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Christoblog

Articles avec #j'aime

Woman at war

On peut compter sur l'Islande pour fournir régulièrement des films intéressants, dans des tonalités souvent très différentes.

Woman at war perpétue cette tradition. On ne sait pas trop comment cataloguer ce film hors norme : comédie romantique pour femme d'âge mûr visant l'adoption, agit prop écologique, survival extrême, manifeste poétique hipster, thriller psychologique. Le film est tout ceci à la fois, en réussissant à convaincre dans chaque registre. Le réalisateur semble pouvoir tout se permettre, par exemple installer un drôle d'orchestre dans plusieurs scènes, qui joue la musique extradiégétique du film, et que les personnages ne voient donc pas.

L'actrice Halldora Geirhardsdottir porte le film sur ses épaules, avec un jeu typiquement islandais qui mélange détermination pince-sans-rire et abattage physique. Le film n'est pas renversant, mais il est frais et drôle.

L'Islande sur Christoblog : Béliers, Sparrows, et d'autres...

 

2e

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Dogman

Il y a dans le nouveau film de Matteo Garrone quelque chose de modeste et de doux, qui contraste avec ses films précédents.  Les exubérances baroques et opératiques de Tale of tales et Reality sont bien loin.

Garrone resserre ici son scénario (et sa mise en scène) sur le portrait de Marcello, dont l'humilité appelle l'humilité. C'est peu dire que Marcello Fonte offre une prestation incroyable : il est le personnage plus qu'il n'est possible, et son attitude à la fois contrite et épanouie lors des remises des prix à Cannes le confirme (il y a glané sans discussion possible le prix d'interprétation masculine).

Dogman est un hymne à la bonté bafouée, à la fois limpide et beau. En faisant avancer son intrigue pas à pas vers une confrontation que certains trouveront simpliste (bonté et naïveté vs brutalité et efficacité), Garrone atteint une sorte de plénitude digne de la mythologie grecque : le personnage de Marcello est un archétype de la bonté qui ne pourra se remettre de sa victoire involontaire.

Le décors trouvé par Garrone est parfait, le casting est excellent et la mise en scène est virtuose sans être tape-à-l'oeil. Je conseille donc vivement.

Matteo Garrone sur Christoblog : Gomorra - 2008 (**) / Reality - 2012 (**) / Tale of tales - 2015 (***)

 

4e 

 

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L'insulte

Le nouveau film de Ziad Doueiri marie une efficacité toute américaine (montage cut, rythme soutenu, scénario retors) à un sens oriental de la subtilité scénaristique.

L'insulte raconte comment un incident mineur (un homme en insulte un autre lors d'une altercation banale) dégénère progressivement. Il a ceci d'intéressant qu'il mêle dans sa chronique de la catastrophe annoncée des explications politiques, sociologiques, historiques mais aussi très trivialement humaines (pour simplifier, l'orgueil masculin mal placé). 

C'est vraiment très habilement fait, car notre jugement évolue au fil des minutes (un peu comme chez Farhadi), et les différents rebondissements, s'ils sont parfois un peu gros, sont somme toute très efficaces. On ne s'ennuie pas une seule seconde, et on est vraiment curieux de voir comment ce conflit qui parait insoluble, va pouvoir se terminer. La résolution proposée par le scénariste-réalisateur est particulièrement intéressante, et donne lieu à une fort jolie scène.

Les acteurs sont formidables et l'utilisation des décors naturels splendide. A défaut d'être une oeuvre cinématographique d'importance, L'insulte est un excellent exemple de cinéma intelligent et distrayant. Je le conseille.

 

4e 

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Un couteau dans le coeur

Quelques bonnes choses et beaucoup de remplissage référencé dans ce deuxième long-métrage de Yann Gonzalez.

L'esthétique du film est volontairement cheap (décors approximatifs, jeu des acteurs pas toujours juste, dialogues artificiels, caméra filmant à la va-comme-je-te-pousse), dans l'esprit des films pornos homos qu'on voit tournés à l'écran. 

Si vous n'êtes pas rebuté par cet aspect queer et carton-pâte, il y a une chance que vous trouviez un intérêt à cette histoire de tueur en série qui assassine ces victimes au godemichet tranchant. Le film est finalement bien construit et la révélation finale de la raison des assassinats est assez plaisante. 

