réflexion de fond, les jeux de pouvoir - mais dont on voit qu'ils sont autant liés à des idéaux (ou des idées) qu'à des calculs personnels, le sacrifice de la vie personnelle, la nécessité des décisions hyper rapides, le peu de cas qui est fait des personnes lors des décisions (cf le dernier plan, sidérant), le contraste extrême des situations rencontrées dans la même journée, etc.

C'est ennivrant et jouissif comme un grand huit lancé à toute berzingue.

Une mise en scène au cordeau

Je ne connaissais pas Pierre Schoeller, et j'en ai presque honte aujourd'hui, tellement il donne une leçon d'efficacité élégante dans ce film. Les plans sont parfaitement découpés, les mouvements de caméra discrètement somptueux. Les fioritures (le rêve initial, la musique bizarre) sont parfaitement intégrées à une trame dense, resserrée, dans laquelle chaque plan compte. Le film propose plusieurs scènes d'anthologie, que je ne peux révéler sans risque de vous gâcher le plaisir. Du grand, grand art.

Allez hop, vous faites le pont de la Toussaint, il fait mauvais, vous allez tous voir L'exercice de l'Etat, sapristi.

 

4e

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Les aventures de Tintin : le secret de la Licorne

N'étant pas tintinophile invétéré, mon avis sur la dernière production de Spielberg ne se résumera pas à répondre à la question : le film est-il fidèle à la BD ?

Sur ce point, je suppose qu'on pourra gloser quasiment à l'infini, autour du thème "Bien sûr que non". En résumé je dirais que sur la forme, l'américanisation est évidente (ajout de scènes de poursuite dignes d'Indiana Jones, gommage du contexte historique, perte d'éléments liés spécifiquement au langage), alors que le fond me semble assez bien intégrer l'esprit d'Hergé.

Le personnage de Tintin est aussi insipide que dans les livres et son animation en motion capture ne m'a pas paru entièrement satisfaisante. Son regard semble trop souvent perdu dans le vague, son grain de peau n'est pas très naturel et les gestes de ses mains sont parfois empruntés.

Le capitaine Haddock est par contre très réussi. Tout à fait politiquement incorrect (surtout pour les Américains) avec son alcoolisme invétéré, il donne une qualité spécifique à toutes les scènes dans lesquelles il figure, grâce au savant mélange d'états d'âme dépressifs et de fierté marine qui fait sa marque de fabrique. 

La dynamique du scénario trouve d'ailleurs toute sa force dans la relation étroite (et somme toute incompréhensible) qui se noue entre ces deux personnages que tout oppose. Les seconds rôles sont bien utilisés (la Castafiore, Sakharine, les Dupondt). L'animation de Milou est particulièrement convaincante, même si ses poils sont comme d'habitude en animation peu réalistes. Il copie à la perfection les attitudes canines, tout en ayant l'intelligence d'un être humain.

Le film est émaillé de morceaux de bravoures très efficaces dont mes deux préférés sont le souvenir du combat de l'ancêtre de Haddock sur son bateau (le montage alterné est une splendeur) et la première poursuite qui mène aux docks, simple, amusante et originale. On parlera sûrement beaucoup de la poursuite dans la ville arabe, qui est éblouissante, mais presque trop pour mon goût.

Au final, une bonne soirée en famille et un divertissement haut de gamme.

Pour plus d'éléments de contexte je signale l'excellent article du Monde qui raconte l'histoire des rapports de Tintin et de l'Amérique en général, et de Spielberg et Hergé en particulier, qui se seront croisés fin 1982, début 1983.

 

2e

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Les marches du pouvoir

http://images.allocine.fr/medias/nmedia/18/85/39/61/19786561.jpgLe titre français du dernier film de Georges Clooney (The Ides of March) est sûrement l'oeuvre d'un traducteur un peu bourré qui s'est mélangé les pinceaux : Des idées de marche ? La marche des Iles ? Mars en avril ? Envie de marcher ? L'Italie des Marches ? Bon bref, pour les ignares, c'est ici qu'il faut vous cultiver. Vous ne voyez pas trop le rapport avec le film ? Et bien, à part bien sûr une vague thématique de trahison, moi non plus.

