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Christoblog

Articles avec #j'aime

Dumbo

Le dernier film de Tim Burton (Miss Peregrine) m'avait un peu réconcilié avec lui, après une brouille de plus de dix ans.  

Dumbo confirme plutôt le retour en grâce à mes yeux du réalisateur américain, même s'il ne s'agit somme toute que d'un produit très formaté, très éloigné des chefs-d'oeuvre grinçants des débuts.

Les freaks magnifiques du jeune Burton sont devenus au fil du temps de gentils monstres mignons. Nous restons donc ici dans un registre très Disney, sans grande aspérité, et dans lequel la seule (petite) effronterie est de confier le rôle du méchant à un gérant de parc d'attraction type Disneyland.

Ceci étant dit, il faut reconnaître que le vivacité de la mise en scène de Burton fait mouche dès les premières séquences, que le film est très bien écrit, et que les acteurs fétiches de Burton (les anciens Michael Keaton et Dany DeVito et la plus récente Eva Green) se régalent avec une grande classe. 

On est forcément émus à certains moments, intimidés à d'autres, et pris par le suspense lors de certaines scènes d'action. C'est du grand spectacle de qualité à visée familiale, sans grande ambition mais évitant certaines facilités. 

Tim burton sur Christoblog : Charlie et la chocolaterie - 2005 (****) / Sweeney Todd, le diabolique barbier de Fleet Street - 2007 (**) / Alice au pays des merveilles - 2010 (*) / Dark shadows - 2012 (*) / Miss Peregrine et les enfants étrangers - 2016 (**)

 

2e

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Roma

Alfonso Cuaron, habitué aux superproductions américaines, s'est lancé un véritable défi en voulant tourner un récit intimiste de 2h15, en noir et blanc, avec des acteurs inconnus. C'est d'ailleurs ce qui l'aurait conduit, selon lui, dans les bras de Netflix.

Alors que vaut finalement Roma, qui a raté Cannes pour cause de bannissement de la plateforme de streaming américaine, mais qui a remporté le Lion d'or à Venise, et qu'on ne verra pas dans les salles françaises ? 

Eh bien, difficile à dire. D'un côté j'ai été littéralement ébloui par le piqué de l'image, l'incroyable beauté du noir et blanc (qui est d'ailleurs plutôt une symphonie de gris), la perfection quasi-mathématique des cadres.

Le sentiment de réalité que dégage la direction artistique du film, l'attention portée au moindre détail, contribuent à produire chez le spectateur un sentiment de sidération qui fait apparaître le film un peu moins long que ce qu'il est.

D'un autre côté, ce que raconte Roma n'est en réalité pas très intéressant : les sentiers qu'il emprunte ont été parcourus mille fois dans l'histoire du cinéma (les domestiques sont intégrés dans la famille, mais en réalité pas vraiment dès que ça se gâte, et c'est bien triste ma brave dame). L'actrice principale est un peu trop figée dans ses attitudes pour qu'on s'intéresse à son histoire avec une réelle empathie. Le sous-texte politique n'est que grossièrement esquissé. Et si la réalisation est sous certains aspects exceptionnelle, elle verse parfois dans un maniérisme grossier (ces travellings qui, à force d'être beaux, en deviennent pénibles) qui ne sert pas l'incarnation de personnages par ailleurs assez plats.

Une demi-réussite, donc.

Alfonso Cuaron sur Christoblog : Les fils de l'homme - 2006 (**) / Gravity - 2013 (**)


2e

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Convoi exceptionnel

Le dernier film de Bertrand Blier que j'ai vu, Le bruit des glaçons, m'avait agréablement surpris.

Celui-ci est moins bon, plus foutraque et moins corrosif. Le principal intérêt de Convoi exceptionnel réside dans le face à face Depardieu / Clavier : les deux acteurs sont parfaitement dirigés. Les dialogues ciselés et les situations décalées leur permettent d'exploiter toute la palette de leur talent. Je crois que je n'avais vraiment réalisé avant ce film combien Clavier peut être un excellent acteur.