Il manque toutefois un degré de maîtrise au film (ou un grain de folie supplémentaire, c'est selon) pour déclencher une franche adhésion. Vanessa Paradis doit jouer une grande palette d'émotions, qui semblent excéder ses compétences : c'est aussi une des limites de ce film, qui emprunte au giallo son esprit, sans en en posséder la démesure baroque. 

 

2e

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Madame Fang

Si vous êtes lecteur assidu de Christoblog, vous savez que je suis un grand fan de Wang Bing, et de ses projets qui dépassent les bornes habituelles du documentaire.

Le nouvel opus du génial chinois parait être un court-métrage (1h26), au regard de son film présenté au dernier Festival de Cannes, Les âmes mortes, qui dure... 8h26.

Ici, Wang Bing va à l'essentiel : quelques plans très courts sur une femme qui semble perdue (elle est victime d'une forme de la maladie d'Alzheimer), puis on passe très rapidement à cette même femme, dont le corps ne semble plus le même, en train de mourir parmi les siens. 

La caméra s'attarde donc longuement sur cet être humain qui n'est pas conscient d'être filmé, ce qui peut générer chez le spectateur un sentiment très perturbant de culpabilité. On regarde ce corps littéralement disparaître, mourir, alors que la famille tente de subsister autour du lit de mort, va pêcher des poissons (scènes de nuit d'une beauté vaporeuse), boit de l'alcool, ne fait rien, regarde ailleurs. 

C'est à la fois brillant, profond, et déstabilisant. C'est la mort en face dans un océan de trivialité, le sublime qui semble naître d'un mouvement incontrôlé de la mourante, un éclair d'humanité qui surgit quand un mouvement des yeux semble moins erratique que les autres. 

Wang Bing, comme d'habitude, nous bouscule et nous brusque, respectueux sans être empathique. C'est du grand art.

 

3e

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A genoux les gars

Mal fagoté, tourné n'importe comment, énervant. Oui, on peut dire tout ça de ce film imparfait bourré de défauts : les acteurs jouent parfois un peu faux, le montage est souvent chaotique et certaines scènes s'étendent sans nécessité.

Mais, pour peu qu'on se laisse bercer par le flow des donzelles, l'ensemble devient vite séduisant. L'aspect novateur du film, l'approche décomplexée des sujets évoqués, l'incroyable énergie qui se dégage des personnages féminins, la crudité du vocabulaire, la frontalité des situations : tous ces éléments contribuent à faire du film d'Antoine Desrosières un objet filmé non identifié, se situant quelque part entre le cinéma de Kéchiche, Divines et les films de Sophie Letourneur.

Ce qui m'a le plus intrigué et plu dans A genoux les gars, c'est sa dialectique zarbi servie par une logorrhée qui semble irréfragable. Bien sûr les situations exposées ne répondent à aucune logique rationnelle, mais elle finissent par obéir à une certaine rationalité issues des ressorts labyrinthiques d'un discours qu'on pourrait dire écrit par un Marivaux des banlieues. 

Le film est enfin (et surtout ?) un formidable manifeste féministe, où si l'on veut la chronique d'une émancipation sentimentale et sexuelle. 

Ce n'est pas très propre, et diablement plaisant.

 

3e

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La piel que habito

Bon, allez, on ne va pas tourner autour du pot : c'est un Almodovar pur jus, tourné en roue libre par Pedro.

Voilà. Donc, vous savez déjà ce que vous allez y trouver avant de le voir : du sexe, de la violence, des histoires de famille, une réflexion sur le corps, des décors toujours choisis avec un goût à la fois kitsch et très sûr, des acteurs et actrices plutôt très bons et entièrement dévoués au maestro, la musique pseudo classique de Iglesias, une chanson culte, un scénario alambiqué avec retour dans le passé, de discrets mais élégants mouvements de caméra, un sens du cadre absolu, des coups de feu, une confusion des genres, etc...

L'émotion manque parfois, les péripéties sont un peu trop prévisibles (tout en étant complètement improbables, c'est la curiosité du film) et certaines scènes semblent tournées par un assistant peu inspiré, mais ça reste tout de même au global du bel ouvrage. 

 

3e

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How to talk to girls at parties

Il est bien rare qu'un film apporte en même temps des plaisirs esthétiques, intellectuels et émotionnels, tout en restant léger et digeste.

C'est pourtant l'exploit que réussit le dernier film de John Cameron Mitchell, qui commence comme un tableau speed de la jeunesse punk des années 80 façon Dany Boyle, avant de se transformer en un délire psychédélique coloré et sucré.