 

Tout ça pour dire que beaucoup de films que je vois en ce moment me laissent tiède. Les marches de pouvoir est un film sage, tourné à l'ancienne (les champ/contrechamp sont très scolaires), doté d'un scénario honnête - même si certaines ficelles sont un peu grosses. Les acteurs sont égaux à eux-mêmes. Clooney est plus que jamais celui qui a démodé le café filtre, et il le restera longtemps, j'en ai peur.

 

Ryan Gosling montre au début une grande variété de jeu, avant de prendre le volant d'une voiture pour accompagner la charmante Evan Rachel Woods à la clinique. Le fait de conduire semble le métamorphoser instantanément en chauffeur patibulaire au visage fermé, Drive is back.

 

Dans cette torpeur indolore et pas inintéressante, on ne pourra pas s'empêcher de penser à DSK (le coup de la femme de ménage semblerait lui être destiné, si Clooney connaissait son nom), à Clinton, et oui, finalement oui, la politique est quand même un milieu cruel ma bonne dame. Un bon prime time sur TF1.

 

2e

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Ici, on noie les Algériens

http://images.allocine.fr/r_760_x/medias/nmedia/18/85/89/27/19819748.jpgLa même semaine sortent sur les écrans le fameux Octobre à Paris de Jacques Panijel, film culte tourné en 1962 dans une quasi-clandestinité et jamais sorti en salle, et le documentaire Ici, on noie les Algériens, de Yasmina Adi, qui en constitue une sorte de contrepoint contemporain.

Pour ceux qui ont séché leur cours d'histoire (ou qui sont trop vieux pour avoir connu des cours dans lesquels figurait cet évènement), un bref rappel des faits. En pleine guerre d'Algérie, les Algériens de Paris manifestent sans violence contre le couvre-feu dans les rues de Paris, le 17 octobre 1961. Dans un contexte marqué par les attentats du FLN en France, la répression policière est violente. On compte des dizaines de morts, des centaines de blessés, et des milliers de détentions dans des conditions abominables.

La force du travail de Yasmina Adi tient dans sa simplicité. Son documentaire est de facture classique, sans fioriture. La mise en scène alterne les documents d'archive (principalement des photos, mais aussi des coupures de presse et des enregistrements radiophoniques) et des témoignages de personnes ayant vécu les évènements. Ces derniers sont évidemment très émouvants. Manifestants, femmes ayant attendu en vain le retour de leur mari, conducteurs de bus, médecins : tous sont remarquablement clairs et dignes. Leur parole est d'une grande densité émotionnelle, sans être plaintive.

Voir sur les photos d'époque des inconnus vous regarder fixement par-delà les 50 ans d'histoire écoulés est aussi très fort. Au delà des macabres rappels qu'assène le film (les corps que la Seine rend plusieurs semaines après le drame), on apprend également des à-côtés tout aussi choquants, comme cet internement en hôpital psychiatrique des femmes de disparus manifestant quelques jours après le 17 octobre, ou comme la libération du Palais des Sports pour une série de concerts de Ray Charles (chanteur noir, comme le précise le commentateur de l'époque). Les photos montrant des milliers d'Algériens parqués dans cette enceinte n'est pas sans rappeler d'autres rassemblements terribles, celui du Vel d'Hiv en 1942 par exemple.

Sans voix off, le film réussit donc parfaitement à faire ressentir le caractère inhumain de la répression en juxtaposant simplement les images d'époque et les témoignages, dont les plus impressionnants sont ceux des femmes. Il parvient ce faisant à nous immerger dans l'époque.

En résumé, une salutaire piqûre de rappel pour nous inciter à rester vigilants face à un Etat qui sait à la fois faire perpréter ses méfaits par les fonctionnaires, puis les cacher aux journalistes s'il le faut.

Pour plus d'info, voir le site officiel du film, très bien fait.

 

3e

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The artist

Aussitôt vu, aussitôt oublié.

Oh, ce n'est pas qu'on puisse faire beaucoup de reproches à The artist. Le film est plutôt plaisant, inspirant des sentiments un peu confus mais agréables de défi insensé, de travail bien fait, de connivence intelligente et de performances d'acteur. Et puis il nous rappelle la puissance de l'art cinématographique : contre toute attente, l'absence de dialogues se fait très rapidement oublier.