La loufoquerie totale des situations et le lâcher-prise sensible dans le scénario donne un Blier à la fois classique (on y parle cul et mort à la bonne franquette) et un peu différent des autres (la poésie y pointe plusieurs fois son nez).

Les monologues de certains personnages sont de vrais beaux moments de cinéma, celui de Farida Rahouadj est par exemple bouleversant, alors que certaines scènes sont franchement ratées ou insipides. Le film fait ainsi constamment le grand écart entre facilité coupable et paillettes de brio.

La fantaisie d'un jeune homme de 80 ans.

Bertrand Blier sur Christoblog : Le bruit des glaçons - 2010 (***)

 

2e

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McQueen

Les bons documentaires, quand ils sont inspirés et objectifs comme celui-ci, ont le pouvoir de générer une qualité d'émotion qui est différente de celle que l'on éprouve en regardant une fiction. 

Si vous ne connaissez rien à Alexander McQueen (ou plus généralement à la mode, comme moi), alors ce film est fait pour vous. 

D'une façon très pédagogique, les réalisateurs Ian Bonhôte et Peter Ettedgui nous font découvrir la carrière, la vie et la mort d'Alexander McQueen, en illustrant chacun des six chapitres du film par une collection spécifique. Cette progression chronologique a un double mérite : elle permet de suivre l'évolution de l'adolescent maladroit au créateur reconnu tout en expliquant l'évolution de sa personnalité jusqu'au drame final, et d'autre part il fait toucher du doigt le génie créateur de McQueen à travers ses défilés. 

J'ai été absolument bluffé par l'ampleur et la profondeur du talent développé par le jeune anglais : les présentations de ses collections étaient conçus comme des spectacles totaux au service d'un thème, et les images de défilés comme Voss ou Plato's Atlantis hanteront probablement longtemps la mémoire des spectateurs.

On est émus aux larmes à de nombreuses reprises dans le film, que ce soit par la beauté irréelle des créations ou par les évènements tragiques qui relèvent de la vie privée de McQueen. Nombre de témoignages sont absolument bouleversant.

Un film passionnant.

 

3e

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Les étendues imaginaires

Objet étrange que ce film singapourien, Léopard d'Or du dernier festival de Locarno.

Les étendues imaginaires oscille sans cesse entre un drame social explorant les conditions de travail dans l'île-état (le développement incontrôlé, la main d'oeuvre surexploitée des immigrés bangladais) et la balade onirique et éthérée.

En cela il ressemble beaucoup au très beau film de Davy Chou, Diamond island, en un peu moins convaincant.

On suit d'abord l'enquête d'un flic vaguement dépressif, puis on bascule sur l'histoire de celui qu'il recherche, un jeune travailleur qui se blesse à un bras. Les deux lignes narratives ont un point commun, qui est un salon de jeux vidéo géré par un personnage féminin et mystérieux, jouée par la magnifique Yue Guo, déjà repérée dans Kaïli blues

Tout cela est très bien photographié et vaporeux à souhait. Il ne faut pas y chercher la résolution d'enjeux dramatiques, mais plutôt les plaisirs générés par une rêverie poétique solidement ancrée dans le réel.

Je le conseille aux aventuriers aux goût orientaux. 

 

2e

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Funan

En s'attaquant au terrible sujet de la dictature des Khmers Rouges, ce film d'animation de Denis Do ne fait pas dans la facilité : pas évident en effet d'évoquer l'horreur avec les lignes claires d'une sage animation.

Le début de Funan est d'ailleurs un peu trompeur. Le spectateur est invité à partager une gentille chronique de la vie quotidienne d'une famille cambodgienne. Les couleurs sont plutôt pastel, le trait des dessins presque évanescent. 