Mitchell parvient avec une grâce incroyable à varier les tons, les rythmes et les ambiances avec un égal talent. Sous son apparente légèreté, How to talk to girls at parties aborde finalement avec un angle nouveau un sujet profond et universel : qu'est-ce que l'amour ? Le film est une sorte de comédie romantique acidulée, qui parvient à éviter la mièvrerie et tous les chausse-trappes inhérents au genre. Ce prodige est dû en particulier à la prestation mutine de Elle Fanning, qui s'affirme ici comme une vraie, grande actrice. Elle semble guidée dans cette émancipation par Nicole Kidman, méconnaissable en Cruella rock'n roll.

Le film n'est pas seulement beau et drôle, il est aussi piquant : pratiques sexuelles (ô combien) hors normes, punchlines décapantes, moqueries diverses. On sourit, on réfléchit, on est intrigués et émus. De la belle ouvrage.

 

4e 

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Une année polaire

Un jeune instituteur danois arrive dans un village perdu du Groënland. Va-t-il réussir à s'intégrer, alors qu'il reproduit inconsciemment des schémas néo-colonialistes ? Va-t-il rapidement craquer devant le nombre impressionnant de difficultés (les enfants incontrôlables, les difficultés climatiques, la barrière de la langue) ?

Samuel Collardey, adepte d'un mélange savant et indistinct de fiction et de réalité, va répondre à ses questions en prenant son temps, d'une façon élégante bien que sans surprise. 

Le film ne présente donc aucune originalité particulière dans le développement de son intrigue (il faut s'intéresser aux gens pour s'intégrer !), mais il vaut surtout pour son aspect documentaire. Les paysages sont d'une beauté à couper le souffle, pourvu qu'on ne soit pas réfractaire à une esthétique proche des "Découvertes du monde", et la plongée immersive dans la micro-société d'un minuscule village isolé de tout est vertigineuse.

A réserver donc aux amoureux des grands espaces.

Samuel Collardey sur Christoblog : Comme un lion - 2013 (*) / Tempête - 2016 (***)

 

2e

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Trois visages

Il est certes un peu surfait, voire provocateur, de dire que le talent permet de transformer les pires contraintes en opportunités de création.

Et pourtant c'est exactement ce que m'inspire le dernier film de Jafar Panahi.

Rappelons que le cinéaste iranien, interdit de tournage dans son pays, doit perpétuellement trouver de nouvelles ruses pour confectionner ses films en toute clandestinité. Cela l'oblige évidemment à une grande économie moyen : tournage dans des lieux improbables (son appartement dans Ceci n'est pas un film, l'intérieur d'un taxi dans Taxi Téhéran), nombre de prises limité, direction artistique réduite au minimum.

Les limitations de tous ordres oblige Panahi à être particulièrement imaginatif en matière de scénario et celui de Trois visages est génial : une actrice célèbre reçoit la vidéo d'une adolescente voulant devenir comédienne, et qui se suicide parce que l'actrice n'a pas répondu à un mail d'appel à l'aide.

Bien entendu, l'actrice célèbre est rongée par la culpabilité et part à la recherche de la jeune fille, accompagnée de Jafar Panahi, jouant son propre rôle. S'en suit un road movie jouissif au tempo lent, durant lequel la rationalité froide et un peu distante de Panahi se confronte à des situations burlesques et profondes, dans le cadre champêtre de la campagne iranienne. 

La grand-mère qui teste sa tombe, le frère colérique, le taureau reproducteur qui fait une chute, les règles de klaxons sont autant de scènes qui font mouche dans ce brûlot placide et pince sans-rire.

Si les ressorts narratifs de ce conte moderne s'essoufflent un poil dans la deuxième partie du film, l'ensemble est suffisamment brillant pour dire que Trois visages mérite son Prix du Festival au Festival de Cannes 2018.

 

2e

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Twin peaks - Saison 1 / Episode pilote

Le 8 avril 1990 l'épisode pilote de Twin Peaks était diffusé sur ABC.

Est ce que, 28 ans après, cette excursion au long cours dans l'esprit dérangé de David Lynch garde son pouvoir de fascination ?

La réponse est oui, mille fois oui. On ne peut qu'être sidéré par la façon dont Lynch tisse dès ce premier épisode la trame riche et complexe de son oeuvre. 

Chacun des personnages acquière instantanément une personnalité et une densité qui lui est propre, la plupart des développements fantastiques à venir est esquissé comme si l'omniscience du créateur transcendait l'apparent réalisme de ce qu'on voit : cet épisode introductif, qui pourrait paraître morne et froid, possède en lui toutes les ramifications des délires futurs (la femme à la bûche, le reflet dans le miroir...). 