The artist est toutefois rapidement limité par les règles qu'il s'est lui-même fixé : respect absolu des standards des films muets des années 30, mimiques exagérées, format carré, cartons de dialogue, musique expressive et ampoulée. Les variations "modernes" sont distillées au compte-goutte (les sons disséminés ici ou là, les quelques cadrages et mouvements de caméra notablement anachroniques), ne menaçant pas l'exercice formel que constitue avant tout le film.

Le scénario, très prévisible et convenu, ne permet pas à The artist d'accéder pleinement au statut d'oeuvre originale.

On est donc très loin de la réinterprétation géniale et déjantée du muet par Guy Maddin dans The saddest song in the world.

Un moment qui passe agréablement grâce à l'incroyable talent de Jean Dujardin et Bérénice Béjo (compagne du réalisateur, Michel Hazanavicius) mais qui ne laissera pas dans la mémoire plus de traces que le souvenir d'une bonne copie de carte postale ancienne.

 

2e

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Polisse

Avant-première le 27 septembre 2011 à l'UGC Atlantis, près de Nantes. Maïwenn est là, escarpins noirs, jean serré, veste en jean, accompagnée de Naidra Ayadi et Frédéric Pierrot.

L'intervieweur s'emmêle complètement les pinceaux, en questionnant par exemple Frédéric Pierrot à propos de La guerre est déclarée, dans lequel il joue aussi... ce qui permet à Maïwenn de couper sèchement d'un "on est là pour parler de Polisse !".

Sinon, pas facile de parler d'un film avant la séance comme c'était le cas ce soir. On apprend que les 10 acteurs ont fait un stage d'une semaine chez la police, que le scénario résulte de notes prises par Maïwenn pendant un passage à la BPM et que parfois elle distribue aux acteurs des "jokers" à l'oreille, c'est à dire si j'ai bien compris des directives qui sèment un peu d'inattendu dans la scène.

Devant l'incurie emberlificotée de son interlocuteur de l'UGC, Maïwenn se prend à nous regarder fixement (le public) puis à nous interpeller : "Hé, mais y'a que des femmes ici ? Les hommes, levez la main ! Hé toi là au premier rang, c'est ta copine qui ta forcée ? Et qui est venu sans savoir qu'on avait eu un prix à Cannes ?" (et là, trois inconscients lèvent la main).

Etonnante, déstabilisante, mais pleine d'énergie, à l'image du film.

Le moins qu'on puisse dire c'est que Polisse ne fait pas dans la dentelle. La caméra bouge, ne tient pas en place, expérimente des tas de trucs. Les acteurs en rajoutent des tonnes, mais ils le font avec une énergie telle qu'on est souvent soulevé de son fauteuil. A ce jeu ils sont tous formidables, et bien sûr Joey Starr en premier - hallucinant. Ca jase, ça papote, ça crie, ça gueule, ça parle arabe, ça jacte, ça parle de bites et d'amour, ça s'insulte, ça ne s'arrête quasiment pas une minute, comme une tornade qui brasse les sentiments et les sensations. Le scénario part un peu dans tous les sens, s'attachant à quelques personnages, égrenant les micro-histoires qui ont toutes leur ambiance et leur intérêt, s'attachant aux petits riens. 

Ce n'est pas toujours fin, même si c'est beaucoup plus écrit que cela ne le parait au premier abord, les ficelles sont un peu grosses, les effets tire-larmes sont légions, mais le film est traversé par une telle énergie qu'il est capable d'offrir des scènes d'euphorie pure (la boite de nuit) ou de fou-rires irrépressibles (le téléphone portable - mais un beau, hein).

Les histoires contées sont tristes, écoeurantes, puissantes. Il faut sûrement la potion façon remède de cheval que nous assène Maïwenn pour les faire passer.

 

4e

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Air doll

Air doll est un film étonnant qui ne peut laisser indifférent.

Il regorge en effet de qualités (une photographie magnifique, une actrice incroyable) et de défauts (un scénario poussif, une musique insistante et trop sucrée, des facilités et lieux communs à la pelle).

L'histoire racontée n'est pas des plus originales : une poupée se transforme en être humain. Ici, il s'agit d'une poupée gonflable, dont le caractère sexuel est affiché dès le pré-générique. On suit les émerveillements de l'éveil, la découverte d'une certaine forme d'amour, la naissance de l'orgasme (à base de dégonflage / regonflage...) et l'approche de la mort.

C'est beau, par moment envoutant, et Tokyo est filmé avec une maestria extraordinaire.