Puis, petit à petit, le film devient un road trip un peu plus tendu, avant de descendre progressivement dans les différents cercles de l'horreur : camps, traitements inhumains à grande échelle, rapports complexes entre bourreaux et victimes, scènes de terreur pure. 

Quand la lumière se rallume, on a du mal à croire que la quiétude des premiers plans du film ont pu nous mener à la catastrophe finale (entre 1 et 2 millions de cambodgiens sont morts entre 1975 et 1979), exactement comme si un film commençait sous les pommiers en fleurs d'un tranquille shetl de la campagne polonaise pour se finir à Auschwitz. 

Denis Do dit s'être inspiré des récits de sa grand-mère pour réaliser son film. C'est peut-être ce qui donne à Funan ce beau mélange de force et d'extrême sensibilité.

 

3e

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Vice

Il y a un paradoxe terrible dans le film d'Adam McKay : il est à l'évidence à charge, mais il nous amène quasiment, de par son ton gentiment ironique, à apprécier le personnage de Dick Cheney, sûrement un des hommes politiques américains les moins aimables de ces trente dernières années.

Georges W. Bush et Donald Rumsfeld sont dépeints comme tellement idiots que Cheney en paraît intelligent...

La mise en scène tape à l'oeil, les anecdotes croustillantes et le montage foutraque nuisent finalement au propos, qu'on aimerait plus dense et profond. Alors que Vice doit être probablement très documenté, il apparaît comme une plaisante satire, pas désagréable à regarder mais qui ne nous apprend presque rien de nouveau.

Malgré ces réserves, le film mérite d'être vu pour au moins une raison : la performance irréelle de Christian Bale, qui habite magnifiquement son personnage avec une taiseuse intensité.  

 

2e

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La chute de l'empire américain

Pas grand-chose à critiquer, ni à louer, dans le dernier film de Denys Arcand qui vient clôturer une trilogie très informelle débutée avec Le déclin de l'Empire Américain (1986), et poursuivie avec Les invasions barbares (2003).

Le film est une pochade sensible, baignée d'un mauvais esprit assez réjouissant. L'anti-héros de service (très bon Alexandre Landry) va à son corps défendant devenir propriétaire d'une énorme somme d'argent, qu'il va utiliser pour le bien commun en utilisant les possibilités de magouilles offertes par la finance internationale. Il sera épaulé dans son entreprise par un vieux briscard roué (Rémy Girard) et une call-girl aussi futée que sa plastique est attractive (l'étonnante animatrice télé Maripier Morin).

On passe un bon moment à regarder ce conte totalement irréaliste, qui trouve son intérêt dans la véracité des réactions psychologiques des différents personnages. Certaines scènes (la discussion introductive dans le bar, le défilé des prétendants au blanchiment) sont franchement jouissives.

Un divertissement sans prétention, à voir comme tel.

 

2e

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Grâce à Dieu

En choisissant de s'attacher au cheminement personnel de trois des victimes du père Preynat, plutôt qu'à l'enquête en elle-même, François Ozon réussit un coup de maître.

Son film évite en effet du coup le piège du film-dossier et celui du film à charge : Grâce à Dieu est avant tout le portrait sensible de trois personnalités fort dissemblables qui vont devoir lutter contre le même démon, avec des armes bien différentes, mais une pugnacité équivalente.

Le spectateur est plus d'une fois submergé par l'émotion durant ce film. Le scénario à la fois fin et détaillé, la mise en scène sobre et prenante : tout concourt à nous prendre à la gorge, au coeur, et aux tripes.

Mais le plus remarquable dans ce très beau film, c'est la prestation des trois acteurs principaux. Melvil Poupaud, en fervent catholique tenace et un peu naïf, est comme d'habitude parfait. Denis Ménochet trouve dans ce film un rôle qui lui convient à merveille : athée gouailleur et gentiment éruptif, il a un petit quelque chose de Depardieu. Quant à Swann Arlaud, il livre une prestation exceptionnelle, donnant ici le meilleur de lui-même : sensible, écorché et fragile.