Côté mise en scène, on est proche de la perfection : elle est à la fois très présente et subtilement décalée. Les mouvements de caméra des premières scènes, la façon délicate de camper les principaux dilemmes de la série, les futurs gimmicks cultes (par exemple les tropismes culinaires de Cooper) et l'incroyable opportunisme de Lynch font déjà merveille. On raconte que la lumière stroboscopique de la scène de la morgue résulte d'une avarie technique de plateau subtilement utilisée par le réalisateur.

Les seuls éléments qui paraissent aujourd'hui datés sont les coiffures et les vêtements. Preuve que le génie transcende les années.

 

4e 

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Le ciel étoilé au-dessus de ma tête

Il y a deux façons de considérer ce premier film d'Ilan Klipper.

La première, un peu critique, pourrait souligner les faiblesses du film : une photographie approximative, des facilités gratuites dans le montage, une indigence décontractée dans la direction d'acteur.

La seconde mettrait en avant sensiblement les mêmes éléments, sous un angle plus engageant : une fantaisie convaincante, un mode de narration particulièrement original, une performance hors du commun du formidable Laurent Poitrenaux.

La vérité est que Le ciel étoilé au-dessus de ma tête m'a successivement énervé, étonné, surpris, convaincu, déçu et enthousiasmé. Sa façon délicate et mesurée d'aborder la folie, et surtout la folie relative vue par ceux qui diligentent une hospitalisation à la demande d'un tiers, est particulièrement appréciable. Elle justifie à elle seule qu'on se déplace pour cette oeuvre fragile et sensible.

 

2e

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L'homme qui tua Don Quichotte

Les spectateurs de L'homme qui tua Don Quichotte peuvent se classer en deux catégories : les grincheux atrabilaires et les rêveurs indulgents.

Je fais clairement partie du deuxième groupe, tant le film m'a paru facétieux (bien qu'inégal), stimulant intellectuellement et, par moment, impressionnant visuellement. 

Donc, pour résumer, ce n'est pas aussi brillant que La vie de Brian, pas aussi spectaculaire que L'imaginaire du docteur Parnassius, mais c'est diablement plaisant et rythmé.

Le film propose une réflexion sur le vrai et l'imaginaire, le rêve et la réalité, et nous entraîne dans l'imagination débridée de son auteur. Il a cela d'intéressant qu'on pourra à la fois lui reprocher sa spontanéité et sa complexité, ses approximations (entre autre narratives) et son apparente simplicité, son esthétique glacée et ses facilités comiques. 

Mais au final, son aspect décidé et inabouti rend L'homme qui tua Don Quichotte profondément attachant.

 

3e

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En guerre

La force du nouveau film de Stéphane Brizé, qu'on rapproche un peut trop facilement de La loi du marché avec lequel il n'a finalement pas grand-chose à voir, c'est le sentiment d'immersion totale qu'il procure dès les premières secondes, et qui ne faiblit quasiment pas pendant tout le film.

En guerre propose donc une sorte de grand huit syndical, un roller-coaster de sensations physiques, mêlant empoignades, dédains et révoltes, dialogues de sourds, moments de communions, bousculades avec les CRS, discours enflammés. On est bien loin de la pondération et l'équidistance qui constituaient la structure de La loi du marché.

L'impact quasi physique du film sur le spectateur est impressionnant, avant de devenir dans la deuxième partie un peu répétitif. Brizé peine à trouver des ressorts narratifs pour la deuxième partie de son film. L'accumulation de poncifs et le manque de contrechamps nuisent à l'intérêt de l'histoire : le film aurait probablement gagné à montrer les débats des syndicalistes négociateurs, ou ceux de la direction. 

La façon dont la figure quasi christique de Laurent Amadéo monopolise, voire cannibalise le film, constitue probablement à la fois son point fort (en terme d'impact car Vincent Lindon habite son personnage) et son point faible (son jeu semble au fil du film de moins moins incarné, de plus en plus programmatique). Ce parti-pris accule littéralement Brizé à proposer une fin too much, en décalage avec le reste du film, à tel point que le réalisateur doit inventer l'astuce de la montrer à travers un smartphone pour lui donner un vernis de réalité.

Du naturalisme extrémiste et sensoriel.