L'actrice Doona Bae réussit une prestation scotchante. Si au départ son jeu "orientée poupée" peut dérouter, voir exaspérer, on finit par y croire et elle parvient au bout du compte à nous émouvoir.

Au rayon des moins, on dira que le scénario connait un gros coup de mou au milieu du film. La galerie de personnage secondaire n'est pas non plus très excitante. Enfin le film n'évite pas quelques écueils d'une énormité peu pardonnable tels que la scène d'adoption d'une jolie petite poupée, ou le vol des fleurs blanches vers tous les personnages, dans les dernières scènes.

Au final, l'impression qui prédomine est tout de même celle de l'enchantement plutôt que celle de l'ennui, même si je ne me risquerais pas à conseiller le film, tant sa réception peut être variable suivant les spectateurs.

 

2e

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Another earth

http://images.allocine.fr/r_760_x/medias/nmedia/18/83/01/04/19656180.jpgUne bonne idée pas complètement exploitée, et un vrai talent pour la mise en scène, voilà ce qu'on peut retenir de ce petit film américain indépendant, distribué dans très peu de salles.

 

Le sujet : un jeune fille tue une famille lors d'un accident de voiture, alors qu'une planète Terre N°2 apparaît dans le ciel. Cette planète semble être une planète "Miroir" comme on s'en rend compte lors d'une conversation improbable qu'une scientifique de la NASA a avec ... elle-même, située sur l'autre planète.

 

Le scénario du film effleure à peine le thème des univers parallèles, très à la mode en ce moment (cf la série Fringe et le roman de Murakami 1Q84), et explore plutôt le trauma d'avoir tué des innocents dans un accident de la circulation.

 

Les deux acteurs sont superbement dirigés : la jeune Brit Marling  est très émouvante (elle rappelle le jeu de Jennifer Lawrence dans Winter's bone) et William Mapother a une tronche incroyable (on l'a vu dans Lost).

 

J'ai trouvé la mise en scène de Mike Cahill absolument convaincante dans toute la première partie. Constituée d'éléments très disparates et parfois un peu tape à l'oeil, elle fonctionne pourtant parfaitement bien, instillant une ambiance très particulière et dessinant un portrait psychologiquement vraisemblables des différents personnages.

 

Malheureusement, le film ne tient pas la distance, la faute à un scénario qui devient petit à petit convenu, puis franchement irréaliste. La trame s'effiloche jusqu'à un dernier plan parachuté là on ne sait comment, tout à fait style "je ne sais pas comment finir mon machin, hummm, tiens je vais faire un truc de ouf qui va clore l'histoire sans vraiment la clore, mais en ouvrant de nouvelles perspectives".

 

Au final une soirée tout de même intéressante : une actrice et un réalisateur à suivre.

 

2e

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Grease

http://images.allocine.fr/r_760_x/medias/nmedia/18/65/15/39/19001320.jpgL'impayable mymp publie sur son blog une série d'articles intitulée les "Inavouables", pour laquelle il a sollicité "la vieille crème des ex-blogueurs d'Allociné" (sic).

 

Il s'agit de rédiger une critique d'un film qu'on a honte d'aimer. Pour un blogueur acerbe et sûr de lui, peu d'exercices peuvent être plus difficiles, puisque par définition, le critique a raison d'aimer ce qu'il aime, et de détester ce qu'il déteste.

 

J'ai donc dû fouiller mes souvenirs d'enfance et re-visionner Grease pour m'assurer que le film était vraiment mauvais et qu'il ne me laissait pourtant pas insensible.

 

L'analyse du pourquoi du comment de cet étrange état de fait se trouve ici.

 

2e

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Mafrouza 1

http://images.allocine.fr/r_760_x/medias/nmedia/18/83/85/78/19736060.jpgTout est parti d'un article enflammé du Monde qui donnait la note maximale à ce documentaire de plus de 12 heures, tourné par une Française, dans un bidonville d'Alexandrie voué à la destruction.

 

C'est bien le style d'expérience radicale qui me plait, dans le style d'A l'ouest des rails, le film culte de Wang Bing.

 

J'ai donc profité de mon séjour parisien au festival Paris Cinéma pour faire un détour par le premier volet de Mafrouza (le film est découpé en 5 parties), diffusé dans un seul cinéma parisien.