Le film est un miracle : il parvient à émouvoir constamment sans accabler les bourreaux, qui paraissent au final faibles et ridicules. 

Le meilleur film d'Ozon, et probablement un des meilleurs films français de 2019.

 

4e 

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Dans la terrible jungle

Quel beau film que ce documentaire tourné dans un centre pour handicapés de la région de Lille, La pépinière.

L'approche des deux réalisatrices Caroline Capelle et Ombline Ley est originale : elles invitent les résidents du centre à jouer des scènes de leur vie quotidienne, ce qui donne un film qui se situe dans un entre-deux très excitant.

Le film alterne les plans lointains, à chaque fois très signifiants, et des scènes au contraire proches des résidents du centre, qui sont tous à la fois émouvants et très intéressants. On se souviendra souvent du Batman silencieux, du garçon en fauteuil roulant, d'Ophélie qui chante et de la jeune aveugle très "maîtresse de classe", très sûre d'elle. Chacun et chacune se dévoile progressivement, par accumulation de petites touches délicates et de mise en scène élaborée.

Dommage que ce très beau film ne sorte que dans 19 salles en France : c'est triste et immérité.

 

3e

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La favorite

Comme souvent chez Lanthimos, je suis partagé entre l'admiration et l'agacement.

Côté admiration, il faut reconnaître l'inventivité de la mise en scène, l'élan général du projet artistique, la manière amusante de revisiter le film en costume et l'interprétation magistrale des actrices.

Olivia Coleman, que j'ai adoré dans la série Broadchurch et dans le film Tyrannosaur, trouve ici probablement le meilleur rôle de sa carrière. Elle est tour à tour intrigante, touchante, énervante. Le personnage qu'elle campe est l'épine dorsale du film, sa substantifique moelle et son véritable coeur. La tristesse générée par la perte de ses dix-sept enfants permet au personnage d'Anne d'acquérir une épaisseur émotionnelle que Lanthimos n'avait pour l'instant jamais atteint.

Côté agacement, la virtuosité un peu vaine, le capharnaüm des focales et des cadrages qui à mon sens ne parvient pas à donner au film une esthétique cohérente, un récit trop prévisible dans sa dernière partie et quelques longueurs.

Le résultat final est toutefois assez plaisant à regarder même si la stimulation intellectuelle intense que généraient les scénarios des précédents films de Lanthimos est ici en grande partie absente.

 

3e

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American animals

Sortie VOD iTunes

American animals est tiré de l’histoire vraie de quatre étudiants américains ayant projeté un casse majeur (et culturel, il s"agit de dérober de très vieux livres) sur le campus de leur université.

Il présente une particularité étonnante : celle d’intercaler dans son récit de fiction joué par des acteurs des interviews en plan fixe des véritables protagonistes de l’affaire.

Le procédé pourrait rapidement sembler pesant et ce faisant empêcher de croire en l’histoire interprétée sous nos yeux. Ce n’est pourtant pas le cas, grâce en particulier aux talents des acteurs, qui font de cette aventure humaine hors du commun un vrai moment de vie. Barry Keoghan, qui jouait l'ambigu jeune homme dans Mise à mort du cerf sacré, est de nouveau très bon.

Du mélange fiction / vie réelle naît au final une impression légère de sourde nostalgie, assez émouvante. On perçoit très bien les différentes phases de l’affaire : le besoin irrépressible de vivre quelque chose de fort (amitié, adrénaline, projet commun), le fiasco prévisible façon Pieds Nickelés, puis l’irrésistible victoire de la triste et insidieuse réalité.

Il est très étonnant que ce joli film réussi, présenté en compétition au dernier Festival de Deauville, n’ait pas trouvé le chemin des salles françaises : il l’aurait mérité.