 

2e

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Plaire, aimer et courir vite

Dans la filmographie de Christophe Honoré, qui se plait à zigzaguer du conte pour enfant à la fantaisie mythologique en passant par la comédie musicale, Plaire, aimer et courir vite marque une étape importante, celle de l'entrée dans la maturité.

Ce beau film sage et apaisé sonne en effet comme un bilan très personnel. Difficile en effet de ne pas reconnaître dans le portrait d'Arthur, jeune étudiant breton, une figure de la jeunesse d'Honoré, et dans celle de Jacques, artiste parisien distancié, une représentation de ce qu'Honoré est devenu. 

La relation des deux hommes pourra donc se lire de plusieurs façons différentes : bien sûr comme une initiation (à double sens) mais aussi certainement comme le regard nostalgique d'un artiste ayant réussi sur l'impulsivité de sa jeunesse.

Plaire, aimer et courir vite montre avec une acuité qui rappelle le déjà très ancien Les nuits fauves la sexualité des backdoors et parking glauques, en les différenciant nettement des belles histoires d'amour du film Arthur/Jacques mais aussi Jacques/Marco. Le film parvient, grâce à une mise en scène d'une élégance et d'une fluidité exceptionnelles, à évoquer toute une palette d'émotions intimes. En se consacrant à l'étude minutieuse des états d'âmes de ses deux protagonistes principaux (une sorte de fuite vers une fin annoncée pour Jacques, un pétillement permanent chez Arthur), sans tenter d'approche sociologique ou politique, Honoré réussit là où 120 battements par minutes s'égarait un peu.

Le film offre à Vincent Lacoste son meilleur rôle, son naturel insolent et tête à claque entrant ici parfaitement en résonance avec le rôle, alors que Denis Podalydès et Pierre Deladonchamps sont tous deux très convaincants. 

Une belle réussite.

 

3e

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Everybody knows

Le début du film est surprenant et particulièrement réussi : on n'avait encore jamais vu Asghar Farhadi adopter un rythme si échevelé.

Le montage est vif, les mouvements de caméra fluides et la direction d'acteurs exceptionnelle. On est véritablement immergé dans cette fête de mariage, et chaque personnage acquière rapidement une personnalité marquée.

La deuxième partie du film est beaucoup plus classique. Les ficelles scénaristiques sont bien plus grosses et plus visibles que dans films iraniens du réalisateur (A propos d'Elly, Une séparation, Le client). On attend vainement le changement de perspective qui va opérer un vrai basculement dans l'histoire. La résolution finale est un peu éventée.

L'impression globale est tout de même celle d'une grande maîtrise dans la mise en scène et d'une solide qualité dans la narration et les dialogues. Farhadi parvient ponctuellement à faire exprimer des sentiments très subtils à ses acteurs.

 

2e

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Senses

C'est une expérience unique que propose le film fleuve Senses, qui sort en France découpé en trois parties ; 1&2 (sortie le 2 mai), 3&4 (sortie le 9 mai), et 5 (sortie le 16 mai). 

Senses propose une exploration de la psyché féminine japonaise contemporaine, à travers le portrait de quatre femmes soumises aux (ô combien) pénibles oppressions patriarcales de la société nippone.

Autant le dire d'entrée, le film est remarquable de nombreux points de vue, mais celui qui frappe d'entrée est le suivant : on aura rarement dans le cinéma japonais contemporain aussi bien montré combien la femme japonaise est soumise à la fois aux volontés de son mari (elle ne peut divorcer si le mari  ne le souhaite pas) et aux conventions sociales.

Au-delà de la condition féminine, le film de Ryusuke Hamaguchi expose avec une férocité placide toute la pesanteur des rapports sociaux qui existent dans son pays : politesse excessive, obséquiosité hypocrite. On aura rarement montré avec une telle force à quel point les émotions telluriques de l'âme humaine sont dans l'archipel japonais recouvertes d'une croute de conventions aliénantes.

Senses est donc si l'on veut une sorte de Desperates housewives revisitées par un cinéaste qui emprunte à la fois à Cassavetes (pour sa façon d'étirer les scènes au-delà du convenable) et à Ozu (pour la sage sobriété de sa mise en scène). 

Si l'ensemble n'est pas constant dans l'excellence (comment pourrait-il l'être pendant cinq heures ?), il faut souligner l'extraordinaire prestations des quatre actrices, justement récompensées au Festival de Locarno. Les acteurs masculins sont par contrastes assez monolithiques.