 

Le principe du film est simple : on suit plusieurs personnages du quartier dans leur vie quotidienne, sur une période de deux années.

 

Les premières séquences du film nous font pénétrer très intelligemment dans le quartier à la suite d'un archéologue qui cherche les vestiges d'une nécropole gréco-romaine. C'est déjà passionnant, mais on pressent rapidement que le potentiel émotif du film est énorme : on a à peine pénétré dans la maison d'un habitant qu'on a envie d'y rester. Et c'est exactement ce que fait Emmanuelle Demoris, la réalisatrice. Elle reste.

 

On fait alors connaissance avec une série de personnages très différents : poète, épicier, chiffonnier... Chacun est extraordinairement attachant. Parfois le film prend une dimension mythologique, comme par exemple dans le cas de ce vieil homme dont l'habitation est perpétuellement inondée, et qui fait irrésistiblement songer à Sisyphe. Au-delà des personnages, Mafrouza propose de façon indirecte une réflexion sur le cinéma. Où mettre sa caméra (qui est la question fondamentale du 7ème art) se double ici d'une problématique complexe : quelle influence ma caméra a-t-elle sur ce qu'elle filme ? Le film n'est donc pas simplement beau et intéressant, il est aussi diablement intelligent.

 

Le film interpelle enfin chacun sous un angle plus politique et sociétal. Les conceptions qu'a le spectateur de la pauvreté, de la religion et de l'islam seront fortement impactées par cette aventure fascinante.

 

Les 2h18 filent donc à toute allure, sans qu'on s'ennuie une seule seconde. Comme pour une série télé de qualité, on a à la fin qu'une envie, savoir ce que sont devenus Adel et Ghada, Mohammed et Hassan.

 

La suite de Mafrouza sur Christoblog quand sortira le DVD...

 

4e

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Triangle

Dans la série Les distributeurs français sont vraiment des cons, je vous présente aujourd'hui un film très amusant, sorti directement en DVD, comme cela arrive maintenant de plus en plus souvent.

Triangle est un film à twist. Comme Sixième sens ou Les autres. Donc il est évidemment très difficile d'en parler sans spoiler, ce que je vais pourtant faire : vous pouvez donc tranquillement continuer à lire, cela ne vous gâchera pas la vision de ce petit bijou.

Durant ses 40 premières minutes, le film parcourt benoitement les sentiers très balisés du film fantastique maritime, façon "paquebot fantôme dans le triangle des Bermudes". Confusément, vous sentez toutefois que quelque chose cloche. Le scénario égrène au passage quelques subtiles fausses pistes qui vous égarent.

Toute cette partie est trop nette, les évènements semblent s'y dérouler comme une sorte de jeu mathématique dont le sens vous échappe. Puis en plein milieu du film, le twist se révèle, ce qui est déjà assez original. Et, si vous êtes d'un tempérament joueur, l'énigme devient alors absolument passionnante : comment l'auteur peut-il se sortir de cet embrouillamini d'une façon raisonnable ? Telle est la question que vous allez alors vous poser constamment jusqu'à la fin.

Comme beaucoup je suppose, je n'ai pas pu résister à re-visionner toute la première partie dans la foulée de la fin. Le jeu de la mignonne et australienne Melissa Georges est parfait, la mise en scène de l'anglais Christopher Smith (Creep, Severance), que je connaissais pas, est élégante et solide.

Je mets une note un poil généreuse (le film a tout de même des défauts, comme les effets spéciaux, un peu sommaires), pour le plaisir ludique éprouvé, le plus grand de ce type depuis belle lurette.

D'autres bons Direct to DVD : Moon / Slice

 

3e

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Le cochon de Gaza

http://images.allocine.fr/r_760_x/medias/nmedia/18/83/78/66/19760245.jpgJe craignais le pire en allant voir ce film. Le pire étant une pochade lourde et surtout illégitime. Rappelons que le film est tourné par un écrivain français, Sylvain Estibal,  et traite de l'irruption d'un cochon du Vietman dans la vie d'un pauvre pêcheur palestinien.

 

Si le film fonctionne, c'est principalement grâce à deux choses.