 

3e

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Sorry to bother you

Le début de Sorry to bother you est prometteur. Le personnage joué par Lakeith Stanfield est assez amusant : jeune Noir fauché qui se découvre un talent surprenant pour la télévente grâce notamment à son accent « de blanc », qui l’aide à placer des ventes.

L’anecdote rappelle la voix de blanc qui permettait à Ron Stallworth d’infiltrer le Ku Klux Klan dans Blackkklansman : Sorrry to bother you évoque d'ailleurs dans sa première partie un peu le film de Spike Lee, par son allant et son énergie.

Alors que le spectateur se demande quel film il est exactement en train de regarder (comédie sentimentale légère ? critique sociale de la société de consommation ? film militant pour la cause noire ?), le réalisateur Boots Riley choisit d’emprunter une voie assez surprenante : celle de l’uchronie déjantée.

Sorry to bother you devient alors une farce dans laquelle un fantastique coloré et grinçant fleurit. On pourra ne pas suivre ce pari osé. J’ai été pour ma part autant dérouté que séduit, et il me faut admettre que le montage alerte du film et son scénario bien huilé ne laissent finalement que peu de place à l’ennui.

Il est peut-être dommage que Boots Riley reste assez sage dans son délire : il manque au film cet élément foutraque (que manie si bien Wes Anderson) qui le rendrait vraiment aimable. Une curiosité à voir, si vous aimez le cinéma US indépendant décalé.

 

2e

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Si Beale Street pouvait parler

On retrouve dans le nouveau film de Barry Jenkins beaucoup des qualités qui m'avait enthousiasmé dans Moonlight (Oscar du meilleur film 2017) : une mise en scène d'une élégance rare (on dirait que la caméra flotte dans l'espace), une photographie splendide et une direction d'acteur époustouflante.

L'attention extrême avec laquelle le réalisateur scrute ses personnages est remarquable et contribue à rendre le film attachant. Il fait de ce jeune couple parfait, victime d'une "erreur" judiciaire dont le caractère raciste ne fait aucun doute, une sorte d'emblème christique de la condition noire. Tish et Alonzo ne se rebellent pas vraiment, le film ne s'étend pas sur les faits en eux-mêmes, il ne vise finalement qu'à faire ressentir une sorte d'amour compassionnel pour ces deux amoureux.

Si Beale Street pouvait parler est donc complètement dépourvu d'enjeux politique et on peine à croire qu'il est tiré d'un roman de James Baldwin. Comme le scénario est assez mince par ailleurs, on pourra peut-être être déçu par ce "film d'après" : Moonlight était tellement riche, complexe et tendu, que son successeur pourra peut-être paraître à certains un poil simplet et naïf.

A voir éventuellement.

Barry Jenkins sur Christoblog : Moonlight - 2017 (****)

 

2e

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Un grand voyage vers la nuit

Il est des films qui sont plus une expérience de vie qu'une séance de cinéma. La vision du deuxième film du réalisateur chinois Bi Gan est de ceux-ci.

Il manque des mots pour décrire l'état de sidération qui me saisit lorsque commença dans la salle Debussy du dernier Festival de Cannes le fameux plan-séquence en 3D de près d'une heure qui conclut le film. Jamais je pense je n'ai eu autant l'impression d'évoluer à l'intérieur d'un rêve, d'être au contact d'une matière aussi purement onirique.

La presse et Bi Gan lui-même rivalisent d'expressions qui paraîtront plus ou moins fumeuses à ceux qui n'ont pas vu le film (Bi Gan dans Libération : "Le plan-séquence est comme une cage pour l'oiseau du temps") mais qui toutes tentent maladroitement d'exprimer l'indicible exaltation que procure ce moment.

Comparé à ce choc esthétique et mental, le reste du film (la première heure) paraît presque anecdotique, alors qu'il est d'une qualité exceptionnelle : une idée de mise en scène par plan et des images somptueuses.