La mise en scène de Hamaguchi brille par un mélange de classicisme qui rappelle Bresson ou Rivette, alliée à de brusques fulgurances qui saisissent le spectateur : je pense notamment à cette façon inimitable de proposer des plans face caméra au détour d'un dialogue, ou à cette faculté de glisser dans une même conversation les plus grandes banalités à des confidences très intimes, voire à des interrogations philosophiques.

La finesse dans l'approche psychologique des personnages et les variations subtiles qui émaillent les longues de scènes de discussions collectives montrent à quel point le réalisateur est habile : j'ai hâte de découvrir son nouveau film en compétition, au Festival de Cannes.

 

3e

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The third murder

J'aime tellement la finesse habituelle de Hirokazu Kore-Eda que je suis un peu déçu par l'aspect didactique et appliqué de The third murder.

La tentative de se renouveler et d'essayer un autre genre est certes bienvenue, mais ce mix de procedural et de thriller à rebondissement m'a laissé dubitatif : si la mise en scène reste souveraine, le propos est ici curieusement alambiqué. Les ressorts psychologiques qui amènent les différents protagonistes à faire ce qu'ils font m'ont paru en grande partie tirés par les cheveux, alors que les autres oeuvres du cinéaste semblent le plus souvent couler de source.

Au-delà de ces réserves, principalement d'ordre scénaristiques, il faut souligner la qualité de la photographie, volontairement grisâtre et froide, et l'interprétation convaincante des deux personnages principaux.

Ce n'est pas mon Kore-Eda préféré, mais ce n'est pas mal quand même.

 

2e

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Mes provinciales

Pas facile de porter un jugement définitif sur cette oeuvre qui semble avoir été écrite et réalisée dans un autre siècle (le précédent). Le scénario pourrait être de Desplechin, la photographie de Philippe Garrel, les dialogues extraits d'un film de Rohmer.

C'est donc l'histoire (vue un million de fois) d'un petit provincial qui monte à Paris, veut faire des films, rencontre des amis qu'il voudrait admirer et des filles avec qui il couche, ou qu'il voudrait aimer, ou les deux. C'est précautionneux, un peu chichiteux et parfois franchement mal joué.

Pourtant, malgré toutes les réserves que le film peut légitimement susciter,  je ne peux m'empêcher de repenser quelques jours après sa vision à la mélancolie un peu sèche qui irradie la deuxième partie du film, à ses lenteurs certes convenues mais qui savent parfois être gracieuses. 

Le personnage principal, que j'ai pris en grippe après trente secondes, est profondément antipathique, sorte de raton-laveur neurasthénique spectateur de sa propre médiocrité, mais il n'arrive pas tout à fait à rendre le film véritablement mauvais : c'est que Jean Paul Civeyrac, dont j'avais beaucoup aimé Des filles en noir, est vraiment un bon cinéaste.

Jean Paul Civeyrac sur christoblog : Des filles en noir - 2010 (***)

 

2e

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L'île aux chiens

Pendant que je regardais L'île aux chiens, une question m'a traversé l'esprit : mais qu'est ce que Wes Anderson a dans la tête, qui lui permette d'élaborer un projet aussi improbable que ce film, qui traite de choses tristes se passant dans un décor démoralisant, avec du japonais parfois non sous-titré ? Sûrement beaucoup de génie, une opiniâtreté d'acier et le sentiment de vouloir régler ses dettes (ici au Japon).

Le résultat est brillant. Les chiens et les personnages humains sont un peu statiques (cela est du au procédé utilisé : le stop motion) et pourtant très expressifs. Anderson joue avec les cadrages, la disposition symétrique dans les plans, la profondeur de champ, bref, de tous les moyens de la mise en scène, pour exprimer les émotions.

Les décors sont incroyables d'inventivité, et j'ai particulièrement aimé les petites séquences gratuites rendant hommage au Japon : la préparation des sushis et le combat de sumo par exemple.

Si les images sont superbes, le film convainc également par l'alacrité de ses dialogues, comme toujours chez Anderson à la fois simples, non conventionnels et servant admirablement la progression de l'intrigue.

Je conseille donc vraiment L'île aux chiens, qui, comme Fantastic Mr. Fox, donne le meilleur à voir de Wes Anderson.

Wes Anderson sur Christoblog : The grand Budapest hotel - 2013 (**) / Moonrise kingdom - 2012 (****) / Fantastic Mr. Fox - 2009 (****) / A bord du Darjeeling Limited - 2007 (***) / La vie aquatique - 2003 (*)

 

4e 

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