 

La première est la performance assez sidérante de l'acteur Sason Gabai, qu'on avait vu former un couple exceptionnel avec Ronit Elkabetz dans La visite de la fanfare. J'avais lu qu'il évoquait lui-même Chaplin dans son approche du personnage, et cela m'avait paru très prétentieux, mais force est de reconnaître qu'il y a un peu de ça. A la fois, lunaire, décidé et pauvre, il arrive à composer un personnage crédible et attachant.

 

La seconde, c'est la faculté du scénario à nous contredire à chaque fois que l'on pense savoir où il va nous entraîner. Si le commencement laisse présager une fable, on comprend vite que le conflit israelo-palestinien n'est finalement que l'arrière-plan d'une entreprise de démolition qui relève plus de la farce universelle. Puis, un retournement de situation dont je ne peux parler nous entraîne carrément ailleurs, dans un registre beaucoup plus grave. Les scènes de fin décollent vers un n'importe quoi qu'on jugera salutaire si on est gentil, et foutraque si on l'est moins. En tout cas, une fois de plus, elles sont inatendues.

 

J'ai passé un bon moment devant ce film bizarre, mal fagotté, beaucoup moins drôle et beaucoup plus intrigant que la bande-annonce le laisse présager.

 

3e

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Attenberg

http://images.allocine.fr/r_760_x/medias/nmedia/18/79/63/12/19655898.jpgDrôle de film, vu lors du festival Paris Cinéma, et qui sort aujourd'hui.

 

On parle à propos de sa réalisatrice Athina Rachel Tsangari et de Giorgos Lanthinos (Canine), d'une nouvelle vague grecque. D'ailleurs, Rachel Tsangari à fondé la société de production qui produit les films de Lanthinos (dont le dernier long-métrage, Alps, est en post-production).

 

Et c'est vrai qu'il y a quelque chose d'intéressant dans Attenberg, intéressant mais un peu trop intellectuel. Pour donner une idée, je dirais qu'on a peu l'impression de voir un "Godard aux Balkans".

 

La Grèce que montre Rachel Tsangari est celle des environs d'une usine d'aluminium Péchiney, auprès de laquelle les Français ont construit une citée blanche façon Le Corbusier, et qui semble abandonnée. Le moins qu'on puisse dire c'est qu'on est très loin des clichés touristiques. Ici, il fait gris, il pleut, et les jeunes gens s'ennuient.

 

Le personnage de Marina vit auprès de son père, qui meurt d'un cancer. Ce n'est donc pas gai, gai. Elle a une copine qui lui apprend à embrasser (est-elle imaginaire, est-elle réelle, on peut s'interroger). Elle rencontre un ingénieur (Lanthinos lui-même) et découvre l'amour physique. Mort du père vs apprentissage du sexe : bonjour la psychanalyse. Elle est passionnée par les documentaires animaliers de Sir David Attenborough (d'où le titre).

 

Le film fonctionne donc sur la base des couples Marina/son père, Marina/Bellla, Marina/l'ingénieur dont le plus intéressant est pour moi le premier, et de loin. Le vieil architecte un peu anarchiste compose en effet un personnage troublant et attendrissant, lui qui veut quitter un XXème siècle qu'il juge "très surestimé", et qui le fait, avec beaucoup de classe. L'actrice française Ariane Labed, qui a grandi en Grèce, est une révélation (prix d'interprétation féminine à Venise et Angers).

 

Pour le reste on pourra être énervé par une image un peu sale, des gimmicks auteurisants, comme les intermèdes durant lesquels les deux amies singent des animaux, comme ce ralenti sur une chanson de Françoise Hardy ou comme ce très long plan fixe qui clot le film sur une ronde de camion.

 

La renaissance d'un cinéma, à suivre.

 

2e

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Restless

RestlessQue ce soit bien clair : Restless est magnifique, automnal, tendre, lumineux, amusant, intrigant, délicat, frais, modeste, mystérieux, céleste, impeccable, raffiné, ambitieux, habité, aérien, subtil, dense, émouvant, surprenant, hanté, génial, intelligent, doux, romantique, et malicieux.

Mia Wasikowska est fantastique, Henry Hopper remarquable, la caméra semble déplacée par un ange, et la nature elle-même se met à l'unisson d'un film qui fait rire et pleurer d'un même allant.

La mort est partout, mais l'amour aussi, et le film trace sa route délicate et légère comme une plume, entre les deux.

Un chef d'oeuvre triste et joyeux, funèbre et amoureux.

 

4e

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