Le propos de Un grand voyage vers la nuit est pour le moins elliptique : on comprend qu'il s'agit d'un homme (probablement un tueur) qui cherche la femme aimée, ou son souvenir. La narration est déstructurée, dans un style qui rappelle à la fois Wong Kar-Wai (l'association amour / temps / beauté / mise en scène), Jia Zhang-Ke (la précision du montage et la qualité de la photographie) et David Lynch (les objets fétiches récurrents, le labyrinthe des souvenirs).

Une expérience immanquable pour les amoureux de découvertes cinématographiques.

 

4e 

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Les invisibles

Peut-on faire un bon film avec de bons sentiments ? Le bon sens cinéphile répond habituellement non, même si parfois il arrive qu'un film de ce genre tire occasionnellement son épingle du jeu.

Pour que les bons sentiments puissent faire un bon film, il faut plusieurs conditions. D'abord que le film évite à tout prix la mièvrerie quand il cherche à générer de l'émotion. Les invisibles de ce point de vue respecte parfaitement le cahier des charges : on y pleure souvent, mais les larmes restent toujours dignes, et se mêlent si facilement aux rires qu'on se sent simplement touchés au coeur, plutôt que triste ou joyeux.

Les films de bons sentiments ne doivent pas non plus tricher avec la réalité. Ils doivent montrer les choses comme elles sont, sans les embellir ni les noircir. Louis-Julien Petit excelle dans ce registre : son film ne cache rien de la réalité de ces femmes SDF, mais le fait sans emphase. Les moments difficiles ne sont pas sordides, et les victoires sont modestes. 

Enfin, il faut que l'interprétation soit parfaite et que les acteurs évitent à tout prix le cabotinage, faute de quoi les bonnes intentions deviennent méprisables. Corinne Masiero, toute en retenue, trouve ici un de ses meilleurs rôles : impériale en patronne taiseuse et bienveillante. Noémie Lvovsky est touchante en bourgeoise qui veut aider et Audrey Lamy convaincante en garçon manqué qui fonce dans le tas.

Mais finalement, ce qui rend Les invisibles si aimable et ce qui explique son formidable succès en salle, c'est la prestation des femmes qui jouent les SDF et ont elles-mêmes vécu dans la rue : comment résister à leur incroyable prestation ? Toutes ces femmes sont infiniment touchantes et génèrent naturellement un immense sentiment d'empathie et d'admiration.

Je vous le recommande chaudement. 

 

3e

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Green book

Pour apprécier Green book, il ne faut pas être allergique aux films "à Oscars", c'est-à-dire aux numéros d'acteur, aux bons sentiments, aux scénarios très calculés et à un certain académisme dans la mise en scène.

En ce qui concerne les bons sentiments par exemple, il est difficile d'imaginer plus consensuel : un italo-américain raciste et violent accompagne un musicien noir plus cultivé que lui dans une virée dans le grand Sud américain. Les deux lascars finiront bien sûr par apprendre à se connaître et par devenir amis.

Pour ce qui est des numéros d'acteurs, Viggo Mortensen cabotine brillamment, avec quinze kilos de trop et un sourire qui semble demander perpétuellement le chemin de la cérémonie des Oscars. Le formidable Mahershala Ali, déjà remarqué dans le non moins formidable Moonlight, est peut-être encore meilleur que Mortensen.

Malgré toutes les réserves qu'on peut donc avoir sur l'aspect attendu et conformiste du film, il faut reconnaître qu'on prend un plaisir certain à suivre le voyage cahotique de ce couple improbable, qui a un fameux mérite : celui de rappeler à quel point la ségrégation raciste est une horreur incompréhensible, et qu'elle était encore tout récemment mise en oeuvre par des quidams pas plus mauvais que les autres.

Si on peut reprocher à Peter Farrelly d'avoir eu la main un peu lourde dans le casting et la direction artistique (les italiens sont vraiment too much) et de n'avoir pas assez utilisé les ciseaux lors de son montage, on peut aussi le féliciter d'avoir su parsemer Green book d'une foule de petits moments touchants ou drôles.

Un divertissement solide et édifiant, à voir en famille.

 

3e

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Ayka

Ayka est une plongée en apnée dans une Moscou glauque et boueuse, une sorte de toboggan sordide dans lequel on se laisse glisser sans opportunité de faire marche arrière ou même de freiner, un canto doloriste dans lequel une Madonne orientale tente de ne pas subir un calvaire qui paraît pourtant inévitable.

Par bien des aspects, Ayka pourra rebuter : certains lui reprocheront une accumulation de malheurs plus dégueulasses les uns que les autres, d'autres trouveront que le style caméra à l'épaule pour suivre une pauvre victime a été à la fois initié et conclu par les Dardenne avec Rosetta.

Il y a pourtant dans ce film bien des éléments intéressants pourvu qu'on ne soit pas trop sensible aux hémorragies internes et à l'injustice : une façon de filmer proche de la virtuosité, une urgence fiévreuse qui capte à merveille l'âme russe et son âpreté, une interprétation exceptionnelle qui a valu à Samal Yeslyamova le prix d'interprétation féminine à Cannes et enfin l'impression que chaque minute peut être la dernière de sa vie si Ayka prend la mauvaise décision.

Dur mais beau.

Sergey Dvortsevoy sur Christoblog : Tulpan - 2009 (**)

 

2e

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Border

Mieux vaut ne rien savoir de ce film avant d'aller le voir. Cette formule est un peu surfaite, mais elle est ici véritablement appropriée, tellement la découverte progressive de l'intrigue construit le plaisir qu'on éprouve

Du coup, je suis bien embêté pour vous parler des qualités de Border ! Peut-être me faut-il insister sur l'interprétation hallucinante  (je me retiens, mais j'ai très envie d'écrire ce mot en majuscule) des deux interprètes principaux (Eva Melander et Eero Milonoff), qui signent là une sorte d'exploit hors catégorie.

Mais je pourrais tout aussi bien évoquer la progression implacable et absolument maîtrisée du scénario, la rigueur du montage, la solidité de la mise en scène et peut-être surtout une capacité scandinave hors du commun à faire ressentir le contact avec la nature et les éléments.

Il y a dans Border une grande part des qualités de Morse : c'est normal, les deux films sont tirés d'oeuvre du même écrivain, John Alvide Lindqvist. On retrouve dans les deux films cette capacité à faire survenir l'impensable du quotidien, et celle de dessiner des personnages qui sont foncièrement attachants tout en étant fondamentalement différents.

Le premier choc de 2019.

 

4e

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Shéhérazade

Derrière ce titre qui évoque un orient féérique, se cache un premier film âpre, dérangeant par son aspect documentaire sans concession, oppressant par sa progression dramatique.

On suit Zachary, 17 ans, à sa sortie de prison : une mère peu présente, des amis un peu voyous, l'expérience de la rue. Zachary tombe amoureux d'une jeune fille de 15 ans qui se prostitue, et devient son proxénète. L'histoire d'amour est belle, mais semble vouée à mal se finir. Les embrouilles vont inévitablement survenir, au fil d'un engrenage implacable et parfois shakespearien. 

Shéhérazade brille d'abord grâce à ses acteurs : tous non professionnels, choisis lors de castings sauvages, ils sont rayonnant de naturel. La façon dont le réalisateur Jean Bernard Marlin filme les bas-fonds de Marseille est quant à elle sidérante de vérité. Une fois accoutumé à l'accent mélangé au langage des cités et à l'image un peu sale, on est viscéralement immergé dans ces décors de chambre délabrée, de prostitution de rue et de foyers de placements.

En parvenant à montrer les traces d'enfance qui subsistent chez les deux personnages principaux, le film remue et captive : il est à la fois pesant et aérien, triste et joyeux, à l'image de la dernière scène, magnifique.  

 

3e

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